Carnet de voyage

Bhoutan, ultime royaume himalayen

20 étapes
2 commentaires
Un périple de deux semaines dans ce petit royaume himalayen à nul autre pareil, de culture bouddhiste et tibétaine, ancré dans ses traditions et où s’est élaboré le concept du bonheur national brut.
Novembre 2016
2 semaines
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7
nov

Lundi 7 novembre 2016 à midi

Depuis une trentaine de minutes, nous survolons la plaine du Gange, quand subitement apparaissent au-dessous de nous les premiers contreforts de la montagne. Sur notre gauche se profilent les sommets étincelants de la chaîne du Grand Himalaya, notamment le Kangchenjunga, le 3e géant du monde, à 8 586 mètres d’altitude.

Le massif du Kangchenjunga, troisième sommet du monde, à 8586 mètres d’altitude. 

L’avion du vol Drukair en provenance de Calcutta, se faufile entre les versants escarpés et couverts d’épaisses forêts et se rapproche dangereusement de la montagne, des toits des temples et des maisons de cette vallée encaissée. Une manœuvre délicate pour le pilote. Après un court instant d’appréhension, l’appareil se pose sans encombre en seuil de piste à l’aéroport de Paro, à 2 300 mètres d’altitude. Le soleil brille, l’air est cristallin. Il flotte une atmosphère exceptionnelle de calme, de sérénité, de quiétude. Après seulement une heure dix de vol, nous sommes loin, très loin de la trépidante Calcutta ! Nous voici au Bhoutan !

Le Jomolhari domine la vallée de Paro de ses 7320 mètres 


Située à une heure de route de la capitale Thimphu, Paro est la seule porte d’entrée par la voie aérienne de ce petit pays. Comme une marque de bienvenue, la modeste aérogare est, avec son architecture typique et sa profusion de décors peints, à l’image de ce qui nous attend au Bhoutan. Les formalités d’immigration sont étonnamment rapides pour un pays où il n’est pourtant pas facile d’entrer. Il est vrai qu’il n’y avait aux contrôles que la centaine de passagers de notre vol et que nos visas avaient été établis en amont par notre agence locale.

Paro: la vallée, le dzong et la piste de l'aéroport 

Nous sommes accueillis par Tashi, le directeur notre agence « Across Bhutan ». Courtois et jovial, Tashi s'exprime dans un excellent français. Il arbore le gho, le costume national bhoutanais traditionnel, une sorte de kimono assorti de hautes chaussettes noires et d’élégantes chaussures bien cirées. Nous sommes conduits en voiture jusqu’à un restaurant. Chemin faisant, nous remarquons l’architecture singulière de chaque maison et la richesse de leurs décorations. Déjà nous apercevons au loin la puissante forteresse (ou dzong) qui domine la vallée de Paro. Nous sommes sous le charme. Avec ces premières découvertes, ce voyage au Bhoutan s’annonce prometteur !

A l’auberge, de style traditionnel elle aussi, nous attend notre premier déjeuner bhoutanais, un repas simple et délicieux, à base de légumes frais, de riz et de poulet, le piment étant en option pour nous, touristes occidentaux. Comme tous des Bhoutanais, Tashi est une personne très souriante. Il nous parle abondamment de son pays, de ses traditions, de sa culture mais aussi de ses problèmes.

On nous conduit ensuite à notre hôtel, le Gangtey Palace qui surplombe la vallée, face au dzong. « Palace » est un bien grand mot pour cette ancienne résidence des gouverneurs de Paro convertie en « hôtel de charme » avec un côté « heritage ». L’endroit est un peu vieillot mais la chambre est confortable, et surtout chauffée, avec une vue imprenable sur la vallée, les rizières et le dzong. Nous serons dès la première nuit plongés dans une ambiance authentiquement bhoutanaise.



Mais au fait, le Bhoutan, c’est où ?

Le royaume du Bhoutan fait souvent figure de terre inconnue pour la plupart d’entre nous. Niché dans l’Himalaya oriental, à l’est du Népal avec lequel il ne partage pas de frontière commune, c’est un pays peu peuplé (moins d’un million d’habitants) et grand comme la Suisse. Comme la Suisse c’est un pays de montagnes et comme elle, il est enclavé. Mais ici s’arrêteront les comparaisons avec la Confédération helvétique !

En fait, plus qu’enclavé, le Bhoutan est un pays littéralement coincé entre deux géants : la Chine au nord (le Tibet, plus exactement) et l’Inde au sud. Il s’étend sur environ 300 km d’est en ouest et seulement 170 km du nord au sud, selon un gigantesque escalier, de la haute montagne himalayenne (plus de 7000 m d’altitude) à la frange des plaines tropicales du Teraï, le long de la frontière avec l’Inde. Cette configuration géographique, en a fait longtemps un pays isolé et en quelque sorte protégé de ses voisins. Les vallées médianes, que nous parcourrons, sont les régions les plus fertiles et les plus peuplées. Elles furent longtemps difficiles d’accès car les vallées tropicales insalubres et inhospitalières du sud, entrecoupées de gorges, formaient une véritable barrière. En revanche, le Grand Himalaya n’a jamais constitué un réel obstacle pour les échanges commerciaux et culturels avec le Tibet par des cols aisément franchissables, jusqu’à la fermeture de la frontière en 1959.

Sur le plan géopolitique cette situation entre les deux grandes puissances d’Asie place le Bhoutan dans une position délicate. Pour ne pas subir le sort du petit royaume du Sikkim voisin, annexé par l’Inde en 1975, le Bhoutan a donc dû faire un choix et se tourner vers son débouché économique « naturel », l’Inde dont il dépend entièrement pour ses importations. Ce qui lui permet de rester l’ultime royaume indépendant de l’Himalaya, mais aussi un quasi protectorat de facto de son puissant voisin.

Avant de poursuivre le récit de notre périple à travers le Bhoutan, examinons ce que l’on dit sur ce petit pays : vrai ou faux ?


1 - Le Bhoutan est un pays à nul autre pareil

C'est certain !

Longtemps fermé aux étrangers, le Bhoutan jalousement attaché à ses traditions ancestrales, a su conserver une civilisation originale et une très forte individualité face à l’uniformisation galopante du Monde. Dès que l’on pose le pied sur le sol bhoutanais, on se sent dépaysé. J’ai déjà dit que nous avions été accueillis par Tashi en tenue traditionnelle. Or nous avons pu constater dès le premier jour, que cette tenue est couramment portée en ville et n’a rien d’un artifice pour touristes en mal d’exotisme. A l’école, au lycée, au travail, dans les administrations ou dans les lieux sacrés, le port du gho pour les hommes ou du kira, pour les femmes, est une obligation légale par décret royal. Notre guide et notre chauffeur porteront toujours cette tenue (sauf en randonnée), tant qu’ils nous accompagneront, c'est-à-dire qu’ils exerceront leur activité professionnelle. Ils ne la quitteront que le soir à l’hôtel ou en randonnée.

Tradition et modernité à Thimphu, la capitale. 


Aucune comparaison n'est possible avec les anciens royaumes bouddhistes voisins que nous avions pu découvrir lors d’autres voyages, à l’occasion de trekkings notamment (Ladakh, Zanskar, Sikkim, Mustang), pourtant très proches d’un point de vue géographique et culturel. Ne serait-ce que par l’architecture des édifices civils et religieux, le Bhoutan est très différent. L’architecture bhoutanaise fait l’objet d’un cahier des charges très strict, aussi bien dans les campagnes qu’en ville. On le remarque notamment lors de la construction d’une maison neuve où un soin particulier est donné aux encadrements des portes et des fenêtres trilobées, surmontées d’un linteau, ainsi qu’aux corniches d’où émergent de petits madriers de section carrée, le tout finement sculpté et rehaussé de motifs auspicieux. Les toits de bardeau à deux ou quatre pans, en pente douce, abritent généralement un grenier aéré. En ville le nombre d’étages des immeubles est limité à trois ou quatre. Le style bhoutanais s’impose donc dans le paysage, les autres types d’architecture étant bannis par décret royal. Tout comme sont interdits également les panneaux publicitaires. Dans quel autre pays au monde le paysage est-il épargné par la publicité ?

Le village de Haa à l'ouest du Bhoutan 



Une maison en construction dans le style traditionnel bhoutanais 


L'oiseau mythique Garuda et le serpent: une iconographie répandue sur les façades des maisons


Un autre décor surprenant pour nous occidentaux, mais très répandu lui aussi: le phallus protecteur 

Un édifice est particulièrement emblématique de l’identité architecturale bhoutanaise : le dzong. Imposante bâtisse aux murs inclinés peints à la chaux, le dzong est un monastère fortifié, en même temps qu’un lieu du pouvoir. Une pure merveille architecturale. Construits en des points stratégiques du pays, à la convergence des vallées, les dzongs sont des chefs-d'œuvre de l'art bhoutanais. Habillés de fenêtres et de balcons de bois finement sculptés, le tout rehaussé par de larges frises aux motifs multicolores, ces édifices à la fois robustes et raffinés comportent un donjon érigé généralement au centre de deux cours principales, la première étant réservée à l'administration civile, la seconde à la vie monastique. Nous avons visité certains d’entre eux, parmi les plus importants, à Paro, Punakha, Trongsa, Jakar et près de Thimphu, le très ancien dzong de Simtokha.

Le Dzong de Trongsa, au centre du pays. 

Le pays a su préserver non seulement un riche patrimoine culturel et artistique, mais aussi naturel et paysager. La Nature fait l’objet de mesures de protection très strictes. Nous avons été ébahis par la magnificence des forêts qui recouvrent 70% du territoire. Des arbres en excellente santé : pins de l’Himalaya, cèdres du Bhoutan, gigantesques magnolias et rhododendrons. La flore est d’une richesse exceptionnelle et près de 60% des espèces sont endémiques. Évidemment, pour les fleurs (rhododendrons et magnolias notamment), l’automne n’était pas la bonne saison. Pour cela il faut venir en avril-mai, mais le ciel sera plus brumeux. Malgré tout, nous avons eu la chance de voir de nombreuses orchidées sauvages lors d'une randonnée.

Quant à la faune, elle est abondante, les Bhoutanais n’étant pas des chasseurs. Bien sûr nous ne verrons ni le Léopard des neiges, ni le Panda roux, ni l’Ours à col blanc, mais nous aurons l’occasion de croiser des familles entières de singes Langur et d’observer à distance les altières grues à col noir qui migrent du Tibet et qui font l’objet d’une protection particulière. Quant à l’emblème national, le Corbeau, nous le verrons partout, dans les campagnes, en ville, dans les cours des monastères.

Ajoutons la gentillesse des Bhoutanais et tout cela fait de ce petit royaume himalayen un pays singulier, un pays à part, un pays qui exerce un certain enchantement.


2 - Le Bhoutan est un pays de culture tibétaine


OUI et NON

Il est vrai qu’au Bhoutan, la majorité Drukpa est une ethnie tibétaine qui partage le même mode de vie, la même religion et la même écriture que les Tibétains. Elle partage également une histoire commune depuis le VIIe siècle, date de la fondation de la nation tibétaine. Les régions constituant le Bhoutan actuel alors dénommées «Vallées du Sud », faisaient partie intégrante du « grand Tibet ».

Le Jomolhari (7 320 m) marque la frontière entre le Bhoutan et le Tibet 

Toutefois au XVIIe siècle le Bhoutan devint un État indépendant grâce au charisme exceptionnel d'un lama tibétain, nommé Ngawang Namgyel, qui réussit à unifier les «Vallées du Sud » en une seule nation le Druk Yul, le « Pays du Dragon du tonnerre », c'est-à-dire le Bhoutan actuel. Ce personnage reçut le titre honorifique de Shabdrung, « celui aux pieds duquel on se soumet ». En habile politicien, il édifia les fameux dzongs et instaura un double mode de gouvernement avec un chef temporel et un chef spirituel ainsi qu’une administration et un système judiciaire efficaces.

A partir de là se sont développés les éléments de l'émergence d'une culture bhoutanaise distincte. Parmi ces éléments, le costume national, une architecture spécifique, une langue originale, le dzongkha qui est un dialecte du tibétain, une forme de gouvernement, la monarchie depuis 1907.

Ceci étant, il ne faut pas oublier la minorité Lhotsampa (environ 30% de la population), d'origine népalaise et installée dans le sud Bhoutan à partir du début du XXe siècle. Majoritairement hindouistes, les Lhotsampa parlent le népali et obéissent au système des castes. Les différences culturelles semblent avoir produit un clivage avec la majorité Drukpa, ce qui n’est pas sans poser un problème politique épineux dans le pays.

Zodiaque tibétain, dzong de Punakha 
Roue de la vie tibétaine, dzong de Trongsa 


3 - Le Bhoutan est un pays bouddhiste.


Résolument ! Le bouddhisme est un marqueur puissant du paysage et de la vie quotidienne de ce petit royaume.

Ce que partagent les Bhoutanais avec le Tibet, c’est la religion, du moins si l’on fait abstraction de la minorité Lhotsampa. Le bouddhisme est la religion d’État et sa pratique est omniprésente. Le bouddhisme tantrique fut introduit au Bhoutan dès le VIIIe siècle par un maître d’origine indienne, Padmasambhava, appelé Guru Rinpoché (le précieux maître). Il est considéré comme le Second Bouddha et vénéré sous ses Huit Manifestations aussi bien au Tibet qu’au Bhoutan.

Représentation moderne er rupestre de Padmasambhava Guru Rinpoché 

Le territoire est couvert de monastères et de temples. Des milliers de drapeaux de prières colorés flottent au vent et dispersent leurs invocations à travers le monde. Il y en a partout, à chaque col, à chaque confluence, à chaque carrefour… Ils font vraiment partie du paysage. De même que les multiples moulins de prières manuels ou hydrauliques, les chortens, les stupas ou les murs de mani. Ces derniers sur le chemin d’un monastère ou à l’entrée d’un village, sont murs de pierres entassées ou maçonnées et gravées du célèbre mantra du bouddhisme, « Ôm mani padme um ». Chaque façade de maison est ornée de symboles religieux, comme les Huit signes auspicieux : la Conque blanche, le Nœud sans fin, la Roue de la Loi, le Lotus, etc.


Un chorten dans la montagne 


Moulins de prières 
Moulin de prières hydraulique et mur à mani dans une vallée du Bumthang 

Et puis surtout il y a cette ferveur des Bhoutanais. Les rituels sont nombreux : offrandes, prières, invocations. Des femmes en mal de maternité se rendent en pèlerinage au temple de Chime Lhakhang près de Lobeysa. À Thimphu, les pèlerins tournent 108 fois autour du Memorial Chorten (dans le bouddhisme 108 est un nombre sacré). Nous avons entendu à plusieurs reprises notre guide murmurer le mantra Ôm mani padme um, lors de la montée vers un monastère, notamment au Taktsang, le fameux monastère du Nid du Tigre, accroché à la paroi rocheuse. Participer à une puja dans un monastère est un grand moment de spiritualité. Toutefois il n’est pas rare de surprendre un jeune moine jouer du pouce sur son Smartphone caché sous sa robe pourpre...

Thimphu, pèlerins faisant le tour du Memorial Chorten 



Moines dans une cour du dzong de Trongsa 

Enfin, on ne pas vient au Bhoutan sans assister à l’un des nombreux festivals qui s’échelonnent toute l‘année (sauf en été, la saison des travaux des champs) dans chaque monastère du pays. Les plus connus sont les Tschechu, en l’honneur de Guru Rinpoché. Ils durent de trois à cinq jours. Les moines se livrent, masqués ou non à des danses très codifiées et chargées de symboles, notamment la danse dite des « chapeaux noirs » qui ouvre le festival. C’est aussi un temps fort de l’année et l’occasion de réjouissances pour la population locale. Le festival de Jakar fut pour nous un des sommets de notre voyage au Bhoutan.



4 - Le Bhoutan est un royaume hors du temps

Tel est le titre d’un ouvrage de Robert Dompnier (Olizane, 2e édition 2015). L’auteur est un passionné du Bhoutan et de la civilisation tibétaine. Il y a effectué de très nombreux voyages depuis plus de trente ans en tant que photographe, y compris dans les coins les plus reculés. Il y a noué de nombreuses amitiés et relations dans toutes les strates de la société, des éleveurs de yaks à la famille royale. C’est donc un pays qu’il connaît très bien et qu’il a contribué à faire connaître par les voyages qu’il organise au sein d’une agence de trekking savoyarde dont il est le cofondateur. Ce récit, ponctué d’anecdotes, livre un panorama assez complet de la société bhoutanaise et constitue une excellente introduction pour un voyage au Bhoutan.

Il relate page 99 sa première rencontre avec la reine du Bhoutan dans les années 1990, en relation avec son activité de photographe : « Cette rencontre avec la première dame du pays – enfin, l’une des quatre premières dames du pays, devrais-je dire – me permettait de faire connaissance avec la famille royale bhoutanaise dont j’avais tant entendu parler dans les rues de Thimphu. Il y a quelques années, le roi épousa en effet quatre sœurs, toutes d’égale beauté : tous les éléments réunis pour un véritable conte de fée ! ». Une monarchie d’un autre temps ?

Les trois générations de la dynastie des Wangchuck: Jigme Singye; Jigme Khesar et son épouse et le petit prince héritier

Parmi les traits culturels tangibles qui font du Bhoutan un pays singulier et quelque peu « hors du temps », il y a le kabné. C’est une ample écharpe, généralement blanche, dont les hommes se drapent en certaines circonstances, et toujours sur l’épaule gauche. Ce n’est pas qu’une simple étoffe décorative, c’est un signe distinctif qui indique le rang de chacun dans une société très hiérarchisée où le protocole est strictement codifié et doit être respecté. Et c’est la couleur du kabné qui indique le rang social : blanc pour le commun des mortels, bleu pour un élu, rouge pour un haut fonctionnaire, orange pour un ministre, etc. Le jaune safran est la couleur réservée au seul roi. Il est obligatoire de le porter dans les temples, les dzongs ou lors des cérémonies. Quant aux femmes, elles portent le rachu, une écharpe rouge, généralement à rayures et repliée.

Kabné, rachu et...smartphone. Les élus du peuple portent le kabné bleu
Cérémonie au dzong de Jakar  

J’ai vu dans les hautes vallées du Zanskar ou au Mustang, des régions himalayennes davantage « hors du temps » qu’au Bhoutan! Certes nous n’avons pas fait de trekking d’envergure dans les hautes vallées isolées de Lunana dans le nord, pas plus que nous sommes allés voir les Brokpa, éleveurs de yaks dans l’est du pays, dont Robert Dompnier dresse le portrait dans son livre. Pour autant, nous n’avons pas eu le sentiment que les Bhoutanais, du moins dans les régions visitées, vivent « hors du temps ». Dans les temples, les offrandes d’eau et de fruits ont fait place aux paquets de chips et aux bouteilles de Coca-Cola. Le Smartphone dernier cri est largement répandu et les moines ne sont pas les derniers pour envoyer des SMS entre deux prières ! On voit sur les routes de nombreuses voitures flambant neuves et de rutilants 4x4. À Thimphu, la capitale, on a pu observer quelques difficultés de circulation et nous avons même été témoins d’accidents. Il est vrai qu'il n’existe aucun feu de circulation et que celle-ci est gracieusement régulée par des policiers en gants blancs.

Le Bhoutan a réalisé une transition économique, sociale et démocratique extrêmement rapide pour passer en quelques décennies du Moyen Âge au XXIe siècle !

Quelques dates :

1956 : le roi Jigme Dorjé Wangchucka abolit le servage

1961 : premier plan quinquennal de développement et construction des premières routes

1999 : le Bhoutan se dote de la télévision, jusque là interdite, et d’internet

2008 : premières élections générales : le Bhoutan devient une monarchie parlementaire

La modernisation avance donc à grand pas. Pour le meilleur ?...

Dans les rues de Paro et de Thimphu 


5 - Le Bhoutan est-il le pays du Bonheur ?

Peut-être…


Il se peut que l’on ne sache pas situer le Bhoutan sur une carte, mais qui n’a jamais entendu parler du Bonheur national brut ? Le bonheur est dans la tradition bouddhiste : « Nous sommes tous des êtres humains ayant le même désir inné d’éviter la souffrance et de trouver le bonheur » (XIVe Dalaï-Lama, L’Art du bonheur, 1999)

Mais le Bhoutan est-il Sangri-la, le pays mythique caché au cœur de l’Himalaya ? C’est sans doute le cliché le plus répandu à propos de ce petit royaume. C’est aussi ce que recherche le voyageur occidental. Et en effet, celui-ci n’aura absolument rien à craindre pour sa sécurité : les gens sont d’une gentillesse inouïe, le vol et la criminalité sont quasiment inconnus et les seuls risques au cours de son voyage seront les séismes et les nombreux chiens errants… Les Bhoutanais quant à eux, bénéficient de la santé et de l’éducation gratuites. Et ils semblent heureux, si l’on en croit une enquête de « satisfaction de vie » qui placerait le pays au 8e rang mondial, entre la Suède et le Canada ! Donc tout irait bien au « pays du bonheur » ?

En réalité la vie du paysan bhoutanais n’est pas tout-à-fait celle de Sangri-la, car cette vie-là semble bien dure : peu de machines pour les travaux agricoles, terrains en pente, longues journées de labeur... Certes les voyageurs de passage que nous sommes ne sont peut-être pas les mieux placés pour juger de cela. Toutefois nous avons à maintes reprises pu voir ici et là au bord des routes, des baraques bien misérables. Le pire, ce furent les très nombreux abris précaires faits de bric et de broc dans lesquels étaient « logés » les travailleurs indiens du Bihar ou du Bengale Occidental employés à mains nues à la réfection des routes dans des conditions de travail très pénibles, voire dangereuses. Nous avons été littéralement scandalisés par la manière dont ces gens étaient traités au « pays du bonheur » ! Ayant fait part de notre ressenti à notre guide, celui-ci a botté en touche et je préfère m’abstenir de vous raconter les propos qu’il a nous tenus au sujet de ces travailleurs indiens. La compassion bouddhiste ne semblait vraiment pas de mise…

Par ailleurs nous avons pu voir des atteintes à l’environnement, notamment les détritus qui jonchent les rues et les chemins (malgré l’interdiction des sacs en plastique). Le torrent qui traverse Thimphu est une vraie décharge à ciel ouvert, malgré les exhortations à ne pas y jeter ses déchets. Mais derrière les façades pittoresques de Thimphu et les dégradations visibles d’une ville qui s’est agrandie de manière exponentielle (un village dans les années soixante, une agglomération de 120 000 habitants aujourd’hui), ce que ne voit pas le touriste, ce sont des maux tels que le chômage des jeunes, le taux de suicide élevé, la toxicomanie. Le Bhoutan n’est donc pas une exception et il est confronté comme d’autres aux problèmes du monde contemporain.

Par ailleurs le Bhoutan reste un pays pauvre. En 2015 le PIB par habitant plaçait le pays au 108e rang mondial, avec pour voisinage la Géorgie et le Salvador. Mais le PIB est-il un indice pertinent pour saisir la réalité de la vie des populations ? C’est un indice très imparfait qui ne tient pas compte des disparités sociales, ni du pouvoir d’achat de la population locale.

Conscient que cet indice n’est pas un bon outil pour mettre en œuvre les plans de développement élaborés depuis 1961, le 4e roi, Jigme Singye Wangchuck propose, lors d’une déclaration en 1970, un nouveau concept permettant un développement équilibré, matériel et spirituel : le Bonheur National Brut (BNB), en anglais : Gross National Hapiness (GNH). Il existe une référence historique au bonheur dans le code légal de 1729 : « si le gouvernement n’est pas capable de créer le bonheur, alors il n’y a aucune raison que le gouvernement existe ».

Le concept repose sur quatre piliers :

- Conservation de l’environnement

- Développement socio-économique équitable et soutenable

- Préservation et conservation de la culture

- Bonne gouvernance

Selon ce concept, le développement ne doit donc pas être basé sur la seule accumulation de richesses matérielles (la croissance), mais tenir compte aussi des critères immatériels de la richesse. Autrement dit la croissance ne fait pas le bonheur. Un indice du bonheur assez complexe a été élaboré qui intègre neuf « domaines », dont le bien être psychologique, la santé, l’éducation, l’usage du temps, le niveau de vie, l’écologie, etc.

Le BNB n’est ni une vue de l’esprit ni une coquille vide, mais un outil qui permet de cibler les « not yet happy » (ceux qui ne sont pas encore heureux) et les domaines d’insuffisance (santé, usage du temps, etc.) afin d’améliorer les conditions de vie des groupes humains concernées et leur permettre d’accéder au bonheur.

Le BNB est inscrit dans la Constitution du Bhoutan. En 2013 le gouvernement bhoutanais a remis un rapport aux Nations Unies proposant le BNB comme « nouveau paradigme de développement ». L’objectif est de construire un nouveau modèle économique pour établir les plans économiques et de développement du futur. De nombreux experts internationaux travaillent à cela. Le Bhoutan pourrait donc devenir un modèle.

Alors si le chemin vers Sangri-la est encore long, le Bhoutan cherche une autre voie pour s’en approcher. Un voyage vers le développement hors sentiers battus en quelque sorte !


Pour en savoir plus: une conférence d’une spécialiste, Isabelle Cassiers :

Quand le Bhoutan nous interpelle (durée : 1h07)



Mandala cosmogonique, dzong de Punakha 
7
nov


L’après-midi est déjà bien avancé et il nous reste à peine deux heures pour découvrir Rinpung dzong, l’imposant monastère fortifié qui domine la ville. Il est situé sur le versant qui fait face à notre hôtel. C’est Tashi qui nous servira provisoirement de guide. Il fut guide pendant une quinzaine d’années pour une agence savoyarde, avant de fonder sa propre agence à Thimphu.

La vue sur le dzong de Paro et les rizières depuis notre hôtel

Nous traversons d’abord la rivière par un élégant pont couvert en bois, qui avec le dzong en contre-haut et Ta dzong encore plus haut forment un joli tableau. Ta dzong est une ancienne tour de guet qui abrite aujourd’hui le Musée national. Une courte grimpette, histoire de se mettre en jambes, et nous voici arrivés dans l’enceinte de la forteresse. A l’entrée, pas de guichet, puisque les droits d’entrée sont prépayés, mais un registre où notre accompagnateur doit obligatoirement nous inscrire. Tashi nous explique que deux-cents moines y vivent et y côtoient l’administration du district. En effet l'édifice est à la fois un lieu religieux, un lieu du pouvoir local et une cour royale de justice. Les administrés que l’on y croise sont nécessairement en costume national, ce qui ajoute un côté « hors du temps » au lieu. La bâtisse est impressionnante tant par la puissance de la tour centrale que par la richesse ornementale des éléments architecturaux qui entourent la cour : piliers de bois, colombages, galeries, madriers.






Le donjon 

Les peintures murales sont d’une beauté artistique inouïe : fleurs de lotus, Roue de la vie, Mandala cosmique, Vieillard de longue vie, les Quatre Amis, et j’en passe. Dans la fable des Quatre Amis, un oiseau, un lapin, un singe et un éléphant se soutiennent mutuellement. Cette fable très répandue est symbole de solidarité : pour faire pousser un arbre, l’oiseau apporte la semence, le lapin l’arrose, le singe apporte l’engrais et l’éléphant protège la jeune pousse. Les animaux sont omniprésents dans l’iconographie bouddhiste : le Tigre, le Cerf, la Grue.

Guru Rinpoché; les Quatre Amis; la Roue de la Vie

Tashi nous fait pénétrer ensuite dans le temple. Bien sûr il faut se déchausser. Les photos sont interdites comme dans toutes les enceintes sacrées du Bhoutan. A l’intérieur, des tentures protègent les multiples représentations du Bouddha, peintes sur les murs. D’un balcon une vue s’offre à nous sur la rivière et la vallée par une belle lumière de fin d’après-midi.

Nous redescendons par le même chemin vers le pont de bois où notre chauffeur nous attend pour nous conduire « en ville ». Un bien grand mot pour cette modeste bourgade. En fait Paro qui ne date que des années trente a connu une expansion rapide depuis une quinzaine d’années à cause du flux de voyageurs généré par l’aéroport. La visite sera rapide. La grand-rue est bordée d’immeubles de trois étages au maximum, tous plus décorés les uns que les autres.

Dès 17 heures, le jour décline rapidement et le froid commence à s’installer (nous sommes à 2300 mètres d’altitude). Nous regagnons notre hôtel, heureux de ce premier contact avec la culture bhoutanaise. Accueil chaleureux et souriant dans la belle salle bien chauffée du restaurant. Nous nous installons autour d’un bon dîner avant de regagner la chambre. De l'autre côté de la vallée nous voyons le dzong s’illuminer dans la nuit noire.

8
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Jakar est le chef-lieu de Bumthang, un district montagnard du centre du pays. Nous nous y sommes rendus en avion, à bord d’un ATR 42 de la compagnie Drukair. Tashi nous a demandé de nous présenter à l’aéroport deux heures avant l’heure de notre vol prévu pour huit heures. Nous tombons donc du lit dès potron-minet et un chauffeur nous conduit à l’aéroport juste après le petit-déjeuner rapidement avalé. Il fait encore nuit noire et le dzong est toujours illuminé.

Arrivés dans le hall de l'aérogare, nous constatons que le lieu est quasi désert ! En fait nous allons poireauter une heure jusqu’à l’arrivée très décontractée du personnel, gobelet de café à la main et en grande discussion, avant d’ouvrir les guichets d’enregistrement... Un petit groupe de cinq ou six personnes néerlandophones, accompagné de son guide arrive, puis un autre et ce sera tout, avec nous deux concernant les étrangers. Le reste des passagers est constitué de Bhoutanais lourdement chargés de paquets de toute sorte et de marchandises diverses, probablement destinées à des marchés locaux. J’échange trois mots avec le guide du groupe de Hollandais, tout étonné de nous voir non accompagnés... Le vol ne dure qu’une demi-heure, le temps d’admirer les hauts sommets de plus de 7 000 mètres de chaîne de l’Himalaya qui défilent à notre gauche, bien que nous ne soyons pas du bon côté de l’appareil.

• • •

Le festival de Jakar est l’une des nombreuses fêtes religieuses, ou tsechu, célébrées en l’honneur de Guru Rimpoché partout dans le pays : dans les dzong, les monastères, les chefs-lieux de district. Ils ont lieu au dixième jour du mois lunaire (c’est la signification du mot tsechu), le mois choisi variant d’un dzong à l’autre. Les tsechu les plus populaires sont ceux de Paro, Thimphu et Punakha. Celui de Jakar est beaucoup plus intimiste et c’est ce que nous recherchions.

Ce festival qui dure quatre jours a débuté la veille de notre arrivée et se prolongera durant tout notre séjour. Cependant nous n’y assisterons qu’une seule journée, car il nous faudra aussi prendre le temps de découvrir les vallées de Bumthang qui conservent un patrimoine culturel exceptionnel. Quand je dis une journée, pas vraiment, car notre journée de festival fut amputée de la matinée, occupée à attendre notre guide ! Celui-ci pour d’obscures raisons logistiques imputables à l’agence, n’a pas pu nous accompagner et prendra le vol suivant. Hum ! Ça commence bien ! En revanche Dawa, notre jeune chauffeur, est très ponctuel. Nous avons de la compassion pour lui, car il a dû affronter la veille un très long trajet sur des routes impossibles depuis Thimphu et subir un «free massage», comme il dit (autrement dit un tape-cul !). Très courtois, il parle anglais et nous engageons la conversation : il nous questionne sur la France, s’il y a des montagnes chez nous, il nous dit être déjà allé à l'étranger, à Singapour. Il nous conduit jusqu’au Jakar Village Lodge, notre hébergement où nous nous installons pour trois nuits.

Jakar Village Lodge 

Ce petit hôtel familial qui domine la vallée et le village de Jakar est situé à quelques minutes à pied, en contrebas du dzong où se déroule le festival depuis la veille. Il est conçu dans le style bhoutanais traditionnel. Peu spacieuses, les chambres sont très propres, joliment décorées et surtout bien chauffées par un radiateur électrique, ce qui est primordial en cette saison, car à 2 600 mètres d’altitude, il gèle la nuit. L‘accueil est empreint d'une grande gentillesse. J’ai eu l’occasion de discuter avec le propriétaire, très cultivé, qui m’a suggéré des randonnées, cartes topographiques à l’appui ! Rien d’étonnant quand on apprend que c’est un officier retraité et qu’il fut aussi l'ancien gouverneur du dzongkhag (district). Ce fut aussi un de nos meilleurs restaurants, dans un pays où par ailleurs la cuisine est assez monotone : une cuisine fraîche, variée et inventive. Nous n’oublierons pas les gâteaux faits maison au petit déjeuner. Deux Américaines y résidaient, qui se sont excusées pour... l'élection de Donald Trump ! " A disaster for the world ! "

Le dzong de Jakar vu de notre hôtel 

Alors que les échos de la fête, trompes, hautbois et tambours résonnent et parviennent jusqu’à notre hôtel, nous ne résistons pas à l’envie d’y aller voir de plus près sans plus attendre notre guide. Nous décidons de monter à pied jusqu’au monastère. En chemin nous rencontrons des familles qui se dirigent vers le dzong. Des dizaines de femmes, d’enfants et d’hommes vêtus de leur traditionnels gho et kira aux couleurs chatoyantes. Pour cet événement on s’est habillé de manière très raffinée avec des tenues taillées dans les plus beaux tissages de laine ou de soie sauvage qui soient. Les hommes portent des bottes blanches somptueusement décorées et bien sûr le kabné et le rachu sont de rigueur. Une palette de couleurs étincelantes, un éventail de motifs variés. C’est un régal pour les yeux.



Au départ de la rampe d’accès conduisant au monastère, nous sommes accueillis par le roi… non pas en personne, mais par son portrait officiel en tenue d’apparat avec sa grande écharpe jaune, la couleur réservée au souverain. Nous suivons la rampe bordée des drapeaux multicolores habituels et arrivons à l’entrée de la première cour. C’est alors que le policier en faction nous demande où est notre guide. Il est en retard ! Cela le fait rire. Mais sur le registre qu’il doit remplir, il faut le nom de notre guide, son numéro d’immatriculation et tutti quanti, autant d’éléments inconnus de nous. Dépités nous devons rebrousser chemin.


L'entrée du dzong 


Nous nous rabattons sur le tout petit marché érigé dans un champ, le temps du festival, où marchands et camelots proposent pulls de laine, jouets en plastique aux couleurs fluo, thermos chinois, confiseries chimiques dont les emballages finiront je ne sais où. Nous terminerons la matinée à jouer avec le petit-fils du propriétaire de l'hôtel.

Nous étions à l'aéroport de Paro dès six heure du matin, il est déjà onze heures, notre guide n’est toujours pas arrivé… En attendant, méditons sur cet Enseignement de l’Éveillé : « Apprends à lâcher prise, c'est la clé du bonheur » !

Le voici enfin ! Son avion avait du retard. Il se présente à nous dans un français approximatif et hésitant. Il nous dit s'appeler Senge, un prénom tibétain courant, de même que Dawa et Tashi (en fait les prénoms tibétains sont très peu nombreux). Tashi, son patron, nous a dit par la suite qu’il n’était pas au courant du retard de l’avion, sinon il aurait demandé à une personne de notre hôtel de nous accompagner au festival. Bravo la communication ! C’est malin ! Restons cependant indulgents, car ce sera le seul raté logistique de tout le circuit.

Maintenant il nous tarde de monter au plus vite au dzong. Le déjeuner ce sera pour plus tard ! Le spectacle qui nous attend là-haut va vite faire oublier nos déconvenues. Dans la petite cour du monastère, il y a énormément de monde, dont une quinzaine de visiteurs étrangers et les places disponibles sont rares à l’heure où nous arrivons. Ces fêtes sont un grand moment de réjouissances et de divertissement pour la communauté, une occasion de retrouvailles. C’est aussi un temps de spiritualité, car on vient se purifier et recevoir des bénédictions.



Les moines exécutent des danses au rythme des cymbales, pour lesquelles ils répètent tout au long de l‘année. Chaque danse revêt une signification religieuse particulière. Danses de purification, fabliaux moraux jouant un rôle didactique, légendes ou évocations historiques à la gloire du bouddhisme ou de Guru Rimpoché. Elles sont des sortes de pièces de théâtre, de dramaturgies religieuses, à l’instar des mystères qui étaient joués au Moyen Age sur le parvis de nos cathédrales.



Les danseurs sont vêtus de costumes chamarrés de soie ou de brocard aux ornements somptueux. Ils portent le plus souvent de lourds masques spectaculaires (têtes d’animaux, divinités). Certaines danses s’exécutent non masquées, les moines portant alors des coiffures très élaborées, comme pour la danse des Chapeaux noirs qui eut lieu avant notre arrivée.



Des personnages intrigants viennent se mêler aux danseurs qui sont particulièrement appréciés des participants : les astara. Ce sont des bouffons aux attitudes burlesques et aux masques grotesques, des trublions courant dans tous les sens et se livrant à des pitreries. Visiblement ils font beaucoup rire l’assemblée et bien que nous ne comprenions pas leurs plaisanteries grivoises, leur gestuelle et leurs accessoires sont sans équivoque ! Leur attitude irrévérencieuse envers la religion a pour but de détendre l’atmosphère qui peut parfois être très lourde, au cours de danses souvent longues et parfois dramatiques, comme dans le cas de la danse du Jugement des Morts, à laquelle nous allons assister. Ils permettent aussi une certaine contestation momentanée de l’ordre établi, un peu comme pour les carnavals. Ils jouent le rôle de soupape en quelque sorte.


Visiblement, elle adore ! 

La danse des Cerfs et du Chasseur

Cette danse en deux parties raconte la conversion au bouddhisme d’un chasseur par le grand saint tibétain Milarepa. Au milieu de nombreuses bouffonneries, le chasseur arrive avec son arc et ses chiens, se livre à des rituels païens, poursuit le cerf qui se réfugie auprès du saint et décoche une flèche. Mais rassurez-vous, l’histoire se termine bien, car dans la seconde partie, non seulement la brave bête sera sauvée miraculeusement par Milarepa, mais celui-ci, tout de blanc vêtu et bâton de pèlerin à la main, réussit à convertir le chasseur… et ses chiens !

Brave Milarepa !

La danse du jugement des morts

Cette danse est un spectacle impressionnant, chargé d’une forte tension dramatique. Trois divinités sont mises en scène : le Dieu de la Mort, le Dieu Blanc et de Démon Noir. Le Dieu de la Mort, Shinje Choeki Gyelpo est représenté par un mannequin géant portant un masque terrifiant orné de têtes de mort (Brrr). Il a ses serviteurs, les Rakshas. Ceux-ci ont des jupes jaunes et des masques d’animaux et commencent à exécuter des danses. Ensuite, vient l’heure du jugement pour l’âme du défunt. Comme dans la plupart des religions depuis l’Antiquité égyptienne, il y a la pesée des bonnes et mauvaises actions dans une balance. Le plus émouvant, peut-être, est la supplication de l’âme du défunt que le Dieu Blanc tente de sauver, tandis que le Dieu Noir essaie de la faire condamner. Évidemment l’affaire se solde par les enfers pour le pécheur et le paradis pour le vertueux. Rien de bien original, donc. En fait, cette danse, destinée à frapper l’imagination populaire, a un rôle moral et invite aux comportements vertueux. Et c’est peut-être pour cette raison que les participants se pressent à la fin de la journée pour déposer leur offrande au pied de l’effigie du Dieu de la Mort…


Les acteurs de la tragédie 


Le dieu de la mort 


Le dieu blanc et le démon noir 


Les rakshas


L'âme pécheresse défendue par le dieu Blanc 


L'âme vertueuse devant son juge 


L'âme pécheresse suppliant son juge, titillée par un astara


Angoisse des enfants attendant le verdict 


L'âme est emmenée sans ménagement aux enfers par le démon noir et les rakshas


Offrandes déposées au pied du Dieu de la Mort 

Le spectacle n’est pas qu’au centre de la cour, il est aussi tout autour et dans les galeries supérieures, l’enthousiasme des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants vêtus de leurs gho et kira colorés, venus de toutes les vallées de Bumthang. Une atmosphère familiale et bon enfant. Ce fut assurément le meilleur moment de notre voyage. Une expérience à vivre absolument si l’on vient au Bhoutan.



Les photographies étant à la fois inanimées et muettes, rien ne vaut une petite vidéo pour avoir un aperçu de la danse du cerf :

https://www.youtube.com/watch?v=kp86hcuBeZI

9
nov
la vallée de Choekhor 

Bumthang désigne un district du centre du pays formé par un ensemble de quatre vallées qui convergent à peu près au niveau de Jakar, le chef-lieu. C’est une région relativement élevée où les altitudes s’étagent entre 2 600 et 4 000 mètres. Le territoire de Bumthang est constellé de monastères et de temples comme nulle part ailleurs au Bhoutan. Ceci n’est pas étonnant, si l’on considère que c’est ici que Guru Rinpoché vint au VIIIe siècle convertir le roi et la population au bouddhisme. À sa suite, de nombreux saints éliront résidence à Bhumtang, notamment un certain Péma Lingpa, dont on nous a souvent parlé lors des visites. Il y a donc un riche patrimoine culturel à découvrir.

Contrairement à d’autres régions du Bhoutan où les vallées sont souvent très encaissées, ici elles sont très ouvertes et les versants peu pentus. Cette configuration topographique en fait donc une région agricole, mais aussi un territoire privilégié pour la randonnée. Le marcheur peut en effet contempler les vastes panoramas et la douceur des paysages qui s’offrent à lui.


Excursion dans la vallée de Choekhor (ou de Jakar)

Notre deuxième journée à Bumthang fut entièrement consacrée à une balade dans la plus importante vallée par le nombre des temples, monastères et palais, dont certains parmi les plus anciens du pays. Il fait très beau, l’atmosphère est limpide. Nous aurons ce beau ciel bleu quasiment tout au long du voyage.

Voir ici l'itinéraire de la journée

Dawa, notre chauffeur, nous conduit le long la rive droite du joli torrent du Choekhor (ou Bumthang Chhu), aux eaux tumultueuses, d’un beau bleu turquoise.

Premier arrêt au Wangdu Choeling Palace. C’est un palais construit au XIXe siècle par le gouverneur de Trongsa. Son fils, Ugyen Wangchuck, premier roi du Bhoutan, y naquit en 1862. Le palais, conçu comme un dzong avec sa tour centrale, a conservé des fenêtres et des structures de bois magnifiquement ornées. Il est actuellement en cours de restauration et nous avons pu voir de jeunes apprentis à l’œuvre.


Wangdu Choeling Palace (XIXe siècle) 

A proximité s’alignent plusieurs chortens imposants qui hébergent des tsa tsa. Ce sont des sortes de mini-chortens moulés à partir d’un mélange d’argile, d’eau et de cendres issues de la crémation d’un défunt ; un mantra est inséré à l’intérieur.

Empilements de " tsa tsa " et alignement de chortens

Non loin de là se trouve le Jambay Lhakhang. Rappelons que l’on ne peut pas prendre de photos à l’intérieur des temples. Mais ne nous plaignons pas, il n’y a pas si longtemps, l’accès à la plupart des monastères et des temples était interdit aux étrangers. Cette interdiction concernant les photos n’est pas spécifique au Bhoutan (au Népal, c’est la même chose). Elle est sans doute légitime, eu égard au respect dû à un lieu sacré, mais aussi à la protection des magnifiques œuvres d’art peintes sur les murs, parfois très anciennes. Et c’est le cas de ce temple qui protège un grand nombre de peintures murales, très bien conservées, car à l’abri de la lumière et que l’on ne peut observer qu’avec une lampe de poche. Ce temple fait partie, avec le Kyichu Llakhang dans la vallée de Paro, des 108 temples construits selon la légende, par le roi tibétain à travers le Tibet et le Bhoutan.

L'entrée du monastère de Jambay 


Plus au nord, Kurjey Lhakang est un immense complexe de trois temples, entouré de 108 chortens (toujours ce nombre symbolique). C’est l’un des lieux les plus vénérés du Bhoutan, puisque c’est ici que Guru Rinpoché a médité et y aurait laissé, selon la tradition, l’empreinte de son corps sur un rocher, auquel est adossé le temple le plus ancien. Nous assistons longuement à une puja au cours de laquelle les mantras sont entrecoupés des sonorités traditionnelles des cymbales, gyaling (sorte de hautbois) et radong (trompe). Une prière empreinte de ferveur et de dévotion… enfin, pas tout-à-fait si l’on considère quelques jeunes moines manipulant leur portable sous leur robe… Un moine nous offre une boisson. Le sanctuaire est froid et humide et c’est peut-être là que Madame a attrapé sa trachéite! Aussi quittons-nous les lieux avant la fin de la cérémonie, non sans laisser notre offrande.

Kurjey Lhakang 

Nous poursuivons notre route vers le nord en amont de la vallée. Par une piste difficile nous gagnons rapidement de l'altitude. Nous croisons un petit groupe de randonneurs (les seuls de la journée). Après une rude montée, notre véhicule atteint le hameau isolé de Thangbi où nous visitons encore un petit temple. Plus loin nous atteignons enfin l’ermitage de Zhugdra, perché sur un éperon rocheux qui nécessite quelques minutes d’efforts sur un sentier de montagne escarpé pour l’atteindre. Le site est donc très isolé et n’est même pas mentionné sur mon guide Olizane, pourtant très documenté. Le lieu est d’un calme absolu. On écoute le silence. C’est l’endroit idéal pour la méditation. Et c’est pourquoi moines et laïcs de la vallée s’y rendent de temps à autre. Quelques marches à gravir, et nous voici à l’entrée d’une grotte dans laquelle trône une statue du Bouddha selon la mudrā de la mise en mouvement de la Roue de la Loi (le pouce et l’index de la main droite joints). Encore une raide échelle à grimper pour arriver au minuscule sanctuaire où deux personnes sont en prière. Nous sommes très intimidés et craignons de perturber cette sérénité. Notre guide nous indique une porte fermée au-dessus de laquelle est planté un énorme phallus de bois. Il nous invite à y coller une oreille (je parle de la porte !). Derrière cette porte, un ermite est en méditation et c’est à peine si l’on peut entendre le murmure de ses incantations.

Thangbi Lhakang


 L'ermitage de Zhugdra et la grotte où trône une statue du Bouddha selon la mudrā de la mise en mouvement de la Roue de la Loi

Après avoir allégé notre esprit par tant de spiritualité, nous rebroussons chemin et allons satisfaire les besoins du corps avec un bon déjeuner dans une ferme de la vallée. Nous sommes servis avec le sourire autour d’un bon feu de bois par la charmante maîtresse de maison. Après une petite pause agrémentée d’un jeu de fléchettes dans le pré voisin, nous reprenons la route vers le dernier but de visite de la journée, le monastère de Tamshing situé sur l'autre rive du torrent.

Le monastère de Tamshing est d'apparence modeste, mais l'intérieur abrite à mes yeux le temple le plus intéressant par la qualité de ses peintures murales. Elles datent du tout début du XVIe siècle et bien qu’elles soient les plus anciennes du pays, elles sont en excellent état. Tout le long d’une sorte de déambulatoire qui entoure le sanctuaire, on peut y voir une impressionnante série iconographique représentative du bouddhisme tibétain: Roue de la Vie, divinités terrifiantes, différentes figures du Bouddha, bodhisattvas, notamment Avalokiteshvara, le plus souvent en « union sexuelle ». C’est un haut-lieu de l’histoire de l’art bhoutanais à ne pas manquer.

10
nov

J’ai demandé à Senge qu’il se renseigne sur l’heure de la puja qui clôture le festival à l’occasion de l’exposition éphémère du grand Tangkha, une gigantesque bannière religieuse que l’on déploie seulement une fois l’an. Cette célébration est peut-être la plus sacrée du Tsheschu et nous aimerions bien y assister avant la randonnée prévue ce jour-là en montagne. Rendez-vous est donc pris pour un départ à 7h30. Il a gelé plus fortement que les nuits précédentes et ce matin-là le givre est omniprésent. Du dzong nous parviennent déjà les sonorités des gyaling et des radong. A mi chemin, le guide s’aperçoit qu’il a oublié son kabné, c'est-à-dire son écharpe traditionnelle. Elle lui est indispensable, non pas parce qu’il fait froid, mais parce que pour un Bhoutanais, cet accessoire vestimentaire est obligatoire pour pénétrer dans le dzong, a fortiori lors d’une cérémonie. Donc demi-tour à l’hôtel et perte de temps !

" radong" et "gyaling" 

Arrivés au dzong, le grand thangka est déjà entièrement déployé et la puja terminée. Nous arrivons trop tard ! Il n’y a déjà plus beaucoup de monde dans la cour, les moines se sont dispersés et discutent. Ils ont abandonné leurs instruments de musique et objets cultuels, tristement déposés sur des bancs. Il y a un petit groupe d’étrangers avec son guide, lequel devait être mieux renseigné que le nôtre sur l’horaire de la puja qui avait donc commencé plus tôt. C’est malin ! Mais j’ai vite perçu de la part de notre accompagnateur, sa réticence à démarrer la journée trop tôt, en l’entendant régulièrement redouter le froid du petit matin. C’est un citadin. Et puis l’habit traditionnel bhoutanais est-il vraiment adapté à la rudesse du climat en montagne et en cette saison ?




Nous pouvons malgré tout admirer à loisir le grand thangka. Il s’agit d’une immense tenture polychrome, que l’on désigne aussi sous le terme de throngdoel (bannière), qui recouvre entièrement les deux étages d’un des côtés de la cour intérieure du monastère. C’est une œuvre réalisée au début de ce siècle, selon la technique du patchwork. Elle représente Guru Rimpoché, ses huit manifestations et ses vingt-cinq disciples. Étant de facture très récente, ses couleurs sont éclatantes, d’autant plus que cette œuvre précieuse est protégée de la lumière toute l’année. Après la cérémonie, elle sera soigneusement enroulée et remisée. Elle ne reste donc à la vue du public que quelques heures. Nous sommes des privilégiés.

Voici que de belles jeunes filles vêtues de somptueux kira pourpre et or s’alignent et se mettent à chanter tout en effectuant une gracieuse gestuelle. Que se passe-t-il ? Senge explique qu’une petite procession va avoir lieu en l’honneur de la relique d’un saint. En effet, rapidement s’avancent deux moines, portant robes safran et coiffures de cérémonie et soufflant dans leur gyaling, suivis par d’autres qui transportent une statuette contenant la relique pour la déposer au-dessus de l’entrée de la cour du monastère. Pendant ce temps-là les atsara (les bouffons) manient allégrement le fouet et « menacent » indistinctement, femmes, hommes et moines.




Une petite vidéo de cette cérémonie de clôture du festival :

https://youtu.be/4ignfVu7LY4

10
nov

Juste après la cérémonie de clôture du festival, nous partons en randonnée. Sur les conseils du patron de l’hôtel qui connaît bien la région, nous décidons de ne pas entreprendre le programme irréaliste proposé par notre agence et de nous rendre directement en voiture au monastère de Petsheling, situé sur un col à 3400 mètres d’altitude. Ce sera le point de départ de la randonnée, en descente vers une autre vallée du Bumthang, la vallée de Tang.

Le début de la piste carrossable est situé au niveau de la « ferme suisse » (si, si, il y a bien une fromagerie tenue par des Suisses !). La piste grimpe à travers forêts de pins et pâturages et offre des vues plongeantes sur la vallée, le village et le dzong de Jakar. Par endroits elle devient difficile et Dawa a du mal à négocier quelques aspérités du terrain, d’autant plus qu’il y a du verglas et que le véhicule n’est pas un 4x4. Nous arrivons au monastère au terme d’une heure de piste.


Le monastère de Petsheling 

Senge ne semble pas vraiment connaître les lieux puisqu’il embauche un moine du monastère pour nous ouvrir le sentier sur deux kilomètres. À sa décharge, il faut dire que très peu de personnes passent par là (aucun randonneur ce jour-là) et que la végétation a pu reprendre ses droits. Le moine nous quitte à une intersection, nous invitant à renoncer à poursuivre vers l’itinéraire prévu, c'est-à-dire vers un autre monastère, où l’on risque de se perdre à cause des broussailles qui ont recouvert le sentier.

Nous descendons directement vers la vallée de Tang. La randonnée est d’autant plus agréable que la température glaciale du matin fait place à l'ardeur tempérée des rayons solaires. Nous traversons de magnifiques forêts, puis l’horizon s'élargit, la vue s'étend. Bien que l’altitude soit relativement élevée, les paysages ressemblent à ceux d’une moyenne montagne, les Cévennes par exemple. A trois différences près, toutefois, et non des moindres. L'altitude bien sûr, ensuite les centaines de drapeaux de prière qui marquent fortement le paysage, enfin et surtout de profondes forêts de pins de l‘Himalaya qui recouvrent tout le versant du fond de la vallée jusqu’à la crête. Actuellement 70% du territoire bhoutanais est recouvert de forêt primaires. D’ailleurs le pays s’est engagé, en vertu de son principe du BNB, de conserver au minimum 60% de son patrimoine forestier. Ces vallées sont très peu peuplées (7 habitants par km2) et l’habitat rural y est très dispersé.




Chemin faisant, nous apercevons au loin le monastère de Kunzangdra accroché à la paroi rocheuse, un des endroit où Guru Rinpoché (encore lui !) a médité. C’est le monastère que nous aurions dû visiter. Nous traversons un hameau constitué de jolies fermes ressemblant à des chalets, puis nous atteignons la route où notre chauffeur nous attend avec notre pique-nique.

Distinguez-vous ce monastère accroché à la paroi,  en haut du versant ?

Après la pause-déjeuner, visite d’une nonnerie établie très récemment et accueillant une centaine de jeunes nonnes. Une randonnée de monastère en monastère en quelque sorte ! Puis nous reprenons la voiture sur une route de montagne toute neuve qui emprunte la vallée de Tang. En chemin nous prenons le temps de visiter un site sacré sur le torrent de Tang: Mébartsho, « le lac en flammes ». En guise de lac, il s’agit en réalité d’une gorge étroite et profonde aux eaux impétueuses. De nombreux drapeaux de prière accompagnent ce lieu de pèlerinage. On y a déposé des milliers de tsa tsa. Le site est joli, mais peut être dangereux. Un touriste étranger imprudent y a trouvé la mort deux ans auparavant.

La nonnerie de Pemacholing 


Jeunes nonnes distraites de leur étude par des visiteurs étrangers...


Pâtes alimentaires confectionnées par les nonnes



Le site sacré de Mébartsho et ses milliers de tsa tsa 

Nous terminerons cette belle journée de randonnée par un petit tour au village de Jakar. Ce sera vite fait car le village se limite en gros à deux rues tristounettes. Nous quitterons Jakar le lendemain matin.

Jakar 


11
nov
Le plus haut sommet du Bhoutan dans la chaîne du Grand Himalaya à la frontière tibétaine 


Les bagages sont prêts à être embarqués dans la voiture que Dawa a garée dans la cour de l’hôtel. Il fait très froid, le givre recouvre tout. Nous prenons congé de nos très sympathiques hôtes. Nous allons aujourd’hui quitter le district de Bumthang et poursuivre notre voyage vers l’ouest du Bhoutan, selon les étapes suivantes :

Trongsa / Phobshikha / Punakha (Lobeysa) / Thimphu / Haa / Paro

Voici la carte de l’itinéraire:

https://drive.google.com/open?id=1fhPg-2vdi8Y2B45gjKQhfQJqvwA&usp=sharing

Senge nous propose une alternative au programme de randonnée initialement prévu par notre agence, peu cohérent compte tenu du temps dont nous disposons. Nous allons quitter Bumthang par la vallée de Chumey. Le temps, une fois n’est pas coutume, est maussade, le ciel est couvert. Nous nous arrêtons un court instant au col de Kiki La, à 2 900 mètres d'altitude (la = col en tibétain). Une véritable forêt de drapeaux à prières flotte au vent. Le site est joli, mais ce serait mieux, s’il n’y avait pas autant de déchets tout autour…

Nous entrons dans la vallée de Chumey, la dernière du district de Bumthang. Les villages se succèdent, avec leurs maisons toujours aussi magnifiquement décorées. Une piste carrossable très pentue nous mène en une heure au monastère de Tharpaling à 3 600 m d’altitude. À partir de là nous allons effectuer une courte randonnée vers un « petit » sommet, à 4 000 mètres d'altitude qui domine la vallée de Jakar. Nous avons le souffle court et il nous faudra 1h30 pour gravir les 400 mètres de dénivelé. Mais arrivés en haut, quelle vue ! Au loin, se dévoile la chaîne de l’Himalaya. Quelle chance ! Car par ce temps couvert, ce n’était pas gagné d’avance ! Au-delà, c’est le Tibet. Nous pouvons apercevoir le point culminant du pays, le Gangkar Puensum (7541 m).




Nous redescendons vers la voiture, mais il est déjà 13 heures, et nous restera encore deux à trois heures de route à effectuer jusqu’à Trongsa après le déjeuner que nous prendrons dans une maison d'hôtes dans un cadre bucolique.


Un énième monastère au milieu de la nature ! 

Nous reprenons la route vers un second col, le Yotong La. Le macadam disparaît, les nids de poule sont le plus en plus béants et la route devient boueuse par endroits. De temps à autre on peut voir un engin de travaux publics en action au bord de la route. Puis un brouillard dense empêche toute visibilité et, arrivés au col, à 3425 mètres d’altitude, inutile de compter revoir la chaîne de l’Himalaya comme ce matin. Nous rencontrons un éleveur de yacks qui doit certainement faire partie des « not yet happy ». Nous quittons le district de Bumthang et la route redescend alors vers Trongsa, si l’on peut encore parler de route…

La "route", ou du moins ce qu’il en reste, devient réellement épouvantable (les pistes de la savane africaine sont meilleures) ! On ne roule qu’à 20 km/h, voire moins et jamais au-dessus de 30 km/h. Parfois il faut s’arrêter en attendant que la manœuvre d’un camion de chantier se termine. Par ailleurs certains tronçons sont excessivement dangereux, car côté amont, de gros blocs de rochers ne demandent qu'à s'écrouler et côté aval, les terrains instables et hétérogènes risquent de s'effondrer dans le précipice. Notre chauffeur a été très vigilant et cela a dû lui causer énormément de fatigue. Il faut savoir que le Bhoutan a entrepris depuis 2015 un vaste chantier de remise en état de son réseau routier avec l’aide de l’Inde. Mais la gestion des travaux, n’ayant pas été répartie par tranches, mais sur l’ensemble du réseau, on a donc commencé par tout casser avant de rénover. Cela perturbe donc énormément les déplacements, et ce sera ainsi jusqu’à Punakha !

C’est donc fort tard que nous arrivons à Trongsa. Évidemment, la visite prévue du dzong est reportée au lendemain matin. A l’hôtel, nous rencontrons un groupe d’Allemands visiblement épuisés. Nous avions un véhicule relativement confortable (Toyota Innova) pour quatre personnes, mais les groupes voyagent dans de moins bonnes conditions dans des minibus. On en a vus être secoués comme des paniers à salade. Certains groupes font parfois de trop longues étapes de six à huit heures de route ! L’hôtel est à l’écart du village, la chambre est grande et confortable et nous « bénéficions » d’une vue sur le dzong, mais à quoi bon une vue, quand il fait déjà nuit noire ! Quant au restaurant, assez bruyant c’était un peu l’usine pour touristes occidentaux.

Senge a donc eu raison de nous faire renoncer à la randonnée de trois heures – théoriques - initialement prévue le matin, car à quelle heure serions-nous arrivés ?... J’adore la mention « soirée libre en ville » sur le programme de notre journée !

12
nov
Le dzong de Trongsa 

Le dzong de Trongsa


Situé à 2 200 m d’altitude, le village de Tronsa se signale de loin par sa puissante forteresse bâtie sur un éperon qui commande trois vallées. Le lieu est donc stratégique. Le dzong fut un des premiers érigés par le Shabdrung Ngawang Namgyel, celui qui a unifié le pays au XVIIe siècle. Trongsa fut au XIXe siècle la capitale du Bhoutan du fait de la puissance des penlop, nom donné aux gouverneurs locaux avant l’avènement de la monarchie en 1907. En été c’est la résidence de la famille royale. Deux-cents moines y résident, ainsi que les fonctionnaires du district de Trongsa.

Le dzong de Trongsa garde la vallée

Le début de la matinée est consacré à la visite du dzong. C’est un dédale de cours, de corridors et de galeries aux décors somptueux. Il héberge vingt-cinq temples dédiés aux principales divinités tantriques, dont le temple de Maitreya qui abrite une grande statue du Bouddha.


Au pays du bonheur, tandis que des moines conversent, ces ouvrières transportent de lourdes pierres sur leur dos pour le chantier de restauration de leur monastère...


La cour centrale et  son donjon




A l'entrée, un énorme moulin de prière encadré de deux des quatre rois célestes: Dhrtarazstra avec son luth et Vaisravana


Le "Zandopelri" ou paradis de Guru Rinpoché 


La roue de l'existence karmique ou bhavacakra, appelée plus communément roue de la vie 

Au-dessus de la forteresse, se dresse Ta Dzong, c'est-à-dire la tour de guet (comme à Paro). Elle a été transformée en musée il y a quelques années. Nous y montons à pied. A l’entrée il faut déposer sacs et appareils photos dans un casier fermé à clé et signer un registre. Ce petit musée dédié à la monarchie est fort bien conçu. On peut y admirer des chefs d’œuvre de l’art bhoutanais : statues, tangkhas, masques et costumes de danse, épées et surtout la couronne du premier roi du Bhoutan, dite du Corbeau,

De la terrasse, la vue s’étend fort loin sur des kilomètres et l’on comprend l’intérêt stratégique de l’endroit. Nous pouvons voir la route très sinueuse que nous allons emprunter et qui contourne longuement la vallée. Des traînées de poussière signalent un véhicule qui roule. Cela ne laisse présager rien de bon pour le trajet qui nous attend jusqu’à notre prochaine étape.

La route en réfection contourne la vallée. Au fond à droite, on devine l'hôtel. A gauche des éboulis provoqués par le chantier.


La longue route de Trongsa à Phobjikha


Longue, la route ? Seulement 33 km à vol d’oiseau, mais nous sommes en montagne, la route épouse tous les contours des reliefs, elle est donc extrêmement sinueuse et cela donne 84 km de mauvaise, de très mauvaise route, si ça ressemble encore à une route ! Il nous faudra en réalité six heures pour atteindre notre prochaine étape. Autant dire que la randonnée programmée est passée à la trappe ! Au lieu de cela, nous passerons des heures à traverser un immense chantier, à subir les nuages de poussière envoyés par les camions et à se faire masser le dos !

Après avoir longuement contourné la vallée, nous nous retrouvons sur le versant opposé à celui de Trongsa. Nous nous arrêtons brièvement à un belvédère aménagé, d’où l’on peut contempler le site du dzong une dernière fois. Si la route n’est pas très plaisante, le paysage l’est beaucoup plus : vallées encaissées, cascades, jolis villages, cultures en terrasses, sombres forêts égayées par les teintes rosâtres des Prunus cerasoides, un arbre endémique de l’Himalaya qui fleurit en cette saison.



A mi parcours apparaît soudain au détour de la route, le Chendebji Chorten, au style népalais caractéristique par les yeux du Bouddha sur ses quatre faces. Un long mur à mani est disposé devant le chorten. Il y a foule. Pourquoi toutes ces tentes érigées au bord du torrent ? Que se passe-t-il ? C’est l’heureuse surprise de la journée, qui compense les affres de cette route : un tsechu local a lieu ce jour-là au pied du chorten. Durant une trentaine de minutes, nous avons le plaisir de revoir des moines exécuter leurs danses religieuses devant des spectateurs émerveillés. Atmosphère sympathique, familiale et bon enfant.


Le mur à mani 




Ces danseurs agiles qui sont peut-être des laïcs ou des gomchen, c'est-à-dire des religieux qui n’ont pas prononcé de vœux, ne sont apparemment pas que des danseurs. Regardez !

https://www.youtube.com/watch?v=8lhRQBL2Xho

Mais il est déjà 14 heures et nous devons malheureusement repartir ! Quelques kilomètres plus loin nous faisons halte pour le déjeuner dans un restaurant de bord de route. Un restaurant… euh… je dirais plutôt une gargote. Nous arrivons fort tard. Les autres voyageurs ont déjà quitté les lieux et il ne reste plus grand-chose à se mettre sous la dent. Nous aurons droit à des plats réchauffés et à des morceaux de viande archi durs. Ce n’était pas mauvais, c’était pire ! Bref nous nous sommes seulement nourris, et encore… Sans parler de la propreté de l’endroit !

Nous franchissons le Pele La (3390 m), mais une nouvelle fois, le brouillard s'est invité et nous prive de toute vue sur le Grand Himalaya. Puis nous quittons la route principale pour nous diriger vers le sud. Le paysage change du tout au tout. Il s’ouvre sur une large vallée de toute beauté où se blottissent des hameaux au milieu d’un patchwork de champs très soignés. Nous sommes dans la vallée de Phobjikha, à 2 900 mètres d’altitude. Ce sera l’étape la plus haute de tout le voyage. Il est déjà tard, le soleil va bientôt se coucher. Nous nous installons pour deux nuits à l’hôtel Dewachen.


13
nov
La vallée de Phobjikha

Cette vallée est une merveille, certainement l’un des endroits les plus beaux, les plus envoûtants de tout notre voyage. Contrairement aux horizons limités des vallées encaissées du district de Trongsa, ici la vallée s’épanouit amplement. La vallée s’organise selon trois niveaux : les prairies dans le fond plat et marécageux, la zone des cultures en enclos (pommes de terre) et de l’habitat au bas des versants et la forêt de pins de l'Himalaya sur tout le reste du territoire. Le fond de la vallée fait l’objet d’une mesure de protection, car cette zone héberge une petite colonie de grues à col noir qui migre en hiver depuis les hauts plateaux tibétains. C’est donc la bonne saison pour les observer, mais il est interdit de s’en approcher. Il y a un centre d’étude dédié à cet oiseau, que l’on peut visiter. Au nord, une petite éminence domine la vallée, sur laquelle se dresse le monastère de Gangtey, entouré du gros village du même nom. Dans le reste de la vallée, l‘habitat rural est très dispersé en hameaux et fermes isolées.

 Au premier plan, en bas de l'image, on aperçoit un alignement de grues profitant de l'abondante nourriture de la zone humide

L’hôtel Dewachen où nous logeons est situé à six kilomètres du village, près du centre d’étude des grues, en lisière de forêt. C’est un bel hôtel dans le style bhoutanais, confortable, qui bénéficie d’un splendide panorama sur la vallée et la montagne. Toutefois il n’est pas à la hauteur du standing revendiqué. La chambre est très mal chauffée par un minuscule poêle à bois en mauvais état et peu performant (nous sommes tout de même à près de 3 000 mètres d’altitude), la salle de bain est glaciale. Ce n’est pas mieux dans l’aile récente où les chambres sont dotées du chauffage électrique. Or il y a eu une panne d’électricité de plus de deux heures, ce qui est habituel au Bhoutan. Le service est souriant, mais peu efficace et le restaurant laisse à désirer. Ce n’est donc pas le meilleur hébergement que nous ayons eu, mais il n’y a guère le choix dans la vallée, sauf à s’offrir le luxueux Amankora-Gangtey que nous avons aperçu lors d’une randonnée.

L'hôtel Dewachen 


La vallée de Phobjikha est l’endroit idéal pour effectuer de belles et faciles randonnées. Nous en effectuerons deux. La première, au départ de l’hôtel vers le village et le monastère de Gangtey selon une boucle de dix kilomètres. Départ matinal. Contournant la réserve naturelle, nous apercevons au loin la colonie de grues à col noir. Aux jumelles nous pouvons mieux les observer. J’en compte une cinquantaine, pas plus. Les agences de voyage ont voulu faire de cet oiseau symbolique du bouddhisme, une attraction touristique, mais on est très loin des dizaines de milliers de grues cendrées qui font étape ou qui séjournent sur nos lacs champenois et observables dans de bien meilleures conditions. Néanmoins la randonnée est très agréable et procure des paysages bucoliques et apaisants. Le sentier continue à travers bois, puis monte rapidement vers le village. Les villageois sont les descendants des cent quarante gomchen (moines laïcs) qui s’occupent du monastère. Une école monastique y a été fondée en 1613, la plus importante qui soit au Bhoutan occidental.




Après la visite de celui-ci, nous prenons de chemin du retour, balisé par des détritus, notamment des emballages de confiseries que les gamins jettent dans la nature au retour de l’école. Les principes du BNB ont du plomb dans l’aile ! Un vent glacial se lève, rendant les derniers kilomètres assez pénibles. Une autre randonnée d’une douzaine de kilomètres selon Senge est prévue pour l’après-midi. Mais devant l’heure tardive, nous souhaitons nous reposer et surtout retrouver un peu de liberté et d’intimité. Ces journées très encadrées deviennent excessivement pesantes.

Pendant que Madame se plonge dans ses lectures dans la chambre, je décide d’aller faire un petit tour dans les environs. Zut ! Je rencontre nos compagnons qui reviennent de laver la voiture au torrent. Le guide, bien sûr, se propose de m’accompagner. Non merci ! Je suis un grand garçon, je ne vais pas me perdre !

Le paysage se remplit de la chaude lumière de fin d’après-midi. Idéal pour les photos. Je croise un groupe de randonneurs, puis trois jeunes ouvriers agricoles sur leur tracteur, avec qui j’échange quelques mots (la plupart des jeunes Bhoutanais ont des rudiments d’anglais). Ils me demandent de les photographier. La lumière n’est pas bonne, mais qu’importe, ils sont fiers d’être pris en photo. Sur un petit bout de papier, l’un d’eux griffonne son adresse électronique et me demande de lui envoyer les photos. Ce que je ferai quelques jours plus tard quand j’aurai du réseau.



Le soir pour le dîner, il y a du monde ! La chaleur du poêle au centre de la pièce est la bienvenue, car le froid s’est réellement invité. Le repas, comme d’habitude, est sous forme de buffet. Nous échangeons nos impressions avec un couple de Français qui semble déçu de son voyage. Arrivés assez tardivement ce soir-là, ils trouvent leurs étapes excessivement longues, faisant en une seule journée, ce qui nous a pris deux jours. Pour notre part, les randonnées programmées étaient bien souvent incompatibles avec les temps de transport.

Un conseil : pour voyager au Bhoutan, il faut savoir que les temps de trajets sont très longs, prévoir des étapes courtes et se ménager des temps de pause.

14
nov

Randonnée en forêt

Aujourd’hui, nous allons quitter la belle vallée de Phobjikha à pied, par la montagne, en passant par un petit col à 3 200 mètres d’altitude. Il ne nous faudra que trois heures pour monter au col, puis redescendre de mille mètres sur l’autre versant, à travers une très belle forêt de magnolias, de cyprès, de pins et de bambous, puis rejoindre la route où nous attendra Dawa avec la voiture. Rien de bien époustouflant à vrai dire. Le paysage au niveau du col a quelque chose de jurassien et la marche à travers la forêt, plutôt monotone, ne dévoile aucun panorama. En revanche nous rencontrerons un grand nombre d’orchidées et d'épiphytes.


Nous reprenons la voiture. La route, toujours aussi mauvaise, perd rapidement de l’altitude jusqu’à Wangdue Phodrang, situé sur un carrefour majeur du pays et dominé par son dzong. Il fait chaud. Ce gros bourg est niché dans une vallée encaissée, l’altitude est tombée à 1300 mètres, la végétation est subtropicale. A partir de là, nous retrouvons le goudron (ouf !). Encore quelques kilomètres en direction de Punakha et nous arrivons à Lobeysa, pour l’heure du déjeuner notre étape pour deux nuits.

Lobeysa

À l’hôtel, accueil toujours aussi chaleureux et service souriant, comme partout. La chambre est d’un bon confort, malgré le manque de rangements. De vastes baies offrent un magnifique panorama sur la vallée et les rizières en terrasses. Au loin on aperçoit la colline du Chhimi Lhakang que nous irons visiter le lendemain. Au restaurant, toujours les mêmes plats servis en buffet. On finit par s’en lasser…

Le panorama depuis notre chambre à Lobeysa. Au fond, sur une colline, le temple de Chimi. 

Dans l’après-midi, il nous est proposé une petite balade au « pittoresque » village perché de Rinchengang pour, selon les termes de notre programme, « avoir une belle image du mode de vie des habitants ». Pittoresque, en effet vu de loin, par sa configuration inhabituelle au Bhoutan qui ferait presque penser à un village méditerranéen, s’il n’y avait pas le temple tout en haut. Mais moins pittoresque vu de l’intérieur, car en guise de « belle image » et de « mode de vie », on voit des rues bien crasseuses, des maisons bien dégradées et des habitants bien pauvres. Le bonheur n’a visiblement pas atteint ce village… Quel était donc l’intérêt de cette « balade » ?

Le village perché de  Rinchengang, fait face au dzong de Wangdue Phodrang


Pour « remplir » le reste de l’après-midi, Senge nous propose la visite d’un marché local. Bien qu’ayant envie de nous reposer à l’hôtel, nous acceptons. Des piments qui sèchent, des légumes, des fruits tropicaux, bref un petit marché asiatique comme bien d’autres et rien de bien original. Aussi nous ne nous attardons pas et rentrons rapidement.

Le piment, ingrédient majeur dans la cuisine bhoutanaise, est l'or du pays

Au total de fut une journée dédiée à la marche plutôt qu’à la route, ce que nous avons apprécié, mais rien d’exceptionnel, notamment au niveau des paysages relativement fermés et oppressants dans cette vallée très encaissée.

15
nov


Chhimi Lhakang

En route pour Punakha, nous faisons un petit détour vers Chhimi Lhakang, le temple de la fertilité, dans un cadre bucolique de collines et de champs en terrasses. Ce petit temple que l’on atteint au terme d’une courte montée à pied, est un lieu de pèlerinage fréquenté par les femmes en mal de maternité. On se prosterne trois fois devant l’autel à la lueur de quelques lampes à beurre, on récite une courte prière, puis on dépose son offrande et on espère une prochaine grossesse...

Le temple fut bâti à la fin du XVe siècle en l’honneur de Drukpa Kunley, un lama haut en couleur appelé communément le « Fou divin », qui selon la légende aurait combattu la redoutable et hideuse démone de Dochula avec des armes peu orthodoxes. En effet le saint, réputé grand amateur de femmes avait été appelé par la population locale pour la débarrasser de l’horrible créature, elle-même portée sur le sexe. On devine la suite… Ces légendes grotesques sont fréquentes au Bhoutan. Il n’est donc pas étonnant que de nombreux phallus soient peints dans le village situé en contrebas. Ces symboles très fréquents dans le pays et qui étonnent le visiteur étranger, sont censés apporter la fertilité et protéger la maison. Évidemment les boutiques de souvenirs ne manquent pas d’en proposer des aux touristes occidentaux et de différents formats !





Punakha


Le dzong de Punakha 

Nous reprenons la route en remontant la vallée vers le nord et arrivons en vue d’un des plus beaux sites du Bhoutan, le dzong de Punakha. Celui-ci se dresse majestueusement à la confluence des torrents Pho et Mo, site non seulement stratégique mais aussi symbolique, car il est sacré. Construit au XVIIe siècle par le Shabdrung pour y abriter une relique sacrée, rapportée du Tibet, il fut la capitale d’hiver du pays, jusqu’à ce que Thimphu devienne la capitale permanente en 1954. Il accueille chaque année en février plusieurs festivals importants, notamment un tshechu, ainsi qu’une serda, une procession solennelle, commémorant la victoire des Bhoutanais contre les Tibétains qui voulaient s’emparer de la relique en 1639.

Les couleurs excessivement vives des structures en bois et des magnifiques peintures murales qui ornent le dzong, semblent fraîches. Rien d’étonnant, quand on sait qu’en 1994, une crue due à la rupture d’un lac glaciaire en amont, emporta une partie des bâtiments. Le dzong a donc été restauré récemment, en particulier la vaste salle d’assemblée des moines. D’ailleurs, au cours des siècles, la forteresse a été endommagée à plusieurs reprises, notamment par des incendies.

Comme à Paro et à Trongsa, on emprunte un joli pont couvert pour traverser la rivière, puis on pénètre à l’intérieur de la forteresse par un escalier très raide. On accède à une première cour très vaste au centre de laquelle se dressent un chorten et un gigantesque ficus. C’est la partie administrative du dzong où l’on croise des fonctionnaires vêtus de leurs gho ou kira. C’est aussi dans cette cour que se déroulent les festivals et qu’eut lieu la cérémonie de mariage du cinquième roi - le roi actuel - le 13 octobre 2011.






Le long des murs, de magnifiques peintures sur les thèmes habituels (Roue de la Vie, les Quatre Amis, etc.). Mais on remarque plus particulièrement plusieurs mandalas qui sont autant de supports à la méditation. Mandala, signifiant « cercle », c’est une représentation géométrique, de l’univers perçu par l’esprit éveillé.

Vaiśravaṇa, l'un des quatre rois célestes, le Roi protecteur ou Gardien du Nord, avec l'ombrelle et la mangouste 


Ma,dalas:carrés = diagrammes cosmiques et mystiques

Un temple auquel on accède par une volée de marches aériennes occupe le centre de la seconde cour. Quant à la troisième cour, c’est la partie la plus sacrée et la plus intéressante, car c’est là se trouve la grande salle d’assemblée des moines. Un panneau à l’entrée invite les visiteurs à se déchausser et à ne pas faire usage des appareils photo. Des policiers veillent scrupuleusement. Cette vaste salle abrite des statues et des peintures d’une grande qualité artistique, notamment une série représentant sur les murs du pourtour, les douze étapes de la vie du Bouddha, depuis la naissance princière jusqu’à l’Illumination.



Mandala cosmique et roue de la vie 

Petite randonnée dans les rizières

Après le déjeuner, nous poursuivons notre route toujours plus au nord, en amont de la vallée, jusqu’au village de Nyizergang. Face à ce village, sur une butte de l’autre côté de la rivière Mo Chu, un grand chorten a été érigé fin 1999 à l’initiative la reine-mère pour protéger le pays. Il est désigné sous le nom de Khamsum Yuelley Namgyel Chorten (ouf !). Pour y parvenir, quarante-cinq minutes de marche sont nécessaires.

Par une passerelle suspendue, nous traversons la rivière, puis le sentier passe au milieu des rizières en terrasses où les paysans s’activent à terminer la moisson et à décortiquer le riz manuellement ou avec de modestes machines. Une ambiance bucolique.



Petite pause près d’un moulin à prières pour profiter de la vue et échanger quelques mots avec une personne âgée se trouvant là. Puis le sentier devient très escarpé. Le paysage qui se dévoile à mesure que nous progressons est de plus en plus idyllique.

Nous atteignons le chorten qui s’élève sur trois niveaux. Nous pénétrons à l’intérieur en laissant les chaussures sur le pas de la porte. C’est de toute beauté ! Une iconographie très riche et colorée représentant une foule de divinités censées terrasser les influences néfastes et propager la paix et l’harmonie. Nous gravissons un à un les étages tout en contemplant ces peintures, jusqu’à la terrasse sommitale au niveau des « treize parasols ». Et alors, quelle vue !

Une superbe vue sur la vallée, les champs en terrasses et la rivière qui serpente en contrebas. C’est un des plus beaux paysages du Bhoutan que nous ayons eu à contempler ! Ce doit être plus beau encore quand les rizières sont vertes, ainsi que le montrent les images des agences de voyage, mais ce serait alors la saison de la mousson et sans doute pas la période idéale pour circuler dans le pays.

Cette journée, contrairement à la précédente assez quelconque, nous a offert d’intenses moments de contemplation, parmi les plus beaux du voyage.

16
nov

Départ matinal vers Thimphou. La route passe par le col de Dochula (3 150 mètres), ou plus simplement par Dochula, puisque la signifie « col ». Il faut y arriver assez tôt, si l’on veut avoir la chance de voir le panorama sur l’Himalaya oriental, avant que la brume n’envahisse le lieu.

La route est belle, elle a été rénovée il y a quelques semaines. Cependant elle montre déjà ici et là quelques légers signes d’affaissement inquiétants. Il est vrai que le terrain est difficile : matériel rocheux hétérogène, sismicité, pentes abruptes. Mais qu’en sera-t-il quand le gel, puis la mousson seront passés par là ? Peut-être ces travaux ont-ils été exécutés trop rapidement ? Nous avons eu largement le temps d’observer au cours des trajets le long des chantiers, la manière artisanale dont les murs de soutènement et les gabions ont été réalisés. Quoiqu’il en soit c’est une très belle route de montagne qui traverse une immense forêt de pins.

Au terme de multiples lacets, nous apercevons déjà les nombreux drapeaux à prières qui marquent le col. Nous découvrons un ensemble de 108 chorten que la reine-mère y a fait construire, le Druk Wangyel. Selon les termes du programme de notre agence, il a été édifié « en hommage à la paix et à la stabilité apportées au Bhoutan par le 4e roi ». Il est vrai que l’on peut dire cela, mais il faut préciser les choses. En réalité, ce vaste complexe religieux commémore la victoire en 2003 de la petite armée bhoutanaise sur les séparatistes de l’Assam indien, les Bodos. Ces rebelles, puissamment armés étaient venus se réfugier dans le sud du pays pour échapper à l’armée indienne et risquaient de déstabiliser le pays. Il fallait donc les en chasser, d’où cette entreprise militaire hasardeuse menée par le petit royaume qui s’est donc soldée par une victoire inespérée, un motif de fierté pour les Bhoutanais.

J’ouvre ici une petite parenthèse à propos de la reine-mère qui a fait construire le Druk Wangyel. Il ne s’agit pas de la même reine que celle qui a fait ériger le grand chorten visité la veille. Cette dernière est la véritable mère du souverain actuel (le cinquième roi), Jigme Khesar Namgyel Wangchuck, celle que Robert Dompnier a rencontrée, souvenez-vous. Comme le raconte ce dernier dans son livre, le quatrième roi a quatre épouses, donc il y a quatre reines. Quant à son fils, en faveur duquel il a abdiqué en 2006, il n’a qu’une seule épouse, une roturière et elle est très belle ! Ce qui fait donc en tout cinq reines ! Vous suivez ?


Nous avons beaucoup de chance, car les sommets étincelants du Grand Himalaya se détachent parfaitement au loin sous un beau ciel bleu. Il faut dire que c’est la meilleure saison pour bénéficier d’un ciel aussi limpide. Il y a quelques années, nous étions allés au Sikkim au printemps et il était quasi impossible d’apercevoir le Kangchenjunga à cause de la brume. Ah, chic ! Il y a une longue vue pour observer ces sommets ! Zut ! Elle est enfermée dans un kiosque cadenassé. Nous apprenons qu’elle est réservée à la famille royale…

Nous renonçons à la randonnée prévue en pleine forêt qui devait nous faire parvenir en trois heures de marche à un temple (un de plus!) situé beaucoup plus haut dans la montagne. Mais Visiter des temples, cela devient redondant et lassant à la longue. Et puis le panorama est suffisamment beau au col pour en profiter. Nous y resterons une heure et demie, en nous baladant tranquillement (et non accompagnés, une fois n’est pas coutume) sur les sentiers fort bien aménagés dans la forêt des environs immédiats. Ne nous voyant plus, notre guide a dû commencer à s’inquiéter... Nous regagnons alors la voiture et descendons en direction de Thimphou.

16
nov

Le Dzong de Semtokha

Après moins d’une heure de route depuis le col, la « banlieue » de Thimphu apparaît déjà au fond d’une étroite vallée. Vous revisiterez bien un p’tit dzong ? Allez un dernier ! Non, ce n’est pas dans ces termes que Senge nous propose aimablement cette visite non prévue au programme, alors que nous sommes en avance et que la route passe à proximité : le dzong de Semtokha. Et ce fut une excellente idée, car nous allons découvrir d’autres trésors d’une grande valeur artistique.

Le dzong de Semtokha est le plus ancien du pays, plus ancien que le dzong de Trongsa, puisqu’il fut le premier édifié par le Shabdrung Ngawang Namgyel en 1631. De taille modeste, et dominant la vallée, il est situé sur un carrefour stratégique verrouillant les accès à Thimphu. L’originalité du lieu a été d’accueillir jusqu’en 2011 un Institut d’études traditionnelles pour des étudiants laïcs. Aujourd’hui à l’étroit dans ces locaux, cet institut qui compte des centaines d’étudiants a été déplacé ailleurs et rattaché à l’Université.

Ces étudiants ne sont donc pas des moines, contrairement aux résidents des nombreux monastères qui recouvrent le pays, où l’on dispense un enseignement à caractère religieux. Au cours de notre voyage, nous avons pu rencontrer dans ces monastères un grand nombre jeunes moines, parfois de très jeunes enfants assez joueurs. Tashi, que nous allons revoir à Thimphu, nous a expliqué que c’est un moyen pour les familles pauvres de permettre à leurs enfants d’accéder à l’éducation. En principe ils sont voués à s’engager dans la vie monastique, mais ce n’est pas une obligation. Arrivés à l’âge adulte, ils peuvent quitter le monastère moyennant une modeste contribution financière à leurs années d’enseignement (une centaine de dollars, je crois). MAIS, il n’est pas évident pour eux de trouver leur place dans la vie active, car ils ne savent rien faire d’autre que prier. Ils risquent donc d’alimenter les statistiques du chômage chez les jeunes.

La massive tour centrale semble écraser la petite cour. A l’intérieur se trouve le temple principal qui abrite des statues et des peintures de grand intérêt artistique. Les seules peintures autorisées à être photographiées, sont celles du porche d’entrée. Parmi celles-ci, il y a ce motif que nous n'avons jamais vu ailleurs: un glaive posé sur un livre et une fleur de lotus. Selon Françoise Pommaret, spécialiste du Bhoutan, ce motif repose sur trois principes du bouddhisme : le lotus est symbole de pureté, le livre représente la connaissance et le glaive tranche l’ignorance. Quant aux oiseaux à deux têtes de part et d’autre, ils symbolisent les érudits capables de parler deux langues et de traduire les textes religieux du sanscrit au tibétain.

La pureté et la connaissance symbolisés par le glaive posé sur un livre et une fleur de lotus, qui tranche l'gnorance


Mandala et poignée de porte 

Le Bouddha Dordenma


Du lieu où nous sommes nous pouvons apercevoir au loin le colossal Bouddha Dordenma qui domine la vallée de Thimphu. Son édification a commencé en 2007. Quand nous y sommes montés, on en était encore aux finitions et le parc paysager restait à aménager. Le Bouddha mesure 52 mètres de haut et serait un des plus hauts du monde. Il est doré à l’or fin et abritera dans les différents étages, des dizaines de milliers de statuettes du Bouddha. On a donc donné ici dans la démesure, dans le grandiloquent. Y aurait-il une course au gigantisme ? Pourtant ce n’est pas dans la tradition bhoutanaise, comme en Birmanie ou en Thaïlande par exemple. Nous visitons le premier étage (photos interdites) : une vaste salle de méditation au centre de laquelle trône un grand Bouddha Shakyamuni à quatre faces, entouré des huit bodhisattvas, dorés eux aussi. Je me suis vite fait rappeler à l’ordre par la nonne « en faction », car par étourderie j’ai commencé à tourner autour dans le mauvais sens ! Les murs et les plafonds sont ornés de mandalas. Bref, je ne suis pas convaincu par tant de richesse, qui ne me semble pas être en phase avec l’Enseignement du Bouddha : le coût total dépasserait cent millions de dollars avec des financements de l’étranger. On pourrait s’interroger sur le bien-fondé de la multiplication de ces nouveaux édifices religieux flambant neufs érigés ici et là, comme les chortens édifiés à l’initiative des reines-mères, au détriment des investissements dans les infrastructures. Cependant je n’ai pas de légitimité pour juger de cela. Le Bhoutan privilégie le spirituel. C‘est son choix.

La vue depuis l'esplanade du Bouddha Dordenma sur la modeste capitale du Bhoutan qui s'étire en longueur au fond de la vallée

Quoiqu’il en soit le Bouddha mérite le détour, d’abord pour la statue en elle-même qui est très belle, notamment son visage, d’une grande finesse. Et surtout pour la vue très étendue sur toute la ville qui s’étire en longueur au fond de la vallée. Et puis ce sera la seule et unique statue de l'Illuminé que nous pourrons photographier librement, et pour cause !


Balade en liberté dans la capitale

Nous n’avons pas été séduits par Thimphu, une agglomération qui a grandi trop vite. Il est vrai cependant qu’avec seulement 120 000 habitants, la capitale fait figure de petite ville de province dans le contexte asiatique. Mais c’est une sorte de ville nouvelle, puisqu’elle ne fut promue capitale que dans les années cinquante. Auparavant ce n’était qu’un village. Et puis malgré le boom immobilier, l’architecture est restée traditionnelle par décret royal. Contrairement à d’autres villes d’Asie, les immeubles ne peuvent dépasser quatre étages.

Malgré cela cette ville, à l’étroit dans cette vallée encaissée, ne nous a pas laissé une bonne impression, alors que partout ailleurs dans le pays, nous étions plus ou moins sous le charme. C’est une ville très sale, dégradée et polluée. En revanche nous avons retrouvé dans les environs de Thimphu, tout le charme du Bhoutan.

Un autre visage de Thimphu 

Nos compagnons étant rentrés dans leur famille respective, nous nous baladons tranquillement dans la seule rue principale de la capitale, Norzim Lam, bordée d’immeubles décorés dans le style bhoutanais et grouillante de monde : écoliers, étudiants, commerçants, fonctionnaires, touristes indiens en grand nombre, touristes occidentaux accompagnés de leur « ange gardien » en tenue traditionnelle. Petite visite d’une papeterie artisanale, puis d’un atelier de mandalas, des œuvres d’une finesse incroyable.

En soirée, Tashi nous a invités à dîner dans un restaurant du centre-ville pour un petit débriefing de notre voyage. C’était en semaine et nous étions les seuls clients de ce restaurant fréquenté par la classe moyenne de Thimphu. Tashi nous parle de son pays. Il est très inquiet à propos de l’état des routes et donc de l’avenir du tourisme. L’Inde a accordé au Bhoutan un prêt sans intérêt pour la rénovation du réseau, à condition que les travaux soient terminés sous quatre années. Ils devaient donc l’être fin 2018, mais personne n’y a cru, sauf les politiciens pour se faire élire, nous dit-il !

Nous avons été étonnés d’apprendre que les fonctionnaires sont particulièrement choyés au pays du bonheur. Entre autres privilèges (logement, salaires, etc.), ils bénéficient de conditions avantageuses pour acquérir une voiture, sans payer les taxes. Par ailleurs ils bénéficient de quotas, car les importations sont contingentées, quotas qu’ils vont revendre à leurs compatriotes. Le Bhoutan, pays des combines ? Les fonctionnaires font donc partie des « happy » dans le calcul du BNB.

17
nov

Eh oui, encore un monastère ! A croire qu’il n’y aurait que des sites religieux à voir en ce royaume himalayen! La randonnée la plus populaire dans les environs de Thimphu est celle qui conduit en deux heures au monastère de Phajoding (3 700 m), que l’on peut apercevoir dans la montagne à l’ouest de la ville. Toutefois Tashi nous a suggéré un monastère plus retiré, celui de Tango niché au cœur de la forêt. Datant du XIIIe siècle, c’est aujourd’hui, une école monastique réputée et un but de pèlerinage.

Nous retrouvons nos deux compagnons à l’hôtel, très ponctuels, comme toujours. Ils ont fait préparer un pique-nique à emporter. Dawa nous conduit au nord de la ville, en amont de la vallée. La route passe au-dessus du dzong, puis à proximité du palais royal qui tient d’avantage d’une villa cossue que d’un véritable palais. C’est l’heure de l’ouverture des bureaux, la circulation est dense. La banlieue s’étire indéfiniment dans la vallée, les immeubles ont peu à peu grignoté les rizières. Senge nous annonce que l’on croisera peut-être le quatrième roi, puisque c’est sa balade habituelle à vélo. Mais pas de roi. Celui-ci a du mérite, car la route est escarpée et domine désormais la vallée où apparaissent villages et champs en terrasses. Nous sommes enfin dans la campagne, à quelque dix kilomètres de la capitale.

Le dzong de Thimphou 


Après quarante minutes de route, nous entamons une magnifique et facile randonnée d’une heure à travers la forêt par un bon sentier en lacets, balisé par des proverbes comme celui-ci : « Apprends comme si tu devais vivre pour toujours et vis comme si tu devais mourir ce soir » ou encore : « La Nature est belle, respecte-la ». Nous croisons une importante colonie de singes Langur, très curieux de nous et peu farouches.




L'overdose commençant à poindre, nous renonçons à visiter le temple et préférons rester un long moment à flâner au soleil sur la terrasse, à contempler le paysage et à écouter le silence à peine perturbé par les discussions discrètes de pèlerins.


Il est prévu au programme de pique-niquer dans un parc de la ville. Cela ne nous enchante pas. Ayant avisé un coin tranquille et sympathique au bord du torrent, nous décidons de nous y rendre. Un joli pont couvert enjambe le torrent. Le lieu est idyllique à souhait, littéralement envahi par les drapeaux de prières. Nous y resterons un bon moment à ne rien faire, sinon contempler. Et cela semble très bien convenir à Dawa, qui a décidé de transformer son gho en débardeur, pour être plus à l’aise au bord de l’eau ! J'ai l'impression que le costume national qui fut exigé par décret du Quatrième roi lui convient moyennement.




Retournons en ville pour une visite rapide du Memorial Chorten et du temple Changangkha. Nous observons les pèlerins tourner 108 fois autour du premier et, dans le second, de jeunes parents amener leur nouveau-né pour le faire bénir par la divinité locale. Toujours cette ferveur religieuse des Bhoutanais. Nous zapperons le zoo, pas très motivés par les animaux en captivité, même si c’est pour découvrir le Takin, un étrange animal ressemblant à un gnou qui aurait été créé, selon la légende, par le lama Drukpa Kunley en réunissant une tête de chèvre et un corps de vache. Quant au dzong, il n’est ouvert aux visiteurs qu’après la fermeture des bureaux vers 16h30, c'est-à-dire moins d’une heure avant l’obscurité. Donc nous préférons rentrer à l’hôtel et nous reposer.


18
nov
La vallée de Haa. Au fond, la ligne de crête marquant la frontière avec le Tibet

Départ matinal en direction de la haute vallée du Haa, car aujourd’hui une très longue route nous attend. Ouverte aux étrangers depuis 2002, cette région est encore peu visitée. Située à l’extrême ouest du pays, c'est l’une des régions les moins peuplées du Bhoutan. La vie locale y est toujours rythmée par les saisons et l’agriculture.

La route suit d’abord le fond de vallée de la Wang Chu (chu = rivière) qui conduit vers Phuentsholing à la frontière indo-bhoutanaise. Après une heure de route, nous bifurquons vers l’ouest et entamons une longue montée vers les hauteurs dominant la vallée de Haa. Nous traversons de nombreux hameaux, tous plus beaux les uns que les autres. Nous croisons un important convoi militaire indien. En effet cette route est stratégique : le col à la frontière tibétaine est tout proche et aisément franchissable. Il y a d’ailleurs une importante base indienne dans la vallée, dotée d’un aérodrome. Elle sert de centre d’instruction pour la petite armée bhoutanaise et d’école militaire pour les plus jeunes. Vers midi nous arrivons en vue du village de Haa et faisons halte à une auberge pour la pause déjeuner. Contrairement à ce que nous avons connu ailleurs, il y a peu de voyageurs ici : seulement deux autres couples d’étrangers que nous reverrons au lodge.

Remarquer les taches rouges sont les récoltes de piment au séchage 


Après une visite éclair de deux temples, dont l’un est en rénovation complète, suivie d’une brève balade dans l’unique rue du village de Haa, excessivement dégradée, nous reprenons la route. Nous traversons la rivière et empruntons une piste poussiéreuse qui nous conduit jusqu’à notre maison d’hôtes située dans un hameau très isolé : le Sonam Zingkha Heritage.

Nagpo Lhakhang  


Rénovation des peintures au Karpo Lhakang


Haa 

Comme toujours, l’accueil est chaleureux dans ce lieu typiquement bhoutanais. C’est une ancienne ferme rénovée et transformée en maison d’hôtes : c’est plein de charme. Un thé nous est offert avant de nous conduire à notre chambre. Celle-ci est sommaire et très exiguë, mais très propre et arrangée avec goût, mais ce sera globalement suffisant pour une seule nuit. Malgré l’altitude élevée, nous avons eu assez chaud grâce à un chauffage électrique et des kilos de couvertures ! Très vite le jour baisse et il n’y a plus rien à faire, sinon se reposer dans la salle commune avec un livre autour d’un thé ou à discuter avec les rares voyageurs.

Cette vallée est très belle et mérite réellement le détour. Ceci dit nous avons dû faire énormément de route de montagne, pour une journée en définitive peu remplie : deux petits temples sans grand intérêt et une rue de quelques centaines de mètres ! Donc ce détour n’a de sens que si l’on reste au moins deux nuits pour effectuer une randonnée dans le coin.

19
nov

Aujourd’hui nous allons terminer notre boucle au Bhoutan et revenir à Paro, le lieu de départ. Pour ce faire, nous montons en voiture jusqu’au Chelela, lequel permet d’admirer, du haut de ses quasi 4 000 mètres d’altitude, un panorama splendide sur deux sommets himalayens tout proches : le Jomolhari (7325 mètres) et Jichu Drakey (6999 m).

La vallée de Haa (au fond le col vers le Tibet) 


Panorama sur le Jomolhari et le Jichu Drakey 

Ce col, entièrement couvert de drapeaux à prières, sera le départ de notre randonnée du jour, et devinez où elle va nous mener.

Vous ne voyez pas ?

Vers un monastère me dites-vous ?

Gagné !

Il s’agit de la nonnerie de Kali Gompa qui, accrochée à une paroi rocheuse, domine la vallée de Paro. Le sentier en légère descente traverse la forêt. On atteint le monastère en moins d’une heure et demie. C’est donc une randonnée très facile, d’intérêt limité, si ce n’est le site spectaculaire de la nonnerie. Senge nous propose de monter visiter le temple. Non merci ! En revanche, j’avise un chorten situé sur un éperon dominant la vallée et nous nous y dirigeons. Parmi les drapeaux à prières, on peut encore contempler les neiges du Jomolhari.



La nonnerie de Kali Gompa 


Quelques pas en contrebas et nous atteignons la piste forestière où nous attend Dawa avec la voiture pour nous conduire jusqu’à Paro et notre hôtel, le Naksel Resort & Spa. Celui-ci se situe à l’écart de Paro, en hauteur, à la lisière d’une forêt et n’est accessible que par une longue succession de très mauvaises pistes. Il nous faudra près de trois-quarts d’heure pour y parvenir. Autant dire que nous n’aurons pas le temps de redescendre à Paro pour la visite initialement prévue du Musée national. Tant pis !

Le Naksel sera notre plus bel hôtel pour terminer notre voyage. Nous bénéficions d’une très grande chambre très chaleureuse avec une vue imprenable sur les temples de Taktsang et le Jomolhori. Admirer le coucher de soleil sur la montagne, confortablement assis dans notre coin-salon, est un moment de détente magique.

20
nov
Le monastère de Taktsang 

C’est le site emblématique du Bhoutan, le lieu « incontournable » d’un voyage dans ce pays. Très photographié, il figure en bonne place dans les pages d’accueil des sites des TO. Et bien sûr, il y a du monde, des touristes évidemment, mais aussi de nombreux pèlerins qui s’y pressent en ce dimanche pour recevoir une bénédiction et déposer leur offrande.

C’est en effet un lieu de pèlerinage très vénéré dans le monde himalayen depuis plus de douze siècles. Taktsang, la « tanière du Tigre » (on dit aussi le nid du Tigre) tire son nom de la tradition au VIIIe siècle, voulant que Guru Rimpoché vint à la grotte de Taktsang de façon miraculeuse en volant sur le dos d’une tigresse. Le Maître médita alors trois mois dans la grotte et convertit la vallée de Paro au bouddhisme. Depuis lors de nombreux saints et lamas en quête d’expériences spirituelles ont médité dans ces temples.

On ne se rend guère compte que les bâtiments, tels qu’ils se présentent actuellement ne sont pas anciens. En réalité le Taktsang a été entièrement reconstruit après l’incendie catastrophique de 1998 qui a complètement détruit bâtiments, peintures et sculptures.

Départ très matinal. Il fait encore très froid, le givre s’accroche aux pins. Nous entamons notre ultime randonnée, car qu’on le veuille ou non, il faut marcher sur 700 mètres de dénivelés cumulés pour atteindre le monastère à 3100 mètres d’altitude. Certains touristes s’épargnent une partie de la montée en utilisant les services des propriétaires de chevaux. Il y a de nombreux groupes de toutes nationalités : Indiens, Bangladeshi, Chinois (les plus nombreux à venir au Bhoutan après les Indiens), Américains, Italiens, etc. C’est très cosmopolite… et bruyant. Malgré les panneaux exhortant à respecter un lieu sacré et garder le silence, on vocifère, on rigole, on fait des selfies. Des comportements indignes que l’on n’a rencontrés que sur ce site ! Bon, ce n’est pas non plus la grande foule, comme à Angkor, au Taj Mahal ou au Machu Picchu.

Le sentier monte régulièrement dans une forêt de chênes, puis de pins jusqu'à une plateforme où se trouvent des moulins et des drapeaux de prières. Ici s’arrêtent les chevaux. A proximité se trouve une auberge où l’on nous propose thé, café, petits gâteaux. De là, la vue sur le Taktsang est déjà magnifique. Le paysage fait penser à une peinture chinoise. Le sentier devient alors plus escarpé. On remarque, en levant la tête, qu’il y a plusieurs autres temples au-dessus de celui vers lequel nous nous rendons. Taktsang est donc un complexe de plusieurs temples.



Un autre temple de Taktsang, plus di!cile d'accès. 

Nous arrivons à un second groupe de drapeaux à prières et l’altimètre affiche 3 200 mètres. Nous dominons donc de cent mètres le temple principal, accroché à la paroi au-dessus du vide. La vue est saisissante. C’est alors qu’il faut redescendre par des escaliers vertigineux le long de la paroi et au bord du précipice. C’est impressionnant mais très sécurisé. On arrive à un ravin où tombe une cascade spectaculaire et au-dessus duquel un ermitage est accroché dans une anfractuosité du rocher. Takstang se trouve maintenant au-dessus de nous. Il nous faut donc remonter une longue volée de marches dans une ambiance très humide puisque ce tronçon est toujours à l’ombre. Nous arrivons enfin sur le site au terme de trois heures de marche.







A l’entrée, fouille systématique des visiteurs par un policier. Ça ne rigole pas ! Ensuite il faut déposer sacs et appareils photo dans des casiers plus ou moins sales et qui ne ferment même pas à clé ! On est prié d’apporter son propre cadenas !

Il faut évidemment se déchausser et comme il y a plusieurs temples sur différents niveaux on doit rester pieds nus et porter ses chaussures, à moins que l’on ne désire pas visiter tous les temples, ce qui sera notre cas. Nous nous contenterons de voir le principal, là où le Guru a médité. La grotte est protégée par une porte en cuivre. L’endroit est exigu et il faut attendre son tour pour entrer. Un jeune moine nous propose de l’eau pour nous purifier les mains et le visage. En principe on devrait la boire, mais on s’en dispensera…

Madame observe un petit moinillon en train de jouer sur son téléphone. Il s’agit d’un jeu vidéo où un chemin de fer est impliqué. Où donc ce très jeune garçon aurait-il bien pu voir un train ? Tout-à-coup un religieux grincheux vient le semoncer et le prier d’aller… prier.

Du haut de la terrasse sommitale dominant de 800 mètres la vallée de Paro, nous admirons le paysage. Nous bavardons avec un chirurgien français se trouvant là. Il fait partie d’une ONG et vient livrer du matériel médical à haute technologie à Mongar, dans le centre du pays. Il connaît le Bhoutan pour y être venu depuis longtemps. Il nous a dit que le pays manque de médecins (200 en tout, je crois), que l’hygiène est déplorable, que les mentalités évoluent peu et qu’il y a un conflit générationnel au du sein milieu médical. De nombreuses maladies pourraient être évitées.

Nous entreprenons la descente en croisant de nombreux pèlerins chargés de paquets de gâteaux, de sacs de noix, et autres offrandes. Si l’on vous propose une friandise, acceptez ! Ce n’est pas pour vous vendre quoi que ce soit, c’est une offrande ! Rappelez-vous la boisson que l’on nous a offerte lors d’une puja dans un temple du Bumthang. Pendant la descente, nous entendons Senge, très pieux, marmonner Om maṇi padmé hoûm.

Nous renonçons à la visite de Kyichu Lhakhang, un des plus vieux temples du Bhoutan. C’est le trop-plein ! Nous saturons. Nous préférons retrouver notre liberté, profiter de notre belle chambre et méditer devant les couleurs changeantes du Jomolhori au soleil couchant.

Demain à l'aube nous quitterons le Bhoutan pour d'autres découvertes en Orissa.

L’ultime royaume himalayen a tenu ses promesses envers nous. Ce fut un très beau voyage.

Nous sommes très heureux de nos deux semaines au Bhoutan qui nous ont procuré dépaysement, sensation de sérénité, contemplation.

Nos coups de cœur

La vallée de Phobjikha

Les vallées de Bumthang

Punakha et les rizières de Nyizergang

Le col de Dochula

La vallée de Haa,

Toutefois il ne faut pas surévaluer les paysages du bhoutanais. Ce sont plus ou moins ceux des Alpes, les multiples drapeaux à prière et les immenses forêts primaires en plus. Cependant la plupart des vallées sont très encaissées, ce qui limite l'horizon. Il ne faut pas trop compter voir les hauts sommets himalayens. Pour cela il faut faire un trek ou avoir de la chance avec l'état du ciel lors du passage d'un col. Nous avons eu cette chance par trois fois car nous avons bénéficié d'un grand beau temps avec un ciel limpide, c'est l'avantage en cette saison. Cependant la chaîne reste éloignée de ces belvédères, les photos prises au téléobjectif sont trompeuses. Ce n'est donc pas au Bhoutan que j’ai vu les plus beaux paysages de montagne !

Le Grand Himalaya: le Jomolhari et le Jichu Drakey vus du col de Chlela 

Nous avons aimé

Le festival de Jakar

Ce fut incontestablement le sommet du voyage. Il faut absolument assister à l’un de ces fameux Tshechu qui n’ont rien de « folkloriques », mais qui sont réellement ancrés dans la tradition bhoutanaise. Un festival de couleurs, de sons, d’ambiances.

Le côté « authentique » du pays.

C’est un mot galvaudé que je n’aime pas beaucoup, car il est souvent utilisé pour des motifs commerciaux. Mais pour une fois on peut l’utiliser et je ne trouve pas d’autre mot. L’architecture traditionnelle et le costume national n’ont rien d’artificiel. Pas de mise en scène à des fins touristiques, pas de muséification des villages, comme on peut le voir ailleurs. Pas de sollicitations commerciales, très peu d’étals de babioles « artisanales » pour touristes à proximité des temples ou des dzongs. Par exemple il n’y en avait pas du tout à Taktsang. Les boutiques d’artisanat existent mais sont discrètes. C’est un aspect que nous avons apprécié.

La sérénité du pays

Calme, quiétude, douceur peuvent qualifier l’atmosphère du royaume. C’est sans doute est-ce lié au bouddhisme. Pas d’agitation, peu de bruit même à Thimphou. On écoute le silence. Une exception toutefois : les aboiements des chiens errants durant la nuit. C’est une calamité nationale. Et comme les bouddhistes ne tuent en principe pas d’êtres vivants, on les stérilise.

Les Bhoutanais

Gentillesse, sourire, attention envers le visiteur, sont des qualités de ce peuple. Par exemple on vous cède volontiers la place pour mieux voir les danseurs au festival de Jakar. Ceci dit, les Bhoutanais semblent très réservés, et il n’y a pas eu de vraies rencontres avec la population. Les seuls vrais échanges ont été ceux avec la famille du Jakar Village Lodge. Rien à voir avec les contacts faciles avec les Indiens par exemple. La langue est un obstacle.

Nous aurions aimé

Un meilleur équilibre culture / nature

On pourrait se demander ce qu’il aurait à voir au Bhoutan s’il n’y avait pas la religion ! Nous avons grandement apprécié la visite des dzongs et des temples pour leur qualité architecturale et artistique. Toutefois, le voyage pourrait se résumer à un périple d’un monastère à l’autre, d’un temple à l’autre. Et le guide de nous réciter, je dis bien réciter son discours formaté dans un langage souvent inintelligible. Vers la fin du voyage nous en étions saturés !

Pourtant le Bhoutan s’enorgueillit à juste titre d’avoir préservé un patrimoine naturel d’une richesse exceptionnelle. Lors de nos randonnées vers tel ou tel monastère, nous traversions des forêts, mais nous ne faisions que passer. On avait l’impression de la part de notre accompagnateur que ces arbres magnifiques, cette biodiversité, n’avaient aucun intérêt. On ne cherchait même pas à nous faire découvrir un oiseau. Pire, alors que l’on écoutait les bruits de la forêt, le téléphone sonnait intempestivement et régulièrement et nous avons eu droit à des décibels en pleine forêt ! Quoiqu’il en soit notre guide était totalement incompétent dans ce domaine.

Nous n’avons pas aimé

L’état désastreux des routes

Il n’est pas très plaisant de passer des heures à traverser un immense chantier. Une vraie galère ! D’ailleurs les Bhoutanais qui désiraient se rendre de Thimphou à Trashigang, dans l’est du pays, passaient souvent par l’Inde pour gagner du temps. La fin des travaux était prévue pour 2018, mais au train où allaient les choses cela semblait improbable. Je ne sais ce qu’il en est aujourd’hui.

Un séjour beaucoup trop encadré

C’est le problème majeur, qui a nettement assombri notre voyage ! Pour voyager au Bhoutan, un guide nous est imposé. Celui-ci est obligatoire pour entrer dans les temples, les monastères et les dzongs. D’ailleurs jusqu’au début des années 2000, les étrangers n’étaient même pas admis dans la plupart d’entre eux. On a donc le guide sur le dos à longueur de journée et l’on ne retrouve sa liberté et son intimité, qu’une fois arrivé à l’hôtel, et encore à condition qu’il ne s’installe pas à votre table au dîner !...

Et quand ce guide est incompétent, comme le nôtre, c’est le pompon ! Certes gentil, serviable, sérieux, ponctuel, mais c’est tout ! Nous avons appris que ce guide a « bénéficié » d’une formation intensive en français de seulement trois mois au Népal et avec un professeur népalais ! Par ailleurs la formation de guide dure trois semaines ! Donc une formation à la va-vite et le nôtre étant très jeune, il avait peu d’expérience. Même sur le plan de la logistique il n’a pas toujours été à la hauteur. Le dernier jour, nous aurions pu rater notre vol de retour, dont l’heure de départ avait été avancée, si je n’avais vérifié moi-même sur le site internet de Drukair. Il était prêt à nous conduire à l’aéroport une heure trop tard ! C’est pourtant son boulot de guide de demander confirmation des vols !

Enfin ce qui fut très pénible avec un guide comme le nôtre, c’est d’être infantilisé à longueur de temps. C’est sans doute lié à sa formation express mal digérée, qui demande d’être attentionné envers le client. Je n’ai pas besoin d’un guide pour qu’il m’aide à mettre mon sac sur le dos ou à régler mes bâtons de marche, tout de même !!! Et pour couronner le tout, notre homme était doué d’un manque de savoir-vivre élémentaire, mais je préfère en rester là. Bon, pour être honnête, j'ai pu discuter dans certains hôtels avec des guides de l'agence Across Bhutan qui avaient un bien meilleur bagage linguistique et culturel. Nous n'avons pas eu de chance: Tashi a préféré réserver ses meilleurs guides aux groupes et nous confier cet arpette.

En définitive, des impressions en demi-teinte. Si nous sommes heureux d’avoir découvert le Bhoutan, il ne fait pas partie des pays où nous reviendrons. D’abord parce que c’est beaucoup trop cher. Ensuite parce que le voyage est beaucoup trop encadré. Peut-être les choses eussent-elles été différentes si le guide avait été passionnant et si nous avions pu échanger avec lui.

Quel budget ?

Pour préserver l’environnement naturel et le mode de vie traditionnel des habitants, l’État bhoutanais entend réguler le flux touristique, conscient des risques qu’un tourisme de masse incontrôlé ferait peser sur les équilibres socio-économiques du pays. Il n’y a pas si longtemps le Bhoutan limitait de nombre de visiteurs en instaurant des quotas et n’autorisait que les voyages en groupes. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Par ailleurs le pays a besoin de devises pour assumer ses programmes de développement (infrastructures, santé, éducation). Le Bhoutan a donc fait le choix de réaliser le plus de profit, avec le moins de touristes possible ! Il cible donc une clientèle « haut de gamme » tout en évitant de reproduire les erreurs de son voisin népalais. On voit d’ailleurs se multiplier les complexes hôteliers de luxe avec spas à 1 000 $ la nuit, voire davantage !

Ainsi l’obtention du visa est-elle assortie d’une taxe de séjour de 250 $ par jour en haute saison (mars-mai et sept-nov.) et de 200 $ en basse saison. C’est très cher ! Mais pour ce prix, tout est compris (sauf le vol à destination de Paro, le cas échéant) : les hébergements, les repas, les transports, le chauffeur, le guide, le vol intérieur, les entrées sur les sites et bien entendu les taxes. On n’a donc aucune dépense à prévoir sur place, en dehors ses achats personnels et des pourboires. Malgré cela et compte tenu des salaires locaux, cela reste un voyage onéreux et de ce fait le circuit se limitera le plus souvent à une dizaine de jours en moyenne. Mais cela ne concerne pas les touristes des pays voisins, les Indiens surtout, lesquels sont trois fois plus nombreux que les visiteurs occidentaux.

La question du budget est donc très simple: c'est le forfait journalier exigé. Le Bhoutan n’est pas un pays pour routards à petit budget.

Quand partir ?

Au printemps ou à l'automne, c'est-à-dire en haute saison. Au printemps, après la mousson, les paysages sont plus verts et fleuris, mais en automne l'ensoleillement sera meilleur et le ciel plus limpide.

Comment obtenir le visa ?

Il est impossible d'obtenir de visa à l’étranger. Il faut absolument s’adresser à une agence de voyage agrée (il y en a des centaines !). C'est elle qui se charge des formalités d'obtention du visa. Je n’ai eu qu’à envoyer par courriel une copie scannée des premières pages de chacun de nos passeports. Une fois les formalités financières et administratives réglées, l’agence m’a envoyé par courrier électronique un fichier pdf à entête du « Royal Government of Bhutan » mentionnant le n° de visa, les nom et prénoms, le n° de passeport, l’aéroport d’embarquement et les dates d’entrée et de sortie du territoire. Il faut présenter ce document avec le passeport à l’arrivée dans le pays et à l’aéroport d’embarquement. On ne peut embarquer sans ce document.

Arriver au Bhoutan

Deux possibilités : par voie aérienne (c'est le plus simple) ou par voie terrestre.

Par avion :

- Une seule porte d'entrée: l'aéroport international de Paro

- Pas de vol direct depuis l’Europe, il faut passer par un aéroport asiatique (Delhi, Calcutta, Bagdogra, Katmandou, Singapour, Bangkok) ou par Doha au Qatar.

- Deux compagnies : Drukair et une compagnie privée Bhutan Airlines.

- C’est l’agence de voyage qui se charge de l’obtention des billets d’avion. Ces vols sont assez onéreux.

Je conseille vivement de prévoir une journée de sécurité dans la ville de transit à l’aller comme au retour, car de facto il y aura deux billets distincts et on n’est pas à l’abri d’un vol retardé, voire annulé à cause des conditions météorologiques. Des voyageurs ont eu des problèmes de ce genre aux correspondances. Il faudra alors un visa double entrée si l’on passe par l’Inde, ce qui alourdit encore le budget !

Par la route

Le principal poste-frontière est la ville de Phuentsholing au sud-ouest. Il y a ensuite six heures de route jusqu’à Thimphu. Cela permet de voir la variété des paysages bhoutanais depuis les plaines tropicales jusqu’aux vallées centrales.

L'oiseau à deux têtes symbolisant l'érudit parlant deux langues, capable de traduire les textes religieux du sanscrit au tibétain

Que mange-t-on au Bhoutan ?

En fait je n'en sais rien, car je crois que la cuisine qui nous est servie est spécialement préparée pour les occidentaux, comme les soupes, les plats non ou peu épicés, alors que les Bhoutanais ADORENT le piment qui est l'or du pays. En réalité nous avons mangé toujours la même chose que lors de notre tout premier déjeuner en arrivant à Paro : légumes frais et riz cuits vapeur, poulet, porc séché, sauce au fromage. Au début on trouve cela bon, ensuite ça devient TRÈS monotone ! A la fin je me suis mis à détester les brocolis et le poulet ! Nous n'avons pas fait une expérience culinaire extraordinaire dans ce pays.

Dans ma bibliothèque

Françoise Pommaret, Bhoutan. Forteresse bouddhique de l’Himalaya, Guides Olizane, 2014, 336 p.. Le seul guide sérieux à ma connaissance est celui de la célèbre maison d’édition genevoise spécialisée sur l’Asie, illustré de nombreuses photographies. L’auteure est une ethnologue et historienne, chercheuse au CNRS. C’est LA spécialiste française du Bhoutan où elle réside régulièrement depuis plusieurs décennies. C’est un guide très érudit sur l’histoire, l’art, la religion. Il y a aussi des informations pratiques d’ordre général.

Robert Dompnier, Bhoutan. Royaume hors du temps, Olizane, 2e édition 2015, 336 p. (nombreuses photographies). Déjà cité au cours de ce carnet de voyage, ce récit qui relate les différents voyages de l'auteur, offre un panorama assez complet de la société bhoutanaise. C'est une excellente introduction pour un voyage au Bhoutan.

Kunzang Choden, Le Singe boiteux. Contes et légendes du Bhoutan, Olizane, 2008, 320 p. Le Bhoutan est un pays où les légendes et les contes, imprégnés de valeurs morales et religieuses, ont une grande importance.

Mathieu Ricard, Bhoutan. Terre de sérénité, Éditions de la Martinière, 232 p. Mathieu Ricard est un moine et photographe français bien connu, qui réside dans un monastère du Népal. Il a fréquenté le Bhoutan à de nombreuses reprises en compagnie d’un grand maître bouddhiste. Ce très bel ouvrage de photographies, centré sur la spiritualité bouddhiste permet d’entrer dans l’intimité des monastères et des temples. Pour le voyageur « ordinaire », ce livre est donc un moyen d’avoir des images de lieux où il lui est interdit de photographier.