De la baie d'Along aux Portes du Ciel

Une boucle de trois semaines du delta du Fleuve Rouge aux montagnes des confins septentrionaux du Vietnam, entre pitons karstiques, rizières en terrasses et marchés ethniques colorés
Du 20 septembre au 13 octobre 2013
24 jours
20
sept

A la sortie de l’aéroport de Noi Bai à Hanoï, nous sommes accueillis par une averse drue de fin de mousson. Un taxi nous transfère à notre hôtel dans le quartier des trente-six métiers, à proximité du lac Hoan Kiem. C’est donc une situation idéale pour découvrir le centre à pied. La première impression en arrivant dans cette métropole grouillante n’est pas très bonne. En cause, la circulation infernale et le bruit omniprésent. Les milliers de motocyclistes klaxonnant à tout va ne semblent avoir cure des malheureux piétons que nous sommes. D’ailleurs cette ville n’est vraiment pas un paradis pour les piétons, car les « trottoirs », quand il y en a, sont encombrés par tout ce que l’on peut imaginer, notamment les motos « garée » n’importe comment.


Pourtant malgré cette nuisance, nous sommes d’emblée séduits par les scènes de rue de toute sorte et le total dépaysement que celles-ci procurent. La vie quotidienne semble se dérouler dans la rue : étals à même le trottoir, porteurs de palanquins, petite restauration de rue, coiffeurs et même dentistes.


Les "maisons-tube" du quartier de notre hôtel dans le centre ancien 

Nous avons aimé flâner autour du lac Hoan Kiem avec son îlot de la Tortue, son pont de bois rouge et son temple de la Montagne de Jade. Nous avons apprécié l’ambiance bon enfant, qui y règne, notamment le samedi lorsque les jeunes mariés se font photographier. Et puis le ciel s’est rapidement s’est dégagé, devenant un allié pour notre premier après-midi à Hanoï.





Nous sommes attendus en fin d’après midi au siège de notre agence (GP Travel), située au fond d’une ruelle au cœur de la vieille ville, pour régler le solde de la facture de notre voyage. Nous rencontrons le directeur, Monsieur Le Xuan Thuy ainsi que Monsieur Diêp qui sera notre chauffeur pour la boucle que nous effectuerons dans les montagnes du nord. Madame Le Thu Huong avec qui j'avais échangé de nombreux courriels (en français) pour préparer notre voyage dans les moindres détails et qui a su nous donner moult conseils, est en congé. Cependant elle nous a téléphonera plusieurs fois pour s’enquérir si tout se passe bien. Après un rapide briefing, des cadeaux de bienvenue nous sont offerts, notamment l’emblématique chapeau conique vietnamien recouvert feuilles de latanier. Nous leur avons apporté un produit typique de notre région, renommé dans le monde entier pour ses fines bulles.

Le soir, nous déambulons entre les étals d'un grand marché nocturne très animé qui se tient chaque week-end, tout le long de la rue Hang Dao, au cœur de la vieille ville. Mieux vaut se débarrasser de ses objets de valeur au coffre de l’hôtel avant de s’y promener. C’était en tout cas la recommandation du sympathique réceptionniste de notre hôtel, tout étonné d’apprendre qu’il y a aussi des pickpockets à Paris ! Les hauts parleurs de rue diffusaient également des avertissements en anglais et en vietnamien dans ce sens.

21
sept

La baie d’Along (ou Ha Long) fait partie d’un vaste domaine karstique qui s’étend d’un bout à l’autre du pays, dans le prolongement du karst de la Chine du Sud (Yunnan, Guizhou, Guangxi). Il s’agit de massifs calcaires où l’érosion sous climat tropical humide a sculpté de spectaculaires paysages de pitons et pinacles recouverts d’une abondante végétation. Les géologues parlent de « karst à tourelles ». Nous verrons souvent ces pitons calcaires dans les montagnes du nord-ouest. Dans la baie d’Along ils ont été en partie immergés par la remontée des eaux du golfe du Tonkin, donnant naissance à une myriade d’îlots aux formes étranges, tels des dragons qui flottent sur l’eau et qui deviennent fantasmagoriques quand la brume s’en mêle, ce qui est fréquent dans la baie.


Notre agence nous a proposé la compagnie Indochina Junk pour assurer la croisière en baie d’Along, ou plus précisément de Bai Tu Long, une extension vers l'est de la baie, beaucoup moins fréquentée: seulement six à huit bateaux au mouillage pour la nuit au lieu d'une centaine !

À bord de notre jonque privée dotée d’une seule cabine entièrement en bois de teck, nous étions dans l'insouciance doucereuse d'une belle croisière dans ce lieu enchanteur, dorloté par un équipage adorable et aux petits soins. Tout était parfait: les repas excellents, des activités et les visites, l'accueil, le service. Et l’on nous a même réservé une belle surprise pour nos quarante ans de mariage!


Au programme : baignades, randonnée en kayak, visite d’un village flottant de pêcheurs, d’une ferme perlière et d’une grotte (sans grand intérêt, si ce n'est le point de vue à proximité), robinsonnade sur une minuscule plage (artificielle !), gastronomie à base de fruits de mer, et surtout navigation entre ces pitons calcaires quasi inaccessibles en observant les oiseaux. Enfin une belle surprise nous attendait pour le dernier dîner à bord...



Le village flottant de pêcheurs et la jolie batelière qui nous y a conduits 


L'école  


La ferme perlière 


Notre petite plage "privée" 

Ce furent des moments inoubliables pour commencer en beauté notre voyage et la formule trois jours / deux nuits (en réalité un jour + deux demi-journées) nous a permis de prendre notre temps et de profiter pleinement des lieux

La belle surprise qui nous attendait pour nos "quarante ans"  !


23
déc
Rizières dans le delta du Fleuve Rouge aux environs d’Hanoï 


Vers la fin de la matinée, notre jonque regagne son port d’attache, puis notre sympathique équipage nous gratifie d’une touchante cérémonie d’adieu, qui se terminera évidemment par le traditionnel pourboire. Diêp, un des chauffeurs attitrés de notre agence nous attend pour nous reconduire à Hanoï. Il sera notre chauffeur pour la suite de notre voyage au Vietnam et s'avèrera prudent, prévenant et d'une grande courtoisie, s'arrêtant à la demande pour les photos.

Sur la route du retour à Hanoï, des arrêts sont prévus pour visiter une pagode et un village. Ces deux sites se situent à une quarantaine de kilomètres de la capitale, à proximité du Song Duong, un bras défluent du Fleuve Rouge. La route pour les atteindre emprunte une digue qui protège cultures et villages des crues du fleuve. En lui même le parcours est intéressant car il permet de se rendre compte de l’ampleur des travaux hydrauliques dans le delta. Les inondations constituent le principal risque naturel dans le delta du fleuve Rouge et sans les digues 80 % du delta serait inondable. Avec plus de 8 000 km de digues, le Vietnam dispose depuis plusieurs siècles d’un réseau performant de protection contre les inondations. Par ailleurs le delta du fleuve Rouge fait partie des régions dites « rurales » les plus densément peuplées de la planète (La densité moyenne y dépasse les 1 200 habitants au kilomètre carré). On comprend alors pourquoi les Américains ont systématiquement bombardé les digues là où elles seraient les plus fragilisées par les crues liées à la mousson, afin de faire le plus de victimes civiles possible.

Nous arrivons au village de Dong Ho, réputé pour sa fabrique d’estampes traditionnelles, un artisanat familial qui se transmet de génération en génération depuis cinq siècles. On peut observer le travail de gravure sur des planchettes au ciseau à bois et l’encrage au tampon sur papier d’origine végétale, avec des pigments naturels. Les thèmes vont des figures allégoriques aux vœux de bonheur en passant par les légendes populaires. Les estampes de Dong Ho sont considérées comme la quintessence de la culture traditionnelle au Vietnam. On en voit un peu partout dans le pays. Dans le delta du Fleuve Rouge, chaque village a sa spécialité artisanale : vannerie, travail du bambou, poterie, sculpture, soieries, laques et donc dans ce village les estampes.


À quelques kilomètres de là, au milieu des rizières, nous découvrons la pagode de Buth Tap, dite de « la tour du Pinceau ». C’était une pagode royale dont la fondation remonte au XIIIe siècle, mais qui fut reconstruite au XVIIe siècle par une reine de la dynastie des Trinh. Pénétrer en ce lieu sacré du bouddhisme est un moment de grâce et de plénitude. Rien d’étonnant à ce que cette pagode fut auparavant nommée « le bonheur tranquille » (Ninh Phúc Tu) quand la famille royale fuyait la cour pour trouver la tranquillité de la campagne.

La tour de la Cloche 

Après être passés sous la tour de la Cloche, nous déambulons entre plusieurs pavillons recouverts de tuiles, tous orientés vers le sud selon la tradition l’architecturale au Vietnam. Les divers bas-reliefs sur bois ou marbre évoquent la méditation : fleurs, oiseaux, paysages de montagne, nuages. Parmi les nombreuses statues bouddhiques (les deux Gardiens du Bien et du Mal, la Trinité bouddhique, etc.) on remarque surtout dans la salle principale, deux magnifiques rangées de dix-huit arhat en bois laqué. Dans le bouddhisme, l’état d’arhat désigne celui qui est parvenu à l’éveil grâce à ses efforts. Mais le joyau de cette pagode est la statue de Quan Âm « aux mille bras et mille yeux », la divinité de la miséricorde. Elle est assise sur une fleur de lotus, le symbole de la pureté, supportée par un dragon. En réalité Quan Âm n’a que 789 bras et dans chaque main est sculpté un œil dit de bonté.



Les arhat 
Quan Âm « aux mille bras et mille yeux » 


Au centre de la pagode, après un petit pont de pierre en dos d’âne, on est ébahi par un impressionnant moulin à prières en bois dont on distingue à peine la partie supérieure, tellement il est haut. Des figures sculptées du Bouddha représentent les neuf consciences.


Allons voir enfin, un peu à l’écart, le monument qui depuis le XIXe siècle a donné son nom à la pagode à cause de sa forme évocatrice : la Tour du Pinceau (Bút Tháp). Cette tour en pierre a été bâtie en 1646 pour abriter les reliques du moine fondateur de Bút Tháp. C’est donc un édifice funéraire qui s’inspire des stûpas indiens. De structure octogonale elle est constituée de quatre étages qui surmontent un pavillon orné de bas-reliefs animaliers aux motifs exquis. Après cette visite nous reprenons la route vers Hanoi. Cette pagode est sans doute la plus belle que nous aurons vue au Vietnam et je ne me souviens pas y avoir rencontré d’autres visiteurs ou pèlerins.



• • •

En soirée, nous assistons au traditionnel spectacle des marionnettes sur l’eau, gentiment offert par Monsieur Le Xuan Thuy, le directeur de notre agence. C’est un art millénaire très répandu dans le delta du Fleuve Rouge. À l'origine c’était un loisir pour les paysans qui passaient une grande partie de leur journée dans les rizières et considéraient la surface de l'eau comme une scène naturelle. Ces paysans sculptaient des marionnettes dans du bois de figuier, matériau résistant à l'eau. Celles ci figuraient des habitants de leur village, les animaux de leur ferme ou des créatures mythiques telles que le dragon, le phénix ou la licorne. Le spectacle se compose d'une succession de tableaux qui dépeignent aussi bien des scènes de la vie quotidienne que des légendes ancestrales.

Marionnettes en bois ( Musée d'ethnographie du Vietnam)

Certes c’est devenu un spectacle destiné à un public de touristes, mais il est de bonne qualité et la musique a autant d'importance que l'action qui se déroule sur la scène. Aussi est-il intéressant d’écouter les différents instruments traditionnels de l’orchestre : flutes en bois, gongs, tambours, xylophones en bambou et le dan bau, un instrument monocorde dont la caisse de résonance est taillée dans une cucurbitacée, produisant des sons obsédants. Nous retrouverons ces instruments dans les musées, de même que d’anciennes marionnettes, en particulier parmi les riches collections du musée d’ethnographie du Vietnam que nous irons voir le lendemain matin.

Un théâtre de marionnettes sur l'eau ( Musée d'ethnographie du Vietnam)
24
sept

Ce matin nous rencontrons Vinh, notre jeune guide « francophone ». Il nous accompagnera au cours de notre circuit dans les montagnes du nord et s’avérera être d’une grande gentillesse, serviable et sérieux, s'adaptant à toutes les situations. Surtout, il nous aura permis d’entrer en contact avec la population locale, car sans connaître le vietnamien et a fortiori les dialectes locaux, ceci s’avère très difficile. Cela dit il est très jeune et débutant dans la profession et son bagage linguistique et culturel reste très perfectible. En fait il sera davantage un accompagnateur qu'un véritable guide.

Avant d’entreprendre notre boucle vers les montagnes du nord, allons visiter le musée d’ethnographie, situé en périphérie de Hanoi. Ce très grand musée inauguré en 1997 par Jacques Chirac est de conception résolument moderne, avec un parcours très didactique (inscriptions en français). C’est un passionnant musée où l’on prend toute la dimension de la diversité ethnique du Vietnam et c’est évidemment une excellente (et indispensable à mon sens) introduction à la découverte des villages de ces « minorités ethniques » qui résident essentiellement dans les montagnes du nord-ouest.

Sur deux niveaux, le parcours muséal est un voyage parmi les cinq familles ethnolinguistiques réparties en 54 ethnies qui composent la population vietnamienne : Austro-asiatiques, Thai-Kadai, Hmong-Yao, Austronésiens, et Sino-Tibétains. On dénombre jusqu’à un million de membres dans plusieurs de ces communautés, tandis que d'autres ne comptent qu'une centaine individus.

Le musée rassemble 25 000 objets de la vie quotidienne et culturelle : costumes traditionnels particulièrement colorés, statues funéraires, épouvantails insolites, un char à bœufs de l’ethnie Cham, une bicyclette chargée d’une quantité impressionnante de nasses en bambou, etc. Les techniques artisanales sont largement représentées : laques, céramiques, estampes, sculptures sur bois, vanneries, tissage. Un vaste espace en plein air est consacré à l’habitat traditionnel.

Il aurait fallu consacrer au moins une demi-journée à ce musée. Malheureusement le temps nous est compté car le programme de la journée est assez chargé. Mais en deux heures nous avons tout de même eu un bon aperçu. Les « explications » de Vinh ont été plutôt sommaires : devant une vitrine qui présentait un objet évident à identifier : « c’est une pipe », nous affirme-t-il ; j’ai souri intérieurement en pensant au tableau de Magritte !

À propos du concept de « minorité ethnique »

Une terminologie qui me gène un peu. Parle-t-on de « minorités ethniques » à propos des Basques, des Alsaciens, des Corses, ou des Martiniquais ? Je préfère parler de communautés, de populations montagnardes. Parmi les 54 ethnies du Vietnam il y a aussi l’« ethnie majoritaire », les Viêt (86 % de la population). Or j’ai le sentiment qu’il y a une sorte de condescendance de la part de ces derniers vis-à-vis des « ethnies minoritaires », pour ne pas dire un certain mépris. Il suffit de voir l’état de pauvreté dans lequel ces populations sont malheureusement maintenues. Notre guide a fini par nous agacer quand, à chaque fois qu’il citait l’un de ces peuples, il se sentait obligé d’ajouter « ethnie minoritaire » X ou « ethnie minoritaire » Y, ce qui alourdissait son discours, plutôt que de parler simplement des Hmong ou les Dzao par exemple. Ceci est à rapprocher du vieux principe chinois de sheng (« crus ») et shou (« cuits »). Les premiers sont à l’état « brut », les seconds sont « cuits », dans le moule de la « civilisation », c'est-à-dire celle des Han. J’ai bien peur que le modèle chinois ait été reproduit au Vietnam. En tout cas l'industrie touristique vietnamienne a su depuis longtemps tirer parti de ces lieux bariolés et vivants, n’hésitant à organiser des mises en scène, notamment à Sapa et Bac Ha, que nous avons évidemment évitées.

Tissu et costumes ethniques féminins des Hmong (noirs et fleuris)
24
sept

À 35 km de Hanoi, deux intéressantes pagodes proches l’une de l’autre sont facilement accessibles par la nouvelle autoroute. Il nous faut gravir plus de 200 marches pour atteindre la pagode Tay Phuong, juchée au sommet d’une colline. Son apparence actuelle date des rénovations de la dynastie Tay Son, aux XVIIe - XVIIIe siècles. Trois pavillons de pierre, percés d’oculi, sont recouverts d’une double toiture hardiment recourbée et ornée de dragons, de phénix et d’animaux chimériques. Ils abritent entre autres chefs-d’œuvre, une superbe collection de 72 statues en bois de jacquier laqué et doré, d’une grande qualité esthétique. À l’instar de la pagode But Thap que nous avons visitée la veille, on retrouve Quan Am qui déploie ses milles bras, les dix-huit arhat, les huit Juges des Enfers, mais aussi les seize Patriarches, ainsi qu’un bouddha ascète au corps décharné. A travers la gestuelle et les mimiques de ce petit monde, on retrouve tous les états d’âme qu’éprouve l’être humain : bonheur, malheur, espoir, désespoir.


A un jet de pierre, la pagode Chua Thay (la pagode du Maître) est située au centre du village de Sai Son, au pied d’un piton calcaire et au bord de l’étang du Dragon. Au milieu de celui-ci se trouve un petit pavillon où l’on donne des spectacles de marionnettes lors des fêtes. Avec ses deux petits ponts couverts, l‘ensemble forme un joli tableau souvent repris dans des illustrations sur le Vietnam. Mais… si ces petits ponts ne servaient pas de garage à motos, si le site n’était pas crasseux et mal entretenu, si les bonsaïs étaient taillés proprement et les pots débarrassés des mauvaises herbes, ce serait tellement mieux !


Non loin de là nous partons à la découverte du village historique classé de Mong Phu dans la commune de Duong Lâm, qui conserve de vieilles demeures dont certaines ont plus de trois siècles et appartiennent depuis des générations à d’anciennes familles de tisserands ou de sériciculteurs. Aujourd’hui ce village s’ouvre au tourisme, et nous avons déjeuné dans une de ces anciennes demeures (ce ne fut pas un moment culinaire inoubliable au demeurant). Il y a aussi une grande maison communale avec de belles poutres sculptées, un banian séculaire, une ancienne porte de village mal conservée.



C'est surtout la pagode Mia (signifiant canne à sucre) du XVIIe siècle qui attire l'attention. Elle abrite notamment près de 300 statues parmi les plus anciennes du Vietnam, en terre cuite pour la plupart et de belle facture. Le lieu est relativement propre (une fois n’est pas coutume !), paisible (peu de touristes) et propice à la balade, mais mériterait davantage d’entretien, notamment le stupa de la pagode où les herbes folles trouvent dans ces vieilles pierres un bon substrat ! A cet égard la pagode de But Thap est bien mieux entretenue.

Le stûpa de la pagode Mia et quelques-unes des 287 statues en terre cuite qu'elle abrite  


 Le Bouddha couché et Quanyin, la déesse protectrice des enfants, au visage doux et serein qui tient un bambin potelé. 

Le soir nous faisons étape dans à la station thermale de Thanh Thuy au bord de la Rivière Noire, affluent du Fleuve Rouge. Nous sommes les seuls dans cet établissement thermal, probablement fréquenté par les Hanoïens le week-end. Un établissement d’État, plutôt lugubre, mal entretenu et pas très propre qui connut sans doute un meilleur lustre dans le passé. Mais il n’y n’avait pas d’autre choix dans la région.

25
sept

A la sortie de Thanh Thuy, des collines de théiers s’étendent sur une dizaine de kilomètres. Le temps est maussade, une brume enveloppe la montagne mais le paysage est somptueux. Des rizières se déploient dans la vallée luxuriante de Muong Lo qui serait le deuxième grenier à riz du nord-ouest de Vietnam. De loin en loin des villages se cachent derrière des rideaux de bambous. Après de longues heures de route et plusieurs arrêts-photo, nous arrivons à Nghia Lô, la « capitale » de l’ethnie Thaï et notre guide nous suggère de visiter un des nombreux villages de la région.

Collines de théiers  

De prime abord ce n’est pas l’opulence qui règne ici, loin s’en faut ! Les Thaïs habitent dans des maisons toujours élevées sur pilotis, faites de pauvres claies en bambou ou de planches. Ils pratiquent la culture du riz, du maïs, de la patate douce sur les champs en terrasse et ont développé des techniques d’irrigation particulièrement élaborées. D’ailleurs Vinh nous propose d’aller voir une « agouna » au bord de la rivière. Une agouna ? Quèsaco ? Que veut-il dire ? Nous avons beau lui faire répéter, rien n’y fait. Ce n’est qu’une fois sur place, au bord de la rivière que nous finissons par comprendre de quoi il s’agit...

Un village Thaï 
Il s'agissait donc d'une noria, il suffisait de le dire ! 

Nous poursuivons notre route jusqu’à Tu Le, notre étape pour la nuit. Contrairement à l’étape de la veille, une bonne surprise nous attend dans ce bourg paisible. En effet l’hôtel Pho Nui s’avère confortable et très propre avec de grandes chambres bien conçues. On nous y a réservé un très bon accueil. Nous dînons au restaurant de l’hôtel, plutôt bruyant mais convivial.

Une maison cossue à Nghia Lô 
26
sept


Ce n'est pas pour rien que la route de Nghia Lo à Mu Cang Chai est nommée la « route des photographes ». Cependant sur cette route qui grimpe vers le col de Khau Pha à plus de 1 200 mètres d’altitude, un épais brouillard empêche de voir quoi que ce soit ce qui oblige Diêp à redoubler de prudence. Mais en redescendant du col le ciel a la bonne idée de se dégager et au belvédère situé à quelque distance en contrebas, se trouve déjà un groupe de... photographes professionnels venus de Hanoï qui ont posé leurs trépieds. Quel sublime paysage que ces rizières en terrasses, sur leur trente-et-un en cette saison. Je pense que ce temps couvert a donné des lumières plus subtiles et des couleurs plus nuancées que sous un soleil éclatant.


Nous reprenons la route jusqu'au village hmong de Nga Ba Kim. Les paysages de rizières en terrasses qui se développent le long de cette route, rehaussés par la brume, sont somptueux.

Notre agence qui connaît tous les recoins secrets de la route de Mu Cang Chai nous a organisé une délicieuse randonnée au départ de ce village, parmi les rizières de La Pa Tan, un lieu encore assez confidentiel. Pour d’obscures raisons, en plus de Vinh, nous sommes accompagnés par un "guide local" totalement inutile. C’est une balade débonnaire de six heures, mais probablement deux fois moins de marche effective si l’on compte les nombreux arrêts-photo et la pause pique-nique dans une pauvre et sombre demeure hmong. Quels paysages fantastiques que ces collines sculptées artistiquement par des siècles de labeur humain !






Après cette randonnée, il nous reste une vingtaine de kilomètres pour arriver à notre étape du jour, Mu Cang Chai, chef-lieu d’un district montagnard peuplé de Hmong, devenu célèbre pour ses rizières en terrasses reconnues comme « paysage du patrimoine national » en 2007. Dans ce district très pauvre, un plan de développement rural basé sur la mise en valeur des terrasses a été mis en place par le gouvernement (affiche de propagande ci-contre). Avant de nous installer à l’hôtel, nous allons visiter un village chez les Hmong noirs. Les Hmong sont estimés à près d’un million et demi d’habitants, soit 1,25% de la population vietnamienne et environ dix millions dans le monde, diaspora comprise (donc une grosse minorité). La majorité d’entre eux se disperse dans les hautes terres des provinces du nord-ouest du Vietnam. Ils se composent de divers groupes locaux différenciés notamment par leurs costumes. Originaires de Chine, ils ont émigré au Vietnam et aux confins du Laos de de la Thaïlande entre la fin du XVIIe et le début du XIXe siècle. Ils pratiquent l'agriculture itinérante ou permanente sur brûlis et maîtrisent la riziculture en terrasses, donnant deux récoltes par an. Les Hmong noirs se distinguent par le vêtement féminin qui comprend une ample jupe plissée de couleur indigo, un corsage noir ouvert sur le devant et des jambières noires.

L'hôtel Suoi où nous passons la nuit est un bâtiment grandiloquent mais sans charme, d’inspiration stalinienne, probablement un établissement d’État, très sale : des mégots partout, des toilettes douteuses, des murs décrépis, etc. En prime, une literie extrêmement dure et un accueil inexistant. On aurait sans doute pu trouver mieux, car les maisons d’hôtes ne manquent pas dans les environs.

27
sept


En route pour Sapa. Dès la sortie de Mu Cang Chai les remarquables terrasses de rizières sculptées sur les versants de la vallée défilent pendant une dizaine de kilomètres. Puis viennent paysages verdoyants des collines de théiers.




Une fabrique de nouilles 

Nous pénétrons dans la province de Lai Châu aux confins nord-ouest du Vietnam. C’est le pays des Lu, un groupe ethnique qui compte à peine cinq mille âmes. C’est dire si cette ethnie est très minoritaire ! Bien sûr il est prévu dans notre programme de visiter un village de cette communauté. Les maisons faites de planches de bois et de claies en bambou sont sur pilotis.

Une jeune femme avec son bébé, en train de vaquer à ses occupations sur sa modeste terrasse, nous adresse un sourire amical. C’est alors que Vinh lui demande de revêtir pour nous son costume traditionnel. Elle est donc aller quérir sa tenue de fête et s’est présentée sur l’escalier de sa demeure. Bien que quelque peu gênés, nous avons pu admirer la richesse des broderies et des motifs floraux multicolores de sa longue jupe. Puis elle a commencé à défaire sa coiffe avant de remonter chez elle. Légère impression de malaise après cette « rencontre ».

Avant d’arriver à Sapa, nous contournons le « toit du Vietnam », le Pan Si Pan (ou Fasipan) qui du haut de ses 3 143 mètres est le point culminant du pays et même de l’Indochine. Mais le sommet ne daignera pas se montrer, se cachant derrière un épais couvert nuageux.

La station touristique de Sapa 

Sapa n'a pas été la destination la plus éblouissante de notre voyage. Cette station d’altitude redécouverte dans les années 1990 est hyper touristique avec tous les mauvais côtés que cela comporte. Tout est dédié au tourisme, ainsi une des rues principales où se trouve notre hôtel n’est qu’une succession de bars, d’hôtels, de boutiques d’artisanat et d’articles de trekking. Ce fut une station d’altitude à l’époque du protectorat français, redécouverte dans les années 1990 par quelques routards après des décennies d’oubli. La surexploitation de ce petit paradis des débuts a donc tué la poule aux œufs d’or… Cela dit cette étape aura au moins le mérite de nous avoir fait passer la nuit dans un hôtel plus confortable, d’une propreté irréprochable et de rompre momentanément avec les conditions d'hébergement plus sommaires dans ces régions. Notre chambre décorée avec goût bénéficiait d’une très belle vue (quand il n’y a pas de brouillard !) sur la vallée. Sans parler des saveurs au restaurant, une fois n’est pas coutume par ici. Finalement ce fut une agréable étape après les conditions médiocres à Mu Cang Chai !

La vallée et le Phan Si Pan noyés dans la brume matinale, vus de notre chambre à Sapa 

La petite randonnée de l’après-midi vers le village de Ta Van aura été marquante, pas du tout pour son intérêt, mais pour l’ambiance et les conditions de l’expérience. Il faut d’abord dire que le temps est à la pluie et à la grisaille, que les rizières ont un aspect plutôt tristounet car elles ont déjà été moissonnées. Ici encore, la moindre maison à la moindre croisée de chemins est transformée en boutique d’artisanat, buvette ou autre. Ceci dit ces boutiques d’artisanat offrent souvent des articles brodés de bonne qualité et nous avons malgré tout fait des achats.

Et puis… il y a le fameux « comité d’accueil » au départ de la randonnée, formé d’une escouade d’une dizaine de jeunes femmes avec leurs bébés pour certaines, prêtes à nous vendre tout ce qu’elles ont dans leurs sacs. Vinh nous avait bien briefé auparavant « surtout ne leur répondez pas! ». Les voici qui nous emboîtent le pas. Ayant rapidement compris que nous parlons français, elles entament la « discussion » si je puis dire, ou plutôt le monologue: « Comment tu t’appelles ? Quel âge as-tu ? Copain-copine (??) », etc. Très vite le plus gros du bataillon abandonne en rase campagne et se replie. Mais il y en reste une, plus tenace que les autres et, il faut bien le dire, collante, son pauvre bébé accroché à son dos et balloté comme pas possible ! De guerre lasse je désobéis à Vinh et je lui achète une babiole sans discuter le prix afin qu’elle disparaisse rapidement. Ce qu’elle fait… mais pas pour longtemps ! La voici qui revient à la charge, cette fois-ci pour changer une pièce d’un dollar (on se demande aussi pourquoi les touristes se débarrassent de leurs pièces de monnaie) ! Mais Vinh a fini par la chasser. Malgré tout, les personnes rencontrées sur ce parcours sont généralement souriantes et sympathiques, comme cette femme de l’ethnie dzai, toute fière de nous montrer sa production artisanale.

28
sept

Ce matin le ciel tente une timide percée à travers la couche nuageuse, ne laissant toutefois pas entrevoir le Phan Si Pan. Quittant la capitale du tourisme montagnard au Vietnam, une très longue route nous attend jusqu’à la province de Ha Giang. Et qu’y a-t-il au programme de cette journée chargée ? Vous ne devinez pas ? La visite de villages ethniques, voyons ! Nous verrons donc deux villages, l’un habité par les Tay, l’autre par les Pa Then.

Les Tay vivant principalement sur les piémonts au nord du Vietnam, forment le deuxième groupe ethnique du pays après les Viets, avec environ un million et demi d’habitants. Contrairement aux Hmong leur présence au Vietnam est très ancienne, remontant à la seconde moitié du premier millénaire avant J.C. A contrario, les Pa Then ne sont arrivés au Vietnam depuis la Chine qu’il y a deux-cents ans, formant une communauté réduite à quelque six mille individus qui se sont principalement établis dans les vallées de la province de Ha Giang. Le terme d’ethnie minoritaire s’applique donc parfaitement pour les Pa Then, comme pour les Lu rencontrés la veille (mais il y a au Vietnam des communautés encore plus minoritaires qui ne comptent que quelques centaines d'individus).

La route sinueuse descend en direction de la vallée du Fleuve Rouge. Après la grisaille de la veille, nous retrouvons les couleurs chaudes des rizières non moissonnées dans la douce lumière matinale que la générosité du soleil nous offre enfin. À mesure que nous perdons de l’altitude, il fait de plus en plus chaud.

Quelque temps après avoir traversé le Fleuve Jaune, il est l’heure du déjeuner et Vinh nous invite à nous installer dans un joli restaurant de bord de route. L’endroit est agréable et accueillant ; nous nous attablons sur une terrasse dominant la rivière ; les plats arrivent assez rapidement et semblent appétissants. Oui, mais… nous n’avions pas encore vu la cuisine !!

Le restaurant côté face et côté pile ! 

Au début de l’après-midi, nous arrivons à Vinh Yen pour la visite du village de Khuoi Veng habité par les Tay. Pour accéder au village, nous passons par une passerelle suspendue, puis suivons un large chemin à travers les rizières irriguées. Le lieu, très verdoyant, est bucolique à souhait. Les maisons de bois sur pilotis et recouvertes de toits de chaume sont disséminées entre des étangs destinés à la pisciculture. Après cette agréable balade d’une heure, nous reprenons la route pour le second village inscrit au programme de la journée.


C’est le village de Quang Binh situé dans la province de Ha Giang. À l’entrée, comme pour le village précédent, un immense écriteau indique que nous entrons chez les Pa Then. Ce lieu serait-il devenu touristique ? Ici les maisons se sont pas sur pilotis, mais construites à même le sol. Les murs sont constitués de claies de bambous très ajourées, si bien que ces très modestes demeures sont quasiment à claire-voie ce qui doit rendre pénible la période de la mousson. On reconnait les Pa Then aux couleurs de feu, rouge et orange de leurs tenues féminines et à leurs imposantes coiffes finement brodées. Vinh nous propose d’aller le constater de visu.


J’avais dit au début de ce récit que notre guide nous a permis d'entrer en contact avec la population locale. Certes, mais de quelle sorte de "contact" s'agit-il réellement ? Sur les photos ci-dessous, on voit cette femme, sourire légèrement crispé en train de poser en costume de fête devant l'objectif, sur le seuil de sa pauvre demeure. Notre guide a donc mis en scène pour la seconde fois et à notre corps défendant, ce contact très artificiel, puisqu'il a demandé à cette brave dame, alors qu’elle était en plein travail de tissage, d'aller revêtir son beau costume. Cela transforme ces personnes en sorte d'acteurs d'un parc d’attraction, type exposition coloniale de 1931, ce que je déplore. Évidemment cela fait une « belle » photo, et évidemment je lui ai donné un billet. Quoiqu'il en soit, j'espère que cette « activité » ne va pas devenir dans dix ans, un métier pour ces dames. Mais il faut bien faire plaisir aux touristes que nous sommes ! En tout cas j'ai demandé à Vinh de ne plus renouveler l'expérience.


Nous posons enfin nos bagages pour les trois prochaines nuits au Pan Hou Village. Tenu par un couple franco-vietnamien, cet « écolodge » se situe en plein cœur du massif montagneux de Song Chay, dans la province d’Ha Giang. Conçu comme une étape reposante pour les randonneurs, son architecture simple, inspirée des maisons traditionnelles, et en matériaux naturels se fond parfaitement dans la nature environnante. Les chambres, disséminées au milieu d’un jardin tropical luxuriant, sont très propres, spacieuses et confortables. Elles bénéficient d’une petite terrasse privée ouvrant sur la montagne. Le personnel est souriant et aux petits soins et le chef nous a concocté une très bonne cuisine : nous nous sommes régalés, une fois n’est pas coutume dans la région. Pan Hou Village sert de camp de base pour des groupes qui font des randonnées d’un à plusieurs jours, organisées par l’établissement. Ce fut un très agréable séjour.

29
sept
Vendeuses de tissus de l'ethnie des Hmong fleurs (ou bariolés) aux coloris chatoyants rouge-orange à magenta

Sur la superbe route de montagne de Pan Hou à Hoang Su Phi, les points de vue sur les rizières en terrasses se succèdent et c’est un enchantement permanent pour les yeux.

Nous avons visité plusieurs de ces fameux marchés traditionnels fréquentés par des milliers de montagnards des « ethnies minoritaires » du nord Vietnam. Ces marchés sont des lieux de rencontre pour ces populations qui vivent dans des villages isolés les uns des autres. Lieux d'échanges de marchandises, de troc parfois, ils permettent aussi aux jeunes de rencontrer l'âme sœur. C'est aussi l'occasion de faire ripaille dans la bonne humeur et pour les hommes, habillés de noir, de boire de bonnes rasades d'alcool de riz... puis reprendre la moto!

Ces marchés sont aussi de vrais festivals de couleurs. A cette occasion les femmes portent leur costume ethnique traditionnel. D'ailleurs on parle, en fonction de la couleur dominante de ces costumes des Hmong noirs, blancs, verts et même bariolés (ou fleuris), des Lolo noirs et fleuris, des Dao rouges. Il y a aussi les Tay, les Dzao Tapan, les Bo Y les Co Lao, en tout 54 ethnies réparties entre cinq familles linguistiques, comme nous l’avons vu au Musée ethnographique du Vietnam à Hanoï.

Le marché de Hoang Su Phi a lieu le dimanche matin. Ici se rencontrent les ethnies Man Tapan (ou Dzao Tapan), Hmong bariolé, Tay, Nung, Lachi, Co Lao.




30
sept


L’écolodge de Pan Hou organise avec des guides locaux des trekkings d’un à cinq jours (avec nuitées chez l’habitant dans les villages). Nous avons opté pour une randonnée d'une journée et là encore ce fut une très belle expérience ! À mi-chemin nous avons fait une pause déjeuner chez l’habitant, une pause considérablement et inutilement rallongée après le repas, mais au moins avons-nous pu goûter à la sérénité du paysage.



Une randonnée sans difficulté aucune, avec 600 à 700 mètres de dénivelé cumulé, par des sentiers de montagne dispensant de superbes vues sur les rizières dorées et passant par deux villages de l'ethnie Dzao Tapan. Nombreux étaient les paysans dans leurs champs, s’activant à la moisson et au décorticage du riz manuellement ou avec de modestes machines de fabrication chinoise.



1
oct
Sur la longue route de montagne entre Ha Giang et Dong Van, les dents de scie d'une chaîne karstique se profilent à l'horizon 

Non, nous ne pénétrons point dans le royaume de Dieu (pas encore!), mais dans l’univers reculé des plateaux karstiques, de l’extrême nord de la province de Ha Giang aux confins sino-vietnamiens. Cong troi, littéralement « portes du ciel », désigne les cols qui ouvrent vers cette région incroyablement sauvage, hérissée d'une forêt de pitons calcaires et entaillée de profondes vallées. Si les paysages sont beaux, la terre est relativement inculte et les villages sont très pauvres. Une extraordinaire mosaïque ethnique se partage ces montagnes : Hmong, Dao, Tay et autres. La route est longue, très longue pour atteindre Dong Van à l’extrême nord du pays et c'est exténué que Diêp est parvenu à nous y conduire en toute sécurité. Mais c’est une magnifique route de montagne qui délivre tout le long du trajet des paysages époustouflants.


Maison hmong en adobe; dénuement des enfants  

À mi-chemin entre Ha Giang et Yen Minh, nous traversons la paisible bourgade de Quan Ba qui s’insère entre des pitons karstique boisés, notamment des collines jumelles, que les Vietnamiens ont malicieusement surnommées… « la demoiselle allongée ».

Les très kitch "maisons-tube" de Quan Ba remplacent peu à peu l'habitat traditionnel en adobe

À Sa Phin, la visite de l’ancien palais d’inspiration chinoise du dernier roi des Hmong, Vuong Chi Sinh, nous a paru superflue, tellement le lieu est en piteux état, sale et relativement insignifiant à nos yeux. Mais cela aura au moins permis à notre chauffeur de se reposer.

La petite ville poussiéreuse de Dong Van ne nous a pas enthousiasmés outre mesure, mais nous avons bénéficié d’un bon moment de détente au café "Pho Co" qui se trouve juste à côté du marché.



Dong Van 


Dans cette ville, l’hôtel Cao Nguyen Da fut une des deux plus mauvaises adresses de notre voyage. Sur cette photo, la chambre spacieuse dotée de fauteuils, d’un lit king-size très kitsh et décorée de reproductions d’œuvres de Dali ou de Miro fait illusion, car dès le hall d’entrée, c’est le délabrement et crasse ! Les draps n’avaient pas été changés depuis je ne sais quand. Nous en avons exigé des propres qui nous furent fournis mais de mauvaise grâce car, cerise sur le gâteau, le personnel, quand il est visible, est peu aimable, une fois n’est pas coutume au Vietnam ! Je doute que ce soit mieux ailleurs à en croire le témoignage de voyageurs croisés à Dong Van et qui logeaient au Hoang Ngoc. Cette région reculée est encore sous-dotée en infrastructures touristiques. Mais Vinh s’est décarcassé pour nous faire déjeuner ou dîner dans les meilleures conditions possibles (ou les moins mauvaises, pour être plus clair). Ce n'est pas dans cette région du Vietnam que nous avons testé la renommée de la cuisine vietnamienne, marquée ici par la monotonie et je ne parle pas de l’hygiène !

2
oct
Le poljé de Lung Cu (au fond et à gauche: la Tour du Drapeau)  

Ce matin nous partons à la découverte du point le plus septentrional du Vietnam, là où le territoire du pays s’enfonce en coin vers celui de la Chine. Après plus d’une heure sur une route de montagne très sinueuse, nous parvenons au village de Lung Cu, proche de la frontière sino-vietnamienne. Blotti au fond d’un poljé (dépression fermée d’origine karstique), le village est entouré de plusieurs pitons boisés. Des paysans s’activent à la moisson dans les rizières dorées qui s’épanouissent au fond du poljé, lequel procure une terre particulièrement fertile dans cet environnement inculte.

Il faut être en bonne forme physique pour grimper sur le plus haut piton qui domine le village, par quelque 800 marches. Du haut de la Tour du Drapeau, érigée il y a quelques années, on bénéficie alors d’un vaste panorama à 360° sur le village en contrebas et sur la province chinoise du Yunnan. Un immense drapeau rouge frappé de l’étoile jaune se dresse fièrement face au puissant voisin.

2
oct


Une gorge profonde vue de la route de Dong Van à Meo Vac 

La route de Dong Van à Meo Vac par le col de Ma Li Peng bénéficie de tous les superlatifs imaginables et passe pour être la plus spectaculaire du Haut Tonkin. Il est vrai que cette route en corniche qui domine la profonde vallée de la rivière de Nho Que et qui zigzague parmi une forêt de pitons karstiques acérés, est très spectaculaire. Sur le conseil de notre agence nous avons effectué ce trajet l’après-midi car le ciel n’est pas souvent dégagé le matin, et en effet nous avons pu bénéficier du beau temps. Le trajet est court (25 km) mais prend du temps à cause des nombreux arrêts aux principaux points de vue, nécessaires pour bien profiter du paysage.


Labeur quotidien 

Le bourg de Meo Vac n'a rien de particulièrement intéressant en soi, si ce n’est son marché animé et l’ambiance sympathique qui y règne. Contrairement à ce qu’écrit le guide Michelin, nous avons préféré cette étape à celle de Dong Van, d'autant plus qu'il y a un superbe hôtel flambant neuf et kitsch à souhait, mais très confortable, accueillant et très propre, l’hôtel Hoa Cuong.

Après notre installation à l’hôtel, Vinh nous propose d’aller voir une « citation » - « Une quoi ?? - Une citation » répète-t-il. Nous nous regardons, mon épouse et moi, interrogatifs. J’ai fini par comprendre qu’il faut entendre « station ». Mais nous ne comprenons toujours pas de quoi il s’agit. Une station de sports d’hiver ? Ce serait étonnant dans cette région très reculée. Diêp reprend le volant et nous conduit par une route escarpée au sommet d’une colline sur laquelle un kiosque en pierre a été édifié. Nous comprenons enfin qu’il fallait traduire « station » par belvédère. Notre jeune guide a bien du mal avec les difficultés de notre langue ! Quoiqu’il en soit la vue que l’on a de ce belvédère sur la vallée, le bourg et les montagnes environnantes valait le déplacement et nous remercions Vinh pour cette initiative.

Le bourg de Meo Vac

De retour « en ville », nous voyons s’avancer un groupe compact de jeunes brandissant des drapeaux rouges. Apparemment il s'agit d'une répétition pour un défilé à venir en l'honneur de je ne sais quoi. L'atmosphère est plutôt à la grande rigolade, ces jeunes ne prenant pas vraiment au sérieux le rôle qu'on leur fait jouer! Des haut-parleurs de rue diffusent des discours et des slogans, comme souvent au Vietnam : « ce sont des informations, car les gens n'ont pas la radio », nous affirme notre guide qui a botté en touche quand je lui ai demandé ce qui est dit. On veut bien le croire… ou pas. Ce jour-là, la petite ville était en effervescence à cause d'un match de football. Je ne raconte pas les libations et la ripaille le soir au restaurant, lorsque l'équipe invitée et ses supporters ont fêté leur victoire. En pleine nuit, alors que nous dormions, nous avons su à quelle heure ils sont rentrés se coucher à l'hôtel !


3
oct

La visite de ce marché époustouflant à quinze kilomètres de Meo Vac sur la route de Ha Giang, fut pour nous un grand moment. C’est un marché dit « à reculons » c'est-à-dire qu'il a lieu tous les six jours en fonction du symbole des douze animaux (nous y étions le jour du tigre). Ce sont des milliers de montagnards qui descendent à pied ou en moto de leur village de montagne pour rejoindre ce marché : Lolo noirs, Hmong, Dao rouges. Des scènes de vie de haute intensité. Vraiment c'est un des plus beaux marchés que nous ayons vus même s'il a fallu supporter les klaxons des motos qui voulaient se frayer un passage improbable au milieu de cette densité humaine et nous n'avons croisé que six voyageurs étrangers perdus au milieu de la foule. Nous sommes ici au summum du dépaysement !









Nous passerons la nuit à Bao Lac, à l’hôtel Thuy Duong situé au cœur de la ville. Nous y sommes accueillis comme si nous étions des invités. En effet, étant les seuls clients de la soirée, nos hôtes nous ont exceptionnellement ouvert leur cuisine privée et nos deux compagnons de route vietnamiens nous ont concocté un bon dîner.

4
oct

Ce matin, avant d'entreprendre la longue route vers le lac Ba Be, nous allons pour la dernière fois à la rencontre de la mosaïque ethnique du Vietnam sur le marché très animé de Bao Lac. Ce marché où se retrouvent les Hmong verts, les Lolo noirs et les Sanchi, a lieu tous les cinq jours, à savoir le 5, 10, 15, 20, 25, 30 du calendrier lunaire. Pour nous c’était le 30e jour du 8e mois du calendrier lunaire, soit le 4 octobre 2013.

On peut faire le calcul de la date en se reportant à ce tableau de conversion.






4
oct
Paysage lacustre sous la brume 


Peut-être l'étape de trop? J’ai pu lire sur une publication touristique que le site a été classé « parmi les vingt plus beaux du monde », reconnu en 1996 « comme vestige historique et culturel », et qu’il a un dossier de candidature pour être inscrit par l'UNESCO sur la liste Patrimoine mondial. On parle aussi à propos de ce lac de « la baie de Ha Long en montagne » : ce qualitatif est usurpé car, à nos yeux, le Lac Ba Be ne tient pas la comparaison avec les autres baies d'Along (la maritime et la terrestre) ! Sur le site web d’une agence de voyage j'ai même pu lire que « cette contrée sauvage et fantastique donne aux touristes l'impression d'avoir été transportés au paradis. ». Rien que ça ! Eh bien pour nous ce ne fut pas vraiment le paradis !

Certes c’est une contrée sauvage, entourée de montagnes, à la végétation tropicale luxuriante. On y aurait recensé un grand nombre d’espèces d'arbres et pas moins de 422 espèces animales, dont certaines inscrites dans le Livre Rouge du Vietnam qui concerne les espèces menacées. Mais nous n’avons pas vu le moindre animal, hormis des buffles et quasiment pas d’oiseau. Rien à voir avec d’autres sites tropicaux similaires. Certes les modestes chutes de Dau Dang sont jolies, mais ni plus ni moins que beaucoup d’autres…


La rivière Nang et le lac Ba Be 


Les chutes de Dau Dang 

Et puis plusieurs circonstances ne nous ont pas permis d’apprécier pleinement le lieu. D’abord cette brume de chaleur persistante et oppressante qui rendait le paysage illisible. Ensuite une certaine fatigue (y compris pour Vinh et Diêp) au dixième jour de notre circuit et après une route assez éprouvante de Bao Lac à Ba Be avec des tronçons défoncés. Une "croisière" sur le lac réduite à moins de deux heures aller-retour, avec de nombreux temps morts. Enfin et surtout de très mauvaises conditions d’hébergement chez l’habitant où nous sommes restés deux nuits : accueil minimaliste, chambre exigüe qui tient plutôt de la cellule, literie douteuse, manque de propreté et d'hygiène général, notamment dans les toilettes.

Notre maison d'hôtes au bord de la rivière 

Et pour couronner le tout, un déjeuner franchement mauvais dans une gargote au bord du lac. Ce qui tient lieu de cuisine est situé à deux pas des toilettes, des conditions d’hygiène déplorables et une attente interminable. Résultat : une sérieuse intoxication alimentaire pour Chantal qui n’a réussi à s'en débarrasser que deux semaines après notre retour ! Sans parler du coup de froid attrapé dans notre maison d’hôtes au bord de la rivière.

Un temple sur une île du lac 

Bref, ce parc national est survendu et ne mérite pas ses deux étoiles au guide Michelin. Ba Be fait partie avec Sapa, des deux sites que nous avons le moins aimés au Vietnam du Nord. Mais ne veux surtout pas dissuader celles ou ceux qui auraient le désir de s'y rendre, car cet avis est évidemment très subjectif, lié aux conditions particulières de notre séjour. Cela dit j'ai pu constater de visu que l'on peut être hébergé chez l'habitant dans de meilleures conditions. C'était le cas de la maison voisine de la nôtre, où nous devions initialement séjourner mais où il n'y avait plus de disponibilité. J'y ai jeté un œil et c'était nickel au niveau de la propreté!

Mais terminons par une note plus positive. Ayant renoncé à la visite de la grotte de Hua Ma prévue l’après-midi (trop chaud, et trop fatigués, et puis des grottes il y en a suffisamment chez nous), je décidai d’aller me balader tranquillement dans le village, tandis que Madame se reposait. Alors que je flânais, un autochtone en moto s’arrêta près de moi pour me signifier (au sens premier du mot puisque c'est par par signes que communiquions) que nous avions lui et moi le même appareil photo. En fait il s’agissait plutôt de la même marque. Il me montra quelques tirages de sa production et me demanda d’essayer mon appareil. Je le lui prêtai donc volontiers et, toujours assis sur sa moto, le voici en train de passer la courroie autour du cou et se mettre en quête du fonctionnement. Dans certains pays j’eus été méfiant, mais pas ici. Après quelques essais il me rendit mon appareil, puis nous sous sommes mutuellement pris en photo, avant de nous quitter. Une brève mais vraie rencontre, et des gestes comme seul langage commun.

Les seuls animaux rencontrés dans le parc national 


Séchage de la récolte 


Paysage lacustre au soleil couchant 
6
oct

A mi-chemin entre le lac Ba Be et Hanoi, une visite au musée d’ethnologie de Thai Nguyen s’impose. Installé dans une grande bâtisse dont architecture est un curieuse mélange de tradition vietnamienne et de style stalinien grandiloquent, il présente de nombreux objets (outils, instruments de musique, reconstitutions d’intérieurs, très beaux costumes, etc.), mais il est loin d’être aussi beau que celui d’Hanoï. Comme dans ce dernier, un espace de plein air conserve de belles maisons communes.

Ce musée est intéressant mais présente deux défauts. D’abord son agencement désuet, son aspect poussiéreux et son manque d’entretien. Ensuite ses heures d’ouverture peu pratiques, car il ferme entre 11h30 et 13h30. Nous ne sommes pas partis assez tôt du lac Ba Be, si bien que nous n’avons disposé que de trois quarts d’heure pour une visite partielle au pas de charge avant la fermeture car nous n’avons pas souhaité attendre l’après-midi avant notre retour à Hanoï.


Le khen, instrument à vent Hmong 


7
oct

Après cette boucle dans le Haut Tonkin, notre voyage va s’achever dans une ambiance totalement différente.

Dans partie sud du delta, les religions se côtoient. On y trouve à la fois d’anciennes pagodes bouddhiques et une surprenante « route de Rome » jalonnée d’églises, de basiliques néogothiques et même une cathédrale catholique. D'ailleurs notre guide, originaire de cette région, nous a dit qu'après nous avoir accompagnés, il allait y retourner pour un baptême et que dans sa jeunesse il avait été enfant de chœur

À proximité de Nam Dinh et à l’écart des circuits touristiques traditionnels, le temple de Den Tren posé au milieu des rizières et la très belle pagode de Pho Minh datant du XIVe siècle, sont d’un grand intérêt. Cette dernière s’élève sur treize étages dans un joli parc arboré au centre duquel se trouvent deux bassins en forme de demi-lune. L’atmosphère est pieuse et bon enfant et quelques pèlerins vietnamiens nous gratifient de chaleureux sourires.

À une trentaine de kilomètres au sud de Ninh Binh, nous découvrons l’étonnante synthèse architecturale du complexe catholique de la cathédrale de Phat Diem. L’architecture de cet imposant édifice construit à la fin de XIXe siècle puise dans le répertoire des pagodes et des palais impériaux. Ce serait à s’y méprendre s’il n’y avait pas les attributs du christianisme. Malheureusement elle est fermée quand nous y arrivons vers midi. Dans une des chapelles, nous avons pu remarquer la grande ferveur de la part des quelques fidèles, dans un immense silence. En chemin le pont couvert qui enjambe un canal mérite un petit arrêt. C’est un des quatre ponts couverts classés « Trésor national » au Vietnam avec ceux de Hoi An, Hué et Nam Dinh, mais nous n’avons pas eu le temps de voir ce dernier (la circulation est lente au Vietnam).

La Croix et les anges  voisinent avec un animal fantastique d'inspiration vietnamienne
8
oct
Le panorama depuis la pagode Hang Mua sur la rivière Ngo Dong et les pains de sucre karstiques 

Ayant commencé notre voyage par la baie d’Along, nous l’achevons par un merveilleux et reposant séjour au sein dans ce qu’il est convenu d’appeler la « baie d’Along terrestre », par analogie au célèbre site maritime du golfe du Tonkin. Les paysages sont en effet analogues, les cours d’eau remplaçant la mer, dans un environnement de pitons karstiques. Des paysages qui furent célébrés par la peinture classique chinoise.

Notre séjour à Emeralda Resort à Ninh Binh

Emeralda Resort 

Ce fut une heureuse surprise quand nous découvrîmes ce charmant établissement dont l'architecture s'inspire des pagodes et qui s'inscrit dans un superbe environnement. Nous y avons séjourné (seulement!) quatre jours et ce fut certainement, avec la jonque d'Indochina Junk, notre meilleure adresse au Vietnam. D'abord nous fûmes accueillis en personne par le manager général (un Français) qui nous a également salué à notre départ. D'une manière générale le personnel a été très charmant et aux petits soins. L'immense jardin de près de huit hectares est très bien entretenu, et il y a mille et un détails dans la décoration de bon goût qui ajoutent au charme de cet établissement. Les repas au restaurant étaient excellents. Il y avait un nouveau chef depuis peu de temps qui concoctait une délicieuse cuisine vietnamienne. On a dit que cet établissement est une usine à touristes. C'est vrai qu'il a une très grande capacité d'accueil, mais je peux dire que l'on a quasiment ni vu ni entendu les deux-cents jeunes vietnamiens venus en congrès, car les chambres sont disséminées dans la verdure de ce complexe.

On a pu dire aussi que l'hôtel est excentré. Par rapport à quoi ? Si c'est par rapport à l'hyper activité touristique de Tam Coc, c'est tant mieux, car la situation de l'Emeralda Resort lui garantit le calme. Par ailleurs, la proximité, à seulement quinze minutes à pied, de la réserve naturelle de Van Long, aussi belle mais plus tranquille que la rivière de Tam Coc ajoute à l’intérêt du lieu. En outre les habitants village voisin sont fort sympathiques et l'on y a fait de belles rencontres. Le seul problème que nous ayons eu, en fin de compte, est qu'il fallut quitter trop tôt Emeralda!

Notre programme de visites.

Nous avons loué par l'intermédiaire de l'hôtel, une voiture avec chauffeur pour faire chaque matin des excursions dans les environs et c'était parfait. L'après-midi nous profitions des installations de l'hôtel, notamment des piscines, pour nous reposer, d’autant qu’il a fait très chaud et nous ne voulions pas non plus être des touristes stakhanovistes. Donc nous n’avons certainement pas tout vu. Nous avons notamment renoncé à voir la nouvelle pagode démesurée et bétonnée de Bay Dinh, qui se veut la plus grande du monde, car nous n’apprécions pas nécessairement ce qui nous a paru relever du tape-à-l’œil et en tout cas sans rapport avec la philosophie du bouddhisme.

L’inévitable balade en barque sur la rivière à Tam Coc

Étant partis de bon matin, nous étions quasiment seuls à naviguer, si ce n’étaient quelques pêcheurs, sur la rivière qui déroule ses méandres sur trois kilomètres entre les pitons karstiques et se fraie un passage sous des voûtes calcaires. Ce n’est qu’au retour que nous avons croisé les premiers visiteurs, ainsi que les inévitables marchandes bien évidemment. Ce fut donc une balade enchanteresse et paisible. Notre rameuse qui avait des rudiments d’anglais fut fort sympathique. Bien sûr il y a eu un peu de pression pour nous vendre ceci ou cela et il fallut négocier ferme une broderie avec notre batelière ainsi que des photos-souvenirs, mais tout cela s’est fait dans la bonne humeur et chacun était content.

Les pagodes de Bich Dong et de Thai Vi

La première, dite « Grotte de Jade » est un temple semi-troglodytique à flanc de paroi. La seconde dresse sa tour de la Cloche dans un cadre naturel enchanteur. Nous y avons rencontré le célèbre Monsieur Thim à qui nous avons négocié un dân nhi artisanal de sa fabrication (l’équivalent du erhu chinois, instrument à deux cordes).


La pagode de Bich Dong 

La pagode de Thai Vi  et sa tour de la Cloche. 

La pagode de Hang Mua

Cette pagode que nous avons aperçue la veille depuis notre barque est perchée en haut d’un piton et accessible par ses 450 marches. Autant dire qu’il fallut partir tôt le matin, à la fraîche. À mon avis c’est un des plus beaux sites de la baie d’Along terrestre qu’il ne pas manquer par beau temps, et l’effort pour y parvenir est largement récompensé par le magnifique panorama dispensé de la terrasse sommitale.

L’ancienne capitale Hoa Lu

La citadelle de Hoa Lu en partie en ruine conserve encore quelques beaux temples, notamment le magnifique den Dinh, dédié à l'empereur Dinh Tien Hoang, richement et finement décoré. C’est un des plus beaux que nous ayons vus au Vietnam. A proximité se trouve un paisible village au bord de l’eau, au milieu des pitons karstiques. En revanche nous aurions pu nous éviter la peine de monter au sommet du mont Ma Yen d’où la vue est médiocre. L’endroit est très touristique et nous avons regretté le comportement de certains touristes, comme le fait d’entrer dans les temples avec un short au ras des fesses !

Le temple den Dinh  
L'intérieur du temple den Dinh abrite la statue de Llempereur Dinh Tien Hoang 


La réserve naturelle de Van Long

La réserve est accessible à pied depuis notre hôtel, après avoir traversé le village. L’occasion d'observer quelques scènes de la vie rurale, comme le vannage de la récolte que l'on étale à même la chaussée. La promenade en barque dans la réserve naturelle, au milieu des nénuphars et des roseaux où seuls se trouvaient quelques pêcheurs, fut un enchantement et ce malgré le temps couvert et brumeux. Nous avons vécu deux heures de sérénité et de plénitude en compagnie de notre très jeune batelière.



La baie d’Ha Long terrestre fait partie, à mon avis, des hauts lieux touristiques du Vietnam du Nord et même du pays tout entier. Les paysages sont magnifiques et font penser aux estampes des peintres classiques de la Chine ancienne. Mais tout n’est pas beau. On peut regretter un certain nombre d’aménagements qui défigurent le site, comme cette cimenterie située tout près de la réserve et dont le matériau provient de pitons démantelé, ou encore les aménagements bétonnés qui progressent... Et pourtant le complexe paysager de Tràng An est inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO !

13
oct

Hanoï est une ville éreintante, surtout quand le temps est chaud et humide. Le dernier jour, Chantal ayant préféré se reposer, c’est seul que j’ai arpenté la ville, de l’opéra près duquel est situé notre hôtel, jusqu’au lac de l’Ouest en passant par la cathédrale, le temple de la Littérature, le musée des Beaux Arts et la place Ba Dinh. Une grande randonnée urbaine en quelque sorte ! Mais, épuisé, je suis revenu en taxi ! Si l’on aime le grandiloquent, les espaces verts hyper-soignés (une fois n’est pas coutume !) et les uniformes de toutes couleurs, on peut pousser jusqu’à la place Ba Dinh, sinon ou peut passer son chemin… Quant au lac de l’Ouest, quartier préféré des expatriés, il y avait tellement de circulation sur la digue que je n’ai pas eu le courage de poursuivre au-delà du temple de Quan Than. Mais ce ne fut qu’un temple de plus, parmi les nombreux autres visités auparavant.

Hanoï Colonial


L'opéra 
L'ancien palais du Tonkin, aujourd'hui bâtiment officiel pour les réceptions 


La cathédrale

Le Musée d’histoire

Ce bel édifice colonial abrite de beaux objets. Nous avons été accueillis par une petite mais exquise exposition temporaire de bijoux d’époque Cham, la plupart en or. Le musée abrite de belles collections, notamment des tambours de bronze très anciens. Malheureusement, ce musée présente deux inconvénients : les collections sont très mal présentées dans des vitrines vieillottes et il est difficile de s’y retrouver. La climatisation est telle que les salles sont glaciales et que nous avons dû fuir le lieu. Cela a certainement dû contribuer à la trachéite que nous avons subie par la suite.

Le Musée des Beaux Arts

Contrairement au précédent, ce petit musée est fort bien aménagé et conserve de très belles œuvres superbement présentées, notamment la statue de la princesse Le Thi Ngoc Du Yen en bois laqué, provenant de la pagode de But Thap. Le premier étage est consacré à la peinture vietnamienne contemporaine. Ne pas manquer de faire un tour à la boutique qui offre des œuvres d’artistes locaux à des prix abordables (et affichés).

Le temple de la Littérature.

C’est un des « incontournables » de Hanoï, et c’est vrai que le lieu est très beau, très propre et très bien entretenu et pour une fois les bonsaïs sont à peu près bien taillés. C’est à souligner. C’est aussi un lieu chargé d’histoire. Mais comme c’est un lieu incontournable, évidemment il y avait des cars de touristes à proximité et en ce milieu de matinée, j'étais entouré… Il faut donc y arriver tôt le matin.


La pagode du Pilier unique et le pavillon d'entrée du temple de Quan Than 
13
oct

Le 4 octobre, nous apprenions la mort de Võ Nguyên Giáp à l'hôpital militaire central de Hanoï où il était hospitalisé depuis 2009. Il avait 102 ans. Chef de l’Armée populaire vietnamienne pendant la guerre d’Indochine et ministre de la défense du Nord Vietnam durant la guerre du Vietnam, il est le seul général ayant vaincu à la fois l'armée française et l'armée américaine au cours de sa vie. Des funérailles nationales doivent avoir lieu les 12 et 13 octobre et c’est aujourd’hui que le convoi funèbre doit conduire sa dépouille vers l’aéroport Noi Bais, pour l’inhumation dans sa province natale. Or c’est à la même heure que nous devons prendre notre avion. Madame Le Thu Huong s’est donc démenée pour nous trouver un taxi dans les meilleures conditions pour nous transférer vers l’aéroport, alors que le trajet s’annonçait chaotique, avec une foule massée tout au long de celui-ci, pour rendre un dernier hommage à son héros national. En effet, le général Giap était très populaire. Il nous a été rapporté que lui au moins, il n'était pas corrompu comme tous ces politiciens !

Quel bilan ?

Le Vietnam est une destination très dépaysante. Nous avons été séduits par ce pays pour diverses raisons.

En premier lieu le Vietnam est un pays de culture millénaire et il est intéressant de découvrir des lieux chargés d'histoire et imprégnés d'influence chinoise, comme la pagode de But Thap, le temple de la Littérature ou les musées de Hanoï. Le Vietnam par sa géologie offre des paysages uniques : pitons karstiques de la région de Dong Van, de la Baie d'Along ou la baie d'Along « Terrestre ». Mais aussi par le travail des hommes qui ont inlassablement sculpté les montagnes pour créer ces splendides rizières en terrasses qui sont sur leur trente-et-un en cette saison.

Le Vietnam est un musée vivant des activités humaines, notamment rurales, dont nous avons perdu la mémoire : artisanat de toutes sortes : vannerie, travail du bambou, poterie, sculptures, estampes, soieries, laques, etc. (chaque village a d'ailleurs sa spécialité) ; travaux des champs ; scènes de la vie rurale en tout genre (par exemple la vision de canards par milliers dans la campagne est quelque chose d'assez inédit pour nous). Les Vietnamiens semblent être toujours à la tâche, et ceci très tôt le matin.

Par ailleurs le Vietnam est un pays multiethnique, ce qui donne au pays une richesse supplémentaire.


Toutefois il y a bien sûr quelques nuisances, la première étant la circulation infernale et le bruit omniprésent, surtout à Hanoï. Le comportement des millions de motocyclistes méprisant les piétons et klaxonnant à tout va est insupportable. Au Laos, où nous avons poursuivi le voyage, nous avons été surpris par le calme et la relative discipline des conducteurs.

L'autre nuisance est la crasse omniprésente et les mauvaises conditions d'hygiène, mais ce n'est pas spécifique au Vietnam. Toutefois, on peut accepter d'être logé dans des conditions sommaires dans des lieux reculés, sans pour autant devoir dormir dans des draps crasseux, des couvertures puantes ou des toilettes qui n'ont pas vu un détergent depuis des lustres. Un minimum de respect pour l'hôte s'impose. Quoiqu’il en soit, nous avons terminé ce voyage, tous deux malades, notamment par intoxication alimentaire.

Le pire, ce furent sans doute les gargotes de bord de route au cours de notre boucle en montagne, mais nous étions prévenus. En effet notre guide nous avait briefé à ce sujet en nous demandant une capacité d’adaptation. Ce que nous fîmes de bonne grâce, mais pas nos organismes. Nous avons décidé d’être végétariens au vu des conditions de conservation de la viande. Il faut reconnaître à notre guide l’attention qu’il a portée à ce problème et sa faculté d’adaptation à nos désirs. Par exemple à Hoang Su Phi, il était prévu de déjeuner sur place après la visite du marché. Il a préféré redescendre à Pan Hou Village, sachant que nous nous y avions apprécié la restauration. La photo ci-dessus montre les préparatifs en vue d'un banquet (si, si !). À droite de l'image, au niveau du bidon jaune, se trouve la porte des... toilettes!

L’impression générale reste que ce fut un voyage formidable. Les beaux paysages, les couleurs sur les marchés, les sourires, la gentillesse, finissent par effacer les petits inconvénients. Et cette gentillesse quasi universelle des Vietnamiennes et des Vietnamiens nous a incités à revenir dans ce pays, ce qui fut fait deux ans plus tard, dans le sud, et notre avis n'a pas changé à cet égard (malgré les motos !).


La suite de ce voyage dans un prochain carnet:

Une semaine à Luang Prabang (Laos)