Un petit séjour reposant et idyllique dans une île paisible et enchanteresse, point d'orgue d'un voyage d’un mois en Thaïlande.
Du 1 au 8 mars 2016
8 jours
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Le bateau qui vient de quitter les rivages de la province de Krabi fend les eaux émeraude et turquoise de la baie de Phang Nga. Au loin se devinent dans la brume de chaleur d’étranges silhouettes qui se rapprochent peu à peu. Des dizaines d'îles et îlots escarpés couverts d’une épaisse végétation surgissent des flots qui donnent au paysage un petit air de Baie d'Along. Une vision envoûtante, fantasmagorique. En fait ces «îles-montagnes », dont certaines atteignent plus de cent mètre de haut, sont des pitons calcaires sculptés par l’érosion karstique au cours des temps géologiques. Les géomorphologues parlent de karst à tourelles ou de « mogotes ». Ils furent ennoyés lors de la dernière transgression marine à la fin du quaternaire, donnant ce paysage d’archipel. Un sillon de corrosion marine ceinture les falaises à leur base. Le stade ultime de cette érosion se manifeste de manière spectaculaire au fameux piton de James Bond Island, en forme de clou planté dans la mer.


La baie de Phang Nga 



L'échancrure de corrosion marine à la base des falaises calcaires 


James Bond Island ou le "clou" planté de la baie de Phang Nga

La baie de Phang Nga qui s'étend sur 400 km2 est séparée de la mer d’Andaman, par l’île de Phuket. Elle est frangée d'une épaisse mangrove, la plus importante du pays. La baie et ses archipels sont « protégés » par deux parcs nationaux: le Parc national maritime d'Ao Phang Nga, à l’ouest et Parc national de Than Bok Khorani, à l’est. On pourrait aussi ajouter plus au sud le Parc national maritime de Hat Noppharat Thara. Il y a pléthore de parcs nationaux en Thaïlande. On en compte près de cent cinquante, soit deux fois et demie plus qu’aux États-Unis, les inventeurs du concept ! On peut cependant s’interroger sur la qualité de ladite protection. J’ai des doutes sur la compatibilité entre le fragile écosystème de la mangrove, et la densité des speed boats qui sillonnent la baie à vitesse excessive et génèrent des remous. Ne s’agit-il pas plutôt d’une labellisation à des fins de développement touristique ?

Nous débarquons sur la jetée de Tha Khao, à l'est de l'île de Ko Yao Noi. Un songthaeo, ce mode de transport collectif très populaire en Thaïlande, nous prend en charge et nous dépose devant notre hôtel.

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Nous nous sommes fait plaisir en séjournant dans un magnifique complexe de villas situé face à une petite plage et à un fabuleux paysage maritime où émergent les fameux îlots-montagnes karstiques que nous avons croisés pendant la traversée. Ce paysage est un spectacle fantastique, renouvelé à chaque lever de soleil, dont on ne se lasse pas ! La plage n’étant propice à la baignade qu'à marée haute, nous profiterons largement de la très grande piscine, d'une propreté irréprochable. Le séjour promet d’être reposant et idyllique !







Ko Yao Noi, comme sa grande sœur Ko Yao Yai, est une petite île située au milieu de la baie de Phang Nga, non loin de Phuket par la distance, mais tellement loin par l'ambiance ! Ce serait Phuket d'il y a une quarantaine d'années : une île paisible et agréable, habitée par une petite communauté musulmane de pêcheurs et de planteurs d'hévéas, d'une extrême gentillesse ! On vous distribue ici et là des sourires généreux et des saluts amicaux.


Le minaret de la mosquée 


Les speed-boats et leurs cargaisons de touristes chinois pressés d'aller voir « le Clou » au départ de Phuket, semblent ignorer pour l'instant ce havre de tranquillité. Car si l'on recherche le calme et le repos, c'est bien le lieu tout désigné. La circulation sur les petites routes, pour l'essentiel des motos, des side-cars et des taxis pick-up, est très modérée. Pas de boîte de nuit, ni de bars à filles, et cela ne risque pas d'arriver, car ce n'est pas vraiment dans la culture de cette communauté ! Notre sympathique chauffeur qui nous avait conduits en side-car jusqu'au qu'au quai d'embarquement du village de pêcheurs pour notre excursion en mer, avait franchement éclaté de rire (rire pour un oui ou pour un non semble être dans les gènes de ces gens), en nous montrant au passage un petit centre de massage, comme si cela était incongru.



Tour de l’île à vélo

La direction de l’hôtel m'a prêté une très belle bicyclette pour faire le tour de l'île, du moins la partie sud. J'ai donc visité la partie la plus peuplée de l'île avec ses maisons en bois sur pilotis, ses bateaux de pêche, ses plantations d'hévéas, le nord étant plus sauvage et recouvert d'une épais manteau forestier. Je suis tombé par hasard sur une compétition de chants d'oiseaux en cage : étonnant de voir le maître du volatile se démener pour encourager son petit élève, avant le coup de sifflet mettant fin à la partie ! Les Asiatiques et plus particulièrement les Chinois aiment bien les oiseaux en cage. Je les préfère dans la nature. Chacun ses goûts !

Plantation d'hévéas 


Station-service locale



Concours de chant

Mais à l'intérieur de l'île, que les côtes sont raides et difficiles sous cette chaleur accablante ! Aussi ayant eu peur de casser la machine, et je ne parle pas du vélo, vous m'avez compris, j'ai donc écourté la balade !

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Ce n'est pas l'offre touristique qui manque et notre choix s'est très vite porté sur un petit prestataire local situé près de notre résidence. Une charmante dame, très souriante sous son voile, nous a proposé deux sorties en mer d'une journée entière chacune. Une organisation parfaite avec pique-nique et prêt de matériel de snorkeling. Nous serons accompagnés par deux sympathiques marins locaux, le père et son fils, qui s'efforceront de nous parler en pigin-english.



L'archipel est situé entre Ko Yao Noi et Krabi, à l'est de la baie, donc facilement accessible depuis Ko Yao. Cette multitude de pitons karstiques émergeant des eaux marines et formant le superbe décor que nous admirons chaque jour depuis la plage, est protégée au sein du Parc national de Than Bok Khorani. Disons-le d'emblée : cet archipel est une merveille, et il est beaucoup moins fréquenté que le Parc national d'Ao Phang Nga, devenue une usine à touristes. Il est donc possible de découvrir des petites plages isolées et relativement tranquilles.

Les rochers karstiques, aux falaises calcaires vertigineuses, semblent surgir des flots et malgré le sol squelettique, une végétation tropicale exubérante s'agrippe aux parois. Il existe aussi de beaux spots pour la randonnée subaquatique, dite snorkeling, mais il faut avoir à l’esprit que toute la baie étant bordée par la mangrove (y compris sur les îles), il ne faut pas s'attendre à une visibilité exceptionnelle, ni à des jardins de corail extraordinaires tels que l'on peut en voir en Polynésie ou dans l'Océan Indien ! Malgré tout j'ai passé quelques bons moments sous l'eau au niveau du tombant. J'en ai aussi profité pour me prendre un joli coup de soleil sur le dos ! J'ai oublié que nous sommes sous les tropiques. Alors, Si cette activité vous intéresse, ne faites pas comme moi, protégez-vous !



Le secret le mieux gardé de cet archipel, se trouve au cœur de la petite île de Ko Hong, bien que nous ne soyons pas les seuls à détenir le "secret" ce jour-là. Par une passe très étroite entre les falaises colorées et chargées de végétation, notre batelier nous fait pénétrer dans une sorte de lagune aux eaux transparentes et peu profondes dans laquelle se développent des palétuviers. Quel lieu envoûtant que ce petit bijou !




Nous terminerons la journée par la minuscule île de Ko Nok, située à quelques encablures de Ko Yao Noi. Un magnifique cordon de sable doré lui donne un petit air polynésien. Quelques jeunes ont escaladé la falaise jusqu'au sommet de l'île. Il y a en effet un accès vaguement aménagé avec une corde, sur un terrain très instable et escarpé. Mais étant mal chaussé et ayant une confiance toute relative dans cette main courante, je n'ai pas voulu tenter le diable et puis par cette chaleur, mieux valait profiter d'une agréable baignade!

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La baie d’Ao Phang Nga est souvent comparée à la baie d’Along au Vietnam, que nous avions eu le plaisir de découvrir trois ans auparavant, et ma foi, la comparaison n'est pas usurpée, le soleil en plus en saison sèche !



Les principales curiosités du parc sont les « hong » (« chambre » en thaï), ces sortes d’entonnoirs creusés dans le calcaire corallien au cœur de certaines îles. Les eaux de pluie s’infiltrent par des fissures appelées diaclases et dissolvent le calcaire, formant des passages souterrains et des grottes marines. Sous l’effet de l’érosion et des séismes, la voûte de certaines grottes s’est effondrée, ouvrant des cratères au cœur de l’île, appelés « hong » lesquels sont en partie immergés à marée haute. L'évolution finale est l'ennoiement total de la cavité par la mer, donnant naissance à une lagune, telle que celle que nous avions decouverte deux jours auparavant au cœur de Ko Hong.

Nous pénétrons dans l’un de ces hong sur l’île de Ko Panak, la première île que nous atteignons après avoir quitté Ko Yao Noi. Habituellement cela se fait en kayak, mais comme la marée était basse, c’est à pied, et munis de lampes frontales que nous avons emprunté la grotte, au plafond parsemé de stalactites, qui permet d’accéder au hong. A l’intérieur de celui-ci de grands palétuviers cherchent la lumière et d’énormes lapiaz (ou tsingy) pointent leurs aiguilles.

Nous admirons ensuite de belles falaises aux couleurs rougeoyantes, souvent drapées de pendentifs ou rideaux de calcite sculptés en pleine roche, avant d'atteindre une île nommée une fois de plus Ko Hong. Des embarcations de toutes sortes, chargées de touristes de toutes nationalités, sont de plus en plus nombreuses à naviguer dans les parages. Nous déclinons l’offre d’un tour en kayak dans ce que l’on nomme improprement le « lagon ».


Ko Hong 


Plus loin, nous découvrons en compagnie d’une foule d’autres visiteurs, l'île de Ko Tapu, « l'île clou » (mais littéralement c’est « l'île de l’œil du crabe »), plus communément appelée James Bond Island, rendue célèbre par le tournage de deux films (d’ailleurs il y avait ce jour-là un tournage publicitaire sur le site). Cet ilot est constitué d'un unique rocher d'une vingtaine de mètres de haut. Et nous ne sommes pas les seuls à venir vérifier que « le clou » est toujours bien planté ! Une douzaine de long tail boats, plus une demi-douzaine de speed boats sont amarrés côte à côte sur la minuscule plage où il n’y a plus de place !




Mais le spectacle n’est pas forcément là où l’on croit…

Au retour de la visite, il n’y a plus que trois ou quatre bateaux amarrés et un calme relatif semble s’être installé dans les lieux. Mais où sont donc passés tous ces touristes ? Ils sont tout simplement allés déjeuner, car il est midi ! Et où donc ? Ah oui, il y a cette île que l’on aperçoit au loin : Ko Panyi, un village de pêcheurs sur pilotis, adossé à un énorme rocher. Ce village est peuplé de Gitans de la mer, musulmans venus de Java et sédentarisés sur cette île. Ils vivent maintenant principalement du tourisme et de la pêche et ils ont ouvert des restaurants et des boutiques pour touristes. Je n’ai pas consulté notre programme de visites dans le détail, mais j’ai craint un moment que notre capitaine nous emmène là-bas. Ouf ! Il n’en est rien, car il met le cap au sud-est, en direction de KoYao Noi, ou plus exactement vers des petites îles très peu visitées situées au nord de la grande île : Ko Roi et Ko Kudu. La première héberge des centaines de chauves-souris poussant des cris stridents et accrochées aux branches de palétuviers dans une mangrove à l’intérieur d’un hong. Nous passerons la fin de journée sur une des plages désertes de ces îles.



Ce petit séjour reposant mit fin de manière fort agréable à notre voyage d’un mois en Thaïlande. Cependant cette île si paisible le restera-t-elle dans les prochaines années ? Nous avons pu remarquer certains chantiers qui sortaient de terre et que notre complexe hôtelier s'agrandissait. Cette « effervescence constructive », serait-elle le signe d'un développement touristique de l'île à court terme ?


Pour rejoindre Ko Yao Noi :

- de Krabi : Thalane Pier : un à deux long tail boat chaque heure, en 40 minutes;

- de Phuket : Bang Rong Pier : un à deux bateaux par heure (30 minutes en speed boat).