Qui n’a rêvé un jour d’avoir en poche un billet, un aller simple, à destination des Samoa, de Tahiti ou des Marquises ? Florilège d'une douzaine d'îles de par les mers et océans du monde; pour rêver.
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Aussi toute beauté qui n’a ny fin ny terme

Aux isles prend naissance, et non en terre ferme

(Ronsard, Saisons)


« Isles fortunées », c’est le nom qui fut donné aux îles Canaries en référence à l’archipel mythique de l’Antiquité. Les humanistes et les navigateurs de la Renaissance reprennent cette idée de l’existence supposée d’îles fabuleuses, d’un Éden biblique où les populations vivraient heureuses dans l’innocence et l’abondance des origines. Puis aux XVIIIe-XIXe siècles la littérature prit le relais : Paul et Virginie ; Robinson Crusoé ; L’île mystérieuse ; L’île au Trésor, etc.

Parmi les valeurs véhiculées par la littérature, le tourisme et la publicité, il y a la quête de «l’ailleurs», du dépaysement, au sens premier du terme, c'est-à-dire le besoin de sortir de son pays. Ce besoin d’altérité, de différence se projette sur des lieux rêvés, idéalisés, voire mythifiés. Dans notre monde imaginaire, l’île est souvent ce lieu. Qui d’entre nous n’a rêvé d’avoir en poche un billet pour Tahiti, Bora Bora ou les Marquises, de préférence un aller simple pour le « paradis » ?

Pourtant on oublie que des îles furent aussi d’idéales prisons. Les exemples ne manquent pas : Elbe et Sainte-Hélène, Alcatraz et Poulo Condor, If et Yeu, les îles du Diable et Leros. Cette dernière, située en Grèce, dans le Dodécanèse, accueillit un sinistre camp de travail forcé durant la dictature des colonels ainsi qu’un hôpital psychiatrique. Souffrant d’une mauvaise réputation et malgré la beauté de sa baie, le tourisme y est resté marginal, contrairement à l’île voisine de Patmos.

Sommaire

  • Santorin (Grèce, 1967)
  • Iona et Staffa (1986)
  • Pico (Açores, 2000)
  • São Vicente (Cap Vert, 2002)
  • Groix (Bretagne, 2007)
  • Raivavae (Polynésie française, 2007)
  • Naoshima (Japon, 2008)
  • Boipeba (Brésil, 2010)
  • Procida (Italie, 2010)
  • Rodrigues (Maurice, 2012)
  • Saaremaa (Estonie, 2016)


Paysage idyllique d'une île rêvée, mais difficilement accessible: la baie des Vierges à Fatu Hiva, aux îles Marquises


Santorin / Théra (Grèce)

Jeudi 27 juillet 1967

À l’aube, le ferry en provenance d’Agios Nikolaus (Crète) pénètre dans l’immense caldeira de Santorin. Depuis le pont du navire, avec Rainer mon compagnon de route, nous restons ébahis devant le spectacle de ces vertigineuses falaises multicolores qui nous dominent. Nous débarquons, puis entreprenons à pied la rude montée par les multiples lacets du chemin muletier jusqu’au village de Fira, le chef-lieu perché au-dessus de la falaise. Bien qu’il soit encore très tôt, nous nous rendons à l’auberge de jeunesse. Il n’y a pas un chat dans les ruelles ce matin-là ou plutôt si, il n’y avait que des chats ! J’ai un souvenir ému de cette rencontre avec Santorin : un choc sensoriel, un site volcanique époustouflant, une harmonie de bleu, d’ocre-rouge et de blanc. Une île accueillante, comme il était de tradition d’accueillir le xénou, une île qui ne s’était pas encore tout à fait remise du terrible séisme de 1956, une merveille urbanistique cycladique, où le mode de vie local était encore préservé.

On comprend pourquoi, dans l'Antiquité, l'île fut nommée Kallisté (καλλιστη), « la très belle », tellement il est difficile de résister à la contemplation de ce tableau que nous ont laissé les forces telluriques. C’est en effet un gigantesque cataclysme volcanique - l’éruption minoenne - qui a façonné ce paysage au XVIIe siècle avant J.C. donnant naissance à une caldeira qui fut rapidement comblée par la mer. Les énormes tsunamis qui s’ensuivirent gagnèrent la Crète, provoquant la disparition de la civilisation minoenne.

Un sentier en corniche le long de la falaise nous conduit jusqu’au paisible village d’Oia, à l’extrême nord de l’île. Églises aux coupoles bleues et villages fleuris aux demeures blanchies à la chaux se succèdent. Cette balade est un émerveillement continuel, dispensant des vues splendides sur la caldeira et les îles voisines issues de la dislocation de l’ancien volcan (Thirissa, Nea Kameni). Oia est un gros village, très pittoresque, situé comme Fira, sur le rebord de la falaise, qui a été gravement endommagé par le séisme de 1956 et dont les stigmates sont encore visibles. Ses maisons troglodytiques aux toitures en voûtes n’ont pas encore été transformées en hôtels ou commerces de luxe. Un calme absolu y règne.

Oia, un paisible village dominant la caldeira. Pas de piscines ni de bars  branchés à cette époque. 

Une opulente campagne recouverte d’oliviers et de vignes nous accueille pour une agréable randonnée pédestre, interrompue par la gentillesse d’un sympathique ilien qui nous fait gagner quelques kilomètres avec sa camionnette. Il va récolter ses tomates qu’il cultive au pied de la colline de Pyrgos. La succulente petite tomate-cerise de Santorin a depuis obtenu en 2013 une AOP de l'Union européenne. Nous grimpons jusqu’au village de Pyrgos, perché sur une colline et dominé par l’élégant campanile de son église. Enfin nous atteignons la plage de sable noir de Kamari sur la côte orientale de l’île pour profiter d’un bain de mer.

Le site minoen d’Akrotiri ne se visitait pas encore, pour la bonne raison que les fouilles n’ont commencé qu’en 1967. Mais j'ai pu en admirer les fresques polychromes au Musée archéologiqe national à Athènes lors d'un autre voyage.


Pyrgos, 1967

Je lis sur mon vieux Guide Bleu, datant de 1974 que « Théra ne devra pas être considérée comme un lieu de séjour prolongé, mais bien comme un but d’excursion ». Et ce guide ne mentionne que trois hôtels avec moins d'une centaine de chambres en tout... Les choses ont bien changé depuis ce temps !

Santorin, août 1990

Retour vingt-trois ans plus tard, en famille, cette fois-ci. L’île est toujours aussi belle et nous avons eu plaisir à nous promener le long de la falaise jusqu’à Oia en admirant ce site prodigieux . Mais l’acharnement à défigurer ce lieu exceptionnel m’a mis en colère, à commencer par ce stupide télécabine qui permet à des centaines de croisiéristes de s’affranchir du dénivelé pour atteindre Fira le plus rapidement possible et parcourir au pas de charge les ruelles bordées de bars et de boutiques de luxe, avant de regagner leur navire qui mouille au cœur de la caldeira.

Mais qu'ont-ils fait de ta beauté, Santorin ? Qu'ont-ils fait de ton site unique ? Avec ce télécabine, avec ces piscines en grand nombre, malgré ton aridité, avec ces bars et ces hôtels au style pseudo-cycladique, avec ces boutiques de luxe. On a fait de toi une mise en scène à des fins touristiques, un pastiche des traditions cycladiques, en deux mots : un produit commercial ! Quelle tristesse, quel gâchis !

Jacques Lacarrière, cet écrivain amoureux de la Grèce, avait effectué de longs séjours dans ce pays pendant une vingtaine d’années, mais avait refusé d’y retourner après le coup d’État de 1967. Lors de la chute des colonels en 1974, il hésita à revenir, craignant la déception. Voici ce qu’il écrivait dans la dernière édition de L’Été grec : « La Grèce aujourd’hui, pour nous autres vieux amants, c’est comme Eurydice pour Orphée. Si l’on retourne à elle on la perd à jamais. » Malgré tout son retour eut lieu en 1976 : « C’est vrai. Eurydice a beaucoup changé. Elle s’habille maintenant à l’occidentale, parle grec avec des anglicismes, utilise des cartes de crédit, mange quand elle est pressée dans des self-services, prend des bateaux volants pour se rendre à Hydra ou Spetsai et préfère le whisky au ouzo. »

J’ai eu la même impression lors de mon deuxième voyage, en 1976 : comme lui, « j’ai retrouvé une Eurydice très fardée » !


Santorin, 1990 

IONA et Staffa (ÉCOSSE)

Fionnphort, île de Mull, 25 juillet 1986

Après avoir parqué le camping-car près du petit port, nous embarquons à bord du ferry qui franchit en une dizaine de minutes le détroit qui sépare l’île de Iona de sa grande sœur Mull. C’est un minuscule bout de terre de moins de cinq kilomètres de long, isolé au large de la côte ouest de l’Écosse, venteux et humide, balayé par de fréquentes tempêtes en hiver. C’est la seconde fois que je viens ici. La première fois, c’était dix huit ans auparavant, suite à un cours d’histoire médiévale qui m'avait passionné cette année-là, dans lequel il était question de cette île et du moine Saint Colomba. C'était au début de l'été, en juin sous un soleil radieux, une fois n'est pas coutume. Mais pour cette seconde visite, en famille, le temps est maussade.

Fionnphort et le minuscule bureau de poste pour la centaine d'habitants de iona

Comme beaucoup d’autres îles écossaises, Iona est aujourd’hui considérée comme un bout du monde, une périphérie. Mais au moyen Âge, comme on voyageait plus facilement par voie de mer que par voie de terre, c’était moins le cas. À cette époque Iona était située au cœur du monde irlandais et les frontières étaient mouvantes. D’ailleurs les Scots venus s’établir dès les IIIe et IVe siècles, en terres pictes, étaient originaires d’Irlande.

C’est le cas de Colomba, un moine d’origine princière, issu de la dynastie des O’Neill, l’une des principales familles régnantes du nord de l’Irlande, qui dut s’exiler et accosta avec douze compagnons sur la petite île inhospitalière de Iona. En 563, il y fonda une importante communauté monastique qui eut un rayonnement immédiat. En effet les missions de Colomba favorisèrent la diffusion du christianisme en Écosse et dans le nord de l’Angleterre. S’ensuivirent de nombreux déplacements de moines irlandais dans toute l’Europe. À l’endroit où prêchait le missionnaire irlandais devenu Saint Colomba, s’élève une abbaye restaurée, pourvue d’un joli cloître. Devant, se dresse une très ancienne croix celtique, St Martin’s Cross (IXe siècle). De l’autre côté du village on découvre les ruines romantiques d’une nonnerie du XIIIe siècle.

On comprend le choix de ce lieu comme retraite insulaire, comme idéal du désert marin.

L'abbaye restaurée de Iona 
St Martin's Cross 
Le cloître  
Les ruines de la nonnerie 

STAFFA

Une petite croisière nous permet d’aller voir cet îlot volcanique, situé à une dizaine de kilomètres plus au nord, au cœur de la mer des Hébrides. Le tour de ce plateau herbeux bordé de falaises basaltiques sera vite fait, le temps d’observer les oiseaux marins, notamment les macareux en grand nombre. L’attrait majeur de Staffa, c’est la célèbre grotte de Fingal. La mer, en pénétrant dans la grotte creusée dans les orgues basaltiques, y fait une résonner une musique qui a inspiré à Mendelssohn sa Symphonie écossaise et l’ouverture de son poème symphonique Les Hébrides. Un haut lieu du romantisme écossais.


PICO (AÇORES)

Jeudi 27 juillet 2000

En une heure, le ferry effectue la traversée de Velas (île de São Jorge) à Cais do Pico. Le temps est à la pluie. Nous partons immédiatement en voiture de location pour Piedade, à une trentaine de kilomètres à l’est de cette île allongée. Nous sommes chaleureusement accueillis par le couple suisse qui tient la maison d’hôtes L'Escale de l'Atlantic, où nous posons nos valises pour trois nuits.

L’île de Pico nous parle de géants. En premier son cône volcanique éponyme, dont le sommet taquine les nuages et qui s’honore avec ses 2 351mètres d’altitude d’être le point culminant du Portugal. Ensuite les cachalots présents dans les parages océaniques, ces énormes cétacés aujourd’hui admirés par les touristes, mais chassés dans un passé pas si lointain (1987). Enfin le travail de titan des hommes qui ont su transformer la lave noire ingrate en vignobles, donnant naissance au « Verdelho do Pico », un vin blanc liquoreux.

Le volcan Pico vu de l'île voisine de Faial


Lages do Pico, la petite "capitale" de l'île  


Le vignoble de Pico 

Le climat des Açores est fidèle à sa réputation, un climat océanique aux températures modérées, mais venteux et pluvieux. L’anticyclone dit des Açores n’a en rien protégé l’archipel des abondantes précipitations orageuses qui se sont déversées ces jours-ci. Le mauvais temps semblant s’être installé, l’ascension du volcan Pico sera remplacée par un tour de l’île en voiture et par la visite du musée des baleiniers à Lages do Pico. Dans des anciens hangars à bateaux, ce musée garde la mémoire d’un siècle de chasse au cachalot, une technique artisanale à la voile et au harpon manuel.

Le lendemain, la perturbation s’est éloignée et le ciel est dégagé. Nous voici donc prêts pour l’ascension du Pico. Mais au départ du sentier, que voyons nous ? Un panneau qui en interdit l’accès à cause des risques de glissements de terrain, suite aux fortes pluies de la veille. Tant pis, nous irons voir les cachalots. Excursion annulée ! La mer est trop agitée ! Nous nous contenterons d’une randonnée débonnaire sur un chemin en descente sur les pentes inférieures du volcan, en direction de l’ouest. Au loin se profilent les contours de l’île de Faial que nous découvrirons le lendemain.

La côte ouest et l'île de Faial 

Cette superbe journée ensoleillée nous permet d’apprécier un paysage verdoyant. Le vert, l'immense vert qui recouvre les collines en une profusion infinie de nuances. Le vert émeraude du bocage, le vert foncé des massifs épais de cryptomères. Le vert tendre des vignes contrastant avec le noir des murets de lave qui les protègent. Nuances de bleu et de rose des haies d'hortensias qui, sur des kilomètres, bordent champs et routes et se fondent avec le ciel et la mer.



SÃO VICENTE (CAP VERT)

Mindelo, la baie de Porto Grande et le Monte Alban (azulejo décorant le marché) 

Mindelo, dimanche 10 février 2002

S’il est une île qui peut faire rêver, c’est São Vicente, l’une des neuf îles habitées de l’archipel du Cap-Vert. Ou plus exactement la ville de Mindelo, qui avec ses 70 000 habitants concentre plus de 90% de la population de l’île. Son nom évoque la culture, la musique, les arts, la fête, l’exubérance. C’est la ville des artistes et des musiciens. Mindelo a vu naître Cesaria Evora, la reine de la morna capverdienne. La ville accueille chaque année des festivals de musique, de théâtre, et surtout un carnaval fastueux qui s’inspire de celui de Rio de Janeiro. C’est d’ailleurs pour ce carnaval que nous sommes venus à São Vicente où nous avons séjourné durant les quatre jours de cette festivité très populaire.

L'arrivée du bateau qui relie Mindelo à l'île voisine de Santo Antāo 



Mindelo est une ville récente et l’on peut s’interroger sur ce qui a incité le colonisateur portugais à créer en 1838 une cité dans un environnement aussi inhospitalier (d’ailleurs les tentatives successives de peuplement au cours du XVIIIe siècle furent des échecs). En effet dans le contexte climatique du Cap-Vert où les précipitations sont plus ou moins indigentes et irrégulières, São Vicente se singularise avec Sal par son extrême aridité. Si Santo Antão est une île relativement verte grâce aux reliefs qui génèrent des précipitations, ici l’espace est désespérément désertique, le paysage lunaire et le Monte Cara qui domine la ville n’est qu’une montagne décharnée.


En revanche Mindelo occupe un site magnifique, au fond de la baie de Porto Grande qui fait partie du « Club des plus belles baies du monde ». Dans cet exceptionnel havre naturel, c’est l’aménagement d’un dépôt de charbon par une firme anglaise qui fut à l'origine de la création du port et de la ville. Au XIXe siècle, il y eut chaque année jusqu’à 1 500 navires qui faisaient escale à Mindelo avant de poursuivre leur route jusqu'au Brésil. Au début des années vingt, plus de cinq millions de tonnes de marchandises transitaient par ce port. São Vicente était donc une île résolument tournée vers le monde, ce qui la différenciait des autres îles de l’archipel, essentiellement agricoles. Cela occasionna un brassage extrême de la population et permit le développement de la ville. Les tavernes se multiplièrent pour accueillir les marins de passage. De son passé de ville ouverte, Mindelo a hérité d’un caractère cosmopolite avec une forte influence anglaise, ce qui lui confère un charme très particulier, une ambiance unique.

La somptueuse baie de Porto Grande

C’est un plaisir de se promener dans cette ville qui a une certaine élégance avec son damier de rues à la propreté toute lusitanienne, son front de mer bordé de palmiers et ses bâtiments colorés superbement entretenus, notamment l’ancien Palais du gouverneur de couleur rose pâle. Nous nous attarderons au marché couvert très animé et décoré d’azulejos créés par des artistes locaux.


Le Palais du gouverneur 


"Talents cachés"  


Le marché aux poissons  


Le marché couvert de Mindelo  


En dehors de Mindelo, il n’y a pas grand-chose à voir, l’île est désespérément aride et les paysages austères. Toutefois avant l’ouverture du carnaval, nous louons les services d'un taxi pour nous rendre vers deux sites intéressants à l'est de l'île: Baia das Gatas et Monte Verde, le point culminant (774 m) où nous espérons bénéficier d'une vue exceptionnelle sur Mindelo et sa baie. Les eaux turquoise de la jolie plage de Baia das Gatas offrent un contraste saisissant avec le paysage désertique environnant. C’est là que se déroule chaque été le festival de musique du même nom. Au retour, un petit détour par une route pavée nous permet d’accéder au sommet du Monte Verde, le point culminant (774 m). Un curieux toponyme dans cette ambiance aride ! C’est la maigre végétation xérophile qui s’accroche aux rochers qui permet de justifier l'appellation de cette montagne, moins sèche qu'ailleurs. Quant au panorama promis, c’est la déception, tant la vue est brouillée par une épaisse brume de chaleur.



Le carnaval de Mindelo : le « petit Brésil »

La tradition carnavalesque capverdienne est ancienne, ses origines sont portugaises et remontent aux XVIIe-XVIIIe siècles. Initialement les gens se grimaient et organisaient des mascarades qui avaient un caractère irrespectueux envers l’autorité. A partir des années trente, le Carnaval de Mindelo a évolué et s’est inspiré directement du carnaval de Rio. Les rythmes en vogue au Brésil le sont l’année suivante à Mindelo. L'enthousiasme créatif anime de nombreux artistes anonymes qui de manière plus ou moins organisée, donnent vie à divers groupes carnavalesques. La population de Mindelo sort dans les rues pour s'immerger dans un climat de rêve et de fantaisie. Quelque soit le statut social de chacun, tout le monde participe à la gaité ambiante et oublie la réalité du quotidien.

La fête dure quatre jours, du dimanche après-midi au mercredi matin. Le premier jour a lieu le carnaval des enfants. Le lundi soir une troupe de samba brésilienne est invitée à défiler et la fête se poursuit toute la nuit.

La jeunese de Mindelo en partance pour le carnaval 

Mais le Grand défilé avec chars, danses et chants, dans la pure tradition brésilienne a toujours lieu le jour du Mardi gras et dure des heures. Arrivés sur place relativement tôt, nous avons trouvé un endroit idéal devant les grilles du Palais du gouverneur, parmi la foule des spectateurs tous grimés, notamment les enfants. On nous réserve un accueil bienveillant, la joie s’exprime sur les visages, la liesse envahit l’espace, les soucis sont restés à la maison.

Les rythmes endiablés accompagnent les chars qui rivalisent dans la richesse et l’extravagance de leurs décors. Il semblerait que les acteurs de ce spectacle fassent une compétition dans la longueur et l’abondance des plumes !


Il y a également un Carnaval off, celui du petit peuple, de la jeunesse qui exprime ses préoccupations comme le sida et dont les costumes sont improvisés, celui des associations aux costumes uniformes. Des groupes de jeunes se barbouillent le visage de boue, voire le corps entier, et s’amusent bruyamment dans un joyeux désordre. Une tradition capverdienne.

Enfin le mercredi matin se tient l’élection de la Reine du Carnaval par un jury de notables, ce qui met fin aux festivités ainsi qu'à notre séjour à São Vicente.

La reine du Carnaval de Mindelo 


GROIX (BRETAGNE)


Mercredi 29 août 2007, midi

« Qui voit Groix voit sa croix », selon un dicton local à cause de ses parages réputés dangereux pour les marins. Il y a cependant un dicton plus optimiste : « Qui voit Groix voit sa joie ». Ce dernier s’applique parfaitement à l’arrivée de notre ferry à Port-Tudy, sous un ciel radieux et une lumière quasi-méditerranéenne. Au son de la sirène, le navire passe entre les deux feux - un rouge et un vert - situés à l’extrémité des longs môles qui signalent l'entrée de l’avant-port où mouillent plusieurs bateaux de plaisance. Nous accostons face aux hôtels, cafés et restaurants qui bordent les quais du petit port. Le crépi rose orangé du café-hôtel de l’Escale ajoute une touche de couleur au tableau. On a du mal à imaginer que Port-Tudy fut de 1870 à 1940 le premier port thonier de France. En 1914, Groix armait 277 thoniers - des dundee puis des chalutiers - ce qui représentait environ les trois-quarts de la flotte française.


Après un quart d’heure de marche jusqu’au centre du Bourg, nous voici arrivés à l’hôtel de la Marine où nous nous installons pour deux nuits. Nous y avons apprécié sa plaisante atmosphère insulaire, sa jolie terrasse ensoleillée et sa cuisine soignée. Le soir venu, il est agréable d’arpenter les ruelles de ce village typiquement breton, quand celui-ci a retrouvé sa sérénité après de départ des visiteurs d’un jour. Des enfants profitent d’un manège sur la place de l’église. Tiens ! Que distingue-ton au sommet du clocher de l’église, en lieu et place du traditionnel coq ? Un thon !


La configuration géographique de l’île de Groix est analogue à celle Belle-Île-en-Mer : un plateau schisteux, une côte sauvage et escarpée, entaillée de vallons profondément encaissés à l’ouest (Piwisi), des plages et un large platier rocheux à l’est (Primiture). En revanche elle est presque six fois plus petite que sa grande sœur. Groix ne dépassant pas huit kilomètres sur trois dans ses plus grandes dimensions, un bon marcheur peut facilement en faire le tour complet en une journée par le sentier du littoral. C’est donc à pied que nous allons découvrir les paysages et le patrimoine de l’île : falaises, criques, rias profondes, ports minuscules, hameaux fleuris d’hortensias, mégalithes, phares, lavoirs, fontaines et même une réserve naturelle géologique.


Les hortensias sont omniprésents à la belle saison 


Les lavoirs et fontaines répartis sur toute l'île sont associés à de nombreuses légendes et croyances populaires.  

Quittant le Bourg vers le nord nous atteignons rapidement Port-Lay. Situé dans un site ravissant, ce port minuscule accueillait autrefois les bateaux sardiniers devant la conserverie. Nous suivons ensuite le sentier littoral de la côte nord, passons par la petite crique de Port-Melin, avant de rejoindre à la pointe occidentale de l’île, les hautes falaises de Pen-Men peuplée de colonies d’oiseaux marins nicheurs. Celles-ci sont protégées par la réserve naturelle nationale François-Le-Bail. Cette réserve qui héberge également des minéraux remarquables doit son nom au frère François Le Bail qui était professeur de sciences naturelles et géologue. C’est au retour d’une excursion minéralogique dans ces falaises qu’il décéda d’un malaise en 1979. Le site est dominé par le phare de Pen-Men, réputé pour être le plus puissant du Morbihan avec une portée de 54 km.

Port-Lay, un port miniature 


La crique de Port-Melin 


La pointe de Pen-Men



Le phare de Pen-Men 

Sur la côte sauvage, au sud de l’île, de superbes points de vue se succèdent jusqu’à Port-Saint-Nicolas, une ria profonde aux eaux claires. Abritée par des falaises, elle forme un port naturel idéal. Nous la contournons en passant par les dolmens Men Cam et Men Yann, puis nous retrouvons le sentier côtier qui nous mènera vers l’un des sites les plus sauvages et spectaculaires de la côte : le Trou de l’Enfer, une faille profonde qui entaille la falaise. Il faudra cependant revenir en hiver pour voir les vagues s’y engouffrer avec fracas pendant les tempêtes.

Le dolmen de Men Yann 


Port Saint-Nicolas 


Le Trou de l'Enfer

Nous atteignons enfin Locmaria, un joli village de pêcheurs qui se love au fond d’une baie. Nous visitons la chapelle Notre-Dame-de-Plasmanec qui s’est dotée en 2005 de vitraux créés par Daniel Brillouet, un maître-verrier morbihannais. Ils représentent cinq thèmes : Sainte Anne et les naufragés en mer, Port-Lay, Notre Dame-de-Plasmanec, Saint Gunthiern le moine évangélisateur de Groix et bien sûr Saint Tudy.



Locmaria 


Les vitraux contemporains de la chapelle Noye-Dame-de-¨lasmanec à Locmaria  

A proximité du village, nous flânons sur le platier rocheux du secteur de la Pointe des Chats qui fait partie de la réserve à naturelle François-le-Bail. On peut y observer les fameux schistes et bleus et verts. Plus de soixante minéraux y ont été répertoriés parmi lesquels le grenat auquel la plage des Sables rouges doit son nom, en raison de la présence importante de grenat dans le sable.

Nous rentrerons à l’hôtel après un détour par la plage des Grands Sables à l’extrémité orientale de Groix. Cette plage, la plus grande de l’île, est singulière car non seulement c’est une des rares plages convexes d'Europe, mais aussi elle se déplace d’une centaine de mètres par an. Au bord du chemin du retour, les mûres en abondance sont très tentantes ; elles vont nous obliger à ralentir notre progression…





RAIVAVAE (POLYNÉSIE FRANÇAISE)


L'île de Ravavae vue du mont Hiro, son lagon et les motus du récif corallien 

Mercredi 15 novembre 2007

Éléonore de la pension Tama nous accueille avec les traditionnels colliers de fleurs, comme si elle attendait de vieux amis qu'elle n'avait pas vus depuis longtemps. Dans la petite aérogare, il y a de l’animation, l’ambiance est chaleureuse, on s’embrasse, on se réjouit des retrouvailles, tout cela sous des kilos de fleurs. Puis rapidement le lieu est déserté jusqu’à l’arrivée du prochain avion... dans quelques jours.



Dans l’archipel des Australes, à une heure trente de vol de Tahiti, Raivavae est à cent lieues de l’agitation effrénée de Papeete ou de la concentration touristique des Îles-sous-le-Vent. Le vrai paradis des mers du sud, c’est ici qu’on peut encore y goûter, c’est un peu Bora-Bora il y a un demi-siècle. Notre premier sentiment en arrivant dans cette île, c’est l’émerveillement, avec des sourires à faire craquer les plus moroses d’entre nous, des paysages à tomber à la renverse et surtout, un dépaysement, une plénitude. Imaginez une île montagneuse, de dix kilomètres sur trois et demi environ, encadrée d’une ceinture corallienne et de motu sauvages, enserrant un lagon aux dégradés de bleu à faire pâlir Bora-Bora de jalousie.


Les quelque mille habitants de la commune de Raivavae se répartissent entre quatre villages autour de l’île. Les enfants sont nombreux comme partout en Polynésie et vous gratifient de sourires francs et simples. Ici les valeurs ancestrales ont survécu au progrès. La population, à forte majorité protestante est très pratiquante, en témoignent plusieurs temples érigés à travers l’île. C’est la ferveur religieuse qui rythme la vie quotidienne. Le jour du Seigneur est réservé au culte et à l’école du dimanche (le catéchisme). Le travail est proscrit ce jour-là et les activités touristiques sont suspendues. Ces règles sont strictes et respectées.

Le sentiment de résignation est pourtant omniprésent. Les habitants de Raivavae savent qu’ils sont et resteront isolés. Malgré la construction en 2004 d’une piste d’atterrissage et quelques rotations aériennes hebdomadaires vers Tahiti et sa plus proche voisine Tubuai (200 km), l’île reste en marge du monde. La douloureuse séparation des enfants de leurs parents pour rejoindre le collège de Tubuai dès la classe de cinquième, en est un des aspects. La télévision vient apporter chaque jour aux insulaires des images d’un monde qu’ils ne connaîtront sans doute jamais, mais auquel ils aspirent souvent.


Une tarodière 

Nous sommes des privilégiés. Nous avons pour nous seuls les plages de sable immaculées sur les motu et dans quelques baies, parmi les plus belles de la Polynésie. Le fleuron en la matière, le lieu emblématique de l’île, c’est le « motu-piscine », à environ vingt minutes de bateau. Un bassin naturel exquis, une eau transparente, des dégradés de bleus, du sable blanc. Et surtout on n’y voit quasiment personne. Il est en effet très mal vu, surtout pour les jeunes filles, de se prélasser sur la plage. Il est vrai que la religion voit d’un très mauvais œil la pratique du bain de soleil et du farniente. Et pourtant, tout ici tend vers cette philosophie de la vie.

Le "motu-piscine" 

Au centre de l’île, les pitons volcaniques escarpés culminent au mont Hiro à 437 mètres d’altitude, invitant à quelques randonnées assez sportives. De là-haut la vue embrasse toute l’île et son lagon. C’est superbe ! Le tour de l’île qui peut se faire facilement à pied permet de visiter les nombreux petits marae et de voir un vénérable tiki ainsi qu’un impressionnant banian, l’arbre sacré polynésien. Des dizaines de cochons noirs sont attachés aux cocotiers, le luxe des familles qui savent préparer le pua’a cuisiné selon de nombreuses variations et que nous aurons le plaisir de déguster à la table d’Éléonore.



Le tiki de Raivavae et le vieux banian sacré


Naoshima (Japon)

« A Naoshima, je voulais créer une symbiose entre la nature, l’architecture et l’art. »

Tadao Ando


Takamatsu, 13 novembre 2008

Après une agréable croisière dans la Mer Intérieure de Seto, parsemée d’une myriade d’îles, nous débarquons dans le modeste port de Naoshima. L’ambiance sur cette petite île est toute méditerranéenne : ciel bleu, mer étincelante, plages immaculées, collines couvertes de pins. Sur la jetée, trône la gigantesque citrouille rouge à pois noirs de Yayoi Kusama, une artiste japonaise avant-gardiste. Le ton est donné. Ici, point de temple, de monastère ou de château à découvrir, mais un univers totalement dédié à l’art contemporain


Nous sommes gentiment accueillis à la Benesse House. Cet hôtel inauguré en 1992 fut conçu par le célèbre architecte japonais Tadao Ando, à l’initiative de Soichiro Fukutake le PDG de Benesse Corporation, une société impliquée dans l’éducation et la santé, reprenant le projet de son père et du maire de Naoshima de faire renaître l’île. Sur le mur en béton de la réception est accrochée une œuvre polychrome de l’artiste allemand Thomas Ruff. Hôtel ou musée ? En fait les deux à la fois et c’est ce qui fait le charme du lieu. Ici l’art est partout, au détour d’un couloir ou dans un recoin de l’établissement, comme Sublimate IV, une statue du sculpteur anglais d’Antony Gormley qui se dresse au fond d’un corridor. Ici le béton est roi, réchauffé par le bois des planchers, les lignes sont épurées. La lumière naturelle filtre par le haut ou le bas, accentuant le fait qu'une partie de la structure est souterraine. L’architecture est résolument contemporaine.


Thomas Ruff, "Substrate 26 II " (à gauche) et Antony Gormley, "Sublimate IV " (au centre)
Hiroshi Sugimoto: "Onduloïde"  (de jour et de nuit)
 Benesse House.  


Le restaurant, le jour et la nuit 

À l’extérieur, face à la mer, se dresse une immense sculpture multicolore de l'artiste néerlandais Karel Appel intitulée Cat and Frog (1990), la toute la première des nombreuses œuvres d'art qui viendront orner le site. Ce chat semble surveiller l’amusante ménagerie colorée de Nikki de Saint Phalle. Un personnage accompagné de son chien est assis sur un banc, en train de lire Le Monde... en grec. Sur la plage à l'extrémité d'un ponton, le regard est attiré par une autre citrouille de Yayoi Kusama, jaune à pois noirs, peut-être l'œuvre la plus emblématique de Naoshima.


La plage et le ponton de Benesse House 


"Cat & frog", une sculpteure de Karel Appel, la toute la première des nombreuses œuvres d'art venues orner le site  (1990)


Sculptures de l’artiste française Nikki de Saint Phalle  


La célèbre citrouille jaune de Yayoi Kusama.

Plus loin, les trois les carrés argentés du sculpteur américain George Rickey remuent au gré du vent en scintillant. Dans le prolongement de la jetée métallique de Benesse House, un large escalier de pierre conduit à d’intrigantes sphères de granite (neuf tonnes chacune !) posées dans une cavité. C’est l’œuvre du maître du land art californien Walter De Maria, intitulée Seen/Unseen Known/Unknown.


"Chantier naval" de Shinro Otake et œuvre cinétique de George Rickey


"Seen/Unseen Known/Unknown," une œuvre de l'artiste américain Walter de Maria


L'Ovale

À deux pas de là, sur une colline, se trouve l’annexe de l’hôtel surnommée « l’Ovale ». Nous y sommes attendus pour un apéritif de bienvenue à l’attention des résidents. On pénètre ici dans un environnement extraordinaire où l'architecture et la nature ne font plus qu'un. Le bâtiment est en bonne partie enfoui sous terre. Au centre, un bassin de forme ovale ouvert sur le ciel répond à la structure ovale de l’architecture, d’où le surnom du lieu. Un dialogue entre le ciel et l’eau, le béton et la nature. Les chambres sont disposées tout autour et toutes bénéficient d’une vue sur la Mer Intérieure face au lever ou au coucher du soleil selon le cas. Pour nous, ce sera au soleil couchant, admirerant le spectacle de la Mer Intérieure et des îles qui se découpent à l'horizon. Un paysage qui s’intègre à cette œuvre architecturale. Au loin, on devine le grand pont de Seto qui relie les deux grandes îles nippones de Honshu et Shikoku. La silhouette des villes industrielles qui se fondent dans la brume et le trafic maritime nous rappellent la frénésie du monde. Cependant en ce lieu privilégié, nous savourons ces instants de calme et de sérénité.

L'Ovale 


A lui seul, cet hôtel vaut un séjour à Naoshima, non seulement pour le confort de la chambre, à deux pas de la plage, pour le raffinement de la cuisine au restaurant, mais aussi pour le plaisir de déambuler librement parmi ces chefs d’œuvre de l’art contemporain, y compris la nuit quand le musée est fermé aux non-résidents

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Un jacuzzi très particulier

Naoshima est une île-musée. Aussi au deuxième jour de notre bref séjour dans cette île, allons-nous visiter plusieurs musées, à commencer par le Chichu Art Museum qui n’est qu’à un quart d’heure à pied de Benesse House. Chemin faisant, nous passons sur une belle plage près de laquelle se dispersent d’étranges rochers qui évoquent des silhouettes. Il s’agit d’une œuvre de l'artiste chinois Cai Guo-Qiang, intitulée Cultural Melting Bath : Project for Naoshima. Un groupe de trente six roches calcaires provenant du lac Tai en Chine entourent un jacuzzi américain. Ce site particulier a été choisi en fonction du principe spirituel chinois de la circulation de l'énergie (le ) : assis dans le jacuzzi contenant un mélange de cinq sortes d'herbes, le visiteur est invité à contempler la Mer Intérieure et les îles voisines. Les roches noueuses se dressent comme des témoins silencieux. Par ce « Bain de fusion culturelle » Cai Guo-Qiang réunit les cultures d’Orient et d’Occident, les traditions anciennes et la modernité.

Le lac Tai (Tai Hu) est situé à proximité du delta du Yanzi Jiang. Les pierres tourmentée qui en sont extraites sont recherchées pour orner le jardin traditionnel chinois où elles représentent la montagne.


Le Chichu Art Museum

Voici un musée singulier et intrigant ! D’abord il est enterré au sommet d’une colline ! En Japonais Chichu signifie « souterrain ». Tadao Ando écrivait en 2003: « J'ai un penchant presque inconscient pour les espaces souterrains. Quelle que soit la nature du site, je cherche à créer une architecture jamais plus imposante que son environnement. » Les bâtiments de Benesse House et son annexe avaient déjà été à demi enfouis par Tadao Ando. Ici il pousse le concept architectural à son extrémité, puisque le musée est entièrement sous terre afin de préserver la beauté du paysage. La structure architecturale est donc très discrète et n’apparaît que vue du ciel. Pourtant le musée, qui se veut en relation directe avec la lumière et la nature, est abondamment baigné par la lumière naturelle, laquelle modifie l'apparence des œuvres d'art et l'ambiance de l’espace au fil des heures et des saisons.

« J'ai longtemps imaginé l'espace comme quelque chose dans lequel on descend, jusqu'à ce que la lumière se réduise peu à peu et qu'on soit enveloppé dans une atmosphère de froide tranquillité. » (Tadao Ando, 2006)

Ensuite ce musée surdimensionné n’abrite qu’une « collection » minimaliste, puisque seuls trois artistes qui de prime bord n’ont rien de commun, y sont exposés en permanence : Claude Monet (Nymphéas), James Turrel et Walter De Maria. Il est vrai que l’œuvre de ce dernier (Time/Timeless/No Time) exige énormément d’espace à elle seule! Dans une immense salle, une énorme sphère de granite vert foncé et noir (2,2 m de diamètre, 17 tonnes) est posée au milieu d’un escalier qui occupe tout l’espace. Les trois œuvres de James Turrel, quant à elles réussissent à dérouter le spectateur par le jeu de lumière naturelle et artificielle (des LED) ; un rectangle de ciel fait même partie de l’œuvre Open Sky

Enfin le Musée d’art de Chichu est à lui seul une œuvre d’art. Nous y pénétrons comme dans un sanctuaire où la surprise est totale tout au long du parcours, dans une sorte de dédale. Une composition complexe faite d’une succession de carrés, de rectangles et de triangles; des espaces épurés. L'épaisseur des murs nous donne l'impression d'être protégés, pourtant leur inclinaison est quelque peu déroutante, comme si le visiteur devait perdre ses idées préconçues sur ce que doit être un musée. Dans une cour triangulaire à ciel ouvert, sans autre décor qu'un parterre de pierres grossièrement brisées, une fente horizontale du plus bel effet s'ouvre dans le mur en béton en s'élargissant. Sous les murs un canal de lumière naturelle donne l'étrange impression que ces murs flottent.

Ce n'est donc pas un musée ordinaire. Nous n'avons pas été guidés vers l'un ou l'autre des espaces d'exposition, les œuvres sont venues à nous et se sont dévoilées subitement. Les photographies n’étant pas autorisées, il n’y en aura donc pas ici. On peut cependant avoir un aperçu de ce musée en consultant le site officiel :

https://benesse-artsite.jp/en/art/chichu.html

A l'extérieur un jardin s'inspire des œuvres de Claude Monet.


Art House Project

Par une navette, nous nous rendons au village de Honmura, de l'autre côté de l’île. C’est un village de pêcheurs qui a souffert de la désertification. A l’initiative de la fondation Benesse, Art House Project est un projet artistique consistant à réhabiliter des maisons traditionnelles abandonnées pour les convertir en œuvres d’art à part entière. En 2008, cinq lieux ont ainsi été investis par les artistes, dont un ancien temple (aujourd’hui il y en a sept). Les restaurations furent menées de manière minutieuse selon les techniques traditionnelles : mortier, planches de cèdre carbonisées, toits en tuiles traditionnelles. Le travail de création artistique où, dans des espaces sombres sont sollicités dispositifs numériques et éclairages à LED, peut laisser perplexe...


Le village d'Honmura 


« Haisha » est un ancien cabinet de dentiste fait de bric et de broc… 

Une expérience insolite

Minamidera est un bâtiment en bois conçu spécifiquement par Tadao Ando dans le style traditionnel, pour héberger une œuvre intrigante de James Turrel intitulée Backside of the Moon. Nous sommes conduits par une porte dérobée dans un espace intérieur si sombre que l’on n’y voit rien. Durant quinze minutes nous sommes plongés dans le noir absolu jusqu’à ce qu'une faible lueur violette apparaisse. Nous sommes comme au milieu de nulle part : le tube fluorescent de Turell crée un rectangle de lumière violet qui semble planer dans l'espace à une distance indéfinie. Une œuvre de nature spirituelle où le spectateur est partie prenante… Mais une expérience qui n’est pas faite pour les claustrophobes !


Le petit port de pêche  d'Honmura

Après nous être immergés dans l’art contemporain, nous flânons quelque temps dans les ruelles de ce charmant village, puis sur le quai du petit port de pêche, avant de regagner l’embarcadère où nous attendrons notre ferry.



BOIPEBA (BRÉSIL)

Valença (Bahia), 2 février 2010

La lancha glisse sur les eaux de l’estuaire qui isole l’île de Boipeba du continent. Puis elle s’engage dans l’étroit chenal du Rio do Inferno, bordé de mangroves, qui la sépare de l’île cousine de Tinharé. Après une heure de navigation, nous accostons sur la jetée de Velha Boipeba, le village principal. Des fanions et des rubans jaunes et bleus sont accrochés partout : sur la jetée, sur les bateaux. Il règne une joyeuse animation : musique endiablée, performances de capoeira, l’art martial afro-brésilien. C’est la fête de Iemanjá, une fête qui célèbre chaque année dans tout le pays la déesse de la mer, la mère des orixás du culte candomblé afro-brésilien.

Au sud de Salvador de Bahia, l’île de Boipeba est une réserve naturelle où l’environnement est très protégé grâce à la prise de conscience écologique des habitants. Sur une quinzaine de kilomètres, face à l’océan Atlantique, se succèdent d’immenses plages de sable fin, bordées de cocotiers à perte de vue. Au large, des hauts fonds laissent apparaître à marée basse des piscines naturelles très poissonneuses dans lesquelles se baigner est un bonheur insolent.




La mangrove 


Dans l’intérieur des terres, une végétation luxuriante fait cohabiter un fragment intact de la mata Atlántica » (la forêt tropicale humide) avec les cajous, les palmiers, les bananiers, les cacaoyers et la canne à sucre. Des sentiers sablonneux invitent à de belles balades jusqu’à la grande plage de Moreré, à pied bien sûr, puisque c’est le seul moyen pour se déplacer, avec le bateau. C’est d’ailleurs en bateau que nous ferons le tour de l’île et découvrirons la mangrove.

Ce petit coin de paradis, tout de tranquillité et de simplicité nous a offert quelques jours d’intimité avec une nature encore préservée.


Procida (Italie)


Dimanche 26 septembre 2010

Après avoir doublé la colline du Pausilippe, l’île de Nisida, le cap Misène et le Monte di Procida, le catamaran entre dans le petit port de Marina Grande.

Marina Grande 

Procida est l'île la plus petite du golfe de Naples avec ses quatre kilomètres-carrés et ses dix mille habitants. Elle est peut-être aussi aussi la mieux préservée et la plus séduisante avec ses maisons aux couleurs pastel, agglutinées aux rochers, ses églises baroques surmontées d'un dôme et ses vignobles. Essentiellement peuplée de familles de pêcheurs, Procida a des airs d’île grecque. Dans le village de Marina di Corricella, on se croirait au bord de la mer Égée. L’architecture y est pour beaucoup : les maisons, qui ont toutes une entrée voûtée sur leur façade colorée, sont pratiquement collées les unes aux autres. Les petites terrasses, les escaliers extérieurs, les arcs reliant les bâtisses par-dessus une ruelle apportent leur touche typique à cette sorte de mini-labyrinthe dans lequel on flâne avec bonheur.


Dans les ruelles de Marina Corricella 

C'est à pied qu'il faut découvrir Procida, en prenant le temps de flâner afin de découvrir quelque trésor caché au détour d'une ruelle ou un panorama du haut d'un promontoire. Sans oublier une pause culinaire dans une des nombreuses trattorias du port.

De la Punta di Pizzato, belle vue sur Marine Corricella et Terra Murata 




RODRIGUES (MAURICE)

« Il y a un hors du temps, ici, à Rodrigues, qui effraie et tente à la fois »

J.M.G. Le Clézio, Voyage à Rodrigues.



Dimanche 25 novembre, 12 heures.

L’appareil d’Air Mauritius a amorcé sa descente depuis plusieurs minutes. Il effectue un large virage qui nous permet d’apercevoir au loin l’immense lagon de Rodrigues, cette petite île perdue au milieu de l’Océan Indien. Peu avant l’atterrissage, le spectacle est magique : des eaux aux mille dégradés de couleurs, du vert de jade au bleu turquoise. À la sortie de l’aéroport de Plaine Corail, nous sommes accueillis par Frédéric qui va nous conduire jusqu’à notre maison d’hôtes.


Au milieu de l'immense lagon de Rodrigues, l'ile aux Cocos est une réserve naturelle pour la protection des oiseaux

Un trajet d’une vingtaine de kilomètres qui nous fera entièrement traverser l’île, c’est dire si celle-ci n’est pas grande ! Ce sera l’occasion de découvrir les multiples facettes de la campagne insulaire. Entre les collines basaltiques dénudées sur lesquelles s’agrippent lataniers, vacoas, agaves, aloès, s’intercalent de maigres arpents de cultures vivrières : maïs, manioc, fèves, manguiers, papayers, goyaviers. On traverse plusieurs villages dispersés, aux curieuses consonances francophones : Grand La Fourche Corail, Quatre Vents, Petit Gabriel, Mont Lubin. Ce dernier s’accroche au pied du Mont Limon, le point culminant (398 m) sur les flancs duquel une forêt résiduelle s’épanouit. Une rescapée…


Une demi-heure d’heure plus tard, nous arrivons à Pointe Coton à l’extrémité orientale de l’île. C’est ici que se situe « Kafé Marron » où nous sommes chaleureusement accueillis par Dorothy qui nous a préparé un délicieux déjeuner. C'est une maison coquette jaune au toit bleu, magnifiquement décorée d’œuvres d'art d'origine africaine, de bonne facture. Les hôtes partagent une grande bibliothèque, un salon et une salle à manger donnant sur la varangue. Certes, la maison n'est pas à proprement parler les « pieds dans l'eau » et l'on ne peut apercevoir le lagon que derrière un rideau de filaos. Cependant l'océan n'est qu'à quelques pas et surtout, l'immense plage de Saint-François, la plus belle de l'île, n’est qu’à quinze minutes à pied. Un des charmes du lieu, qui lui donne un côté bucolique, c’est aussi la présence d'animaux aux alentours, notamment de mignonnes petites chèvres.

Mais l’atout essentiel de notre maison d’hôtes, c'est l'accueil très professionnel, prévenant et attentionné de Dororoty, de Frédéric et de toute l'équipe. Ce sont des personnes adorables, comme le sont tous les Rodriguais ! Dorothy nous a longuement parlé de la vie dans son île et a su nous nous conseiller pour occuper nos journées. N'oublions pas la qualité et la finesse de la cuisine, présentée dans des services et du linge de table chaque soir différents. La grande classe !

Pointe Cotton 

Qui mieux que Le Clézio pourrait brosser meilleur portrait de Rodrigues, une île qu’il a parcourue en tous sens, sur les pas de son grand-père qui recherchait autrefois un trésor chimérique : « Île issue de la mer, portant sur elle l’histoire des premières ères : blocs de lave jetés, cassés, coulées de sable noir, poudre où s’accrochent les racines des vacoas comme des tentacules (Voyage à Rodrigues). Ce vieux caillou volcanique, loin de toute terre dans l’immensité océanique, est enchâssé dans un lagon parsemé d’ilots coralliens, deux fois plus grand que lui et dont la splendeur qui tranche avec l’austérité de la montagne, n’a rien à envier aux îles Sous-le-Vent. Le littoral est découpé en de nombreuses pointes, anses, criques et baies. Le climat tropical est tempéré par les vents alizés du sud-est. Les ingrédients sont réunis pour un agréable séjour balnéaire.

Les quelque 42 000 habitants, pour la plupart des descendants d’esclaves malgaches ou mozambicains, font de Rodrigues une terre résolument africaine, ce qui la distingue de l’île Maurice dont elle dépend. Ils parlent le créole rodriguais, issu du français, puisque Rodrigues, comme l’ensemble des Mascareignes fut une colonie française avant que les Anglais ne s’en emparent en 1809. D’ailleurs le français est couramment pratiqué sur toute l’île. Les habitants de la montagne, descendants des marrons qui s’y étaient réfugiés durant la période esclavagiste, sont en majorité des agriculteurs et éleveurs. Ceux du littoral, des créoles, s’adonnent à la pêche sur des pirogues à voile triangulaire et à la chasse aux poulpes (appelées localement ourites) réservée aux femmes. C’est tôt le matin que l’on peut apercevoir les silhouettes des piqueuses d’ourites enfoncées à mi-cuisse dans les eaux du lagon : un complément de revenu, à condition que la ressource ne s’épuise pas.

Contrairement aux autres îles des Mascareignes où se mêlent diverses religions (hindouisme, islam, christianisme) les Rodriguais sont catholiques dans leur écrasante majorité, et pratiquants, comme en témoigne l'imposante cathédrale Saint-Gabriel édifiée en 1936 qui peut recevoir jusqu'à 1 700 fidèles. Il existe aussi une minorité musulmane, des commerçants pour la plupart. A Mont Lubin, en attendant notre bus, je fus accueilli par un imam fort sympathique, mais... très prosélyte !




La vie est difficile à Rodrigues ; on a lutté courageusement pour « sorti la misère ». C’est un pays rude, une terre âpre, ce dont témoigne Le Clézio : « Rodrigues est ce rocher désert, usé, brûlé, qui expulse les hommes ». Pourtant les sourires s’affichent sur les visages ; la gentillesse des Rodriguais est sans égal ; des gens adorables : il n’y a pas une personne que vous puissiez croiser sans vous saluer amicalement y compris les enfants, très nombreux et toujours joyeux.

Rodrigues est une île qui doit se laisser découvrir au gré de ses désirs, qui demande à se laisser séduire en prenant son temps, qui invite au farniente. L'île n'est pas grande, à peine plus étendue que Belle-Île-en-Mer, mais au relief beaucoup plus accidenté, ce qui rend la circulation assez lente. Pour cela, rien de mieux que d’utiliser le dense réseau de bus calqué sur le tracé des vallées rayonnantes. C’est une expérience à ne pas manquer. Si toutes les routes mènent à Rome, ici elles mènent toutes à Mont Lubin, au centre de l'île. C’est le passage obligé, un peu l'équivalent de la station Chatelet-les-Halles à Paris, le stress de la foule en moins et nonchalance africaine en plus : c'est ici que les lignes se croisent et que l’on change de bus. Des bus colorés et abondamment décorés.

Farniente et randonnée sur la côte sud-est.

La côte-au-vent, soumise aux alizés de sud-est, surtout durant l’hiver austral en juillet-août, fait la joie des adeptes du kitesurf. C’est la plus belle portion de littoral de l’île. La grande plage de sable fin de Saint-François est idéale pour la baignade, même à marée basse, ce qui n'est pas toujours évident sur la côte sud. Pendant le week-end, elle est très fréquentée par des familles pour y pique-niquer. Atmosphère sympathique et bon enfant. Un panneau en créole, rappelle qu’il ne faut pas jeter de « saletés ». Une consigne qui malheureusement ne semble intéresser personne. D’ailleurs ce panneau est rouillé…

La plage de Saint-François 


Face à la plage de Saint-François, se trouve une jolie case avec sa terrasse couverte de feuilles de latanier. Allez savoir pourquoi, mais on immédiatement envie de s’y attabler. Ne surtout pas réfréner cet élan car là, sous la paillote, dans un cadre simple et une ambiance sympathique, se dégustent chaque jour à petit prix, langoustes et poissons grillés fraîchement sortis du lagon ! C’est chez Robert et Solange. On y est reçu comme des amis, mais il faut réserver à l'avance car ils ont du succès !

Parmi les multiples possibilités randonnées pédestres, la plus belle et la plus populaire emprunte le sentier littoral de Saint-François à Graviers, de crique en crique, dont les noms laissent rêveur : Trou d'Argent, Anse Bouteille. Un parcours considérablement allongé par les temps de baignade : impossible de résister !


Port Mathurin

Il faut réserver au moins une matinée à Port Mathurin, le chef-lieu, de préférence le jour du grand marché du samedi matin. Il y règne une joyeuse animation ! C’est aussi l’occasion de découvrir ses « boutiks » créoles colorées.


Port Mathurin 



La Réserve François Leguat

Située au sud-ouest de l’île, à Plaine Caverne près de l'aéroport, cette réserve naturelle doit son nom à un huguenot, qui chassé par la révocation de l’édit de Nantes tenta, avec dix compagnons, une première colonisation de l’île. Mais elle échoua. A son retour en Europe il publia le récit de son voyage sous le titre de Voyages et aventures de François Leguat et de ses compagnons en deux îles désertes des Indes orientales. Il y décrivait les animaux endémiques qu’il a découverts, comme le Solitaire de Rodrigues (Pezophaps solitaria), un gros oiseau proche du Dodo de Maurice, incapable de voler, ainsi qu’un nombre impressionnant de tortues géantes. Malheureusement ces espèces furent décimées par le colonisateur et ont disparu.

Aujourd’hui, la réserve François Leguat héberge les énormes tortues d'Aldabra, très proches de l’espèce disparue, réintroduites à Rodrigues en 2006, ainsi qu'une colonie de Paille-en-Queue qui nidifie dans les anfractuosités de la falaise de calcaire corallien. On y visite aussi la caverne Tamarin, une grotte karstique avec quelques stalactites et stalagmites, mais l’intérêt est moyen.

Le lagon

Enfin il est impossible de quitter Rodrigues sans faire une excursion d'une journée vers l’un des nombreux îlots du lagon : île au Sable, île aux Cocos, île aux Crabes, île aux Chats… Ils sont le refuge d’importantes colonies d’oiseaux marins endémiques, notamment sur l’île aux Cocos, déclarée réserve naturelle : sternes, macouas, puffins fouquets. Notre choix s’est porté sur l’île aux Chats et l'Île Hermitage : une journée à scruter en apnée le magnifique jardin de corail de « L'Aquarium » près de la Grande Passe (à ne pas piétiner, comme je l'ai malheureusement vu !), à profiter d’une belle plage de sable blond entre de noirs rochers volcaniques et à jouer les Robinson à l’ombre des filaos.


L'île Hermitage et l'île aux Chats au loin, vues du mont Limon.


Nous sommes vraiment partis à regret de Rodrigues ! Une semaine c'est trop court !



Muhu & Saaremaa (Estonie)

12 septembre 2016


Ces deux îles font partie de l’archipel Ouest estonien qui ferme le golfe de Riga. Saaremaa, anciennement Ösel, est la plus grande. Les habitants de l’archipel, des marins et des pêcheurs, ont toujours été attachés à leur indépendance. Les sagas relatent de nombreuses escarmouches entre les insulaires et les Vikings. Au XIIIe siècle, ils opposèrent une farouche résistance aux chevaliers de l’Ordre teutonique. Plus tard en 1919, lors de la guerre de Libération de l’Estonie, ils refusèrent d’obéir au gouvernement provisoire : c’est la rébellion de Saarameaa. L’isolement de l’archipel, notamment pendant la période soviétique qui en interdisait l’accès, même aux Estoniens du continent, lui a permis de préserver sa personnalité avec ses vieux villages, ses moulins, une nature intacte et un riche patrimoine historique.


On accède à Saaremaa par une digue qui l’unit à l’île voisine de Muhu, elle-même reliée au continent (à Virtsu) en une demi-heure par de fréquents ferries. Le climat y est plus doux que sur le continent, et quand nous débarquons à Muhu, nous avons de la chance de bénéficier d’un grand beau temps en cette sorte d’été indien où les bouleaux commencent à prendre de belles couleurs.


Muhu

Il y a un je-ne-sais-quoi de mystérieux lorsque l’on arrive dans une île : on a souvent l’impression de pénétrer dans un autre univers. C’est le cas pour cette petite île qui pourtant n’est séparée du continent que par un détroit de six kilomètres de large. Dès la sortie du ferry, nous effectuons un léger détour vers le manoir de Pädaste au sud de l’île. Il remonte au XVIe et a été aménagé en hôtel de luxe. Nous nous promenons dans le parc, ravissant à souhait.

Le manoir de Pädaste 

Avant de rejoindre l’île de Saaremaa, une visite du village de Koguva s’impose. Toujours habité et transformé en musée, il est mentionné dès le XVIe siècle et ses habitants sont les descendants des premiers occupants, des pêcheurs d’origine suédoise. Nous avons été séduits par le charme et l’harmonie du lieu. Un très bel ensemble de bâtiments traditionnels aux murs de granite, recouverts de chaume et entourés de murets de pierres sèches. Certains sont plusieurs fois centenaires. Ici, le temps semble figé.



Le village traditionnel de Koguva sur l'île de Muhu


Kuressaare

La traversée du détroit séparant les îles de Muhu et de Saaremaa par une chaussée sur digue de 3,5 km est magnifique. Ensuite, sur une cinquantaine de kilomètres jusqu’à Kuressaare nous traversons des forêts de pins et de bouleaux interrompues de clairières cultivées. À mi-parcours, un petit détour de trois kilomètres s’impose au lieu-dit Kaali pour découvrir, au milieu de la forêt, la curiosité la plus étonnante de l’île : Meteoritkraatid. Il s’agit d’un cratère circulaire de 110 mètres de diamètre créé par la chute d’une météorite il y a 7 000 ans. Le lac qui occupe le fond ajoute un aspect pittoresque au site.



Le cratère de météorite de Kaali 

Kuressaare est une paisible petite ville, très aérée, qui n’a pas trop été défigurée par les barres d’immeubles hideuses de l’urbanisation soviétique. Cette station balnéaire a donc conservé tout le charme d’une ville de villégiature qui s’est développée depuis le XVIIIe siècle autour de l’imposant château médiéval. Nous nous installons pour deux nuits dans l’hôtel de charme Ekesparre. Construit en 1908 sur une petite île face au château, c’est l’hôtel le plus ancien de Saaremaa.

Le portail baroque de l'hôtel de ville (1676) 
L'hôtel Ekesparre, idéalement situé au bord des douves du château

Le principal centre d’intérêt de la ville est évidemment son château épiscopal du XIVe siècle, fort bien conservé. Il est dit épiscopal, car ce sont les princes-évêques germaniques qui le firent construire à l’époque de la Confédération de Livonie dominée par l’Ordre des Chevaliers teutoniques. Malheureusement au moment de le visiter, nous nous heurtons à une porte close avec un écriteau avisant nous avisant que le château est fermé ce jour-là. Nous nous contenterons d’en faire le tour le long des profondes douves et de ses puissantes murailles.





La péninsule de Sõrve

La plus grande île d’Estonie, rigoureusement plate et essentiellement forestière, est surtout réputée pour ses majestueux paysages maritimes, entre plages de sables ou de galets, modestes falaises et marais. Nous quittons Kuressaare en direction du sud vers cette étroite bande de terre très effilée qui semble s’avancer tout droit vers la péninsule de Courlande en Lettonie. Évidemment la région est ventée, ce dont témoignent les moulins à vent qui ponctuent le paysage ici et là. Au loin se dresse tel une sentinelle, le phare de Sõrve qui s’élève à 53 mètres de hauteur. Nous le dépassons pour nous aventurer jusqu’à l’extrémité de la flèche littorale que les courants marins, convergeant de la mer Baltique et du Golfe de Riga, ont construite. Une sensation de bout du monde.






La côte ouest

En remontant vers le nord, la route devient gravillonnée et la physionomie du littoral change peu à peu. Ainsi ces rochers de grès rouge éparpillés sur la plage et dans la mer ne laissent pas de nous étonner.




Notre périple se terminera à Kihelkonna, au nord-ouest de l’île, dans une ambiance bucolique. C’est un gros bourg rural assoupi dont l’habitat se disperse dans la verdure autour de son église gothique très rénovée. Sur une éminence, une bâtisse massive attire notre curiosité. Il s’agit de l’ancien campanile de l’église. Sur la route du retour vers Kuressaare, nous croisons en peine forêt, un drôle de couple d'Estoniens. Des géants presque aussi haut que les pins... Après le dîner, nous contemplerons le château illuminé pour la dernière fois.




Une vue imprenable depuis notre chambre !  



Pour poursuivre votre voyage vers d'autres îles

je vous invite à découvrir ou redécouvrir :

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