Carnet de voyage

Corse - Corsica

Par
Par FannyP
Plus ils s'éloignent de leurs châteaux. Plus leurs cœurs y font retour. Mais ce qui les lie à leur terre ne les oppose pas à tout ce qui les lie aux hommes. "Ne fermez pas la porte" I Muvrini
Juillet 2017
6 jours
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S’il fallait encore prouver l’hospitalité corse, nous nous arrêterons à Cargèse. L’église byzantine faisant face à l’église catholique est le témoin d’une Histoire encore bien vivante. Petite île méditerranéenne, la Corse a été habitée par bien des peuples. Au XVII siècle, les Grecs ont trouvé refuge dans ce village accroché à la montagne, surplombant la mer. Ils y ont construit des maisons et un lieu de culte. Ils y ont fait naître des enfants et y ont enterré leurs morts. Comme l’écrivait Gabriel Garcia Marques dans Cent ans de solitude, « on est de quelque part quand on a des hommes dessous la terre ». Ces Grecs de sang sont devenus corses de cœur. Dans la souffrance de l’exil, ils y ont trouvé la douceur des lilas en fleurs, du parfum du large et de l’air des montagnes. Un havre de paix qui s’offre à celui qui s’y abandonne, qu’il soit corse ou non.

Un peu plus loin sur notre route, nous avons découvert Piana, classé « plus beau village de France » et nous comprenons vite pourquoi. Ces ruelles étroites et biscornues laissent l’opportunité de s’y perdre pour y découvrir ses richesses cachées. Et toujours ces vues imprenables sur la mer dont nous ne nous lassons pas.

De l’époque génoise, la Corse a gardé un fort héritage comme en temoignent ces tours perchées sur les avancées montagneuses de terre dans la mer. Construites pour défendre ce petit territoire convoité, elles offrent aujourd’hui des points de vue à couper le souffle. Je n’aurai de meilleur conseil que celui de vous aventurer sur ces sentiers parfaitement accessibles quoique parfois abruptes pour prendre de la hauteur et découvrir lors d’une de ces centaines de randonnées qui existent en Corse la beauté d’un paysage incroyable.

"Dans les mains ils ont aussi une lumière. Comme celle qui brille dans leur maison. Là où ils vivent. Au pied d'une montagne fleurie ornée de couronnes de pierres. Petites murailles empreintes des pas de leurs premiers jardiniers." Ne fermez pas la porte - I Muvrini

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Principale ville de Corse du Sud, elle tire son charme à son port, ses palmiers et ses rues colorées. La douceur de vivre y est si agréable qu’on n’y voit pas le temps passer.

"La nuit, les regards des hommes s'éteignent un peu. On dit que la lumière est à l'intérieur. Dans un village, au fond d'un port, en haut d'une montagne, un phare dans l'océan, ou bien une étoile dans le ciel." Dans les mains de la Terre - I Muvrini

A l'heure où les premiers rayons du soleil pointent sur le port, le marché de la place des palmiers bat son plein. Les ajacciens profitent de la fraîcheur matinale pour se procurer les meilleurs produits de la région. Les spécialités corses trônent sur les étals: coppa et lonzu (saucissons), tartes au brocciu (fromage de chèvre ou de brebis), pietra (bière locale), canistrellis aux amandes, au raison, aux noix, au citron, au miel corse... sans compter tous les fruits sucrés par le soleil dont les fameuses figues.

Alors qu’un soleil de plomb règne sur la ville endormie par la chaleur, nous nous sommes réfugiés au musée Fesch. Un florilège de peintures corses et italiennes traduisant la vie quotidienne et les aspirations de ce peuple passionné par la mer. Une mer qui l’exclut du reste du monde et renforce son unité. Une mère fascinante par les couleurs qui changent au grès de la position du soleil et de son éclat.

L’après-midi bien avancée, Ajaccio sort de sa torpeur. C’est l’occasion de remonter le cours Grand Val jusqu’à la grotte de Napoléon et un monument à son nom. Corse de naissance, l’Empereur Napoléon a à Ajaccio sa maison natale aujourd’hui transformée en musée. S’il est connu pour ses apports économiques et légaux à la France et pour ses conquêtes de l’Europe et du monde parfois désastreuses, il n’est connu qu’en tant qu’homme de pouvoir. Cette maison rappelle son enfance et les liens que sa famille avait avec la Corse, ses habitants et ses dirigeants. Un certain culte de la personnalité qui certes ramène Napoléon à ce qui a fait de lui l’empereur que l’on connaît mais qui peut gêner dans la quasi sanctification d’un homme encore enfant.

Si les plages qui habillent la côte sont toutes plus belles les unes que les autres, il en est une près d’Ajaccio qui vaut le détour. On l’appelle ici l’Isolella. On comprendra « L’isolé ». Située au fond du Golfe d’Ajaccio, elle a des airs de bout du monde. A l’heure d’or où le soleil s’éteint doucement, à partir de 18h, la plage se pare d’une lumière dorée qui nous laisse rêveur. Cet instant précis et fragile où la terre devient ocre et où les Montagnes au loin ne sont plus que des ombres bleutées. Quelques minutes de douceur après une journée trop chaude pour reposer les esprits qui s’abandonneront aisément à la rêverie.

"Elle, elle répondait que toute la vie il fallait apprendre à être l'invité de l'autre, l'invité du monde, que c'était cela l'hospitalité." Dans la main de la Terre - I Muvrini

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Deux routes mènent à Coti Chiavari. La première, la plus facile si tant est qu’il y ait des routes faciles en Corse vous y emmènera rapidement mais nous avons préféré nous aventurer dans le maquis où des panneaux de signalisation en bilingue il ne reste que le nom corse des lieux. Je n’y ai pourtant pas plus vu la rébellion que l’attachement à cette langue qui donne vie au peuple corse. Il n’est pas rare de croiser ces fameuses chèvres galopant sur les rochers et les falaises. Après maints virages en épingle et plusieurs croisements difficiles avec les quelques véhicules que nous avons rencontrés, nous sommes finalement tombés sur ce village aux maisons anciennes mais debout pour longtemps encore. Surplombant les montagnes, Coti Chiavari offre une vue imprenable sur le Golfe d’Ajaccio.

Dans un silence presque sacré, nous avons entendu des voix venues des maquis. Ces voix résonnent encore dans ces villages qui semblent déserts au premier abord mais restent bien vivants. Encore faut-il prendre le temps de s’y perdre. Les voix prennent chacune leur ton pour se réunir dans une harmonie qui donnent une dimension quasi spirituelle à ces villages perchés. L’hymne corse « Dio vi salvi, Regina » et tout autre chant traditionnel vous laisseront sans voix.

"Ce soir, autour du chant qui réchauffe la rencontre de soi. La rencontre de l'autre. Ils cherchent un feu de joie. La fin d'une peine." Ne fermez pas la porte - I Muvrini

A flanc de montagne, Sartène nous a ouvert ses portes. En proie à bien des invasions, elle s’est construite une forteresse qui renferme en son cœur un village historique de l’île de beauté. C’est l’endroit idéal pour en apprendre plus sur l’histoire corse souvent méconnue. L’invasion du sanguinaire roi d’Alger Hassan Pacha qui prit à la Corse beaucoup de ses enfants pour les rendre en esclavage de l’autre côté de la Méditerranée. Une invasion des maures parmi tant d’autres qui expliquent toutes la tête du drapeau corse. L’importance des génois. Les ambitions de Pascal Paoli pour une nation corse avec son imprimerie, son hymne, son drapeau et ses lois. Période brève d’indépendance où, en 1755, les femmes eurent le droit de vote. Le roi proclamé Théodore de Neuhoff. Le passage furtif des anglais et finalement le rattachement à la France jusqu’à en faire deux départements sous Napoléon, originaire de l’île. Dans ces murs qui portent la mémoire de la Corse traditionnelle j’y ai appris les coutumes que l’on continue de pratiquer comme le Catenacciu qui permet à un homme ayant commis une faute d’obtenir le pardon physiquement et spirituellement au moment de Pâques dans le profond respect de l’anonymat. J’y ai compris l’importance de la vandetta ; cette vengeance qui décime des familles entières. L’importance de tenir parole. De garder un secret.

« Mais je puis fermer les yeux, reprit Bonaparte. Le préjugé de la vendetta empêchera longtemps le règne des lois en Corse, ajouta-t-il en se parlant à lui-même. Il faut cependant le détruire à tout prix. » La Vendetta, HONORE DE BALZAC (1830)

"Chez eux. Quand les hommes se taisent, c’est qu’ils n’ont pas de mots pour le dire. C’est qu’ils ont beaucoup à dire. Une blessure

Chez eux. Quand les hommes se taisent, ce n'est pas pour piétiner la justice. C'est pour lui laisser sa place

Il est des mots dont ils pensent que moins on les prononce plus ils se font entendre"

Ne fermez pas la porte - I Muvrini

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La route est longue depuis Ajaccio jusqu’à Bonifacio mais cette ville de quelques 3000 habitants à peine à l’année devient un point touristique incontournable de la Corse en saison ce qui demande au visiteur un peu de patience. Mais cette ville de l’extrême sud de l’île vaut largement le détour. Les côtes y sont étonnamment sculptées par le vent laissant apparaître des strates de terres blanches sur plusieurs kilomètres. Il est si agréable de déambuler dans les ruelles de cette ville vallonnée au cœur d’une forteresse splendide. Passant la porte de la haute ville génoise et descendant sur le port c’est un tout autre quartier qui prend vit d’un côté et une petite plage magnifique quoique trop prisée de l’autre.

Du haut des remparts, on voit la Sardaigne. La sœur italienne de l’île de beauté semble nous appeler pour une nouvelle escapade sur des terres quasi similaires mais dont l’Histoire diffère tant que les villages et les côtes ont finalement peu de similitudes avec la Corse.

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J’ai eu la chance de découvrir ce bout de France avec un enfant du pays qui m’a montré plus qu’un pays, le cœur des hommes qui l’habitent. Je suis arrivée pinsuti (étrangère à la Corse) et je repars pinsuti mais je me suis laissée apprivoisée par ces terres que je quitte sure d’y revenir. Je laisserai les derniers mots de mon carnet de voyage aux Corses eux-mêmes qui chantent mieux que personne cette ile comme un refuge qui les accueille à bras ouverts lorsqu’ils reviennent au pays. Beaucoup ont dû rejoindre le continent mais tous sont tant enracinés que même loin de chez eux, ils portent leur pays au fond du cœur jusqu’à leur dernier souffle.

Cette dernière parole laissée aux Corses est plutôt à entendre chantée par leurs voix incroyables, véritable patrimoine immatériel que ce langage musical archaïque qui ne mourra pas tant qu’il sera transmis de génération en génération.

« Face sempre tant’inviglia ssu scogliu ciottu in mare, tresoru chì spampilla sacru cume un altare. Calma, dolce cum’agnella, generosa è accugliente, si rivolta è si ribella s’omu disprezza a so ghjente. »

« Il fait toujours tellement envie, ce rocher dans la mer, trésor étincelant sacré comme un autel. Calme, douce comme un agneau, généreuse et accueillante, elle se révolte et se rebelle si l’on méprise les siens. »

« Corsica » de Petru Guelfucci (1991)