Road trip andalou et automnal en fourgon aménagé nommé Julieta : Tolède - Cordoue - Séville - Sierra de Grazelama - Cadix - Barete - Tarifa - Ronda - Malaga - Grenade - Alicante - Figueras
Octobre 2018
3 semaines
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Première étape au port des Boucholleurs, soleil radieux et découverte du petit hameau relooké avec soin : point de vue, table d’orientation et transat-sculpture en mosaïque, c’est réussi.

Nous traversons les landes dans le flux des routiers pour bifurquer vers Léon, charmante commune landaise aux maisons en brique et colombage. Le lac du même nom est un spot de tourisme où il s’agit de s’acquitter de 11 € pour passer la nuit dans une aire de camping-car sans services ni wifi, un peu cher mais que ne ferions nous pas pour participer au développement du tourisme mobile ;)

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Le préposé à l’encaissement des camping-cars fut prompt à la besogne. Délestés de nos 11 €, nous profitons quand même de la délicate odeur des pins et du calme du coin avant la descente plein Sud via Capbreton, Anglet, Guéthary, du Basque plein les yeux. Bayonne. La ville rafraîchie par l’Adour offre une belle image, rénovée autour de sa cathédrale et son théâtre, premières effluves d’Espagne. Passage à la frontière par Irun et entrée bucolique en Espagne, saluée par un soleil éclatant dans la montagne de Bidasoa, rivière serpentante promesse de treks plutôt sportifs.

déambulation bayonnaise 

Pause méridienne dans le sémillant village de Sunbilla, à l’heure de l’apéro, rythmée par les conversations animées des habitants rassemblés à l’ombre de la terrasse de l’unique troquet et du retour des chasseurs. Jusqu'à Pampelune, la route montagneuse aride révèle les nombreuses éoliennes du Pays – 40% de l’énergie consommée est renouvelable affirme Le Routard – ainsi que des terres agricoles, asséchées par le soleil et le vent.

Balade à Pampelune où nous osons un parking en hauteur à l’entrée de la vieille ville (vive le fourgon), sésame pour une virée rapide mais efficace. La cité transpire l’Espagne passée, immeubles d’époque aux bow-windows travaillées et boutiques en désuétudes, voire franchement fermées. Et pour cause, la ville nouvelle explose à ses pieds, constructions de brique typiques de l’Espagne, grandes avenues et condominiums chics… c’est ici que se joue l’avenir.

De Pampelune à Logroňo, dans la Communauté autonome de la Rioja, la vigne investit crescendo le paysage. Le Rioja, appellation réputée, façonne la campagne de ses chais industriels énoooormes ! « Petites » n’est pas un terme qui s’applique aux exploitations espagnoles. Logroňo est une ville déjà débordante, ça construit à tout va, toujours ces barres de briques, peu de maisons individuelles, et des quartiers qui sortent de terre comme des champignons… urbanisation galopante !

La route vers Soria nous plonge en plein Ouest Américain. Pics rocheux rougeoyants, sierra accidentée le long du rio Negura, ça serpente, ça monte, et au détour d’un virage, les fontaines offrent aux automobilistes leurs eaux claires et glacées, puisées dans de grands bidons de plastique. Arrivée à Soria en fin de journée, calme en ce dimanche hormis les cris du speaker qui s’échappent de l’arène où semblent réunis tous les habitants. Halte nocturne sur le parking du Leclerc… nul n’échappe à l’emprise du breton qui offre un espace plutôt bien foutu aux maisons roulantes. Nous serons vite rejoints par des congénères espagnols imposants, volubiles et souriants.

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Réveil matinal au doux son des tondeuses des employés municipaux qui passent jusque sous nos engins. Ha, ha, le départ sera rapide pour une longue route Autovia à travers champs fraîchement fauchés et terres arides, une agriculture intensive où le rendement est roi. Pas de fermes alentour mais des petits villages d’ouvriers agricoles qui vivotent, vieilles demeures et pauvreté palpable, personne dans les rues en cette fin de matinée. Un vieux monsieur nous observe, peu familier des visiteurs en fourgon. La terre est rouge et le vent cinglant, un paysage de western auquel nous nous habituons avec plaisir, les éoliennes partout à flanc de coteaux.

Petit détour avant Madrid à Alcala de Henarès dont l’Université célèbre imprègne de sa stature tout le centre ville, organisé au cordeau, alternant villas chics et quartiers populaires. Premières saveurs espagnoles à la cafétéria de l’Université, un resto « classe » où se retrouvent des vieilles dames pomponnées et des étrangers de passage. Ensalada, calamars et sollemillo, excellent filet mignon, nous ravissent les papillles, pour un prix modique.

Les cafets des universités sont toujours un bon plan… à l’étranger !

On reprend la route et les entrelacs sans fin des 4 voies et échangeurs qui cernent Madrid. Direction Tolède via un paysage toujours aride et la ville d’Haranjuez, son palais royal. Enfin Tolède. Première capitale espagnole, Jérusalem de l’Ouest, ville-musée, dont nous ferons une découverte rapide, les principaux monuments fermant à 18h. Una caňa et quelques pas plus tard, soirée et nuit à proximité du cirque romain, super spot pour les fourgons, au pied de la cité.

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Nuit calme, park4night nous a une fois de plus trouvé l’endroit idéal pour repartir à l’assaut de Tolède, envahie de touristes chinois en cette belle matinée d’octobre. On débute avec El Greco – Domínikos Theotokópoulos de son nom grec – et une petite déconvenue : pour admirer l’enterrement du Comte d’Orgaz, le tableau de l’église Santo Tomé, il faut débourser 2,80 € et se glisser dans le flux des groupes qui envahissent l’entrée de l’église, qui elle, garde ses portes closes … D’une manière générale, l’accès au patrimoine religieux espagnol est pratiquement toujours payant, prévoir un budget conséquent.

On laisse les chinois à leurs selfies et direction la cathédrale, chef d’œuvre gothique qui a préservé les vestiges de la mosquée des Maures. Belle visite entre merveilles sculpturales et picturales, prouesses des compagnons maçons venus de France et El Greco, en bonne place dans la pinacothèque. La star ici c’est Marie, apparue à Saint Eugène pour lui transmettre une chasuble divine, en retour de la reconnaissance de sa virginité. Un Saint-Christophe géant portant l’enfant Jésus et les pêchés du Monde, brandit fièrement un bâton devenu palmier. Du baroque, du flamboyant, un florilège de ce que la très riche Eglise a fait de mieux pour montrer sa puissance et maîtriser le peuple… et les autres religions, tolérées dans la ville.

Notre recherche de l’Alcazar dans le labyrinthe des ruelles aura raison de notre envie de pousser plus loin la découverte. Il faut dire que Tolède a la particularité d’être toujours ouverte à un trafic routier foisonnant, les parkings des autochtones se nichant dans les bas fonds des immeubles, surprenant ! Fuyant le flot de touristes et les véhicules de tout poil, nous repartons vers notre fourgon, fourbus mais contents de notre matinée.

Après-midi routière pour enfiler quasiment d’une traite les kilomètres qui nous séparent de Cordoue, sur l’asphalte brûlant, longeant les champs d’oliviers à perte de vue. C’est très impressionnant tous ces arbres et toute cette huile qui inonde les marchés. Bonne ou mauvaise… à vérifier suivant les régions et les appellations. Détour cocasse à Viso del Marquès, encadré de vert sur notre carte Michelin. Nous ne savons pas ce qui nous attend… une église hantée de vierges et d’un gardien tout heureux d’avoir de la visite et qui nous interprétera à l’orgue quelques mesures, une Marseillaise et Lemon Incest… moyennant quelques euros rieusement réclamés en fin de concert ! Puis tentative de visite du Palais du Marquis de Santa Cruz de style italien, avortée par notre incompréhension définitive de l’espagnol, au grand dam de nos hôtes qui auraient bien voulu nous garder pour la visite guidée, obligatoire. On a bien ri et passé notre chemin sans connaître l’histoire du lieu, assez spectaculaire quand même.

Arrivée à Cordoue en fin de journée dans l’impeccable Parque Centro Historico, spécial camping-cars, à deux pas de la Mezquita. Hâte de la visiter demain matin.

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Jour J pour la visite de la Mezquita tant convoitée. Quelques rues orientales nous séparent de son entrée et déjà, nous sommes plongés dans l’Histoire. Dès l’entrée et malgré la forte affluence, la cour des orangers plantés par Isabelle la Catholique, gourmande de marmelade, nous projette dans une ambiance raffinée, le voyage dans le temps commence… A l’intérieur, l’émotion est profonde. Les vestiges de la mosquée sont somptueux, l’architecture étonnante. La pénombre dévoile peu à peu des trésors de décors, toute la finesse de l’art oriental ici éclatante, en un lieu qui a pu accueillir jusqu’à 35 000 fidèles. Un peu comme aujourd’hui où, tous pays et religions confondus, les humains viennent admirer ce que les religions ont sans doute laissé de mieux sur cette terre : des ouvrages splendides et éternels. La transition avec la cathédrale logée au centre de l’édifice est saisissante. Gothique et baroque viennent rappeler la richesse de l’Eglise qui établira l’Inquisition. Le vœu de pauvreté n’est pas à l’ordre du jour. Déambuler dans ses lieux de mémoire laisse toujours une sensation de tourbillon dans le temps et dans la vie. On en ressort un peu groggy, happés par les ruelles alentour où l’on se perd surtout si, comme moi, on n’a pas le sens de l’orientation.

En voulant découvrir une place typiquement castillane où se jouait la corrida, nous nous perdons dans le dédale des rues… choix est fait de revenir vers le quartier juif par le Guadalquivir. La synagogue est fermée mais nous savourons une pause méritée chez Guzman, l’une des meilleures bodegas de la ville. Retour par le musée de la tauromachie où trône le buste du combatif Manolete.

Philippe reprend le volant pour les 200 kilomètres qui nous séparent de Séville. Ça chauffe dur… 45° ? Julieta notre fourgon avale l’asphalte et les champs d’oliviers défilent. Avant l’arrivée dans la capitale andalouse, on aperçoit la tour de l’incroyable centrale solaire de Sanlucar La Mayor, première du genre en Europe. Chapeau bas aux espagnols pour ce déploiement d’innovations pour une énergie durable ! La tour qui capte à 165 mètres les rayons des capteurs a des airs SF ou fantasy, sorte d’œil de Sauron en plein cœur d’un désert brûlant…

A Carmona, la balade est rude, il fait très chaud, les églises sont fermées – comme souvent dès que l’on sort des cités incontournables – la promenade se termine sur la chaussée qui contourne le village et qui s’avère être un véritable « mini-périphérique » qu’un nombre impressionnant de véhicules dévalent à toute blinde !

L’arrivée à Séville sera aussi sportive, la conduite espagnole parfois imprévisible ;) Après deux spots évalués dans la couronne de l’agglomération, nous nous fixons sur le parking Sevilla Puerto, avenue Presidente Adolfo Suarez, en partie dédié aux campings-car (10 €/24h) et parfaitement situé, à deux coups de pédales du centre historique, Séville, nous voilà !

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Nous enfourchons nos destriers pliants depuis notre hôtel roulant 5 étoiles avec vue sur le Guadalquivir les quelques pavillons de l’exposition Hispano-américaine de 1929, première étape de notre escapade sévillane. Les pistes cyclables, relativement sécurisées, sont les bienvenues dans le trafic impressionnant de la ville. Passage par le Parque Maria Luisa et la magnifique place d’Espagne au palais andalou, témoin de l’exposition qui retisse les liens du Pays avec le Nouveau Monde. Ces événements purs XXe furent l’occasion pour les protagonistes de rivaliser de prouesses architecturales et technologiques, artistiques aussi, montrant le rayonnement de leurs cultures. Ici, l’azulejo est roi : balcons, ponts, murs, la céramique luit de mille reflets. Un vrai bonheur que de s’y promener, avant d’investir Santa Cruz, le « barrio » historique qui recèle les trésors de la cité dévote.

La cathédrale, gigantesque, pèse de sa puissance absolue sur le pauvre erre qui visite dans la ruée de touristes de tout acabit, les groupes français ne déparant pas « l’idiocratie » ambiante. De l’or, de l’argent, rien n’est trop beau pour vénérer Dieu (ou Marie…) et montrer l’autorité de l’Eglise. Des trésors bien démonstratifs réalisés par les maîtres orfèvres qui n’imaginaient sûrement pas être admirés des siècles plus tard, enfin… photographiés plutôt car le touriste emplit son smartphone, moins souvent ses yeux et sa caboche !

Montée dans la Giralda, ancien minaret (encore une cathédrale construite sur une mosquée), dont la légende dit que l’Imam y montait à cheval par l’escalier plan. Au sommet blindé de monde… et de cloches, point de vue sur la ville moderne.

Après une pause sereine dans le très beau bâtiment des archives générales des Indes (Colomb a toujours été persuadé d'avoir accosté aux Indes...), on s’enfonce ensuite dans Santa Cruz à la recherche d’une bodega sympathique. Le routard nous recommande l’Estrella, nous serons enchantés : festival de tapas délicieux, chipirons frits, pieds de cochon, toast au cabillaud… et c’est copieux. Plus que rassasiés, nous repartons vers le centre pour une balade dans la ville. Gros trafic, on se faufile dans les files de voiture et récupérons les jolies ruelles. Iglesia Salvador, la principale église de Séville, austère à l’extérieur, est une explosion baroque à l’intérieur (entrée gratuite avec le billet cathédrale). Jésus et Marie habillés d’atours richement brodés, trônent en majesté, là encore l’on comprend la passion des Sévillans et leur dévotion sans mesure qui prend vie lors de la semaine Sainte.

Sans transition, nous pédalons jusqu’au Métropol Parasol, baptisé « Les Champignons » par les habitants. Architecture contemporaine tout en bois, étonnante, contraste avec le patrimoine ancien. Retour par les arènes le long du Guadalquivir (belle piste cyclable le long du fleuve), jusqu’au Parque Maria Luisa et quelques pavillons améridiens (Pérou, Mexique), aujourd’hui réhabilités pour d’autres usages, muséographiques entre autres. Une bière rafraîchissante vient clore notre journée.

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Après une chaude nuit, lever à l’aube pour conquérir l’Alcazar et ses redoutables files d’attente. Nous avons échoué à l’épreuve de la réservation par internet, assimilable au formulaire d’entrée aux US ! Une heure d’attente pour pénétrer dans le palais toujours royal mais le spectacle est à la hauteur : le palais musulman devenu chrétien est une splendeur de l’art mudéjar. Des salles chatoyantes aux azulejos d’époque, et que dire des voûtes sculptées, des portes et décors d’une grande subtilité. Les descendants des premiers rois catholiques n’auront pas le style de leurs aieux… et on découvre un deuxième palais plus classique avec cette peinture moutarde, caractéristique de nombreux bâtiments andalous. Les jardins furent jadis luxuriants, hélas les canicules et peut être la crise économique nous livrent aujourd’hui un paysage mal entretenu, malgré la cohorte des jardiniers qui s’affaire en tout sens.

La matinée touche à sa fin après une balade baroque et l’envie d’une bonne caňa et de savoureux tapas dans notre bodega favorite, l’Estrella. C’est en vélo que nous arpenterons les quartiers de l’Alfalfa et Macaréna, les spots bobos malheureusement clos, c’est l’heure espagnole : concept store Delimbo et le tiers lieu résidence d’artisans et designers Rompemoldes, vides aussi (déjeuners, sieste, la pause quoi !), dommage… On repart vers le Parque Maria Luisa pour une petite virée du côté de Poravenir, le quartier qui jouxte les pavillons de l’expo et ses riches villas sévillanes.

Notre coup de cœur ira au quartier de Triana où, à 18h, la vie revient enfin. Les rues piétonnes sont investies par des familles sévillanes de 0 à … 90 ans ? On est vendredi et chacun est venu prendre les nouvelles du jour, jouer, manger des glaces. Les seniors pomponnés, valides ou en chaises roulantes – conversent avec intensité, aux côtés de jeunes filles courts vêtues qui répètent pour un défilé de mode, coachées par deux femmes bien portantes… toute la vie espagnole résumée en une rue ! On est vendredi-bis, et la nuit sera chaude : java sévillane à deux pas de notre parking ! Ouf, à 5h, les chants cessent et quelques moments de calme nous serons offerts avant de reprendre la route ;)

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Descente vers la Sierra de Grazelema, à travers une quantité hallucinante de champs d’oliviers, où sont largués chaque jour en mini-car des ouvriers agricoles tannés par le soleil. Les villages ou villes traversées respirent cette odeur d’huile, verte et forte. A Moron de la Frontera, les riches petites villas illustrent le succès de ce commerce mondial. Halte en pleine sierra, devant un paysage superbe, dans le va-et-vient des 4x4 aux remorques chargées de la précieuse récolte.

Avant les villages blancs, nous faisons une étape « surprise » dans un petit paradis au cœur du parc naturel de la Sierra de Grazalema, coquette propriété/gîtes de James l’australien et Nina l’allemande. Un joyau vert pour se ressourcer avant l’escale suivante. Piscine, transats, rivière claire et fraîche au pied des maisonnettes, Finca Vegana est un hâvre de paix, pratique et chaleureux. Allemands, anglais, français… les voyageurs se croisent ici avec convivialité. Notre séjour s’anime par l’entrée dans la propriété de magnifiques chevaux et brebis d’un fermier voisin venu profiter d’un champ abondamment herbeux pour son bétail. Une clôture est posée en 2 temps 3 mouvements par une équipe de pros. Quelques heures plus tard, les animaux se régalent de l’herbe verte, les brebis restant quant à elles méfiantes et près de la porte de sortie… malgré le soleil de plomb. Si les nuits sont fraîches, la chaleur rapidement nous enveloppe en cette matinée, une brise légère est la bienvenue.

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Hier en fin de journée, nous accueillons de nouveaux voisins. Un jeune couple de Norvégiens, pros de parapente, sillonnent l’Europe dans leur maison roulante… énooorme ! Congé sabbatique ou jeunes retraités ? Dernière nuit dans notre oasis et nous disons au-revoir à la petite famille avec moult effusions et les sourires du petit Leny venu nous saluer. Heureux bébé qui grandit dans ce cadre exceptionnel ! Quelques grappes de raisin cueillies par le maître de maison en cadeau de départ, et nous reprenons la route vers Cadix. Les routes montagneuses font place à un paysage plus vallonné où nous retrouvons les vignes. Nous approchons des villages blancs, avec les premiers champs de coton. Notre chemin est ponctué de nombreux lacs, autant de retenues d’eau pour ces cultures foisonnantes… et l’olivier toujours !

Le Routard nous vante une étape typique : Arcos de la Frontera. Plutôt navrant en réalité ! La ville « riante » en devient presque comique tant le spectacle qui s’offre à nous est désolant. Accueil psychorigide à l’Office de Tourisme, promenade dans les ruelles aux maisons certes anciennes mais délabrées, entrecoupée par les véhicules vrombissant, près à vous écraser ! Monuments fermés, bref, ici, seuls les hôtels et les nombreux restaurants font croire à une vie touristique, qui pourrait pourtant être une manne économique non négligeable pour la population qui n’a manifestement pas capté le modèle possible… Dommage, c’est aussi le pays du queso « payoyo de cabre » et des décharges sauvages dans le « jardin botanique »… mieux vaut passer son chemin et l’appel de l’Océan se fait sentir.

Nous zapperons Jerez de la Frontera, ville de chevaux et de caves à vin et faisons cap sur Rota, une proprette station balnéaire riche de sa base militaire aérienne. On retrouve les champs de coton et les cactées sauvages, en cours de classification par deux jeunes scientifiques en plein travail. Rota, un remblai magnifique où la mer caresse tranquillement une plage impeccable avec douches (partout en Espagne ;) et activités variées. Un avant-goût de la découverte exceptionnelle qui suit : la baie de Cadix, monumentale.

La ville est remarquablement offerte à l’Océan. Si les quartiers modernes sont franchement loupés, la vieille ville nous séduit par son architecture chic et sobre, ses nombreuses places ventilées où s’anime une vie familiale d’une grande convivialité. Le clou de la balade : le front de mer. Playa de la Caleta, les vieilles dames en maillot s’affrontent dans des lotos endiablés et rémunérateurs, jusqu’à la tombée de la nuit. L’esplanade ensuite, remarquable aménagement le long d’un jardin luxuriant, le Parque Genovès, où la mer love les parois de rochers. Le Nouveau Monde sera conquis d’ici, de cette majestueuse baie qui appelle les marins, Christophe Colomb et consorts, à armer les navires. Les riches palais de la place San Antonio témoignent de ce prestigieux passé. Nous terminerons notre virée nocturne par la place San Fransisco, rythmée par les bodegas et restaurants plein à craquer… c’est encore l’été !

Retour au fourgon parqué en plein port de commerce où les géants des mers viennent quotidiennement déverser leur flot de touristes. Et accueil par une fanfare andalouse qui nous enchantera par une répétition de plein air interminable… si vers 23h, fin de la cacophonie. Décidemment nous n’avons pas l’oreille espagnole mais nous avons bien ri ;)

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Un nouveau paquebot est arrivé cette nuit. Nous assistons à notre réveil au ballet des camions de ravitaillement… impressionnant ! Nous quittons Cadix par ses marais salants, remarqués dès notre arrivée dans l’estuaire. Eperon dans la mer, la cité de la Costa del Luz porte bien son nom. Quelle belle lumière ce matin ! Prochaine étape : Vejez de la Frontera, nouveau village blanc accroché à la montagne, promis plus charmant que le précédent. Hélas, un parking identifié trop tard nous obligeras au tour du coin en camion, sous l’œil réprobateur des habitants… sens unique oblige. Nous monterons ainsi jusqu’à la très jolie place centrale pour redescendre aussitôt au pied du village. Acte manqué pour un changement de cap opportun vers… Trafalgar ! Nous sommes à quelques encablures de la célèbre pointe chère au Général Nelson qui y fit le célèbre « coup » à la flotte hispano-française de Napoléon. Le pauvre y laissa la vie.

A Barbate, le thon est roi. Ce village de pêcheur, gentiment endormi à cette période de l’année, nous offre un spot de baignade génial et une halte gastro chez le meilleur accommodateur du thon local : ragoût et thon aux oignons, salmanjero, la soupe froide espagnole, tout est un régal à ce menu du jour.

Nous descendons encore vers le bout de l’Europe, là où l’Océan Atlantique et la Méditerranée se rejoignent : Tarifa. La route est semée de parcs éoliens à perte de vue, logique dans le coin le plus venteux de l’Espagne, ne gênant en rien la quiétude des troupeaux qui paissent à leurs pieds.

L’arrivée à Tarifa est stupéfiante : des milliers de voiles de kite-surfeurs colorent le ciel le long de l’immense plage qui mène à la ville. Camping-cars et vans partout. Facile de trouver un coin tranquille sur un de nombreux parkings qui longe le remblai. Découverte de l’exigeant apprentissage de ce sport sur le sable blanc, piste de décollage idéale. C’est en vélo que, de notre côté, nous partirons à l’assaut d’el levante, diablement soulant. Près de l’ile face au Maroc, de jeunes kite-surfeurs tutoient le danger en s’envolant au dessus des rochers dans des sauts spectaculaires, sous les caméras et autres smartphones des touristes.

Au château, vue splendide sur les côtes marocaines et les montagnes dans la brume. Les portes-conteneurs et autres cargos passent Gibraltar, en route vers l’Afrique… toute une vie maritime intense se joue ici. Au calme dans les ruelles, les vieilles bâtisses ont des airs de casbah marocaine, la touche bobo en plus. Tarifa se targue d’être une « mini-Ibiza », c’est surtout au niveau des boutiques que cela se voit, avec des prix exhorbitants pour une mode hippie-hispano-chic qui me laisse de marbre ;)

Retour au fourgon par l’agréable remblai, rythmé par les bars de plage qui se dépeuplent peu à peu de tout ce petit monde de surfeurs hors du temps, venu pour être sur l’eau… ou en boite ! Deux d’entre eux ambiancerons notre nuit par un débat à bâton rompu près de notre Julieta, comme savent si bien le faire les personnes alcoolisées en fin de fiesta J

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A la pointe de l’Espagne, la brume matinale s’estompe vite pour laisser la place à un soleil radieux. Les aficionados de « la playa » profitent déjà de ce paradis andalou. Nous remontons dans la montagne en longeant le cap Gibraltar et ses ports – Algécisar, Gibraltar – agités d’une vie industrielle fiévreuse. Au loin, le fameux rocher que les Anglais ne veulent pas lâcher et qui se visite au prix fort, au propre comme au figuré. Nous passerons donc notre chemin non sans être impressionnés par la magie du lieu, entre deux continents.

Le rocher de Gibraltar dans la brume 

La route des célèbres villages blancs serpente, entre culture d’orangers et bientôt, la montagne pelée. Les « miradors », points de vue aménagés pour admirer la sierra de la Genal, partent un peu en quenouille… on ressent partout la difficulté d’entretien du patrimoine. L’ambiance reste cependant éternelle, au cœur de ses montagnes rocheuses où se nichent moult villages et leurs joyaux : la ville de Ronda.

Malgré l’affluence touristique, nous nous glissons dans les rues de la ville « nouvelle » pour trouver une bonne place dans une impasse… l’atout fourgon, encore. La cité, construite de chaque bord d’une gigantesque faille, marque réellement les esprits. Jardins et palais andalous viennent cerner la faille dont on ne peut que s’interroger sur sa résistance à tout incident climatique futur.

Nous visitons le musée de la Ville installé dans le palais Mondragon, bel exemple de l’architecture andalouse, mudéjar toujours.

En revanche, du boulot côté muséographie… Manque de moyens ? Le décalage est grand avec la France qui a su accompagné avec succès la valorisation du patrimoine historique. Nous sommes quand même ici dans l’une des plus anciennes villes d’Espagne ? Le bâtiment n'en reste pas moins superbe, charpentes et bois sculptés aux faux airs de décors bretons 😉

Retour par la vieille ville et LA rue piétonne et commerçante du Mercadillo, animée comme toujours en fin de journée, vitrines alléchantes de pâtisseries et « viandas » diverses. Ronda, capitale de la tauromachie moderne, dispose bien sûr d’arènes ancestrales que nous zapperons en raison du tarif élevé de l’entrée. Impossible de visiter les arènes sans le musée de la tauromachie, c’est souvent le cas dans des offres couplées qui justifient sans doute les tarifs… mais la qualité n’est pas toujours au rendez-vous.

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Premières pluies, l’aire municipale de camping-cars de Ronda, située près du palais de Justice offre tous les services, le wifi et une bonne nuit au calme. Départ vers midi à l’assaut des montagnes. Plus on grimpe, plus les nuages nous enveloppent sous une forte pluie, l’orage sévit un peu partout. Descente sur la célèbre Costa del Sol où, en effet, le soleil nous fait de l’œil. Dire qu’elle est bétonnée est un doux euphémisme. Les nouveaux riches, plus très « nouveaux » maintenant, on bâtit tant et plus, privatisant l’accès au littoral. Impossible d’accéder à une plage après San Pedro Alcantara. Marbella et ses coteaux, aux villas sécurisées et golfs verdoyants, ont aussi un prix côté environnement. Un touriste golfeur, c’est 900 l/jour d’eau consommée, sans commentaires… Bref c’est moche et on file à toute allure vers Torremolinos, la station tant vantée dans les catalogues de la grande distribution française. Ha, ha quelle rigolade ! Car là aussi, le bord de mer est inaccessible, dans une ambiance « fin de règne » digne des pires télénovelas. Et la conduite à l’espagnole ne facilite pas les manœuvres pour mon pilote pourtant chevronné ! On a vu, on repart vite fait par l’autopista à la découverte de Malaga, en passant par des communes urbanisées à l’excès où par un m² ne sera laissé à la nature… beurk !

Malaga en vue, nous nous faufilons dans la ville pour accéder à un joli spot, petit parking en front de mer en début du remblai… fourgons et vans friendly ;) Balade vespérale le long de cette baie industrielle mais avenante. Le remblai est particulièrement bien réaménagé, sur les traces industrielles et métallurgiques de la cité. Une marche agréable agrémentée par les perruches, que nous qualifierons de « perruquets » tant leur ramage est chatoyant (une calamité pourtant pour la ville comme nos pigeons ou autres étourneaux…), et un parcours sportifs testé en direct. Demain, Picasso nous attend !

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Après une nuit agitée par les conversations sonores des noctambules, une tentative d’ouverture du fourgon (ha, ha, nous sommes dedans ;) et un trafic intense – très calme de jour… ne pas s’y fier – nous prenons les vélos dans la sérénité du petit matin. Toujours un peu de mal à appréhender le rythme de vie espagnol : dès le matin, grande effervescence sportive, calme plat de 14h à 17h (j’imagine que des gens travaillent quand même dans des bureaux… quelque part), puis de nouveau tout s’anime autour du sport, du shopping, des bodegas… jusqu’au bout de la nuit, faut une santé de fer pour remettre ça le lendemain ! La piste cyclable intégrée au remblai offre un agréable parcours en front de mer et nous dépose quasiment sur la place de la Marina, déjà superbe. Malaga est une ville en plein boom, bouillonnement culturel et touristique, une future « place to be » européenne, encore vierge de tous les excès catalans. Nous commençons la visite par la vieille ville, cathédrale (pas de visite cf questions des tarifs évoqués ci-avant) et ruelles vers le musée Picasso. Peu de monde dans la file d’attente et nous entrons rapidement dans le palais qui sublime la collection privée du Maître. Accrochage chronologique qui montre avec brio la créativité magistrale de cet homme qui a voulu explorer toutes les techniques, toutes les matières, avec ce geste incomparable. C’est absolument génial ! Du monde certes mais l’immersion est totale. On pourra se passer des commentaires lénifiants de l’audioguide… comme souvent, trop de détails et l’on passe à côté de l’émotion.

Retour par le centre ville aux allées piétonnes aérées et chics où les grandes enseignes rivalisent de « hypittude », toute à l’espagnole. Les vélos sont parqués devant le théâtre romain. Seul bémol dans la cité qui a pourtant un service de vélo-lib : pas de parcs à vélos, un constat dans beaucoup de villes espagnoles.

Plongée dans le nouveau Malaga avec, à l’instar de nombreuses villes portuaires européennes, le réaménagement des zones industrielles en quartiers bobos-chics, qui plus est quand on accueille des paquebots. Ce jour, c’est le yacht Tango du billionnaire russe Viktor Vekselberg, à 150 millions de $, qui pavoise dans le bassin.

Palmeral de la Sorpresas, la longue promenade qui relie le port touristique à la place de la Marina, est blindée de touristes, espagnols et étrangers. Au milieu, le Centre Pompidou, vide, et le bar Artsenal, bobo à souhait avec les palettes d’usage. La vague de béton qui ombrage l’autre partie de la promenade est une réussite totale, n’en déplaise au cube coloré de Buren qui chapeaute l’entrée du Centre Pompidou. En résumé, Malaga affiche son attractivité, grouille de monde en cette mi-octobre chaude et ensoleillée.

Retour à notre parking à l’opposé pour profiter de la plage au sable noir, endeuillée par le récent déluge : cadavres de mouettes, de rats et bien sûr, plastiques en tout genre, une généralité aujourd’hui dans tous les pays visités, France y compris, aucune leçon à donner ! Ce paysage dévasté ne freine pas les Malagueňos : deux groupes de familles s’y retrouvent pour l’après-midi et fêtent un anniversaire ou échangent les derniers potins, dans l’intergénération habituelle.

Nous quittons Malaga au soleil déclinant pour Velez de Malaga et un centre commercial comak pour quelques emplettes. Douce soirée avec nos congénères dans une sympathique aire voisine du port de plaisance et de la marina de Torre del Mar (Área de Estacionamiento de Autocaravanas Puerto de Caleta de Vélez).

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Looongue nuit ;) On ouvre l’œil vers 9h30 alors que la marina est déjà baignée de soleil. Une bonne douche – nous avons accès aux sanitaires des plaisanciers - et hop, à la conquête des pistes cyclables de la sympathique station. Direction les rues piétonnes où les boutiques « ensoldées » proposent un large choix d’une mode colorée, du rouge, serpent et léopard à profusion ! L’appel de la mer se fait sentir et déjà il fait chaud sur cette Costa del Sol cernée de montagnes joliment mamelonnées de toute part. Et là, des leçons à prendre quant à l’aménagement des plages, c’est une nouvelle sablaise qui vous parle ;) La vie quotidienne s’y déroule ici d’où : des accès handicapés hors pair - les seniors sont parties prenantes des activités familiales, en chaise roulante souvent ; des espaces aménagés astucieusement pour les enfants, les seniors (oui, ils y sont nombreux…), avec espaces de lecture ombragés, pique-nique et parcours sportif adapté, les sportifs plus réguliers, etc. ; des restos partout, marisqueira qui proposent des produits de la mer, frits ou grillés à la verticale devant de grands braseros ; des douches hyper fonctionnelles, dont certaines en forme de tongs 😉 ; un front de mer cyclable avec jardins, jeux pour enfants et consignes de "bonne" conduite, respectées à priori.

Il est vrai que la manne touristique et des résidents au long cours, anglais et allemands à fort pouvoir d’achat, a sans doute favorisé de tels équipements mais chapeau pour la mise en œuvre ! Torre del Mar nous plaît, à deux pas de Malaga, l’endroit idéal pour les longs mois d’hiver ? Au retour de notre virée, le resto d’à côté accueille une chanteuse black qui, de la soul à Daft Punk, enflamme l’assistance qui chantent et dansent, la vraie dolce vita ! On repart pour Nerja, dernière petite station avant le bétonnage complet, demain route pour Grenade. Nous voilà parqués dans un terrain/parking qui héberge aussi des habitants permanents… dans leur voiture. On en voit régulièrement près des aires de camping-cars, travailleurs valeureux, hommes seuls qui entretiennent comme ils peuvent leurs familles et leur dignité.

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Départ de Nerja sous la pluie qui va aller crescendo jusqu’à Grenade. Nous longeons la dernière côte potable de la Costal del Sol avant de remonter vers la sierra Nevada par une série impressionnante de viaducs et de tunnels transperçant la montagne. Des ouvrages d’art exemplaires qui relient ainsi rapidement les grandes villes andalouses. Nous arrivons à Grenade pour s’installer illico sur un petit parking en haut de la ville (merci park4night car rien n’est prévu pour les camping-cars…), un spot « spécial fourgons et vans, prisé par les jeunes routards au style roots, calle Alqueria.

Vue panoramique depuis notre parc de nuit 

Après un rapide casse-croûte, nous entamons la descente par un chemin qui nous livre direct dans les quartiers typiques de la vieille ville de Grenade, dernier bastion arabe avant l’emprise totale des rois catholiques, après 777 ans de rayonnement. L’Albacin a encore cette vibration orientale. Nous le traversons rapidement pour tomber sur le barrio Sacromonte, investi par les gitans et berceau du flamenco, en témoigne les nombreux cabarets qui s’animent à la nuit tombée. Creusé à flanc de montagnes, il est constitué de maisons-caves vraiment dans leur jus, un lieu resté populaire malgré le flux régulier de touristes.

D’ici, l’Alhambra s’offre à nos regards, vaisseau de pierre rouge sur la montage d’en face. Car à Grenade, ça monte, ça descend, en mode piéton obligatoire. Nous n’avons pas le sésame pour la visite des palais nasrides, complets depuis déjà plusieurs semaines. Qu’ à cela ne tienne, nous ferons le tour des sites gratuits en commençant par la Porte de la Justice et le très cubique palais de Charles Quint, à l’intérieur plutôt étonnant : un style antique manifestement prisé par le monarque.

Une belle balade dans les bois nous ramène vers le centre ville, plutôt vite fait. L’habituelle cathédrale enooooormissime et sa chapelle attenante, des places sans âmes nous laissent plutôt songeurs. En revanche, l’Alcaicera, ancien souk arabe, redonne vie à notre promenade, on se croirait au Maroc. Et le voyage continue en remontant vers l’Albacin via une ruelle digne de Marrakech où nous prendrons un délicieux thé à la menthe, servi dans les règles de l’art. Une pause exotique aux sons de clips de chanteurs marocains diffusés en boucle sur la grande télé de cette teteria remarquablement tenu par un marocain, comme il se doit.

On monte encore par les ruelles aux maisons blanches pour atterrir sur un « mirador » avec vue panoramique sur la cité des Maures. Après une dernière ascension, arrivée à notre Julieta pour une visite virtuelle des fameux palais nasrides, merci Maman pour le livre-photos dédié à la merveille, presque comme si on y était.

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La route de Grenade à Lorca traverse les sierras Nevada et autres montagnes rocheuses. C’est à couper le souffle, rude et grandiose. Les noms croisés sur les pancartes interpellent l’imaginaire de l’Ouest américain et c’est bien naturel puisque les colons espagnols ont baptisé tous ces lieux mythiques. Paradis des randonneurs dont nous ne faisons pas partie… ce qui nous ne empêche pas de vibrer pour ce décor de film qui défile sous nos yeux. La route est large et dégagée et les rocheuses laissent la place à une forme de désert argileux où nombre de maisons troglodytiques se nichent derrière des façades traditionnelles.

Les kilomètres s’avalent jusqu’à Lorca et sa majestueuse sierra de la Almenara. L’Eroski de Lorca – enseigne de supermarchés locaux – propose un service « autocaravanas » intéressant compte tenu du vide abyssal d’aire pour camping-cars dans la région. Acheté touron, gâteaux à l’orange et moules à l’escabèche contre ravitaillement en eau de Julieta et vidange, avec un gentil monsieur venu spécialement pour nous et dont nous ne comprenons pas le traître mot.

Profitons-en pour évoquer nos découvertes gastronomiques andalouses. Lidl est toujours un bon spot pour des produits typiques à pas cher, avec les supermarchés et boutiques locales (Eroski, Mercadona). Depuis notre arrivée en Espagne, nous goûtons successivement les coques et palourdes en boite (peu mieux faire pour les premières, zéro pointés pour les secondes…), les moules et calamars, valeurs sûres, et les gros melons juteux, si rafraîchissants après nos longues marches. Quelques essais hasardeux côté pâtisserie à Séville (du sucre, du sucre, du sucre… et du gras ??), nous restons fans du turron et des gâteaux à l’orange, miam ! Les salades tomates/poivrons/oignons ont également une saveur retrouvée… avec ou sans glyphosates ? Les espagnols se réservent paraît-il le meilleur…

ensalada fraîche, un incontournable (photo prise à Finca Vegana...) 

Après cette pause alimentaire, nous reprenons la route vers la région de Murcie, qui offre un panorama navrant, entre plaine agro-industrielle et terrains vagues désolés. Almeria, Murcie, des villes où les « hivernados », ces serres gigantesques, produisent de quoi nourrir le monde avec des méthodes radicales : pompage d’eau à 2 km de profondeur – la région est aride, toutes les rivières sont à sec – emploi d’une main d’œuvre exploitée qui vit dans des bidonvilles, pesticides et plastiques à gogo… la rentabilité est obtenue au prix lourd. On le sait et l’on ressent de la tristesse devant ces terres pompées jusqu’à l’os, et pire encore pour ces forçats de la récolte, courbés dans les champs à leur basse besogne.

En descendant vers Torrevieja, le contraste est saisissant. Les champs d’orangers sont toujours là, envahit de lotissements sécurisés pour européens bon teint, aimantés par le soleil, anglais et allemands en majorité au vu de la langue utilisé sur la signalétique commerciale. Ils vivent dans ces ghettos nommés « urbanizacion » à l’architecture vaguement locale. Comment font-ils ? Un mystère où l’autarcie n’a d’égale que la vacuité d’un quotidien de va-et-vient entre maison/piscine/centre commercial/parking. Les golfeurs ont bien sûr leur espace à part, en plein désert. Écœurant !

Nous filons à toute allure vers Alicante. Ouf. Quel bonheur de retrouver la mer, une ville à taille humaine qui, là encore, a fait des merveilles en réaménagement du triptyque port/remblai/centre ville. Places ombragées, arbres prolifiques… les caoutchoucs sont somptueux avec leurs troncs géants et les palmiers majestueux. Ils bordent l’élégante promenade incontournable et psychédélique. On adore ! Promenade nocturne dans le centre historique dans la douceur d’un 24°. Nous avons parqué Julieta au bout de la plage, parking spécial « fourgons et vans » avec, comme à Grenade et Tarifa, des jeunes routards plus ou moins installés.

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Réveil sur mer et plage, le spot recommandé par park4night mérite les 5 étoiles ;) Calme et stratégique ! On enfourche les vélos pour une visite complète, freinés dans notre entrain par la police locale qui nous hèle, descente obligatoire ! Contrairement à Malaga où piétons, vélos et autres engins qui roulent, électriques ou pas, se partagent les voies, ici les pauvres bicyclettes se retrouvent dans le trafic dense et dangereux des voitures, pendant que les trottinettes électriques et gyropodes filent à toute allure sur le remblai… pourquoi eux et pas nous ? Compliqué de gérer la mobilité douce, les municipalités ont du pain sur la planche. En revanche, bonne note à la municipalité d’Alicante pour ouvrir gracieusement ces bâtiments patrimoniaux J le projet « Palais transparents » est l’occasion de découvrir le hall et les salles de la mairie, où nous accueille une splendide culture de Dali. D’autres palais en ville font partie du dispositif. Eglises et musées sont aussi gratuits !

Beauté du centre ville avec ses places aux caoutchoucs millénaires et ses buvettes sous coupole, sérénité de la cathédrale où l’on a accès partout, du trésor au cloître ombragé d’orangers, intensité au musée d’art contemporain, où nous rencontrons l’œuvre de l’artiste alicantinos Eusebéo Sempere. Un travail étonnant autour du métal et des lignes, sculptures et sérigraphies en 3D, l’illusion d’optique en fil rouge. Le bâtiment rénové est lui aussi remarquable, à l’unisson des perspectives surprenantes et trompeuses. A ne pas manquer.

Au bout de la ville, un ancien bâtiment portuaire nous interpelle : la caseo maritimo a des airs des nefs nantaises. C’est fermé mais on apprécie le concept et en profitons pour faire un tour du port, des paquebots aux vieux galions ancrés dans les bassins.

Derniers détours par le vieux quartier de Santa Cruz et ses ruelles à pics, aux balcons végétalisés.

On prend l’ascenseur à deux pas de notre parking pour s’élever au castillo Santa Barbara, pour un panorama imprenable sur l’ensemble de la baie. Alicante nous laisse un sentiment de calme et de générosité, hormis le manque de pistes cyclables qui sera sans doute bientôt régler vu l’ambition de la ville.

On reprend la route vers les playas Albuferata et San Juan, pèlerinage pour Philippe qui les arpenta à 20 ans pour attirer les filles en boite, ha, ha, déjà ;) Il ne reconnaîtra rien des longues plages où l’on pouvait à l’époque dormir dans sa voiture. Le front de mer est bétonné à mort, et c’est encore pire à Benidorm qui fut le Saint-Tropez espagnol. La ville se positionne aujourd’hui en deuxième position pour le nombre de gratte-ciels derrière la grosse pomme ! C’est à la fois extravagant et étouffant. A partir d’ici, on entre en pays anglo-germanique. On passe près de « IN TEMPO », un gratte-ciel futuriste de 200 mètres de haut. Quand la promotion immobilière devient délirante à ce point, mieux vaut en rire…

A Calpé, idem, immeubles partout, pas très classe, et même scénario voiture/plage/supermercado… un programme bien huilé pour ces gens du Nord mordus de soleil. La pluie va accompagner notre fin de journée avec un passage joli, oui, oui, dans la montagne. On entrevoit San Miguel Arcangel à Altéa, seule église orthodoxe d’Europe, érigée par un bienfaiteur russe. Et enfin, la petite ville de Dénia, plus riche, grandes demeures avec piscine et front de mer accessible. Nous camperons sur un promontoire au ras de la méditerranée un peu en colère et sous des trombes d’eau.

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Mer d’ardoise à notre réveil salué par un arc en ciel balaize. Dénia nous réconcilie avec la Costa Blanca. Depuis notre petit bout de terre, la vue est splendide. La tempête de la nuit est déjà loin.

La station VIP s’éveille tranquillement, belles villas et yachts donnent une idée de la qualité des habitants ;) De Dénia à Valence, même routine routière que la veille : montagnes rocheuses arides, plaines industrialo-agricoles aux exploitations gigantesques, ici orangers à profusion, et concentration urbaine outrancière en bord de mer, où les immeubles moches engloutissent les petites villes d’autrefois. Avant Valence, le ciel s’obscurcit d’un nuage - ou est-ce une brume – jaunâtre, assez impressionnant… Pollution ? Brume naturelle ? Ce sont en fait les champs qui brûlent ! Une technique agraire pour plus de fertilité. Quelque peu invasive quand même pour les pauvres habitants alentour. Halte à l’Eroski de Valence pour le plein de turons à distribuer au retour (le meilleur rapport qualité/prix à nos yeux). Nous reviendrons une autre fois découvrir la 3e ville d’Espagne qui affiche modernité et tendance, mais sans accueil pour nos camions roulants. Nous passons également le long des villes portuaires de Sagunt et Castello où règne l’activité intense du trafic énergétique. Les gros pétroliers qui patientent en mer en témoignent. Pause à Benicássim où l’on retrouve une grande plage ventée et quelques rayons de soleil, avant de faire étape dans le joyau du coin : Penīscola. Passé la désormais habituelle barre d’immeubles, la baie dévoile le village aux airs mauresques, accroché à un pic rocheux. La balade révèle des ruelles typiques aux maisons blanches (tiens, tiens ;) et balcons graphiques, qu’il vaut mieux arpenter hors saison au risque de ne rien voir quand les boutiques de souvenirs et restaurants sont ouverts. Caňa rafraîchissante sur le port, les prix montent…

Nuit pluvieuse dans l’aire de camping-car locale, El Daus. Notre Julieta en sera tellement émue qu’une fuite se déclare en pleine nuit, on se retrouve avec la poêle dans le lit... mais pas de quoi faire le thé du matin !

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Objectif du jour : rallier Figueras, dernière étape de notre road-trip, dans la journée. Une longue route scandée par l’évolution des paysages et des usages. Avant toute chose, nous stoppons à Benicarlo, station chic avec une « lavanderia » dernier cri : machines high tech flambant neuves, lavage à l’oxygène actif, wouaw, nos effets seront propres et nets en 30’, le temps d’un passage au Mercadona, LE supermarché espagnol qui a le vent en poupe. Ambiance plutôt Monop que Leclerc, les produits sont alléchants, la cosmétique à des prix défiants toute concurrence. J’acquiers ma couleur fétiche à moins de 4 €, résultat très convaincant ;) Dans le centre ville, surprise, c’est la sortie des écoles et nous croisons pour la première fois de notre séjour des jeunes femmes voilées, jusque là quasi invisibles dans les cités visitées… trop de chrétienté sans doute. Sans transition, nous roulons de nouveau dans les espaces agricoles – on ne peut qualifier cela de campagne – et observons avec stupeur les prostituées qui attendent patiemment sur des chaises de plastique le client au début des chemins qui mènent aux vastes exploitations… Leur nombre diminuera en approchant de Barcelone où les clubs privés prennent le relai. Nous les retrouverons cependant en France sur la route des vins de Corbière, jeunes femmes exploitées par une mafia slave pas vraiment discrète. Faire une pause dans ces contrées en camping-car peut vous jouer des tours : pris pour l’une d’entre elles – certaines travaillent avec ce mode opératoire – nous aurons quelques clients potentiels, il faut dire que j’arborais une magnifique chemise léopard. A la vu de Philippe, mes clients potentiels sont tous repartis… Reprenons le cours du récit avec sur notre route la succession des stations balnéaires et des exploitations agricoles, de riz dans le delta de l’Ebre, à perte de vue. Halte à Port Salou, un joli cap où il pleut très très fort, la météo nous apprendra ce soir que nous avons devancé des pluies torrentielles. Contournement de Barcelone, sportif mais fluide. Il s’agit d’éviter les autoroutes payantes et être fins stratèges, car tout vous ramène vers elles ! Nous reviendrons voir cette cité effervescente en programmant les nuits dans un camping périphérique. Ceux d’El Masnou ou des stations populaires avoisinantes, aux rigolotes maisons 1900, pourront faire l’affaire. Le train longe le front de mer et livre ses passagers au cœur de Barcelone, une ville « not camping-cars friendly ». Nous suivons ainsi la N11 et ses villes résidentielles entrecoupées de cultures (toujours pas de campagne hein !) On passe aux tomates, choux et autres salades, de la vigne aussi, autour de Barcelone. La Catalogne ne compte pas moins de 10 appellations, dans toutes les couleurs, mais pas encore de route des vins digne de ce nom, du boulot à faire en oenotourisme. L’approche de Girona puis Figueras annonce le retour de communes à taille plus humaine… ça sent la France. Épique arrivée à Figueras, ville de sens unique, de haut et de bas, on tourne vite en rond ! Il est tard et nous optons pour le pragmatisme du parking du supermaché Esclat de Figueras qui offre généreusement l’hospitalité à une nuée de camping-cars. Comme d’habitude, certains outrepassent largement le savoir-vivre en s’installant carrément avec tables, chaises… et dire que ces gens critiqueraient sans ménagement les gens du voyage… Nous nous enfermons fissa dans notre coquille pour éviter ce spectacle décourageant.

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Le musée-théâtre Gala Dali nous ouvre ses portes sans encombre pour une immersion phénoménale dans l’œuvre et la vie du génie, tel qu’il se qualifiait lui-même à raison. Dali a eu l’opportunité, offerte par sa ville natale, de réinterpréter le théâtre municipal en désuétude, pour y héberger une partie de son œuvre.

L’ensemble devient un acte créatif unique où chaque recoin constitue l’écrin pour une installation folle ou plus classique - Dali maîtrisait bien sûr l’ensemble des techniques et palettes – avec cette exploration permanente qui l’amène enfin vers la 3D, le pop art et les hologrammes. Les bijoux qu’il créera sont exposés dans une annexe du bâtiment colossalement excentrique. Nous serons moins touchés par ces créations, malgré la qualité indéniable des pièces présentées. Un voyage dans l’imaginaire de l’artiste, absolument indescriptible. A chaque instant, Gala y est présente, en double signature dans les œuvres des années 30. On ressort saisi par tant d’exubérance et de beauté, hantés par cette œuvre protéiforme.

Retour dans la réalité (où y étions-nous en fait ?) avec un petit tour dans la vieille ville qui respire du Dali à chaque rue, une exploitation bien compréhensible.

Nous continuons la rencontre avec le Maître à Cadaquès. Le charmant village escarpé attire les vacanciers en quête d’authentique, réputé pour son port enserré dans une crique rocheuse.

On grimpe dans les ruelles étroites jusqu’à la maison de Dali, un peu à l’écart à Port Lligat, dans une oliveraie. Toute blanche, elle borde une anse calme à la lumière exceptionnelle… indispensable à l’inspiration. Agrandie au fur et à mesure de l’ascension de Dali, elle offre aujourd’hui une grande façade simple où tout a été pensé pour « voler le paysage », à moins que ça ne soit le « paysage qui ne vole le peintre ». Impossible de visiter l’intérieur, il faut réserver la veille… en revanche les extérieurs et jardins sont accessibles et la visite fort bien pensée : un parcours extravagant nous emporte d’installation en installation, de surprises en surprises. Des vidéos astucieusement proposées dans des espaces intimistes nous font partager la vie quotidienne de cet homme formidablement vivant. C’est là qu’il créera une grande partie de son œuvre, souvent entouré d’un aréopage de jeunes gens – Amanda Lear en muse déjantée – rivalisant de performances filmées propres à provoquer le Monde. Il y réussira avec une maîtrise géniale de la relation aux médias.

Notre voyage à son apogée, cap vers la France via La Jonquera, ville frontière aux boutiques détaxées. Les petits supermarchés ont laissé la place à d’immenses mall tous nets, aux tarifs pas franchement intéressants. Hop, on passe l’ex frontière pour se poser au Boulou, petit village bien français (plus de 4G, qui ne nous avait presque pas lâchée du voyage, ha, ha), sous une bruine d’automne. Fin du road-trip, de l’Andalousie plein le cœur 😀