Carnet de voyage

E3, Atlantique - Mer Noire

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Dernière étape postée il y a 11 heures
Début d'une fabuleuse aventure ..
Avril 2018
16 semaines
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Publié le 9 mars 2018

Avant-propos: Le E3 est le Chemin de Grande Randonnée Européen qui relie l'Atlantique (cap Finisterre après St Jacques de Compostelle) à la Mer Noire (cap Emine en Bulgarie). Il existe une Association Européenne de Randonnée Pédestre qui s'occupe à promouvoir ces chemins européens, malheureusement il existe aussi une disparité dans le marquage du label E: sur les deux E que j'ai déjà pratiqués (E3 et E5) je peux dire qu'en France ces chemins ne sont qu' épisodiquement marqués. Par exemple, au Moulin Arrondeau près de Couptrain en Mayenne, le panneau d'explication sur le E5 Atlantique (Pointe du Raz) - Adriatique ( Venise) que je vois lors de mon passage en 2015, a aujourd'hui disparu, l'explication en est peut-être la suppression du GR22 C? Ce fut le deuxième marquage E5 depuis la Pointe du Raz! En Allemagne, Autriche, Italie, ces chemins sont valorisés en tant qu' "E" européens et marqués en conséquence. En 2015 j'ai parcouru le E5 de bout en bout et suis parvenu à Venise après un peu plus de 3000kms de marche, je n'y avais jamais été. Une deuxième ville européenne que je n'ai pas encore visitée est Prague, à ce moment je décide qu'en 2018 j'irai à Prague à pied, c'est moins loin que la Sérénissime. Depuis mon retour d'Italie j'étudie donc ce parcours et prend connaissance du E3. Je passe 2016 aux taquets, prendre la route me manque... Et c'est de là que je décide d'aller à Compostelle en suivant cette partie du E3, pèlerinage européen pour moi, 23 février jour de mes 71 ans départ de Fontainebleau - 30 mai arrivée à St Jacques de Compostelle, puis le 2 juin à Fistera sur l'Atlantique. Début avril prochain, vraisemblablement le mardi 3, je pars de Fontainebleau vers Prague.

Préparation:

Le parcours est déterminé (France 478kms -Belgique 174kms -Luxembourg 251kms -Allemagne 1087kms -Tchéquie 210kms).

Les étapes sont programmées (87) dont 18 en France, 7 en Belgique, 9 au Luxembourg, 44 en Allemagne et 9 pour la Tchéquie.

Les hébergements à peu près définis(chambre d'hôtes, un seul gîte d'étape, hôtels, une seule Auberge de Jeunesse en France; ch. d'hôtes, un monastère, une AJ en Belgique, hôtels, un monastère, 5 AJ au Luxembourg, Pension, Gasthaus, Gasthof, hôtels, 16 AJ en Allemagne, Penzion, Hospoda, Hotel, Hostel (AJ) en Tchéquie.

Les moments de repos prévus lors des séjours en Auberge de Jeunesse car moins cher! Une semaine de repos à Berlin où je me rends en train à partir d'Annaberg-Buchholz. Je reprends mon cheminement dans cette localité.

Travail de quatre mois!


Préliminaires:

Aujourd'hui est le 6 mars 2018, je viens de boucler mon sac, avec les habits que je porterai le jour du départ cela fait 11,8kg, y compris mon sac portefeuille, ma besace où je mets ma pélerine, mes chaussures, mes gourdes remplies, mon couteau et les différentes babioles que j'aurai dans mes poches. 11,8kg font:

- sac à dos avec armature rigide hyper légère et filet permettant l'aération du dos;

- dans la poche extérieure du rabat, le petit imperméable du sac, la corde à linge en fibre synthétique ;

- dans la poche intérieure de ce même rabat, petite trousse (bobine de fil polyester, mines graphite critérium, petite gomme à effacer), carnet pour recueillir notes personnelles et tampons

, câble USB et prise-transfo, batterie de secours, 5 pinces à linge inox dans leur pochette, étui à lunettes, pq bien emballé, clefs de maison;

- dans le sac lui-même, sa poche de dos contient mes cartes jusqu'à Prague sous forme de copies dont je me débarrasserai au fur et à mesure de mes étapes, un carnet de chèque et des feuillets de compte, ma credenciale qui me servira à maintes occasions, une grosse pochette étanche contient les habits de rechange (pull polaire à manches longues, chemise tissu synthétique, marcel tissu id., slip ultra léger, short genoux et sa ceinture tissu id.), une autre (2 paires de chaussettes, un slip supplémentaire, le drap en soie), une troisième la paire de sandales de marche, serviette de toilette dans sa pochette, trousse de toilette (dentifrice, brosse à dents pliable, savon, coupe-ongles), une boîte plastique souple contient une provision de fruits secs ( amandes, noisettes, raisins secs et cranberries), au-dessus de tout cela mon pantalon de pluie et accessible par l'ouverture Zip du bas, la couverture de survie ;

- dans la poche zippée de devant, la pharmacie, une boîte aspivenin où j'ai aussi placé quelques épingles à nourrice, une pince à épiler, un briquet, quelques aiguilles à coudre, un crayon gras, une petite paire de ciseaux et un jeu de tire-tics, une pochette plastique contient un petit spray alcool à 70°, quelques pansements à blessures, à ampoules, quelques stéristrips, 5 compresses hydrophiles, un rouleau de sparadrap pour straps, une bande de contention auto-aggripante, une boîte de paracétamol 1g, quelques cachets anti-inflammatoires ;

- dans les petites poches-filets latérales une gourde thermos de 0,35l et une bouteille plastique 0,5l;

- les attaches pour bâtons de marche maintiennent les guêtres ;

- un sac de couchage mis dans une grosse pochette étanche est fixée sous le sac.

- La sacoche portefeuille qui sera portée en bandoulière, ainsi protégée d'un vol à l'arraché car bloquée par la bretelle du sac à dos, elle contient le portefeuille, le porte-monnaie, le calepin où sont inscrites étapes et adresses, une petite lampe à LEDs et son câble USB, stylo-bille et critérium, un micro-chiffon pour nettoyer les lunettes, le smartphone, une petite brosse à dents et son micro tube dentifrice.

- La besace en tissu nylon , portée en bandoulière par dessus le sac à dos, contient essentiellement la cape de pluie, elle me servira à porter le "lunch packet" (pique-nique) à l'occasion.

- Le bâton de marche.

- Les habits de marche: marcel tissu synthétique, slip ultra-léger, chemise tissu synthétique à poches de poitrine, chaussettes rando à semelle laine bouclettes et montant tricotage synthétique, petite écharpe soie (elle pourra servir d'écharpe à bras cassé, ou de garrot (le crayon gras servira à noter l'heure de la pose d'un garrot), short-pantalon, ceinture synthétique, couteau suisse dans sa pochette, blouson léger imperméable et respirant, casquette imperméable, lunettes à verres qui se teintent au soleil, chaussures basses de marche (je parie cette fois-ci sur le léger).

- Les babioles: principalement un tube de baume à lèvres, une petite flasque de crème solaire, un mouchoir tissu genre immense mouchoir de grand-père pour la sueur du front, à l'occasion une petite boîte de bonbons genre "Ricola"...

11,8kg c'est assez lourd, vu que je pèse 73kg je ne devrais porter que 7,3kg, mais en fin de compte si je retire mon habillement, chaussures, bâton et casquette j'arrive à porter 8,79kg, quand j'aurai épuiser mes cartes et les fruits secs j'arriverai à 7,79kg, bon cela ne fait que 0,6kg de plus... Devrais-je laisser mes sandales à la maison? Mes expériences passées me disent que non... Je partirai donc avec ce handicap !



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Publié le 2 avril 2018

Temps couvert toute la journée, le soleil perce de rares fois, frisquet le matin et plus doux en après-midi. Coucou et pic (vert, noir ou épeiche, je ne sais) s'en donnent à cœur-joie, l'un à s'égosiller sur son grand chêne, en espérant que le hibou réponde ( manque de pot, il fait encore sa nuit-jour), l'autre à jouer le batteur effréné sur tout arbre susceptible de cacher quelques trésors culinaires. La forêt de Fontainebleau possède d'agréables chemins sableux avec montées et descentes parmi les blocs de grès. Le GR1 me mène à Bois le Roi d'où je suis le GR2 le long de la Seine et cela jusqu'à Melun. 22,3kms en 5h31, beaucoup d'arrêts causette avec baliseuses et baliseuses, même quelques coups de main pour dégager les chemins (préparation de la rando des 3 châteaux, 42kms, participation phénoménale de 17 000 personnes possible), randonneurs et autres promeneurs. À Melun je suis hébergé par un neveu super sympa.

Chaque laie forestière à son patronyme.

La Tour Dénécourt surplombe la forêt. Mr Dénécourt est l'initiateur des chemins balisés dès la fin 19ème siècle, il a parcouru de long en large cette forêt en y laissant des signes de peinture bleue.

En bord de Seine.

En bord de Seine traînent de drôles d'olibrius qui marchent de concert sur quelques kilomètres.

St Aspais à Melun, église à la forme ?gonale. Il n'y a pas de transept...À droite Collégiale Notre Dame.

À Melun la belle Collégiale Notre Dame est fermée, peur des prisonniers de la Centrale pénitentiaire la jouxtant ? Voir la photo ci-dessus à droite.

Héloïse et Abélard.
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Mardi 3/04 après une nuit coupée en deux, sommeil de fatigue 21h-5h, sommeil hâché jusqu'à 6h44, prise de météo et v'là t'i pas que les éléments se déchaîneraient! Averses et même grêle avec éclairs! Je suis arrivé à Chaumes sans pluie aucune ni autre tourment du ciel qu'une couverture nuageuse aux nuances gris-fer. Ce n'est que 1 kilomètre avant la ferme de Forest, mon gîte du soir, qu'il s'est mis à pleuvoir. La "Baraka"! Et pourtant 8h50 de marche pour faire ces 37,8kms (attestés par GPS).

La sortie de Melun m'a permis de voir le printemps, l'automne et l'hiver....


Haut gauche: sceau de la ville en bronze (Melun) sur le sol. Trois autres photos à l'entrée d'un lotissement.

Des chemins un peu gras qui font les chaussures lourdes mènent le pèlerin au Château de Vaux le Vicomte. Le Nicolas n'a pas lanterné dans la magnificence avec l'argent du contribuable françouais... Un peu plus il se faisait enterrer en grandes pompes aux frais du petit peuple comme nos bienheureux députés ! Le Grand Louis y mit le hola !

Château de Vaux le Vicomte. Haut gauche: sortie des pièces d'eau des jardins que le "Rû d'Ancoeur" alimente.

Après cet édifice somptueux que je n'ai pas pu visiter, vous pensez bien qu'il n'y a aucun gîte pour le petit pèlerin dans ce genre de demeure, j'ai marché vers Blandy où m'attend un autre château, médiéval celui-ci.

Château de Blandy.

"Quelques kilomètres" plus loin, un bel édifice religieux qu'il faut repérer sur la carte, le chemin n'y mène pas exprèssément, la collégiale St Martin de Champeaux. Ses toitures de tuiles plates sont végétalisés par la mousse de façon importante, l'intérieur est d'une clarté qui vous éblouit l'âme si toutefois vous en possédez une.

Collégiale St Martin : la nef, le haut du chœur, les stalles sculptées du chapitre, le pavement fait pierres tombales.

À Chaumes en Brie, le marquage du chemin laisse à désirer, je me plante quelque peu, mais les gens que je sollicite sont d'une gentillesse briarde et je retrouve mon chemin. Je profite du passage devant un restaurateur turc pour m'acheter un sandwich kebab à emporter, 5,5€ cela me fera une journée à 62,5€... Mais il faut bien se loger, n'est-ce pas !


Église aux larmes d'Andrezel, la plaine briarde avec Chaumes-en-Brie en fond, une ferme briarde, "Forest".

La journée se termine, après abblutions revigorantes, dévoration du kebab, par un sommeil réparateur de 8h30. Ces textes sont écrits entre 5h30 et 6h45 de ce mercredi qui me verra aller à Crécy-la-Chapelle.

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Publié le 5 avril 2018

Mercredi 4/04, 35kms en 8h52. Temps couvert et triste comme une retraite de Russie, comme hier il n'a plu qu'à l'arrivée, le dernier kilomètre.

Aujourd'hui 3 photos seulement.


Écurie... Château du Duc d'Épernon à Fontenay Trésigny. Belle petite église de La Houssaye en Brie.

Je vous livre là mes pensées brutes venues au fil du parcours. Écurie du Vivier à côté du Château du même nom, nous arrivons dans une aire d'élevage de chevaux, nous sommes près de Compiègne, Chantilly où règne un Nicolas Fouquet moderne, vous savez bien celui qui missionnait son illustre épouse auprès d'une richissime pour essayer d'en tirer quelque revenu, celui qui a vendu à ses compères et commères du monde du cheval un terrain des Domaines à vil prix...un nonlieusard vous dis-je... Peut-être qu'un jour ces mêmes gens revendraient bien ce coin de terre aux mêmes Domaines de l'Etat mais à un prix sans commune mesure... encaissant une plus-value ! Du "nicofouquetage" ...

La deuxième photo, ancien Château du Duc d'Épernon il est mentionné sur la carte IGN, il s'agit certainement du mignon favori d'Henri III, Jean de Nogaret qui avait femme et enfants. Son château est bien en perdition!

La troisième est celle qui m'a réjoui, cette petite église bien entretenue et toute mignonne ! Derrière se trouve encore un château, avec tours et tout le toutim pour en mettre plein la vue, y aurait été logé le maréchal d'Empire Augereau. C'est l'église qui a capté mon œil!

Triste comme une retraite de Russie ai-je qualifié le temps! En effet certains soldats sont arrivés au bout de cette retraite en supportant les maux qui les accablaient. Hier donc j'ai eu l'impression d'être l'un d'eux. Le troisième jour de marche réveille les maux cachés dont nous souffrons sans vouloir le reconnaître dans notre orgueil de marcheur, je parle pour moi évidemment. Je suis parti tout flamme et arrivé éteint, comme au Portugal ma jambe droite recommence à faire des siennes. Je vois avec désolation la fin arriver... La fin du voyage bien sûr... Je vais à Meaux aujourd'hui, je teste...

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Publié le 7 avril 2018

Fin du périple à Meaux. Ma jambe droite ne me laissant aucun répit, surtout au niveau du genou, je décide d'arrêter de marcher, je rentre dépité en tirant la patte. J'ai tout de même parcouru 14kms en 3h20 en ce jeudi 5/04, mais chaque fois que je m'arrête je souffre le martyr pour remobiliser la jambe droite, heureusement que j'ai le bâton de marche pour m'appuyer, comme un petit vieux que je deviens !

Je suis donc arrivé tôt (12h30) à l'hôtel 1ère Classe situé près de la 4 voies menant à Meaux. Je fais ma lessive de randonneur (chaussettes)), m'écroule sur le lit tout habillé, au réveil à 18h30, douche chaude et recherche de quoi dîner. Une pizzeria à proximité fait mon affaire. Je dors à nouveau 8h d'affilées, puis lecture sur la liseuse "Kurt Wallander" jusqu'à 7h30. P'tit déj. et marche vers la cathédrale où a officié l'Aigle de Meaux, Bossuet.

Puis la gare pour un train vers Paris Gare de l'Est, Métro pour Montparnasse et Intercités pour Surdon, TER pour Alençon...

Petit déjeuner à Crécy-la-Chapelle, chez Jules et Marie.

Et Meaux vous fait les beaux yeux !

Avec la Marne, son canal et sa cathédrale !

Et après ? Je vais consulter l'Académie des médecins, ils vont peut-être me "rehancher"? Ou me "regenouiller" moi qui me suis agenouillé si longtemps? Au moins je ne me suis pas déhanché trop souvent sur les pistes de danse! Alors parions sur le regenouillage ! La re-marche viendra après!

Ce parcours que j'ai si bien préparé m'ouvrira ses chemins une autre fois, qui sait!

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Lundi 1er avril 2019. 8h57 le train régional en direction de Meaux (direct). Je l'ai eu de justesse, accompagné d'une dame très âgée que j'ai aidée pour y monter son chariot de courses. Perdu dans mon labyrinthe de pensées je n'ai pas vu le temps passer, et voici Meaux, 30 minutes de trajet.

Il faut prendre la sortie côté Villenoy par le passage souterrain, en face je rejoins le canal latéral à la Marne que le GR1 suit sur environ 2 kms. Sur la droite, nimbée de brume, je vois les tours de la cathédrale qui a vu officier Bossuet dit l'Aigle de Meaux. Les canards colverts sont assez nombreux, je ne vois que des mâles mais j'entends les femelles cancanouillez sous les entrelacs de végétation qui descendent jusqu'à fleur d'eau. Un joggeur, un cycliste, un pêcheur, un promeneur, un très vieil homme sans dents à qui j'ai souhaité le bonjour...et une poule d'eau à qui j'aurai bien voulu parler mais elle était de l'autre côté...


La tour de la cathédrale de Meaux, nimbée de brume.Canal latéral à la Marne. Anémones sylvie, jacinthes sauvages. merci

Une étape facile sans grandes difficultés mais tout de même 25kms en 6heures, 5 kms de plus que mon kilométrage curvimétré, rajouter à ceci 1,7kms pour rejoindre la Gare de l'Est depuis mon lieu d'hébergement à Paris. Beaucoup de sous bois où le printemps s'étale en nappe d'anémones sylvie blanches, de ficaires jaunes et de jacinthes sauvages bleu-mauve, quelques orties blanches et pourpres (lamiers). Ce matin, après Penchard, je suis passé sous une ligne TGV sur laquelle j'ai vu un ICE (TGV allemand) filer à toute berzingue vers l'Allemagne...d'aucuns m'auraient conseillé de sauter dans ce train pour m'y rendre plus vite! Mais je vais à mon train de pélerin... Ce soir l'hébergement se fait chez Les Baladins, hôtel de chaîne situé dans la zone industrielle de St Mars, à côté de Dammartin en Goële, ce sera aussi repas au "Bête à cornes"...

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Mardi 2/04/2019. C'est donc la 7ème étape depuis mon départ de Fontainebleau l'an dernier. La différence entre le curvimétrage et la réalité du terrain est flagrante encore aujourd'hui, 25 kms curvimétrés sur la carte, 33,8kms par l'application Endomondo et 31,2 par ma montre connectée. Mais il n'y a aucun hébergement à la ronde que le restaurant L'Alezan qui fait chambre d'hôtes et une bonne cuisine ! Alors je les ai parcourus ces kilomètres, sous la pluie à mon départ de Saint Mard dès 7h30, puis sous un soleil voilé vers les 10h.

Ces mêmes dix heures me voient entrer en forêt d'Ermenonville, après le hameau-village de Loisy où, dans une prairie quelconque, un groupe d'êtres vivants à quatre pieds avec manteau moumoute me toisent avec l'air de se demander qui a bien pu fabriquer un être bipède avec une peau noire (ma pélerine) et une face si rouge pourvue d'yeux sombres (mes lunettes s'assombrissent aux UV).

Les quadrupèdes à moumoute étonnés.

La forêt d'Ermenonville est immense pour un marcheur, entré à 10h et sorti vers 14h30! Taillis jonchés d'anémones sylvie encore fermées en matinée et épanouies au soleil de l'après midi, futaies de chênes, de pins vers la partie sableuse de la forêt. Sentes agréables à parcourir, chemins sableux plus difficiles de par leur texture fuyante au pied.

Entrée en forêt d'Ermenonville. De carrefours en carrefours.

Par place, des manifestations de gilets violets occupent les bas côtés. Sont-ce des récriminations épiscopales ? Je n'en sais fichtre rien car elles ne disent que parfum !

Les manifestantes au gilet violet.

A Thiers-sur-Thève, un beau château qui a du pont-levis et une écurie de dressage.

Château de Thiers-sur-Thève.
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Mercredi 3/04/2019. 19,6kms.

Après une grasse matinée relative, petit déjeuner à 8h30, je rejoins la gare RER d'Orry pour longer la voie de chemin de fer sur environ 2 kms et ainsi rejoindre le GR1 qui me mène au Château de la Reine Blanche.

Château de la Reine Blanche.

C'est ici qu'Audrey Hepburn dansa avec Fred Astaire dans "Funny Face"...mais je suis entré dans la légende pour vous en parler mieux!

Euromarcheur entrez donc!

Après le château, la forêt de Chantilly par le GR12 qui me mènera jusqu'en Belgique, auquel s'adjoint temporairement le GR655 qui est sensé être utilisé dans l'autre sens, cad. vers le sud et St Jacques de Compostelle (tous les chemins de Grande Randonnée qui commencent par 65 se dirigent vers Santiago de Compostella, ils sont amenés à se raccrocher à la célèbre Via Podiensis qui part du Puy-en-Velay en empruntant l'itinéraire du GR65). Chantilly, la crème de la cavalerie de course, la crème de la soit disant "haute" qui va sur le trône à la même hauteur que nous, l'hippodrome de Chantilly et son association de turfistes qui a acheté à vil prix une petite partie de la forêt domaniale par l'entremise de Monsieur Woerth alors Ministre du budget, il faut dire que sa femme en était membre. Chantilly c'est aussi la crème des tartes qui servent à entarter les gens de la haute comme de la basse !

Ratissée tous les jours au petit matin ?

Et en début d'après midi, SENLIS, ville moyenâgeuse !

Une ruelle pavée, un prieuré, la cathédrale (porche, vue latérale, la nef).

Et sur les pavés le signe! Qu'icelle ou icelui qui connaîtrait la signification du croisé R-G/H-E assorti d'une étoile avec un quadrilatère au centre se manifeste, il gagnera une indulgence pour entrer au paradis des bernés.

Le fameux signe cabalistique.
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Jeudi 4/04/2019. Après un petit-déjeuner plantureux à l'hôtel Ibis budget bien excentré, je reprends mon cheminement dès 8h15 avec le clocher de la cathédrale pour point de mire.

Une fois quitté l'agglomération senlisienne, j'entre en forêt domaniale de Halatte vers les 9h. C'est une fûtaie composée de chênes et de hêtres aux belles pièces. Le chêne à l'image croisé sur le chemin après le village de Fleurines n'en est pas le plus bel exemple.

Le chêne à l'image visité en procession dès 1587.

La forêt de Halatte se montre aussi plus monteuse, les altitudes variant de 80m à 221m au mont Pagnotte que le GR s'empresse de nous faire franchir.

Les montées et descentes contribuent à mon entrainement en vue de la vallée de la Semois, de l'Eifel, Taunus et autres Erzgebirge.

A la sortie de la forêt, vers les 13h, Roberval un petit village à la belle petite église connu par son nom dans le monde entier.

Eglise de Roberval et la raison de sa notoriété.

Le GR longe l'Oise pour un petit kilomètre et après 29kms parcourus à la vitesse moyenne de 4,5kms/h, nous voici arrivés à Verberie, Auberge-hôtel L'Aramont pour un repos bien mérité.

L'Oise navigable jusque là, église de Verberie qui a perdu ses statues de façade.

Repas du soir assiette kébab mixte bien fournie chez Méditerranée Verberie Kébab.

Les kebabeurs au travail.
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Vendredi 5/04/2019. Je quitte l'auberge-hôtel à 8h15 et reprends le GR12 qui me promène le long du coteau jusque St-Vaast-de-Longmont à la belle église.

Eglise de St-Vaast-de-Longmont.

Le chemin grimpe sur le plateau en pente raide, je suis bien obligé de suivre ! Il y a des couches de grès qui font comme des surplombs avec excavations où l'on pourrait s'abriter, je ne les ai pas pris en photo car cela leur aurait donné trop d'importance. Mais il faut bien dire pour leur défense que ce sont bien eux qui maintiennent le relief en l'état. Une fois sur le plateau, il n'y a plus un seul arbre pour mettre les signes du GR, par contre les chemins d'exploitation sont nombreux !? Alors comment fait-on pour se diriger ? Sur la carte il y a une ligne à haute tension qui suit approximativement le chemin, ou plutôt le contraire. Vive notre bonne EDF!

Après le plateau le chemin descend vers le thalweg de la petite rivière l'Automne qui se jette dans l'Oise en amont de Verberie, en compagnie du GR12 je traverse le bourg de Béthisy-St-Pierre et v'là t'y pas que nous sommes obligés de remonter la pente raide du coteau par des escaliers pour bottes de sept lieues pour arriver à un beau parc où nous n'avons pas le droit d'entrer, puis nous redescendons vers le lit de l'Automne en longeant un chemin agréable qui lui se trouve dans le parc ... Il y a de quoi fracasser un couple, vous ne trouvez pas ! Stoïques, et le GR, et moi! Nous avons continué ensemble.

Puis la fameuse forêt de Compiègne, celle du célèbre wagon de Rethondes qui a servi deux fois, une pour un "diktat", l'autre pour un armistice qui avait tout d'une défaite. Et bien, ce n'est pas une forêt ordinaire, elle a du charme tout en étant hêtre, ou plus joliment dit elle nous charme par son hêtre, c'est donc une charmaie-hêtraie!

Parcelles en régénération sous forme de taillis. Photo de droite, haute fûtaie en contrebas.

Au beau milieu de la forêt, St Jean aux Bois, un petit village regroupé autour d'une ancienne abbaye dont il reste l'abbatiale et ses trésors.

Nous retrouvons la forêt dont le sol devient argileux avec les inévitables fondrières, argile à silex pour préciser. Des chemins en pente raide où n'est sèche que la fine croûte au contact de l'air mais en dessous ce n'est pas affriolant, cela peut vite être le splatch-boum-radada et la glissade ! Cette nature argileuse permet l'installation de certaines plantes comme l'ail des ours, le bouleau...

Mais le randonneur acoquiné de son GR passe partout, sauf dans le chas d'une aiguille où il n'y a guère que le dromadaire à s'y aventurer.

Au bout de 33,8kms nous voici arrivés à Pierrefonds où nous faisons halte, du moins moi car Mr GR boude et va dormir sur son chemin.

Le fameux château de Pierrefonds.

C'est au camping "Le cœur de la forêt" que je suis attendu par Mélanie et son compagnon. Comme les caravanes sont en panne d'électricité, Mélanie m'a attribué une maisonnette où m'attend mon repas du soir!



La chambre est au-dessus. De la bonne charcutaille, hm!
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Samedi 6/04/2019. Ce matin, une vraie grasse mat ? Non, pas vraiment car à 7h j'étais d'attaque et j'ai commencé à ranger mes affaires, à procéder à mes besoins vitaux, puis à petit déjeuner avec les restes du soir en attendant que Mélanie me livre le panier breakfast prévu. A 8h le panier est livré, mmm! de bonnes viennoiseries, une demi baguette, une compote, une boîte de céréales portion une personne, la bonne confiture de fraises, avec tout cela = p'tit déj pantagruélique ! En prime j'ai pu me faire un sandwich salami/beurre pour midi !


J'ai logé dans la cabane de droite.

Au revoir au camping de Pierrefonds, puis de la route, beaucoup de route aujourd'hui. Heureusement que quelques événements viennent ponctuer cet ennui routier, des églises, un lavoir...

Eglise de Hautefontaine. Lavoir à Chelles. Maisons à pignons crénelés.

Un village animalier a retenu mon attention. Je me demande comment s'appellent les habitants de ce dernier?

Après avoir traversé l'Aisne nous voici arrivés à Vic, fin de l'étape après 24kms parcourus en 5h17. Je vais attendre le bus de 18h20 pour Soissons où je loge pendant 4 nuits. Demain dimanche c'est repos bien mérité.

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Lundi 8 avril 2019. Étape de 28kms parcourus en 6h38. Elle nous a promenés, le GR et moi, par monts et par vaux, le relief du département de l'Aisne est partagé entre plateau courant sur de longues distances et vallons bien encaissés. En fin 1914, lors des offensives qui ont fait suite à la victoire de la Marne, les soldats français comme allemands se sont étripés sur ces plateaux. Ainsi sur celui de Confrécourt, nom d'un petit hameau constitué d'une grosse ferme et de quelques maisons, les français ont combattu 10jours pour le conquérir au prix de grosses pertes.

Carrière de Confrécourt qui servit d'infirmerie. Photo de droite, une tranchée menant au plateau.

Donc Confrécourt connu dans l'histoire pour son plateau...

Pour comprendre rien de mieux qu'un panneau explicatif.

Et un monument...une immense croix brisée dans son tronc, couchée par terre avec son Jésus comme dormant, le dormeur du plateau sans cresson bleu, avec un trou rougi au côté gauche pour lui.

"Un jour, dans un petit vallon, un serpent piqua Jean Fréron. Que croyez-vous qu'il arriva, ce fut le serpent qui creva." Un jour dans un petit vallon un très gros peuplier chuta. Que pensez-vous qu'il arriva, le randonneur ne bloqua pas.

Un orifice a été aménagé pour le passage des marcheurs.

Au bout de ce vallon, une bonne montée et la mairie de Leury où je vais attendre la navette, micro-bus pour Soissons.

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Mardi 9/04/2019. Comme d'habitude, lever au chant des oiseaux, même dans les hôtels 1ère classe on peut les écouter s'égosiller dès potron-minet. Il ne faut pas que je rate la TAD4 à 8h28 place Marquigny, la navette ligne Mairie de Bagneux dans laquelle j'ai réservé une place hier. Les navettes sont des micro-bus pouvant transporter des fauteuils roulants. Il existe 11 lignes qui desservent les villages ayant adhéré au système. Il faut appeler à un N° de téléphone pour réserver une place. S'il n'y a aucune réservation, la navette ne circule pas. Donc lever 6h pour petit déjeuner à 6h30 et à 7h42 prendre le bus 4 qui m'amènera à Marquigny. La jeune femme qui conduit ce grand bus de ville doit avoir moins de trente ans, elle me dit que cela fait 5 ans qu'elle conduit les bus de l'agglomération soissonnaise et que c'est bien la première fois qu'elle vend un ticket pour les TAD, elle doit fouiller au tréfonds de son sac pour trouver le carnet à souche.

La navette vient un peu en avance et comme je suis le seul à avoir réservé, nous partons. Une fois que ma conductrice m'eût déposé, elle retourne à Soissons. Un bus pour moi tout seul, un micro du moins. Durant le trajet nous avons pu parler de ce système de navette.

Me voici donc à Leury, à pied d'œuvre pour accomplir cette longue étape vers Vailly sur Aisne, et il pleut gouttes et crachin en alternance. Je marche à travers mes pensées, le regard dans le vague. Après Clamecy, je rencontre un monsieur en bottes et veste-chapeau de chasseur qui promène son labrador, il entame la conversation sur mon habillement (cape de pluie qu'il pense trop chaude pour la saison), je lui explique les tenants et aboutissants de cette cape qui n'est pas un manteau. Il fait un bout de chemin avec moi et me parle de l'agrainage de faisans qu'il va surveiller en m'accompagnant un peu plus loin. Rencontre éphémère et sympathique !

Agrainage de faisans sauvages pour les conserver dans la vallée.

Après cette rencontre, de nouveau la pluie et les ennuis de balisage qui me font faire des centaines de mètres supplémentaires. Je ne m'arrête pas à midi de peur de prendre froid. A la ferme de Chimy, vers 14h je décide d'écourter cette étape. J'ai déjà parcouru 23kms, je vois le panneau indicateur "Vailly sur Aisne 6kms" et je prends la route. J'ai un car qui passera à Vailly à 16h27 et je ne veux pas le louper car il n'y en a pas d'autres. Que la route est plus facile, il n'y a pas à chercher les signes de piste, on ne peut pas se tromper, mais que le sol est dur aux pieds !

A Vailly, la nécropole nationale mais aussi anglaise. Je ne vais pas refaire l'historique du plateau du Chemin des Dames où Nivelle en 17 a fait massacrer des quantités de jeunes et moins jeunes hommes pour la gloriole d'une offensive mal réfléchie. Mais bien entendu ce n'était que de la chair à canon, des bouseux, de la piétaille, d'autres diraient des sans dents ou des qui ne sont rien... A l'entrée est une stèle où le mot "tués" a été remplacé par "tombés". Vous le voyez sur une des photos. Les quelques 600 anglais ensevelis là sont morts dans les combats de 1914 et 1915, les 1500 français en 1917 (offensive Nivelle) et 1918.


Cimetière anglais.

De belles stèles.

Comme un "Stonehenge" de la mort.

Les français ont eu droit à des croix !

"Les croix de bois" Roland Dorgelès.

Je me précipite à la Mairie pour faire tamponner ma crédenciale de pélerin, puis j'attends mon bus. Cette étape a donc été de 29kms et des poussières...

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Mercredi 10/04/2019. Lever 6h, petit déjeuner 6h30, bus 4 à 7h42, attente dans un café super sympa installé dans les bâtiments même de la gare de Soissons. Il se nomme le "Tropico" et ne sert aucun alcool, par contre de bons thés. Son patron, un homme affable, a voulu prendre un selfie en ma compagnie. Si d'aventure vous passez par Soissons, n'hésitez pas à y faire un saut pour un thé caramel. A 8h58 le car de la RTA (Régie des transports de l'Aisne, la dernière régie de France m'a dit le chauffeur) me prend seul jusqu'à Vailly. Il fait le tour de tous les petits villages, aucun client, alors nous discutons de la régie dont l'avenir est problématique, de son métier de chauffeur de car. Il a un laps de temps d'attente de 2h avant son retour sur Soissons. Je lui suggère d'écrire sur son métier, genre "Chauffeur de car sur la ligne Soissons - Vailly/Aisne et retour". Il me dit qu'il aurait beaucoup d'anecdotes à raconter. Je lui suggère aussi d'écrire un blog qu'il pourrait partager avec ses amis, je lui parle évidemment de mon carnet de voyage...et l'on arrive à Vailly au bout d'une heure.

Ma marche commence donc à 9h55, Madame Lapluie m'accompagnera jusque vers les 13h. Les chemins sur le plateau sont admirablement bien glaiseux et vous invitent au jeu du splatch-boum-radada car il n'y a que la couche superficielle qui est imbibée d'eau, un peu plus en profondeur c'est encore durci ou gros-caillouteux-ovoïdes-bien lisses et l'effet de votre poids va faire que les fines particules d'argile de l'ordre du micron et les molécules d'eau vont instantanément se transformer en boue liquide et riper à la moindre petite pente: l'effet solifluxion. Pour parer il faut marcher sur les parties herbeuses, mais quelquefois il arrive de drôles d'aventures à l'herbe aussi...

Herbe bien glyphosatée! Eglise de Vailly sur Aisne.

La même glaise, la même herbe ont subi la mitraille et les bombardements qui ont décimé la jeunesse ultramarine et européenne.

Nous sommes bien sur le Chemin des Dames où l'offensive Nivelle a laissé libre court à la "Grande Faucheuse". Ce que sur les panneaux explicatifs ils appellent "la mort de masse" (je n'ai jamais vu une masse mourir, d'habitude elle est le plus souvent inerte, bien sûr il existe bien une masse de gens, les manifestants font masse, mais de là à mourir !). Voyez plutôt la " masse de morts" car les morts sont inertes, entassés dans les trous d'obus, accrochés par les barbelés, la masse inerte des croix dans une nécropole...

Nécropole nationale de Cerny en Laonnois sur le Chemin des Dames.

Puis j'entre en Forêt domaniale de Vauclair et n'en ressortira qu'en voiture... C'est l'anecdote du jour, le miracle, la "Providence" qui frappe, la baraka... V'là t'y pas que le tracé du GR12 est modifié par rapport à ma carte, il me lance dans le chemin du roi, je suis ce nouveau tracé. Je marche à bon pas et vois deux signes puis plus rien, la logique veut que s'il n'y a rien de signalé c'est que le tracé va tout droit, il y aura un signe plus loin, toujours plus loin... Au bout d'un bon kilomètre je commence à douter. Il y a certainement quelque chose que j'ai manqué... Puis je vois un marcheur qui me suit d'un bon pas, je décide de l'attendre pour lui demander quelque éclaircissement sur le chemin. Nous nous saluons et à mes demandes auxquelles il ne comprend rien, car il ne connait ni d'Ève ni d'Adam le GR12 et ses signes, il me dit aussi qu'à Amifontaine il n'y a aucune gare !!!! Ma carte doit être trop ancienne, ou l'IGN n'a pas mis à jour ses cartes visibles sur le Géoportail... Toujours est-il que ce monsieur a une voiture et s'engage à m'amener à la gare de St Erme, la gare qui est juste avant celle d'Amifontaine sur ma carte. Il était chauffeur de camion et a fait l'international, il est maintenant à la retraite et s'oblige à marcher tous les jours. Il ne s'arrête pas de parler, de sa nouvelle voiture Citroën (celle dans la pub où trois jeunes femmes ont la même voiture avec des couleurs différentes sur les rétros...), des bûcheronnages excessifs, des politiques LR qui tiennent la ville de Reims, des Socialistes pour qui il ne votera plus jamais, de sa petite retraite qui soit disant devrait augmenter,... Je lui verse mon petit couplet sur Mélenchon...et il écoute sans rien dire. Mais nous voici arrivés à la gare, il y a un train pour Reims à 17h27. Me voilà sauvé! Je lui serre fortement la main et l'embrasserait presque, tapotements sur l'épaule. Je ne le connais pas, il ne me connait non plus, ce fut un acte gratuit de sa part. Rencontres innéfables !

A la gare, aucun guichet ni distributeur automatique de billets ! Dans le train aucun contrôleur ! J'ai parcouru tout le train... Me voici à Reims pour un repos de 4 jours après 255 kilomètres de marche, environ 1/8 de la route vers Prague.

Ma chambre au CIS de Champagne qui fait aussi Auberge de Jeunesse.

Dimanche 7/04/2019. Comme je n'ai rien trouvé pour me loger sur le chemin, je marche mes étapes et profite des autocars aisnois et des bus de l'agglomération soisonnaise pour rejoindre Soissons où je loge à l'hôtel 1ère Classe, qui est certes le moins cher de l'agglomération mais assez excentré. Mais à Soissons le dimanche est jour de repos pour tout le monde et les chauffeurs de bus y ont droit , donc pour visiter Soissons c'est comme si j'avais marché une toute petite étape de 13kms, tu parles d'un repos! Il faudra donc que je me repose de mon repos! N'empêche que la ville ne manque pas de cachet et je vais vous le montrer tout à l'heure !

Tout d'abord la cathédrale St Gervais et St Protais, tous deux martyrs de la cause chrétienne, qui eurent le chef tranché pour ne pas avoir voulu adorer des idoles. Je me vois bien être étêté pour ne pas avoir voulu adorer l'idole des jeunes!

Cathédrale St Gervais et St Protais. Photo de droite, la même en 1919.

Pendant la 1ère guerre mondiale, les allemands étaient arrivés jusqu'aux quartiers de Soissons du côté nord de l'Aisne, la ville en a souffert comme vous pouvez le constater sur la photo suivante.

La rue de l'Hôtel Dieu avant 1914 et en 1919..

Mais les français sont industrieux et entêtés à vivre, ils reconstruisent assez vite et quelquefois en mieux?!

La rue de l'Hôtel Dieu n'a pas été reconstituée mais remplacée par la place Marquigny, arborée et pourvue de plates bandes.

Et la cathédrale a bien été reconstituée avec les restes des bombardements et des pierres encore présentes sur le site de St Jean des Vignes.

Les tours de l'abbatiale de St Jean des Vignes.

L'Abbaye de St Jean des Vignes a été fondée à la fin du XIème siècle (style roman) et transformée au XIIIème en un vaste ensemble de style gothique.

Louis Barbaran, plan de la Célèbre et Royale abbaye de Saint-Jean-des-Vignes de Soissons, 1637. Musée municipal de Soissons.

L'Abbaye ne résiste pas à l'assaut des Huguenots en 1567. Elle est pillée et perd tout son mobilier, ses ustensiles et vêtements liturgiques ainsi que tous ses livres. La gravure du chanoine Barbaran ci-dessus présente l'abbaye restaurée, un siècle plus tard. En 1790, les chanoines réguliers Joannistes sont chassés et l'abbaye est transformée en casernement. En 1805, l'évêque de Soissons reçoit l'autorisation d'affecter aux travaux de réparation de la cathédrale, le produit de la vente des matériaux de l'église abbatiale. Cette dernière est démantelée de 1805 à 1825. Mais les voix sont nombreuses, dont celle de Victor Hugo, à s'élever pour la sauvegarde de la façade et les premières mesures de protection au titre des monuments historiques sont prises en 1875.

La belle salle du réfectoire.

L'aile contenant le réfectoire, le cellier qui est en-dessous du premier et une petite partie du cloître sont conservés.

Une partie du cloître conservéé et le cellier.

L'armée a, en fin de compte, occupé les bâtiments jusqu'en 1950, année où elle les a cédés sauf l'arsenal qu'elle gardera jusqu'à 1994.

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Lors de ma 14ème étape, le 10 avril, dans la forêt domaniale de Vauclair, je vous narre le miracle d'une rencontre éphémère avec cet homme prolixe qui m'amène à la gare de St Erme. Eh! Ben! Je m'étions ben trompé de chemin! En effet je me suis lancé sur le GR145 qui est nouveau, c'est le tracé de la Via Francigena qu'aurait empruntée en 990 Sigéric, archevêque de Canterbury, pour se rendre à Rome et y recevoir le symbole de son investiture, le "pallium", du pape Jean XV. Sur le chemin du retour, il rédige un journal de voyage qui recense les 79 étapes qui lui furent nécessaires pour effectuer ce périple de près de 2000 kms. Sur ma carte, il ne figure pas, trop ancienne, comme moi!

Donc, l'étape forêt de Vauclair - Amifontaine, d'à peu près 19kms, je l'ai faite en voiture car autour de la dite forêt je n'ai trouvé aucun hébergement à portée de ma bourse. Le seul hébergement ayant existé encore l'an passé, la ferme St Antoine à Neuville sur Ailette, a fermé pour cause de retraite bien méritée du couple d'agriculteurs. Lundi 15/04, je prends le train pour rejoindre la gare d'Amifontaine où passe le GR12.

REIMS

Quand nous parlons de Reims nous pensons le plus souvent à sa cathédrale ou ont été sacrés la plupart des rois de France, soit par l'archevêque de Reims soit par l'évêque de Soissons ou même celui de Sens. Qu'elle est belle cette cathédrale, elle invite au recueillement. Mais peu nombreux sont ceux qui s'asseyent et se laisse pénétrer par la beauté du lieu, beaucoup sont des consommateurs d'images... Je le suis aussi un peu...

Notre Dame de Reims, cathédrale.

Sa statuaire et ses vitraux. L'ange au doux visage qui sourit à la vierge est caché car la partie centrale de la façade est en réfection.

Portail latéral gauche de la façade, à droite de l'entrée.

Sur la partie à gauche de l'entrée, nous pouvons voir un ange souriant, la première statue à droite.

Portail latéral droit, à droite de l'entrée.

Certaines statues, fragilisées par les affres du temps et de la bêtise humaine, je pense aux Allemands qui se sont évertués à bombarder ce joyau de l'architecture gothique pendant la grande guerre, donc certaines statues ont besoin de soutien physique.

Portail latéral droit, à droite de l'entrée.

Les vitraux!!! Lumière et couleurs appellent à une extase joyeuse.

Admirez cette immense rosace de la nef et celle non moins belle du portail principal.

Vous remarquerez que les écoinçons sont ajourés et pourvus de vitraux. La cathédrale a bénéficié de l'art de vitriers contemporains comme le peintre français Marc Chagall où l'artiste verrier allemand Immi Knoebel.

La vie du Christ par Marc Chagall, abside centrale du déambulatoire.

Les deux absides latérales sont vitrées par Immi Knoebel.

Abside latérale gauche vitrée par Immi Knoebel.

Il y a même le champagne qui est glorifié dans cette cathédrale. Il faut absolument aller voir ce triptyque de vitraux consacré à cet art de la champagnisation, partie sud du transept.

Transept sud, triptyque consacré au champagne. Remarquez l'écoinçon supérieur de la rose qui est ajouré-vitré.

Mais Reims a d'autres attraits. Le stade Auguste Delaune qui est flambant neuf, il nous rappelle l'équipe de football mythique des années 50-60 avec ses Just Fontaine, Raymond Kopa, Roger Piantoni et autres.

La Basilique St Rémi qui est en fait une église abbatiale : le cloître est aujourd'hui le musée de l'histoire archéologique de Reims depuis la préhistoire jusqu'à la Gaule gallo-romaine (Durocorturum).

Fers à cheval et chaussons métalliques pour chevaux.

La Basilique est un beau bâtiment bien éclairé par ses vitraux.

Basilique St Rémi.

Voici quelques photos de l'intérieur de cette abbatiale.

La nef de la Basilique St Rémi.

Vous remarquerez l'éclairage des croisées d'ogive qui s'opère par la percée de petites rosaces vitrées juste au-dessus des fenêtres supérieures de la nef. Elles ne sont pas visibles sur la photo.

De forts beaux vitraux!

Après l'abbatiale St Rémi, le musée des Beaux-Arts de Reims, situé rue Chanzy proche de la cathédrale, recèle de beaux portraits des Cranach père et fils, mais il ne sont pas visibles tout le temps car ce sont des tableaux au pastel et sont très fragiles m'ont dit les gardiens du musée. Donc ma sœur a eu une sacrée chance de les avoir vus! Mais il y a d'autres tableaux intéressants...

Ce serait Rabelais peint par...?

Et encore pour les "chatonsphiles"!

Que de chats!

Et quelques sculptures dont une tête de jeune alsacienne en marbre blanc par Rodin que je n'ai pas réussi à photographier et une tête de jeune homme en bronze de Camille Claudel.

Oeuvre de Camille Claudel, bronze.
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Lundi 15/04/2019. Petit déjeuner dès potron-minet, 5h30.

Petite cafétéria du CIS de Champagne. Soupe et pain-beurre.

Train pour Amifontaine à 7h10.



Non, c'est pas une draisienne qui va nous emmener !

Et alors Zorro est passé par là!!!

Non! Nous n'allons quand même pas monter dans le tander de la loco de la Générale!

Le soleil se lève à peine, le train pour Laon part à l'heure, arrivée à Amifontaine 8h15. Un beau bureau de postes à l'ancienne ! La journée commence dans le froid glacial de l'ordre de -5°, avec un vent qui ne vous lâche pas et c'est le plateau, sans le moindre petit côteau pour en être à l'abri.

Vue sur Amifontaine et sa poste-télégraphe-téléphone-caisse d'épargne. Dernières photos jusqu'en fin d'après midi.

Je suis resté calfeutré dans mon blouson presque toute la matinée, me suis retenu jusqu'à trouver une petite haie pour assouvir un petit besoin, cela vaporise fort, une vraie tour de refroidissement pour centrale nucléaire ! Ne sommes nous pas constitués de "nuclei" (noyaux)!

Mes rencontres sont un couple de perdrix, cinq lièvres, deux chevreuils qui ont attendu que je sois à quelques trente mètres pour prendre la poudre d'escampette, un autre qui dormait dans les hautes herbes et qui a bondi à 5 mètres de moi, un troupeau immense d'une bonne centaine d'éoliennes qui prennent plaisir à brasser l'air de leurs pales énormes, elles font comme un bruit de ressac et n'empêchent pas les quelques oiseaux qui trouvent à s'abriter de s'égosiller à appeler les oisettes.

Une petite partie du parc éolien autour de Bagnone dans le département des Ardennes.

Après 31 kms de parcours en chemins, je finis par 6 kms de route pour rejoindre le gîte à Château-Porcien. Un pélerin est déjà installé, il s'appelle Ben (Benjamin), il est belge de Gand et a commencé à marcher le 4/04.

Ben, pélerin vers Santiago, parti de Gand.

A 18h45 je me suis installé au bar-restaurant pour prendre mon repas et c'est l'évènement désastreux de l'incendie de Notre Dame que Madame la restauratrice vient nous annoncer, le bar est plein de consommateurs qui sont tous invités à voir les images délivrées par la chaîne BFMTV. La cuisine est alors plus remplie que les verres de ces messieurs.

Les conversations vont bon train autour du zinc, autour du désastre et autour du président qui va encore se servir de l'événement comme raison de restrictions budgétaires... Il n'est vraiment pas beaucoup apprécié le MDB !

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Dès 7 h, je passe à la boulangerie-pâtisserie du village et y achète un sandwich jambon-beurre-emmenthal, une ficelle et un croissant, et un pain au chocolat ! Oh le gourmand ! Non, l'appétit d'ogre !!! Car j'ai tout avalé sauf le sandwich qui est pour le pique-nique. J'ai donc petit déjeuner dans le restaurant-bar où tout les hommes entrant boire un café sont venus me serrer la main! La seule femme ayant pris la même boisson a serré la paluche à tous les hommes présents sauf à moi! Elle doit être chef d'entreprise, car au moins deux des hommes présents sont ses employés. Cela peut être très intéressant de faire de la sociologie de comptoir ! Je retourne au gîte pour boucler mon baluchon et ramène un pain au chocolat pour Ben qui est prêt à partir, il en est tout ému !

Laisser le gîte propre et prendre la route. Rencontres : les mêmes éoliennes, un lièvre que j'ai pu observer en haut d'une côte pendant quelques trois minutes (mais il ne faut pas bouger, donc pas de photo), deux paires de pélerines cheminant dans le sens Compostelle et parlant français, un pélerin néerlandais avec la coquille St Jacques accrochée au sac à dos.

Sur le côteau après Château Porcien, mesdames les éoliennes ahannent avec plaisir.

Nous sommes bien sur le chemin des néerlandais pour Compostelle. Encore un 650, ici c'est le 654 qui vient de Liège.

Aujourd'hui beaucoup de chemins herbeux!

Avec des admiratrices! Moqueuses?

"Chouette, un pélerin", et elles accourent pour le voir de plus près.

Et nous voici arrivés à Wasigny (prononcez woua!) qui est pourvue d'une association ADMR.

L'ADMR dans cette commune, panneau de gauche.

Et d'une Halle datant du XVéme siècle.

Remarquez la façade en colombage et torchis.

Si mon étape s'arrête à Wasigny, je n'y trouve pas à me loger! Mon hébergement est à Grandchamps, à 3,5 kms par la route. Mes hébergeurs, Christelle et Joseph m'ont demandé de ne pas venir avant 17h, et il est 14h à mon arrivée à la halle. Il n'y a, bien sûr, aucun café ou bar, une boulangerie fermée oui! Pour ne pas prendre froid, je décide de marcher ces kilomètres et d'arriver en avance quitte à me faire reprendre quelque peu... Il faut dire que mes hébergeurs de "La ferme quatre mains" m'avait proposé de venir me chercher à Wasigny. Tout guilleret je me pointe à sonner la cloche et entend une voix qui maugrée, une personne m'ouvre, ce doit être Christelle. Elle me dit qu'elle avait pourtant dit que...! Je fais le désolé et me confonds en excuses. Je suis invité à entrer, puis à prendre un thé ! Et Christelle reste avec moi et me fait la conversation, me montre les commodités puis ma chambre. Je suis dans la place!!

Très bon repas et bonne nuit!

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Bonne nuit de sommeil, ma montre connectée me dit que j'ai dormi pendant 8h40 dont 6h de sommeil profond. Depuis mon départ je n'ai jamais dormi autant.

Petit déjeuner, œuf mollet, fromage, pain genre pain noir allemand, beurre-margarine, et confitures maison, et conversation jusqu'à 10h... C'est une petite étape, 17kms annoncés.

Je démarre à 10h28.

Le département des Ardennes met en place une signalisation caractéristique.

Chez Christelle et Jos, j'ai consulté le "Géoportail" de l'IGN pour me rassurer sur mon chemin. Il y a des différences d'avec mes cartes, le GR 12 est remplacé par le sigle GR E3 mais c'est le même parcours. A l'IGN, ils ont dû faire ça exprès pour mon passage ! Et l'Euromarcheur tu te prends pour un "Jupiter" ou quoi? Sache que la place est déjà prise par un certain Jumanu!

Le village de Lalobe en contrebas de 100m, les premières vraies montées !

En sous-bois le chemin devient gras, très gras même, je sautille de touffe d'herbe en touffe d'herbe. J'ai failli glisser une fois, mais la chance a joué et gagné... Même les énormes tracteurs de débardage ont du mal!

Tracteur de gauche pour tirer un seul tronc, l'autre pour transporter plusieurs petits.troncs.

Après une étape de 14,5kms, la plus courte du périple je pense, j'arrive à Signy-l'Abbaye vers les 13h15, je repère mon hébergement, le bar-restaurant Le Gibergeon qui fait Hôtel.

Malheureusement, il ne rouvre qu'à 17h. Alors?

La médiathèque m'ouvre ses portes avec un accueuil vraiment sympa, je peux m'enquérir de mes prochains hébergements et comme j'ai du temps je peux commencer à rédiger mon texte pour aujourd'hui, attablé dans un espace de livres et de lumières...

A 17h, je descends au Gibergeon et m'attable à nouveau pour d'autres lumières... en attendant le repas.

Pas de pub, de la géographie !

Et elle est bonne cette bière ambrée titrant 6,5°!

A demain, pour d'autres aventures !

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Jeudi 18 avril 2019. Petit déjeuner à 7h15. Patricia, la patronne de l'hôtel-restaurant, vient me faire traduire un message email de pélerins qui sont passés par booking.com et qui ont payé bien plus qu'elle ne demande. Elle me dit que booking.com doit prendre au bas mot 15°/° de commission !

Signy-l'Abbaye est une commune de 1300 habitants, vivante au possible. Le bâtiment de la Médiathèque dont je vous ai montré la photo dans l'étape précédente, ce bâtiment regroupe une assez importante bibliothèque pour tous les âges, la possibilité de travailler sur ordinateur mis à disposition, les services des allocations familiales, et autres services... chapeau la municipalité !

Mais Signy-l'Abbaye n'a plus d'abbaye depuis la Révolution, 1791 plus exactement , l'abbaye cistercienne ,qui fabriquait cette bonne bière depuis 1135, a été vendue comme bien national et démantelée. Ce n'est que très récemment que la bière a été de nouveau produite avec la même recette que les moines, mais fabriquée en Belgique...

Mairie et halle de Signy-l'Abbaye.

Des chemins en sous-bois...

Chemin parmi les aulnes.

Dans cette aulnaie, le vent transporte les peluchages des aulnes, comme une neige!

De nombreuses peluches fines et quelques plus grosses au centre de la photo.

Des fondrières aussi, comme en un chemin creux !

Fondrière.

Il faut savoir jouer de sa légèreté pour se glisser sur les bords pas trop larges et regarder le déroulé du chemin pour ne pas écraser les éventuels co-voyageurs.

Ce n'est pas un bousier, plutôt un mangeur de bois, du moins sa larve !

Et nous arrivons à Remilly-les-pothées avec sa petite église fortifiée et son cimetière laïc où l'entrée est marquée d'un beau "Égalité - Fraternité", il est vrai que dans un cercueil, entouré de petits vers bien sympathiques le défunt ne peut plus guère exercer sa liberté, ni de penser, ni d'aller et venir, encore moins enfermé dans une urne funéraire ! N'empêche, quel joli lieu, un peu comme le cimetière de Sète !

Remilly-les-pothées, un des cimetières !

Et nous voici arrivés à Rimogne!

Rimogne en vue.

Rimogne c'est un des pays de l'ardoise. Elle était extraite dans des galeries creusées sous le sol, des puits de mines y conduisaient. Le dernier ayant fonctionné a laissé son chevalet.

Et je loge ce soir au "Logis des Verdous", chambres d'hôtes. Les verdous sont les crassiers de chutes d'ardoises, des collines de débris d'ardoise! Après une étape de 31kms, une bonne douche et comme je suis arrivé tôt, un bon sommeil avant repas! Mais la quête d'un repas me réserve une surprise ; je vais à l'endroit que mes logeurs m'ont indiqué et je tombe sur une tripotée de piliers de bar déjà bien abreuvés qui se gaussent de moi quand je demande si je peux manger et que le patron, qui a du mal avec cette engeance, me dit qu'il ne fera restaurant qu'en début mai. Il vend par contre des pizzas à réchauffer, des spécialités de pain, quelques gâteaux... j'achète une pizza, un feuilleté à la crème et une bouteille de 50cl d'un bon Bordeaux. Et me voici attablé avec mes logeurs qui mange léger, moi avec mon énorme pizza que je dévore en entier, ma bouteille de vin que je bois en entier et mon dessert. C'est assez cocasse, mais bon! Le coût de la chambre avec le petit déjeuner n'est que de 37€, ce qui n'est pas excessif.

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Vendredi 19 avril 2019. Après avoir bien petit déjeuner avec les Loiselet (mes logeurs) je commence à marcher à 8h26 et quitte aujourd'hui le GR12 pour suivre le GR16 qui est le chemin Ardennes - Eifel.

J'entre assez rapidement en forêt ardennaise, le royaume du cochon de forêt appelé sanglier. Ses farfouillements dans la terre des chemins sont visibles et quelquefois ses grognements se font entendre. Tout près du chemin, je n'en mène pas large et essaie de faire le moins de bruit possible...

Un peu plus loin, la roche en place se montre dans une saignée, oui c'est bien du shiste ardoisier !

Vous voyez bien en haut à droite le pendage des couches schisteuses.

Nous longeons ensuite, le GR et moi, le lac des Vieilles Forges sur près de 8 kilomètres. De nombreux pécheurs campent sur cette rive et font montre d'un attirail assez important (jusqu'à 3 batteries de 4 cannes chacune par pécheur, des canots pourvus de moteur, épuisettes énormes, tente couleur militaire, etc...

Quand il n'y a pas d'arbres, ni de roche en place pour peindre les signes du GR (bande blanche sur bande rouge), les clubs peuvent faire des moulages ciment ainsi que sur la photo suivante.

En suivant ce brave GR 16-12C, j'arrive à la Meuse et ses méandres.

Vous voyez Monthermé tout au fond de la photo sur la gauche.

Tel un des fils Aymon, je rends grâce pour avoir parcouru à nouveau 30 kms. Et je ne suis pas encore arrivé pour autant !

Il me faut donc encore rejoindre Monthermé, je choisis la voie la plus facile, celle sur berge, l'ancien chemin de halage. On y rencontre de jolie dame, Madame Bernache par exemple !

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Samedi 20 avril 2019. Petit déjeuner à 8h à l'hôtel "Le Franco Belge" c'est un buffet et il y a du fromage pour le randonneur, Emmenthal et Cœur de Lion ! Plein à bloc le petit bonhomme !

Départ pour la marche à 9h et à la sortie de la ville, je retrouve la forêt ardennaise avec les mêmes tourbières en formation, comme dans les Vosges. Un souvenir du périple E5, pointe du Raz - Venise en 2015, mon passage dans les Vosges au col du Mont de Fourche chez Jacob; j'y ai déclanché une vocation de marcheur, Jacob est parti avec son chien suivre le GR 7 , Ballon d'Alsace - Andorre. Un sacré diable d'homme mon ami Jacob!

Jacob en route sur le GR de la ligne de partage des eaux. L'arrivée dans la neige en novembre.

J'en oublie les tourbières en formation !

Donc zone de concentration d'eau avec accumulation de mousses diverses = tourbières en formation.

La roche en place apparaît sous forme de blocs rocheux restés en superstructure car plus résistants que d'autres roches recouvrantes comme les schistes... Bon je ne vais quand même pas donner un cours de géomorphologie !

Et sur ces rochers bien chauds au soleil, se bronzent un groupe de jeunes hommes en randonnée . Des randonneurs bien sympathiques avec qui j'échange un peu!

Un groupe de jeunes bien sympathiques au Roc de la Tour.

Les chemins empruntés par mon compagnon le GR sont souvent en surplomb avec des vides vertigineux où il ne ferait pas bon de tomber.

Chemin en surplomb avec un endroit dangereux localisé par de la rubalise.

Intermède : tous les jours, depuis qu'il fait beau et chaud, je suis suivi par des "fremen" qui en veulent à mon humidité (allusion à ceux du désert de Dune), traduisez par des moucherons qui ne me lâchent pas et volettent devant ma bouche et mon nez, certains arrivent à se glisser sous les lunettes... Je tiens mon chapeau à la main pour les chasser ou s'il y a trop de soleil je les chassent avec la paume ouverte. Peut-être que mon odeur doucereuse de transpiration les attire ! Les fremen des vaches sont les mouches, ceux des hommes que des moucherons, nous voilà remis à notre place!

A Naux, je traverse la Semois où vivent de nombreux cygnes tuberculés. J'en ai dénombré pas moins de 14, rien qu'autour de la passerelle.

La Semois à Naux.

Il est sur le coup de midi et je m'arrête pique-niquer de mon pain-saucisson-pomme-eau habituel. Un couple s'approche et me demande si un groupe de randonneurs peut pique-niquer avec moi, j'en suis tout à fait content. Nous entamons la discussion ; c'est un groupe de rando qui loue un gîte tous les ans pour randonner autour, ils sont du département de la Moselle et habitent tous autour de Thionville. Cela fait une belle assemblée, ils sont bien sympathiques mais il n'ont pas partagé le vin dont les bouteilles ont la forme caractéristique de vins d'Alsace ou de Moselle. Bon, ils n'y étaient pas obligés, mais quand même !

Pique-niqueurs mosellans à Naux.

J'ai préféré l'assemblée des muguets qui préparent la fête du 1er mai.

Assemblée des muguets.

Après avoir écouté attentivement les parlementations silencieuses des muguets, nous avons cheminé une bonne dizaine de kilomètres et nous voilà tous trois, le GR, mon corps et moi, arrivés à Bohan, en Belgique. Ce fut une étape de 28kms, avec les premiers vrais reliefs, des montées de bien deux fois le Haut Fourché (110m de dénivelé) pour ceux qui connaissent. Mais à Bohan, je n'ai aucun logement de prévu et réservé ; je vois un hôtel qui n'affiche pas complet, m'y précipite et la baraka ! la patronne dit qu'elle a encore une chambre, qu'elle est toute encombrée, qu'elle va demander à son mari... j'attends près à repartir, elle revient, c'est d'accord, elle me demande de m'asseoir, ils vont préparer la chambre, je pose mes sacs et déchausse, mets mes tongs...la baraka mon corps! Mr GR dormira sur le chemin, comme d'hab. La chambre avec baignoire et commodités, et petit déjeuner pour 50€, moins cher que beaucoup de chambres d'hôtes ! Bonne nuit après un 50cl de bière, une assiette kébab chez les Kurdes du coin avec dame blanche. J'ai certainement dû rêver de bains naïadés dans cette Semois que je côtoie journellement !

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Dimanche de Pâques, 21 avril 2019. Petit déjeuner croissant et deux pistolets (petit pain rond) avec jambon cru, fromage, deux petites confitures et un Nutella à l'huile de palme (beurk!).

Départ 9h pour une journée de montagne, pas moins 11 bonnes montées où j'adopte le "Tiens, voilà du boudin, voilà du boudin, tout frais, tout chaud" de la Légion, démarche lente, toujours au même rythme, inspiration - expiration selon le pas, sans s'arrêter jusqu'en haut. Même au bout de la journée de 30kms, la dernière longue montée vers Rochehaut, et oui Rochehaut n'est pas dans la vallée...la Légion monte au même pas! Naturellement, quand le dénivelé est par trop raide, je stoppe et laisse le pouls redescendre, je bois un peu pour ne pas assècher les tendons...

Et les descentes alors? Celles que beaucoup trouvent casse-pattes car ils restent raides dans leur appréhension. Je les descends en sautillant si ce n'est en courant. Je ne me vante pas, je veux juste rassurer ceux qui s'inquiètent de ma santé. Je les en remercie, je vais au mieux et je fais attention, surtout en fin de journée quand la fatigue est là. Mais le réconfort aussi...

Je suis bien sur le E3 et la Semois est toujours à m'accompagner.

Les chemins sont beaux et sinueux, attention aux glissades quand il y a accumulation de feuilles sèches, et tout schuss!

La Semois est un lieu de villégiature en continu jusqu'à Bouillon, campings-caravanings, canoës et kayaks la parcourent, surtout dans le sens du courant.

Kayak dans le sens du GR, camping - caravaning dans tous les sens.

Et comme la plupart des grands-randonneurs ont quelque chose du philosophe - poète...

Admirez donc ces scolopendres!

Fougères scolopendres dans une érablaie !

La vallée de la Semois est aussi le pays du tabac, celui que je fumais à la pipe lors de mon année à Chanly - Wellin pas loin de Han sur Lesse et Namur.

Après la dernière montée, le réconfort !!!

Le beau méandre sous Rochehaut.

Le réconfort vous ai-je dit..

Pas de carafe, eau bouteille et Ciney brune!

Intermède Mr Albert: arrivé à Rochehaut je m'attable à une terrasse, commande un thé vert que je sirote avec délectation, redemande de l'eau chaude par trois fois. Que c'est désaltérant, ce liquide chaud qui descend dans nos intérieurs, il atteindrait presque l'âme ! Mais il faut que je parte en quête d'un lit! Je suis le GR pour aller vers la route de l'Orchidée qui fait chambre d'hôtes. Je rentre dans une boutique de souvenirs et demande mon chemin, Madame veut m'expliquer mais Mr Albert intervient et m'emmène pour m'indiquer la route à suivre. Je lui explique mon problème, il écoute sans trop rien dire. J'arrive seul à l'Orchidée, choux blanc!

Je retourne vers le village déterminé à dormir sur un banc! Mais voilà que Mr Albert qui a récupéré sa voiture m'interpelle et s'enquiert de la réponse de la dame de l'Orchidée, voyant mon désarroi, il me demande d'attendre qu'il puisse garer sa voiture et m'accompagne à nouveau vers une demeure dont le couple louait des chambres! Miracle à nouveau, une chambre est disponible moyennant la somme de 50€ sans petit déjeuner. Je prends sans demander mon reste ! Je sers la paluche à Mr Albert et le remercie chaleureusement ! Lavage des chaussettes, du slip et douche bienfaisante, puis sortie repas avec Ciney brune.

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Lundi de Pâques, 22 avril 2019.

Petit déjeuner à la boulangerie - pâtisserie Pomd'ami, un thé noir, deux pistolets beurré et un pain aux raisins garni de sucre glace. Je suis arrivé vers 7h45, seul attablé dans le salon de thé, à partir de 8h la queue se fait importante et j'ai bien du mal à redemander de l'eau chaude. Puis j'écris mes textes pour mon carnet de route. A 9h30 je remonte dans ma chambre me brosser les dents, puis pars vers Bouillon, une relative petite étape de 16kms rythmée par les effluves de l'ail des ours !

Ail des ours avec des boutons prêts à éclore à droite.

Vous pouvez cueillir de belles feuilles, cela vous rafraîchira et éloignera toutes les sorcières à traîner par là!

Le tombeau du géant à admirer, un méandre...

Avec explications que vous n'arriverez pas à lire...

Le tombeau du géant un méandre protégé.

Et le réchauffement climatique fait que l'ail des ours se presse à fleurir !

Les petites fleurs blanches sont celles de l'ail des ours, les fleurs jaunes sont de l'ortie jaune (lamier jaune en fait).

Intermède de la sœur tourière : je m'arrête à l'Abbaye de Cordemois, qui est en fait l'Abbaye de Clairefontaine où une vingtaine de moniales cisterciennes trappistines de stricte observance sont cloîtrées. La sœur tourière est celle qui est chargée de l'accueil du public, elle m'accueille donc et me demande d'où je viens et où je vais, épatée, elle tamponne ma crédenciale et se précipite dans sa loge pour m'offrir une banane, une clémentine et deux parts de camembert Président (elle doit se faire des provisions dans sa loge?!). Je vais me recueillir quelques instants dans la chapelle à laquelle j'accède par un beau couloir bien éclairé.

Couloir d'accès à la chapelle des trappistines de ND de Clairefontaine.

Encore un petit raidillon et une bonne descente et nous voici arrivés à Bouillon dont le château de souvient encore des adieux déchirants lors du départ de Godefroy pour la 1ère Croisade. Ce soir et demain soir je couche à l'Auberge de Jeunesse de Bouillon m'offrant ainsi un jour de repos...

Le méandre qui enserre la vieille ville de Bouillon.
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Publié le 23 avril 2019

Lundi de Pâques, 22/04/2019.

Un jour de repos est occupé par la lessive. A l'Auberge de Jeunesse, il n'y a pas de lave-linge ni de sèche-linge à disposition, donc lessive à la main avec mon savon de Marseille à l'huile d'olive dans un lavabo sans bouchon. Un bout de pelure de mandarine, celle de la sœur tourière, a fait l'affaire. De plus mon linge a pris une bonne odeur d'agrumes. Pour le sèchage ça a été coton, il a fallu que je reste auprès de mon linge comme Brassens auprès de son arbre, pour surveiller que cela n'inonde pas en s'égouttant... Pique-nique dans mon dortoir où je suis tout seul (saucisson 2 tranches, fruits secs et la banane de la sœur tourière). Petit roupillon et visite de la ville...

Vue sur le château de Godefroid qui a été transformé en forteresse du temps de Vauban.

Ici ce n'est pas le Tombeau du Géant que renferme le méandre, c'en est le Château !

Qui a deux pont-levis qui ne se lèvent plus, ils ont dépassé l'âge de la retraite...

Un brave jeune guerrier garde le premier, avec son arbalète...tendue mais il me semble qu'il aie oublié d'y mettre un carreau !

Je finis ma visite en reconnaissant mon parcours de demain matin. Je vais partir vers les 8h car il y aura quelques kilomètres... jusqu'à mon prochain gîte !

Je dîne en compagnie d'une bruyante et néanmoins agréable jeunesse, sortie scolaire de CP-CE1. Avant de me coucher je contemple le méandre, comme un immense navire dans la nuit.

Le méandre de Bouillon.
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Mercredi 24/04/2019. Départ vers les 8h, après avoir encore goûté de cette bonne pâte à tartiner au spéculoos et de ce sirop de Liège avec seulement 35% de sucre ajouté qui est comme une pâte de fruit gélatineux-liquide. Et sur le chemin où la Semois veille sur le randonneur...

D'autres trésors réjouissent la vue plutôt que le palais...

Fleurs blanches Oxalis avec ses feuilles en forme de trèfle, trilobée en coeur.

Oxalis, à ne pas confondre avec les anémones sylvie que voici.

Anémones sylvie blanches aux feuilles caractéristiques.

Dans les villages, ici à Dohan, il se trouve encore des anciens hangars séchoirs à tabac.

Et tout à côté de belles vaches belges pour la viande je présume. Regardez leurs cuisses fort en chair !

Aujourd'hui, notre compagnon de route le GR nous a trompés, mon corps et moi! Il y avait une possibilité de suivre une variante, je n'ai pas engagé mon corps dans cette dernière, et v'là t'y pas que nous passons par Dohan. Je repère une petite gargote et demande une Jupiler pression et si je peux manger mon pique-nique habituel ! Assentiment ! J'ai déjà marché une bonne quinzaine de kilomètres, le repos de midi est le bienvenu.

Sur les coups de 13h je reprends mon GR où je l'ai laissé, le tracé n'est pas sur ma carte papier, mais comme je remonte le courant de cette brave Semois, je suis sur le bon chemin, les signes GR16 - E3 sont là... Au bout d'une heure de marche environ je rentre dans une agglomération et que croyez-vous que c'est comme village?? Dohan à nouveau, j'aperçois de loin "Chez Laurette"! Ce damné GR de... nous promène autour d'un beau méandre pour juste nous faire marcher... Nous en sommes à 21 kms! Je peste, maugrée, m'injurie de tous les noms! Reprendre le scrongneugneu de GR me fera suivre des méandres supplémentaires... J'ai vu sur la route près du pont enjambant la rivière qu'Herbeumont est à 13 kms, je décide de prendre cette direction, il est autour de 15h!

Et bien, je les ai marché ces 13 kms et sous la pluie encore, quand je suis arrivé aux Hespérides, chez Nelly Henrion ma logeuse du soir, je dégouline de partout... Enfin je suis arrivé à bon port ! J'espère que tout va sécher pour demain où la météo ne devrait pas être trop rose non plus!

Madame Henrion, ancienne boulangère en retraite, reçoit des amis pour le dîner et s'occupe de moi pour que je m'installe, me cherche des vieux journaux pour les chaussures, va suspendre ma cape de pluie puis me montre ma chambre. Elle retourne ensuite auprès de ses invités. Je lave les chaussettes, mon tout petit dessous, prend ma douche et ressort pour aller manger en ville à 750m, mais je n'ai que mes tongs et il pleut toujours. Je vais toquer à la porte de la salle à manger et demande à Madame Henrion si elle voulait bien m'amener en ville. Naturellement oui, elle était prête à sortir sa voiture du garage mais son invité a sa voiture garée devant la maison et se propose de me conduire, et de me rechercher à mon coup de téléphone. Me voici donc au seul restaurant d'ouvert, celui nommé "La fille de la boulangère" (c'est la fille de Mme Henrion qui le tient) est fermé. Un bock de Jupiler, une omelette, des frites et une salade font mon bonheur. A mon retour au gîte, ma logeuse m'invite à boire un verre avec ses invités et nous discutons... Mais à 22h le sommeil frappe à ma porte et je monte retrouver Morphée.

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Jeudi 25 avril 2019.

Une étape de 25 kms, avec peu de difficultés, de beaux chemins en bordure de Semois. La roche en place, les schistes toujours , affleure en parois abruptes sur les parties concaves du méandre.

Les schistes de la Semois.

Sur la photo vous pouvez admirer le beau soleil dans les ramures, il est très farceur ce sacré vieux soleil, car comme hier le ciel est à la pluie mais par intermittence... Aujourd'hui j'ai pratiqué le raccourcissement de l'étape comme me le conseillent certains. La boucle du méandre menant aux rochers de Bohanan a été ignorée (6kms de moins). Par contre j'ai suivi le GR sur celle de Florenville 3 kms, croyant que cette ville vaut le coup, mais non, ce sont des kms pour des kms. Sauf pour la boucherie-charcuterie juste au débouché du GR, spécialités charcutières "gaumoise". Nous ne sommes plus en Ardenne mais en Gaume, les maisons ne sont plus en pierre de schiste mais en grès clair... Saucisson gaumois ressemblant à notre rosette de Lyon, pâté gaumois qui est en fait un pâté en croûte, saucisson fumé gaumois... Je n'ai rien pris de tout ça, juste un saucisson sec fermier aux noisettes...

Arrivé à Martué sous la pluie.

Ferme équestre de Martué. Photo prise le lendemain matin sans pluie.

Les propriétaires de la Ferme équestre de Martué sont prêts à partir en ville, ils ont dû me voir de loin! Monsieur arrête son véhicule à mon niveau, ouvre sa vitre et me demande si je suis le pélerin de Compostelle qu'ils attendent, je lui conte en vitesse mon histoire et il sourit, il me dit que sa femme m'attend devant la porte pour me montrer les locaux...

Ildiko m'attend en effet, me montre l'immense gîte, me met le poêle à pellets en route et me dit de faire comme chez moi avec une extrême gentillesse, ils reviennent vers 19h30 et là elle me préparera un repas... Je m'installe, fait mes lavages habituels, ma douche et attend...je n'ai pas la tête à écrire, j'ai froid. C'est le contre-courant de la pluie et de la fatigue. Je m'endors, lové sur le divan en cuir avec une main sur le bas du dos pour le réchauffer... Je dors bien deux heures. Le poêle s'est arrêté, je l'éteins et le redémarre, il se remet à chauffer. Je prépare la table et à 19h45, Ildiko vient me demander combien d'oeufs je veux manger, ce sont des œufs de ses poules. J'en demande 3, "pas de problème, avec des frites ?", oui!, "une salade de tomates ça vous va?", oui merci!, "pas de problème !"... Vingt minutes après elle m'amène un plateau où il y a tout dessus : 3 œufs sur le plat, un grand saladier de frites croquantes à souhait, un ravier de tomates persillées et une crème brûlée fabrication maison. Je lui demande alors de me tamponner ma crédenciale et si elle veut que je la règle ce soir. Elle me dit qu'ils ont décidé de me l'offrir, mais tout abasourdi je n'ai pas compris ce qu'ils m'offrent et je n'ose pas redemander... Miracle, décidément, la baraka me poursuit ! Ils m'avaient pourtant annoncé 35€/nuit pour un pélerin muni d'une crédenciale...? Je prends mon dîner en regardant la télévision, une série policière sur la RTBF 1ère... Je me couche et dort à nouveau profondément.

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Vendredi 26 avril 2019.

Petit déjeuner 8h, et quel petit déjeuner !

Deux tranches de jambon, deux bonnes tranches de fromage hollandais, six petits pains, une maltaise, beurre et trois sortes de confitures maisons ! Hmmm ! Et de la pâte à tartiner à la noisette mais avec de l'huile de palme! Je n'en mangerai donc pas et ne dirai rien à ma logeuse. Ildiko m'a amené aussi de quoi emballer mon sandwich de midi. Et tout cela avec une politesse, une gentillesse !

Quand elle tamponne ma crédenciale je lui demande d'ajouter son nom. C'est ainsi que je sais qu'elle s'appelle Ivanszky Ildiko.

En partant je lui laisse un petit mot lui disant que je n'ai pas compris de quoi elle a voulu me faire cadeau et lui ai laissé 40€ en lui demandant de ne pas s'en offusquer. Je prends la route vers les 9h15 pour une journée de 29 kms. Je longe les nombreux parcs pour les chevaux de la ferme.

Chevaux de la Ferme équestre de Martué.

Après le village La Cuisine, me voici à nouveau à suivre mon cachotier de GR 16 E3.

Nous arrivons au Rocher de l'écureuil, à 340m d'altitude.

Nous allons descendre à 260m, longer la Semois jusqu'à Chiny et obliquer vers le Nord. Bye, bye belle rivière Semois, je ne te reverrai plus! Snif ! Snif ! Je sors d'une forêt, la communale de Florenville, traverse une route pour entrer en forêt communale de Chiny. J'arrive au barrage de la Vierre, propriété d'Electrabel, filiale d'Engie ex GDF-Suez, et quitte le GR16 qui continue sa route pour rejoindre Arlon pour prendre le GR 151 E3 au niveau de Suxy (prononcez Sussy).

Cette journée se termine à Rossignol chez Jacqueline Daloze, chambre d'hôtes A quiet place. Très bon repas du soir, pas trop bonne nuit à cause de la VMC double flux... Au moins je ne suis pas arrivé tout mouillé ! Et j'ai pu écouter de la musique jazz et du classique, tout en dégustant un velouté de carottes, une cuisse de poulet et ses légumes, une assiette de fromages, un dessert aux fraises, crème fouettée et meringue, miam, miam ! Chambre d'hôtes super luxe avec prix en fonction, mais une hôtesse accueillante et ne lésinant pas à discuter, et cuisinière hors pair. Demain est un autre jour!

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Samedi 27 avril 2019.

La plus petite étape depuis Fontainebleau, 14 kms. Petit déjeuner pantagruélique chez Madame Daloze...

Petit déjeuner chez Jacqueline Daloze, A Quiet Place, chambres d'hôtes à Rossignol, Belgique.

Pas moins de 18 choses différentes à manger: - côté sucré, une tranche de pain perdu, petit fromage blanc, céréales en flocons, cinq belles fraises, miel du pays onctueux, confiture maison, sirop de Liège dont je vous ai parlé à Bouillon, - côté salé, assiette de 3 fromages, assiette de charcuterie comprenant une fine tranche de jambon fumé, une rondelle de salami gaumois genre rosette de Lyon, un petit pâté gaumois (pâté en croûte), un œuf dur, 2 sortes de pain, beurre... et j'ai tout mangé tant mon appétit est grand, naturellement je n'ai pas vidé les pots de miel, confiture, sirop de Liège et céréales. Voyant que je n'ai pas touché à la mandarine, Madame Daloze me dit de l'emmener pour mon pique-nique, d'ailleurs comme Ildiko, Jacqueline m'a amené de quoi emballer ce que je veux prendre comme casse-croûte. Elle a été épatée de mon énorme appétit...


Comme j'ai une petite journée de marche aujourd'hui je prolonge l'agape et les discussions avec ma logeuse, les sujets sont nombreux : politiques de transports en Belgique, je lui parle de mon expérience de Soissons, politique générale avec naturellement le dédaigneux - cynique Jupimanu sur la table, je lui ai dit qu'un de la France Insoumise a été au lycée avec lui, qu'il en a écrit un livre dont le titre ne me revient pas, il s'agit bien sûr de Ruffin François... Nous avons tant discuté que mon départ est à 10h34!

Pourquoi l'étape est-elle si courte aujourd'hui ? Pour une raison qui ferait souffrir Obélix, les sangliers sont atteints de peste porcine africaine, donc certaines parties de la forêt sont interdites ! J'ai donc programmé un parcours sur petites routes, parcours qui m'a fait passer par une villa gallo-romaine, celle de Mageroy.

Cette villa est assez étendue et les archéologues n'ont pas fini de trouver des vestiges de toutes sortes...

Comme un ancien four à pain...

À 14h je suis à Habey la Vieille, je vais vers la brasserie ouverte et commande une bière pression Diekirch. Je m'installe et écris mes textes... A 16h je me rends à la Fraternité Champagnat au lieu-dit Le Bua. C'est un établissement tenu par les Frères Maristes dont le fondateur est Marcellin Champagnat. Frère Albert me reçoit et me montre ma chambre. C'est une chambre avec douche et lavabo, le WC est commun pour l'étage. Ma chambre est notée "Le marcheur" sur la porte! Accueil très sympathique, le prix de la demi-pension aussi, 27€ pour le pélerin. Je prends mon repas avec la communauté des Frères Maristes présents, je suis considéré comme un convive important puisque ma place est au milieu de la tablée. Frère Albert m'a placé à côté d'un frère qui a marché jusqu'à Compostelle en partant d'Habey. Les questions pleuvent, quelquefois comme une volée de flèches, le temps d'y répondre je ne mange pas... et je vois les plats déjà débarrassés...je suis obligé de leur dire que je n'ai pas assez mangé pour l'effort fourni ! Les plats reviennent sur la table avec d'autres questions et je réponds la bouche pleine, ce qui est d'une inconvenance ! La moitié des frères présents sont partis en mangeant rapidement, comme dans un vieux couple où il n'y a plus grand chose à se dire. Je fais donc la remarque aux présents qu'ils mangent beaucoup trop vite !

Moi je prolonge parce qu'il faut que je mâche bien pour bien assimiler, trois frères restent avec moi et nous continuons à discuter de longues marches, de Compostelle, du plateau de Langres et de ses froidures, etc...

Puis le rendez-vous quotidien avec Morphée.

Cour du cloître au Bua.
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Dimanche 28 avril 2019. Étape de 27 kms.

Pour le petit déjeuner, même problème que la veille, je suis pressé par les vieux frères qui, une fois qu'ils ont terminés leur collation, débarrassent ... Je dois redemander du pain, je n'ai même pas fini une tartine que le pain a disparu... Je finis mon petit déjeuner avec le frère de Compostelle... Nous causons, il finit par me presser un peu car il doit aider à une messe pour 10h30... Les autres se sont égaillés de même à différents endroits pour des messes...

Je finis par partir vers 10h. Je remonte le cours de la Rulles, rivière qui est un affluent de la Semois et passe à Habey-la-Vieille comme à Habey-la-Neuve. La remontée commence à une altitude indiquée de 365m.

Borne "Flanlive" 365m.

Vingt kilomètres de montée pour arriver à 557m à la ligne de partage des eaux entre les bassins versants de la Semois au Sud, de la Sûre (Sauer) au Nord. Le chemin nous fait passer devant la demeure de la Marquise D'Oye au lieu-dit "Le pont d'Oye". Il faut espérer que cette Marquise n'avait pas pour prénom Blanche.

Sur les 7 derniers kilomètres avant sa source, le val devient une zone humide où quelquefois la rivière n'est plus visible tellement elle se perd dans un entrelacs de bassins moussus...

Un des nombreux bassins du val de Rulles.

Ses méandres de voient à peine.

Méandres qui se cachent...

et se montrent, selon leur bon vouloir!

L'humidité règne en maître absolu, et ses valets les champignons s'affichent effrontément.

Langues de bœuf sur un tronc mort.

Même les Oxalis mettent leurs feuilles cordiformes en forme de parapluie pour se prémunir. Il faut dire aussi qu'en plus de l'humidité ambiante il pleut finement.

Oxalis aux feuilles cordiformes repliées.

Sur la ligne de partage des eaux survit une ancienne voie romaine.

Après une bonne descente, nous arrivons à Martelange-Rombach, bourg belgico-luxembourgeois.

Où nous traversons encore une zone humide qui est ici aménagée pour que les passants la traversent et admirent les beaux œufs de Pâques déposés par les oiseaux...

Passage aménagé à travers la zone humide.

Regardez bien attentivement, un oisillon va peut-être sortir d'un de ces œufs !

Les petites taches blanches sur le petit îlot sont des oisillons en devenir. Il y en a une bonne dizaine.
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Lundi 29/04/2019.

36 kms;

alt. la plus basse 364m; alt. la plus haute 550m

Dénivelé +: 10144m /Dénivelé -: 10247m


Une étape montueuse à souhait. Je dis toujours : "tout ce qui est monté est redescendu, tout ce qui est descendu est remonté", sauf à aller à la plage océane. J'ai collationné dans ma chambre d'hôtel avec les deux bouts de pain que j'ai pu garder hier soir lors de mon repas au "Mouton Noir". Comme c'est une chambre super luxe, il y a un frigo avec tout un assortiment de boissons (les bières je les ai bues hier soir, l'eau je l'ai mise dans mes bouteilles) et une bouilloire électrique avec quelques sachets de café et de thé. Et voilà comment on peut collationner.

Je quitte l'hôtel à 7h45, descends en ville pour rejoindre le GR E3. Je vois une boulangerie qui fait salon de thé, je m'y arrête et repetit-déjeune avec un pain au chocolat et un "schneck" (pain aux raisins). J'en profite pour acheter deux sandwichs (petits pains longs non garnis) pour midi.

Intermède : Le repas au Mouton Noir.

A Martelange - Rombach (Martelange côté belge, Rombach côté luxembourgeois) il n'y a qu'un hébergement : la Brasserie-Grill-N4 qui fait hôtel 4 ****, prix prohibitif pour ma bourse, mais on fait avec. Seulement cet hôtel est situé à 2 kms sur la Nationale 4 avec un beau point de vue, donc en hauteur! Il a donc fallu y aller, heureusement qu'il ne pleut plus, le vent a séché ma cape. Pour manger il faut descendre en ville, le stop ne marche pas sur une partie 4 voies. Donc me voilà au Mouton Noir, le seul restaurant ouvert, chicos un peu! C'est la première fois que je vois quelqu'un sortir un billet de 200€ pour payer une table de 4!!! Et pourtant ils ont l'air d'être des ouvriers, ils n'ont peut-être que l'air! Les deux tables, à ma gauche et à ma droite, sont occupées par des couples Csup., bien habillés. Je regarde la carte et je choisis le plat le moins cher et le plus copieux: un 1/2 poulet rôti, frites, petite salade, boisson non comprise 1/4 eau non gazeuse (18€ dont 2,40€ d'eau). Et bien j'ai tout mangé, et ce n'est pas du poulet industriel... J'ai reçu la note dans une boîte de cigares Monte Cristo, avec un crayon papier, 2 cartes postales "Mouton Noir", 2 pastilles pub toujours "Mouton Noir" où il y a un espace à gratter pour gagner un repas au "Mouton Noir"... Comme je ne vais pas revenir, je demande gentiment à mes voisins de droite, un couple dans la cinquantaine,, s'ils viennent souvent dîner ici. A leur réponse positive, je leur propose les pastilles, le crayon aussi. Ils acceptent et "miracle à nouveau", ils m'ont vu monter la pente vers l'hôtel ... "Habitez-vous vers Bastogne ? - Oui, un village un peu plus loin que l'hôtel. - Pouvez-vous m'y ramener ? - Sans problème !..." Et voici comme la baraka répond à ceux qui tentent, essaient de la la forcer...des fois oui, des fois non! Pour moi, oui tout le temps pour l'instant.

Je commence à marcher à 9h. Je vais suivre la Sûre (Sauer en luxembourgeois).


La Sûre prend sa source en Belgique dans la région de Bastogne. Elle irrigue ensuite le Luxembourg du Nord avant de confluer avec la Moselle.

La Sûre en contrebas.

Nous la suivons par le chemin des fraudeurs, "schmugglerpad"...

Le sentier des contrebandiers.

Sur ce chemin, il existe encore un vestige de l'industrie ardoisière, un puits destiné à ventiler et descendre des wagonnets dans les galeries creusées dans la roche au niveau de la rivière. Il faut dire que les coins du Luxembourg que je traverse sont essentiellement schisteux! Si bien que les habitants usent certainement de ce vocable comme d'un juron: shiste alors! A la place de merde alors... Au bout de ce chemin des fraudeurs, nous arrivons à Bigonville. 6kms par la route, 13 par les chemins, les fraudeurs ne lésinent pas sur la chaussure !

Le fermier prend sa femme, ....et bien non le fermier a pris sa vache !

N'empêche, les souris s'en donnent à coeur-joie pour entamer le fromage...

Le fromage est battu dans la chanson, ici les souris l'auront grignoté bien avant...

Après Bigonville, c'est les montagnes russes, le chemin monte et descend. En bas, au niveau de la rivière, je m'arrête près d'un Bubelbus, le chauffeur est sorti et mange un sandwich. Je lui pose des questions sur le service de ces petits cars qui sillonnent la campagne : c'est un service public étatique qui vient à la demande, tous les voyages sont à 1,50€ mais sont réservés aux habitants du Luxembourg. Par contre, à la différence des TAD de Soissons, il ne prend pas les fauteuils roulants, c'est une société privée qui assure ce service, moyennant monnaie sonnante et trébuchante ! Lui me pose des questions sur mon voyage et me dit qu'il n'aurait même pas l'idée d'aller à Prague en voiture.


Le chauffeur du Bubelbus est en bas près de la rivière !

Enfin nous arrivons au début du Lac de la Haute Sûre, sur le bord duquel se l'Auberge de Jeunesse de Lultzhausen où je dors ce soir.

Le Lac de la Haute Sûre.

Enfin, épuisé mais content, j'arrive à Lultzhausen.

Salle à manger de l'Auberge de Jeunesse de Lultzhausen.

Toyota la journée, j'ai tourneboulé le fait que je n'ai aucun hébergement à Clervaux, presqu'au pôle Nord du Luxembourg. Il faut que j'adopte une solution... La nuit portera conseil...

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Mardi 30/04/2019.

Dénivelé positif : 8137m / alt.max. 540m

Dénivelé négatif :7094m / alt.min. 297m

Longueur de l'étape: 25,8 kms en 7h26.


La nuit a porté conseil, je n'irai pas à Clervaux. A la place, je traverse le Luxembourg d'Ouest en Est et rejoint Vianden où j'ai réservé à l'Auberge de Jeunesse. Cela va faire encore une longue étape, je ne sais pas trop, mais au moins une bonne trentaine de kilomètres.

Je me suis levé aux aurores, ai bien collationné et suis d'attaque à 8h. Il a fallu que j'étudie bien la carte pour trouver des chemins ou petites routes et j'ai vite compris tout en marchant que je dois suivre les croix jaunes sur fond bleu...

Je vous ai parlé hier du Lac de la Haute Sûre, c'est un lac artificiel dû à une retenue d'eau, un barrage donc qui produit de l'électricité et de l'eau potable.

Le lac à gauche, la Sûre redevenue rivière à droite. Le barrage avec ses installations.

Ce barrage est situé juste avant un beau village qui se nomme Esch-sur-Sûre.


Esch-sur-Sûre, sur son promontoire pour la partie ancienne.

Les nécessités du chemin font que je n'ai pas pu visiter ce beau village fortifié. La longue distance que j'ai à parcourir aujourd'hui m'a incité à contourner par le barrage. Après ce beau spectacle de l'inventivité humaine, la nature reprend ses droits et le fait sentir au corps humain qui m'accompagne. Une bonne montée nous emmène sur le plateau, puis le manège des montagnes russes se met à nouveau de la partie, descente vers Büderscheid et regrimpette longue vers Nocher à 496m. Parcours en forêt alternent avec champs ouverts ou prairies entourées de barbelés. Depuis la Belgique j'ai pu remarquer que les piquets sont essentiellement de métal, cornières percées, tubes ou piquets pleins carrés pourvus d'anneaux soudés. Voici la belle descente vers Krautenbach où je m'arrête un peu sur un banc au soleil, je sors mon saucisson et le pain que j'ai pris à l'AJ. ce matin, avec de l'eau. Je vois passer deux trains de voyageurs sur la petite ligne à une seule voie, les trains doivent se croiser dans les gares. J'avais déjà vu ce système à une seule voie le long du Bodensee en Suisse.

Après la ripaille, les montagnes russes toujours recommencées.

Vue de Krautenbach en contrebas après avoir gravi le sentier sur une arête de schistes dont le pendage est quasi vertical.

Et ce n'est toujours pas fini! Après la musique d'un immense mobile fait de bois que le vent fait tintinnabuler sans grelot ni clochette nous suivons la flèche avec la croix jaune.

Avec la croix jaune ai- je dit!

La Molberlee ensuite, elle est annoncée par un tableau explicatif où il est dit que c'est un éperon rocheux schisteux xérotherme (qui retient la chaleur). Son nom luxembourgeois est "Molberrenlay" où le mot lay ou Lee signifie rocher isolé et molberren ou molbier signifie myrtille sauvage. Cette arête rocheuse de 500m de long va nous faire grimper jusqu'à 484m.

La Molberlee.

Comme la précédente arête de ce genre, le pendage des couches schisteuses est vertical. Le sol strié maintient bien le pied, il ne glisse pas. Il ne faut pas qu'il le fasse d'ailleurs, car le danger est à gauche et à droite.

La Molberlee dans toute sa splendeur, le vide à droite et à gauche. Bon pied, bon œil de rigueur!

Après tout ces efforts, j'arrive à Hoscheid où je pense qu'il y a des hébergements car sur le panneau de la Molberlee, il est dit qu'Hoscheid est un village étape. En montant l'escarpement rocheux j'ai décidé d'arrêter là, il se fait 15h, j'ai déjà 25 kms dans les pattes et Vianden est à au moins 15 kms. Je tombe sur l'hôtel-restaurant Des Ardennes, j'entre, demande s'ils ont des chambres pas trop chère, 57€ avec le petit déjeuner, je prends, fais mes petites affaires de randonneurs, envoie un mail à l'AJ. de Vianden que je ne viendrai que le lendemain, me douche, mets mon réveil pour le repas et me couche, ai dormi à poings fermés durant 2h30. Repas à la "Pantagruel" et redodo.

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Mercredi 1er mai 2019.

Nous avons marché entre 297m et 571m, car nous nous sommes arrêtés à l'Auberge de Jeunesse qui n'est pas installée dans le thalweg (près de la rivière). Au lieu de 13kms annoncés par le directeur de l'hôtel des Ardennes, c'est bien 19,6kms que nous avons parcourus mon corps et moi.

Hôtel pas trop cher/chambre avec petit déjeuner.

Après une collation bien copieuse, l'hôtel des Ardennes propose de nombreuses choses pour affamés, pas moins de trois tables remplies de charcutailles, fromages, viennoiseries, œufs durs, 4 sortes de pains, biscottes, pain d'épices, miel, 6 sortes de confitures maison, fruits divers, lait, yaourts maison aux différents parfums, céréales et j'en oublie... Vous en sortez requinqués pour la journée de travail qui commence à 9h57 par un début de montagnes russes pour pas changer.

Hoscheid au nord-ouest, le creux de vallon où coule la Blees est à peine marqué sauf pour les jambes.

Deux jeunes taureaux se fendent la gueule avec sérieux !

Hi!hi!hi!

Eux sont sur l'herbe, moi sur la route et les schistes sur les champs.

Ce n'est pas un reg, c'est un champ. Ce ne sont pas des mottes mais des cailloux de schiste.

Et nous arrivons au Sankt Nikolaus Berg (mont St Nicolas et Niklosbierg en luxembourgeois) à 491m d'altitude, la fierté de la commune de Vianden partagée avec son château, car ce mont contient une caverne d'Ali baba...

Bien sûr qu'elle ne se fait pas voir puisqu'elle est en caverne enfermée.

Alors comment cela fonctionne-t-il donc pour la 10ème machine qui est d'une modernité ?

Les centrales à puits deviennent nombreuses en Europe.

Explications diverses...

Le système est constitué de deux bassins qui sont reliés entre eux par des conduites forcées. Le bassin supérieur, divisé en deux parties pour une meilleure gestion de l'eau, est un lac artificiel créé par des digues de terre végétalisées sur le Mont St Nicolas à 491m, il peut contenir jusqu'à 7,3 millions de m3 d'eau, son niveau varie de jour en jour et atteindre une baisse de 17m.

Le bassin inférieur où l'eau est pompée pour remplir le supérieur, est constitué par un lac artificiel au niveau de la rivière et ceci grâce à un barrage juste en amont de Vianden. Ce lac s'étend sur 8 kms.

Les neuf premiers turboalternateurs-pompes, la centrale à puits (10ème machine) et la 11ème à accumulation fonctionnent en production d'électricité par les conduites forcées qui leur amènent l'eau sous pression venant du bassin supérieur, ceci en période de besoin. Aux heures creuses, les 11 machines peuvent se transformer en pompes pour réalimenter le bassin supérieur.

Après l'énergie électrique, l'énergie intellectuelle avec un de nos grands auteurs qui a fait plusieurs séjours à Vianden, accueilli par le député-maire Adolphe Pauly-Strasser, séjours touristiques ou de réfugié politique. Dans les temps actuels ce même auteur serait tout autant poursuivi par la police macronnienne, peut-être que Vianden l'accueillerait à nouveau !


Victor Hugo gilet jaune du XIXème siècle ?

Intermède : Mame Vipère se promène entre les herbes d'un chemin bien réchauffé par un soleil d'après midi. Elle perçoit un bruit sourd de frappement sur le sol, elle est pétrifiée de peur et ayant le devant du corps vipérin engagé sur la partie non herbeuse, donc à vue de cet ennemi possible qui fait ce bruit, elle ne bouge plus, reste raide et droite comme un bâton, une branche grise de hêtre par exemple, sa langue fourchue reste coincée dans sa bouche de vipère. L'ennemi est grand, il passe au-dessus d'elle sans rien lui faire! Ouf! Le danger est passé... Non! Le danger se retourne, il avance quelque chose vers moi (la vipère), cette chose me touche, je me mets en position d'attaque, la grosse bête me regarde à une distance de trois longueurs de bond de vipère, mais il avance à nouveau cette chose qui m'a touchée. Tiens, la grosse bête avec une bosse rouge sur le dos prend une autre chose qui fait clic. Ah! Elle s'en va enfin. Qu'est-ce que j'ai eu peur!

Mame Vipère, on distingue son nez retroussé et sa tête triangulaire.

J'ai vu comme un bâton gris comme peut l'être une branche de hêtre, ou de charme. J'ai évité de marcher dessus et c'est en regardant ce bâton que j'ai vu la tête bien triangulaire. La vipère est vraiment pétrifiée. Quand j'arrive à deux mètres environ je touche ce serpent pour voir s'il est vivant. Sa réaction de mise en position d'attaque a été la réponse à ma question.

J'ai repris ma marche, laissant Mame Vipère à ses occupations.

La grosse bête à bosse rouge pose devant la Chapelle Notre Dame Bildchen. Elle a su échapper à la tentatrice Notre Dame Vipère.

Pour bénéficier de la grâce, il faut encore grimper les marches du ciel...

Et nous voilà arrivés à Vianden ! Son château et son Auberge de Jeunesse.

Château de Vianden et entrée de l'Auberge de Jeunesse, à droite.

A Vianden, j'ai mon deuxième compagnon de chambrée, le premier a été à Château Porcien, Benjamin dit Ben venant de Gand. Il s'appelle Philippe, est médecin généraliste et en préretraite à 59ans. Nous n'avons pas pu discuter trop longtemps car il ne veut pas manger le repas préparé par l'Auberge. Je serai seul à manger d'ailleurs. Il a déjà parcouru tous les grands chemins possibles et imaginables, Compostelle, la Francigena (Canterbury - Rome), le GR10 (les Pyrénées d'est en ouest), le GR5 dans sa partie alpine,...là il est parti de Liège et suit le GR5... Quand je suis monté me coucher il dort déjà... Le lendemain matin il est parti bien avant moi. Je ne le reverrai plus...

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Jeudi 2/05/2019.

Dénivelé +: 11312m / Dénivelé -: 11234m

Entre 228m et 472m d'altitude

Vitesse moyenne 4,15km/h sur 36kms


Philippe, mon compagnon de chambrée, est parti depuis une bonne heure quand je petit déjeune à 7h20. Je vais abandonner mon chemin triangle vert ou rond jaune sur fond bleu, le E3 n'est balisé qu'épisodiquement, pour le bord de la Sauer (Sûre), je me raccourcis le chemin de 2 kms au moins... Je rejoins Bettel...

Ancienne gare de Bettel.

Où est célébré le transport par le rail !

Nous traversons de superbes fûtaies d'hêtres et de charmes...

Quelquefois le chemin de Philippe, le GR 5 est signalé, ici par une invite à camper...

Dans le creux du vallon où nous sommes passés se niche la petite ville de Diekirch où est brassée la bière que j'écluse de temps en temps...

Vue panoramique de Diekirch, ville de la bière !

Et après, jusqu'à Beaufort, les montagnes russes, nous avons quitté le pré-métamorphique (les schistes) pour le sédimentaire en couches quasi horizontales, du grès ici. Cela ressemble aux Vosges gréseuses par maints aspects.

Montée sur le plateau gréseux, des escaliers ont été aménagés dans la roche en place.

Falaises gréseuses vues d'en bas...

Et nous arrivons à Beaufort après 8h de marche.

Il faut chercher à se loger..., l'Auberge de Jeunesse est complète..., les hôtels hors de prix, un vieux monsieur bien mis vient se joindre à la conversation que j'ai avec un autre monsieur moins bien sapé, mais tout gentil à réfléchir avec moi sur la situation de l'hébergement à Beaufort. Le premier m'indique un petit café dans le virage en retournant vers le Château, il affirme qu'ils louent des chambres pour 35€/nuit... Je connais l'Auberge Rustique et ses prix, mais à défaut ! Je m'en sors comme à Hoscheid, 55€ la nuit avec petit déjeuner.

L'Auberge Rustique tenue par des Néerlandais. Logement très correct pour le prix, cuisine délicieuse !
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Vendredi 3 mai 2019 (Freitag 3 mee 2019 en luxembourgeois).

Dénivelé +: 4844m / Dénivelé -: 5028m

De 189m à 439m d'altitude.

22 kms en 6h.


Comme d'habitude, Pantagruel se présente pour la collation avec un appétit qui fait honneur aux cuisinières qui l'ont préparée.

A 10h les festivités commencent par un engagement volontaire dans le val des Sept Gorges...

Sculpture dans la roche en place à l'entrée du val.

Mais rien n'est plus beau que le naturel modelé par le cours de l'eau!

En se faufilant entre les blocs rocheux nous arrivons au site d'escalade de Berdorf, parois qui rappelleront à Daniel ses exploits de jeunesse...

Paroi tout en devers et surplombs ! La bien nommée "Le Parapluie".

Et la suite en souvenir du copain Christian !

Le Parapluie avec son surplomb final.

J.Simmons est venu escalader ici en 1970. Son nom est inscrit sur une voie non pitonnée. Peut-être trop difficile ! N'empêche, pas moins de quatre équipes étaient à l'ouvrage lors de mon passage.

Heureusement que le grimpeur est assuré, car les prises sont difficiles à trouver.

Pour le marcheur, la difficulté est de passer par des chas d'aiguille... J'ai bien cru qu'avec mon sac je ne passerai pas, et bien si!

Quand des arbres tombés bouchent le chemin, les autorités interdisent le passage. Quelquefois elles ne proposent aucun itinéraire de détournement. Je ne me voie pas rebrousser chemin ! Je prends un chemin sur la rive droite du ruisseau, puis le quitte pour rester près du thalweg. Bientôt la trace que je suis descend trop sèchement avec un ressaut que je ne peux franchir, je remonte avec difficulté, glissant dans les amas de feuilles, je suis obligé de remonter à quatre pattes dans les feuilles, c'est d'un comique! Puis j'avance en longeant les champs à la lisière du bois où se trouve la gorge...je débouche enfin sur un chemin empierré qui va dans la bonne direction, il m'emmène jusqu'aux abords d'Echternach.

Pareil qu'à Beaufort, je dois trouver un logement pour la nuit. L'Auberge de Jeunesse affiche aussi complet. Je reste à l'hôtel "Au bon accueil" tenu par une portugaise, il y a une forte communauté portugaise au Luxembourg. Je fais mes lavages quotidiens, sort en touriste et en quête de pitance.

Basilique St Willibord à Echternach.

La faim inextinguible du marcheur :

Je suis entré dans le kébab que j'avais repéré en entrant dans la ville. J'y ai mangé une assiette, bu 50cl d'eau. Quand j'en suis sorti j'avais encore faim, je suis retourné à mon hôtel-restaurant, me suis attablé et ai commandé une assiette de salade accompagnée de 2 œufs sur le plat et un bol de frites. Et bien, j'ai tout baffré!

Et dodo!

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Dimanche 5/05/2019.

29 kms en 6h47. Météo mitigée, sans pluie mais du vent.


Aujourd'hui, comme hier je n'ai pas de logis prévu le soir. Je prends donc la piste cyclo au bord de la Moselle la plupart du temps, ou des sentes près de l'eau, appelées Mosel Wee (Wee = Weg, chemin). Les spectacles d'une rivière de cette importance ne manquent pas...

Un pécheur avec son fils.

Sur l'eau aussi...

Le bac qui transporte voitures et piétons sur les deux rives.

Et d'énormes péniches...

Énorme péniche, l'avant avec les fanions vert et bleu, l'arrière avec sa cabine de commande plus loin que la voiture!

Du côté luxembourgeois les bus, du côté allemand, le train "Regio"...

Train du côté allemand.

Des bâteaux de touristes...

Une péniche transportant de la limaille...

Transport de limaille de fer.

A Wolmerdange, mon étape normale, il n'y a qu'une pizzeria pour louer 4 chambres qui sont toutes occupées comme de bien entendu.J'ai encore du temps et je marche... jusqu'à Stadtbredimus où je compte bien prendre le bus pour Remerschen où se trouve une Auberge de Jeunesse. Tout se passe bien, les chauffeurs sont sympathiques, bus 450 jusqu'à Remich Gare routière, bus 185 jusqu'à l'Auberge de Jeunesse.

Philippe, médecin en préretraite choisie.

Et là, je retrouve mon compagnon de chambrée lors de l'étape de Vianden, Philippe. Nous avons un peu plus le temps de discuter. Un troisième compagnon arrive quand je dîne seul dans le grand réfectoire. Il est russe et vient de Sibérie, Irkoutsk près du lac Baïkal. Dormir, c'est la santé, bien plus que tout travail..

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Samedi 4/05/2019.

31 kms en 8h, de 154m à 343m d'altitude.


C'est une journée à la pluie. J'ai décidé de suivre la piste cyclable qui accompagne la Sûre dans sa course aquatique. Il fait froid, le thermomètre indique pas loin de zéro ! En restant sur le relativement plat je transpirerai moins.

Le spectacle est tout à fait autre que sur les chemins...

Nous voyons des grands cormorans plonger, des ouettes d'Egypte qui sont comme des oies, des colverts, des bâteaux, quelques cyclistes et piétons... Et des "Corvettes", pas moins de soixante à se suivre...

Et comme c'est la journée cool, nous nous arrêtons à midi casser la graine dans un café de camping à Born, "Op der terrasse".

Amuse bouche aux couleurs vives!

Et la salade paysanne donc!

Nous ne nous refusons rien!

Il faut prendre des forces car la journée n'est pas finie. Il va falloir faire de la politique antimacronienne...

Nos vies, pas leurs profits!

Les ouettes, elles s'en fichent ! Elles narguent les Corvettes qui passent...

Arrivés à Wasserbillig, nous sommes au confluent de la Moselle et de la Sûre. C'est le rendez-vous des grands oiseaux qui quémandent de la nourriture aux passants...

Et voici la Moselle !

Die Mosel ! Le cygne baigne ses pieds dans la Sûre qui se jette à corps perdu dans la Moselle.

A Wasserbillig il n'y a plus d'hôtels, pas de chambres d'hôtes, une gentille ex hôtelière a téléphoné pour moi en Allemagne, à 2 kms de là, pour savoir s'ils avaient encore des chambres. Elle m'a décrit comme "ein alte Mann" (un vieil homme), "er kommt bei Fuss!" Le couple Capris, d'origine italienne, m'accueille chaleureusement... Et je mange...

Pizza napoli, insalata mista grande et un tiramisu à l'auberge "Löwener Mühle Da Capris" de Langsur.

Bien dormir et le lendemain est un autre jour!

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Lundi 6/05/2019. Temps maussade et vent frais, les vignes ne semblent pas avoir trop souffert des quelques degrés autour de zéro.

Le Luxembourg, comme la Lorraine "était" un pays d'extraction de minerai de fer, la minette qui avait une bonne teneur mais difficile à extraire. La concurrence...a détruit cette industrie.

Wagonnet rempli de "minette" à Stadtbredimus.

Le chemin nous conduit à suivre un ruisseau, le Heedbaach en luxembourgeois. Maintes passerelles ont été aménagées car le sentier disparaît à beaucoup d'endroits du fait de l'érosion provoquée par le cours d'eau lui-même. Moyen pédagogique idéal pour voir l'évolution des méandres...

Passerelle sautant les méandres du Heedbaach.

Et nous reprenons le chemin des vignes des côteaux de Moselle, où les vignerons désherbent avec leurs petits tracteurs adaptés.

Nous passons par hasard devant une ancienne caserne de pompiers, luxembourgeois naturellement !

Pompjeen veut bien dire pompiers.

Vers 15h, nous revenons à l'Auberge de Jeunesse de Remerschen où après les ablutions diverses de tous randonneurs, devant un 33cl de bonne bière luxembourgeoise, je peux enfin rattraper tous mes écrits en retard.

Cadeau de la maison Euromarcheur, une orchidée sauvage.
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Mardi 7 mai 2019.


Cette étape de déroule en deux parties : aujourd'hui je ne marche que les quelques 6 kms qui m'amènent à la DB Bahnhof de Perl en Allemagne, où je prends l'autocar SNCF TER qui m'amènera à Thionville.

Le dimanche 12/05, je partirai de là pour ma première étape en Allemagne, Saarland.

Cette très courte étape est l'occasion de remémorer une part de notre histoire européenne, avec les Accords de Schengen qui promeuvent l'abolition des frontières...avec libre circulation des personnes et des biens...libre dumping fiscal et libre exploitation des travailleurs viendront ensuite... Mais ne faisons pas de politique et admirons le sourire de notre Ministre du Commerce et du Développement industriel qui signa pour la France...

Edith Cresson signe les Accords de Schengen.

Mais notre petite randonnée, après avoir arpenté les quais qui ont vu le Marie Astrid, un bateau restaurant ***** qui emmène en croisière touristes, conférences et séminaires encore aujourd'hui, accueillir les signataires des Accords de Schengen en 1985 et 1990, nous amène à traverser le pont autrefois frontière...

et à aller reconnaître les premières indications sur le chemin de dimanche.

Je prends le car TER à Apach, le premier village français...j'ai du temps et je sais qu'après Perl le car s'arrête à Apach Église. Ce car me conduit à Thionville. Un Monsieur qui est monté en même temps que moi, m'introduit dans la conversation qu'il a avec le chauffeur. Ils ont l'air de se bien connaître. L'accent mosellan-lorrain ressort fortement. Nous parlons des compteurs "Linky", des politiques des prix de l'énergie... "La meilleure façon de se chauffer c'est de se mettre au lit avec une jeune femme" ajoute-t-il quelque peu égrillard !

A Thionville, train pour Nancy par le Métrolor, à Nancy j'attends patiemment que Gérard vienne me chercher car je vais passer 3 jours de repos chez lui.

Gérard a parcouru une partie du Camino Frances en Espagne avec moi et Jean Claude (Reims). Il a bien voulu m'accueillir pour ce laps de temps, m'a même dégotté un rendez-vous dentiste chez la praticienne où Michelle, sa femme, va se faire soigner.

Deux jacquets aux anges.

Je vais pouvoir aussi faire quelque renouvellement de matériel, tel que chaussures et chaussettes, acheter un petit cadenas pour enfermer mes affaires en Auberge de Jeunesse, un petit flacon de bicarbonate de sodium pour différents usage...

Je repars samedi matin de Dombasle par le train avec une correspondance pour Thionville dans la gare de Nancy. Et le périple continuera...

Lisle, un cycliste Écossais à l'Auberge de Jeunesse de Remerschen.

Dimanche 12/05/2019.

Le dimanche, le petit déjeuner est de 8h à 10h dans les Auberge de Jeunesse Luxembourgeoises. J'ai dérogé à ce principe : à 7h15 je suis dans le réfectoire, je remplis mes bouteilles d'eau, cela dure un moment car l'eau de la fontaine coule doucement... à 7h25 je prépare mon petit déjeuner, la dame du matin a déjà tout préparé! Assortiment de charcuterie, 2 tranches de fromage, un verre de jus d'orange, 2 petits pains, une tranche de pain noir, 4 plaquettes de beurre, une part de brownie, une soucoupe de céréales au raisin avec du yaourt et de la compote de pommes, le tout arrosé de 4 ou 5 mugs de thé... Pantagruel aurait fait mieux! Comment voulez-vous que je perde du poids, même avec tous les efforts que je produis. Je me suis pesé chez Gérard, je n'ai perdu que 2 kilos...

À 8h je n'ai pas fini, car je mange lentement. Le plaisir le meilleur, c'est celui qu'on prend lentement ! Et Lisle, le cycliste Écossais avec qui j'ai pris le dîner hier soir, vient s'installer car lui a respecté l'heure! Il est parti de chez lui à vélo en Ecosse pour rejoindre sa femme à Bologne, en Italie. Son étape d'aujourd'hui est Strasbourg... Il a beaucoup plus de kilomètres que moi...à faire ! Il est vraiment sympa !

A 8h36, après m'être brossé les quenottes, je prends la route... Le bus pour Schengen est à 9h02, je ne l'attends pas et remarche ce que j'ai marché le mardi 7 mai, càd. 6 kms environ jusqu'à la gare DB (Deutsche Bahn) de Perl.

Autour de Perl, les chemins sont nombreux...

Moi, mon corps et le europaïscher Ferrnwanderweg E3 nous suivons les signes E3 ou la croix de St André bleu sur fond blanc et quelquefois nous sommes obligés de consulter la modernité... la carte avec géolocalisation ! Car les signes sont absents... Nous suivons l'ancienne frontière, sur les hauteurs, et nous apercevons le village d'Apach en France.

Apach au premier plan, au deuxième Sierk-les-Bains.

Dans les bois, le long du chemin, nous voyons des êtres pas farouches...

Écureuil n'ayant pas peur!

Cubains à l'aise avec leur barreau de chaise !

Peinture sur une porte de garage.

Après être passé par les villages, nous longeons le "Bundeswehrmunitionsdepot" d'Eft-Orscholtz. Dans ce dernier village, le salut amical est de rigueur, à la mode ancienne... "Grüss Gott"

Voyez la poignée de main.

Nous arrivons enfin à la rivière ! La Saar (Sarre) qui fait un beau méandre au Sud-Est d'Orscholtz.

La Saar près d'Orscholtz.

Pour ne pas y choir, il est bien sûr nécessaire de ne pas perdre le chemin...

Nous longeons la Saar pour aller à la Jugendherberge de Dreisbach...

Grosses péniches et bâteaux de touristes naviguent sur la Saar.

Étape de 29 kms marchée en 6h44, le mini sandwich a été mangé en avançant. A l'Auberge de Jeunesse, il n'y a pas de repas ce soir, il faut donc manger "snack" (pizza, flammekueche et tablette de chocolat aux amandes. Et dodo m'attend avec impatience !

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Lundi 13/05/2019.

Une promenade qui, selon mon curvimétrage, doit faire 25kms en fait 33,7 selon le GPS et 45294 pas (31,7kms) selon ma montre connectée... allez donc savoir qui a raison? Mais une belle promenade!

Comme d'hab je me suis présenté à la salle à manger tôt, j'ai bu un verre d'eau et attendu que quelqu'un vienne préparer le petit déjeuner. Une petite dame blonde se présente et s'étonne que je sois là si tôt (il n'est que 7h), puis elle s'affaire à remplir les présentoirs (en plus de la charcuterie, un fromage genre camembert et un autre en tranches genre gruyère, des fruits, frais et secs, des légumes (concombre en tranches, poivron émincé) et le reste... En m'amenant une assiette d'oeuf dur, elle me confie que je suis tout seul (Einzel). Tout ça pour moi tout seul...

À l'Auberge de Jeunesse de Dreisbach.

J'ai collationné pendant une heure et me suis préparé un petit sandwich fromage-légumes pour midi, je l'ai mangé en étant assis à côté de "Dieu"...

Départ 8h24! Je longe la Saar pendant 3 kms avant que d'entreprendre la montée raide ++ qui me fait un raccourci par rapport au chemin de hier.

C'est là-haut que je vais grimper, le Cloef.

Cela ne paraît pas si haut! Détrompez vous, cela monte en lacets par une petite sente de 2 kilomètres de long sur une hauteur qui fait bien plus de 250m. D'en haut, c'est impressionnant !

Méandre de la Saar sous le Cloef. La Sarre coule de droite à gauche.

J'aurais pu m'allonger et admirer un si beau spectacle de Dame Nature, mais Dieu m'attend plus loin. Et pourtant, les Allemands ont de si beaux sièges le long des chemins...

Genre de siège trouvé souvent au bord des chemins. Ici au bord de la falaise, il ne faut pas s'endormir et glisser dans le vide.

Il faut continuer sa route en suivant les quelques balises, Blaue Andreas Kreuz (croix de St André bleu), heureusement que je peux suivre mon chemin sur ma carte enregistrée. Vive mon frère Martial et l'ADAC...

Rare signe E3, croix de St André bleu.

Et en cheminant, sur les coups de 11h45, c'est là que je rencontre Dieu, en mangeant mon casse-croûte...

"Veux-tu voir l'essence de Dieu, regarde d'ici dans la Nature."

Et bien j'ai regardé et je l'ai vue partout, dans l'âme noire du bousier, celle toute verte du limaçon, grise du lézard des rocailles, colorée des papillons, ... et je l'ai vue aussi dans les belles couleurs de mon sandwich et la transparence de mon eau. Mais il faut repartir... Par cette belle journée de mai, il faut marcher en chantant.


Intermède :

Chacun prend son plaisir où il veut s'il le peut. Je vous ai parlé, plus en avant d'un défilé de "Corvettes", voiture mythique s'il en est. Les personnes qui possèdent ces Corvettes aux deux ailes déployées y ont mis leur argent, leurs heures d'entretien, leurs heures de bichonnage, leur plaisir est joyeux à voir!

Il en va de même pour ce vieux couple allemand rencontré dans une "Dauphine" comme neuve...

Dauphine comme neuve ! Comme ce vieux couple est heureux d'en parler !

Il en va de même aussi pour moi. Je mène mon plaisir sur les chemins et jouis de toutes choses vues...

La chapelle St Michel et son panneau explicatif en écriture gothique à Taben-Rodt.

Même les plus infimes comme un panneau d'entrée de village...

Ou la vue sur la vallée de la Saar, voie de communication pour de nombreux transports...

Vallée de la Sarre, vue de la Michaelskapelle. Transports fluvial, routier et ferroviaire sous les frondaisons du rideau d'arbres.

Transport pédestre des corps de marcheurs sur la crête comme sur les anciens chemins de halage, ici sur la rive gauche, en contrebas du point de vue constitué par la Michaelskapelle.

Dans cette journée de marche les étonnements se multiplient avec cette falaise grèseuse dite "Altfels"...

Nous sommes petits devant ces moignons de roche usés par l'érosion atmosphérique (vents et pluies), regardez l'arbre qui cherche encore à s'enraciner!

Après une bonne descente vers le thalweg du Pinschbach, une bonne montée vers Kastel-Stadt, puis la crête nous mène vers Saarburg, le but de notre étape. Il faut encore que je trouve un hébergement car l'Auberge de Jeunesse est fermée pour réparations...

La Leuk dans Saarburg.

La Leuk n'est guère plus qu'un gros ruisseau qui arrive du plateau et a été entravé dans sa course par les barrages divers des humains pour faire de Saarburg une petite Venise en miniature car il n'y a qu'un seul canal. Après les barrages la Leuk doit se dépècher pour rejoindre la Sarre en contrebas.

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Dienstag (mardi) 14/05/2019.

C'est l'étape du troisième jour, celle qui joue le juge de paix. Pour mon compte cela s'est bien passé, mon corps en est d'accord car il n'a aucune ampoule aux pieds, aucune inflammation où que ce soit si ce n'est un petit rhume qui me fait faire des "atchi" et des "atchoums" en pleine forêt, tant et plus que les animaux sylvestres doivent se demander si le vieux nain "Atchoum" n'est pas revenu dans ces forêts du Hunsrück, à la recherche d'une Blanche Neige ou de quelques pierres précieuses.

Je remercie Michelle et Gérard qui m'ont permis de me requinquer pendant ces trois jours. Les chaussures que j'ai pu acheter grâce à Gérard qui m'a amené spécialement à Nancy font leur office! Le corps qui a bénéficié de la délicieuse cuisine de Michelle fait aussi son office! L'homme que je suis, transporté par mon corps requinqué dont les doigts de pieds frémissent à l'intérieur des nouvelles chaussures, l'homme que je suis ne peut qu'avoir le moral! Ainsi je vais par les chemins...

Lever de soleil dans une chambre d'hôtel à Saarburg. Cadenas, union pour la vie, moi et mon corps!

En partant de Saarburg, comme j'ai du temps devant moi (petite étape), j'ai pris quelques clichés de cet écrin...

Les amenées d'eau sur des planches font fonctionner trois roues à aubes sur la Leuk.

Un écrin vous ai-je dit...

Différentes vues de Saarburg.

Je retrouve mon chemin grâce aux croix de St André...

Blaue Andréas Creuz.

Je retrouve les crêtes des bords de Sarre, mais sur la rive droite pour aujourd'hui. En face les crêtes que nous avons parcourues hier.

Sur la rive droite de la Sarre. Descente vers Serig.

Dès la sortie de Saarburg Neue Stadt, nous entrons dans les bois. Sur le chemin un groupe d'élèves est attentif devant les péroraisons de leur "Instituteur", ils obstruent le passage. Le "Maître" me voit arriver et continue sa leçon. "Il ne va quand même pas interrompre la leçon du maître..." Et bien si! Je me faufile parmi les enfants en clamant un tonitruant "Hallo" et vais mon chemin. Le maître me regarde, éberlué, et finit par me dire "s'geht" (ça va). Je m'éloigne avec un "tschüss" tout aussi tonitruant ! Je cours à la fontaine...

Fontaine St Hubert le chasseur au flux clair et cristallin.

Après Serig, de beaux chemins forestiers nous amènent au "Saut de l'Ange"...

Planche de départ pour parapente.

Et encore de très beaux chemins forestiers, puis nous arrivons au terme de l'étape de 18 kms , Greimerath jumelée avec Vermenton en Bourgogne.

Je me dirige vers le Greimerather Forst qui est une Auberge (Gasthof ou Gastätte) qui loue des Ferienwohnungen (locations de vacances). Pour le prix d'une chambre d'hôtel pas cher (50€), j'ai un très grand F1 avec serviettes et savon, une minéral Wasser mit Kohlensaüre (eau minérale gazeuse) en signe de bienvenue... Que demande le randonneur?...

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Mercredi 15/05/2019.

Comme j'ai dû faire quelques provisions pour me nourrir hier soir et ce matin, je peux gérer mon timing comme je l'entends. Donc départ 7h pour ne pas quitter la forêt jusqu'à Grimburg vers les 13h...

Greimerath en contrebas.

Donc la forêt et le soleil en prime, ne vient s'interposer que le vent du Nord qui oblige à se couvrir, trois couches, chemise, pull polaire manches courtes et blouson sans oublier l'écharpe autour du petit cou de vieux.

Long chemin en fûtaie charmes-hêtres à gauche, en taillis de régénération à droite.

Sur les mêmes hauteurs, des arbres construits par le génie des hommes, des ailes pour branches...et hauts, 100m? Le panneau sis sous la première éolienne pose la colle: 74m, 114m ou 145m? De toutes façons ces arbres là sont autrement impressionnants que les sapins qui sont déjà hauts. A la base il faut être plusieurs personnes à se donner la main pour en faire la circonférence, à mon avis peut-être une bonne vingtaine !

Ces éoliennes sont quatre et font 12 Mégawatts, càd. 3MW par tête d'éolienne, ce qui est beaucoup car la plupart des bêtes de cet acabit font 2MW...

Éoliennes Enercon sur le Schimmelkopf à 600m d'altitude.

A la fin de la forêt, sur le Hasenkopf à 497m d'altitude, le château de Grimburg.

Château de Grimburg dont il ne reste que le donjon et quelques murs. Il aurait été construit en 1190.

Après la forêt, la campagne sur des chemins qui s'allongent parmi les champs... Une promeneuse avec son chien me sourit, je lui rends un sourire à la mongole avec ma face rouge de soleil et de roséole. Hermeskeil enfin, après avoir marché 32 kilomètres j'arrive à l'Auberge de Jeunesse où une troupe de jeunes avec leurs professeurs occupent la plupart des chambres. Mais comme je réserve, j'ai une chambrée de quatre lits pour moi tout seul moyennant finances, en demi-pension cela fait 43€, ce qui n'est pas cher!

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Donnerstag 16 Mai 2019.

Pour ce début d'étape j'ai choisi de profiter des cartes ADAC (chaque fois que j'utilise cette appli. je pense à mon frère Martial, que le Dieu des chemins l'ait en sa sainte garde) et de laisser mon compagnon le Europaïscher Ferrnwanderweg E3 avec sa blaue Andreas Kreuz faire ses circonvolutions qui multiplient les kilomètres. Je prends donc des chemins de traverse qui me font raccourcir le chemin...

De nombreuses statues de bronze parsèment les rues d'Hermeskeil, j'ai choisi de vous photographier celle-ci.

Hermeskeil est une très petite ville mais très industrieuse, mon raccourci me fait passer par une rue pleine d'entreprises, une entreprise du bois qui fait scierie, palettes et autres préparations. J'ai vu une même entreprise à l'entrée de la ville. Puis c'est la forêt Hunsrückienne avec ses charmaies-hêtraies, ses sapins... Et qui dit sapins, dit aiguilles du même et tas d'aiguilles assemblés en fourmilière...

Tableau du Louvre Nature : fourmis reconstituant la fourmilière après un fouillage de sanglier.

Après l'Erbeskopf à 816m puis le Sandkopf à 807m je décide à nouveau de faire faux bond à l'E3 et descend dans la vallée rejoindre l'Idar près de sa source. Je suis ce ruisseau jusqu'à Allenbach, le chemin devient pédagogique...

Où le passant apprend que l'ortie dioïque qui nous déclenche une bonne urticaire se nomme "Brennessel" de brennen (brûler), que l'Aulne glutineux a pour nom "Schwarzerle", (Erlkönig le roi des aulnes n'est pas loin veuillez surveiller les enfants), l'églantier ou rosier de chien celui de "Heckenrose ou Hundsrose", la valériane dioïque celui de "Sumpfbaldrian" qui est difficile à prononcer comme le nom du chêne qui est "Sieleleiche" (Quercus robur).

Nous entrons dans le Parc National de l'Idar...

Parc National de l'Idar, pays du grand duc et des chats sauvages qui sont protégés.

En deux kilomètres le ruisseau est déjà devenu assez puissant pour avoir été utilisé dans l'industrie spéciale de l'affûtage à Allenbach...

Meuleuses actionnées par l'Idar. Les hommes allongés sur le ventre sont les aiguiseurs, affûteurs.

L'Idar comme source d'énergie a bien longtemps été utilisé pour le travail du cuivre (Kupfer)...

Au bout du sentier pédagogique, vers 14 h je téléphone au Landhaus Am Kirschbaum Hotel à Morbach pour les prévenir que je viens, la dame que j'ai eue m'a remercié chaleureusement pour avoir téléphoné...que j'ai du retard!

Landhaus Am Kirschbaum que je conseille à tous ceux qui passeraient par Morbach, cuisine raffinée, p'tits déj. pantagruéliques.

Depuis mon départ de Meaux, il y a maintenant un mois et demi, dans tous les hôtels où j'ai passé la nuit je n'ai pas vu un seul affichage des prix dans les chambres comme autrefois. Au Landhaus je connais le prix car j'ai réservé, sur la facture il y a 10€ de Service, donc la chambre est à 55€... Chambre super clean avec salle d'eau-WC super-itou!

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Freitag (vendredi) 17 Mai 2019.


Lors de cette étape j'ai dépassé les mille kilomètres, j'en suis à 1012 kms et le soir je fête ça par un bon saké chaud car je suis hébergé au Gemündener Hof qui est tenu par un couple de Chinois. Aujourd'hui, avec tous les raccourcis que j'ai pu prendre, j'ai pourtant éclaté mon compteur avec une distance marchée de 40 kms dans le laps de temps de 9h14.

Je suis parti un peu après 7h. Le petit-déjeuner est sensé commencer à 6h30 car il y a des travailleurs qui viennent loger là et qui partent tôt. Je me suis présenté à 6h et les dames qui préparent sont toutes gênées me disant que ce n'est pas prêt. "S'macht nichts" et je m'installe en admirant la présentation qui vous donne du bonheur pour la journée...

Les différents thés et leur eau chaude!

Je ne résiste pas à vous faire partager ma joie de vivre ces moments...

Ci-dessus buffet des différentes sortes de yogourts, confitures et compotes, de charcuteries, de fromages, beurre ou margarine..

Buffet des pains spéciaux à découper, des charcuteries frites, œufs durs et omelette coupée en dés.

Il y a aussi le buffet des petits pains simples ou aux graines, des viennoiseries et des gâteaux, et des différentes sortes de céréales... Et j'ai oublié de citer le buffet des légumes frais, genre rondelles de concombre, tomates cerises, fleurs de choux-fleurs, champignons frais fricassés (pleurotes), poivrons frits, herbes aromatiques finement ciselées et j'en passe... Avec si le client le veut un œuf à la coque à point. Je dois dire que je n'ai pas mangé de tout, mais que je suis sorti comblé (même avec un sandwich et deux fruits pour midi).

Buffet des petits pains et des céréales.

Pour faire l'important c'est de bien se nourrir...

C'est bien un verre de thé et non une bière. Je n'ai pas encore cherché de fromages!

Une fois la collation terminée, je vais payer mon mini séjour et faire tamponner ma crédenciale, j'en profite pour exprimer mon contentement à propos de la cuisine et de ce "Frustück", les deux dames sont aux anges.

La journée de marche commence par la traversée du village de Bischofsdronh avec un peu de politique...

Sans commentaires...

Effectivement nous prenons à gauche pour entamer la longue montée vers les sommets de l'Idarwald (forêt de l'Idar) autour de 750m d'altitude.

Des kilomètres de chemin rectiligne à la même altitude en général.

En approchant de l'Idarkopf, le brouillard se met de la partie, s'égouttant des branches d'arbres...

Encore 6,5 kms de chemins rectilignes vers l'Idarkopf.

Le brouillard n'empêche pas de reconnaître des plants de framboises ! Miam!Miam! pour ceux qui passeront cet été...

Que de framboisiers!!!

Cela me rappelle les Dolomites en 2015 et la montée à partir de San Martino in Passiria, je m'étais gavé de framboises et de fraises des bois...

Nous redescendons dans la vallée pour rejoindre Rhaunen où je tire un peu de biftons pour payer ceux qui ne veulent pas de ma carte Visa, à la Sparkasse bien sûr ! Je range mon portefeuille en sortant de la Sparkasse, j'ai donc quelque chose en main... Au bout d'un moment, une centaine de mètres environ, je trouve que quelque chose me manque en main, ben oui le portefeuille je l'ai rangé... Bon sang, mais c'est bien sûr, mon bâton de marche je ne l'ai plus en main! Je retourne à la Sparkasse et reprends mon bâton. Ranger son portefeuille sur place...et se remplir les mains de ce bâton...

La piscine de Rhaunen.

Tout le monde y courre, à la piscine...

Les vieux écrivains courent à la piscine comme s'ils nageaient déjà.

Mais encore...

Le jeune Président avec sa rombière court à la piscine...

Et ensuite...

Un nudiste avec Le Poulpe, des enfants en bouée.

Des bassins en plein air avec une belle eau claire affichée à 22°...

Freibad de Rhaunen.

Cette piscine propose aussi sauna, bains bouillonnants, etc... La ville de Rhaunen est Hunsrückienne avec toits en ardoises, quelquefois murs en rondins comme les chalets de nos constructions enfantines...

Maison à colombages couvertes d'ardoises comme celles alentours au bord de l'Idar.

Chalet de rondins de sapins ..

Après Rhaunen je quitte à nouveau le E3 pour prendre le chemin des écoliers ce qui m'amène à des rencontres cocasses: un chat sauvage aux moustaches amplifiées, aux oreilles s'approchant de celles d'un lynx, il me regarde un moment puis s'enfuit vivre sa vie aux aguets ; un agriculteur qui déverse moults intrans, ici de l'engrais en petites boules vertes, me voit parcourir un chemin de traverse que seuls les initiés doivent connaître, il me salue, étonné; un autre qui doit avoir mon âge fend du bois au beau milieu du chemin, il s'aide de la fendeuse entraînée par le moteur d'un tracteur ancêtre "Baultz", ainsi qu'une bête de proie je suis arrivé derrière lui en silence, ai attendu qu'il ait fini de fendre un gros morceau de tronc, "Hallo! Guten Tag!" et je passe, tout éberlué que quelqu'un passe par ce chemin il marmonne une salutation ; plus loin, dans un petit vallon après Rohrbach, affairé à paître dans une grasse prairie, un petit troupeau de bêtes à cornes supervisé par un taureau qui a tout d'un zébu, toutes me regardent avec leurs beaux yeux vachards, le taureau avec plus d'attention que les autres, peut-être qu'il vise mon sac rouge tauromachique...

Deux matronnes noireaudes et...

Monsieur le taureau...

Et oui c'est bien Herr Taureau !

Il n'a pas défoncé la barrière et je suis parti en douceur... Plus loin un chemin géologique où sont exposées toutes les roches du Hunsrück.

Ci-dessus une roche volcanique à la couleur verdâtre, la diabase.

Ci-dessus une explication de la "schistosité" ou "Schieferung" qui est produite par la pression exercée par deux forces contraires, ici de droite et de gauche, quand le degré de schistosité devient parallèle à la position de la couche d'argile nous avons les "Plattenstein" qui peuvent donner les ardoises. Ces roches sont le début du métamorphisme, car quand il y a pression il y a chaleur et les éléments chimiques qui constituent l'argile vont se réorganiser pour donner de nouveaux minéraux, ainsi voyons-nous l'apparition des micas, les micaschistes...je vais arrêter là la leçon de géologie. Dans le Hunsrück les schistes sont nombreux et les Plattenstein aussi d'où l'utilisation de l'ardoise...

Un bout de "Schiefer" ou schiste qui peut faire un solide crêt, tel qu'il est placé, sur lequel le randonneur peut marcher.

Une roche des plus solide qui soient ce sont les quartzites, vous rendez-vous compte de la puissance d'un ciment de silice où les grains de quartz sont devenus ciment, un grès sédimentaire est déjà extra solide mais un grès métamorphisé c'est du Méga-extra!

Quartzite Hunsrückienne. Sur la photo de droite vous pouvez voir en brillance le ciment de silice.

Admirez le dessin de ce morceau de quartzite, un œil de sable...

Voilà que Gemünden est enfin en vue, mais un chemin géologique fait oublier que nous arrivons bientôt à 40 kms, les jambes volent vers le but!

Gemünden en vue!

Belle bourgade!

Ardoises et colombages !

Cela fait de belle courée!

Une belle courée !

Et voici le "Gemünder Hof", hôtel actuellement tenu par un couple de Chinois fort sympathique.

Repas de "Spargel" (asperges) et un bon saké chaud pour bien dormir !

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Samstag (samedi) 18/05/2019.

Aujourd'hui, je n'ai rien de réservé pour le soir, sur le net impossible de trouver quelque chose, tout est monopolisé par la série des entreprises qui profitent à peu de frais du travail des autres: booking.com, hôtel.com, tripadvisor.com, etc, etc... Ce n'est plus possible pratiquement d'avoir les lieux d'hébergement en direct! Alors Rheinböllen est à environ 30 kms, Bacharach beaucoup plus loin...tentons Rheinböllen.

Monsieur Chinois me trouve dans l'escalier avec tout mon matériel..."S'macht nichts !" Et je m'installe, commence à manger un fruit et prépare mes couverts. Monsieur Chinois se démène comme un beau diable, court à la "Backerei" (boulangerie). Dans l'intervalle j'ai déjà mangé deux fruits (banane et kiwi) et un bol de céréales avec du lait froid, le reste suit comme d'hab! Monsieur Chinois est au petit soin, il m'apporte une petite bouteille d'eau minérale et deux sacs à mettre des parts de poulet frit, il me dit que je peux faire des sandwichs pour midi. Il est 7h15.

Je vais nettoyer mes quenottes d'un brossage gentillet car j'ai un nécessaire à quenottes dans ma besace, le matin j'économise donc le temps de chercher ma trousse de toilette qui se trouve dans mon rücksack (sac à dos).

Départ 7h46. Dès la sortie de bourg nous voici à nouveau entré en forêt, Staatforst Kirchberg (équivalent de notre forêt domaniale), avec des passages bourbeux. Nous montons régulièrement jusqu'à la tour de l'Alteburg à 620m d'altitude...


Alteburg à 620m.

Nous ne quittons pas cette altitude de 600m environ jusqu'au lieu-dit Glashueter Wiesen. Pour seuls compagnons de forêt, les sangliers que nous n'entendons pas, que nous sentons quelquefois, mais dont nous savons la présence par les retournements de mousses...

Une clairière presque entièrement retournée par les gros cochons sangles.

Les autres compagnons sont inertes...

Compagnons inertes du chemin, cairns improvisés et tours de chasse.

INTERMÈDE: À la tour de l'Alteburg il y a un banc. Un banc est un bonheur pour le randonneur, il peut poser son sac à l'abri des passagers clandestins tels que tics, limaçons et autres bestioles pas forcément nuisibles mais gênantes, enlever les vêtements qui lui donnent trop chaud, libérer ses épaules quelques secondes... Je profite du banc... j'entends des voix monter de par où je suis venu. Deux jeunes hommes débouchent du chemin en discutant. Nous nous saluons. Ils continuent à discuter entre eux à propos des signes nombreux autour de la tour. Je leur demande "Wo gehen Sie ?" Il me parle de Hochsteinchen, moi je leur dis que vais à Rheinböllen, "Ach, das ist ein simmlich Weg, genau!" Et il reprennent leur conversation, moi je reprends mon cheminement. Ils ne me rattraperont pas. Quand le marcheur est seul il va vers les autres de rencontre pour faire société, les marcheurs en groupe, deux est déjà un groupe, font société et vont moins vers les autres !


Mais me voilà arrivé à Rheinböllen, dès l'entrée de la ville je repère un hôtel ***, je vais voir, la réception n'ouvre qu'à 17h et il en est 15h. Aucun N° de téléphone... Je prends le chemin du Centre Ville dans l'idée de trouver un bus pour Bacharach où je sais trouver une Auberge de Jeunesse. Je demande même à un vieux couple de randonneurs à pieds. Ils me disent d'aller en ville. Je vais en ville et repère un panneau où il y a un plan, les différents commerces de la ville et!!! les hébergements dont celui d'entrée de ville, avec son N° de téléphone !!! Peut-être sauvé par le gong du téléphone ! Je téléphone, une charmante voix me propose une chambre mais il faut que sois là à 17h. Je retourne vers la zone industrielle où se trouve l'hôtel, j'attends au Burger King en sirotant une bière et grignotant des frites et oignons en beignets. A 17h je suis à la réception, la voix que j'ai entendue au téléphone est devant moi en la personne d'une belle femme blonde. Elle m'enregistre, je paie et je lui demande de tamponner ma crédentiale, elle me demande d'où je viens aujourd'hui. " Gemünden, das ist fahr", et avant me demande-t-elle. "Vom Paris! Das ist unglaubich !" C'est incroyable !


Ich bin ein unglaubicher Mann!

Unglaubich! Des éoliennes semblent sortir de la lampe d'Aladdin !
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Sontag (dimanche) 19/05/2019.

À l'hôtel Landhaus Elbert, le Frühstück (petit déjeuner) est à 8h et j'ai le temps. Je collationne à la vitesse d'un escargot, en même temps j'écris. Les dessertes sont fournies de toutes sortes de bonnes choses que je goûte, j'ai pu me faire deux petits gros canapés de légumes et fromages garnis. Je les mangerai assis sur un banc en contemplant la première image du Rhin.

J'ai quitté le Landhaus Elbert à 10h, traversé la ville. J'entends les cloches du temple protestant et celles de l'église catholique sonner à tout rompre l'appel pour les offices. Je vois les fidèles s'y rendre, endimanchés pour les personnes adultes, en sweat, jogging et baskets pour les jeunes que j'ai pu voir. Et pourtant le "Christ" sur sa croix n'en rigole-t-il pas comme dans le film de Bunuel dont le nom ne me revient pas, c'était dans sa période mexicaine. Certainement que Martial, mon frère en montagnes, saura...

Pauvre Jésus qui est pris en otage par les puissants de ce monde.

A la sortie de Rheinböllen je m'engage pour des kilomètres sur l'ancienne voie romaine...tout droit, gerade aus...

Römerstrasse, la voie romaine.

Dans mon cheminement je croise un autre europaïscher Fernwanderweg (GR européen), le E8 qui va de la Mer du Nord, en fait de l'Irlande, jusqu'à la Bulgarie.

Et vers les 9 kms voici enfin le Rhin...

Le Rhin se fraie un passage à travers les monts de l'Eifel et du Hunsrück.

Cela donne de beaux paysages...

Descente progressive vers le Rhin.

Descente progressive vers le Rhin par le chemin des ânes, qui peut se confondre avec celui des écoliers...

Et nous arrivons à l'Auberge de Jeunesse Burg Stahleck à Bacharach à 14h, après 13 kms de marche. Je suis passé par un chemin indiqué par ma carte ADAC mais non essarté. Il n'y a guère que les animaux qui doivent l'emprunter car il y a une trace et de nombreux retournements de mousses opérés par les sangliers. Eux se protègent des tiques en se roulant dans la boue, je ne peux décemment faire comme eux et me présenter ainsi devant mes hôtes aubergistes. Je les enlève au fur et à mesure que je les vois grimper sur mes jambes. J'en ai ainsi enlevé plus d'une dizaine...une seule a réussi à échapper à ma vigilance et s'est fichée sur le haut de ma cuisse gauche près de l'aîne, une partie molle où le tire-tique est difficile d'utilisation. Dans ma chambre, je l'ai découverte lors de ma revue de détails, pince à épiler désinfectée à l'alcool, incision douloureuse mais opérante, la tique n'a pas laissé sa tête dans ma chair ouverte, désinfection, pansage... Tique, tu ne m'auras pas!

Enfin la vie de château...

L'entrée de l'"unglaubicher Mann" dans sa résidence castelanne...

Je fais un peu vagabond pour "ein unglaubicher Mann"...!

Une bonne nuit dans une Einzelzimmer, une chambre pour une personne...

Pour y monter...et la chambre accueillante, Ulrike me l'a si gentiment préparée avec une petite collation d'accueil.

Cette auberge de jeunesse est impressionnante... Voici quelques vues...

L'entrée à gauche en haut, une partie du corps de bâtiments et la suite sur les photos du bas.

Vous avez pu remarquer que les fondations du Castel sont sur du schiste, quand il pleut il ne faut pas glisser (voir la photo de l'entrée), mais il y a les bâtiments derrière la tour donjonnale où loge mézigue, d'ailleurs ont reconnaît ses fenêtres à ses chaussettes...

La légende est dans le texte.

Vous remarquerez le travail des couvreurs qui ont utilisé de l'ardoise du crû tout en arrondi, cela a dû coûter un tas de pépettes, mais nous sommes au pays d'Angela et les pépettes coulent à flots au vu de l'activité dans la vallée du Rhin.

Une remarque positive pour Angela, le nombre de péniches qui descendent et remontent le Rhin cela fait autant de camions en moins sur les routes, le nombre de trains de marchandises qui sont passés cette nuit, sur les deux rives s'il vous plaît, cela fait encore plus de camions de moins sur les routes... Il y a un grand mamamouchi qui ferait bien de s'en inspirer au lieu de s'en prendre aux petits moins que rien qui ont besoin de leur voiture pour se déplacer... Mais revenons à nos moutons, càd la description de ce que je vois dans mon voyage pédestre...

Une des portes de Bacharach.

Encore une autre porte...

Bacharach est enceinte de murailles garnies de tours-portes.

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