Retrouver l’été en plein hiver et fuir la grisaille et le froid hivernal de notre Champagne fait partie de nos motivations en voyage. Alors pourquoi pas le Sri Lanka ? Mais il y a d'autres raisons.
Du 4 au 27 février 2017
24 jours
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Negombo, samedi 4 février 2017

C’est le jour de la fête nationale : le Sri Lanka commémore son indépendance. Il y a affluence sur la longue plage de Negombo où règne une certaine animation. Le terrain vague qui sert parking aux tuk-tuk est saturé, des familles sri-lankaises et des jeunes se pressent autour des jeux de plage et des roulottes de restauration ambulante. La capitale Colombo n’est pas loin, aussi nombreux sont les citadins qui viennent s’adonner aux joies de la plage en ce jour férié. Nombreux sont aussi les touristes qui, après avoir débarqué à l’aéroport international tout proche, fréquentent la ribambelle d’hôtels et restaurants qui borde la plage,

Cette plage n’est pas d’une propreté exemplaire, mais il est agréable de se promener sur le rivage et d’admirer les catamarans traditionnels des pêcheurs. Il est également plaisant de se prélasser au soleil, puis de contempler en fin de journée le déclin de l’astre solaire au-dessus de l’Océan Indien devant un verre.

Le catamaran est originaire de la côte de Coromandel. Le mot est emprunté au tamoul "kattumaram" (de katta = lier et maram = bois)



En effet, une de nos motivations premières en voyage, c’est de retrouver l’été en plein hiver, de fuir la grisaille et le froid hivernal de notre Champagne. Le climat de l’île est équatorial, chaud et humide, avec un contraste entre le domaine des fortes pluies de mousson d'été au Sud-Ouest et les régions plus sèches du Nord-Est, arrosées seulement quatre mois de l'année, d’octobre à fin janvier. La meilleure saison se situe donc entre janvier et mars afin d’éviter les fortes pluies. Alors pourquoi pas le Sri Lanka en février ?

Si les plaines qui occupent la majeure partie de l’île connaissent de fortes chaleurs pouvant rendre pénible la visite des sites archéologiques, en revanche les hautes terres du Sud bénéficient d’un climat plus frais, mais avec davantage de précipitations. La proximité de l’océan rafraichira l’atmosphère et les températures oscilleront entre 25/28°C toute l’année. C’est parfait pour le farniente sur la plage ou dans la piscine de l'hôtel.

Le Sri Lanka est un microcosme de l'Asie. Ce petit pays concentre à la fois toutes les caractéristiques du sud de la péninsule indienne et de l'Asie du Sud-Est avec une palette de paysages extrêmement variée : plages tropicales bordées de cocotiers, mangroves, forêts tropicales, plantations de thé et d'hévéas, montagnes embrumées, rizières, paysages aquatiques des multiples réservoirs.

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Famille sri-lankaise en compagnie de Sir Thomas Lipton 



En arrivant à Negombo, nous fûmes frappés par le grand nombre d’églises, le christianisme ayant été introduit sur la côte ouest au XVIe siècle par les missionnaires portugais. Pourtant le Sri Lanka est un pays à dominante bouddhiste : stupas (appelés dagoba) et statues du Bouddha sont omniprésents. Sur la côte est, à Trincomalee, changement radical d’ambiance qui rappelle le sud de l’Inde par ses temples hindous aux gopura colorés, chargés d’une foule de divinités. Le Sri Lanka est donc aussi un microcosme de l'Asie par la diversité de sa population : Vedda, Cinghalais bouddhistes (ou parfois chrétiens), Tamouls hindouistes, Maures musulmans, Burghers (blancs descendant des colons portugais, hollandais et britanniques) forment un kaléidoscope ethnique, linguistique et culturel surprenant pour un si petit pays.


Cohabitation des religions: bouddhisme, hindouisme, chrétienté (images proposées aux pèlerins près d'un  temple à Trincomalee)


 Méditation devant le stûpa (ou "dagoba")  Ruvanvelisaya à Anaradhapura  


Bouddha est omniprésent. En haut: Mihintale; en bas à gauche: le kitsch du Temple d'or à Dambulla 


Moines et bouddha en méditation dans le temple de Gadaladeniya près de Kandy


 Temple hindouiste à Trincomalee 


L'église Saint-Paul de Kandy . Les chrétiens, représentent 6 % de la population et Colombo a son cardinal-archevêque  

Depuis le Ve siècle avant J.C., plusieurs vagues de migrants venus du sous-continent indien se sont succédé. Évidemment chaque communauté revendique son antériorité sur le sol de l’île. Les Cinghalais, les plus nombreux (70 %), d’origine indo-aryenne, sont venus du nord de l'Inde en important le bouddhisme. Ils se fondent sur la chronique légendaire du prince Vijaya pour affirmer l’ancienneté de leur présence sur l’île. Les Tamouls répliquent que leurs ancêtres dravidiens étaient arrivés bien plus tôt en empruntant le pont d’Adam, l’isthme de trente kilomètres qui reliait l’île à l’Inde du Sud. Ils sont majoritaires au nord et à l’est de l’île ainsi qu’au centre-sud où ils sont employés dans les plantations de thé.

Femme Tamoule et son petit-fils

Quoiqu’il en soit les Vedda sont les premiers occupants connus au Sri Lanka. Ce « peuple de la forêt » de chasseurs-cueilleurs, pratiquant aussi une forme d’agriculture sur brûlis, tente comme il peut de préserver son mode de vie traditionnel. Ils ne sont plus que quelques centaines à vivre dans des réduits forestiers du centre-est de l’île. Certaines agences de voyage proposent de les montrer en spectacle devant les touristes (sans nous évidemment) !

Les Maures quant à eux, forment le troisième groupe ethnique (8 % de la population), soit environ deux millions de personnes. Ils descendent de marchands arabes installés au Sri Lanka entre le VIIIe et le XVe siècle et sont musulmans pour la plupart.

La mosquée Meeran Jumma occupe depuis 1909 l'ancienne cathédrale portugaise de Galle 

La cohabitation entre ces communautés n’a malheureusement pas toujours été harmonieuse, comme en témoigne la terrible guerre qui opposa durant plus de trente années les «Tigres» tamouls indépendantistes aux forces gouvernementales, causant la mort de plus de 100 000 personnes et près de 150 000 disparus. Ce n’est qu’en 2009 que la paix est revenue dans le pays. Nous n'avons pas perçu les stigmates de cette guerre, si ce n'est par le discours de notre chauffeur, un Cinghalais chrétien de Colombo, qui avait des mots très durs vis-à-vis des Tigres tamouls.

Jeune femme travaillant dans un atelier du batik selon la technique de la cire perdue, près de Sigiriya. 


Sortie de classe devant une école chrétienne de Galle 


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Un lion pour ancêtre


Dans des temps très anciens, au royaume de Vanga (situé dans le delta du Gange), une princesse nommée Suppadevi, aux mœurs très libres, fut attaquée dans une forêt par Sinha, le roi des animaux. Mais devant sa grande beauté, baissant les oreilles et frétillant de la queue, le lion tomba immédiatement amoureux de la dame. Celle-ci, loin d’être effrayée le caressa tendrement. La flamme s’empara alors de l’animal qui ne put résister à enlever la belle et l’enfermer dans sa grotte. Tirons le rideau sur la suite, au demeurant peu difficile à deviner, puisque Sinha eut deux enfants avec Suppadevi : une fille et un fils nommé Sinhabāhu (« le bras de lion »).

Quand ceux-ci eurent grandi, ils s’enfuirent avec leur mère. Puis après avoir tué Sinha, son père-lion, Sinhabāhu devint roi de Sinhapura (la « ville du lion ») et épousa sa sœur. De cette union naquirent seize paires de jumeaux. Le prince Vijaya fut l’aîné d’entre eux, mais à cause de ses exactions il fut banni de Sinhapura avec ses 700 partisans. Embarqués de force sur une flottille, ils échouèrent sur la côte ouest de Lanka où ils fondèrent une colonie.

Zoophilie, inceste, parricide, et même mariage de Vijaya avec une yakṣī (les yaksha sont des esprits de la forêt), princesses et souverains indiens avaient, semble-il, des mœurs particulières. Ainsi d’après la chronique légendaire du Mahavamsa, les Cinghalais ont-ils un lion pour ancêtre. Ce donc des « fils de lion», des Sinhala (= Cinghalais). Il n’est donc pas étonnant que cet animal figure sur le drapeau national : un lion d’or sur fond pourpre tenant une épée dans sa patte avant-droite ; il est omniprésent dans la culture du pays, notamment sous forme de sculptures.

La succession des royaumes

Remonter le temps au royaume du lion, c’est parcourir vingt-trois siècles d’histoire, une histoire indissociable de la prééminence du bouddhisme theravada, qui contrairement à la péninsule indienne, s'était maintenu du fait de l'insularité. Cependant il faudrait plutôt parler des royaumes, au pluriel, d’une succession de dynasties accompagnée d’une translation de leurs capitales du nord vers le sud au cours des siècles.

Dès le IIIe siècle avant J.C., les premiers rois établirent leur capitale à Anurâdhapura, dans la zone sèche du centre-nord de l’île, où s’épanouit une civilisation fondée sur la maîtrise des systèmes hydrauliques. Mais leur autorité était loin de s’exercer sur l’ensemble de l’île où subsistaient des pouvoirs locaux ou quand des envahisseurs venus d’Inde du Sud s’emparèrent du trône. Mais vers la fin du 1er millénaire, la monarchie d’Anuradhapûra s’effondra devant la montée de puissants royaumes tamouls et la ville tomba dans l’oubli.


Ces derniers s’établirent à partir du XIe siècle à Polonnâruvâ, faisant de cette ville la deuxième capitale, dans le centre-est de l’île. Ils furent finalement chassés par le roi cinghalais Vijayabāhu au XIIe siècle. Ses successeurs, notamment Parakrmabāhu 1er, rendirent au pays prestige et prospérité. Cependant à partir du XIIIe siècle un déclin s’amorça (dégradation des systèmes hydrauliques, invasions, paludisme) provoquant des migrations de la population cinghalaise vers les régions plus humides du sud et fixant une nouvelle capitale à Kōtte, une banlieue de Colombo de nos jours. Quant aux Tamouls, ils établirent aux XIVe siècle un royaume indépendant à Jaffna, au nord de l’île.

Lorsqu’au XVIe siècle arrivèrent les Portugais, à la recherche d’épices, ils établirent des comptoirs dans les zones littorales productrices de la meilleure cannelle de l'époque, s'emparèrent du royaume de Kōtte et convertirent assez brutalement la population locale au christianisme. L'ordre ancien était consommé. Ils se heurtèrent cependant à la résistance des Cinghalais qui se replièrent à l'abri de la citadelle naturelle que forment les montagnes au cœur de l'île. Un royaume indépendant fut constitué autour de leur nouvelle capitale Kandy, qui résista aux nouveaux colonisateurs hollandais, mais s’effondra devant les Britanniques en 1815.


Le « Triangle culturel »

Les trois anciennes capitales, Anuradhâpura, Polonnâruvâ et Kandy, dessinent au cœur de l’île les sommets d’un triangle au sein duquel s’est épanouie l’antique civilisation du Sri-Lanka. C’est ce que l’on appelle le "Triangle culturel", qui fait de cette région un véritable conservatoire de l’art bouddhique. Au centre dudit triangle, deux sites majeurs: Sigiriya et Dambulla. À Sigirya, un roi a défié les lois de la physique pour se construire un palais au sommet d’un rocher géant. Ses vestiges constituent l’un des spectacles les plus saisissants du Sri Lanka. Quant aux temples bouddhiques rupestres de Dambulla, ils conservent un grand nombre de peintures murales et de statues de toute beauté.


Anuradhâpura

Nous débuterons logiquement notre « remontée du temps » par la visite de la plus ancienne cité de l’île : Anuradhâpura qui s’imposa comme capitale de l’île pendant quelque quatorze siècles. À la suite de Devānampiya Tissa, le premier souverain-bâtisseur, plus d’une centaine de rois s’y sont succédé, lesquels ont insufflé à la ville un élan artistique et architectural considérable : palais somptueux, jardins raffinés, statuaire, bassins et surtout les énormes dagobas (stûpas) des monastères. Ils abritent une relique du Bouddha, dont la fameuse Dent qui a beaucoup voyagé dans le pays. Ces édifices comptent parmi les plus gigantesques du monde antique. Le plus impressionnant est le dagoba du monastère de Jetavanarama qui s'élevait à 122 mètres de hauteur (plus bas aujourd'hui) lors de sa construction au troisième siècle. Il n'était dépassé en son temps que par les pyramides de Guizèh. Quelque 90 millions de briques auraient été nécessaires pour son édification ce qui en ferait la plus grande structure architecturale en briques au monde.

Le dagoba Jetavanarama (IIIe siècle)

Le périmètre archéologique - et sacré - est situé à l’écart de l’agitation et de la pollution de la ville moderne. Ce parc, à l’ombre d’arbres majestueux, peuplés de singes, est agrémenté par la relative fraîcheur des réservoirs qui témoignent des anciens aménagements hydrauliques. Ce pourrait être un endroit agréable pour s’y balader s’il n’était si étendu, s’étirant sur plusieurs kilomètres du nord au sud. Il est donc difficile de le parcourir à pied, aussi étions-nous heureux de disposer d’une voiture. Nous sommes partis de bon matin pour éviter les fortes chaleurs.

La rencontre avec le colossal hémisphère blanc du dagoba du monastère de Ruwanweliseya qui se découpe dans le bleu du ciel, fut un choc visuel. Sa flèche conique qui s’élève vers le ciel à 90 mètres de haut sur un empilement de chatra, symboliserait l’axe du monde. Plusieurs centaines d’éléphants montent la garde tout autour de la plateforme carrée. Ce dagoba était destiné à abriter le bol à offrandes du Bouddha. Après avoir laissé nos chaussures à l’entrée, nous pénétrons dans l’enceinte sacrée, puis nous entreprenons le tour du monument dans le sens des aiguilles d’une montre, évidemment. Nombreux sont les pèlerins à méditer, à prier, à déposer des offrandes (dont profitent quelques singes chapardeurs), à se prosterner devant une effigie du Bouddha.

Le dagoba du monastère de Ruwanweliseya 


Pèlerins faisant le tour du dagoba ceinturé des couleurs du bouddhisme.  


Notre visite du site archéologique s’est poursuivie jusqu’au début de l’après-midi, ce dont témoignent ces quelques images.

Le Samadhi  Bouddha en attitude de méditation ou "dhyana" (Ve-VIe s.) 


Les Bains jumeaux. Ces bassins servaient de bains purificateurs aux rois et à leur suite (Ve siècle)


Mihintale

Selon la tradition, la colline de Mihintale serait le lieu de naissance du bouddhisme au Sri Lanka. C’est ici que le prince-moine Mahinda, envoyé par le grand empereur Ashoka, aurait rencontré le roi Devānampiya Tissa en 247 avant J.C. pour le convertir au bouddhisme

Le site se situe à une vingtaine de kilomètres à l'est d'Anuradhâpura. Nous gravissons dans un premier temps de très longues volées de marches d’escalier qui mènent à la terrasse sommitale. Mieux vaut entreprendre cette ascension en début de matinée, avant les fortes chaleurs (on peut éviter le premier escalier en se faisant conduire jusqu’au parking intermédiaire). En haut, quelques pèlerins méditent (ou plutôt bavardent) autour d’un petit dagoba blanc cerné de colonnes anciennes et de palmiers. C’est le dagoba du Manguier, édifié à l’endroit précis où se serait tenu Mahinda lors de la rencontre avec le roi. Un dernier effort pour gravir l’escalier qui mène au grand Dagoba Mayaseya, lequel domine tout le site. La vue est saisissante sur les rizières, les collines et les forêts alentour, bien que quelque peu brouillée par la brume de chaleur en cette saison.

En définitive, si ce site mérite un détour pour la vue, il ne nous a pas vraiment séduits. Il est sale par endroits et le lieu étant sacré et il faut se déchausser sur toute la partie sommitale. À cet égard, notons que les gravats, les crottes de singes et de chiens errants ne sont pas en option, mais bien compris dans les droits d'entrée ! L'idée de grimper pieds nus jusqu’au au sommet de l’Aradhana Gala, le rocher dit de la « Convocation » d’où Mahinda prêcha son premier sermon, ne nous a pas enthousiasmés, à la vue des marches escarpées taillées grossièrement dans la roche, extrêmement déclives et exposées. Nous avons donc renoncé à la grimpette

Les très longs escaliers, l'Ambasthala Dagoba (dagoba du Manguier) et le rocher Aradhana Gala (prière de l'escalader pieds nus !)

Polonnâruwâ

Comme pour Anuradhâpura, ce n’est qu’au XIXe siècle que les archéologues britanniques ont exhumé l’antique cité de Polonnâruwâ de sa gangue forestière et l’ont sortie de l’oubli. Ils ont découvert (au sens premier du terme) d'exceptionnels témoignages de l’apogée artistique et architecturale de la deuxième capitale du royaume de Lanka du XIe au XIIIe siècle. Une période relativement brève en regard de la première capitale au cours de laquelle le grand roi Parakramabahu (1123-1186) réalisa de grands travaux afin d’embellir sa capitale, construire de vastes systèmes d'irrigation, réformer les pratiques bouddhistes et encourager les arts.

Une quasi journée fut nécessaire à la visite du site, beaucoup moins étendu qu’Anuradhâpura, mais beaucoup plus riche à nos yeux sur le plan archéologique et artistique. Il serait fastidieux d’énumérer ici la multitude de chefs-d’œuvre rencontrés au cours de notre visite. Aussi, je n’en retiendrai que deux qui ont particulièrement attiré notre attention.


Le Vatadage

Au cœur de la cité historique, à l’intérieur de la terrasse dite de la relique de la Dent (une de plus !), généralement désignée comme le « quadrilatère sacré », le Vatadage est un des chefs-d’œuvre les plus accomplis. Il s’agit d’un sanctuaire circulaire très richement orné qui a conservé un décor exquis de hauts et bas-reliefs délicatement travaillés : frises de lions, de génies, de lotus. L’édifice est structuré selon les quatre points cardinaux auxquels correspondent quatre entrées. Chacune est gardée par une paire de nagaraja (figure hindouiste du roi des Nāga, coiffé de sept têtes de cobras), et précédée d’une pierre de lune (*). Quatre escaliers de quelques marches ornées de frises sculptées, conduisent au dagoba central où s’adossent quatre bouddhas regardant les quatre points cardinaux. Les colonnes qui entourent le monument laissent penser à l’existence d’une toiture en bois disparue. On peut se faire une idée de la structure supposée de l‘édifice grâce à une maquette exposée au Musée archéologique. Le lieu étant sacré, il nous a fallu évidemment nous déchausser.


Le Vatadage 


Le Vatadage 

(*) La pierre de lune ou Sandakada pahana est un élément caractéristique de la sculpture cinghalaise. C'est une dalle de granite en forme de demi-lune qui fait fonction de seuil spirituel. Elle est ornée de frises concentriques constituées de cygnes, feuillages entrelacés, éléphants, lions, chevaux et taureaux, chacun de ces quatre mammifères symbolisant une des quatre étapes de la vie : croissance, énergie, puissance et patience.

Pierres de lune du Vatadage 

Le Gal Vihara ou « sanctuaire du roc »

Nombreux sont les visiteurs et les pèlerins venus voir ou vénérer quatre majestueux bouddhas, taillés dans une falaise de granite, au nord de l'ancienne cité. Le plus grand, de 14 mètres de long, est allongé, le deuxième est debout et les deux autres sont assis en attitude de méditation. Nous verrons d'autres statues monumentales du Bouddha dans le pays, mais ici nous sommes au sommet de la sculpture rupestre du Sri Lanka. Les artistes ont su tirer parti des strates de la roche, même si une veine malheureuse a laissé une marque sous le menton du Bouddha couché. Grâce et sérénité se dégagent de ces œuvres. Une invitation à la méditation.

Gal Vihara 


Anuradhâpura versus Polonnâruwâ


Voici quelques photos d'Anuradhâpura (à gauche) mises en regard de celles prises à Polonnâruwâ (à droite)


 Anuradhâpura: Dagoba Abhayagiri (1er S. av. J.C.), 75 m de haut. Polonnâruwâ : dagoba Rankot Vihara (XIIe s.), 50 m de haut.
Pierres de lune. Anuradhâpura : temple Mahasena (VII-VIIIe s.). Polonnâruwâ : Vatadage (XII-XIIIe s.)
Le roi naga et sa couronne surmontée du cobra à 7 têtes à Anuradhâpura (à gauche) et à Polonnorâwurâ (à droite)
Anuradhâpura : escalier du palais Ratna Prasada (Xe s). Polonnâruwâ : escalier de la salle du Conseil de Parakrama Bahu (XIIIe s)
Bains royaux. Annuradhâpura, Kuttam Pokuna (Ve s.). Polonnâruwâ, Kumara Potuna (XIIe s.)

Alors si l’on tient absolument à voir des stûpas (dagoba) plus hauts et plus anciens, un bassin royal plus grand ou une pierre de lune plus ancienne et peut-être plus finement sculptée, il faut aller à Anuradhâpura. Mais s'il faut faire un choix entre les deux sites, mieux vaut, à mon avis, privilégier Polonnâruwâ. Bien que la première capitale soit bien plus ancienne, la visite des deux sites est redondante, à moins d'être un féru d'histoire et d'archéologie. Et puis Polonnâruwâ présente plusieurs avantages : le site est beaucoup moins étendu, les édifices y sont beaucoup mieux conservés et bien plus beaux sur le plan artistique. Enfin Polonnâruwâ se situe à proximité de deux sites majeurs du Triangle culturel: Sigirya et Dambulla.


Coup de griffe...

On peut comprendre qu'il faille respecter un lieu sacré et se déchausser en conséquence. Cependant, contrairement à d'autres pays d'Asie où le Bouddha accepte que l'on ne se déchausse qu'à l'intérieur du sanctuaire proprement dit, au Sri Lanka, non seulement il faut se déchausser dès le franchissement de l'enceinte extérieure et sur les gravats, mais aussi se découvrir la tête, y compris sur les sites archéologiques, considérés comme sacrés ! Donc le Bouddha aurait exigé que les deux extrémités du bonhomme soient exposées aux affres de l'enfer: se griller les pieds sur des dalles surchauffées par le soleil et se prendre une insolation. Et si par hasard vous auriez oublié d'ôter votre chapeau, un quidam aura vite fait de vous rappeler à l'ordre ! J'ai même rencontré une maman qui tentait vaille que vaille de protéger son bébé du soleil avec sa main, car à lui aussi les moines avaient interdit le chapeau !

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Sur les plaines du centre de l’île, s’élèvent çà et là des reliefs résiduels aux versants abrupts qui ont résisté à l’érosion. Les géomorphologues allemands les ont désignés par le terme d'inselberg (« Île-montagne »). Le rocher l’Aradhana Gala à Mihintale que nous avions refusé d’escalader pieds-nus fait partie de ce type de relief.


Pidurangala

En fin d’après-midi, après les fortes chaleurs, nous nous rendons à deux kilomètres au nord de Sigiriya, au pied du rocher de Pidurangala, qui a abrité un ancien complexe monastique bouddhiste. Ce n'est pas pour ce dernier, mais pour la vue que nous allons entreprendre une rude ascension d’une vingtaine de minutes. Nous passons devant un grand bouddha en brique qui se repose sous une corniche naturelle. Plus sportif et engagé, un sentier caillouteux conduit au sommet du rocher d’où l’on a une vue imprenable sur la face nord du rocher du Lion de Sigiriya, un peu à contre-jour cependant. La lumière eût été meilleure le matin, mais on ne peut être partout à la fois à cette heure de la journée !


Le rocher du Lion vu du sommet du rocher de Piduragala 


Sigiriya, lundi 13 février, 7h30

Nous sommes à la billetterie du site le plus spectaculaire et le plus emblématique du Sri Lanka, qui comme Polonnâruwâ et Anuradhâpura est inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Pour soixante dollars nous avons droit à deux magnifiques billets illustrés sur lesquels est inscrit un remerciement pour notre « généreuse contribution au développement et à la préservation des sites du patrimoine mondial » (sic !). Il n’y pas encore grand monde et la relative fraîcheur matinale va nous permettre de grimper jusqu’au sommet du fameux Rocher du Lion dans de bonnes conditions. D'ailleurs la direction de notre hôtel avait eu la bonne idée de nous servir le petit déjeuner très tôt afin de pouvoir être sur place de bon matin.

Le Rocher du Lion émerge de la forêt tropicale  

Une folie, une extravagance, une prouesse technique… et humaine, car on imagine le nombre d’hommes sacrifiés pour une telle entreprise ! Le caprice d’un roi ? Qu’est-ce qui a pu traverser l’esprit du roi Kassapa pour se faire bâtir ce nid d’aigle au-dessus d’un rocher quasi inaccessible ? En réalité ce roi était un usurpateur doublé d’un parricide et régicide, qui craignant une probable intervention armée de son frère détrôné et exilé, avait quitté Anuradhâpura en 477 pour fonder une nouvelle capitale à Sigiriya et faire percher son palais au sommet de ce rocher, position inexpugnable défendue par des parois abruptes. Le souverain n’avait pas que des préoccupations militaires, mais aussi esthétiques et religieuses, concevant sa résidence céleste à l’image de celle d’une divinité. Il l’avait agrémentée de jardins raffinés, de bassins, de pavillons élégants, d’une statuaire fabuleuse et même d’une gigantesque galerie de peintures à ciel ouvert : les fameuses Demoiselles de Sigiriya qui font la notoriété du site. Cependant Kassapa profita très peu de son palais perché, puisque l’arrivée inéluctable du frère à la tête d’une armée mit fin rapidement à son règne. Ce fut donc une capitale éphémère qui tomba dans l’oubli, envahie par la jungle. Un oubli désormais « oublié », puisque le rocher est peut-être aujourd’hui le site le plus visité du Sri Lanka.

La visite commence par une plaisante balade dans les jardins royaux arborés et agrémentés de nombreux bassins, avant d'arriver au pied du rocher. Ensuite il vaut mieux être en forme car une série de quelque 1200 marches au total nous attend pour nous affranchir des 200 mètres de parois ! Heureusement, des terrasses intermédiaires et des passerelles permettent de reprendre son souffle. Et heureusement le lieu était relativement calme à cette heure matinale, car ce doit être très pénible de grimper ces escaliers à la queue leu leu et de se faire bousculer. Au cours de l’ascension des panneaux nous invitent à prendre garde aux frelons et aux guêpes susceptibles d’attaquer si l’on est trop bruyant. Je ne savais pas que ces bestioles étaient sensibles au bruit ! Colère divine à l’encontre de quelques touristes braillards et irrespectueux ?

Les jardins royaux vus d'en haut 
Nous voilà prévenus ! 

A partir de la plateforme du Lion, les choses deviennent sérieuses. Nous sommes au pied de la forteresse et nous nous engouffrons dans la gueule d’un lion géant dont seules les pattes aux énormes griffes ont subsisté. Il reste alors 250 marches métalliques à escalader. On peut encore observer des marches taillées dans la paroi. C’était l’ancien escalier emprunté par le roi et sa suite. Il ne fallait pas avoir le vertige, pourtant il paraît que le roi y aurait été sujet. En tout état de cause le monarque se faisait transporter en palanquin jusqu’en haut !


L'entrée de la forteresse entre les griffes du lion.  

En arrivant sur la terrasse sommitale, c’est un peu la déception. Il ne reste pas grand-chose du palais hormis une étonnante piscine royale alimentée par les eaux de pluie et un trône où les seules indications sont… l’interdiction de s’y asseoir ! En revanche la vue qui s’étend au loin mérite les efforts pour grimper jusqu’ici ! Nous distinguons notamment le rocher de Piduragala que nous avions escaladé la veille.


La terrasse sommitale 

Cependant le fleuron de la visite restera la série des "Demoiselles de Sigiriya" véritable vitrine touristique du pays. Il s’agit d’une vingtaine de fresques d’une grande beauté et d’une grande fraîcheur. Elles représentent de jolies jeunes femmes très accortes et sensuelles, parées de bijoux et seins nus. Une singularité dans l’histoire de l’art sri-lankais, où dominent les thèmes bouddhiques. Leur signification reste une énigme. Le fait qu’elles soient comme posées sur des nuages laisserait penser qu’il s’agirait d’apsara (danseuses célestes). À moins qu’il s’agisse de courtisanes.

Les "Demoiselles" . Source: Wikipedia/Dschen-Reineke & Sbor-Naturfotografie. 

Pour y accéder on emprunte deux curieuses cages d’escalier métalliques en colimaçon, suspendues dans le vide (une à la montée, l’autre à la descente). Mais sachez que votre billet à 30 dollars ne vous donnera droit ni à photographier les fresques, ni à prendre votre temps pour les admirer ! Il y a quelques années, les photographies étaient autorisées sans flash, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Une brimade anti-touristes ou le prix payé pour l'indiscipline de certains touristes qui utilisaient leur flash. En attendant, merci Wikipédia ! Par ailleurs, il y a tellement de monde que des panneaux et des gardiens peu amènes vous interdisent de vous arrêter pour admirer les fresques: circulez, il n'y a rien à voir ! Mais à l'heure où nous y étions, le lieu était encore relativement calme.

Quand nous sommes redescendus vers 9 heures, il y avait déjà une gigantesque queue pour accéder aux "Demoiselles".

La queue pour accéder aux Demoiselles par des cages d'escalier (ou des escaliers en cage !) accrochées à la paroi. 


Si l’on souhaite éviter les bains de foule et les hordes de touristes chinois braillards armés de leurs perches à selfies, il est conseillé de se présenter à la billetterie dès l'ouverture à 6h30, et en tout cas avant 9 heures, à la fraîche


Yapahuwa

À 70 km au sud d'Anuradhapura et à l'ouest de Sigiriya, Yapahuwa fut la capitale éphémère du royaume de Lanka au XIIIe siècle. Après la chute de Polonnaruwa en 1236, les rois cinghalais, confrontés aux coups de boutoir des armées indiennes, ont dû se replier progressivement vers le sud et fonder une série de capitales provisoires en des sites de plus en plus reculés et inaccessibles, transportant avec eux la Dent. De cette citadelle royale, il ne subsiste qu’un monumental escalier en pierre très escarpé, décoré d’apsara et gardé par une magnifique paire de lions. L’un d’eux figure sur le billet de 10 roupies.

Par des volées de marches nous sommes parvenus facilement au sommet du rocher d'où l'on a pu bénéficier d’une vue superbe sur les rizières et les forêts alentour. Cette ascension est à faire de préférence en tout début de matinée, avant les grosses chaleurs. Comme c'est en dehors des circuits touristiques classiques, nous étions quasiment seuls, contrairement à Sigiriya.


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L’art de la fresque dans les grottes, les abris sous roche, les temples troglodytiques remonte à la plus haute Antiquité au Sri Lanka, mais rares sont les peintures rupestres qui ont traversé les siècles, les Demoiselles de Sigiriya faisant exception. C’est durant la période kandyenne, entre le XVIIe siècle et le début du XIXe siècle que se situe l’âge d’or de l’art de la fresque au Sri Lanka. A travers toute l’île, temples et monastère se sont couverts de chefs-d’œuvre s’inspirant de thèmes bouddhiques, tels que des scènes de la vie de Bouddha ou des processions religieuses.

Dambulla

Dambulla est une ville située à une demi-heure de route de Sigiriya, en plein cœur du Triangle culturel et au centre géographique de l’île. Si la ville est moche, en revanche elle recèle un trésor : le Golden Temple (ou Rock Temple). C'est un ensemble de cinq temples troglodytiques situés au sommet d’un inselberg granitique, accessibles par une série d’escaliers. Ces grottes abritent de splendides fresques et un alignement de bouddhas de toutes tailles et dans toutes les attitudes. L’ensemble est l’œuvre d’un roi qui, chassé d’Anuradhapura par les envahisseurs tamouls, se réfugia ici au 1er siècle avant J.-C. En remerciement pour avoir récupéré son trône, il fit édifier ces temples. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les rois de Kandy entreprirent d’importants travaux de rénovation et d’embellissement. Ainsi la plupart des chefs-d’œuvre que l’on découvre à Dambulla datent du XVIIIe siècle. C’est un des plus beaux sites que nous ayons vus au Sri Lanka et il est très visité. Un des sommets de notre voyage ! Il y avait peu de touristes étrangers ce matin-là, une fois n'est pas coutume. En revanche il y avait un grand nombre de groupes scolaires en uniforme, très disciplinés. C’est un lieu très vénéré par les bouddhistes sri-lankais et une tenue décente est requise : pas de short, épaules couvertes, tête découverte et bien sûr il faut se déchausser.




Sasseruwa

Je ne connais pas le pays, mais par expérience j’ai le sens de l’orientation et je me demande bien où notre chauffeur nous conduit. Il a pris connaissance de notre programme puisque je le lui ai indiqué avec précision dès le début du voyage. Or ce jour-là nous avions prévu d’aller au monastère troglodytique de Res Wehera pour y découvrir le Bouddha Sasseruwa, un site très peu visité, situé à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Dambulla. Il programme donc la destination sur l’application GPS de son Smartphone. Cependant après un certain temps et en regardant la carte de Google Maps qui s’affiche sur son écran, je me rends compte que l’on se dirige plein sud, donc dans la direction opposée. Je le lui fais remarquer, mais il s’agace. Allons bon ! Voilà que je suis en train de lui faire perdre la face ! Un Asiatique ne doit JAMAIS perdre la face !!! En fait il avait programmé son GPS sur une destination homonyme et en tout état de cause il connaissait assez mal son pays en dehors des circuits touristiques… Bref, plus d’une heure de perdue ! Il est vrai que la piste pour accéder à ce site perdu n’était pas facile à trouver et qu’il y avait de quoi se tromper de route.

Arrivés enfin sur place, un gardien, muni d’une énorme clé, vient nous ouvrir la porte d’entrée d’une grotte. C’est l’une des nombreuses cavités que l’on a retrouvées dans ce vihara (monastère) bâti au IIIe siècle avant J.C par le roi d’Anuradhapura Tissa Devānampiya, et qui aurait compté plusieurs centaines de moines. Pénétrant à l’intérieur, nous découvrons un bouddha endormi, des bouddhas en méditation et de superbes fresques bouddhiques. Évidemment celles-ci sont relativement récentes, étant donné la fraîcheur de leurs coloris. Nous avons de facto bénéficié d’une visite privée, puisque nous étions probablement les seuls visiteurs de la matinée.




Ensuite un long escalier (encore un !) nous mène jusqu’à la colossale statue du Bouddha Sasseruwa, de 12 mètres de haut, qui se dresse dans une niche sculptée dans le rocher. Elle est inachevée. On dit que le sculpteur aurait abandonné son œuvre, découragé après avoir vu la statue du Bouddha Aukana, un peu plus haute et surtout beaucoup plus aboutie. Située non loin de là, nous irons bien sûr lui rendre aussi une petite visite.

Le Bouddha Sasseruwa (à gauche) et le Bouddha Aukana (à droite)
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Le temple de Kali à Trincomalee 


Trincomalee

Devant l'immense baie de Trincomalee (ou Trinquemalay, ou plus simplement « Trinco »), l'un des plus beaux ports naturels de l’océan Indien, l’on a du mal à imaginer que la région fut le théâtre tragique de destructions et de massacres durant les trente années de la guerre civile, suivi des terribles ravages provoqués par le tsunami de 2004.

Nous sommes ici dans une région à majorité tamoule. Nous y resterons trois jours à pratiquer le farniente au bord de la piscine d’un très bel hôtel à Uppuveli. Celui-ci n'est pas situé directement au bord de l'océan, mais sur la rive du méandre d’un estuaire frangé d’une mangrove et de cocotiers. Un pittoresque petit port de pêche s'y est établi. C'est ce qui en fait son charme... et son calme!


La ville, qui semble se relever des désastres des années noires et sortir de son long isolement, n’a pas de quoi séduire en elle-même, si ce n’est la présence de Fort Frederick et de temples tamouls qui ne demanderont qu’une matinée de visite.

Allons d’abord au temple de Koneswaram, perché au sommet de Swami Rock, un éperon rocheux qui surplombe l’océan Indien. Pour y accéder il nous faut d’abord traverser Fort Frederick, une citadelle initialement construite par les Portugais en 1623 aux dépens d’un temple hindou et aujourd’hui occupée par l’armée. Nous franchissons les fortifications par une porte ornée des armoiries et de la devise de la couronne britannique « Dieu et mon droit », qui montre que ce fort avait changé de mains, après être passé par celles des Hollandais et des Français. Dans l‘enceinte nous ne croisons aucun militaire, mais des daims et des collégiennes en uniforme qui reviennent de leur pèlerinage au temple. Rien de bien séduisant dans ce fort, à part de magnifiques banians aux spectaculaire racines aériennes

Puis nous entamons une petite grimpette (nous sommes habitués maintenant !) jusqu’à une monumentale statue de Shiva qui garde le temple, armé de son trident. La plupart des Tamouls sri-lankais ont en effet adopté le culte de Shiva, l’une des divinités primordiales de la trinité hindoue avec Brahmâ et Vishnou. A l’entrée du temple, un panneau en anglais nous invite à obéir à une série de consignes : se déchausser, garder la tête nue, respecter le silence, n'avoir consommé ni alcool ni viande, ne pas jeter de déchets ni cracher; quant aux femmes, elles ne doivent pas y pénétrer pendant leur menstruation…

Shiva 

Les temples tamouls du Sri Lanka reprennent le plan de ceux du Tamil Nadu en Inde du Sud, mais ils sont de dimensions bien plus modestes. L’entrée principale est surmontée d’une tour - le gopura - peinte de couleurs vives et animée d’une foule de divinités.

Le gopura du temple de Koneswaram à Trincomalee 

L’intérieur ne présente de l’intérêt que pour les pèlerins. En revanche, un petit sentier et quelques marches à flanc de falaise permettent de découvrir une curiosité : les « arbres à vœux ». Des cages en bois par centaines sont accrochées dans des arbres avec des bouts d’étoffe noués sur lesquels on inscrit un vœu. En chemin on rencontre Ravana, le roi-démon de Lanka, l'ennemi de Rāma dans l'épopée du Rāmāyana, avec l’océan pour toile de fond.

Rāma et les "arbres à souhait" 

Nous redescendons vers la ville pour nous attarder dans un autre temple tamoul. Le temple est dédié à la déesse Kali, parèdre de Shiva. Le kitsch est ici à son comble. Les gopura ressemblent à des pièces montées chargées de centaines de divinités aux couleurs criardes (photo d'introduction). Des régimes de bananes décorent l’entrée, sans doute en vue d’une fête ou d’une cérémonie.

L'entrée du temple de Kali 

À l’intérieur c’est encore « mieux » ! Le plafond est surchargé d’une incroyable ménagerie d’animaux et d’êtres surnaturels et intrigants. Il y règne beaucoup d’animation, de va et vient, mais aussi de ferveur. Un parterre de croyants en train de prier, un prêtre s’activant autour d’un feu sacré. Il y a un grand nombre de femmes vêtues de somptueux saris chamarrés, les cheveux ornés de tresses de fleurs blanches. Dans un coin, un musicien souffle dans son shehnai. Des photographes installent leur matériel. Que se passe-t-il ?



C’est alors que nous apercevons, au fond du temple, en partie cachés derrière un groupe de femmes, deux jeunes gens assis sous un dais. Ils sont vêtus de blanc, ceints d’une écharpe dorée, et coiffés d’un turban. Le plus âgé porte un grand collier de fleurs rouges et blanches. Un prêtre au ventre rebondi, assis à côté d’eux, semble attendre quelqu’un. Une cérémonie de mariage tamoule va avoir lieu, car voici la fiancée qui s'avance, accompagnée d’une jeune femme. Elle est vêtue d’un sari rouge et son visage est masqué par un voile. Elle offre un bouquet de fleurs à son futur époux et s’installe à sa droite (elle sera assise à sa gauche dès que leurs consentements seront échangés). Évidemment nous n’avons pas saisi le sens des rituels complexes qui scandent cette cérémonie très longue dont nous n’avons pas pu facilement observer le déroulement. Nous quittons les lieux bien avant que les jeunes mariés tournent traditionnellement sept fois autour d'un feu sacré invoquant les dieux pour qu'ils bénissent leur couple et leur accordent une vie longue et heureuse. C’est ce que nous leur souhaitons en tout cas !



À l’extérieur a lieu une autre cérémonie : une procession accompagnée de musiciens se dirige vers un autel. Le calendrier des fêtes religieuses est très chargé dans le monde indien.

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La Royal Palm Avenue dans le jardin botanique de Peradeniya 

À Kandy, lassés de nous faire plumer comme des pigeons avec des droits d'entrée exorbitants exigés des étrangers (à mi-séjour, 240 euros y avaient déjà été engloutis pour nous deux), de nous déchausser à tout bout de champ et de nous confronter aux foules indisciplinées, nous avons volontairement contourné un « incontournable », à savoir le fameux temple de la Dent. Tant pis ! D'ailleurs Kandy n'a pas le charme que prétendent lui attribuer les guides touristiques : ville bruyante, polluée, circulation infernale, embouteillages...

Donc, après avoir fait une balade autour du joli petit lac, qui pourrait être plus agréable s’il n’y avait pas autant de trafic, nous avons fui cette ville pour nous installer dans un hôtel de charme très accueillant situé dans la campagne environnante. Celui-ci s’avèrera fort agréable avec sa piscine et sera une base idéale pour sillonner les environs de Kandy, lesquels ne manquent pas de sites intéressants, à commencer par les jardins botaniques de Peradeniya, .


Le joli lac au cœur de Kandy: une image trompeuse.

Royal Botanical Gardens

Une matinée entière fut consacrée à une agréable balade dans les allées des jardins botaniques de Peradeniya, un espace de soixante hectares très bien entretenu - c’est à souligner - qui s’enserre dans un méandre de la Mahaweli. Réputé pour être l’un des plus beaux au monde, ce parc initialement aménagé par le roi de Gampola dès le XIVe siècle, fut transformé en 1821 en un ensemble de jardins botaniques par les Britanniques, fidèles à leur tradition paysagère.

Ces jardins rassemblent plus de quatre mille espèces de plantes originaires de différentes parties du monde tropical : de superbes collections d’orchidées, d'épices, de plantes médicinales, de cactus, de palmiers, de bambous et un magnifique arboretum. Autour du Great Lawn, une vaste pelouse bien dégagée, s'élèvent des arbres majestueux comme le Kauri du Queensland ou le Colonnaire de Nouvelle-Calédonie, mais c’est au centre que se trouve le maître du lieu, un immense ficus originaire de Java qui étale ses racines et ses branches au ras du sol, à tel point qu’il a fallu l’étayer. Au nord du parc, près du fleuve, des bandes de macaques gambadent dans les buissons, tandis que d’impressionnantes populations de roussettes s’accrochent aux branches des grands arbres.



Une superbe collection d'orchidées 


le Kauri (Agathis robusta), un puisant conifère originaire du Queensland et du nord de la Nouvelle-Zélande.  
Le Cocotier de mer (Lodoicea maldivica), endémique des Seychelles, produit la plus grosse graine du monde, surnommée "coco-fesse" 
La fleur de la Napoléone impériale (Napoleonaea imperialis), originaire d'Afrique de l'Ouest, pousse directement sur le  tronc
Des colonies de chauve-souris
Sur le Great Lawn, ce Pin colonnaire (Araucaria columnalis), endémique de Nouvelle-Calédonie, pencherait vers l'équateur 
Palmyra Palm Avenue 

Le temple d'Embeke

À quelques kilomètres de Peradeniya se trouve un groupe d’anciens temples bouddhiques intéressants, datant du XIVe siècle. Parmi eux, le temple en bois d’Embekke, fut notre second coup de cœur de la journée après les jardins. Ce petit temple dédié au dieu de la guerre Kataragama est un émerveillement tant par son originalité – une sorte de halle supportée par une forêt de colonnes en bois - que par la qualité de ses sculptures. Des dizaines de panneaux de bois sculptés de motifs d’une grande finesse, tous différents les uns des autres : un lion, des aigles entrelacés, une danseuse, des lutteurs, etc. Une merveille !





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La route du thé

Nous mettons le cap au sud par la route AB13 en direction de Nawalapitiya. La route tournicote, grimpe progressivement, l’air se rafraîchit, le paysage devient de plus en plus verdoyant, contrastant avec la sécheresse des plaines que nous avons quittées deux jours auparavant. Nous sommes dans les hautes terres, dans région du thé, notre coup de cœur au Sri Lanka !

Cette petite route de montagne croise un arbre majestueux. Le Sri Lanka est le royaume de l'arbre !

Nous avons été enchantés par ces paysages de montagne : collines ondulées, tapissées de plantations de théiers à perte de vue, ponctuées de bouquets de bambous et d'eucalyptus, crêtes boisées, nimbées de nuages, parois abruptes, cascades argentées (Devon Falls, St Clair Falls). Des cultures maraîchères en terrasses viennent compléter le tableau. Les petites routes sinueuses que nous avons empruntées entre Nawalapatiya et Nuwara Eliya (B317, puis A7), à l’écart des circuits classiques, sont superbes. Il est vrai que nous avons eu de la chance, ayant bénéficié d’un grand beau temps. Nous aurions probablement moins apprécié ces paysages sous un ciel gris, car évidemment ces montagnes sont très arrosées.

Devon & St Clair Falls: le débit est faible en cette saison


Plantations de théiers, piquetées d'eucalyptus. Distinguez-vous les cueilleuses de thé dispersées dans les champs?

Nuwara Eliya

Nous arrivons à Nuwara Eliya (on prononce:« Nyoureliya »), une villégiature perchée à 1 900 mètres d’altitude, recherchée par les colons britanniques pour son climat frais et bienfaisant. Mais son remarquable patrimoine colonial ne suffira pas à préserver la ville des vicissitudes de la modernité. D’horribles barres de béton ont envahi le centre-ville, asphyxié par une circulation anarchique. Cependant des portions de vieille Angleterre ont résisté, comme le Victoria Park, le Hill Club ou le Grand Hôtel.

Patrimoine colonial de Nuwara Eliya 

Après avoir savouré un thé (évidemment !) dans un des salons très british du Grand Hôtel et flâné dans le parc, nous quittons rapidement cette ville et poursuivons notre route, quinze kilomètres plus loin, en direction de notre hôtel, situé au beau milieu des plantations. Mais le soleil a disparu et nous sommes accueillis par un épais brouillard.

Dormir dans une ancienne usine de thé

L'étonnant hôtel Heritance Tea Factory a élu domicile dans l’ancienne manufacture de thé Hethersett, fondée en 1881. L’intérieur a été entièrement remodelé autour de l’architecture initiale pour laisser place à ce cinq étoiles. Ainsi, la grosse machine à vapeur qui donnait sa force à l’usine est visible dans une fosse à l’entrée. Les poulies, ascenseurs, corridors, poutrelles métalliques, éclairages et ventilos énormes sont soigneusement mis en valeur. Notre chambre, spacieuse et confortable, avait une vue imprenable sur la plantation et le village alentour. Nous avons eu plaisir à flâner dans les jardins méticuleusement entretenus autour de l’hôtel.

Heritance Tea Factory 


Une randonnée privée nous a été proposée par la réception de l'hôtel. Accompagnés par un jeune guide, nous avons suivi un bel itinéraire parmi les plantations de théiers et les villages tamouls, et ceci par grand beau temps.


Randonnée aux alentours de l'hôtel Heritance Tea Factory 

Le paysage de toute beauté qui s’offre à nous a été façonné par l’homme. Durant des siècles, ces montagnes inhospitalières, quasi impénétrables et recouvertes d’un épais manteau forestier étaient faiblement peuplées. Au début du XIXe siècle, les colons britanniques commencèrent à défricher les pentes pour y aménager des plantations de caféiers. Mais celles-ci subirent une grave crise dans les années 1860 : une série de mauvaises récoltes ont mis en difficulté nombre de grosses exploitations, dont beaucoup furent en faillite. En revanche les précipitations abondantes, associées à un ensoleillement généreux, offrent des conditions climatiques idéales à la culture du théier. Les colons se lancèrent alors dans une nouvelle spéculation : le « thé de Ceylan », source d’immenses fortunes.

Lipton's Seat

Ce ne sont pas les occasions de randonner qui manquent dans la montagne sri-lankaise. Nous optons pour le belvédère du Lipton’s Seat. Celui-ci est situé à une quinzaine de kilomètres d’Haputale, une bourgade peu avenante dont le seul intérêt est sa situation sur le rebord du grand escarpement délimitant, au sud, les hautes terres. Mais ce matin, c’est le retour du brouillard, donc pas de vue plongeante sur les plaines en contrebas. Notre chauffeur nous conduit par une jolie petite route fleurie bordée d’eucalyptus jusqu’à la plantation de Dambatenne acquise en son temps par Sir Thomas Lipton.

Ce dernier était un commerçant écossais avisé et innovateur. Il avait réussi à développer une chaîne de 300 épiceries dans toute la Grande-Bretagne. Pour vendre ses produits aux prix les plus bas, il se passait d’intermédiaires. Ainsi, afin d’approvisionner directement ses boutiques, il acheta plusieurs plantations de café en faillite pour les reconvertir en théiers. Choix judicieux qui lui permettait de contrôler très vite toute la chaîne du produit, de la récolte à la distribution, en passant par l’emballage. Son slogan était « directement du jardin de thé à la théière ». En 1893 était fondée la société Thomas J. Lipton Co. La marque « Lipton Tea » était née et le succès fut mondial.

C’est près de la manufacture de thé de Dambatanne que se trouve le départ de notre randonnée. Nous donnons rendez-vous à notre chauffeur qui nous attendra ici, vers midi. Le brouillard est assez dense. Malgré tout il contribue à enchanter le paysage composé de plantations de théiers aux feuilles luisantes qui s’étendent à perte de vue..

La manufacture de Dambatenne 

Nous passons devant un petit temple hindouiste, puis à proximité des habitations très sommaires (les lines) des travailleurs de la plantation, entourées de potagers soigneusement entretenus. Nous sommes en pays tamoul. Au XIXe siècle, les Britanniques avaient fait venir des milliers de travailleurs indiens depuis le Tamil Nadu, pour pallier le déficit en main-d’œuvre locale.

Un temple shivaïte tamoul 


Les moins courageux peuvent emprunter un tuk-tuk pour monter au sommet 

En chemin nous croisons des groupes de cueilleuses de thé en plein travail, dispersées dans les plantations. Le thé est cueilli feuille à feuille par ces femmes aux doigts d'une agilité prodigieuse ; elles en remplissent d'énormes sacs qu’elles portent sur leur dos jusqu’au camion de ramassage. Une cueilleuse de thé doit récolter un quota minimum de feuilles, pour obtenir un salaire quotidien d’environ trois euros. Un travail harassant, enduré durant des heures, quelque soit le temps, mal payé. Les conditions de vie de travailleuses tamoules sont bien sombres. Cette région, magnifique à nos yeux de touristes occidentaux, est aussi la plus pauvre du pays. L’envers de la carte-postale, le grand écart entre le salaire de la cueilleuse et le prix de la tasse dans un salon de thé parisien…

La dextérité de ces cueilleuses de thé tamoule est prodigieuse. Un travail harassant. 


Au détour du chemin: un lieu dédié à Shiva, reconnaissable au trident 

Mais une pluie fine vient s’inviter à notre randonnée et quand nous arrivons au sommet, à 1900 mètres d’altitude, la vue imprenable que l’on est censé contempler sur 360° n’a pas été « imprenable » pour la masse nuageuse qui voile partiellement le paysage ! C’est la vue qu’affectionnait Thomas Lipton quand il venait ici à cheval. Une statue du magnat du thé y a été érigée devant laquelle un couple de jeunes mariés est venu se faire prendre en photo.


Nous redescendrons par un chemin alternatif. La randonnée aura duré quatre heures au total, arrêt au sommet compris.


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Galle

Dans un pays où les villes semblent faire un concours de laideur, la partie historique de Galle se démarquerait par un certain charme. Cette citadelle édifiée par les Hollandais en 1663 sur un promontoire cerné sur trois côtés par l’Océan Indien, semble figée par le temps. Protégées par les fortifications, ses villas hollandaises immaculées, ses rues paisibles chargées d’histoire, ses églises, ses écoles et institutions religieuses, sa « mosquée-cathédrale », semblent non seulement défier le temps, mais ont aussi un petit air européen. Inscrite sur la liste du Patrimoine mondial, la citadelle est soumise à un strict cahier des charges pour préserver son authenticité et son harmonie. Ainsi la plupart des maisons aux murs blancs et aux toits de tuiles romaines n’ont pas d’étage et aucun édifice n'en a plus de deux.

Depuis plusieurs années cependant, l’ancienne cité batave s’est ouverte au monde. Elle est désormais presque entièrement dédiée au tourisme et un grand nombre d’expatriés européens, en majorité britanniques s‘y sont établis. Ces deniers ont ouvert moult restaurants, bars branchés, boutiques, bijouteries, villas luxueuses, maisons d’hôtes et hôtels de charme. Dans Lighthouse street et Church street il a peut être une bijouterie tous les 25 mètres ! Il ne faut donc pas trop y chercher la vie sri-lankaise traditionnelle. Pour autant celle-ci n’est pas totalement absente, que ce soit autour du grand banian, devant une vieille échoppe ou à l'heure de la sortie des établissement scolaires, quand des centaines d'élèves aux uniformes blancs immaculés se dispersent dans la cité.


Un stûpa, une église et une ancienne villa hollandaise reconvertie en hôtel de luxe.  
Le grand banian, l'arbre sacré des bouddhistes 
L'heure de la sortie des classes 
La mosquée Meeran Jumma occupe depuis 1909 l'ancienne cathédrale portugaise

Nous avons beaucoup apprécié l'agréable promenade des remparts, du bastion d'Utrecht avec son grand phare jusqu'au bastion de la Lune et sa tour de l'Horloge, deux monuments emblématiques de la citadelle. On domine l’océan Indien d’un côté et les toits de la ville, de l’autre.

Les remparts. Au fond, à droite: la ville moderne, qui n'a aucun charme...
Moon Bastion & Clock Tower
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Tangalle

Dans le sud de l'île, les stations balnéaires bruyantes qui se succèdent entre Matara et Galle ne nous ont pas fait bonne impression. En revanche près de Tangalle, les nombreuses plages encore épargnées par le tourisme de masse offrent quiétude et repos dans un environnement tropical luxuriant. Nous avons donc opté pour cet endroit pour terminer en beauté notre voyage et avons séjourné une petite semaine dans un exquis petit hôtel-boutique qui donne directement sur la plage. Une immense plage de sable doré, bordée de cocotiers, quasi déserte, où seuls s’activent quelques pêcheurs. Nous y avons fait de longues promenades matinales en contemplant les puissants rouleaux de l'océan. Ceux-ci rendent la baignade impossible car elle peut s'avérer extrêmement dangereuse. Aussi avons-nous sollicité la grande piscine à débordement de notre hôtel. Et que faire d’autre ? Simplement se reposer, paresser, contempler, lire.

Dans les environs, il nous a été conseillé la visite nocturne du Turtle Conservation Project pour observer la ponte des tortues, ainsi que la rude ascension par une volée de marches (encore!) jusqu'au temple troglodytique de Mulkirigala. En ce qui concerne la première excursion, cela nous a semblé relever du piège à touristes et pour déranger ces animaux, c’est NON ! (même remarque concernant les attractions avec les éléphants). Quant à la seconde, nous avions déjà atteint notre quota de temples. Et puis tant qu'à marcher pieds-nus autant le faire sur le sable fin...

Profitons plutôt de ces moments de bonheur de la plage à la piscine et de la piscine au restaurant !