Cuzco et la Vallée sacrée des Incas

Quatrième et dernier volet de notre périple d'un mois en Amérique du Sud, avec la célèbre citadelle inca du Machu Picchu en point d'orgue.
Du 22 au 28 novembre 2014
7 jours
22
nov

Après notre incursion d'une douzaine de jours au Chili et en Bolivie, nous voici de retour au Pérou pour découvrir le « nombril du monde », Cosqo en quechua, ainsi que la légendaire vallée drainée par le tumultueux rio Urubamba qui s’étend de l’ancienne capitale impériale à la mythique cité perdue, point d’orgue de notre voyage.

Pour le trajet de Puno à Cuzco, nous avons opté pour le « bus touristique » de la compagnie Inka Express. Certes, la formule est évidemment très touristique, mais c'est le moyen le plus pratique et le plus économique de voir les sites intéressants sur le parcours. Le bus est très confortable avec sièges inclinables, service de boissons à bord, oxygène, toilettes et même la Wifi pour les accros ! Nous bénéficions aussi des services d’un guide et d’une hôtesse. Le paquete comprend également un déjeuner et les entrées sur les sites touristiques.

Départ à 7 heures de la gare routière de Puno. Les passagers sont peu nombreux, une quinzaine, dont deux Helvètes francophones avec qui nous sympathisons immédiatement. Ils effectuent un voyage au long cours en Amérique andine et nous échangerons nos expériences tout le long du trajet, ce qui fera passer le temps plus vite, car il y a plus de dix heures de route !

Comme pour l’excursion au canyon du Colca, le guide bilingue (espagnol/anglais) nous donne de multiples explications et nous gratifie systématiquement au début de chacune de ses interventions de « friends » et « amigos », mais pas de « chicos » (on a de la classe ici tout de même !). Six arrêts au total sont prévus et notre guide devra bien gérer son temps, ce qu’il fait très bien, avec fermeté et diplomatie !

Après avoir traversé l’horrible ville de Juliaca, et après deux heures de route, nous atteignons Pucará, un village aujourd’hui somnolent, mais qui fut un important centre de civilisation au cours de la période dite Formative Tardive (500 av. J.C. – 200 apr. J.C.). Nous visitons le petit Museo Lítico qui expose d’impressionnantes sculptures monolithiques anthropomorphes caractéristiques du « style Pucará ». Des toritos, petits taureaux d’argile ornent le toit des maisons.


Pucara 

Courte halte au col de La Raya (4 338 m), le point culminant du trajet, situé sur la ligne de partage des eaux entre le bassin-versant du lac Titicaca et le bassin amazonien par le rio Vilcanota qui draine la Vallée Sacrée. Il y aurait, paraît-il, une vue sur les sommets andins enneigés ! Bof, bof, le paysage n’est pas à couper le souffle, d’ailleurs nous n’avons plus le souffle court, maintenant ! Il y a surtout de quoi faire des achats de tissus ethnique… Le bus commence ensuite la longue descente vers Cuzco en longeant le rio Vilcanota et en passant à proximité de jolis (une fois n’est pas coutume) villages d’altitude dans cette vallée verdoyante. Au bord de la route, les masures aux murs peints d'affiches électorales ne sont pas rares.




Encore 186 km et plusieurs heures de route ! 

À midi, nous arrivons à Sicuani pour une pause-déjeuner sous la forme d’un buffet dans un immense restaurant sans âme. Inutile de préciser qu’il y avait du monde. Toutefois notre repas fut agrémenté par un groupe de musiciens locaux de talent avec charango, zampoña, quena, bombo et autres instruments moins traditionnels. Ils ne nous ont toutefois pas évité la sempiternelle ritournelle, « El condor pasa » ! Je les ai malgré tout encouragés en leur achetant un de leurs disques qui fera un heureux au retour.

Étape suivante à Raqchi pour la visite de ce qui reste d’un immense temple inca dédié au dieu créateur Viracocha. Le lieu est superbement entretenu et restauré, mais on a peine à imaginer la splendeur passée, devant ce qui ressemble à un aqueduc, mais qui en réalité, est le reste d’un des murs du temple de 92 mètres de long sur 25 mètres de large, dont le toit autrefois recouvert de bois et d’ichu (une graminée des hauts plateaux) était soutenu par 22 colonnes. Impressionnant. Mais il est déjà 14 heures, nous sommes encore à 125 km de Cuzco et il reste encore des merveilles à découvrir.


Le temple inca de Raqchi 

Le plus beau sera pour la fin de cette longue journée de voyage avec deux joyaux de l’art baroque péruvien : les magnifiques fresques de deux églises, voisines l’une de l’autre, dans les villages de Huaro et Andahuaylillas. Elles font partie de la route du baroque andin, laquelle débute à la Compañia de Jesús à Cuzco. Ce sont des sommets de la peinture murale baroque. Dès que l’on franchit le seuil de ces édifices, le regard est saisi par une profusion de couleurs. Le moindre centimètre-carré est occupé de décors et de scènes de toutes sortes.

L’église San Juan Bautista de Huaro mérite vraiment la visite avec des œuvres murales signées de Tadeus Escalante et datées de 1802, représentant notamment les thèmes du Jugement dernier, de l’Enfer et de la Mort.

L’église San Pedro Apostol de Andahuaylillas est couramment appelée la « Capilla Sixtina de America ». Il y aurait donc deux « Chapelles Sixtine » en Amérique andine, l'autre se prévalant du titre est celle de Curahuara de Carangas, en Bolivie, que nous avions visitée au cours de ce voyage. Je ne trancherai pas pour savoir qui des deux pays possède la vraie, mais celle-ci est quand même la plus belle et la plus riche. Elle a été construite par les Jésuites au XVIe siècle, au sommet d'une huaca, lieu sacré pour les Incas, comme d'autres édifices religieux espagnols. Elle a été magnifiquement restaurée récemment.

Malheureusement le temps nous est compté pour visiter en profondeur ces églises. Par ailleurs, les photos sont interdites à l’intérieur. Toutefois notre guide a eu la délicatesse de nous offrir un CD édité par l’association Ruta del Barroco Andino présentant des diaporamas assez exhaustifs sur ces églises. On pourra en savoir plus et regarder quelques photographies en cliquant sur le lien ci-dessous.

https://rutadelbarrocoandino.com/fr/san-pedro-apostol-de-andahuaylillas/

Nous arrivons vers 17h30 à Cuzco où nous attend un taxi affrété par notre hôtel, particulièrement bien situé dans une petite rue pentue qui jouxte la Plaza de Armas. Nous avons passé un excellent séjour dans cet établissement de la chaîne Tierra Viva : une valeur sûre au Pérou.

La rue de notre hôtel, à deux pas de la cathédrale et les toits de Cuzco vus de la terrasse de l'hôtel 

Nos impressions sur ce parcours touristique

Le bilan de cette journée est plutôt positif. Le voyage était confortable et nous n’avons pas eu à subir de fatigue, malgré la durée du trajet et l’altitude. Le personnel de bord et le guide ont été des plus aimables et serviables. Le fait que nous fûmes peu nombreux dans le bus a sans doute aussi contribué à rendre ce voyage agréable. Enfin et surtout c’était le seul moyen en dehors de la voiture de location de voir de très beaux sites en cours de route, notamment Pucará, Raqchi, Huaro et Andahuaylillas.

Les pelouses fleuries de la Plaza de Armas et l'église de la Compañia de Jesús  à Cuzco
23
nov

Le dimanche étant jour de marché à Chinchero, nous partons de bon matin pour ce village de la Vallée Sacrée des Incas situé à une trentaine de kilomètres de Cuzco, à 3 800 mètres d'altitude. Un taxi que nous avions réservé la veille vient nous chercher à l'hôtel.

Le temps est maussade : grisaille, pluie fine et vent froid. Peu avant le village, notre chauffeur s’arrête pour nous permettre de contempler le paysage rural. En cette saison ce sont les labours qui dominent. Notre chauffeur en profite pour nous montrer fièrement et avec un large sourire, l'emplacement du futur aéroport international de Cuzco qui fait tant polémique. C'est l'assurance de voir gonfler rapidement le flot touristique, d'ouvrir une brèche aux quotas imposés par l'UNESCO pour la visite du Machu Picchu. Mais cela réjouit notre chauffeur, qui ne semble pas se douter que l'on est en train de mettre à mal ce "gisement commercial".

Chinchero 


Arrivés à Chinchero, nous parcourons le marché. On dit qu'il est moins touristique que celui de Pisac. Il est vrai qu'il n'y a pas foule. Néanmoins on peut constater que les étals sont en grande partie destinés à une chalandise étrangère, même si l'on peut aussi observer la population locale s'affairer autour des produits agricoles régionaux : fleurs, fruits et légumes. Ce petit marché coloré, animé par des paysannes en tenues traditionnelles rouge et noir et coiffées de leur chapeau plat, ne manque pas de charme. C’est ici que nous avons vu les plus beaux costumes traditionnels au Pérou.



Chinchero a d'autres atouts : ses vestiges incas et son église coloniale. Les maisons aux murs de pisé sont bâties sur des fondations incas faites en pierre. D'origine inca également, le portique qui délimite la place de l'église. Celle-ci quant à elle, rappelle celle d'Andahuaylillas par ses fresques. Les "andenes", séries de terrasses agricoles en appareil inca sont très bien mises en valeur après restauration et constituent une belle balade.


Mais le vent se lève et il fait frisquet ici, car nous sommes tout de même à près de 3 800 mètres d'altitude. Nous retrouvons notre chauffeur auquel nous avions donné rendez-vous et c'est vers midi que nous revenons à Cuzco. L'après-midi sera consacrée à une première balade dans l'ancienne capitale inca.

Papotages à la sortie de la messe 
23
nov
Plaza de Armas 

Après la conquête espagnole en 1531, le plan en damier de la ville impériale de Cuzco a été préservé. Ainsi la Plaza de Armas se surimpose-t-elle à la grande place Huacaipata des Incas, lieu d'où partaient les quatre routes qui reliaient « le nombril du monde » (Cosqo en quechua) aux provinces de l’empire. De nombreuses rues étroites et dallées, entre deux murailles de maçonnerie inca, se présentent comme des couloirs de pierre. Des églises, des monastères et des palais baroques ont été édifiés au-dessus de la cité inca, les nouveaux maîtres ayant préservé le soubassement des édifices indigènes : la cathédrale fut édifiée sur l’ancien palais de l’Inca Viracocha, la Compañía de Jesús sur les fondations du palais de l’Inca Huayna Cápac. Les façades hispaniques blanchies à la chaux et ornées de grands balcons sont posées sur d’énormes blocs de granite qui s’ajustent parfaitement. C’est dans ce métissage de l’architecture que réside le charme de Cuzco, classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Plaza de Armas: la cathédrale et l'église de la Compañía de Jesús  (à droite)


L'église de la Compañía de Jesús et le clocher de la Merced 


d'anciens appareillages incas subsistent dans les rues de Cuzco.



Plaza de Armas 

Balade « archiépiscopale »

Le centre historique de Cuzco n’est pas très étendu et l’on peut facilement s’y déplacer à pied, y compris vers la forteresse de Sacsayhuamán. Notre première promenade pédestre à Cuzco partira de la Plaza de Armas, établie sur l’ancien espace cérémoniel inca et bordée de deux prestigieux chefs-d’œuvre de l’architecture baroque religieuse : la Cathédrale et sa rivale, la Compañía de Jesús. Nous décidons d’entrer dans la cathédrale. Tiens ! Un guichet ! En guise d’accueil pour un lieu de spiritualité, on fait mieux ! J’imagine mal cela dans la cathédrale de Reims, de Troyes ou de Langres. Entrerait-on dans un musée ? On nous propose le boleto religioso, un billet qui donne accès à la cathédrale et à trois autres édifices religieux, un ensemble qui constitue ce que l’on appelle le « circuit religieux archiépiscopal » (Ci-contre: la façade de la Compañía de Jesús).

La "Basilica Catedral" de Cuzco 

La cathédrale est en réalité un complexe de trois édifices côte à côte : le Templo de la Sagrada Familia, la Basilica Catedral et le Templo del Triunfo. On reste interdit devant tant d’exubérance, de profusion et de richesse outrancières : retables débordant de dorures, maître-autel en argent massif, magnifiques stalles en cèdre et surtout une véritable galerie de tableaux de l’école de Cuzco, parmi lesquels on remarque une Cène de Marcos Zapata (1753) où le Christ est attablé devant des fruits tropicaux et un cuy (cochon d’Inde), le plat andin.

De fait, la cathédrale ressemble davantage à un musée qu’un lieu propice à la prière ou à la méditation. Et si méditation il y a, ce devrait être à propos de la sueur et du sang des Indiens dans les mines de Potosi qui ont permis cette débauche de richesses. Et le Templo del Triunfo qui termine la visite confirme cette impression. C’est un éloge au triomphe de la « vraie foi » sur le « paganisme » indien. On se demande si l’on ne va pas sortir résolument anticlérical de ce lieu ! Bref, la cathédrale n’est pas le monument qui nous a le plus séduits. Cependant nous avons assisté à une répétition d’un chœur et orchestre très amateur, très hétéroclite et à la justesse très approximative. Mais le cœur y était et c’est l’essentiel. Une note d’humanité et de ferveur qui nous laisse un sentiment un peu plus positif en sortant de ce lieu de culte.

À l’angle du Templo del Triunfo, une rue étroite et très animée monte vers le Museo Arzobiscopal, le deuxième site de notre boleto religioso. Ce musée d’art religieux est hébergé rue Hatun Rumiyoc, dans le palais de l’archevêché, lui-même construit sur les ruines du palais de l’Inca Roca dont on remarque le prodigieux soubassement de pierres polygonales parfaitement ajustées. L’endroit ne manque pas de charme avec ses gracieux patios. Ici encore on peut voir des toiles de l’école de Cuzco.

L'ancien palais de l'archevêché 
L'appareillage inca de la rue Hatun Rumiyoc et la célèbre pierre aux douze angles 

Remontons la ruelle pavée de la Cuesta San Blas bordée de maisons aux murs d’adobe blanchis à la chaux et aux volets bleus. C’est un alignement de boutiques « artisanales », d’ateliers d’artistes, de bars, de restaurants d’où s’échappent parfois des airs de zampoña sur la sempiternelle ritournelle « El condor pasa ». Il faut bien rappeler au touriste qu’il se trouve au cœur des Andes ! Nous parvenons dans un quartier agréable qui se veut bohême, très touristique évidemment, le Montmartre local en quelque sorte. Au centre se trouve l’église San Blas aux murs blancs qui abrite un chef d’œuvre de la sculpture sur bois du XVIIe siècle : le púlpito de San Blas, une chaire en cèdre superbement ouvragée.

La cuesta San Blas 


La plaza San Blas 


Des ruelles pavées et tortueuses et quelques escaliers nous conduisent plus haut vers le nord de la ville jusqu’au belvédère de l’église San Cristobal. Plus on s’éloigne du centre, plus les rues sont sales, jonchées de déchets de toutes sortes. Un portique inca fait de gros blocs soutient la plate-forme de l’église. On a un très joli point de vue sur les toits de Cuzco, ses clochers et la Plaza de Armas. Mais la vue est plus intéressante si l’on prend la peine de monter en haut du clocher.


Une des plus belles vues sur Cuzco, depuis belvédère de l’église San Cristobal


Le quartier de l'église San Cristobal vu de la Plaza de Armas 
24
nov

A neuf heures notre chauffeur nous attend Plaza de Armas. La route grimpe rapidement sur le plateau dominant Cuzco. La mosaïque des parcelles agricoles dans les collines ondulées forme un tableau de toute beauté. Arrivés à un col, le paysage change complètement et s'ouvre sur la vallée verdoyante du Rio Vilcanota (alias Urubamba). C'est la Vallée Sacrée que nous pouvons contempler à partir d'un belvédère. Puis nous descendons rapidement vers Pisac, un gros bourg rural de quelque dix mille âmes, situé à une trentaine de kilomètres de Cuzco, à moins de 3 000 mètres d'altitude et connu pour son fameux marché dominical devenu ultra touristique. Les ruines incas sont perchées 400 mètres plus haut.


Pisac et la vallée de l'Urubamba 


Arrivés sur le site, que de monde ! Mais compte tenu de l'immensité du périmètre archéologique, la foule des visiteurs se diluera assez rapidement. Contrairement à la veille, il fait très beau, mais la chaleur est accablante, ce qui rendra pénible la visite qui tient un peu de la randonnée pédestre compte tenu des distances, sur un chemin qui devient de plus en plus escarpé vers la dernière partie du site (il y a même un petit tunnel).

Ce qui est frappant quand on arrive à Pisac ce sont les courbes de niveau harmonieuses formées par les "andenes", des terrasses de cultures incas parfaitement conservées qui s'accrochent aux versants escarpés. Pisac était donc un centre agricole. C'était aussi un centre religieux et une citadelle militaire qui défendait l'entrée orientale de la Vallée Sacrée. Le site comprend trois secteurs distincts et distants les uns des autres. A mes yeux, la partie la plus belle et la plus intéressante est le secteur religieux superbement conservé, aux pierres admirablement ajustées, notamment le temple du soleil, au centre duquel se dresse l'Intihuatana, une sorte d'instrument astronomique pour déterminer les dates des travaux agricoles. De là on bénéficie d'une belle vue sur Pisac et la vallée. Il nous aura fallu pas moins de trois heures pour arpenter ces ruines. C'est sans doute, après le Machu Picchu, le plus beau site inca que nous ayons vu.



Le temple du Soleil 

Nous poursuivons notre route vers l'ouest en passant par la petite ville d'Urubamba et un certain nombre de villages. La vallée s'élargit et devient de plus en plus belle, dans un cadre montagneux grandiose. C'est une vallée fertile et riante, comme en témoignent les cultures variées de part et d'autre de la route.

Arrivés à Ollantaytambo vers 15 heures, nous nous installons à l'hôtel El Albergue. On ne peut pas trouver meilleure situation que cette auberge pour prendre le train du Machu Picchu le lendemain aux aurores, puisque qu'il est hébergé dans la gare ! Mais c'est vraiment son seul atout, car cet endroit, véritable usine à touristes, est TRÈS animé ! Par ailleurs notre chambre était vétuste, peu fonctionnelle et avec des odeurs dans la salle de bain. On vient vous déranger dans votre chambre après neuf heures du soir, sans se soucier de savoir si vous dormez. Et je ne parle pas de la qualité de l’accueil et du service… On affiche trois étoiles pour une auberge qui ne fait que profiter d’une rente de situation. Notre plus mauvaise adresse de tout le voyage !

Ollantaytambo, ancienne ville inca  
25
nov


Après le petit déjeuner à l'hôtel servi très tôt et de mauvaise grâce, nous n'avons que la porte de la réception à franchir pour être sur le quai dès six heures. L'embarquement se fait en bon ordre sous l'œil vigilant du personnel très aimable. Les voitures sont complètes, d'où la nécessité impérieuse de réserver ses places à l'avance. Le train est plutôt lent et bruyant. Contrairement à ce que nous croyions, nous n'avons pas trouvé le paysage particulièrement spectaculaire : la vallée est très encaissée, la végétation subtropicale très dense et la voie ferrée passe sous de nombreux tunnels. De temps à autre s'ouvre une fenêtre sur un sommet enneigé, un glacier, des fortifications ou des andenes incas très haut perchées.


Au terme d’une heure et demie de voyage pour parcourir quarante-quatre kilomètres, nous débarquons en gare d'Aguas Calientes installée dans un bazar à touristes, un vrai dédale qu’il faut traverser pour en sortir avec difficulté. Ça commence bien ! « Une atmosphère de bout du monde, une ambiance de pionniers », ai-je lu sur mon guide. Un bout du monde ? Sans doute, car cette localité encaissée entre d’imposantes parois ne voit plus le soleil dès seize heures et n’est desservie par aucune route. Village de pionniers ? On pourrait le dire, si un tel lieu est synonyme d’inachevé, de travaux perpétuels, d’urbanisme anarchique. Et si les « pionniers » sont à la recherche d’un gisement, c’est plus que certain, puisqu’ils ont ils ont trouvé la ressource à exploiter : le gringo ! Nous nous sommes donc félicités de ne pas avoir dormi dans cette ville glauque, sale, sans charme et véritable usine à touristes avec tous les mauvais côtés que cela comporte, notamment le calamiteux rapport qualité-prix des hébergements ! Nous sommes heureux d’avoir choisi Ollantaytambo comme lieu de séjour, car ce village a beaucoup plus de charme.

Après avoir acheté nos billets à prix d’or, nous nous entassons (c’est le mot !) dans la première navette disponible. Le trajet pour gravir les quelque quatre cents mètres de dénivelé par une piste étroite et tortueuse dure une demi-heure. De temps à autre se dévoilent de belles vues plongeantes sur la vallée encaissée de l'Urubamba. Au total il nous aura fallu depuis Ollantaytambo, deux heures pour parvenir à la célèbre citadelle, mais suffisamment tôt, avant l’arrivée massive des visiteurs.

Et si foule il y a, c’est aussi la foule des interdits auxquels nous sommes soumis, des plus évidents comme grimper ou faire des graffitis sur les murs de la cité inca, aux plus tracassiers comme introduire de quoi manger, en passant par les plus insolites comme… pratiquer le nudisme ! Des règles draconiennes sans doute pour prévenir les incivilités visiteurs qui ont coutume d'abandonner leurs déchets. Quoiqu’il en soit, entre ce qui est écrit et la réalité, il y a une différence car nous n’avons pas été empêchés de pique-niquer discrètement, comme d’autres, sur le sentier d’Intipunku et, d’une manière générale, si les gardiens sont fermes (quelques coups de sifflets contre des contrevenants), ils sont aussi très aimables.

Une fois le contrôle passé à l’entrée, on suit le sentier qui monte le long des terrasses agricoles, on atteint la maison dite des gardiens, et là c’est le choc ! On a beau avoir vu des centaines de fois photos ou documentaires sur ce site, nous sommes littéralement happés et envoûtés par la vision de ce lieu, d’autant que des nuées l’enveloppent d’un certain mystère. Le soleil éclaire juste ce qu'il faut ! On imagine à quel point Hiram Bingham, l'inventeur officiel supposé (car il ne serait pas le premier à les avoir redécouvertes) des ruines, fut émerveillé par cette apparition.


Il n’y a pas encore foule à ce moment-là et nous en profitons au maximum. Le site est remarquablement entretenu, d'ailleurs un troupeau de lamas contribue à la tonte des pelouses, ce qui ajoute une charmante touche andine au paysage. Nous sommes admiratifs devant les prouesses architecturales de cette civilisation, devant ces énormes blocs de pierre polie, aux angles multiples, parfaitement ajustés, devant cette ingénierie hydraulique, devant cet urbanisme harmonieux et audacieux.




Après notre petit pique-nique, je suis monté, jusqu'à la Porte du Soleil (Intipunku) qui marque la fin du sentier de l'Inca en une heure aller et retour. La vue est superbe sur la vallée et la citadelle au loin. Nous quittons le site archéologique vers 14 heures. Au total nous serons restés près de six heures sur le site, ce qui nous a permis de bien nous imprégner des lieux.

La file d'attente pour reprendre la navette vers Aguas Calientes s'était considérablement allongée. Le train vers Ollantaytambo étant prévu à 15h50, nous avons tué le temps dans ce bourg sans intérêt, le temps de prendre une boisson à un prix quasi parisien et d'assister à une manifestation de jeunes enfants encadrés par leurs professeurs pour protester contre la violence familiale et les mauvais traitements infligés aux femmes. Une autre réalité péruvienne…


Bilan de la journée


Ce fut une des plus belles de notre voyage. Le Machu Piccu a largement tenu ses promesses et nous sommes heureux de l'avoir vu : aucune photographie ne remplacera une visite sur place. Sur le plan de l'affluence, il y a eu un peu de pression en milieu de journée, mais c’était supportable, si ce n’est la nouvelle plaie des "selfies", souvent avec perche, un marqueur de l'ego caractéristique de nos sociétés. Peut-être une nouvelle interdiction en vue ?

Mise en garde contre une petite bébête invisible et pourtant très agressive. Des nuées de moucherons (des zancudos) nous ont littéralement dévoré les mollets et nous avions encore des démangeaisons plusieurs jours après ! Et nous n’étions pas les seuls dans ce cas. Donc pour visiter le Machu Picchu il est conseillé de se couvrir et de se munir d’un répulsif. Euh… celui-ci fait aussi partie de la liste des interdits !

26
nov

La citadelle inca d'Ollantaytambo

Si Pisac contrôlait l'entrée orientale de la Vallée sacrée, Ollantaytambo en défendait l'accès occidental. C'était l'une des cités incas les plus importantes et son impressionnante citadelle est à visiter de préférence le matin. C'est pourquoi aux premières heures de la matinée, nous traversons le village d'Ollantaytambo à pied pour nous rendre à la forteresse dès l'ouverture. Nous avons donné rendez-vous à notre chauffeur devant le site à dix heures. Cela nous laisse suffisamment de temps pour arpenter les ruines et déambuler dans le village qui a su conserver un fort caractère inca. À cette heure il y a peu de monde et nous profitons de la belle lumière matinale qui illumine le site.

Il nous faut d'abord grimper péniblement une envolée de terrasses agricoles par des marches abruptes pour arriver en haut de la citadelle, d'où l'on bénéficie d'une belle vue sur la ville, la vallée et en face, accrochés à la paroi, les ruines des greniers de la montagne Pinkuyllun. Nous sommes impressionnés par les énormes monolithes de porphyre rouge du temple du Soleil.

La citadelle d'Ollantaytambo

Les amphithéâtres agronomiques de Moray

Une heure de route de terre nous conduit par de très beaux paysages de montagne, au site inca de Moray. L'endroit est assez isolé, mais tout de même fréquenté. Ces terrasses concentriques en cuvette, très restaurées, sont supposées avoir été conçues pour recréer les conditions climatiques des cultures, une sorte de laboratoire agronomique. Le site vaut aussi pour le paysage rural aux teintes mordorées, sur fond de montagne enneigée. C'est la saison des labours.



Les salines de Maras

Tout près de là, une piste mène à un autre site fascinant, à proximité du village de Maras. En route notre chauffeur prend une passagère, car apparemment il n'y a pas de transport en commun dans le secteur. Subitement, au détour d'un virage nous découvrons en contrebas de la route un paysage insolite et très photogénique, fait d'une multitude d'alvéoles en terrasses au fond d'une vallée encaissée, formant une mosaïque de brun, d'ocre, de jaune et de blanc. Nous entreprenons une petite balade au milieu de ces salines où quelques ouvriers s'activent à récolter le sel et à le conditionner.


Nous arriverons vers 14 heures à Cuzco : installation dans le même hôtel et la même chambre que les jours précédant notre escapade dans la Vallée sacrée ; déjeuner ; flânerie en ville et repos.

Cuzco: plaza de Armas 
27
nov

La forteresse de Sacsayhuamán

En début de matinée, nous sommes montés en taxi vers cette forteresse inca, puis redescendus à pied vers la ville par un ancien escalier inca, via l’église San Cristobal. C’est certainement le troisième plus beau site archéologique inca que nous ayons vu après le Machu Picchu et Pisac. La forteresse, constituée de trois remparts successifs disposés en dents de scie, domine la ville. Ici encore le lourd appareillage inca est impressionnant. Des lamas et des alpagas paissent dans les herbages à l’intérieur et autour du périmètre archéologique. Nous avons prolongé la balade vers la très grande statue du Cristo Redentor qui semble bénir l’ancienne capitale inca. De ce belvédère, on embrasse toute la ville ainsi que les montagnes environnantes.

La Merced et le quartier San Francisco.

À deux pas de la Plaza de Armas, l’église et le monastère de La Merced offrent une atmosphère de sérénité, grâce à son cloître à deux étages soutenus par des colonnes corinthiennes et son jardin fleuri orné d’une fontaine. Sa tour massive surmontée d’une coupole fait partie du tableau contemplé depuis la Plaza de Armas. Comme dans les autres églises, riches retables baroques et toiles de l’école de Cuzco. Dans une crypte on peut voir de joies fresques naïves du XVIIIe siècle. Cependant du fait de la lourdeur du style architectural de l’édifice, ce n’est pas le plus beau monastère que nous ayons vu au Pérou.

Un peu plus loin, vers l’ouest s’ouvre la Plaza San Francisco dominée par l’église et le couvent éponymes, beaucoup plus sobres que La Merced. C’est un quartier populaire où règne une l’atmosphère bon enfant et où il fait bon flâner.

28
nov

Coricancha

Le plus bel exemple du syncrétisme architectural cusquénien est le Temple du Soleil ou Qoricancha qui associe deux monuments en un même lieu : le temple inca et le couvent Santo Domingo. Depuis cinq siècles le couvent Santo Domingo et son église recouvraient le Qoricancha qui fut accidentellement redécouvert à la faveur, si je puis dire, du séisme de 1950. Il faut beaucoup d’imagination pour restituer mentalement cet immense édifice dont les murs étaient entièrement recouverts d’or et qui ont ébloui les conquistador (Qoricancha, littéralement « mur d’or » en quechua).

Le soubassement inca d'andésite et de granite du chevet de l'église Santo Domingo 


L'appareillage inca parfaitement ajusté d'une des salles du Qoricancha et le cloître de Santo Domingo. 

Il y a beaucoup à voir à Cuzco, surtout des édifices religieux : cathédrale, églises et cloîtres, ainsi que de nombreux musées. Bien sûr en trois jours, nous sommes loin d’avoir exploré cette ville. Saturés des retables baroques ruisselant d’or, nous avons volontairement délaissé la Compañia de Jesús. On peut voir ici ce que nous aurions manqué (ou pas !)


Certains musées furent décevants. C’est le cas du Museo Casa Concha, dans une très belle maison coloniale récemment restaurée, mais dont les quelques pièces exposées et les photographies anciennes du Machu Picchu ne méritent pas le prix d’entrée demandé. D’autres enfin, inclus dans le « boleto turistico », sont franchement nuls : le Museo de Sitio de Qoricancha et, non loin de là, le Museo de Arte Popular.


Nous ne fûmes donc pas des visiteurs stakhanovistes; peut-être est-ce dû à une certaine lassitude en fin de voyage, lassitude aussi de mettre sans arrêt la main au porte-monnaie pour la moindre visite, y compris dans les églises. Nous avons beaucoup flâné dans les rues, devant un verre sur un des balcons de la Plaza de Armas, ou sur un banc de la Plaza San Francisco à observer les scènes de rues animées par le petit peuple cusquénien.

Place de las Nazareñas 


Impressions mitigées sur Cuzco.

La ville est très belle ; elle offre un patrimoine historique et culturel d’exception. Cependant elle est sale dès que l’on s’éloigne du cœur monumental et surtout elle est victime de son succès touristique, qui explique sans doute la dégradation de l’environnement urbain. On est sans cesse sollicité, sans harcèlement toutefois, par des vendeurs de rue ou des paysannes en costume accompagnées d’un lama ou d’un agneau pour la photo souvenir. Des ruraux venus de la montagne pour profiter de la manne touristique et gagner quelque argent. C’est une ville fatigante et nos pauses sur un banc public ou à la terrasse d'un café furent salutaires.

Ces gens qui tentent de gagner quelques sols avec les touristes se sont fait chasser par la police! 
29
nov

En un coup d'aile nous voici de retour dans la capitale péruvienne en fin de matinée où nous passerons notre dernier week-end péruvien (voir ici).

Impressions péruviennes

Quel bilan au terme de ce voyage ?

Les plus 

1) L'accueil

Nous avons apprécié la grande gentillesse, la courtoisie et la serviabilité des Péruviennes et des Péruviens et l’excellent accueil qui nous a quasiment toujours été réservé de la part des professionnels du tourisme, y compris dans les lieux hyper-touristiques. Rappelons par exemple la grande sollicitude de la part de deux policières à Lima quand nous leur avons demandé de l’aide pour nous obtenir un taxi sûr.

2) L’excellente infrastructure touristique

Un parc hôtelier de bonne qualité, des routes correctes, des voyages en bus confortables et une organisation bien huilée des excursions et tours. Enfin la qualité culinaire de la restauration est à souligner. Donc voyager au Pérou est très facile.

3) Un patrimoine remarquable

Tant au niveau des cultures inca et pré-incas que de la période coloniale, le patrimoine péruvien est éblouissant. Et ce patrimoine est bien conservé et mis en valeur. Parmi les plus beaux sites, on peut citer les musées de Lima, le monastère de Santa Catalina à Arequipa, la Plaza de Armas à Cuzco, l’église d’Andahuaylillas, la forteresse de Sacsayhuamán, le site de Pisac. Enfin, bien sûr, le Machu Picchu qui a tenu ses promesses, nonobstant l’afflux des visiteurs (mais fin novembre, l’affluence fut supportable).

Arequipa 

4) Des paysages et des sites grandioses.

La Vallée Sacrée offre de superbes paysages ruraux aux couleurs changeantes. Entre Arequipa et le canyon du Colca, l’altiplano encadré de volcans, a été un des points forts du voyage. Toutefois nous avons été bien plus émerveillés par les paysages des parcs nationaux de Lauca et Sajama, aux confins du Chili et de la Bolivie ou ceux de la puna de Atacama dans le nord-ouest argentin.

Les moins

1) Une trop forte pression touristique.

Certes nous avons contribué à la forte fréquentation du Machu Picchu et d’autres sites. Mais ce qui est pénible, ce sont les comportements de groupes bruyants et indisciplinés. Il semblerait que le Pérou soit devenu une sorte d’annexe touristique de l’Amérique du Nord. On entendait plus souvent parler l’anglo-américain que le quechua ou l’espagnol. Par ailleurs ce tourisme de masse constitue une chalandise qui, comme dans tous les lieux hyper-touristiques, attise les comportements mercantiles. Les rues de Cuzco ou d’Arequipa sont un alignement de restaurants, bars, agences de voyage, boutiques en tout genre qui proposent des articles de qualité inégale, trop souvent de mauvais goût et toujours très chers.

Dans cette partie du pays, le touriste semble généralement considéré comme une ressource à exploiter au maximum. Pour ne prendre qu’un exemple, c’est particulièrement le cas pour visiter le Machu Picchu : on n’aura jamais payé aussi cher un billet de train, même au Japon : 121 US$ par personne pour les 44 km entre Ollantaytambo et Aguas Calientes et retour ! Ça fait cher du kilomètre, un record ! Et encore, ce n’était pas le tarif le plus élevé ! Avec les droits d’entrée au tarif « gringo » et la navette, cela donnait en 2014 un total de 362 US$ pour nous deux, rien que pour accéder et visiter la célèbre citadelle inca ! À cela s’ajoute le coût de l’hébergement au rapport qualité/prix calamiteux ! Le Pérou est donc un pays cher (bien plus cher que d’autres pays d’Amérique latine comme la Colombie ou le Mexique) et il faudra consacrer une somme importante au poste « visites » dans le budget.

Arequipa 

2) Une crasse omniprésente et un urbanisme désordonné.

Si l’on excepte les centres historiques autour de la Plaza de Armas, le Pérou, c’est l’anti-urbanité : les villes semblent faire un concours de laideur et la circulation y est anarchique (je suis heureux de ne pas avoir fait le choix de la voiture de location). Quant à la propreté, même sur la Plaza de Armas de Cuzco, pourtant bien fleurie et bien entretenue, il y avait des effluves nauséabonds. Et dès que l’on quitte le centre, les rues sont jonchées de détritus.

3) L’altitude et le climat

Ce furent des facteurs de grande fatigue. Nous n’avons pas subi le mal des montagnes, car nous avions soigné l’acclimatation, mais rester constamment à des altitudes élevées fatigue les organismes (nous ne sommes plus tout jeunes) et les brusques variations de températures associées au vent ont fait le reste : donc rhinites à répétition et un voyage fatigant.

4) Une restriction aux photographies à l’intérieur de certains monuments.

Si l’on peut photographier librement les vitrines des musées de Lima ou l’intérieur des édifices religieux à Arequipa, il n’en est rien dans la région de Cuzco où une sorte de brimade anti-touristes interdit de photographier les magnifiques fresques à l’intérieur de l’église d’Andahuaylillas et de bien d’autres lieux.


Malgré ces réserves, le Machu Picchu et la richesse de héritage précolombien de ce pays valent à eux seuls un voyage au Pérou.