Nouvelle Zélande, le labeur

Après les beaux jours, il était temps d'être un adulte responsable
Dernière étape postée il y a 1402 jours
Du 1er mai au 15 juin 2018
46 jours
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Avant de me mettre vraiment au travail, je m'imprègne de Nelson, où je compte faire un HelpX par la suite. C'est l'occasion de reprendre la course à pied en vue d'un 10k que j'ai repéré en traversant la ville quelques jours plus tôt. Toute ces randonnées m'ont donné la pêche et je cours plutôt bien. La logistique reste compliquée, une fois la course finie je me retrouve dans des douches froides et avec des habits mouillés... Mais je me débrouille et parviens à suivre un entraînement régulier, que je continuerai en travaillant.

Je profite du beau temps pour randonner et squatter les parkings de supermarché avec la fine équipe : les enseignantes et un couple d'Alsaciens.

Je n'ai malheureusement pas de photos de ma période de labeur, étant souvent occupé à travailler, me laver sous une douche glacée dans un coin venteux, ou à cuisiner toujours plus de nouilles aux carottes.


En tout cas il aura fallu aller en Nouvelle-Zélande pour participer au travail du raisin. C'était trop simple en Alsace. Je participe au pruning pré-vendanges pour se séparer du mauvais grain et simplifier les vendanges. J'y vais la fleur au fusil avec mes chaussures de randonnées sans soupçonner des tranchées creusées par les tracteurs et remplies de boue. Après 10 minutes d'acrobatie je trempe un pied puis l'autre dans une de ces flaques et serai trempé pour le reste de la journée. Je vais acheter des bottes le soir-même.

Malheureusement pour les viticulteurs et nous, de gros orages frappent la région juste avant les vendanges, ce qui nous met au chômage et anéantit une grande partie de la récolte. Nous prenons notre mal en patience et jouons beaucoup aux cartes. Les vendanges seront laborieuses, car au lieu de tout ramasser, il faut trier, avec des règles différentes toutes les heures et selon les rangées. En tout cas on peut voir le gâchis, le raisin a gonflé partout et est déjà pourri par endroits.

On trouve quand même le temps de profiter du beau temps et du cadre aux alentours 

Je finis la saison du raisin et m'attaque alors aux kiwis qui commencent. Malheureusement le début est chaotique, et malgré des décennies d'expérience, c'est un bordel sans nom et on perd notre temps car on est payé au rendement et que la logistique ne suit pas. On attend les tracteurs sans pouvoir cueillir, quand on est pas carrément prévenus 15 minutes avant le début du travail qu'il n'y en aura pas pour la journée. Après quelques jours et un bien maigre butin, je me rends à Nelson pour un HelpX.

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Une fois le travail dans les champs terminés, je m'essaie au HelpX. Ca veut dire Help Exchange, le principe est de travailler quelques heures chaque jour en échange du gîte et du couvert. Je me retrouve donc avec d'autres helpers dans une maison à Richmond.

Mes premiers jours seront rythmés par les pinceaux et les rouleaux, il faut peindre tout l'étage qui vient d'être refait à neuf. A mes côtés, j'ai 2 Français, un Sri Lankais, et un Kiwi. Ça commence comme une super blague, mais il n'en est rien, on est là pour travailler, dans la bonne humeur et en musique quand même.

On a assez de temps libre pour faire du billard sur une mini table trouée et cuisiner des bons plats 

Au début du séjour je participe à la course tant attendue (depuis 2 semaines quand même). C'est un événement assez local mais l'occasion pour moi de gambader quand même. Le mois de randonnée et de nourriture saine m'a fait du bien et je fais mon record personnel sur 10km! La signalisation était erronée et je n'ai pas pu courir au bon rythme à la fin, peut-être que j'aurais été qualifié pour les JO sinon...

Je suis celui en rouge. Le petit en poussette m'a dépassé devant la ligne d'arrivée


Après ces quelques jours de détente à peindre des murs et des plafonds j'attaque mon vrai travail ici. La famille qui m'héberge a deux activités : du déménagement et des châteaux gonflables.

J'ai désormais une certaine expérience pour transporter des pianos, lits électriques et autres sculptures de mauvais goût. Je suis aussi plutôt doué pour bourrer une camionnette de meubles fragiles et prier pour que rien ne casse. Par chance c'est la saison des Feijoa. Je découvre cet arbre merveilleux dans un jardin d'un client, où les fruits pourrissent par terre. Pour résumer le fruit, ça a la taille d'un kiwi et le goût de fraise des bois! J'ai aussi la chance de voir 2 orques perdus dans la baie, qui se font reconduire ers l'ocean par des paddlistes courageux.

Quand je ne mange pas de Feijoa et ne déménage pas de maison, je m'occupe de châteaux gonflables pour des fêtes d'anniversaire ou d'école. Je découvre l'envers du décor. On se sent léger quand on rebondit dessus, mais il faut déplacer ces mastodontes. Dégonflés, certains pèsent 100kg et les charger et décharger la camionnette n'est pas une partie de plaisir. Mais on a la récompense du sourire et des cris de joie des enfants quand ils voient le tout se gonfler. Le soir, ils nous jettent d'autres regards quand on dégonfle leur jouet et qu'on s'en va avec. Grâce à ce travail j'aurai aussi pu entrer par effraction dans une école primaire le soir pour récupérer un de nos châteaux gonflables. Un rêve qui se réalise.


Là encore malheureusement, le travail ne laissait pas le temps de prendre de photos et j'avais toujours les mains prises.

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Après du temps passé dans la ville, il est temps de se mettre au vert. Je pars cette fois-ci en Workaway. C'est comme HelpX, juste une autre plateforme. Je me rends chez une famille hollandaise qui possède un petit domaine dans Nydia Bay. Pour s'y rendre il faut prendre un bateau pendant 30 minutes ou marcher 4h, pas de route!

Le domaine est composé d'une ferme à usage essentiellement privé, ainsi qu'un gîte pour les randonneurs, mais la saison est terminée et c'est plutôt le temps des rénovations. La famille élève également des moules dans la baie, activité très développée autour de Havelock, la plus grande ville du coin.

Je suis accueilli par un feu de camp au bord de la mer, des bières, des moules et des sandflies. Je fais connaissance avec toute la famille, 2 parents et 4 adolescents. C'est le weekend donc tout le monde est là, les enfants partent chacun dans leur internat la semaine.

Je fais connaissance avec les lieux, une belle cuisine qui donne envie de s'y affairer et un petit salon. La partie habitée par la famille n'est pas grande et tout le monde se marche un peu dessus le soir mais on rigole bien. Je loge dans une des maisons/chambres louées en saison touristique. C'est un espèce de petit chalet en bois tout mignon.

Le soleil se lève et je peux commencer à explorer les lieux! Il y a du bois partout. Ce qui est joli mais s'annonce rude car une partie de mon travail consiste à poncer ce bois, le traiter contre les parasites et le vernir.

Le premier jour je mets en place les routines. Je dois m'occuper du chauffe-eau au bois, entretenir son feu, couper du bois si nécessaire. Ensuite vient le tour des poules, à nourrir avec les déchets organiques de la veille, avant de leur chiper leurs œufs. Je vais ensuite faire coucou au cheval, au poney, au cochon et à la chèvre avec quelques feuilles de blettes passées cueillies dans le jardin. Vient enfin le tour des chiens, à promener et nourrir.

Les animaux qui ont besoin d'amour et de nourriture. 
La zone de promenade des chiens, pas déplaisante 
Par ordre décroissant de sagesse, Elvis, Flower et Luna 

Les plus gros chiens ont des croquettes dans leurs bols respectifs et Flower reçoit une tranche de saucisse qui pue, qu'elle s'empresse d'embarquer sous la maison pour manger tranquillement chaque jour.

Tout au long de la journée il faut également vérifier que les batteries de la maison sont à un niveau suffisant. La zone n'est pas raccordée au réseau électrique et c'est donc à l'énergie solaire (et fossile quand il faut) que la maison est alimentée. Il faut lancer le générateur lorsque le soleil vient à manquer.


Ma première mission est de couper pas mal de bois, le stock étant épuisé et les nuits commençant à se faire fraîches.

J'ai ensuite passé un casting pour le prochain Rambo : Rambo versus Wild. Armé de sécateurs, machettes, haches et autres équipements tranchants, je dois libérer la clôture de l'emprise démoniaque de cet énorme flax (harakeke en Maori), et des nombreux arbustes et plantes qui jonchent le chemin. Après trois jours à tabasser des végétaux, je pense que tout le monde a compris qui était le patron. J'ai fait un peu de zèle et ai même coupé un tuyau d'arrivée d'eau avec un coup de machette un peu trop ambitieux. Par chance le robinet pour arrêter l'écoulement se trouvait à seulement 2 mètres et n'était pas enterré.

Mention spéciale aux sandflies qui m'ont dévoré à chaque fois qu'un espace s'ouvrait entre une manche et un gant, ou une chaussette et le bas du pantalon. Un vrai plaisir de travailler avec elles.

Après le massacre, qui fut un très bon festin pour les vaches

J'ai passé la moitié du séjour seul à gérer le domaine. Les enfants étaient repartis en internat, et les parents avaient des clients à rencontrer sur le "continent". J'ai donc pu savourer la belle vie, dans un super cadre, à m'occuper des quelques taches quotidiennes avant d'aller me promener dans la nature.

La plupart du temps je peux partir en promenade l'après midi avec les chiens. On ne les voit pas sur les photos parce qu'ils étaient toujours occupés à chasser les possums. Par chance ils n'en ont attrapé aucun en ma compagnie. Apparemment leur jeu consiste à attraper leur victime de part et d'autre avant de la déchiqueter vivante, ce qui les jonche le plus souvent de sang frais. Les enfants m'avaient raconté ça en rigolant bien, mon expression faciale avait dû entretenir leurs rires.

Il y a même une anguille domestique au milieu de la forêt! 

Certains vont dans des soirées mondaines, d'autres faire leurs courses, les plus directs vont à des ateliers de rencontre. Pour me socialiser, j'ai décidé d'aller chercher le courrier! Enfin c'est pas comme si je l'avais fait sur un coup de tête. Un ferry passe une fois par semaine et dépose le courrier à destination des quelques habitants du coin, avant d'embarquer le courrier à destination du reste du monde, et les éventuelles personnes qui voudraient fuir ce paradis (trop?) paisible. C'est en tout cas l'occasion d'engager de longues conversations avec les voisins. La météo était belle ce jour-là.

La boîte aux lettres. 

Une fois la famille rentrée, avec à son bord une recrue réunionnaise, la suite des travaux peut continuer. Il est maintenant question de traiter le bois des pontons et escaliers, pour en retirer la mousse. Je m'attelle avec mon petit réservoir de produit anti fongicide et asperge ces satanés champignons, comme un chasseur de SOS fantômes. SOS champignons, ça claque quand même moins, mais je m'applique.

La suite des hostilités, et ma dernière tache sera de poncer, traiter et vernir les quelques dizaines de piliers des maisons du domaine. Heureusement nous sommes deux pour cet effort et avons le droit à de la musique pour nous accompagner pendant ces quelques jours de labeur.

En bonus de fin, j'ai le droit de passer une nuit dans la yourte, avant de prendre le bateau pour retrouver la civilisation, mais surtout Bumblebee.

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Une fois Havelock rejoint en bateau et la vie de van recommençant, je suis parti en direction de Wellington immédiatement! Pour ce faire il m'a fallu passer par Picton et prendre le ferry. La traversée de l'île du Sud au Nord (ou inversement, il suffit de regarder de l'autre côté du bateau pour voir la même chose) est supposée être un beau spectacle. Malheureusement je ne voyais que du gris à perte de vue, la brume épaisse me privant des paysages.

Pour fêter mon arrivée sur une nouvelle île, avec de nouvelles aventures et challenges qui m'attendent, j'ai décider de déboucher le champagne. Mon champagne est métaphorique et ce sera une boîte de spaghettis que j'ai eu la flemme de chauffer. 5/5 pour le goût, 10/5 pour la consistance. Mon entrée en matière est plus que réussie!

Premier prix des premiers prix, médaille d'or au championnat des nourritures qui ne respectent rien ni personne.

J'ai passé une semaine à Wellington mais n'ai presque pas pris de photo alors que j'aimais beaucoup la ville. Ou peut-être que j'étais trop occupé à apprécier la ville pour en prendre des photos.

Voici en tout cas les photos et les souvenirs qui vont avec.

Je me suis promené dans un parc, quelque part. 
Je me suis coupé les cheveux et la barbe, et ai traîné chez un couchsurfer qui avait une balle de yoga. 
J'ai apprécié le paysage. 
Plusieurs fois. 

Wellington, c'était aussi un super musée, des après midi à faire de la guitare, des soirées à déguster des bières trop peu chères pour rester intelligent et pour utiliser le terme déguster, des courses à pied, des galères pour se garer avec son van sans se prendre d'amende, et l'hésitation d'y rester plus longtemps. Mais finalement l'appel d'une ferme a été plus fort et je me suis remis en route, avec quelques neurones et dollars en moins.