Carnet de voyage

Randonnées en pays mapuche

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Suprême beauté de l'Araucanie, volcans enneigés, lacs limpides, forêts profondes d'araucarias, nature sauvage et préservée, terre ancestrale du peuple mapuche. Un périple de Santiago à Puerto Montt.
Décembre 2015
12 jours
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Pour notre quatrième voyage en Amérique du Sud, nous sommes retournés au Chili, après avoir brièvement parcouru l’extrême nord l’année précédente. Cette année, nos pas nous ont conduits dans des contrées plus méridionales et plus fraîches, au sud du Rio Bio Bio et de la ville de Concepción. Un voyage que nous prolongerons vers l'archipel de Chiloé, puis la Patagonie septentrionale. Notre périple s’est déroulé dans trois régions chiliennes: La Araucanía, Los Ríos et Los Lagos, mais nous avons effectué essentiellement nos randonnées en Araucanía. C'est la région n°IX, car curieusement les régions administratives sont affectées d’un chiffre romain, et c'est peut-être par superstition qu'il n’y a pas de région XIII !

L'itinéraire est ici


L'Araucanie correspond peu ou prou aux territoires historiques des Mapuches, qui s’étendaient aussi en Argentine, le Rio Bio Bio ayant constitué, pendant trois siècles, une frontière intangible avec l'Empire aztèque, puis les territoires espagnols. Les Mapuches (littéralement « Peuple de la terre » en mapudungun, la langue indigène), appelés aussi Araucans par les colonisateurs, sont des communautés amérindiennes vivant aujourd’hui essentiellement dans les campagnes d’Araucanía, ainsi qu’à Santiago. On estime leurs effectifs à plus d’un million, soit 6 % de la population chilienne, mais les recensements officiels ne sont pas très fiables. On les présente souvent comme un peuple de farouches guerriers, car ils ont su résister aussi bien aux Incas qu’aux conquistadors espagnols. Une des illustres épopées de la résistance mapuche est personnifée par un jeune toqui (chef de guerre), Lautaro, qui a remporté des victoires successives contre les Espagnols entre 1553 et 1554, au cours desquelles Pedro de Valdivia fut tué et Concepción détruite. Lautaro, considéré comme le véritable libertador du peuple mapuche sera toutefois tué en 1557, suite à une trahison.

Mais après l’indépendance du Chili, c’est le début des malheurs pour ce peuple. La nouvelle république entend bien imposer sa loi sur ces territoires et ceci par la force et la répression brutale. Entre 1870 et 1880, une expédition génocidaire de l’armée chilienne, dite « pacification de l’Araucanie », a tué 800 000 personnes et fait chuter brutalement la population mapuche (une expédition du même type a eu lieu aussi en Argentine). Tout au long des années 1880, un processus de colonisation prive les Mapuches de leurs terres qui sont distribuées aux militaires et aux latifundiaires. En 1803, ils avaient cinq millions d’hectares; en 1927, ils n’en comptaient plus que 500 000. Pour ces indiens, devenus une minorité ethnique sur leur propre territoire, les années sombres ne font que commencer : processus d’acculturation, perte d’identité, famine, misère. Il n’est donc pas étonnant que l’Araucanía soit devenue la région la plus pauvre du Chili : il y a toujours un fossé éducatif entre les indigènes et les non-indigènes et un cinquième de leur population vit en-dessous du seuil de pauvreté. Il y a aussi beaucoup de mépris de la part du Chilien moyen.

Des mouvements de revendication pour les terres spoliées ont eu lieu sporadiquement, sous l’impulsion de Manuel Aburto Panquilef, au début du XXe siècle. Mais ces mouvements furent systématiquement réprimés et bien entendu de manière extrêmement brutale sous la dictature militaire de Pinochet avec son cortège de tués, de torturés, de disparus et d’exilés, comme ce fut le cas pour Marta et Carlos, nos hôtes mapuches d’un jour.

Notre séjour chez Carlos et Marta

Marta et Carlos nous ont accueillis dans leur ruka (la maison traditionnelle mapuche) qu’ils ont transformée en maison d’hôtes y a une vingtaine d’années. Elle est située à Melipeuco, un village dominé par le volcan actif Llaima et situé tout près de la porte d’entrée sud du Parc national Conguillio. J’ai découvert cette maison d’hôtes l‘année précédant ce voyage au cours d’une randonnée en raquettes à neige en Chartreuse. Un des gîtes où nous avions fait étape appartient au réseau « Accueil paysan » et ayant à occuper la fin de la journée, j’avais feuilleté le catalogue de cette association qui recense tous les adhérents du réseau dans le monde et j’avais pu constater qu’il n’y en avait qu’un seul au Chili: la Ruka Melilef. Préparant un voyage dans ce pays, j’avais donc dès mon retour contacté Carlos par courriel pour réserver une nuit. La très bonne impression que j’ai eue lors de nos échanges électroniques s’est confirmée sur place, tant l’accueil fut chaleureux de la part de ce couple adorable, comme s’ils attendaient des amis qu’ils n’avaient pas vus de longue date.

Quelques mots pour expliquer leur douloureux parcours. Lors du coup d‘état du 11 septembre 1973, Carlos alors âgé de dix-neuf ans et étudiant fut arrêté par les militaires et jeté dans une des nombreuses geôles improvisées du pays, comme des dizaines de milliers étudiants, syndicalistes, opposants ou simples citoyens dénoncés. Sa « chance », si je puis dire, est d’avoir travaillé chez Emmaüs et d’avoir pu être libéré grâce à l’intervention de l’Abbé Pierre, une personnalité respectée. Puis il a dû s’exiler en France durant vingt-cinq années avec sa jeune épouse alors enceinte, loin de leur terre ancestrale, de leur culture et de leur famille. Ils se sont donc intégrés dans la société française où ils se sont fait de nombreux amis et sont donc devenus parfaitement francophones. Après la transition démocratique, ils décident de rentrer dans leur pays afin de retrouver leurs racines.

Ils construisent alors leur ruka, entièrement en bois et de manière traditionnelle, au cœur d’une vaste propriété agro-forestière, dans leur but d’accueillir leurs amis français. Mais très vite leur projet s’inscrit dans une démarche non seulement « éco-touristique », mais aussi sociale et culturelle, voire interculturelle. Sociale, car le projet a pour ambition de recréer une dynamique au sein de la communauté, culturelle en favorisant les échanges et le dialogue.

Marta nous a longuement expliqué divers aspects de la culture et des mythologies mapuches, par exemple l’équilibre entre l’Homme et la Terre-mère, ou entre les forces positives et négatives : ainsi Ngenechen est la divinité des forces de la vie, tandis que Wekufu représente la mort et les forces de destruction. L’arrivée des Espagnols et la colonisation furent alors considérées comme l’œuvre maléfique de Wekufu.

La petite église en bois de la communauté 

Carlos, quant à lui nous a emmené, en compagnie d’un autre voyageur français, visiter différents lieux et rencontrer plusieurs personnes de la communauté, en particulier le chef qui nous a introduits dans l’enceinte de l’aire cérémoniale. Il nous a également expliqué le problème de la terre qui n’est toujours pas résolu, malgré quelques timides avancées depuis les années 1990.

Notre trop bref séjour fut donc une expérience humaine enrichissante auprès de ce couple charmant qui a su nous faire entrer en contact avec leur culture. On ressent le traumatisme subi au cours de leur exil d'un quart de siècle en France, un pays qu'ils ont adopté et aimé, mais où leur fille unique, qui y est née et a construit sa vie, est restée.

L'intérieur de la ruka 

Je ne peux que recommander chaudement un séjour chez Carlos et Marta, d'autant que cette dernière a su nous concocter de délicieux repas, dont un saumon fraîchement pêché et des fraises cueillies au jardin : c'est d'ailleurs chez eux que nous avons eu une des meilleures expériences culinaires, ce qui n’est pas habituel au Chili, selon nous. Les chambres aux cloisons et plafonds de bambous tressés, sont modestes mais propres et la ruka, où règne un joyeux bric-à-brac de décors ethniques et où trône un énorme poêle à bois, est chaleureuse et accueillante. L'accès au Parc national Conguillio est très facile sur une route asphaltée depuis Melipeuco jusqu’à la porte d’entrée. Il y a des bus directs depuis Temuco et même depuis Santiago.

Où peut-on découvrir la culture mapuche ?

Nous avons visité deux musées

À Santiago, le Museo de Arte Precolombino : c’est certainement un des plus beaux musées d’art précolombiens d’Amérique latine, qui vaut largement le Musée Larco de Lima et qui peut même rivaliser avec le Musée national d'Anthropologie de Mexico. S’il n’y avait qu’un seul musée à voir dans la capitale, ce serait celui-là. Il offre au visiteur une somptueuse collection, très bien mise en valeur, de céramiques, de bijoux et de textiles des différentes cultures préhispaniques. Des objets de la culture mapuche sont exposés au sous-sol et on ne peut manquer au fond de la salle les impressionnants chemamülles, grandes statues de bois qui étaient disposées sur les tombes et qui étaient censées représenter l’âme des défunts et assister ceux-ci dans l’au-delà. Le musée est fermé le lundi.

Artefacts de la culture mapuche: "hemamülles"  bijoux et coiffe . Musée d'art précolombien, Santiago. 

A Villarica, le petit Museo Histórico y Arquelógico, situé à l’intérieur de la bibliothèque. Il n’y a que deux salles mais on peut y voir une intéressante collection d’instruments de musique. A l’extérieur, belle reconstitution d’une ruka, de forme circulaire, aux murs et toits de chaume. Entrée libre, fermé le week-end.

Reconstitution d'une ruka traditionnelle, Musée historique et archéologique, Villarica 

Une lecture

Jean Raspail, Moi Antoine de Tounens, roi de Patagonie, Albin Michel, 1981, 316 p.

C’est le récit de l’incroyable destin de cet aventurier d’origine périgourdine qui entreprit, après avoir vendu ses biens et contracté un emprunt, une expédition au bout du monde pour convaincre les Mapuches d’être leur chef et défendre leurs territoires face aux Chiliens. En 1860 il se fit proclamer roi d’Araucanie et de Patagonie, sous le nom d’Orelie-Antoine 1er ; un royaume éphémère qui dura jusqu’à la dernière arrestation par les Chiliens d’Antoine de Tounens et son expulsion en France où il mourut dans la misère en 1878. Curieusement ce personnage romanesque semble être encore de nos jours une sorte de héros national pour certains Mapuches et il a été souvent présent dans nos longues discussions avec Carlos. Quant au Royaume d'Araucanie, cette utopie a encore des adeptes de nos jours.

En revanche, la lutte pour la restitution des terres ancestrales, souvent dans la violence, est bien une réalité. Cette épineuse question est toujours à l'ordre du jour et le peuple mapuche n'a pas fini de revendiquer ses droits.

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Le volca Llaima (Parc national de Conguillio) 

Le territoire chilien appartient à la « ceinture de feu » du Pacifique où se rencontrent les plaques tectoniques de Nazca et sud-américaine, ce qui fait que ce pays est sous la menace constante d’un séisme. On enregistre plus d’un « temblor » (séisme de faible magnitude) par jour et un « terremoto » de magnitude supérieure à 8 sur l’échelle de Richter par décennie. En 1960, le pays a été frappé à Valdivia, par le séisme le plus puissant jamais enregistré dans le monde, d’une magnitude de 9,5, tuant plus de 5 000 personnes. Mais depuis quelques années, la sismicité du pays s’est accrue, avec un violent tremblement de terre de magnitude 8,8 à Concepción en 2010 faisant 500 victimes, puis un autre moins puissant dans le nord en 2014 (8,2) et le dernier évènement majeur, d’une magnitude de 8,3 accompagné d’un tsunami, ne remonte qu’au 17 septembre 2015 ; de magnitude 8,3, il a frappé la région de Coquimbo au Centre-Nord, et provoqué un tsunami et l’évacuation massive d’un million de personnes.

Cette forte sismicité s’accompagne d’une activité volcanique intense. Le Chili compte en effet cinq-cents volcans considérés comme géologiquement actifs, constituant la chaîne volcanique la plus longue du monde. Ce sont des volcans « gris », explosifs, émettant des laves andésitiques (évidemment, puisqu’on est dans les Andes !), très visqueuses, qui sont pulvérisées lors de l’éruption, formant de gigantesque panaches de « cendres » et de débris. Ce sont donc des volcans considérés comme dangereux. En Araucanie, ils sont particulièrement nombreux et les plus actifs sont le Llaima et le Villarica. Ce dernier est entré en éruption le 3 mars 2015, sans faire de victime mais ayant nécessité l'évacuation de plus de 3 000 personnes. Il émettait encore quasiment en permanence des projections neuf mois plus tard et nous pouvions voir au loin, depuis notre chambre d’hôtes, le rougeoiement de son cratère pendant la nuit. Puis ce fut au tour, un mois plus tard du volcan Calbuco, dans la région des lacs plus au sud.

Le volcan Villarica 


Le volcan Orsono à Petrohué 


Depuis la catastrophe de 2010, le pays a amélioré la sécurité face aux risques sismique et volcanique : installation de nombreuses stations sismologiques, renforcement des normes de constructions parasismiques, réelle prise de conscience de la population des risques encourus, modernisation des systèmes d’alerte (sirènes, envoi de SMS). On rencontre régulièrement dans les zones à risque de l’espace public des panneaux indiquant les modalités de regroupement et d’évacuation de la population. Les risques sismique et éruptif sont des données à ne pas perdre de vue pour le voyageur au Chili.


Le Servicio Nacional de Prevención y Respuesta ante Desastres (SENAPRED) est l’organisme d’Etat qui a pour mission de mettre en œuvre les actions de prévention et d’intervention face aux risques majeurs et aux catastrophes, qu’elles soient d’origine naturelle ou humaine. Des bulletins d’alerte sont émis quotidiennement. Il y a quatre niveaux d'alerte (vert, jaune, orange et rouge) pour sept catégories d’évènements : glissements de terrain, éruption volcaniques, incendies urbains, incendies de forêts, inondations, séismes et tsunamis. Peut-être n’est-il pas inutile au voyageur d’en prendre connaissance lors d’un séjour au Chili.

https://senapred.cl/alertas-2/

Quoiqu’il en soit cet alignement de volcans aux formes coniques parfaites et encapuchonnés de neige (les nevados), s’inscrivent dans les paysages d’Araucanie et contribuent largement à la beauté de cette région, sans parler de l’intérêt qu’ils peuvent susciter pour les trekkeurs, skieurs et autres alpinistes (ou « andinistes », devrait-on dire). Au cours de nos randonnées et balades en voiture, ces majestueux édifices volcaniques furent omniprésents, tels des amers, au détour d’un sentier, d’une fenêtre ouverte à travers la forêt ou d’un belvédère aménagé. Mais que seraient les paysages de cette région sans la présence en grand nombre de ces grands arbres endémiques en forme de parapluies, les fameux araucarias ?

Le volcan Lonquimay (Réserve nationale Malalcahuello-Nalcas)  

L’Araucaria (Araucaria araucana) ou Pehuén en langage mapudungun est un arbre emblématique du Chili, très vénéré par les Mapuches. C’est un conifère pouvant atteindre jusqu’à cinquante mètres de haut, pour un diamètre de deux mètres à la base du tronc. On l’appelle aussi « désespoir du singe » en raison de ses écailles acérées qui empêchent le primate de grimper. On le rencontre à partir de 1 100 mètres d’altitude, jusqu’à la limite supérieure de l’arbre, vers 1 800 mètres. Les plus vieux peuvent avoir plus de mille ans, comme l’Araucaria madre dans le PN Conguillio ou l’Araucaria milenaria à Nahuelbuta. Le tronc est très droit et son écorce grisâtre ou rougeâtre, très épaisse, aux motifs polygonaux lui permet de résister aux incendies.


Le désespoir du singe ! 




On ne se lasse pas du spectacle inédit de ces silhouettes altières qui se mesurent aux cônes éblouissants de blancheur des volcans.

La forêt valdivienne.

Mais l’Araucaria ne serait-il pas « l’arbre qui cache la forêt » ? Dans cette partie du Chili les précipitations sont abondantes, surtout en hiver (d’avril à septembre). Le versant chilien des Andes est en effet directement exposé aux flux océaniques venus du Pacifique, contrairement au versant argentin, plus sec. Ce climat a donc permis le développement d’une forêt dense, sempervirente et pluristratifiée. C’est la forêt valdivienne.

Parc national Huerquehue 

Cette forêt est dominée par les Nothofagus (hêtres andins) et les Lauracées comme le Tepa (Laurelia philippina). Ces arbres pouvant atteindre 40 à 50 mètres de haut, portent des feuilles très fines. Le plus emblématique, avec l’Araucaria, est le Nothofagus dombeyi appelé localement Coigüe, dont le tronc à l’écorce grise et fine peut atteindre quatre mètre de diamètre. Les feuilles de très petite taille sont de couleur gris-argenté. On le rencontre jusqu’à 1 400 mètres, de même que d’autres espèces de Nothofagus, comme le Roble (Nothofagus obliqua) ou le Lenga (Nothofagus pumilio), dans une strate plus basse (15 à 30 mètres). Aux altitudes inférieures (moins de 1 200 mètres), s’épanouit le Rauli (Nothofagus alpina). J’arrête ici cette énumération qui risque d’être lassante. Je ne fais que transcrire ici des informations que j’ai glanées sur les panneaux explicatifs le long de nos parcours ou dans des guides botaniques consultés dans un lodge. Ce que je puis dire, c’est que je n’ai jamais vu d’aussi belles forêts, avec des arbres aussi puissants et en excellente santé, même dans les régions tropicales. Ces arbres sont vraiment des monuments de la Nature qui font l’objet de mesures de protection la part de l’État chilien.

Au pied d'un coigüe, on se sent bien petit ! 


Le Rauli (Nothofagus alpina) 


Parcs nationaux et réserves naturelles.

Le Chili ne compte pas moins d’une centaine d’espaces naturels protégés au sein d’un « système national d’aires forestières protégées » géré par la CONAF (Corporación National Forestal), sur une superficie totale de 9,5 millions d’hectares, soit 12 % de la superficie du pays. Ces parcs et réserves sont particulièrement nombreux dans les régions d’Araucanía, et Los Lagos (un tiers du total).

Ce sont à la fois des instruments de la protection des milieux naturels et de l’aménagement du territoire par l’écotourisme. Mais les parcs nationaux sont aussi un moyen d’affirmer la présence nationale et le contrôle des États dans les zones frontalières sous-peuplées. Le Chili a ainsi créé des parcs nationaux en position frontalière et l’Argentine a fait de même de l’autre côté des Andes, si bien qu’il y a une continuité territoriale des espaces protégés de part et d’autre de la frontière. Ainsi le Parc national de Villarica jouxte-t-il le Parc national Lanin en Argentine.

Malgré leur résistances aux incendies, les Araucarias en ont été les victimes dans un passé récent (Melipeuco) 

Ces espaces naturels seront nos terrains d'aventure pour de fabuleuses randonnées. Les rangers accueillent les visiteurs, perçoivent les droits d’entrée et font un petit briefing sur les possibilités de randonnée. Les sentiers sont généralement balisés. Nous pouvons placer sur le podium, le PN Conguillio, le PN Nahuelbuta et le PN Huerquehue. Une mention spéciale peut aussi être attribuée à la Réserve nationale Malalcahuello-Nalcas, souvent ignorée des visiteurs étrangers, voire des guides touristiques.

Araucarias dans le Parc national Conguillio 
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À une heure et demie de voiture, à l’ouest d’Angol, par une route gravillonnée (ripio) de montagne, nous commençons à apercevoir nos premiers araucarias, perchés sur une crête, avant de franchir la porte du Parc national Nahuelbuta. Celui-ci est situé à l’écart, au nord-ouest de l’Araucanie, sur la chaîne côtière, à une cinquantaine de kilomètres à vol d’oiseau du Pacifique. Il protège le dernier refuge, hors des Andes, de l’arbre emblématique, ainsi que différentes espèces de Nothofagus, notamment le Coigüe. J’ai rarement vu une forêt aussi enchanteresse avec d’immenses spécimens ! Nous allions découvrir, pour la première fois, des merveilles de la Nature totalement inconnues en Europe. Par ailleurs cette forêt héberge quantité d’animaux comme le Puma ou le Pudú (un petit cervidé) que nous ne verrons pas, évidemment. En revanche nous verrons d’autres bestioles plus petites comme le petit Lézard svelte (Liolaemus tenuis) aux jolies couleurs bleu-vert.

Nahuelbuta est en effet un véritable conservatoire de la biodiversité. Durant la dernière glaciation, dite de Llanquihue, il y a 15 000 ans, cette zone a été épargnée par les glaciers et a constitué un refuge pour quantité d’espèces animales et végétales, notamment des populations d’araucarias et bon nombre d’espèces endémiques jusqu’à aujourd’hui. Et c’est à partir de cette zone que la Cordillère des Andes a été recolonisée par la forêt une fois la couverture de glace disparue.

Partons à la découverte de cette forêt par le sentier soi-disant le plus fréquenté de ce parc, mais plutôt désert ce jour-là !

Le sentier Piedra de Aguila (1 373 m)

Boucle de 3h30 ; 9 km ; 300 mètres de dénivelé

À l’entrée du parc, le ranger nous décrit les sentiers et nous offre une carte bilingue (espagnol/anglais) ; nous optons pour le sendero Piedra de Aguila (le Rocher de l’Aigle). Ce sentier part du Centro de información de Pehuenco, non loin du camping. C’est un sentier facile qui monte d’abord en pente douce à travers la forêt mixte d’araucarias et de coigües où s’accrochent des lichens en filaments. Nous passons au pied d’un vénérable vieillard, l’Araucaria Milenaria, au tronc évidé qui doit servir de refuge à quelque hôte de la forêt. Nous poursuivons notre chemin dans cette sorte de cathédrale qui nous abrite des rayons du soleil qui dardent fort en cette belle journée printanière.



Soudain j’entends ma chère et tendre pousser un hurlement de frayeur ! Elle avait rencontré une énorme Araña pollito (Grammostola rosea) une araignée velue, appelée aussi Mygale rose, mais inoffensive. En tout cas, elle s’est enfuie rapidement. Parmi les nombreux oiseaux, il est difficile d’observer le rarissime Pic de Magellan (Campephilus magellanicus). Pourtant Chantal a eu cette chance, mais de manière très fugace. Ce devait être un mâle car il avait une tête pourpre.

Au terme de deux heures de marche, nous arrivons sur un affleurement granitique où nous faisons notre pause pique-nique. Puis, un peu plus haut on gravit les quelques marches d’escalier en bois qui permettent d’arriver au sommet de la Piedra del Aguila, et, de là quelle vue ! Une vue très étendue sur 360°. Au premier plan, la forêt s’étend en contrebas comme l’océan au pied d’une falaise. On dit que le regard peut embrasser tout le Chili en un seul coup d’œil, du moins le Chili dans sa largeur, de l’océan Pacifique à la Cordillère des Andes, puisque ce pays est très étriqué ! Ceci est toutefois théorique car c’est à peine si l’on devine les sommets enneigés des volcans andins, noyés dans la brume de chaleur et qui se confondent avec les nuages.

Mais le vent se lève, le ciel s’obscurcit et devient menaçant. Nous décidons de presser le pas pour redescendre par un autre chemin, afin d’effectuer une boucle. Attention, il ne faut pas se tromper de chemin : il ne faut pas prendre le premier à gauche qui descend vers la Guarderia Pinchinahuel, mais celui en direction du camping, indiqué par un panneau. En une 1h30 nous retrouvons notre voiture au parking.

En ce début décembre, nous n’aurons croisé en tout et pour tout que cinq randonneurs dans ce lieu très confidentiel. C’est la basse saison, mais il faut dire aussi que les transports en commun sont indigents dans cette région reculée. Aussi avons-nous ramené une jeune randonneuse autrichienne vers Angol. Ce parc national, à l'écart des itinéraires touristiques, est vraiment un des espaces naturels les plus beaux que nous ayons vus au Chili.

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La Laguna Malleco


De bon matin, nous quittons Angol en direction du Parc national Tolhuaca, par Collipulli et la ruta 5, avant de bifurquer, cinq kilomètre au nord de Victoria, vers la R-71 au niveau du lieu-dit Inspector Frenández. A partir d’ici, la route n’est plus asphaltée (du moins pour le moment, car des travaux sont en cours actuellement sur quelques tronçons), ce qui fera considérablement baisser notre moyenne horaire qui n’est déjà pas très élevée : plus de deux heures pour effectuer cette soixantaine de kilomètres de route gravillonnée. Paysages plutôt quelconques ponctués de quelques fermes d’élevage très isolées. Ce qu’il y a d’étonnant dans les campagnes chiliennes, ce sont les dizaines de kilomètres de clôtures continues qui délimitent les grands domaines, de part et d’autre de la route.

Nous n’arriverons à la Laguna Malleco, la porte d’entrée ouest du parc, qu’à l’heure du déjeuner et nous nous profitons des installations du camping quasi désert pour pique-niquer, avant d’entreprendre notre randonnée. Ayant encore de la route à faire vers notre destination du jour, Malalcahuello, nous n’avons pas le temps d’effectuer la randonnée la plus populaire du parc vers la Laguna Verde (6 h A/R), et optons pour une petite randonnée moins exigeante en temps.

Sendero El Salto Malleco

4 km aller-retour sur terrain plat, compter deux heures, avec les nombreux arrêts-photos

Le sentier longe la rive nord de la Laguna Malleco à travers une majestueuse forêt, mais à cette altitude (850 m), pas d’araucarias. La laguna est un paradis pour les oiseaux, comme l'Ibis à tête noire ; des passerelles aménagées dans la zone marécageuse permettent de bien les observer. Le sentier se termine au Salto Malleco, une prodigieuse cascade qui surgit d’un plateau pour s’engouffrer avec fracas dans une profonde gorge basaltique, où s’accrochent des nalcas (Gunnera tinctoria) aux feuilles géantes, une plante voisine de la rhubarbe. Les notros rougeoyants (Embothrium coccineum) illuminent les sous-bois. Comme pour Nahuelbuta, ce parc à l’écart des circuits traditionnels, est très peu fréquenté ; nous n’aurons rencontré qu'un jeune couple chilien lors de notre courte randonnée. Sans doute est-ce à cause de sa difficulté d’accès.



Notros, Nalcas, Ibis à tête noire et retour des araucarias en altitude

Curacautín

Nous reprenons la route en direction de Curacautín. C’est encore une route gravillonnée qui grimpe d’abord assez fortement et difficilement vers un col où nous retrouvons les araucarias, puis redescend vers la vallée du Cautín et devient plus facile.

Curacautín est une petite ville agréable où l’on peut facilement se ravitailler, faire le plein de carburant ou obtenir des pesos dans une Casa de cambio. C’est aussi l’accès nord du Parc national Conguillio. À partir de ce village, nous retrouvons la route goudronnée (R-181), une magnifique route de montagne bordée de lupins et de genêts qui nous mène vers l’est, à Malalcahuello, où nous allons faire étape pour quatre jours.


Les lupins multicolores égayent le paysage 
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Le volcan Lonquimay (2 865 m) 

Ces deux réserves sont une fois de plus, en marge des itinéraires touristiques traditionnels et semblent davantage fréquentées en hiver. Pourtant elles ont beaucoup à offrir au visiteur tant par leurs paysages diversifiés que leurs possibilités de randonnées. Elles sont situées au nord du village de Malalcahuello, sur la route de Lonquimay. Malalcahuello signifie en mapudungun, la langue mapuche, « corral de chevaux » et Nalcas se réfère à la plante déjà évoquée précédemment et dont la tige est comestible. Elles sont juxtaposées, le volcan Lonquimay (2 865 m) marquant la limite entre les deux. Quant au volcan Tolhuaca (2 806 m), en dehors du parc éponyme voisin, il marque la limite occidentale de la Réserve de Nalcas.

Ces superbes espaces naturels réservent de belles surprises au visiteur, notamment les spectaculaires paysages quasi « sahariens » formés par les vastes coulées de lave et les projections de cendre et lapillis, issues de l’éruption du Cráter Navidad en 1988.

Nous étions logés au cœur de la Réserve nationale de Malalcahuello, dans un très bel hôtel de la petite station de sports d’hiver de Corralco, située au pied du volcan Lonquimay et au milieu d’un boisement d’araucarias. C’était donc une base parfaite pour d’effectuer des randonnées à la journée dans les deux réserves. Notre première randonnée au Cráter Navidad partira d’ailleurs directement de notre hôtel.

Le très bel hôtel Valle Corralco à Malalcahuello, en pleine nature et au pied du volcan enneigé.  

L’ascension du Cráter Navidad

3 heures A/R, 3 km A/R, dénivelé = 100 mètres.

Depuis l’hôtel, prendre sur deux kilomètres environ la route de ripio R-785 qui grimpe sur la droite en direction du Mirador de Volcanes. Le départ du sentier est situé après un virage, en contrebas de la piste sur la gauche, dans un vallon tapissé de cendres volcaniques. Il est très bien balisé par de grands poteaux peints en bleu ciel.

On a ainsi nommé ce cratère d’un cône adventif du Lonquimay, car l’éruption volcanique a eu lieu de jour de Noël 1988. Cette randonnée est certes courte en distance et de faible dénivelé, mais quelque peu exigeante du fait de la rudesse de la montée au cratère en fin de parcours, car la progression sur les cendres volcaniques instables est pénible : deux pas en avant, un en arrière !! En revanche à la descente, c’est un bonheur !

L’arrivée au sommet est un grand moment, tant le paysage volcanique est époustouflant : au premier plan, l’orifice du cratère dans des roches multicolores, au-dessus, les deux volcans Lonquimay et Tolhuaca, en contrebas les gigantesques coulées de lave dans la vallée du Lolco et dans le lointain en direction du nord, l’énorme édifice volcanique du Callaqui dans la Réserve nationale Ralco.


Le cratère, le Lonquimay et au loin l’édifice volcanique du Callaqui  


Le Sendero Piedra Santa

La Piedra Santa, la «roche sacrée » est un éperon rocheux au pied duquel a été édifié un oratoire dédié à la Vierge et visible de la route de Curacautín, sur la droite en arrivant à Malalcahuello. C’est donc au-dessus de la Piedra Santa que grimpe ce sentier, d’où son nom.

5 heures A/R, 15 km A/R, dénivelé = + 620 m

Le départ du sentier se trouve au bureau de la CONAF, situé au bord de la route à proximité du carrefour du village de Malalcahuello. Un ranger nous accueille, inscrit nos noms et nous donne une carte ; s’il n’est pas là, on est invité d’inscrire son nom sur un tableau et à se signaler au retour : une organisation parfaite, c’est sans doute le sentier le mieux aménagé et le mieux balisé que l’on ait emprunté ! Tout au long du parcours, des panneaux explicatifs nous sont proposés. Le sentier monte progressivement en lacets à travers la forêt et passe par deux belvédères, le premier offre une vue sur le Lonquimay, au nord et le second sur le Llaima et la Sierra Nevada, au sud. Puis à partir de 1 300 mètres, les feuillus cèdent peu à peu la place aux araucarias et le paysage s’ouvre enfin, juste avant d’arriver au terme du sentier d’où l’on a une vue à 360 ° sur les volcans. Le sentier se poursuit jusqu’à la Laguna Blanca, au pied du Tolhuaca, mais c’est alors un trek d’une autre pointure : 40 km en deux jours, avec son matériel de camping sur le dos



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"Las Paraguas" 


Ce parc est aussi appelé « parque de los Paraguas » (parc des parapluies) à cause de la forme des araucarias. Mais en cette belle journée ensoleillée, on devrait plutôt le nommer « parque de las Sombrillas » (parasols) ! Nous avons donc de la chance ! Nous allons traverser le parc Conguillio du nord au sud, de Curacautín jusqu’à Melipeuco dans les meilleures conditions et effectuer une de nos plus belles randonnées. Conguillio est considéré comme le fleuron du réseau de parcs d’Araucanie, tant par la beauté que par la diversité de ses paysages : montagnes enneigées, lacs et « lagunas », gigantesques coulées de lave sombres, magnifiques forêts primaires. Bien sûr les araucarias sont rois et, dominant le paysage, la vedette incontestée du parc est le cône parfait et étincelant du volcan Llaima (3 125 m), l’un des plus actifs du Chili (dernière éruption en 2008). La popularité de Conguillio en fait un des parcs les plus fréquentés.


Le Llaima, (3 125 m), volcan très actif 

De Curacautín, une route de ripio (gravillonnée) R-925-S mène jusqu’à l’entrée nord du parc. Ce jour là l’accès à ladite route était fermé, sans doute pour cause de travaux, aucun itinéraire de déviation n’était indiqué et la policière qui contrôlait le lieu n’en connaissait point, même en lui montrant la carte. Elle a donc fait appel à son chef qui s’est fait un plaisir de nous escorter avec son fourgon jusqu’à une route secondaire qui nous a permis de rejoindre l’itinéraire. Sympas, les policiers dans la région !

Bien que non asphaltée, c’est une route facile. C’est aussi une route superbe qui serpente parmi des paysages verdoyants et bucoliques. Derrière nous on aperçoit le volcan Lonquimay, puis devant nous se profile le Llaima. Il ne nous quittera pas tout au long du trajet. Nous sommes suivis par un bus qui nous dépasse à l’occasion d’un de nos multiples arrêts-photos et nous envoie beaucoup de poussière ! Apparemment ce jeune couple sympathique que nous prenons en auto-stop jusqu’à une ferme a dû le manquer.

Les volcans Lonquimay (2 746 m)  et Llaima

À l’entrée du parc où l’on doit s’acquitter d’un droit d’entrée, une ranger nous explique les différentes options de randonnées. Je m’enquiers auprès d’elle de l’état de la piste. Pas de problème, par ce temps sec, ça passe, me dit-elle. C’est une piste de terre improbable, très pentue et assez difficile, notamment à cause des ornières béantes. Il faut rouler « con precaución » (prudemment). À un kilomètre de là, nous faisons une halte pour contempler la Laguna Captrén dans laquelle se mire la Sierra Nevada, une chaîne qui culmine à 2 518 mètres et qui porte bien son nom. La piste se faufile entre le majestueux Llaima sur notre droite et la Sierra Nevada sur notre gauche, puis après une longue descente parmi les araucarias omniprésents, elle atteint la Laguna Conguillio au cœur du parc éponyme.

La Laguna Captrén et la Laguna Conguillio 


La piste du parc se faufile entre les araucarias, au pied de la Sierra Nevada 

Le Sendero Sierra Nevada

Jusqu’au Mirador Sierra Nevada (1 650 m): 5 heures A/R, 12 km A/R, dénivelé = + 500 m

Jusqu’au Mirador Los Condores (1 450 m): 2 heures A/R, 5 km A/R, dénivelé = + 300 m


Les possibilités de randonnées sont nombreuses et nous aurions pu facilement y passer plusieurs journées pour l’explorer plus à fond. Nous choisissons la plus renommée, celle de la Sierra Nevada, mais par manque de temps (puisque nous devons retourner à Malacahuello où nous logeons), nous n’irons qu’un peu plus haut que le deuxième belvédère, le Mirador Los Condores, mais c’est le plus beau. Le sentier part de la Playa Linda (1 150 m) où se trouve un petit parking. Bien balisé, il grimpe rapidement à travers une épaisse forêt mixte d’araucarias et de coigües qui masque le paysage jusqu’à un premier belvédère sur le lac, le Mirador Conguillio. Mais la vue est bien plus étendue, une centaine de mètre plus haut, au Mirador Los Condores. Quel panorama ! En face, la Sierra Nevada domine la Laguna Conguillio et au premier plan, montant la garde, les vénérables araucarias ! En montant un peu plus haut, nous voyons réapparaître le volcan, mais celui-ci commence à se couvrir de nuages.


En redescendant nous faisons un petit détour par le Sendero de la Playa au bord du lac Conguillio. Puis nous reprenons la voiture au parking de la Playa Linda et poursuivons la traversée du parc jusqu’à la porte sud. La piste est bien meilleure puis devient une très bonne route de ripio, aménagée à travers la coulée de lave de 2008. Après une petite halte au Mirador de la Laguna Arco Iris aux eaux turquoise intense, nous passons à proximité de la Laguna Verde. Le paysage, toujours dominé par le Llaima, devient de plus en plus désertique du fait des cendres volcaniques récentes, mais on voit ça et là, la végétation coloniser ce nouveau substrat. Enfin la route longe les gorges que le Truful Truful a creusées dans les laves puis l’asphalte apparaît dès la sortie du parc jusqu’à Melipeuco

L’accès le plus facile au parc se situe à partir de Melipeuco, notamment pour effectuer la randonnée de la Sierra Nevada dans de bonnes conditions. En revanche la Laguna Captrén est plus accessible à partir de Curacautín, car la piste qu’il faut remonter dans le sens sud-nord, très raide est plus difficile et nécessite un véhicule puissant et haut de châssis, surtout par temps de pluie.

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De Malalcahuello à Melipeuco par Icalma

100 km, 3 à 4 heures de route.

Cette route fait partie du réseau Interlagos (Red Interlagos) qui relie sur près de 2 000 km les zones touristiques des régions des régions de la Araucanía, Los Ríos et Los Lagos. Ce projet touristique a donc pour but de promouvoir des secteurs isolés. Lors de notre passage, c'était en majeure partie une route de ripio, correcte mais qui nécessitait de rouler lentement. Depuis, l'asphalte a semble-t-il peu progressé.

La route traverse la très belle région du Alto Bio Bio, proche de l’Argentine. Elle est peuplée de communautés Mapuche-Pewenche. On emprunte d’abord le Túnel Las Raices, ancien tunnel ferroviaire qui permet de basculer vers le bassin du haut Bio Bio. Puis nous bifurquons plein sud sur la route 955 qui grimpe vers le col de la Fusta, en direction d’Icalma. Les paysages sont enchanteurs : une succession de forêts, lacs et « lagunas », rivières, prairies et bien entendus des araucarias en nombre, avec pour toile de fond la cordillère enneigée.

Après quatre heures de route et de nombreux arrêts, nous atteignons Melipeuco où Marta et Carlos nous attendent dans leur ruka pour le déjeuner.

Voir ici l'itinéraire de la journée.

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Laguna Huerquehue 

Le Parc national Huerquehue, le « lieu du messager » en langue mapuche, fait résolument partie de nos préférés. Il est nettement plus fréquenté que les autres parcs, car situé dans une région très touristique, à proximité de Pucón, une petite ville au bord du lac Villarica et menacée par le volcan du même nom. On a aucune peine à trouver dans cette ville touristique, supermarchés, restaurants, bars, banques et agence de trekking !

Pucón et le volcan Villarica 

Nous avons séjourné deux nuits à la Maison Nomade, une chaleureuse maison d'hôtes entièrement en bois tenue par un sympathique couple franco-chilien. Elle est située à vingt minutes de voiture de Pucón, donc au calme. Très bien conçue, décorée avec goût, elle est dotée d'une cuisine entièrement équipée. Son jardin arboré avec vue imprenable sur le volcan est un enchantement. Charme, tranquillité, confort caractérisent cette belle maison que nous avons quittée avec regret.

Le parc national qui fait partie de l’une des plus anciennes zones forestières protégées du pays se caractérise par une grande richesse naturelle : forêts primaires, ravins escarpés et profonds, cascades, lacs et marécages, alimentés par les torrents qui descendent des hauts sommets. Les espèces végétales les plus communes sont le Lenga (Nothofagus Pumilio), le Mañio (Podocarpus), le Michay (Berberis montana) et bien sûr, l'Araucaria que nous verrons pour la dernière fois ici. Parmi la faune le parc héberge le Condor, le Pic de Magellan, le Chucao (Scelorchilus rubecula), petit rouge-gorge endémique, la Grenouille de Darwin et le Renard de Magellan que nous avons eu la chance d’observer à plusieurs reprises au cours de nos randonnées en Araucanie.

A Huerquehue, comme dans les autres parcs d’Araucanie, l'Araucaria règne en maître. C'est en quelque sorte un arbre fossile, puisque dès le carbonifère, il y a plus de 200 millions d'années, il peuplait déjà les forêts du Gondwana. Ce supercontinent réunissait alors l’Amérique du Sud, l’Afrique, l’Australie et L’Antarctique. On peut dire que l’Araucaria faisait partie du paysage des dinosaures.

Accès. Depuis la Maison Nomade, l'accès est facile par la route de Caburgua (S-905), puis peu avant cette localité, à droite, sur une route de ripio qui grimpe en lacets vers l'entrée du parc (18 km).

Le Sendero Los Lagos 

Le paisible lac Tinquilco  

6 heures, 13 km, dénivelé cumulé = + 650 m environ

C’est une agréable randonnée en milieu forestier, assez facile, mais qui demande une journée. Le départ a lieu au niveau du Lago Tinquilco où se situe le centre d’information, à l’entrée du parc (parking). Le sentier est évident et bien balisé. Les plus courageux irons jusqu’au Mirador Renahue. Nous nous « contenterons » de la boucle des cinq lacs. Euphémisme, car cette randonnée qui fut un enchantement, avait de quoi nous contenter pleinement ! Nous longeons d’abord la rive orientale du Lago Tinquilco par le sentier de découverte Ñirrico. Puis après avoir dépassé le refuge Tinquilco et le terrain de camping, le sentier grimpe vigoureusement dans la forêt, passe à proximité de deux cascades et atteint un premier belvédère, puis un second d’où l’on a une vue époustouflante sur le Lac Tinquilco dans son écrin forestier et le volcan Villarica en toile de fond.

Belvédère sur le lac Tinquilco dans son écrin forestier et le volcan Villarica en toile de fond. Quelle vue ! 

On atteint le premier lac, le Lago Chico aux eaux turquoise dans lesquelles se mirent lengas et autres feuillus. Un endroit très sauvage où l’on peut voir s’accumuler branchages et arbres morts, un aspect du mode de gestion des parcs nationaux au Chili. Aucune intervention extérieure ne doit avoir lieu et on laisse la nature faire son œuvre. Une protection intégrale que l’on retrouve en Amérique du Nord ou en Nouvelle-Zélande.

Le miroir du lac Chico 

Après avoir quitté le Lago Chico, le sentier se scinde en deux : à gauche vers le Lago Verde, à droite vers le Lago Toro. Nous choisirons de prendre ce dernier et d’effectuer la boucle dans le sens inverse des aiguilles d’une montre par le Lago Toro, la Laguna Huerquehue, la Laguna Los Patos et retour par le Lago Verde. Dans ce dernier secteur, le sentier, entravé par des troncs d’arbre, n’était pas très bien entretenu.

Lago el Toro 


Laguna Huerquehue 


Laguna los Patos et laguna Verde

Le Parc national Huerquehue est un hymne à la Nature, un joyau de l’Araucanie !

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Le Lac Calafquén à Licanray

Nous allons quitter l’Araucanie pour nous rendre dans les régions de Los Ríos puis de Los Lagos, plus au sud. Nous empruntons, au départ de Pucón, une autre route du réseau Interlagos, par Villarica, Lican Ray et Panguipulli. Une très belle route asphaltée qui serpente dans un paysage bucolique et nous permet d’admirer trois des multiples lacs enserrés dans leur écrin montagneux: les lacs Villarica, Calafquén et Panguipulli. Tout au long de ce trajet, le volcan Villarica ne quittera pas l’horizon.


Le volcan Villarica 
Le lac Panguipulli 
Le Rio San Pedro près de Los Lagos 
Le volcan Villarica, toujours en vue dans le lointain !

Pour gagner du temps nous quitterons cette route en direction de Los Lagos où nous rejoindrons la Panaméricaine (la Ruta 5), jusqu’à Frutillar au bord du lac Llanquihue, le plus grand lac de la région, que nous longerons jusqu’à notre étape de Puerto Varas.

Le lac Llanquihue et un groupe d'Ibis mandore (Theristicus caudatus) sur la plage

Cette région est réputée pour son héritage germanique, puisque ce sont des colons allemands qui ont fondé au début du XXe siècle Frutillar et Puerto Varas. Il y a certes quelques belles demeures en bois et l’église néo-romane qui domine Puerto Varas, avec ses lignes épurées et ses clochers de couleur rouge vif, peut faire illusion, mais il très exagéré de parler d’architecture germanique ! Je crois que l’on profite de ce filon pour attirer le touriste santiaguino avec une profusion d’enseignes gothiques : « Zum Gasthof », « Kuchen », etc.

Nous nous installons à l'hôtel Cabaña del Lago. C'est un peu une « usine à touristes ». Nous avons cependant aimé le personnel souriant et compétent, le confort et de la chambre avec vue sur le lac et les volcans et le prix très attractif (du moins à l'époque!). Nous n ‘avons pas aimé le restaurant trop bruyant.


Puerto Varas 

La petite ville de Puerto Varas est très agréable (et en tout cas infiniment plus que sa voisine, la trépidante Puerto Montt), avec sa longue promenade au bord du lac, ses jardins fleuris (les roses y sont énormes), son animation culturelle et surtout sa vue sur les volcans Calbuco et Osorno. Le cône enneigé de ce dernier est un spectacle à lui seul, surtout au coucher du soleil, mais à condition que le ciel soit clément, ce qui ne va pas être le cas pour les jours qui viennent. Profitons-en, demain il sera trop tard !

La promenade de front de lac à Puerto Varas et le volcan Calbuco en toile de fond 
Le volcan Tronador (3 491 m) à la frontière argentino-chilienne et le cône parfait de l'Osorno au coucher du soleil 
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Jusqu’ici, nous avons eu la chance d’avoir bénéficié d’un grand beau temps, mais ce matin, en regardant par la fenêtre de notre chambre, le volcan Osorno qui nous avait gratifié la veille d’un beau spectacle au coucher de soleil, avait disparu sous une épaisse couverture nuageuse. La pluie n’avait cessé de tomber toute la nuit. Et ce mauvais temps semblait vouloir s’installer durablement. Donc la balade en bateau sur le lac Todos Los Santos, initialement prévue, tombe à l’eau, si je puis dire ! Pour autant nous allons tout de même prendre la route pour effectuer les 70 kilomètres qui nous séparent du minuscule hameau de Petrohué, situé au cœur du Parc national Vicente Perez Rosales, après avoir longé la rive sud du lac Llanquihue, mais sans profiter de quelque vue que ce soit.

Créé en 1926, le Parc national Vicente Pérez Rosales est le plus ancien du Chili. Il protège, autour du lac Todos Los Santos, de magnifiques paysages de forêt, de cordillère et de volcans (dont l’Osorno) jusqu’à la frontière argentine, où il jouxte le Parc national argentin Nahuel-Huapi. L’administration des parcs a aménagé des sentiers et des passerelles pour pouvoir admirer les Saltos de Petrohué, une série de chutes sur le Rio Petrohué, exutoire du lac Todos Los Santos. Une heure de balade suffit pour sillonner les sentiers et contempler la couleur turquoise des eaux tumultueuses du torrent, même par ce temps maussade. Le lieu est très visité d’autant que les vacances scolaires et la haute saison approchent. De temps à autre l’Osorno, très timide ce jour-là, daigne se laisser entrevoir brièvement quand son vêtement nuageux se déchire.

L'Osorno daigne se dévoiler furtivement de temps à autre !

La route longe ensuite le Rio Petrohué jusqu'au village éponyme situé sur la rive occidentale du lac Todos los Santos. Ce minuscule port, surtout connu des voyageurs qui entreprennent la traversée du lac vers Peulla, puis l’Argentine, est un bout-du-monde. Nous ne nous attarderons pas, car si ce site sauvage est très beau, le ciel est de plus en plus chargé et menaçant. Nous décidons de rentrer à notre hôtel à Puerto Varas. Demain nous poursuivrons notre voyage par une escapade vers l'île de Chiloé.

Les chutes du Rio Petrohué et le lac Todos los Santos 
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Sans doute ce périple chilien entrera-t-il dans le « top 10 » de nos voyages. Il est vrai que nous avons bénéficié d’une météo exceptionnelle pour une région réputée très pluvieuse. En cette fin de printemps austral, la Nature d’une beauté insolente, s'est mise sur son trente-et-un.

Nous avons aimé

La suprême beauté des paysages

En particulier ceux de la cordillère : volcans enneigés, lacs, forêts primaires; une nature sauvage et préservée, des écosystèmes forestiers aux arbres endémiques majestueux, totalement inconnus en Europe, notamment le fameux Araucaria ou le Coigüe. Ces merveilles de la Nature sont autant d’invitations à la randonnée, en particulier dans des zones peu visitées comme les Parcs nationaux de Nahuelbuta et de Conguillio ou la Réserve nationale de Malalcahuello-Nalcas.

Le Lago Panguipulli et le volcan Choshuenco

Les Chiliens

Nous avons aussi apprécié la gentillesse et l’accueil chaleureux des Chiliens, heureux de voir des Français visiter leur région. L’Araucanía est, nous a-t-on dit, une des régions les plus pauvres du Chili, voire la plus pauvre, pourtant nous n’avons ressenti aucune insécurité. Si l’on fait abstraction des mouvements sociaux, notamment une grève qui a paralysé le fonctionnement des aéroports au cours de notre périple, une certaine sérénité règne dans cette région qui est sans doute l'une des plus sûres d’Amérique latine.

Nous avons moins aimé.

Les prix

Mais le Chili est aussi le pays le plus cher d’Amérique latine, voire plus cher qu’en Europe pour certaines prestations et cela se ressent surtout au niveau de la location de véhicules et de l’hébergement. Pour autant la qualité n’est pas forcément au rendez-vous !

La nourriture.

Contrairement au Pérou, ce pays ne brille pas sur le plan culinaire : cuisine excessivement lourde, grasse et trop salée (ou trop sucrée s’il s’agit de desserts). Je me suis même offert une sévère intoxication alimentaire, dans un hôtel soi-disant haut de gamme : un plat à base de poisson sans doute réchauffé et avarié. Il y aura tout de même des exceptions au cours de notre voyage.

Le choix de la saison

Décembre fut un excellent choix tant sur le plan climatique que sur celui de la fréquentation. C’est la fin du printemps austral, la nature est exubérante : lumière des genêts, embrasement des notros, champs entiers de lupins multicolores. Nous avons eu la chance d’avoir bénéficié d’un grand beau temps chaud et sensoleillé, sauf deux journées de pluie au sud, entre Puerto Varas et Chiloé. Par ailleurs ce n’est pas encore la haute saison, donc pas d’affluence touristique et nous étions parfois seuls sur les sentiers, d’autant que le nord de l’Araucanía est en dehors des sentiers battus. J’imagine que ce doit être encore plus beau en automne quand les nothofagus et les ñirres flamboient et contrastent fortement avec les sombres cimes des araucarias... Mais c'est la saison des pluies et des brumes.

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Bus

Au départ de Santiago, nous avons rejoint Los Ángeles (province de Biobío) avec la compagnie de bus Turbus. Voyage de jour impeccable, en six heures : ponctualité, confort et service de repas à bord.

Voiture de location

Nous avions réservé auprès d’Europcar une berline Chevrolet Cruze III que nous avons prise à l’agence de Los Ángeles et restituée à l’aéroport El Tepual de Puerto Montt. C’était parfait : le véhicule était neuf et nous n’avons eu aucun problème au cours des 2 500 km parcourus.

Toutefois, ce véhicule était peu adapté sur quelques routes de gravillons ou de terre. Ce fut notamment le cas des routes d'accès aux parcs nationaux de Nahuelbuta, Tolhuaca et Conguillio et à l'intérieur de ceux-ci, où nous aurions grandement apprécié un véhicule avec une plus haute garde au sol (le bas de caisse a touché le sol à plusieurs reprises). D'ailleurs nous n'avons pratiquement pas rencontré de berlines en ces lieux. Nous avons eu de la chance car le temps était ensoleillé et sec. En revanche, s'il avait plu, nous n'aurions pas pu passer à certains endroits, particulièrement au PN Conguillio que nous avons pu traverser du nord au sud (après avoir demandé l'avis des rangers), à vitesse très réduite, mais pas en sens inverse, car la piste est trop raide, glissante et pleine d'ornières. Il fallut alors effectuer un très long détour

Sur la route

Une règle générale dans tout le pays : on roule feux allumés, de jour comme de nuit.

J’ai eu quelques surprises au début, quand à deux reprises on m’a fait gentiment remarqué que j’empruntais un sens interdit en ville. J’ai très vite compris qu’à chaque carrefour, il y a des panneaux indiquant le nom de la rue et le sens de circulation indiqué par une flèche noire. Le « sens interdit » est indiqué par une flèche barrée avec la mention « No entrar ». Le stationnement autorisé est indiqué par la lettre « E » (Estacionamiento) sur fond bleu. La même lettre barrée en rouge indique un stationnement interdit. Les feux de signalisation sont comme en Amérique du Nord, de l’autre côté du carrefour.

Tout est ici.

Les abords des écoles sont particulièrement protégés avec ralentisseurs, voies séparées et feux clignotants invitant les chauffeurs à réduire leur vitesse à 30 km/h aux heures de fréquentation par les enfants. Un modèle à imiter…

Sur les pistes et routes gravillonnées (ripio) il est recommandé de rouler à faible vitesse, car les dérapages ne sont pas rares. 60 km/h est une vitesse maximum.

Cartographie

Les cartes routières « Compass » à 1/400 000 en neuf feuilles, éditées par COPEC sont relativement précises, elles distinguent les routes asphaltées (en rouge) des routes de ripio (en jaune). Elles sont résistantes et compatibles GPS. Pour cet itinéraire nous avons utilisé les cartes n° 5 (Maule y Bio Bio) et n° 6 (Villarica, Llanquihue y Chiloé). Pour les randonnées je me suis procuré trois cartes à 1/100 000 en courbes de niveau de la collection « Travel & Trekking Map » : Lonquimay, Conguillio et Pucón. J ‘avoue que c’est très insuffisant pour randonner et ces cartes ne m’ont guère été utiles finalement, sauf peut-être pour le PN Huerquehue à 1/50 000. On peut facilement obtenir ces cartes sur les plateformes en ligne habituelles.

Hébergements

Il s'est avéré qu'il n’était pas nécessaire de réserver à l'avance les hébergements, car en décembre les établissements étaient loin d’être complets, sauf à Puerto Varas où la haute saison commençait. Cela dit, la fréquentation a peut-être évolué aujourd’hui. Toutes les chambres étaient très propres et, à l’exception de la Ruka Melilef, elles disposaient toutes du chauffage, par ailleurs totalement inutile en cette saison. L'hôtellerie est de bonne qualité, mais les prix pratiqués sont en règle générale assez élevés.


Textiles mapuches 
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Notre voyage n'est pas terminé. Il va se poursuivre vers l'île Chiloé dans une ambiance très différente, maritime évidemment, avant de continuer vers les contrées isolées du sud du Chili.

C’est sous un ciel chagrin que nous effectuons la brève traversée du canal de Chacao par le ferry qui relie la province chilienne de Los Lagos à l’île de Chiloé. La pluie s'intensifie lorsque nous arrivons à Ancud, la première ville rencontrée en venant de Puerto Montt. Par ce temps pourri, cette ville paraît encore plus glauque qu'elle n'est. Aussi on ne s'y attardera pas et l'on reprendra immédiatement la route vers Castro.

Voilà qui s’annonce mal ! Il est vrai qu’avec 2 000 mm de précipitations annuelles, l’archipel de Chiloé se caractérise par son climat océanique très pluvieux et venteux. Et pourtant nous sommes au début de l’été ! Heureusement, cela ne durera pas et nous aurons pu bénéficier de belles éclaircies au cours de ces trois journées d’escapade insulaire, ce qui nous permettra de bien profiter des splendides paysages verdoyants et apaisants, notamment sur les petites îles du golfe d’Ancud.


La suite est ici: https://www.myatlas.com/Hérodote/l-archipel-de-chiloe