De l'océan Pacifique au lac Titicaca

Troisième volet de notre périple andin. Un itinéraire à saute-frontières et en altitude entre trois pays d’Amérique du sud, par la capitale et le lac navigable les plus hauts du monde.
Du 10 au 21 novembre 2014
12 jours
10
nov

Après Arequipa et le canyon du Colca au Pérou, nous poursuivons notre voyage par une incursion vers deux deux pays andins voisins: le Chili et la Bolivie. C'est donc en quelque sorte un itinéraire à « saute-frontières ».

Trois frontières à franchir, et ici en Amérique du Sud, nous sommes à des années-lumière de l’espace Schengen ! Pourtant ce sont des pays qui ont une langue, une histoire, une culture, une religion communes ! Pourtant ces trois États sont associés au MERCOSUR, le « Marché commun d’Amérique du sud ». Malgré tout, les frontières sur ce continent sont bel et bien des réalités tangibles. Et si les frontières se passent assez facilement et sans visa pour le touriste lambda ressortissant de l’Union européenne, avec paperasses à remplir et tampons sur le passeport, il n’en est rien pour les chauffeurs de camions, boliviens pour la plupart, qui doivent patienter plusieurs jours, nous a-t-on dit, aux deux postes-frontière entre le Chili et la Bolivie. Ce sont de longues files de camions qui s’étirent sur un voire deux kilomètres avant la frontière.

Le trafic routier sur la ruta 11 entre la Bolivie et le port d'Arica

Bien entendu, pas de monnaie commune, pas d’euro à l’Américaine, mais des sols, des pesos et des bolivianos, et à chaque fois, le casse-tête des conversions. Je me suis même empêtré avec les zéros en retirant des pesos chiliens dans un distributeur. J’avais demandé 10 000 pesos, pensant avoir une grosse somme. En réalité, ils ont été dépensés en une soirée.

Mais le particularisme national ne s’arrête pas là ! À chaque pays, son heure légale. On peut admettre que le Pérou qui n’est pas situé sur le même fuseau horaire ait une heure de retard. Mais si le Chili applique l’heure d’été, ce n'est pas le cas des autres ! On perd donc deux heures en passant du Pérou au Chili, on en gagne une en passant du Chili à la Bolivie puis une autre en retournant au Pérou. En dix jours, nous avons changé trois fois d’heure ! On arrive donc à cette aberration où la ville d'Arica située pourtant à l’ouest de La Paz a une heure d’avance sur cette dernière et le soleil s’y couche donc une heure plus tôt !

La question des frontières n’est pas sans poser de problèmes logistiques pour le voyageur. En effet les véhicules immatriculés dans un pays ne peuvent circuler librement dans les pays voisins. Nous en ferons l’expérience au poste-frontière chilien de Chungara situé à 4 600 mètres d’altitude, sur la route reliant Arica à La Paz. Donc louer un véhicule dans un pays suppose, outre des formalités particulières pour le faire franchir une frontière, un retour dans ce même pays, ce qui est impossible dans le cadre de notre citcuit. Par ailleurs cet itinéraire se trouve dans des zones isolées, hors des circuits traditionnels et sans transports en commun. Nous avons donc dû faire appel aux services de prestataires locaux, afin de disposer de véhicules avec chauffeur, pour avoir plus de liberté dans notre périple.

Pour la partie chilienne, nous avons eu recours aux services de Terrace Lodge à Putre, où nous avons passé trois nuits, qui propose diverses excursions à la journée dans l'altiplano. Pour la partie bolivienne, nous avons sollicité les services de chauffeurs auprès d’une agence francophone basée à La Paz, spécialisée dans les trekkings andins : Thaki Voyages. Je n’ai que des éloges à faire sur cette agence tant pour son sérieux que pour son efficacité, surtout quand il a fallu gérer la délicate question du changement de véhicules et de chauffeurs à la frontière.


Le poste frontière du col de Chungara entre le Chili et la Bolivie à 4 600 mètres d'altitude 

Et qu’avons-nous fait dans ces contrées désolées et isolées ?

Madame : « prendre son pied » dans un lac salé de l’altiplano

Monsieur : se faire une petite copine aymara, médusée par l'écran.

Albergue Ecoturistico de Tomarapi  (parc national de Sajama)

Se faire mater par la faune locale.

Et payer les taxes spéciales gringo, comme il se doit !

Sentier de randonnée à péage sur l'île du Soleil au lac Titicaca 

D'Arequipa à Tacna, nous avons pris un bus de la compagnie Moquegua. Voyage impeccable (si l'on fait abstraction de l'affligeante production nord-américaine diffusée sur un écran), avec un court arrêt à Moquegua et 6h30 de route. Superbes paysages désertiques tout le long du trajet. Du terminal de Tacna, un taxi nous a conduits en moins d’une heure jusqu'à Arica, le chauffeur nous ayant facilité les formalités aux services d'immigration des deux postes-frontières où nous avançons nos montres de deux heures. Enfin, après quelques péripéties, un second taxi nous amène jusqu’à notre hôtel situé près du centre. Le soleil va bientôt se coucher et Chantal, souffrante, est heureuse de faire de même.


11
nov
Arica et son port 

Arica est la ville la plus septentrionale du Chili, à 20 km de la frontière péruvienne, plantée dans le désert le plus aride au monde, le désert d'Atacama, qui regorge de richesses minières très convoitées. Ce fut une des raisons de la guerre du Pacifique (1879-1884) qui opposa le Chili au Pérou et à la Bolivie. Ce n'est donc qu'à la fin du XIXe siècle que cette région devint chilienne au détriment du Pérou. Arica est un port de conteneurs, essentiellement tourné vers la Bolivie (80% du trafic), depuis que celle-ci a perdu son accès à l'océan après la guerre du Pacifique. C'est aussi une station balnéaire du fait de ses plages et de son ensoleillement important toute l'année.

Le lendemain, Chantal n’étant pas rétablie, a dû garder la chambre. C'est seul que j'ai arpenté la ville par grand beau temps. Cette ville de 200 000 habitants n'a pas de charme particulier, et il n'y a pas grand-chose à voir. En revanche il y règne une bonne ambiance et il est agréable d'y flâner, notamment sur le front de mer, face à l'Océan Pacifique. Le centre est très animé, notamment tout le long de la Calle 21 de Mayo qui descend doucement vers le port, une rue très commerçante et piétonnière. De nombreux restaurants où l'on mange très bien pour un prix modique et des chanteurs de rue participent de cette l'animation. Atmosphère bon enfant et sympathique.

Les curiosités touristiques ne sont pas légion et j'en aurai vite fait le tour. Le monument le plus curieux est l'étonnante église San Marco, construite entièrement en fer dans un style néogothique, les éléments métalliques ayant été fondus à Paris puis expédiés par bateau. Datant de 1870 elle est l'œuvre de l'ingénieur français qui construira la célèbre tour métallique parisienne, Gustave Eiffel. La fontaine de la place devant l'église est également de lui.


L'autre monument ancien d'Arica est l'ancienne douane dont les poutrelles métalliques ont aussi été fabriquées à Paris. Elle a été restaurée et aménagée en Maison de la Culture, paraît-il, mais m'a semblé à l'abandon.

Le Morro de Arica et  l'ancienne douane

Je me suis aussi baladé le long du front de mer en direction de l'Avenida Commandante San Martin et de l'île El Alacrán qui est reliée par une digue à la terre ferme. C'est une agréable promenade. On peut admirer les cormorans se faisant sécher les ailes, le vol des pélicans au loin et les rouleaux qui s'abattent avec fracas sur les rochers. Ces vagues font le bonheur des surfeurs.


Le Chili qui fait partie de la "ceinture de feu" du Pacifique est un pays soumis sévèrement au risque sismique 

Il faut absolument monter au Morro de Arica, par un raidillon au bout de la calle Colón. Cet imposant rocher de couleur ocre jaune qui domine la ville d'une centaine de mètres offre de son sommet une très belle vue sur Arica, ses ports de commerce et de pêche et sur le Pacifique. C'est au coucher de soleil qu'il faut y être. Cette butte fut le théâtre d'une âpre bataille entre les forces chiliennes et péruviennes au cours de la guerre du Pacifique, le 7 juin 1880. Pour les Chiliens ce fut une éclatante victoire qui leur permit d'annexer les territoires du Norte Grande aux dépens des Péruviens et des Boliviens. Un gigantesque Christ en bronze, le Cristo de la Concordia, est supposé symboliser la paix entre le Chili et le Pérou, stipulée par le traité de 1929. Vraiment ?

Difficile à croire en effet après avoir visité, à mon corps défendant, le Museo Histórico y de Armas. Je n'avais pas l'intention de le voir, mais comme j'étais sur place et qu'il était ouvert, je suis entré (j'ai même eu droit à une réduction pour seniors !). C'est l'histoire vue par la lorgnette chilienne, ou plutôt par celle, très étriquée, des militaires chiliens. On y montre des uniformes, des armes bien évidemment, des documents à la gloire des héroïques combattants, le tout très poussiéreux. Des plaques commémoratives, notamment celles du centenaire, sont signées Pinochet... Comme les vitrines, l'historiographie est également poussiéreuse : il n'y a dans les statistiques des morts et blessés que des militaires chiliens. Rien sur les civils, ni sur les adversaires, ni sur les conditions sanitaires. C'est donc un hymne au nationalisme le plus archaïque qui soit, où l'on se rend compte que l'armée chilienne reste une institution puissante dans ce pays. Et quand on sait que ces territoires sont encore revendiqués par les pays voisins, on fait peut-être bien de se tourner vers le Cristo de la Concordia, même si l'on n'est pas croyant. Les frontières ont encore de beaux jours devant elles !

La ville et le port d'Arica vus  depuis le Morro. 
12
nov

Chantal étant remise sur pieds après un bon repos, nous partons en direction de Putre où nous séjournerons trois jours. C’est Flavio qui, comme convenu, vient nous prendre en charge dans la matinée à notre hôtel avec son 4x4. Il a profité de ce transfert pour faire des provisions au marché ainsi que le plein de gazole car il n’y a aucune possibilité de ravitaillement à Putre. Flavio est italien et polyglotte, très rapidement la conversation s'engage en français ; il nous parle de son expérience chilienne à Putre où il s'est installé avec son épouse pour ouvrir ses chambres d'hôtes de Terrace Lodge.

Nous prenons rapidement la direction de la vallée d'Azapa. Un premier arrêt a lieu à proximité des géoglyphes d'Atoca, moins connus que les Gigante de Lluta. Ce sont des motifs précolombiens tracés avec des pierres sur les versants sablonneux de la vallée et dont la signification reste énigmatique (caravanes de lamas, figures anthropomorphes, condors), mais qui prouvent que cette route était fréquentée depuis longtemps. On en dénombrerait 6 000 dans la région.

À 13 km d'Arica nous visitons le Museo ArqueológicoSan Miguel de Azapa. La première partie de ce musée est une succession de salles avec des vitrines montrant de manière chronologique la succession des civilisations qui ont vécu depuis plusieurs millénaires dans la région. Malheureusement ces vitrines sont très mal éclairées et poussiéreuses. Cette section a un intérêt très limité, malgré la qualité de certains objets, mais très mal mis en valeur. En revanche la seconde partie du musée, dans un bâtiment annexe moderne est beaucoup plus intéressante, avec une muséographie de bonne qualité. Cette section montre les fameuses momies de la culture Chinchorro vieilles de 10 000 ans, les plus anciennes connues. Mais nous avons préféré les salles qui ont trait à la vie quotidienne de cette civilisation. Les objets très bien conservés y sont superbement présentés.

Flavio nous emmène ensuite chez Maria Theresa qui a créé un jardin tropical très inattendu dans cette zone désertique : le Sanctuario de los Picaflores (sanctuaire des colibris). Nous voici donc à la recherche de ces minuscules oiseaux. Nous en trouverons effectivement, malgré la chaleur qui s’intensifie en ce milieu de journée, puis nous dégusterons un excellent jus de fruit naturel préparé par la maison. Le lieu manque toutefois d'entretien et c'est un peu un joyeux bric-à-brac, la propriétaire des lieux ayant quelque peu l'âme d'une artiste.

Nous reprenons la route et traversons un plateau en direction de la vallée de Lluta et de la ruta 11. Le paysage est incroyablement aride. Même au cœur du Sahara, on peut rencontrer ici et là un arbuste ou de maigres touffes de végétation que les bédouins appellent "pâturages". Ici, rien, pas une brindille, pas la moindre forme de vie ! Les seuls espaces de verdure sont les fonds de vallée irrigués. En effet les techniques de l'irrigation adoptées par la culture Tihuanaca sont très anciennes, l'eau venant de la montagne.

Un court arrêt à Pocochile nous permet de voir l'église coloniale récemment restaurée, qui fait partie de la Ruta de las Misiones. Puis nous entamons sérieusement la rude montée en lacets de la "ruta del Desierto" vers la pré-cordillère, et gagnons rapidement de l’altitude. Mais nous sommes déjà bien acclimatés depuis le Pérou. Nous croisons de nombreux camions, essentiellement boliviens, qui font le trajet de La Paz au port d'Arica.

Après un bref déjeuner d'empanadas nous poursuivons notre route. Avec l'altitude, le paysage devient moins aride et la végétation commence à faire son apparition : on y voit les fameux cactus candélabres, assez chétifs et fort peu photogéniques (dans le Nord-Ouest argentin ils sont beaucoup plus beaux). Leur croissance est très lente et leur floraison éphémère. Leur bois très dur sert de matériau de construction. L'eau est donc désormais présente, du fait des précipitations estivales.

Avertissement !

Il est fortement déconseillé, si l'on n'est pas encore acclimaté à l'altitude de faire d’une traite le trajet d'Arica au Parc National de Lauca, soit 4 500 mètres de dénivelé ! Il faut soigner l'acclimatation et passer au préalable au moins une nuit, voire deux à Putre (à 3 500 mètres d'altitude tout de même ! Quelques règles d’or : boire abondamment, éviter l’effort, manger léger et évidemment s’abstenir d’alcool.

Arrivés à la Pukará de Copaquilla, une petite balade à pied nous permet de découvrir les modestes restes de cette fortification précolombienne. Le paysage alentour est grandiose et magnifique en cette fin d'après-midi quand la lumière se fait plus chaude.

Un petit détour par le village de Socoroma et sa très belle église coloniale aux toits de chaume, elle aussi restaurée dans le cadre du programme de la Ruta de las Misiones.

Vers 16 heures nous arrivons au village de Putre et sommes accueillis par Patrizia, l'épouse de Flavio à Terrace Lodge. Le lieu est superbe et les chambres confortables, très propres et très fonctionnelles. Rien ne manque. C'est un lodge qui a été pensé et aménagé avec beaucoup de goût.

Le village de Putre n'a pas beaucoup de charme. Ce gros bourg doté de petits commerces, de boutiques artisanales et de restaurants est une bonne base pour les magnifiques excursions aux alentours. Le soir, dîner au populaire restaurant Rosamel : un menu unique et une cuisine simple.

13
nov

Ce matin-là le 4x4 de Flavio ne démarre pas et c’est Oriols qui nous emmènera avec son véhicule vers les confins septentrionaux du pays, à proximité des frontières du Pérou et de la Bolivie, pour découvrir deux sites superbes très peu fréquentés et complétement isolés. Cette région n'est pas très éloignée de la Laguna de las Salinas au Pérou, où nous étions une semaine auparavant. Une route de ripio (gravillons) grimpe progressivement, contournant le Nevado de Putre, jusqu’à un col plus élevé que le Mont Blanc (4 850 m). La vue sur les volcans alentour est très étendue, les paysages sont sauvages et splendides ! Nous retrouvons le Llareta (Azorela Compacta), cette végétation spécifique de l’altiplano. Des troupeaux de vigognes farouches, dont la robe de couleur ocre se confond avec le milieu ambiant (une manière de se protéger des prédateurs), détalent dès que l’on s’arrête pour les prendre en photo.

Le "llareta"  (Azorela Compacta)



Vigognes 

La piste descend ensuite doucement pour s’enfoncer subitement au fond de la Quebrada de Allane. Ce petit canyon qui s’étire sur une douzaine de kilomètres, nous a rappelé les paysages colorés des Valles Calchaquíes dans le Nord-Ouest argentin. Le rio Allane est un affluent du fleuve Lluta qui va se jeter directement dans l’Océan Pacifique un peu au nord d’Arica. Oriols qui ne parle qu’espagnol, tente de nous expliquer la physionomie des lieux et je fais des efforts pour tenter de le comprendre : il nous fait notamment remarquer qu’à la confluence des rios Allane / Lluta, les eaux sont de couleur différente : eau douce d’un côté, eau de couleur laiteuse et saline de l’autre, à cause des produits volcaniques charriés par la rivière.



La con!uence Lluta/Allane 


Nous rebroussons chemin, remontons sur le plateau en direction du minuscule village, très isolé de Colpitas qui dispose malgré tout d’une école, un bâtiment moderne qui tranche avec les pauvres maisons d’adobe. De là nous commençons à apercevoir au loin le rougeoiement du Cerro de Colores qui domine le site de Suriplaza. Le paysage devient plus riant dans la traversée d’un bofedal (une zone humide) suivi d’une vallée verdoyante on paissent tranquillement lamas et alpagas. Le paysage est magnifique, mais nous n’avons encore rien vu ! À une douzaine de km de Colpitas, on atteint enfin le site caché de Suriplaza, et alors se dévoile subitement un spectacle de toute beauté, une vraie palette de peintre ! Nous sommes à 5 000 mètres d’altitude ; l’ascension du sommet qui demande environ une heure et demie, mais nous sous contenterons d’une modeste balade au pied de la montagne.

Une zone humide (bofedale). Au loin se détachent les rougeoiements du Cerro de Colores


Des vigognes  profitent d'une zone humide.


Suriplaza 



Retour à Putre par le même itinéraire. En cours de route se dévoile le volcan Parinacota, lequel sera une sorte d’amer pour les prochains jours. Ce fut une de nos plus belles journées du voyage.

Le volcan Parinacota ( 6 348 mètres) 
14
nov

Départ de bon matin pour cette très longue « expédition » de 300 km aller et retour sur l’altiplano. Objectifs : la Reserva Nacional Las Vicuñas et le Salar de Surire. C’est de nouveau Oriols qui nous emmène, mais cette fois-ci nous partageons la voiture avec un couple d’Espagnols. Évidemment, la conversation s’engage essentiellement entre notre chauffeur et nos compagnons de route d’un jour et, ne maitrisant pas la langue de Cervantès, nous sommes de facto un peu tenus à l’écart des échanges verbaux. Cela dit, Oriols est très sympathique, a beaucoup d’humour et nous nous envoie des « chicos ! » amicaux à chaque arrêt et au moment de repartir.

Il fait très beau mais le vent se lève, et je remarque des nuages inquiétants sur les crêtes frontalières qui n’annoncent rien de bon du côté bolivien. Les paysages sont grandioses, dominés par les volcans dont les sommets se profilent à l’horizon, notamment le Parinacota et le Pomerape. De nombreux camions génèrent beaucoup de poussière et rendent la progression lente, car il faut parfois s’arrêter pour les croiser (sur un tronçon, j’en ai compté un toutes les deux minutes !). Ceux-ci transportent le borax extrait du salar de Surire par la compagnie minière "Quiborax". Voilà qui gâche sérieusement le côté nature sauvage de cette excursion.

Le volcan Parinacota 

La Reserva Nacional Las Vicuñas

Après avoir franchi le rio Lauca, nous pénétrons dans la Reserva Nacional Las Vicuñas (réserve nationale des vigognes). Un grand nombre d’animaux sauvages croise notre route : lamas, alpagas, vigognes, guanacos, nandous, viscaches, oies des Andes, perdrix, rapaces… Les vigognes sont particulièrement nombreuses. En effet cette réserve de 200 000 ha a été créée en 1983 dans cet espace très peu peuplé, afin de protéger la Vigogne dont les effectifs baissaient dangereusement. Ils sont remontés à 200 000aujourd’hui. C’est donc une réussite.


À propos des Camélidés d'Amérique

Le Lama et les espèces du même genre, caractéristiques des pays andins, appartiennent à la même famille que leurs « cousins » d’Afrique et d’Asie, le Dromadaire et le Chameau. On peut distinguer deux groupes : les espèces domestiquées, le Lamas et l’Alpaga et les espèces restées à l’état sauvage, la Vigogne et le Guanaco.

Le Lama (Lama glama ; espagnol : Llama – origine quechua). C’est le plus grand des Camélidés d’Amérique. Il se caractérise par ses longues oreilles, sa toison longue et épaisse et une robe aux couleurs vairées. Il est domestiqué depuis cinq millénaires comme bête de somme et pour sa viande.

L’Alpaga (Vicugna Pacos, espagnol : Alpaca - origine quechua). Beaucoup plus petit que Lama. Il est plus trapu et sa toison beaucoup plus drue ; ses oreilles sont pointues. Dérivé de la Vigogne, il est domestiqué depuis quatre millénaires pour sa viande et sa laine.

La Vigogne (Vicugna vicugna, espagnol Vicuña). C’est la plus petite espèce. Elle se caractérise par son allure svelte, son cou allongé, sa robe rousse et blanchâtre sur le ventre. Sa toison particulièrement fine est recherchée pour la qualité de sa laine, ce qui explique les mesures de protection à l’égard de cet animal dont les effectifs ont dangereusement chuté à cause de la chasse.

Le Guanaco (Lama glanicoe) est une espèce sauvage. Comme la Vigogne sa robe est rousse et blanchâtre sur le ventre, mais il s’en distingue par sa plus grande taille et sa tête noire. Moins présent sur l’altiplano que la Vigogne, l’espèce est également protégée.

Nous approchons du volcan Guallatiri (6 063 m) qui émet quelques fumerolles et qui domine le village éponyme. Peu avant ce dernier nous faisons un petit détour en direction d’Uncaliri, minuscule hameau perdu au milieu de l’immensité désertique, à proximité d’un bofedal. En fait, le lieu se résume à quelques pauvres masures au toit de chaume qui se pressent autour d’une modeste église.



Le Salar de Surire

Nous arrivons enfin en vue du salar de Surire, le but de cette excursion. Avec ses modestes 11 300 hectares, ce n’est certes pas le salar d’Uyuni, ni même les salares de la puna argentine (Salinas Grande, Arizaro, Antofalla), mais le paysage n’en demeure pas moins superbe.

Bien que la zone soit classée en Monumento Natural et donc protégée, la dictature militaire octroya en 1989 pas moins de 40% de la réserve à la société Quiborax. Un sérieux coup de canif à la Nature ! Notre gentil chauffeur nous explique que l’activité minière cesse une partie de l’année entre décembre et avril… et précise que c’est une mesure de protection du milieu. Je lui fais alors remarquer que c’est aussi la saison des pluies et que l’extraction n’est pas possible ! Il n’a pas contesté cette raison beaucoup plus pragmatique et que des velléités environnementales !

La vedette ici c’est le Flamant, décliné en trois sous-espèces, dont le Flamant de James, (Phoenicoparrus jamesi) qui est sédentaire. Quant aux deux autres j’ai oublié leur nom ! Nous avons eu aussi la chance de voir le Nandou de Darwin (Rhea pennata) avec ses petits, une espèce voisine de l’Autruche.

Oriols stationne son véhicule sur une aire d’observation de la vie sur le plan d’eau salé, puis il nous invite à un copieux pique-nique qu’il avait préparé ! Après quoi nous faisons le tour du salar en passant par des bains thermaux de Polloquere. Nos compagnons et notre chauffeur se prélassent tranquillement dans l’eau chaude. C’est tentant, mais le lieu étant très venté et nous-mêmes pas en grande forme, nous ne tenterons pas le diable et nous nous abstiendrons.

Autour du refuge de la CONAF (Corporación Nacional Forestal) qui gère les parcs et réserves, une dizaine de viscaches apprivoisées viennent à notre rencontre pour quémander quelque nourriture. Une occasion de faire des photos faciles d’autant plus que la lumière est très belle en cette fin d’après-midi.

Deux espèces protégées: la Viscache et le Queñoa (Polylepis rugulosa) 

La longue route du retour se fera par le même itinéraire, en repassant par Guallatiri dont l’église coloniale fut récemment reconstruite, suite à un séisme. Au niveau de la route internationale (ruta 11) apparaissent au loin le couple de volcans Parinacota et Pomerape que nous approcherons le lendemain. Au total, une grosse journée de onze heures qui nous a permis de découvrir les paysages éblouissants de l’altiplano chilien.


Guallatiri 
Le volcan Guallatiri (6 071 m)
Les volcans Parinacota et Pomerape (Parc National Lauca) 
15
nov

Ce matin, nous prenons congé de Flavio et partons de nouveau avec Oriols, en direction du Parc National de Lauca, puis de la frontière, où un chauffeur bolivien de Thaki Voyages, devrait nous prendre en charge. Sur ce tronçon, la ruta 11 est dans un très mauvais état et notre chauffeur doit louvoyer pour éviter les nids de poules, ou plutôt nids de nandous, tellement ils sont béants. Ce sont les camions qui dégradent la route qui ne supporte pas les périodes de gel et dégel. Quand je demande à Oriols si les poids lourds boliviens, qui sont les plus nombreux à emprunter cette route, paient une redevance ; il me répond que non. J’obtiendrai un tout autre son de cloche de l’autre côté de la frontière !


Le Parc National de Lauca, considéré comme le joyau de l’altiplano, a été créé en 1970 et doit son nom au fait que le Rio Lauca y prend sa source. Depuis 1981 il est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO et classé Réserve Mondiale de la Biosphère. À l’entrée du parc, le site Las Cuevas doit son nom à la présence d’une grotte ayant servi d’abri à des chasseurs il y a environ 5 000 ans. Un petit parcours pédestre d’une demi-heure au milieu d’un grand bofedal verdoyant et très humide, nous permet de contempler canards, foulques, oies des Andes et viscaches qui viennent se désaltérer ou qui prennent le soleil sur les rochers dominant le site.


Après avoir traversé le rio Lauca, nous nous dirigeons vers le village de Parinacota que dominent de plus de 6 000 mètres le volcan éponyme et son acolyte le Pomerape. Les paysages sont grandioses et magnifiques. De grands troupeaux de lamas et d’alpagas paissent dans les prairies vert émeraude des bofedales.



Les volcans Parinacota  (6 348 m) et  Pomerape (6 222 m)

Parinacota est un petit village aymara constitué de maisons d’adobe blanchies à la chaux. Son principal intérêt est sa belle église coloniale au toit de chaume, au milieu d’un enclos.

Au mirador de la Laguna Cotacotani, vue superbe sur les eaux d’un blanc laiteux de cette lagune peu profonde, encadrée par les somptueux volcans Parinacota et Pomerape, les véritables stars du Parc de Lauca, qui forment à la frontière les Nevados de Payachatas, anciens dieux de l'altiplano


Le Queñoa (Polylepis rugulosa) colonise les terres semi-arides de l’altiplano 

Nous arrivons enfin au Lago Chungara, à 4 500 mètres d’altitude, un des joyaux du Norte Grande chilien. Évidemment le maître des lieux est incontestablement le cône parfait du Parinacota, encapuchonné de neige. Malheureusement le temps se dégrade rapidement à l’approche la ligne de crête et les sommets s’effacent progressivement derrière un amoncellement de nuages de plus en plus épais. Le vent se lève, une pluie mêlée de neige s’invite et un froid glacial s’installe ! Le lac n’apparaît donc pas sur son trente-et-un. Et c’est à l’abri d’une gargote de bord de route, autour d’une boisson chaude que nous avalerons rapidement notre pique-nique, avant de reprendre la route pour les sept kilomètres qui nous séparent du poste-frontière chilien de Chungara. Après une photo souvenir et un petit briefing sur le passage de la frontière, nous prenons congé d’Oriols. Mais au fait, où donc a lieu notre rendez-vous avec Javier, notre chauffeur bolivien ? Ici à Chungara, ou au poste-frontière bolivien ??

Une petite fenêtre bleue tente désespérément de se faire de la place au-dessus du capuchon de neige du Parinacota 


Un moment un peu chaud : le franchissement de la frontière boliviano-chilienne.


Chaud, vraiment ? Pas au sens propre en tout cas : nous sommes à 4 600 mètres d’altitude, il fait froid, le ciel toujours aussi menaçant et le poste-frontière, encombré de camions, n’est pas des plus avenants. Nous dérangeons le jeune fonctionnaire, trop occupé à jouer du pouce sur son smartphone. Il nous dit je ne sais quoi, non pas parce que je comprends mal l’espagnol, mais parce que sa radio hurle à côté de lui. Il baisse le son ; nous lui tendons nos passeports et les fiches d’immigration ; deux coups de tampons et c’est terminé. Il nous gratifie quand même d’un sourire et d’un « buen viaje ». Un peu plus loin on nous fait signe pour nous demander les papiers du véhicule. Nous n’en avons pas, donc pas d’autre formalité. Bon, tout semble simple ici.

Nous demandons alors où se trouve le poste frontière bolivien où doit nous attendre Javier, notre chauffeur bolivien. Réponse : à quinze kilomètres d’ici, à Tambo Quemado. Grand moment de solitude ! Effectivement, sur le programme de Thaki Voyage, je lis ceci : « transfert jusqu’à Tambo Quemado opéré par Terrace Lodge »… et nous sommes à Chungara ! Évidemment aucun réseau sur mon téléphone portable pour appeler qui que ce soit. Un sympathique agent chilien a pu appeler Flavio sur son portable. Celui-ci confirme que le rendez-vous est bien ici à Chungara. Pour autant toujours pas de Javier en vue...

Après un moment qui nous parut une éternité, nous apercevons enfin un pick-up Toyota rouge immatriculé en Bolivie puis un jeune homme qui s’avance vers nous. C’est Javier ! Quel soulagement ! Il se confond en excuses et nous informe qu’il a eu des difficultés pour passer au Chili avec son véhicule. Je corrige donc ce que j’ai dit plus haut : tout n’est pas aussi simple ici !

Quelques précisions. La frontière géographique est située au Paso Chungara-Tambo Quemado à 4 680 mètres d’altitude, à sept kilomètres de chacun des deux postes-frontière. Les véhicules de chaque pays ne circulent pas librement dans le pays voisin. Imaginons qu’un automobiliste dont le véhicule est immatriculé en Suisse ne puisse pas circuler en Savoie par exemple. N’en déplaise aux eurosceptiques, l’espace Schengen, c’est quand même beaucoup mieux ! Enfin n'oublions pas que nous gagnons une heure.



15
nov


Javier est un jeune chauffeur très sympathique et relativement prudent sur la route. Il nous servira aussi de guide, bien que ce ne soit pas sa fonction au sein de l’agence, mais il ne parle que l’espagnol, et l’aymara bien entendu. Ne connaissant aucun mot cet idiome indien, c’est donc avec mon sabir d’espagnol que je vais devoir m’efforcer de baragouiner quelques bribes de phrases. Il est trop gentil avec moi en affirmant que je me débrouille bien. Nous franchissons le col où se situe la frontière puis basculons vers Tambo Quemado et la Bolivie.

Le ciel est toujours aussi maussade, mais le volcan Sajama, point culminant de la Bolivie (6542 m) a la bonne idée de se dévoiler quelque temps et de nous offrir la silhouette de son cône couvert de neige, au sein d’un somptueux panorama, sous la chaude lumière d’une fin de journée. Mais cela ne durera pas ! Nous empruntons une piste vers le nord pour pénétrer dans le parc National de Sajama. Une corde symbolique barre l’entrée du parc, gardée par une villageoise qui nous fait remplir le livre des visiteurs et encaisse les droits d’entrée.

Ce parc national est le premier qui fut créé en Bolivie (1945) ; il s’organise autour du volcan éponyme et jouxte le parc national chilien de Lauca dont il est le prolongement. D’ailleurs ce n’est pas un hasard si les parcs nationaux sont souvent situés près des frontières. Certes cela correspond aux altitudes les plus élevées, donc aux lieux les plus sauvages. Mais les parcs nationaux sont aussi un moyen d’affirmer la présence nationale et le contrôle des États dans les zones frontalières sous-peuplées. En Patagonie on a créé aussi des parcs nationaux en position frontalière entre le Chili et l’Argentine. La Nature joue donc un rôle dans les constructions nationales et a servi à fixer des frontières.


Ce parc protège le queñoa, un arbuste déjà rencontré dans le parc de Lauca, mais qui ici formerait, dit-on, la plus haute « forêt » du monde, à quelque 5 000 mètres d’altitude. On y rencontre les mêmes animaux qu’au Chili (lamas, vigognes…), cependant la faune y est moins abondante que dans la Reserva Nacional Las Vicuñas. Quelques pauvres villages aux maisons serrées autour d’une église coloniale ponctuent le paysage (Sajama, Tomarapi). Parmi les principales attractions naturelles de ce parc, il y a les sources chaudes et les geysers. Nous ne manquerons pas d’admirer ces derniers, mais très rapidement le temps se gâte, des nuages noirs obscurcissent le ciel, faisant disparaître les volcans Parinacota, Pomerape et Sajama. La pluie et le vent reviennent en force, et évidemment nous déclinerons une nouvelle fois l’offre d’une baignade dans les sources thermales.

L'église coloniale de Sajama 


Les sources chaudes du Parc national de Sajama 

Nous arriverons sous une pluie battante à l’Albergue Ecoturistico de Tomarapi où serons chaleureusement accueillis et où nous passerons deux nuits. Cet écolodge aux toits de chaume, situé tout à côté de la jolie église coloniale du hameau, est entièrement géré par la communauté locale. Il est donc à la fois écologique et associatif. Il dispose de chambres simples mais très propres. Une fois n’est pas coutume, ici les chambres sont chauffées, et ce n’est pas un luxe par ce temps froid et humide, d’autant qu’il s’est mis à neiger ! L’invierno boliviano aurait-il donc quelques semaines d’avance (nous sommes à la mi-novembre et à 4 300 mètres d’altitude) ? Nous allons nous réchauffer autour d’un maté de coca dans la salle commune. Mais la chaleur de nos hôtes et un dîner revigorant vont rapidement nous faire oublier ces rigueurs climatiques.

Tomerapi  
16
nov


Au réveil : la neige !

Bien que nous n’ayons pas eu froid grâce au chauffage de notre chambre, la nuit fut peu réparatrice. En cause : la mauvaise qualité de la literie et les kilos de couvertures épaisses pourtant indispensables. Au réveil, petit coup d’œil à travers la fenêtre : nous sommes accueillis par le brouillard, le vent et la neige ! La journée ne s’annonce vraiment pas encourageante et le moral n’est pas au beau fixe, comme le temps ! La douche, ce sera pour plus tard, l’eau est certes chaude, mais la salle de bain glaciale. Nous sortons pour nous diriger vers la salle à manger située dans un autre bâtiment, équipés de nos vestes polaires, bonnets et parapluies. La salle à manger est avenante mais insuffisamment chauffée ; nous devons garder nos polaires. Nous nous réconfortons cependant autour d’un bon et copieux petit déjeuner servi avec gentillesse.

« Si vous n’aimez pas ce temps-là, attendez un quart d’heure ». Ce dicton islandais pourrait très bien s’appliquer ici. En effet après le petit déjeuner, le soleil se lève et le paysage tout autour de notre lodge s’illumine. Il est « plâtré », comme on dit dans le jargon montagnard : les sommets environnants étincellent sous une fine couche de neige, notamment le Sajama voisin qui se dévoile partiellement et que nous redécouvrons avec bonheur. Que c’est beau ! Oui mais, le soleil a beau faire ce qu’il peut pour rester, rien à faire, les nuages résistent !

Javier qui avait passé la nuit dans le village de Sajama, à une vingtaine de kilomètres, vient nous chercher à l’heure convenue. Nous mettons cap au sud en direction du Rio Lauca pour une journée d’excursion dans une région extrêmement isolée et très peu fréquentée. Le parc de Sajama et ses environs n’ont pas que des beautés naturelles à offrir, mais aussi des trésors culturels, comme les églises coloniales et les fameux chullpas. Au passage, nous profitons du beau temps qui sera provisoire, pour faire le tour de la Laguna Huaña Khota et sa colonie de flamants roses, que nous n’avons qu’entraperçue la veille à cause des intempéries.

La Laguna Huaña Khota et sa colonie de flamants roses 

Nous empruntons une piste improbable, très accidentée qui nécessite un 4x4. Elle longe la cordillère volcanique qui forme la frontière boliviano-chilienne. Nous redécouvrons au passage le volcan Guallatiri que nous avions vu deux jours auparavant, côté chilien. Mais le retour du soleil ne fut qu’éphémère, car le ciel s’obscurcit et devient très menaçant. Cela donne une dimension dramatique au paysage. Après avoir traversé le rio Lauca et une zone de petites dunes de sable, nous rencontrons les premiers panneaux indicateurs, car curieusement dans ce secteur très isolé, la piste des chullpas est très bien balisée.


Les chullpas


Une chullpa est une tour funéraire préhispanique qui abritait la momie d’un seigneur ou d’un notable aymara. Une centaine de chullpas sont dispersées sur une étendue de dix kilomètres au nord et au sud du rio Lauca, au pied de la cordillère. D’une hauteur de trois à quatre mètres, ces monuments funéraires sont construits en adobe ou en pierre et sont percés à la base d’une petite ouverture, à la manière d’une ruche, orientée vers le soleil levant. La principale caractéristique des chullpas du Rio Lauca est leur polychromie, à partir de pigments minéraux, rouges, verts et blancs, provenant des roches volcaniques environnantes. Les momies étaient placées en position fœtale et les jours de fête, on disposait rituellement des offrandes par les ouvertures. Ces rites sont encore pratiqués de nos jours chez les Chipayas, des communautés indiennes voisines.

Bien entendu, ces tombes ont été pillées et les momies transférées dans des musées. Mais le problème majeur de ces édicules de boue et de paille, soumis au climat extrême de l’altiplano, est leur fragilité et donc leur conservation. Les agressions extérieures ne manquent pas : infiltrations d’eau, décoloration, efflorescences salines, érosion éolienne, gélifraction, colonisation par les lichens, nidification d’oiseaux, etc. Les actions anthropiques ont aussi été mises en cause, mais c’est exagéré car, d’une part la zone est un désert démographique et, d’autre part l’accès n’étant pas facile, le nombre de visiteurs est très réduit (rien à voir avec le Machu Picchu !). D’ailleurs nous étions absolument seuls ce jour-là. Il a été procédé à leur restauration il y a quelques années.

Un circuit pédestre de deux kilomètres nous a permis de voir une douzaine de chullpas réparties en trois groupes. Mais au retour le temps se gâte et c’est sous une pluie fine et par un vent contraire glacial que nous regagnerons la voiture, entièrement trempés.



Mais celle-ci refuse de redémarrer. Javier ouvre le capot, sort une pince en guise de clé de serrage pour mettre fin à un mauvais contact sur la batterie. « No hay problemo. Todo bien », me dit-il pour nous rassurer. Hum ! Todo bien, peut-être, mais nous avons vu plusieurs fois le capot ouvert au cours de la journée ! Et la perspective d’être en panne au milieu de nulle part et par ce temps pourri, ne nous réjouirait pas. Le véhicule n’a pas l’air très bien entretenu. Nous profitons d’une brève accalmie pour pique-niquer au bord de la laguna Macaya et observer quelques flamants peu farouches, à la recherche de leur nourriture.


La lagune et l’église de Macaya. Le temps se gâte ! 

Le retour se fera sous une météo exécrable. Il y a très peu de véhicules sur cette piste et en tout cas aucun transport en commun. Aussi prenons-nous en auto-stop deux femmes aymara avec un bébé qui montent dans la benne du pick-up, alors que nous leur avons proposé de prendre place à l’intérieur. Mais ayant refusé l’offre, elles feront le parcours jusqu’à Tambo Quemado sous la pluie, avec leurs seuls ponchos et chapeaux pour se protéger. Ces gens sont vraiment endurcis. A Tambo Quemado nous faisons le plein de carburant. Le matin, lors de notre passage, la pompe était en panne. Il est sage sur l’altiplano de faire le plein dès que c’est possible, car l’approvisionnement est très aléatoire.

Le vent et la pluie redoublent d’intensité, le tonnerre gronde et la piste devient un bourbier. Nous arrivons enfin au lodge et là, cerise sur le gâteau, c’est la panne de courant électrique dans tout l’établissement et même au village. Le dîner se fera donc aux chandelles et à la lampe frontale dans une ambiance romantique.

17
nov

Au menu ce matin, le même plat qu'hier soir : un ciel très bas de plafond et 100% d’humidité relative. Il a plu toute la nuit, nous ne sommes pas très bien reposés et notre chauffeur n’est pas arrivé ! Le voici enfin ! Il nous explique avoir galéré pour venir de Sajama où il loge, sous l’orage par une piste détrempée. À huit heures, nous prenons congé de nos hôtes, les remercions pour leur accueil et partons par la piste en direction de la route nationale. Nous contournons le volcan Sajama, très timide ce matin, puisqu’il n’ose nous montrer que ses pieds ! Nous croisons des troupeaux de lamas, les derniers avant le retour au Pérou. Le paysage change et désormais l’élevage des lamas fait place à celui des bovins, lequel s’est développé ces dernières décennies en Bolivie. La monotonie du paysage rappelle quelque peu les hauts plateaux désolés de la meseta ibérique, monotonie interrompue par des cuestas et des canyons.



Après deux heures de route, nous arrivons à Curahuara de Carangas où nous allons visiter l'église coloniale, surnommée abusivement la "Capilla Sixtina del Altiplano". Ce sont leurs murs entièrement recouverts de fresques qui valent cette filiation romaine revendiquée par cette église. Évidemment ces fresques de facture naïve ne supportent pas la comparaison avec celles de Michel-Ange, mais elles sont intéressantes par leur indigénéité. Elles ont été récemment restaurées avec le concours de l'ambassade d'Allemagne. La visite est guidée par un jeune padre d'origine allemande, qui parle dans un castillan soigné et parfaitement intelligible pour nos oreilles. Malheureusement son discours est davantage un cours de catéchisme qu'une approche esthétique des fresques. Comme souvent en pareil lieu, les photographies ne sont pas autorisées à l'intérieur (celle qui est présentée ci-dessous est sous licence "Creative Commons"); malheureusement le padre n'a qu'un modeste ouvrage à nous proposer avec des reproductions de piètre qualité qui sont une injure à ces œuvres d'art.


Non loin de ce gros bourg, apparaissent les chullpas de Carangas, situées au bord de la route. Elles ne sont pas aussi belles que celles du Rio de Lauca, car elles ne sont pas polychromes. Elles méritent cependant ce bref arrêt. On remarquera également leur état de dégradation avancé.

Les villages quasi abandonnés que nous avions vus sur l'altiplano près de Sajama, font place maintenant à des agglomérations plus cossues, mais tout est relatif. Nous nous rapprochons de la capitale. Les moindres murs du moindre bâtiment sont revêtus d'affiches électorales peintes, à la gloire du vainqueur des élections présidentielles d’octobre 2014 : "Evo mas", "Evo sempre" "Con Evo la vida es mejor"; "Evo 2015-2020" Evo par ci, Evo par là… et même "Evo 2050"! Partout des drapeaux du parti au pouvoir. En revanche beaucoup moins d'affiches de l'opposition, dans ce pays qui a retrouvé la démocratie. Javier me confirme que pour son troisième mandat, Evo Morales aurait obtenu 80% des suffrages (en réalité 61%) et qu'il a obtenu la majorité dans tous les départements sauf un. Même le département de Santa Cruz, traditionnellement dans l'opposition, aurait voté pour lui. Je lui fais remarquer que c'est un résultat à la "soviétique". Notre chauffeur est un partisan enthousiaste de son président. Nous aurons à La Paz un tout autre son de cloche de la part de notre guide. Quoiqu’il en soit, ces affiches deviennent lassantes et pour le moins, dégradent le paysage.

Après près de quatorze années au pouvoir qui se sont concrétisées par une réduction significative de la pauvreté, de l'analphabétisme et des inégalités, Evo Morales a dû démissionner en 2019 et quitter le pays, suite à des manifestations de masse émaillées de violence.


Vers 14 heures nous atteignons El Alto, une immense et interminable banlieue populaire qui domine La Paz à plus de 4 000 mètres d'altitude. De nombreux marchés colorés jalonnent notre parcours. La couleur dominante à El Alto, c'est le rouge brique, le matériau de construction des innombrables immeubles inachevés de cette gigantesque agglomération. Notre chauffeur quitte l'avenue principale pour s'enfoncer par des détours à n'en plus finir dans des petites rues adjacentes. Mais où nous conduit-il donc ? Nous comprendrons plus tard qu'il a voulu éviter les embouteillages, probablement provoqués par les habituelles manifestations dans ce pays.

Subitement, surprise, la capitale se dévoile sous nos pieds et sous un soleil enfin de retour. C'est une immense métropole qui dégringole littéralement sur mille mètres de dénivelé, depuis l'altiplano jusqu'au fond de la vallée. Le spectacle est hallucinant. Pas le moindre mètre carré qui soit inoccupé. Le végétal disparaît quasiment sous la densité d'une urbanisation galopante. Javier gare sa voiture sur quelques points de vue afin de prendre quelques photos.

La Paz, une capitale étonnante qui dégringole littéralement sur 1 000 mètres de dénivelé. 

Notre véhicule s'engouffre dans le ventre de La Paz par des rues extrêmement pentues. Soudain, coup de sifflet : un policier revêtu d'un gilet fluo tout neuf lui demande ses papiers. Longs palabres. Il explique qu'il transporte des touristes depuis Sajama. Le flic prend ses références sur un calepin, puis nous repartons. Nous apprendrons que son numéro d'immatriculation ne lui permettait pas de circuler dans la capitale ce jour-là, du fait de la circulation alternée pour limiter la pollution atmosphérique. Nous nous installons à l'hôtel Rosario pour deux nuits, un établissement très confortable, très calme et très bien situé dans le centre historique, à proximité de la Plaza San Francisco. Une décoration de très bon goût, un accueil et un service irréprochables et un restaurant de qualité. Nous nous y reposons une heure ou deux (et nous en avions grand besoin !) avant de faire un petit tour dans le quartier.


Animation devant église San Francisco en fin d'après-midi.  
18
nov
18
nov
le mirador K’Illi K’Illi 

Aujourd’hui : grand beau sur la ville ! Mais la Cordillère Royale est en partie masquée par un voile nuageux. Les intempéries feront désormais partie des souvenirs oubliés et ceci jusqu'à la fin du voyage. Nous attendons notre guide qui doit nous rejoindre à l’hôtel. En effet, la journée sera entièrement consacrée à une visite guidée de la ville. Quand L’agence nous avait proposé cette formule, nous étions très réticents, mais elle a réussi à nous convaincre et a eu raison, car notre guide, une habitante d'El Alto, s’est avérée être non seulement une personne très sympathique et dévouée, mais aussi très passionnante et cultivée.

Elle a un peu de retard. Très confuse, elle se présente, dit se prénommer Eldy et nous prie de bien vouloir l'excuser. Elle nous explique que son trajet a été substantiellement rallongé par des embouteillages intempestifs dus à une manifestation des producteurs de quinoa. Eh oui, dans cette ville, non seulement la circulation est un problème, mais on amplifie celui-ci par des manifestations quasi quotidiennes. Eldy a appris le français principalement au contact des touristes, dit-elle, car elle n'a pu continuer de suivre les cours à l'Alliance française, c'est trop cher pour elle. Et c'est une performance, car elle se débrouille très bien dans notre langue. Elle nous a abondamment parlé de son pays, de son histoire, de ses problèmes sociaux, etc. Elle va donc nous faire découvrir les lieux incontournables, mais aussi d'autres plus secrets pendant toute cette journée

La Paz, la ville étagée.

La Paz ne fait pas partie des plus grandes agglomérations urbaines d'Amérique du Sud, loin s'en faut, dans un pays resté longtemps en marge de la transition urbaine. Avec moins de quatre millions d'habitants, l'aire urbaine de la capitale bolivienne arrive loin derrière des villes comme Sao Paulo (douze millions, d'habitants) ou Lima (neuf millions). Et encore, sur ces quelque quatre millions d'âmes, El Alto, qui connaît la plus forte croissance du pays, en compte près des trois-quarts, si bien que cette dernière est devenue la première ville de Bolivie, devant Santa Cruz et La Paz ! Cette croissance fulgurante lui a même permis dès 1988 de devenir une commune autonome. Quand on a vu sur l'altiplano combien les villages se sont dépeuplés et les maisons rurales abandonnées, on comprend l'explosion urbaine de La Paz-El Alto, alimentée par un exode rural massif d'origine indienne.

La ville part à l'assaut de la montagne 

La Paz est la capitale la plus haute du monde et son site est démesuré : un ravin profond et relativement étroit (la "cuenca"), dominé par l'Illimani (6 438 m) dans la Cordillère Royale. La configuration du relief impose donc un étagement vertical de la ville sur près de mille mètres de dénivelé. La capitale peut se résoudre en trois "étages" : en bas, au fond de la vallée et à 3 200 m d’altitude : les quartiers sud d’El Bajo; en haut, à 4 100 mètres sur l'altiplano, la commune d'El Alto, où se situe l'aéroport; entre les deux, l'étage intermédiaire vers 3 600 mètres: le cœur historique (et touristique) autour des places Murillo et San Francisco.

Le ravin de la "cuenca"  enjambé par des ponts suspendus et le centre des affaires

La capitale d'un des pays les plus pauvres d'Amérique latine connaît une ségrégation socio-spatiale verticale sans doute unique au monde. Battue par les vents froids de l’altiplano, la commune aymara d'El Alto forme un ensemble de quartiers périphériques pauvres à l'habitat précaire en adobe ou en brique. En revanche les quartiers résidentiels aisés d'El Bajo, bien abrités des vents (et du soroche) aux jardins et parcs verdoyants, bénéficient d'un meilleur cadre de vie. On retrouve cette ségrégation au centre, avec les quartiers indiens à l'ouest et les quartiers créoles au sud et à l'est, la limite entre les deux étant matérialisée par l'axe médian de l'avenue dite du Prado (dont le nom change à plusieurs reprises).

La Paz, l'anti-urbanité

L'urbanisation galopante est mal maîtrisée. Notre guide nous a dit qu'il y a cinquante ans, les versants de la vallée étaient entièrement recouverts de forêts. On constate qu'aujourd'hui ceux-ci sont grignotés jusqu'en haut par une urbanisation sauvage et que les arbres ont quasiment disparu. Une urbanisation sans urbanisme en quelque sorte faite d’une multitude de maisons ou immeubles précaires en brique, d'où la couleur ocre-rouge dominante du paysage urbain. Notre guide nous a aussi expliqué le processus d'appropriation illégale des terrains notamment à El Alto, où l'espace disponible est plus important et où la propriété des terres est floue, car souvent d'usage collectif par les communautés paysannes (les ayllu). On édifie d'abord des murs pour cerner une parcelle et cela peut en rester là pour plusieurs années, jusqu'à ce que l'accédant à la propriété ait suffisamment de fonds pour acheter les matériaux de construction (il s'agit d'auto-construction). Ce décalage contribue à faire obstacle aux équipements en infrastructures et la borne fontaine reste encore souvent le seul point d'eau accessible, dans une rue restée en terre. Cela contribue aussi à la multiplication des litiges et des conflits parfois violents. Eldy nous a montré un mannequin pendu à l'entrée d'une maison : un avertissement sans frais et très clair aux éventuels intrus.

Outre la pauvreté et l'urbanisation anarchique, l'autre problème de cette ville, est l'étranglement de la circulation urbaine et, si les quartiers d'El Bajo sont bien reliés au centre par des voies rapides, ce n'est pas le cas en ce qui concerne El Alto, où il n'est pas rare que les habitants soient occupés par trois heures de trajet quotidien ou plus. En effet les femmes d'El Alto sont partagées entre leur lieu de vie et leur lieu de travail dans le secteur informel commercial du centre, notamment les fameux marchés "colorés" que nous visiterons ou comme domestiques dans les beaux quartiers d'El Bajo. Même problème pour les hommes qui vont travailler sur les chantiers des beaux quartiers du sud ou du centre des affaires.

Embouteillage sur l'avenue du Prado au centre de la ville. 

La solution a été trouvée dans la création d'un réseau de transports en commun original qui tend à se développer ailleurs dans le monde : le téléphérique. Après tout, c'est logique dans une ville "étagée" ! Le projet, confié à une entreprise autrichienne, est mené à un rythme soutenu et les trois premières lignes (rouge, jaune, verte, les couleurs de la Bolivie) totalisant dix kilomètres ont été mises en service en 2014. Depuis notre voyage cette année-là, le réseau s’est étendu à sept lignes supplémentaires faisant de La Paz la ville au réseau de téléphérique urbain le plus long, le plus fréquenté et le plus élevé au monde. Cela octroie un gain de temps considérable aux navetteurs et un gain d’espace, puisque l’emprise au sol est très faible. Eldy habitant au fin fond d’El Alto, n’aura donc plus à passer plus d’une heure dans plusieurs modes de transport avant de rejoindre ses clients au centre historique.

Les marchés colorés de La Paz.

Pour commencer cette belle journée, le début de matinée est consacré à une balade dans marchés animés proches du centre et en premier lieu le curieux Mercado de Hecheria (marché aux sorcières), à deux pas de notre hôtel. Ce sont, entre des boutiques d'artisanat pour touristes, des étals offrant au chaland des remèdes traditionnels comme les plantes médicinales, des ingrédients plus ou moins étranges, tels que des fœtus de lamas destinés à se protéger des mauvais esprits, ou encore des offrandes à Pachamama sous forme d'objets divers.


Nous parcourons ensuite plusieurs marchés plus classiques de fruits, légumes et fleurs, tenus essentiellement par des femmes, coiffées de leur chapeau traditionnel. Celles-ci ont un souvent visage triste, voire dur, et semblent résignées, attitude parfois mal interprétée par les visiteurs étrangers que nous sommes. J'ai même entendu dire de la part de touristes que les Boliviens seraient désagréables. C'est oublier que ces gens ont une vie extrêmement difficile, qu'ils sont pauvres et que leur pays a connu des années sombres.



À bord d’un véhicule affrété par l’agence, nous descendons dans la zone sud par une voie rapide. Nous vérifions instantanément la configuration étagée de la ville en perdant rapidement de l'altitude (500 mètres). En même temps la température augmente de plusieurs degrés, non seulement à cause du gradient thermique vertical, classique en montagne, mais aussi parce que le fond de vallée est abrité des vents en provenance de la Cordillère Royale. Le paysage urbain change progressivement : après les tours du centre des affaires, viennent les quartiers pavillonnaires des classes moyennes, puis les villas luxueuses et les ambassades.

Nous rencontrons Ramon Tito, un sculpteur et aquarelliste paceño, dont l´atelier est situé dans la bien nommée Avenida del Esculptor. Cet artiste travaille surtout la pierre qu'il va chercher dans les montagnes environnantes. La région de La Paz en regorge, au-delà de la Valle de las Animas (la vallée des Esprits) dans des lieux secrets que connaît le sculpteur : basalte, marbre, grès, albâtre, granite, etc. Il réalise ensuite, selon la forme et la texture de la pierre qu'il a trouvée, des œuvres qui portent en elles l’identité bolivienne.

Eldy nous propose ensuite une balade dans la Vallée de la Lune. Le site est un peu touristique, il y a de nombreux visiteurs boliviens et sud-américains. Plutôt qu'une vallée, c'est un ensemble de cheminées de fées et de ravines formées dans des poudingues. Il fait très chaud et par bonheur il existe sur place une fontaine d'eau potable. Le site peut constituer un but de balade agréable, mais l'intérêt reste limité et nous n'y sommes restés moins d'une heure. On peut donc le contourner.

Nous reprenons la voiture et remontons en direction du centre en passant par le mirador K’Illi K’Illi (du nom d'un oiseau andin endémique) qui offre de superbes perspectives sur la ville et le majestueux Illimani qui la domine.

Autour de la Plaza Murillo se trouvent plusieurs monuments coloniaux du centre historique, notamment la cathédrale, relativement récente (XIXe siècle) et le palais présidentiel.

La plaza Murillo. Remarquer la disposition du cadran de l'horloge du palais présidentiel... 

La Calle Apolinar Jaen est une jolie petite rue piétonne, pavée et bordée de maisons coloniales bien restaurées. Un lieu de calme en pleine agitation urbaine. La croix verte qui orne une des façades était supposée éloigner les fantômes qui dérangeaient les habitants, lesquels prétendaient entendre la nuit des carrosses tirés par des chevaux.

Calle Apolinar Jaen 

Nous prenons la ligne « rouge » du téléphérique urbain jusqu'à la station supérieure d'El Alto d'où l'on a une vue grandiose sur une partie de la ville avec la Cordillère Royale en toile de fond. Au retour, nous nous arrêterons à la station intermédiaire pour nous rendre à pied à notre hôtel, en passant par la calle de Los Andes, une rue est spécialisée dans la confection, la location et la vente de costumes pour les multiples occasions de fiestas : carnaval, fêtes religieuses, fêtes familiales, fêtes rituelles préhispaniques, etc.


Ce fut une journée bien remplie et il faut bien admettre que sans guide et sans moyen de transport particulier, nous n'en aurions pas vu autant, sans parler des commentaires très riches d'Eldy.

19
nov
Le Huayna Potosi, l'un des six sommets de plus de 6 000 mètres d'altitude dans la Cordillère Royale 

Nous retrouvons Eldy à la réception de notre hôtel et Felix notre chauffeur nous attend avec son véhicule. Nous allons quitter La Paz. Le temps est radieux et la Cordillère Royale étincelante. Au programme de ce jour : la visite du site de Tiwanaku et la découverte de cette civilisation pré-inca. Ensuite route pour Copacabana en longeant la Cordillère Royale et les rives du Lac Titicaca.


La Paz - Tiwanaku : soixante kilomètres en trois heures !


Mais quitter La Paz va s’avérer être une aventure compliquée. Peu avant d’atteindre El Alto par la voie rapide, nous sommes pris dans un embouteillage inextricable. La cause, je vous la laisse deviner… Cette fois-ci, c’est au tour des parents d’élèves d’être « en colère ». Pour quelle raison ? Nul ne sait, peut-être même pas les manifestants eux-mêmes. Eldy, elle-même parent d’élève, nous affirme qu’elle ne le sait pas non plus, pas plus que son mari qui pourtant est instituteur. L’heure que l’on va perdre à tenter de sortir de cette souricière est mise à profit pour bavarder avec Eldy qui nous explique le fonctionnement de ces manifestations intempestives, quasi quotidiennes et qui nuisent lourdement à l’économie nationale. Elles sont décidées par un comité restreint (dans le cas présent, le comité des parents d’élèves) issu d’un syndicat auquel il est obligatoire d’adhérer. De même qu’il est obligatoire de participer à ladite manifestation, sous peine d’amende. Eldy, comme bien d’autres, a ses obligations professionnelles auxquelles elle ne peut déroger, en l’occurrence ce jour-là elle doit nous accompagner. Donc elle devra payer cette pénalité, ce qui grève sa journée de travail. C’est la démocratie à la bolivienne et des dizaines de milliers d’heures de travail sont ainsi perdues quasi quotidiennement.

Et nous apprendrons d’autres « coutumes » surprenantes de ce style, comme le vote obligatoire, ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi, à condition d’être inscrit sur les listes électorales ad hoc et apparemment la démarche administrative ne serait pas une sinécure ! En effet, notre guide nous cite des cas où l’administration va trouver un motif fallacieux pour refuser telle ou telle pièce du dossier d’inscription sur les listes. Ces « mauvais » citoyens, dans l’impossibilité administrative de voter, sont plutôt dans l’opposition, bien évidemment ! Donc pas de participation au vote et une sanction pénale à la clé. Une information de même nature nous a été confirmée par des voyageurs rencontrés au Pérou et qui ont de la famille en Bolivie. La démocratie bolivienne a encore du boulot !

Notre chauffeur réussit enfin une échappatoire par une voie adjacente, puis s’enfile dans une succession de petites rues plus ou moins dégradées dans les quartiers pauvres d’El Alto. Parfois la rue est brutalement interrompue par un tas de gravier ou une tranchée, mais Felix trouve toujours un moyen pour contourner l’obstacle. Nous voici finalement sur la route de Tiwanaku. Ouf ! Cependant un long tronçon de cette route à péage est en travaux, ce qui ne nous permet pas de rouler au-delà de 20/30 km/h. Il n’y qu’une soixantaine de kilomètres de La Paz à Tiwanaku et pourtant il nous aura fallu près de trois heures pour les parcourir ! Ces manifestations sont une donnée importante à prendre en compte dans ce pays pour établir son itinéraire et ne point prévoir d’étapes trop longues.

Le soleil est resplendissant et sur notre droite, la longue chaîne de la Cordillère Royale nous gratifie d’une belle lumière. Arrêt-photo à un petit col d’où l’on bénéficie d’une vue époustouflante sur la chaîne. Le mot espagnol sierra est tout-à-fait approprié pour évoquer ces dents de scie. Sur cette partie de la cordillère des Andes, la Bolivie possède environ vingt pour cent des glaciers tropicaux dans le monde. Ils sont cependant vulnérables face au réchauffement climatique et selon l’UNESCO ils ont perdu plus des deux tiers de leur masse depuis les années 1980.

La Cordillère Royale 

Tiwanaku (ou Tiahuanaco)


Tiahuanaco (Tiwanaku en Aymara) est aujourd’hui une modeste bourgade à une quinzaine de kilomètres à vol d’oiseau au sud-est des rives du lac Titicaca. Mais il y a mille ans, c’était une ville de plusieurs dizaines de milliers d’habitants, située au bord du lac. La zone archéologique s’étend sur une quinzaine d’hectares peu avant l’entrée du village en venant de La Paz.

Nous pénétrons d’abord dans le musée de céramiques qui jouxte la zone archéologique. La visite de l’exposition est une bonne entrée en matière pour comprendre l’essor de la civilisation Tiwanaku qui s’est lentement développée sur l’Altiplano pendant plus de 25 siècles. A côté, la civilisation inca fait pâle figure !

Une suite de vitrines chronologiques et thématiques nous montre l’évolution de cette civilisation, de sa genèse à son apogée, mais aussi les techniques et savoir-faire de celle-ci. Eldy qui veut se démarquer de l'interprétation quelque peu nationaliste affichée sur la grande fresque chronologique de la première salle (il est vrai que la dernière image montre un Eldo Morales rayonnant, en costume de chef indien !), nous donne sa vision de l’histoire pré-inca de son pays.

Pour résumer ce que j’ai noté lors de la visite, une grande bifurcation historique a eu lieu lors des périodes dites I et II (1580 avant J.C. à 133 après J.C.) avec la maîtrise et le perfectionnement de l’irrigation, permettant d’intensifier le système de culture. Les revenus dégagés par les surplus agricoles ont alors autorisé la construction d’importants monuments : commence alors la période dite urbaine (IIe-IVe siècles). Mais c’est durant la période « classique » au VIIe siècle, grâce au développement du commerce et à une organisation politique et religieuse aboutie, que Tiwanaku prend son essor. C’est l’apogée de cette culture qui étend son rayonnement sur une grande partie des Andes centrales, du Pérou méridional au nord de l’Argentine et du Chili, en passant par la Bolivie actuelle. Vers 1 200 cette civilisation disparut brutalement et mystérieusement. Peut-être à cause d'un épisode de grande sécheresse ou un d'un cataclysme ?

Dans la zone archéologique, ce qui reste du centre cérémoniel n’est pas très parlant au premier abord, car les ruines sont éparses et les pierres des monuments ont malheureusement servi de matériaux de construction, notamment pour édifier l’église coloniale voisine. C’est particulièrement le cas de la pyramide de l’Akapana. Mais heureusement nous aurons les explications très avisées de notre guide passionnée d’histoire et d’archéologie ! Par exemple nous apprendrons que l’agriculture a dû son essor, non seulement aux techniques d’irrigation, grâce un impressionnant réseau de canaux, dont on voit quelques témoignages, mais aussi aux connaissances astronomiques très pointues. Celles-ci permettaient d’avoir une parfaite maîtrise des cycles agricoles : Eldy nous explique que l’on observait les étoiles et notamment la croix du sud grâce aux reflets dans l’eau d’un réservoir situé au sommet de la pyramide d’Akapana, afin de faire des prévisions. Même fonction astronomique pour la vaste esplanade nommée Kalasasaya, au centre de laquelle de dresse le monolithe de Ponce, énorme statue anthropomorphe qui évoque les moaï de l’île de Pâques (photo ci-contre). Dans l’un des angles de cette plate-forme, la porte du Soleil avec son linteau sculpté de bas-reliefs est l’un des trésors de Tiahuanaco, très souvent photographiée.

La porte du Soleil. Bloc mégalithique de plusieurs tonnes. Le dieu Viracocha est représenté au centre du bas-relief du linteau. 

L’édifice le mieux conservé (et le plus emblématique) est le Templeto Semisubterraneo, une structure semi-enterrée, comme son nom l’indique, à deux mètres sous le sol. Dans ses murs en grès rouge s’encastrent 175 têtes anthropomorphes ou animalières, toutes différentes, sculptées dans le calcaire. Leurs yeux énormes et globuleux ne sont pas sans évoquer les tiki polynésiens.

Tiwanaku : le Templeto Semisubterraneo  

Mais la vedette de Tiahuanaco est incontestablement le monolithe de Bennet (du nom de son découvreur états-unien), exposé parmi d’autres sculptures, au museo litico (musée lapidaire). Cette énorme statue anthropomorphe de 7,30 m de haut et 20 tonnes, provenant de fouilles effectuées en 1932 dans le Templeto Semisubterraneo, avait été transférée à La Paz où elle trônait devant le stade de football, mais risquant d’être dégradée par la pollution elle retourna récemment à Tiahuanaco où elle est désormais protégée dans une grande salle de ce musée moderne. Son intérêt réside surtout dans les très beaux motifs géométriques gravés sur le corps de cette statue.

Nous sommes restés trois heures en tout sur le site. Nous avons été impressionnés par le travail de ces bâtisseurs. On peut observer la remarquable précision de l’équarrissage et du polissage de ces énormes blocs de pierres (moins imposants toutefois que ceux de Sacsayhuman à Cusco ou du Machu Picchu), extrêmement lisses au toucher et très ajustés entre eux à tel point qu’aucun végétal ne peut s’introduire dans les joints.

Des blocs parfaitement lisses et jointifs (en haut à gauche). Dispositif d'agrafage des blocs entre eux (en bas à droite) 

Conseils

Il faut être très motivé par l’archéologie et l’histoire. L’assistance d’un guide compétent est fortement recommandée car ces pierres ne nous parlent pas d’emblée. Plusieurs guides proposent leurs services à l’entrée. Pour ne pas être déçu il est préférable de visiter Tiahuanaco AVANT le Machu Picchu.

En route vers Copacabana


Après avoir pris congé d’Eldy, nous poursuivons notre route vers Copacabana sur la rive bolivienne du lac Titicaca. Une route magnifique qui longe la Cordillère Royale dominée par le Huayna Potosi (à plus de 6 000 mètres d'altitude (photo introduction de l'étape). Au loin commencent à apparaître les eaux scintillantes du lac Titicaca. Enfin nous atteignons la rive du Lago Menor (Huiñaymarka) que nous longeons au plus près jusqu’à l’Estrecho (détroit) de Tiquina. Celui-ci qui n’a que 800 mètres de large, relie le Lago Mayor au Lago Menor. Malgré une urbanisation plus ou moins maîtrisée, les paysages sont magnifiques, avec d’un côté la montagne, de l’autre les eaux du lac qui passent du bleu turquoise à un bleu de cobalt intense.


La traversée du détroit se fait rapidement sur un bac, ou plutôt une frêle embarcation pas très engageante. Nous traversons la presqu’île de Tikina par une route des crêtes de toute beauté qui procure des vues sur le Lago Menor, d’un côté et le Lago Mayor, de l’autre, avec la cordillère en toile de fond. La vraie carte-postale du lac Titicaca ! Enfin la route redescend vers Copacabana, à 3 800 mètres d’altitude, une petite ville de villégiature au bord du lac.



Après quatre heures de route, Felix nous quitte à notre hôtel, où nous sommes comme toujours chaleureusement accueillis. C’est l’hôtel Rosario del Lago (de la même chaîne hôtelière qu'à La Paz), certainement le plus bel établissement de tout notre voyage : la chambre, décorée de motifs ethniques de bon goût, a un charme fou. Nous bénéficions d’une vue directe sur le lac, même de la salle de bain ! Le service est impeccable. En revanche la carte du restaurant est réduite et les plats proposés ne sont pas tous disponibles. À leur décharge, ils ne sont pas livrés régulièrement, ce qui a été le cas pendant notre séjour, car la route de La Paz a été bloquée par… des manifestations !

Un coucher de soleil sur le lac conclura magnifiquement cette journée.

20
nov

Cette journée est consacrée à une randonnée sur l’Ile du soleil.

En tout début de matinée Ovidio, notre batelier, vient à notre rencontre à l’hôtel et nous conduit à l’embarcadère situé en contrebas où se trouve son bateau. Il fait très beau, aussi restons nous à l’extérieur. Équipé de deux puissants moteurs, notre embarcation met à peine une heure pour parvenir à l’île de la Lune, après avoir franchi l’Estrecho (détroit) de Yampupata entre la presqu’île de Copacabana et l’île du Soleil.



L’Isla de la Luna

Si le lac et ses îles sont devenus des hauts lieux du tourisme andin, ils furent aussi au centre de la cosmogonie aymara. Le plus haut lac navigable du monde (3 800 m) fut en effet le berceau de la mythologie andine, aussi bien pour la civilisation de Tiahuanaco, que pour celle des Incas. Selon les mythes andins, c’est sur l’île du Soleil que naquit Viracocha, le dieu créateur du Monde. Et c’est aussi de cette île que sont issus le Dieu Soleil des Incas et son pendant, le dieu lunaire. Les fils du Soleil, Mama Ocllo et Manco Capac, furent envoyés par leur père pour civiliser le Monde et fondèrent Cuzco. L’île du Soleil est en quelque sorte le centre du Monde pour la culture aymara.

L'isla de la Luna 

Nous accostons sur le rivage de cette petite île qui s’étire sur seulement trois kilomètres. Par quelques marches d’escalier nous atteignons le temple d’Iñac Uyu qui domine le lac. Il consiste en quelques salles partiellement restaurées autour d’une vaste cour centrale. On remarque par les offrandes déposées dans des niches (photo ci-contre), que ce temple semble encore animé par des rituels. Le site est de petite taille et une vingtaine de minutes nous ont suffi pour le visiter.


Nous embarquons de nouveau pour mettre le cap sur l’extrême nord de l’île du Soleil. Une croisière très agréable de 45 minutes, le long de la côte orientale de la grande île, dont nous admirons à bâbord sa silhouette ondulée. A tribord, en revanche la Cordillère Royale a aujourd’hui disparu sous les nuées.


Randonnée sur l’Isla del Sol


En fin de matinée nous débarquons dans une petite baie au pied du site inca de Chinkana. Un petit comité d’accueil sur la plage est là pour nous offrir les services d’une visite guidée (que nous déclinons) et surtout pour percevoir les droits d’entrée. Cette taxe d’un montant modique est perçue pour aider les deux communautés locales de l’île, Challa et Yumani (2 500 habitants), notamment pour les écoles, mais aussi pour l’entretien des sentiers. Ovidio nous donne rendez-vous à l’embarcadère de Yumani, au sud de l’île pour quinze heures.

Nous débutons notre randonnée par une rude montée d’une centaine de mètres sous le cagnard et atteignons les ruines de Chinkana. Appelée le El Laberinto ou Palacio del Inca, cette construction de pierres sèches est une suite de pièces et de patios étagés sur la pente dominant les eaux du lac. Des terrasses on bénéficie de vues étendues sur la partie septentrionale du lac. Nous rebroussons chemin et passons devant la Mesa Ceremonica (table de cérémonies) qui fait face à un énorme rocher que l’on nomme « rocher du Puma » ou Inti Kar’ka, qui aurait donné son nom au lac et auquel est attaché une légende.

Les ruines de Chinkana 


Un peu plus loin, nous laissons sur la gauche le sentier qui descend direction de Challapampa. Le sentier monte régulièrement sur la crête et dispense des vues superbes sur les deux versants de l’île. Le vent se lève et nous accompagnera jusqu’à la fin de la randonnée. Un rapace plane au-dessus de nos têtes puis disparaît au loin. En chemin nous achetons à un vieil homme trois petites poupées indiennes pour nos petites-filles. Un artisanat très soigné pour un prix modique. Notre vendeur est heureux. Ce sera probablement la moitié de son chiffre d'affaires de la journée, car il y a très peu de randonneurs sur le sentier.


Le paysage est plutôt rocailleux, rares sont les espaces boisés. Quelques terrasses cultivées s’accrochent aux pentes. Nous apercevons en bas le village de Challa, puis au loin on devine les hauteurs de Yumani. Nous traversons ce village, entièrement dédié au tourisme : ce sont des dizaines de maisons d’hôtes, de restaurants ou de bars, qui s’égrènent le long des rues et nous sommes plusieurs fois sollicités. Nous avons un tout petit aperçu de ce qui nous attend deux jours plus tard à Cuzco ! Nous ne regrettons absolument pas notre choix de passer la nuit à Copacabana !

Après être passés devant la modeste église du village, nous descendons par une volée d’escaliers vers l’embarcadère où doit nous attendre notre bateau. Nous trouvons très quelconque ce soi-disant « escalier de l’Inca » qualifié de « magnifique » par le Lonely Planet ; nous ne voyons pas non plus les canaux en pierre de la fameuse « fontaine de l’Inca ». Quoiqu’il en soit, nous parvenons en bas et apercevons notre bateau, mais sans son batelier… Nous l’attendons en vain pendant une demi-heure. Je fais quelques pas sur le rivage et que vois-je ? Deux statues polychromes très kitsch de l’Inca et de son épouse encadrant un magnifique escalier de pierre, la fameuse fontaine et… Ovidio qui nous attend tranquillement là ! En fait nous nous sommes trompés de chemin : il fallait bifurquer à l’église. Je rouspète, car si l’on ne peut que remarquer les larges banderoles « boleteria » et les innombrables enseignes publicitaires, il n’y a aucune indication pour trouver cet « escalier de l’Inca » pas plus que l’embarcadère. De l’utilité d’un guide finalement…

Nous embarquons et avant de rentrer à Copacabana, une très brève escale nous permettra de découvrir les imposants vestiges de Pilko Kaina à l’extrême sud de l’île. L’architecture de ce palais de l’empereur inca Tupa Yupanqui ressemble à celle du temple d’Iñac Uyu sur l’île de la Lune, avec ses portes et fenêtres qui rétrécissent vers le haut.

Les vestiges de Pilko Kaina 

Cette journée qui se conclura par un second coucher de soleil sur le lac depuis notre jolie chambre, fut certainement l’une des plus belles de tout le voyage ! Les îles boliviennes du lac Titicaca méritent vraiment le voyage, au même titre que le Machu Picchu dont elles sont le complément culturel !

Cette randonnée de neuf kilomètres ne présente aucune difficulté à condition d’être acclimaté à l’altitude (4 000 mètres en moyenne). Nous l’avons effectuée en quatre heures, arrêts et visites compris. Le sentier est très bien tracé, relativement large, bien entretenu. Compte tenu du profil en montagnes russes du sentier le dénivelé cumulé est de 300 mètres environ. On rencontre le long du chemin deux ou trois petites échoppes qui vendent quelques vivres basiques et des boissons. Cependant il est impératif d’emporter de l’eau.

21
nov

Avant ce voyage, Copacabana c’était pour moi une célèbre plage de Rio de Janeiro. J’ignorais totalement l’existence de cette petite ville bolivienne au bord du lac Titicaca. Pourtant il y a une filiation entre cette ville et la plage très fréquentée par les Cariocas, puisque l’on dit qu’un religieux originaire du lac Titicaca fit bâtir au XVIIIe siècle une chapelle pour prier une Vierge noire, sur la célèbre page de Rio, réplique de la Virgen de la Candelaria bolivienne.

Copacabana nous a paru une petite ville paisible et agréable, dans une ambiance « méditerranéenne », si l’on fait abstraction de quelques aspects moins sympathiques comme le manque de propreté. Ce calme apparent s'explique car nous sommes à la soudure entre deux saisons touristiques : celle des Européens et des Nord-Américains se termine et celle des Sud-Américains va bientôt commencer. Ce n'est pas non plus la saison des fêtes. Donc pas d’affluence, ce qui nous incitera à rester un peu plus longtemps à Copacabana pour nous balader dans la ville et flâner au bord du lac. Nous changeons donc notre programme et différons d’une demi-journée notre départ pour Puno par le bus.

Nous partons d’abord visiter la cathédrale, toute blanche et surdimensionnée par rapport à la ville. Rien d’étonnant puisque cette « cathédrale-basilique » est un lieu de pèlerinage très fréquenté par les Boliviens pour venir se mettre sous la protection de la Virgen de la Candelaria, vierge noire, sculptée au XVIe siècle par un artiste d’origine inca. Des fresques naïves représentent les épisodes de la vie de ce dernier. Dans ce qui ressemble à une sacristie, une curieuse collection de « vierges » très fleuries : la Virgen de ceci ; la Virgen de cela, chaque patelin semble avoir sa propre Virgen. Étonnant, cette sorte de syncrétisme entre les anciens dieux incas et le catholicisme !


Nous nous baladons ensuite dans les rues où se tiennent divers marchés. Comme à La Paz, c’est un spectacle de rue très animé. Nous ne nous lassons pas de voir ces femmes aymaras coiffées leurs chapeaux melon, portant de grands jupons colorés, avec leurs ballots sur le dos.


Petit tour sur la plage. De nombreux pédalos en forme de cygne et de couleurs vives attendent les estivants paceños, limeños ou plus généralement sud-américains. Mais des effluves nauséabonds viennent troubler la promenade, les eaux usées des nombreux hôtels s’écoulant directement dans le lac ! Nous n’aurons pas le courage de grimper les quelque 150 mètres du Cerro Calvario, une des deux collines qui encadrent la ville.

En début d’après-midi, départ pour Puno. Les sièges du bus sont un peu défraîchis et la propreté douteuse, mais le voyage s’effectue sans problème en trois heures environ, formalités frontalières incluses. Celles-ci sont assez simples et rapides. Les voyageurs descendent du bus, passent d’un poste à l’autre à pied et remontent dans le bus une fois les formalités terminées. Le tout en vingt-cinq minutes. Au Pérou, il nous faut reculer la montre d’une heure. Durant la moitié du voyage la route longe au plus près les rives du lac ce qui permet d'en apprécier toute la beauté. Il y aurait matière à visiter quelques localités comme Juli avec ses églises coloniales, mais en bus c'est compliqué.

Orages sur le lac Titicaca 

Pas très motivés par leur côté « Disneyland » nous avons zappé les îles Uros, étant arrivés trop tard dans l'après-midi à Puno, et par ailleurs le temps était à l'orage. En revanche nous avons apprécié l'ambiance de la ville, notamment autour de la Plaza de Armas, ainsi que l'excellent restaurant Mojsa. Le soir des jeunes gens et jeunes filles s'adonnaient à la musique et à des danses traditionnelles dans la rue de notre hôtel. Le lendemain dès potron-minet, nous partirons pour Cuzco et la Vallée sacrée des Incas.

Puno: Ccsa del Corregidor (XVIIe siècle) et palais de justice 


Cathédrale de Puno


21
nov
21
nov

Nous sommes ravis de notre petite escapade au Chili et en Bolivie au cours de ce périple sud-américain et avons oublié les intempéries à Sajama. Paysages hors du commun par leur démesure et leur beauté sauvage, sentiment d’être hors du temps et souvent hors des itinéraires balisés «touristiques ». Nous ne sommes restés suffisamment longtemps pour faire des rencontres et papoter avec les gens. Mais le peu de personnes auxquelles nous avons eu ffaire, que ce soit à l’hôtel, sur les marchés, lors de visites, nous ont toujours paru très sympathiques et accueillantes. Il ne faut pas s’arrêter aux apparences. Sur les photos on voit des femmes boliviennes renfrognées (le sourire est plus fréquent à Arica au Chili). La vie est dure en Bolivie, ces gens ont souffert de cinq siècles d’humiliations.

À suivre, la dernière partie de notre voyage:

Cuzco et la Vallée sacrée des Incas