Carnet de voyage

E3, Atlantique - Mer Noire

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Début d'une fabuleuse aventure ..
Avril 2018
16 semaines
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Publié le 9 mars 2018

Avant-propos: Le E3 est le Chemin de Grande Randonnée Européen qui relie l'Atlantique (cap Finisterre après St Jacques de Compostelle) à la Mer Noire (cap Emine en Bulgarie). Il existe une Association Européenne de Randonnée Pédestre qui s'occupe à promouvoir ces chemins européens, malheureusement il existe aussi une disparité dans le marquage du label E: sur les deux E que j'ai déjà pratiqués (E3 et E5) je peux dire qu'en France ces chemins ne sont qu' épisodiquement marqués. Par exemple, au Moulin Arrondeau près de Couptrain en Mayenne, le panneau d'explication sur le E5 Atlantique (Pointe du Raz) - Adriatique ( Venise) que je vois lors de mon passage en 2015, a aujourd'hui disparu, l'explication en est peut-être la suppression du GR22 C? Ce fut le deuxième marquage E5 depuis la Pointe du Raz! En Allemagne, Autriche, Italie, ces chemins sont valorisés en tant qu' "E" européens et marqués en conséquence. En 2015 j'ai parcouru le E5 de bout en bout et suis parvenu à Venise après un peu plus de 3000kms de marche, je n'y avais jamais été. Une deuxième ville européenne que je n'ai pas encore visitée est Prague, à ce moment je décide qu'en 2018 j'irai à Prague à pied, c'est moins loin que la Sérénissime. Depuis mon retour d'Italie j'étudie donc ce parcours et prend connaissance du E3. Je passe 2016 aux taquets, prendre la route me manque... Et c'est de là que je décide d'aller à Compostelle en suivant cette partie du E3, pèlerinage européen pour moi, 23 février jour de mes 71 ans départ de Fontainebleau - 30 mai arrivée à St Jacques de Compostelle, puis le 2 juin à Fistera sur l'Atlantique. Début avril prochain, vraisemblablement le mardi 3, je pars de Fontainebleau vers Prague.

Préparation:

Le parcours est déterminé (France 478kms -Belgique 174kms -Luxembourg 251kms -Allemagne 1087kms -Tchéquie 210kms).

Les étapes sont programmées (87) dont 18 en France, 7 en Belgique, 9 au Luxembourg, 44 en Allemagne et 9 pour la Tchéquie.

Les hébergements à peu près définis(chambre d'hôtes, un seul gîte d'étape, hôtels, une seule Auberge de Jeunesse en France; ch. d'hôtes, un monastère, une AJ en Belgique, hôtels, un monastère, 5 AJ au Luxembourg, Pension, Gasthaus, Gasthof, hôtels, 16 AJ en Allemagne, Penzion, Hospoda, Hotel, Hostel (AJ) en Tchéquie.

Les moments de repos prévus lors des séjours en Auberge de Jeunesse car moins cher! Une semaine de repos à Berlin où je me rends en train à partir d'Annaberg-Buchholz. Je reprends mon cheminement dans cette localité.

Travail de quatre mois!


Préliminaires:

Aujourd'hui est le 6 mars 2018, je viens de boucler mon sac, avec les habits que je porterai le jour du départ cela fait 11,8kg, y compris mon sac portefeuille, ma besace où je mets ma pélerine, mes chaussures, mes gourdes remplies, mon couteau et les différentes babioles que j'aurai dans mes poches. 11,8kg font:

- sac à dos avec armature rigide hyper légère et filet permettant l'aération du dos;

- dans la poche extérieure du rabat, le petit imperméable du sac, la corde à linge en fibre synthétique ;

- dans la poche intérieure de ce même rabat, petite trousse (bobine de fil polyester, mines graphite critérium, petite gomme à effacer), carnet pour recueillir notes personnelles et tampons

, câble USB et prise-transfo, batterie de secours, 5 pinces à linge inox dans leur pochette, étui à lunettes, pq bien emballé, clefs de maison;

- dans le sac lui-même, sa poche de dos contient mes cartes jusqu'à Prague sous forme de copies dont je me débarrasserai au fur et à mesure de mes étapes, un carnet de chèque et des feuillets de compte, ma credenciale qui me servira à maintes occasions, une grosse pochette étanche contient les habits de rechange (pull polaire à manches longues, chemise tissu synthétique, marcel tissu id., slip ultra léger, short genoux et sa ceinture tissu id.), une autre (2 paires de chaussettes, un slip supplémentaire, le drap en soie), une troisième la paire de sandales de marche, serviette de toilette dans sa pochette, trousse de toilette (dentifrice, brosse à dents pliable, savon, coupe-ongles), une boîte plastique souple contient une provision de fruits secs ( amandes, noisettes, raisins secs et cranberries), au-dessus de tout cela mon pantalon de pluie et accessible par l'ouverture Zip du bas, la couverture de survie ;

- dans la poche zippée de devant, la pharmacie, une boîte aspivenin où j'ai aussi placé quelques épingles à nourrice, une pince à épiler, un briquet, quelques aiguilles à coudre, un crayon gras, une petite paire de ciseaux et un jeu de tire-tics, une pochette plastique contient un petit spray alcool à 70°, quelques pansements à blessures, à ampoules, quelques stéristrips, 5 compresses hydrophiles, un rouleau de sparadrap pour straps, une bande de contention auto-aggripante, une boîte de paracétamol 1g, quelques cachets anti-inflammatoires ;

- dans les petites poches-filets latérales une gourde thermos de 0,35l et une bouteille plastique 0,5l;

- les attaches pour bâtons de marche maintiennent les guêtres ;

- un sac de couchage mis dans une grosse pochette étanche est fixée sous le sac.

- La sacoche portefeuille qui sera portée en bandoulière, ainsi protégée d'un vol à l'arraché car bloquée par la bretelle du sac à dos, elle contient le portefeuille, le porte-monnaie, le calepin où sont inscrites étapes et adresses, une petite lampe à LEDs et son câble USB, stylo-bille et critérium, un micro-chiffon pour nettoyer les lunettes, le smartphone, une petite brosse à dents et son micro tube dentifrice.

- La besace en tissu nylon , portée en bandoulière par dessus le sac à dos, contient essentiellement la cape de pluie, elle me servira à porter le "lunch packet" (pique-nique) à l'occasion.

- Le bâton de marche.

- Les habits de marche: marcel tissu synthétique, slip ultra-léger, chemise tissu synthétique à poches de poitrine, chaussettes rando à semelle laine bouclettes et montant tricotage synthétique, petite écharpe soie (elle pourra servir d'écharpe à bras cassé, ou de garrot (le crayon gras servira à noter l'heure de la pose d'un garrot), short-pantalon, ceinture synthétique, couteau suisse dans sa pochette, blouson léger imperméable et respirant, casquette imperméable, lunettes à verres qui se teintent au soleil, chaussures basses de marche (je parie cette fois-ci sur le léger).

- Les babioles: principalement un tube de baume à lèvres, une petite flasque de crème solaire, un mouchoir tissu genre immense mouchoir de grand-père pour la sueur du front, à l'occasion une petite boîte de bonbons genre "Ricola"...

11,8kg c'est assez lourd, vu que je pèse 73kg je ne devrais porter que 7,3kg, mais en fin de compte si je retire mon habillement, chaussures, bâton et casquette j'arrive à porter 8,79kg, quand j'aurai épuiser mes cartes et les fruits secs j'arriverai à 7,79kg, bon cela ne fait que 0,6kg de plus... Devrais-je laisser mes sandales à la maison? Mes expériences passées me disent que non... Je partirai donc avec ce handicap !



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Publié le 2 avril 2018

Temps couvert toute la journée, le soleil perce de rares fois, frisquet le matin et plus doux en après-midi. Coucou et pic (vert, noir ou épeiche, je ne sais) s'en donnent à cœur-joie, l'un à s'égosiller sur son grand chêne, en espérant que le hibou réponde ( manque de pot, il fait encore sa nuit-jour), l'autre à jouer le batteur effréné sur tout arbre susceptible de cacher quelques trésors culinaires. La forêt de Fontainebleau possède d'agréables chemins sableux avec montées et descentes parmi les blocs de grès. Le GR1 me mène à Bois le Roi d'où je suis le GR2 le long de la Seine et cela jusqu'à Melun. 22,3kms en 5h31, beaucoup d'arrêts causette avec baliseuses et baliseuses, même quelques coups de main pour dégager les chemins (préparation de la rando des 3 châteaux, 42kms, participation phénoménale de 17 000 personnes possible), randonneurs et autres promeneurs. À Melun je suis hébergé par un neveu super sympa.

Chaque laie forestière à son patronyme.

La Tour Dénécourt surplombe la forêt. Mr Dénécourt est l'initiateur des chemins balisés dès la fin 19ème siècle, il a parcouru de long en large cette forêt en y laissant des signes de peinture bleue.

En bord de Seine.

En bord de Seine traînent de drôles d'olibrius qui marchent de concert sur quelques kilomètres.

St Aspais à Melun, église à la forme ?gonale. Il n'y a pas de transept...À droite Collégiale Notre Dame.

À Melun la belle Collégiale Notre Dame est fermée, peur des prisonniers de la Centrale pénitentiaire la jouxtant ? Voir la photo ci-dessus à droite.

Héloïse et Abélard.
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Mardi 3/04 après une nuit coupée en deux, sommeil de fatigue 21h-5h, sommeil hâché jusqu'à 6h44, prise de météo et v'là t'i pas que les éléments se déchaîneraient! Averses et même grêle avec éclairs! Je suis arrivé à Chaumes sans pluie aucune ni autre tourment du ciel qu'une couverture nuageuse aux nuances gris-fer. Ce n'est que 1 kilomètre avant la ferme de Forest, mon gîte du soir, qu'il s'est mis à pleuvoir. La "Baraka"! Et pourtant 8h50 de marche pour faire ces 37,8kms (attestés par GPS).

La sortie de Melun m'a permis de voir le printemps, l'automne et l'hiver....


Haut gauche: sceau de la ville en bronze (Melun) sur le sol. Trois autres photos à l'entrée d'un lotissement.

Des chemins un peu gras qui font les chaussures lourdes mènent le pèlerin au Château de Vaux le Vicomte. Le Nicolas n'a pas lanterné dans la magnificence avec l'argent du contribuable françouais... Un peu plus il se faisait enterrer en grandes pompes aux frais du petit peuple comme nos bienheureux députés ! Le Grand Louis y mit le hola !

Château de Vaux le Vicomte. Haut gauche: sortie des pièces d'eau des jardins que le "Rû d'Ancoeur" alimente.

Après cet édifice somptueux que je n'ai pas pu visiter, vous pensez bien qu'il n'y a aucun gîte pour le petit pèlerin dans ce genre de demeure, j'ai marché vers Blandy où m'attend un autre château, médiéval celui-ci.

Château de Blandy.

"Quelques kilomètres" plus loin, un bel édifice religieux qu'il faut repérer sur la carte, le chemin n'y mène pas exprèssément, la collégiale St Martin de Champeaux. Ses toitures de tuiles plates sont végétalisés par la mousse de façon importante, l'intérieur est d'une clarté qui vous éblouit l'âme si toutefois vous en possédez une.

Collégiale St Martin : la nef, le haut du chœur, les stalles sculptées du chapitre, le pavement fait pierres tombales.

À Chaumes en Brie, le marquage du chemin laisse à désirer, je me plante quelque peu, mais les gens que je sollicite sont d'une gentillesse briarde et je retrouve mon chemin. Je profite du passage devant un restaurateur turc pour m'acheter un sandwich kebab à emporter, 5,5€ cela me fera une journée à 62,5€... Mais il faut bien se loger, n'est-ce pas !


Église aux larmes d'Andrezel, la plaine briarde avec Chaumes-en-Brie en fond, une ferme briarde, "Forest".

La journée se termine, après abblutions revigorantes, dévoration du kebab, par un sommeil réparateur de 8h30. Ces textes sont écrits entre 5h30 et 6h45 de ce mercredi qui me verra aller à Crécy-la-Chapelle.

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Publié le 5 avril 2018

Mercredi 4/04, 35kms en 8h52. Temps couvert et triste comme une retraite de Russie, comme hier il n'a plu qu'à l'arrivée, le dernier kilomètre.

Aujourd'hui 3 photos seulement.


Écurie... Château du Duc d'Épernon à Fontenay Trésigny. Belle petite église de La Houssaye en Brie.

Je vous livre là mes pensées brutes venues au fil du parcours. Écurie du Vivier à côté du Château du même nom, nous arrivons dans une aire d'élevage de chevaux, nous sommes près de Compiègne, Chantilly où règne un Nicolas Fouquet moderne, vous savez bien celui qui missionnait son illustre épouse auprès d'une richissime pour essayer d'en tirer quelque revenu, celui qui a vendu à ses compères et commères du monde du cheval un terrain des Domaines à vil prix...un nonlieusard vous dis-je... Peut-être qu'un jour ces mêmes gens revendraient bien ce coin de terre aux mêmes Domaines de l'Etat mais à un prix sans commune mesure... encaissant une plus-value ! Du "nicofouquetage" ...

La deuxième photo, ancien Château du Duc d'Épernon il est mentionné sur la carte IGN, il s'agit certainement du mignon favori d'Henri III, Jean de Nogaret qui avait femme et enfants. Son château est bien en perdition!

La troisième est celle qui m'a réjoui, cette petite église bien entretenue et toute mignonne ! Derrière se trouve encore un château, avec tours et tout le toutim pour en mettre plein la vue, y aurait été logé le maréchal d'Empire Augereau. C'est l'église qui a capté mon œil!

Triste comme une retraite de Russie ai-je qualifié le temps! En effet certains soldats sont arrivés au bout de cette retraite en supportant les maux qui les accablaient. Hier donc j'ai eu l'impression d'être l'un d'eux. Le troisième jour de marche réveille les maux cachés dont nous souffrons sans vouloir le reconnaître dans notre orgueil de marcheur, je parle pour moi évidemment. Je suis parti tout flamme et arrivé éteint, comme au Portugal ma jambe droite recommence à faire des siennes. Je vois avec désolation la fin arriver... La fin du voyage bien sûr... Je vais à Meaux aujourd'hui, je teste...

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Publié le 7 avril 2018

Fin du périple à Meaux. Ma jambe droite ne me laissant aucun répit, surtout au niveau du genou, je décide d'arrêter de marcher, je rentre dépité en tirant la patte. J'ai tout de même parcouru 14kms en 3h20 en ce jeudi 5/04, mais chaque fois que je m'arrête je souffre le martyr pour remobiliser la jambe droite, heureusement que j'ai le bâton de marche pour m'appuyer, comme un petit vieux que je deviens !

Je suis donc arrivé tôt (12h30) à l'hôtel 1ère Classe situé près de la 4 voies menant à Meaux. Je fais ma lessive de randonneur (chaussettes)), m'écroule sur le lit tout habillé, au réveil à 18h30, douche chaude et recherche de quoi dîner. Une pizzeria à proximité fait mon affaire. Je dors à nouveau 8h d'affilées, puis lecture sur la liseuse "Kurt Wallander" jusqu'à 7h30. P'tit déj. et marche vers la cathédrale où a officié l'Aigle de Meaux, Bossuet.

Puis la gare pour un train vers Paris Gare de l'Est, Métro pour Montparnasse et Intercités pour Surdon, TER pour Alençon...

Petit déjeuner à Crécy-la-Chapelle, chez Jules et Marie.

Et Meaux vous fait les beaux yeux !

Avec la Marne, son canal et sa cathédrale !

Et après ? Je vais consulter l'Académie des médecins, ils vont peut-être me "rehancher"? Ou me "regenouiller" moi qui me suis agenouillé si longtemps? Au moins je ne me suis pas déhanché trop souvent sur les pistes de danse! Alors parions sur le regenouillage ! La re-marche viendra après!

Ce parcours que j'ai si bien préparé m'ouvrira ses chemins une autre fois, qui sait!

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Lundi 1er avril 2019. 8h57 le train régional en direction de Meaux (direct). Je l'ai eu de justesse, accompagné d'une dame très âgée que j'ai aidée pour y monter son chariot de courses. Perdu dans mon labyrinthe de pensées je n'ai pas vu le temps passer, et voici Meaux, 30 minutes de trajet.

Il faut prendre la sortie côté Villenoy par le passage souterrain, en face je rejoins le canal latéral à la Marne que le GR1 suit sur environ 2 kms. Sur la droite, nimbée de brume, je vois les tours de la cathédrale qui a vu officier Bossuet dit l'Aigle de Meaux. Les canards colverts sont assez nombreux, je ne vois que des mâles mais j'entends les femelles cancanouillez sous les entrelacs de végétation qui descendent jusqu'à fleur d'eau. Un joggeur, un cycliste, un pêcheur, un promeneur, un très vieil homme sans dents à qui j'ai souhaité le bonjour...et une poule d'eau à qui j'aurai bien voulu parler mais elle était de l'autre côté...


La tour de la cathédrale de Meaux, nimbée de brume.Canal latéral à la Marne. Anémones sylvie, jacinthes sauvages. merci

Une étape facile sans grandes difficultés mais tout de même 25kms en 6heures, 5 kms de plus que mon kilométrage curvimétré, rajouter à ceci 1,7kms pour rejoindre la Gare de l'Est depuis mon lieu d'hébergement à Paris. Beaucoup de sous bois où le printemps s'étale en nappe d'anémones sylvie blanches, de ficaires jaunes et de jacinthes sauvages bleu-mauve, quelques orties blanches et pourpres (lamiers). Ce matin, après Penchard, je suis passé sous une ligne TGV sur laquelle j'ai vu un ICE (TGV allemand) filer à toute berzingue vers l'Allemagne...d'aucuns m'auraient conseillé de sauter dans ce train pour m'y rendre plus vite! Mais je vais à mon train de pélerin... Ce soir l'hébergement se fait chez Les Baladins, hôtel de chaîne situé dans la zone industrielle de St Mars, à côté de Dammartin en Goële, ce sera aussi repas au "Bête à cornes"...

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Mardi 2/04/2019. C'est donc la 7ème étape depuis mon départ de Fontainebleau l'an dernier. La différence entre le curvimétrage et la réalité du terrain est flagrante encore aujourd'hui, 25 kms curvimétrés sur la carte, 33,8kms par l'application Endomondo et 31,2 par ma montre connectée. Mais il n'y a aucun hébergement à la ronde que le restaurant L'Alezan qui fait chambre d'hôtes et une bonne cuisine ! Alors je les ai parcourus ces kilomètres, sous la pluie à mon départ de Saint Mard dès 7h30, puis sous un soleil voilé vers les 10h.

Ces mêmes dix heures me voient entrer en forêt d'Ermenonville, après le hameau-village de Loisy où, dans une prairie quelconque, un groupe d'êtres vivants à quatre pieds avec manteau moumoute me toisent avec l'air de se demander qui a bien pu fabriquer un être bipède avec une peau noire (ma pélerine) et une face si rouge pourvue d'yeux sombres (mes lunettes s'assombrissent aux UV).

Les quadrupèdes à moumoute étonnés.

La forêt d'Ermenonville est immense pour un marcheur, entré à 10h et sorti vers 14h30! Taillis jonchés d'anémones sylvie encore fermées en matinée et épanouies au soleil de l'après midi, futaies de chênes, de pins vers la partie sableuse de la forêt. Sentes agréables à parcourir, chemins sableux plus difficiles de par leur texture fuyante au pied.

Entrée en forêt d'Ermenonville. De carrefours en carrefours.

Par place, des manifestations de gilets violets occupent les bas côtés. Sont-ce des récriminations épiscopales ? Je n'en sais fichtre rien car elles ne disent que parfum !

Les manifestantes au gilet violet.

A Thiers-sur-Thève, un beau château qui a du pont-levis et une écurie de dressage.

Château de Thiers-sur-Thève.
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Mercredi 3/04/2019. 19,6kms.

Après une grasse matinée relative, petit déjeuner à 8h30, je rejoins la gare RER d'Orry pour longer la voie de chemin de fer sur environ 2 kms et ainsi rejoindre le GR1 qui me mène au Château de la Reine Blanche.

Château de la Reine Blanche.

C'est ici qu'Audrey Hepburn dansa avec Fred Astaire dans "Funny Face"...mais je suis entré dans la légende pour vous en parler mieux!

Euromarcheur entrez donc!

Après le château, la forêt de Chantilly par le GR12 qui me mènera jusqu'en Belgique, auquel s'adjoint temporairement le GR655 qui est sensé être utilisé dans l'autre sens, cad. vers le sud et St Jacques de Compostelle (tous les chemins de Grande Randonnée qui commencent par 65 se dirigent vers Santiago de Compostella, ils sont amenés à se raccrocher à la célèbre Via Podiensis qui part du Puy-en-Velay en empruntant l'itinéraire du GR65). Chantilly, la crème de la cavalerie de course, la crème de la soit disant "haute" qui va sur le trône à la même hauteur que nous, l'hippodrome de Chantilly et son association de turfistes qui a acheté à vil prix une petite partie de la forêt domaniale par l'entremise de Monsieur Woerth alors Ministre du budget, il faut dire que sa femme en était membre. Chantilly c'est aussi la crème des tartes qui servent à entarter les gens de la haute comme de la basse !

Ratissée tous les jours au petit matin ?

Et en début d'après midi, SENLIS, ville moyenâgeuse !

Une ruelle pavée, un prieuré, la cathédrale (porche, vue latérale, la nef).

Et sur les pavés le signe! Qu'icelle ou icelui qui connaîtrait la signification du croisé R-G/H-E assorti d'une étoile avec un quadrilatère au centre se manifeste, il gagnera une indulgence pour entrer au paradis des bernés.

Le fameux signe cabalistique.
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Jeudi 4/04/2019. Après un petit-déjeuner plantureux à l'hôtel Ibis budget bien excentré, je reprends mon cheminement dès 8h15 avec le clocher de la cathédrale pour point de mire.

Une fois quitté l'agglomération senlisienne, j'entre en forêt domaniale de Halatte vers les 9h. C'est une fûtaie composée de chênes et de hêtres aux belles pièces. Le chêne à l'image croisé sur le chemin après le village de Fleurines n'en est pas le plus bel exemple.

Le chêne à l'image visité en procession dès 1587.

La forêt de Halatte se montre aussi plus monteuse, les altitudes variant de 80m à 221m au mont Pagnotte que le GR s'empresse de nous faire franchir.

Les montées et descentes contribuent à mon entrainement en vue de la vallée de la Semois, de l'Eifel, Taunus et autres Erzgebirge.

A la sortie de la forêt, vers les 13h, Roberval un petit village à la belle petite église connu par son nom dans le monde entier.

Eglise de Roberval et la raison de sa notoriété.

Le GR longe l'Oise pour un petit kilomètre et après 29kms parcourus à la vitesse moyenne de 4,5kms/h, nous voici arrivés à Verberie, Auberge-hôtel L'Aramont pour un repos bien mérité.

L'Oise navigable jusque là, église de Verberie qui a perdu ses statues de façade.

Repas du soir assiette kébab mixte bien fournie chez Méditerranée Verberie Kébab.

Les kebabeurs au travail.
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Vendredi 5/04/2019. Je quitte l'auberge-hôtel à 8h15 et reprends le GR12 qui me promène le long du coteau jusque St-Vaast-de-Longmont à la belle église.

Eglise de St-Vaast-de-Longmont.

Le chemin grimpe sur le plateau en pente raide, je suis bien obligé de suivre ! Il y a des couches de grès qui font comme des surplombs avec excavations où l'on pourrait s'abriter, je ne les ai pas pris en photo car cela leur aurait donné trop d'importance. Mais il faut bien dire pour leur défense que ce sont bien eux qui maintiennent le relief en l'état. Une fois sur le plateau, il n'y a plus un seul arbre pour mettre les signes du GR, par contre les chemins d'exploitation sont nombreux !? Alors comment fait-on pour se diriger ? Sur la carte il y a une ligne à haute tension qui suit approximativement le chemin, ou plutôt le contraire. Vive notre bonne EDF!

Après le plateau le chemin descend vers le thalweg de la petite rivière l'Automne qui se jette dans l'Oise en amont de Verberie, en compagnie du GR12 je traverse le bourg de Béthisy-St-Pierre et v'là t'y pas que nous sommes obligés de remonter la pente raide du coteau par des escaliers pour bottes de sept lieues pour arriver à un beau parc où nous n'avons pas le droit d'entrer, puis nous redescendons vers le lit de l'Automne en longeant un chemin agréable qui lui se trouve dans le parc ... Il y a de quoi fracasser un couple, vous ne trouvez pas ! Stoïques, et le GR, et moi! Nous avons continué ensemble.

Puis la fameuse forêt de Compiègne, celle du célèbre wagon de Rethondes qui a servi deux fois, une pour un "diktat", l'autre pour un armistice qui avait tout d'une défaite. Et bien, ce n'est pas une forêt ordinaire, elle a du charme tout en étant hêtre, ou plus joliment dit elle nous charme par son hêtre, c'est donc une charmaie-hêtraie!

Parcelles en régénération sous forme de taillis. Photo de droite, haute fûtaie en contrebas.

Au beau milieu de la forêt, St Jean aux Bois, un petit village regroupé autour d'une ancienne abbaye dont il reste l'abbatiale et ses trésors.

Nous retrouvons la forêt dont le sol devient argileux avec les inévitables fondrières, argile à silex pour préciser. Des chemins en pente raide où n'est sèche que la fine croûte au contact de l'air mais en dessous ce n'est pas affriolant, cela peut vite être le splatch-boum-radada et la glissade ! Cette nature argileuse permet l'installation de certaines plantes comme l'ail des ours, le bouleau...

Mais le randonneur acoquiné de son GR passe partout, sauf dans le chas d'une aiguille où il n'y a guère que le dromadaire à s'y aventurer.

Au bout de 33,8kms nous voici arrivés à Pierrefonds où nous faisons halte, du moins moi car Mr GR boude et va dormir sur son chemin.

Le fameux château de Pierrefonds.

C'est au camping "Le cœur de la forêt" que je suis attendu par Mélanie et son compagnon. Comme les caravanes sont en panne d'électricité, Mélanie m'a attribué une maisonnette où m'attend mon repas du soir!



La chambre est au-dessus. De la bonne charcutaille, hm!
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Samedi 6/04/2019. Ce matin, une vraie grasse mat ? Non, pas vraiment car à 7h j'étais d'attaque et j'ai commencé à ranger mes affaires, à procéder à mes besoins vitaux, puis à petit déjeuner avec les restes du soir en attendant que Mélanie me livre le panier breakfast prévu. A 8h le panier est livré, mmm! de bonnes viennoiseries, une demi baguette, une compote, une boîte de céréales portion une personne, la bonne confiture de fraises, avec tout cela = p'tit déj pantagruélique ! En prime j'ai pu me faire un sandwich salami/beurre pour midi !


J'ai logé dans la cabane de droite.

Au revoir au camping de Pierrefonds, puis de la route, beaucoup de route aujourd'hui. Heureusement que quelques événements viennent ponctuer cet ennui routier, des églises, un lavoir...

Eglise de Hautefontaine. Lavoir à Chelles. Maisons à pignons crénelés.

Un village animalier a retenu mon attention. Je me demande comment s'appellent les habitants de ce dernier?

Après avoir traversé l'Aisne nous voici arrivés à Vic, fin de l'étape après 24kms parcourus en 5h17. Je vais attendre le bus de 18h20 pour Soissons où je loge pendant 4 nuits. Demain dimanche c'est repos bien mérité.

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Lundi 8 avril 2019. Étape de 28kms parcourus en 6h38. Elle nous a promenés, le GR et moi, par monts et par vaux, le relief du département de l'Aisne est partagé entre plateau courant sur de longues distances et vallons bien encaissés. En fin 1914, lors des offensives qui ont fait suite à la victoire de la Marne, les soldats français comme allemands se sont étripés sur ces plateaux. Ainsi sur celui de Confrécourt, nom d'un petit hameau constitué d'une grosse ferme et de quelques maisons, les français ont combattu 10jours pour le conquérir au prix de grosses pertes.

Carrière de Confrécourt qui servit d'infirmerie. Photo de droite, une tranchée menant au plateau.

Donc Confrécourt connu dans l'histoire pour son plateau...

Pour comprendre rien de mieux qu'un panneau explicatif.

Et un monument...une immense croix brisée dans son tronc, couchée par terre avec son Jésus comme dormant, le dormeur du plateau sans cresson bleu, avec un trou rougi au côté gauche pour lui.

"Un jour, dans un petit vallon, un serpent piqua Jean Fréron. Que croyez-vous qu'il arriva, ce fut le serpent qui creva." Un jour dans un petit vallon un très gros peuplier chuta. Que pensez-vous qu'il arriva, le randonneur ne bloqua pas.

Un orifice a été aménagé pour le passage des marcheurs.

Au bout de ce vallon, une bonne montée et la mairie de Leury où je vais attendre la navette, micro-bus pour Soissons.

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Mardi 9/04/2019. Comme d'habitude, lever au chant des oiseaux, même dans les hôtels 1ère classe on peut les écouter s'égosiller dès potron-minet. Il ne faut pas que je rate la TAD4 à 8h28 place Marquigny, la navette ligne Mairie de Bagneux dans laquelle j'ai réservé une place hier. Les navettes sont des micro-bus pouvant transporter des fauteuils roulants. Il existe 11 lignes qui desservent les villages ayant adhéré au système. Il faut appeler à un N° de téléphone pour réserver une place. S'il n'y a aucune réservation, la navette ne circule pas. Donc lever 6h pour petit déjeuner à 6h30 et à 7h42 prendre le bus 4 qui m'amènera à Marquigny. La jeune femme qui conduit ce grand bus de ville doit avoir moins de trente ans, elle me dit que cela fait 5 ans qu'elle conduit les bus de l'agglomération soissonnaise et que c'est bien la première fois qu'elle vend un ticket pour les TAD, elle doit fouiller au tréfonds de son sac pour trouver le carnet à souche.

La navette vient un peu en avance et comme je suis le seul à avoir réservé, nous partons. Une fois que ma conductrice m'eût déposé, elle retourne à Soissons. Un bus pour moi tout seul, un micro du moins. Durant le trajet nous avons pu parler de ce système de navette.

Me voici donc à Leury, à pied d'œuvre pour accomplir cette longue étape vers Vailly sur Aisne, et il pleut gouttes et crachin en alternance. Je marche à travers mes pensées, le regard dans le vague. Après Clamecy, je rencontre un monsieur en bottes et veste-chapeau de chasseur qui promène son labrador, il entame la conversation sur mon habillement (cape de pluie qu'il pense trop chaude pour la saison), je lui explique les tenants et aboutissants de cette cape qui n'est pas un manteau. Il fait un bout de chemin avec moi et me parle de l'agrainage de faisans qu'il va surveiller en m'accompagnant un peu plus loin. Rencontre éphémère et sympathique !

Agrainage de faisans sauvages pour les conserver dans la vallée.

Après cette rencontre, de nouveau la pluie et les ennuis de balisage qui me font faire des centaines de mètres supplémentaires. Je ne m'arrête pas à midi de peur de prendre froid. A la ferme de Chimy, vers 14h je décide d'écourter cette étape. J'ai déjà parcouru 23kms, je vois le panneau indicateur "Vailly sur Aisne 6kms" et je prends la route. J'ai un car qui passera à Vailly à 16h27 et je ne veux pas le louper car il n'y en a pas d'autres. Que la route est plus facile, il n'y a pas à chercher les signes de piste, on ne peut pas se tromper, mais que le sol est dur aux pieds !

A Vailly, la nécropole nationale mais aussi anglaise. Je ne vais pas refaire l'historique du plateau du Chemin des Dames où Nivelle en 17 a fait massacrer des quantités de jeunes et moins jeunes hommes pour la gloriole d'une offensive mal réfléchie. Mais bien entendu ce n'était que de la chair à canon, des bouseux, de la piétaille, d'autres diraient des sans dents ou des qui ne sont rien... A l'entrée est une stèle où le mot "tués" a été remplacé par "tombés". Vous le voyez sur une des photos. Les quelques 600 anglais ensevelis là sont morts dans les combats de 1914 et 1915, les 1500 français en 1917 (offensive Nivelle) et 1918.


Cimetière anglais.

De belles stèles.

Comme un "Stonehenge" de la mort.

Les français ont eu droit à des croix !

"Les croix de bois" Roland Dorgelès.

Je me précipite à la Mairie pour faire tamponner ma crédenciale de pélerin, puis j'attends mon bus. Cette étape a donc été de 29kms et des poussières...

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Mercredi 10/04/2019. Lever 6h, petit déjeuner 6h30, bus 4 à 7h42, attente dans un café super sympa installé dans les bâtiments même de la gare de Soissons. Il se nomme le "Tropico" et ne sert aucun alcool, par contre de bons thés. Son patron, un homme affable, a voulu prendre un selfie en ma compagnie. Si d'aventure vous passez par Soissons, n'hésitez pas à y faire un saut pour un thé caramel. A 8h58 le car de la RTA (Régie des transports de l'Aisne, la dernière régie de France m'a dit le chauffeur) me prend seul jusqu'à Vailly. Il fait le tour de tous les petits villages, aucun client, alors nous discutons de la régie dont l'avenir est problématique, de son métier de chauffeur de car. Il a un laps de temps d'attente de 2h avant son retour sur Soissons. Je lui suggère d'écrire sur son métier, genre "Chauffeur de car sur la ligne Soissons - Vailly/Aisne et retour". Il me dit qu'il aurait beaucoup d'anecdotes à raconter. Je lui suggère aussi d'écrire un blog qu'il pourrait partager avec ses amis, je lui parle évidemment de mon carnet de voyage...et l'on arrive à Vailly au bout d'une heure.

Ma marche commence donc à 9h55, Madame Lapluie m'accompagnera jusque vers les 13h. Les chemins sur le plateau sont admirablement bien glaiseux et vous invitent au jeu du splatch-boum-radada car il n'y a que la couche superficielle qui est imbibée d'eau, un peu plus en profondeur c'est encore durci ou gros-caillouteux-ovoïdes-bien lisses et l'effet de votre poids va faire que les fines particules d'argile de l'ordre du micron et les molécules d'eau vont instantanément se transformer en boue liquide et riper à la moindre petite pente: l'effet solifluxion. Pour parer il faut marcher sur les parties herbeuses, mais quelquefois il arrive de drôles d'aventures à l'herbe aussi...

Herbe bien glyphosatée! Eglise de Vailly sur Aisne.

La même glaise, la même herbe ont subi la mitraille et les bombardements qui ont décimé la jeunesse ultramarine et européenne.

Nous sommes bien sur le Chemin des Dames où l'offensive Nivelle a laissé libre court à la "Grande Faucheuse". Ce que sur les panneaux explicatifs ils appellent "la mort de masse" (je n'ai jamais vu une masse mourir, d'habitude elle est le plus souvent inerte, bien sûr il existe bien une masse de gens, les manifestants font masse, mais de là à mourir !). Voyez plutôt la " masse de morts" car les morts sont inertes, entassés dans les trous d'obus, accrochés par les barbelés, la masse inerte des croix dans une nécropole...

Nécropole nationale de Cerny en Laonnois sur le Chemin des Dames.

Puis j'entre en Forêt domaniale de Vauclair et n'en ressortira qu'en voiture... C'est l'anecdote du jour, le miracle, la "Providence" qui frappe, la baraka... V'là t'y pas que le tracé du GR12 est modifié par rapport à ma carte, il me lance dans le chemin du roi, je suis ce nouveau tracé. Je marche à bon pas et vois deux signes puis plus rien, la logique veut que s'il n'y a rien de signalé c'est que le tracé va tout droit, il y aura un signe plus loin, toujours plus loin... Au bout d'un bon kilomètre je commence à douter. Il y a certainement quelque chose que j'ai manqué... Puis je vois un marcheur qui me suit d'un bon pas, je décide de l'attendre pour lui demander quelque éclaircissement sur le chemin. Nous nous saluons et à mes demandes auxquelles il ne comprend rien, car il ne connait ni d'Ève ni d'Adam le GR12 et ses signes, il me dit aussi qu'à Amifontaine il n'y a aucune gare !!!! Ma carte doit être trop ancienne, ou l'IGN n'a pas mis à jour ses cartes visibles sur le Géoportail... Toujours est-il que ce monsieur a une voiture et s'engage à m'amener à la gare de St Erme, la gare qui est juste avant celle d'Amifontaine sur ma carte. Il était chauffeur de camion et a fait l'international, il est maintenant à la retraite et s'oblige à marcher tous les jours. Il ne s'arrête pas de parler, de sa nouvelle voiture Citroën (celle dans la pub où trois jeunes femmes ont la même voiture avec des couleurs différentes sur les rétros...), des bûcheronnages excessifs, des politiques LR qui tiennent la ville de Reims, des Socialistes pour qui il ne votera plus jamais, de sa petite retraite qui soit disant devrait augmenter,... Je lui verse mon petit couplet sur Mélenchon...et il écoute sans rien dire. Mais nous voici arrivés à la gare, il y a un train pour Reims à 17h27. Me voilà sauvé! Je lui serre fortement la main et l'embrasserait presque, tapotements sur l'épaule. Je ne le connais pas, il ne me connait non plus, ce fut un acte gratuit de sa part. Rencontres innéfables !

A la gare, aucun guichet ni distributeur automatique de billets ! Dans le train aucun contrôleur ! J'ai parcouru tout le train... Me voici à Reims pour un repos de 4 jours après 255 kilomètres de marche, environ 1/8 de la route vers Prague.

Ma chambre au CIS de Champagne qui fait aussi Auberge de Jeunesse.

Dimanche 7/04/2019. Comme je n'ai rien trouvé pour me loger sur le chemin, je marche mes étapes et profite des autocars aisnois et des bus de l'agglomération soisonnaise pour rejoindre Soissons où je loge à l'hôtel 1ère Classe, qui est certes le moins cher de l'agglomération mais assez excentré. Mais à Soissons le dimanche est jour de repos pour tout le monde et les chauffeurs de bus y ont droit , donc pour visiter Soissons c'est comme si j'avais marché une toute petite étape de 13kms, tu parles d'un repos! Il faudra donc que je me repose de mon repos! N'empêche que la ville ne manque pas de cachet et je vais vous le montrer tout à l'heure !

Tout d'abord la cathédrale St Gervais et St Protais, tous deux martyrs de la cause chrétienne, qui eurent le chef tranché pour ne pas avoir voulu adorer des idoles. Je me vois bien être étêté pour ne pas avoir voulu adorer l'idole des jeunes!

Cathédrale St Gervais et St Protais. Photo de droite, la même en 1919.

Pendant la 1ère guerre mondiale, les allemands étaient arrivés jusqu'aux quartiers de Soissons du côté nord de l'Aisne, la ville en a souffert comme vous pouvez le constater sur la photo suivante.

La rue de l'Hôtel Dieu avant 1914 et en 1919..

Mais les français sont industrieux et entêtés à vivre, ils reconstruisent assez vite et quelquefois en mieux?!

La rue de l'Hôtel Dieu n'a pas été reconstituée mais remplacée par la place Marquigny, arborée et pourvue de plates bandes.

Et la cathédrale a bien été reconstituée avec les restes des bombardements et des pierres encore présentes sur le site de St Jean des Vignes.

Les tours de l'abbatiale de St Jean des Vignes.

L'Abbaye de St Jean des Vignes a été fondée à la fin du XIème siècle (style roman) et transformée au XIIIème en un vaste ensemble de style gothique.

Louis Barbaran, plan de la Célèbre et Royale abbaye de Saint-Jean-des-Vignes de Soissons, 1637. Musée municipal de Soissons.

L'Abbaye ne résiste pas à l'assaut des Huguenots en 1567. Elle est pillée et perd tout son mobilier, ses ustensiles et vêtements liturgiques ainsi que tous ses livres. La gravure du chanoine Barbaran ci-dessus présente l'abbaye restaurée, un siècle plus tard. En 1790, les chanoines réguliers Joannistes sont chassés et l'abbaye est transformée en casernement. En 1805, l'évêque de Soissons reçoit l'autorisation d'affecter aux travaux de réparation de la cathédrale, le produit de la vente des matériaux de l'église abbatiale. Cette dernière est démantelée de 1805 à 1825. Mais les voix sont nombreuses, dont celle de Victor Hugo, à s'élever pour la sauvegarde de la façade et les premières mesures de protection au titre des monuments historiques sont prises en 1875.

La belle salle du réfectoire.

L'aile contenant le réfectoire, le cellier qui est en-dessous du premier et une petite partie du cloître sont conservés.

Une partie du cloître conservéé et le cellier.

L'armée a, en fin de compte, occupé les bâtiments jusqu'en 1950, année où elle les a cédés sauf l'arsenal qu'elle gardera jusqu'à 1994.

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Lors de ma 14ème étape, le 10 avril, dans la forêt domaniale de Vauclair, je vous narre le miracle d'une rencontre éphémère avec cet homme prolixe qui m'amène à la gare de St Erme. Eh! Ben! Je m'étions ben trompé de chemin! En effet je me suis lancé sur le GR145 qui est nouveau, c'est le tracé de la Via Francigena qu'aurait empruntée en 990 Sigéric, archevêque de Canterbury, pour se rendre à Rome et y recevoir le symbole de son investiture, le "pallium", du pape Jean XV. Sur le chemin du retour, il rédige un journal de voyage qui recense les 79 étapes qui lui furent nécessaires pour effectuer ce périple de près de 2000 kms. Sur ma carte, il ne figure pas, trop ancienne, comme moi!

Donc, l'étape forêt de Vauclair - Amifontaine, d'à peu près 19kms, je l'ai faite en voiture car autour de la dite forêt je n'ai trouvé aucun hébergement à portée de ma bourse. Le seul hébergement ayant existé encore l'an passé, la ferme St Antoine à Neuville sur Ailette, a fermé pour cause de retraite bien méritée du couple d'agriculteurs. Lundi 15/04, je prends le train pour rejoindre la gare d'Amifontaine où passe le GR12.

REIMS

Quand nous parlons de Reims nous pensons le plus souvent à sa cathédrale ou ont été sacrés la plupart des rois de France, soit par l'archevêque de Reims soit par l'évêque de Soissons ou même celui de Sens. Qu'elle est belle cette cathédrale, elle invite au recueillement. Mais peu nombreux sont ceux qui s'asseyent et se laisse pénétrer par la beauté du lieu, beaucoup sont des consommateurs d'images... Je le suis aussi un peu...

Notre Dame de Reims, cathédrale.

Sa statuaire et ses vitraux. L'ange au doux visage qui sourit à la vierge est caché car la partie centrale de la façade est en réfection.

Portail latéral gauche de la façade, à droite de l'entrée.

Sur la partie à gauche de l'entrée, nous pouvons voir un ange souriant, la première statue à droite.

Portail latéral droit, à droite de l'entrée.

Certaines statues, fragilisées par les affres du temps et de la bêtise humaine, je pense aux Allemands qui se sont évertués à bombarder ce joyau de l'architecture gothique pendant la grande guerre, donc certaines statues ont besoin de soutien physique.

Portail latéral droit, à droite de l'entrée.

Les vitraux!!! Lumière et couleurs appellent à une extase joyeuse.

Admirez cette immense rosace de la nef et celle non moins belle du portail principal.

Vous remarquerez que les écoinçons sont ajourés et pourvus de vitraux. La cathédrale a bénéficié de l'art de vitriers contemporains comme le peintre français Marc Chagall où l'artiste verrier allemand Immi Knoebel.

La vie du Christ par Marc Chagall, abside centrale du déambulatoire.

Les deux absides latérales sont vitrées par Immi Knoebel.

Abside latérale gauche vitrée par Immi Knoebel.

Il y a même le champagne qui est glorifié dans cette cathédrale. Il faut absolument aller voir ce triptyque de vitraux consacré à cet art de la champagnisation, partie sud du transept.

Transept sud, triptyque consacré au champagne. Remarquez l'écoinçon supérieur de la rose qui est ajouré-vitré.

Mais Reims a d'autres attraits. Le stade Auguste Delaune qui est flambant neuf, il nous rappelle l'équipe de football mythique des années 50-60 avec ses Just Fontaine, Raymond Kopa, Roger Piantoni et autres.

La Basilique St Rémi qui est en fait une église abbatiale : le cloître est aujourd'hui le musée de l'histoire archéologique de Reims depuis la préhistoire jusqu'à la Gaule gallo-romaine (Durocorturum).

Fers à cheval et chaussons métalliques pour chevaux.

La Basilique est un beau bâtiment bien éclairé par ses vitraux.

Basilique St Rémi.

Voici quelques photos de l'intérieur de cette abbatiale.

La nef de la Basilique St Rémi.

Vous remarquerez l'éclairage des croisées d'ogive qui s'opère par la percée de petites rosaces vitrées juste au-dessus des fenêtres supérieures de la nef. Elles ne sont pas visibles sur la photo.

De forts beaux vitraux!

Après l'abbatiale St Rémi, le musée des Beaux-Arts de Reims, situé rue Chanzy proche de la cathédrale, recèle de beaux portraits des Cranach père et fils, mais il ne sont pas visibles tout le temps car ce sont des tableaux au pastel et sont très fragiles m'ont dit les gardiens du musée. Donc ma sœur a eu une sacrée chance de les avoir vus! Mais il y a d'autres tableaux intéressants...

Ce serait Rabelais peint par...?

Et encore pour les "chatonsphiles"!

Que de chats!

Et quelques sculptures dont une tête de jeune alsacienne en marbre blanc par Rodin que je n'ai pas réussi à photographier et une tête de jeune homme en bronze de Camille Claudel.

Oeuvre de Camille Claudel, bronze.
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Lundi 15/04/2019. Petit déjeuner dès potron-minet, 5h30.

Petite cafétéria du CIS de Champagne. Soupe et pain-beurre.

Train pour Amifontaine à 7h10.



Non, c'est pas une draisienne qui va nous emmener !

Et alors Zorro est passé par là!!!

Non! Nous n'allons quand même pas monter dans le tander de la loco de la Générale!

Le soleil se lève à peine, le train pour Laon part à l'heure, arrivée à Amifontaine 8h15. Un beau bureau de postes à l'ancienne ! La journée commence dans le froid glacial de l'ordre de -5°, avec un vent qui ne vous lâche pas et c'est le plateau, sans le moindre petit côteau pour en être à l'abri.

Vue sur Amifontaine et sa poste-télégraphe-téléphone-caisse d'épargne. Dernières photos jusqu'en fin d'après midi.

Je suis resté calfeutré dans mon blouson presque toute la matinée, me suis retenu jusqu'à trouver une petite haie pour assouvir un petit besoin, cela vaporise fort, une vraie tour de refroidissement pour centrale nucléaire ! Ne sommes nous pas constitués de "nuclei" (noyaux)!

Mes rencontres sont un couple de perdrix, cinq lièvres, deux chevreuils qui ont attendu que je sois à quelques trente mètres pour prendre la poudre d'escampette, un autre qui dormait dans les hautes herbes et qui a bondi à 5 mètres de moi, un troupeau immense d'une bonne centaine d'éoliennes qui prennent plaisir à brasser l'air de leurs pales énormes, elles font comme un bruit de ressac et n'empêchent pas les quelques oiseaux qui trouvent à s'abriter de s'égosiller à appeler les oisettes.

Une petite partie du parc éolien autour de Bagnone dans le département des Ardennes.

Après 31 kms de parcours en chemins, je finis par 6 kms de route pour rejoindre le gîte à Château-Porcien. Un pélerin est déjà installé, il s'appelle Ben (Benjamin), il est belge de Gand et a commencé à marcher le 4/04.

Ben, pélerin vers Santiago, parti de Gand.

A 18h45 je me suis installé au bar-restaurant pour prendre mon repas et c'est l'évènement désastreux de l'incendie de Notre Dame que Madame la restauratrice vient nous annoncer, le bar est plein de consommateurs qui sont tous invités à voir les images délivrées par la chaîne BFMTV. La cuisine est alors plus remplie que les verres de ces messieurs.

Les conversations vont bon train autour du zinc, autour du désastre et autour du président qui va encore se servir de l'événement comme raison de restrictions budgétaires... Il n'est vraiment pas beaucoup apprécié le MDB !

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Dès 7 h, je passe à la boulangerie-pâtisserie du village et y achète un sandwich jambon-beurre-emmenthal, une ficelle et un croissant, et un pain au chocolat ! Oh le gourmand ! Non, l'appétit d'ogre !!! Car j'ai tout avalé sauf le sandwich qui est pour le pique-nique. J'ai donc petit déjeuner dans le restaurant-bar où tout les hommes entrant boire un café sont venus me serrer la main! La seule femme ayant pris la même boisson a serré la paluche à tous les hommes présents sauf à moi! Elle doit être chef d'entreprise, car au moins deux des hommes présents sont ses employés. Cela peut être très intéressant de faire de la sociologie de comptoir ! Je retourne au gîte pour boucler mon baluchon et ramène un pain au chocolat pour Ben qui est prêt à partir, il en est tout ému !

Laisser le gîte propre et prendre la route. Rencontres : les mêmes éoliennes, un lièvre que j'ai pu observer en haut d'une côte pendant quelques trois minutes (mais il ne faut pas bouger, donc pas de photo), deux paires de pélerines cheminant dans le sens Compostelle et parlant français, un pélerin néerlandais avec la coquille St Jacques accrochée au sac à dos.

Sur le côteau après Château Porcien, mesdames les éoliennes ahannent avec plaisir.

Nous sommes bien sur le chemin des néerlandais pour Compostelle. Encore un 650, ici c'est le 654 qui vient de Liège.

Aujourd'hui beaucoup de chemins herbeux!

Avec des admiratrices! Moqueuses?

"Chouette, un pélerin", et elles accourent pour le voir de plus près.

Et nous voici arrivés à Wasigny (prononcez woua!) qui est pourvue d'une association ADMR.

L'ADMR dans cette commune, panneau de gauche.

Et d'une Halle datant du XVéme siècle.

Remarquez la façade en colombage et torchis.

Si mon étape s'arrête à Wasigny, je n'y trouve pas à me loger! Mon hébergement est à Grandchamps, à 3,5 kms par la route. Mes hébergeurs, Christelle et Joseph m'ont demandé de ne pas venir avant 17h, et il est 14h à mon arrivée à la halle. Il n'y a, bien sûr, aucun café ou bar, une boulangerie fermée oui! Pour ne pas prendre froid, je décide de marcher ces kilomètres et d'arriver en avance quitte à me faire reprendre quelque peu... Il faut dire que mes hébergeurs de "La ferme quatre mains" m'avait proposé de venir me chercher à Wasigny. Tout guilleret je me pointe à sonner la cloche et entend une voix qui maugrée, une personne m'ouvre, ce doit être Christelle. Elle me dit qu'elle avait pourtant dit que...! Je fais le désolé et me confonds en excuses. Je suis invité à entrer, puis à prendre un thé ! Et Christelle reste avec moi et me fait la conversation, me montre les commodités puis ma chambre. Je suis dans la place!!

Très bon repas et bonne nuit!

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Bonne nuit de sommeil, ma montre connectée me dit que j'ai dormi pendant 8h40 dont 6h de sommeil profond. Depuis mon départ je n'ai jamais dormi autant.

Petit déjeuner, œuf mollet, fromage, pain genre pain noir allemand, beurre-margarine, et confitures maison, et conversation jusqu'à 10h... C'est une petite étape, 17kms annoncés.

Je démarre à 10h28.

Le département des Ardennes met en place une signalisation caractéristique.

Chez Christelle et Jos, j'ai consulté le "Géoportail" de l'IGN pour me rassurer sur mon chemin. Il y a des différences d'avec mes cartes, le GR 12 est remplacé par le sigle GR E3 mais c'est le même parcours. A l'IGN, ils ont dû faire ça exprès pour mon passage ! Et l'Euromarcheur tu te prends pour un "Jupiter" ou quoi? Sache que la place est déjà prise par un certain Jumanu!

Le village de Lalobe en contrebas de 100m, les premières vraies montées !

En sous-bois le chemin devient gras, très gras même, je sautille de touffe d'herbe en touffe d'herbe. J'ai failli glisser une fois, mais la chance a joué et gagné... Même les énormes tracteurs de débardage ont du mal!

Tracteur de gauche pour tirer un seul tronc, l'autre pour transporter plusieurs petits.troncs.

Après une étape de 14,5kms, la plus courte du périple je pense, j'arrive à Signy-l'Abbaye vers les 13h15, je repère mon hébergement, le bar-restaurant Le Gibergeon qui fait Hôtel.

Malheureusement, il ne rouvre qu'à 17h. Alors?

La médiathèque m'ouvre ses portes avec un accueuil vraiment sympa, je peux m'enquérir de mes prochains hébergements et comme j'ai du temps je peux commencer à rédiger mon texte pour aujourd'hui, attablé dans un espace de livres et de lumières...

A 17h, je descends au Gibergeon et m'attable à nouveau pour d'autres lumières... en attendant le repas.

Pas de pub, de la géographie !

Et elle est bonne cette bière ambrée titrant 6,5°!

A demain, pour d'autres aventures !

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Jeudi 18 avril 2019. Petit déjeuner à 7h15. Patricia, la patronne de l'hôtel-restaurant, vient me faire traduire un message email de pélerins qui sont passés par booking.com et qui ont payé bien plus qu'elle ne demande. Elle me dit que booking.com doit prendre au bas mot 15°/° de commission !

Signy-l'Abbaye est une commune de 1300 habitants, vivante au possible. Le bâtiment de la Médiathèque dont je vous ai montré la photo dans l'étape précédente, ce bâtiment regroupe une assez importante bibliothèque pour tous les âges, la possibilité de travailler sur ordinateur mis à disposition, les services des allocations familiales, et autres services... chapeau la municipalité !

Mais Signy-l'Abbaye n'a plus d'abbaye depuis la Révolution, 1791 plus exactement , l'abbaye cistercienne ,qui fabriquait cette bonne bière depuis 1135, a été vendue comme bien national et démantelée. Ce n'est que très récemment que la bière a été de nouveau produite avec la même recette que les moines, mais fabriquée en Belgique...

Mairie et halle de Signy-l'Abbaye.

Des chemins en sous-bois...

Chemin parmi les aulnes.

Dans cette aulnaie, le vent transporte les peluchages des aulnes, comme une neige!

De nombreuses peluches fines et quelques plus grosses au centre de la photo.

Des fondrières aussi, comme en un chemin creux !

Fondrière.

Il faut savoir jouer de sa légèreté pour se glisser sur les bords pas trop larges et regarder le déroulé du chemin pour ne pas écraser les éventuels co-voyageurs.

Ce n'est pas un bousier, plutôt un mangeur de bois, du moins sa larve !

Et nous arrivons à Remilly-les-pothées avec sa petite église fortifiée et son cimetière laïc où l'entrée est marquée d'un beau "Égalité - Fraternité", il est vrai que dans un cercueil, entouré de petits vers bien sympathiques le défunt ne peut plus guère exercer sa liberté, ni de penser, ni d'aller et venir, encore moins enfermé dans une urne funéraire ! N'empêche, quel joli lieu, un peu comme le cimetière de Sète !

Remilly-les-pothées, un des cimetières !

Et nous voici arrivés à Rimogne!

Rimogne en vue.

Rimogne c'est un des pays de l'ardoise. Elle était extraite dans des galeries creusées sous le sol, des puits de mines y conduisaient. Le dernier ayant fonctionné a laissé son chevalet.

Et je loge ce soir au "Logis des Verdous", chambres d'hôtes. Les verdous sont les crassiers de chutes d'ardoises, des collines de débris d'ardoise! Après une étape de 31kms, une bonne douche et comme je suis arrivé tôt, un bon sommeil avant repas! Mais la quête d'un repas me réserve une surprise ; je vais à l'endroit que mes logeurs m'ont indiqué et je tombe sur une tripotée de piliers de bar déjà bien abreuvés qui se gaussent de moi quand je demande si je peux manger et que le patron, qui a du mal avec cette engeance, me dit qu'il ne fera restaurant qu'en début mai. Il vend par contre des pizzas à réchauffer, des spécialités de pain, quelques gâteaux... j'achète une pizza, un feuilleté à la crème et une bouteille de 50cl d'un bon Bordeaux. Et me voici attablé avec mes logeurs qui mange léger, moi avec mon énorme pizza que je dévore en entier, ma bouteille de vin que je bois en entier et mon dessert. C'est assez cocasse, mais bon! Le coût de la chambre avec le petit déjeuner n'est que de 37€, ce qui n'est pas excessif.

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Vendredi 19 avril 2019. Après avoir bien petit déjeuner avec les Loiselet (mes logeurs) je commence à marcher à 8h26 et quitte aujourd'hui le GR12 pour suivre le GR16 qui est le chemin Ardennes - Eifel.

J'entre assez rapidement en forêt ardennaise, le royaume du cochon de forêt appelé sanglier. Ses farfouillements dans la terre des chemins sont visibles et quelquefois ses grognements se font entendre. Tout près du chemin, je n'en mène pas large et essaie de faire le moins de bruit possible...

Un peu plus loin, la roche en place se montre dans une saignée, oui c'est bien du shiste ardoisier !

Vous voyez bien en haut à droite le pendage des couches schisteuses.

Nous longeons ensuite, le GR et moi, le lac des Vieilles Forges sur près de 8 kilomètres. De nombreux pécheurs campent sur cette rive et font montre d'un attirail assez important (jusqu'à 3 batteries de 4 cannes chacune par pécheur, des canots pourvus de moteur, épuisettes énormes, tente couleur militaire, etc...

Quand il n'y a pas d'arbres, ni de roche en place pour peindre les signes du GR (bande blanche sur bande rouge), les clubs peuvent faire des moulages ciment ainsi que sur la photo suivante.

En suivant ce brave GR 16-12C, j'arrive à la Meuse et ses méandres.

Vous voyez Monthermé tout au fond de la photo sur la gauche.

Tel un des fils Aymon, je rends grâce pour avoir parcouru à nouveau 30 kms. Et je ne suis pas encore arrivé pour autant !

Il me faut donc encore rejoindre Monthermé, je choisis la voie la plus facile, celle sur berge, l'ancien chemin de halage. On y rencontre de jolie dame, Madame Bernache par exemple !

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Samedi 20 avril 2019. Petit déjeuner à 8h à l'hôtel "Le Franco Belge" c'est un buffet et il y a du fromage pour le randonneur, Emmenthal et Cœur de Lion ! Plein à bloc le petit bonhomme !

Départ pour la marche à 9h et à la sortie de la ville, je retrouve la forêt ardennaise avec les mêmes tourbières en formation, comme dans les Vosges. Un souvenir du périple E5, pointe du Raz - Venise en 2015, mon passage dans les Vosges au col du Mont de Fourche chez Jacob; j'y ai déclanché une vocation de marcheur, Jacob est parti avec son chien suivre le GR 7 , Ballon d'Alsace - Andorre. Un sacré diable d'homme mon ami Jacob!

Jacob en route sur le GR de la ligne de partage des eaux. L'arrivée dans la neige en novembre.

J'en oublie les tourbières en formation !

Donc zone de concentration d'eau avec accumulation de mousses diverses = tourbières en formation.

La roche en place apparaît sous forme de blocs rocheux restés en superstructure car plus résistants que d'autres roches recouvrantes comme les schistes... Bon je ne vais quand même pas donner un cours de géomorphologie !

Et sur ces rochers bien chauds au soleil, se bronzent un groupe de jeunes hommes en randonnée . Des randonneurs bien sympathiques avec qui j'échange un peu!

Un groupe de jeunes bien sympathiques au Roc de la Tour.

Les chemins empruntés par mon compagnon le GR sont souvent en surplomb avec des vides vertigineux où il ne ferait pas bon de tomber.

Chemin en surplomb avec un endroit dangereux localisé par de la rubalise.

Intermède : tous les jours, depuis qu'il fait beau et chaud, je suis suivi par des "fremen" qui en veulent à mon humidité (allusion à ceux du désert de Dune), traduisez par des moucherons qui ne me lâchent pas et volettent devant ma bouche et mon nez, certains arrivent à se glisser sous les lunettes... Je tiens mon chapeau à la main pour les chasser ou s'il y a trop de soleil je les chassent avec la paume ouverte. Peut-être que mon odeur doucereuse de transpiration les attire ! Les fremen des vaches sont les mouches, ceux des hommes que des moucherons, nous voilà remis à notre place!

A Naux, je traverse la Semois où vivent de nombreux cygnes tuberculés. J'en ai dénombré pas moins de 14, rien qu'autour de la passerelle.

La Semois à Naux.

Il est sur le coup de midi et je m'arrête pique-niquer de mon pain-saucisson-pomme-eau habituel. Un couple s'approche et me demande si un groupe de randonneurs peut pique-niquer avec moi, j'en suis tout à fait content. Nous entamons la discussion ; c'est un groupe de rando qui loue un gîte tous les ans pour randonner autour, ils sont du département de la Moselle et habitent tous autour de Thionville. Cela fait une belle assemblée, ils sont bien sympathiques mais il n'ont pas partagé le vin dont les bouteilles ont la forme caractéristique de vins d'Alsace ou de Moselle. Bon, ils n'y étaient pas obligés, mais quand même !

Pique-niqueurs mosellans à Naux.

J'ai préféré l'assemblée des muguets qui préparent la fête du 1er mai.

Assemblée des muguets.

Après avoir écouté attentivement les parlementations silencieuses des muguets, nous avons cheminé une bonne dizaine de kilomètres et nous voilà tous trois, le GR, mon corps et moi, arrivés à Bohan, en Belgique. Ce fut une étape de 28kms, avec les premiers vrais reliefs, des montées de bien deux fois le Haut Fourché (110m de dénivelé) pour ceux qui connaissent. Mais à Bohan, je n'ai aucun logement de prévu et réservé ; je vois un hôtel qui n'affiche pas complet, m'y précipite et la baraka ! la patronne dit qu'elle a encore une chambre, qu'elle est toute encombrée, qu'elle va demander à son mari... j'attends près à repartir, elle revient, c'est d'accord, elle me demande de m'asseoir, ils vont préparer la chambre, je pose mes sacs et déchausse, mets mes tongs...la baraka mon corps! Mr GR dormira sur le chemin, comme d'hab. La chambre avec baignoire et commodités, et petit déjeuner pour 50€, moins cher que beaucoup de chambres d'hôtes ! Bonne nuit après un 50cl de bière, une assiette kébab chez les Kurdes du coin avec dame blanche. J'ai certainement dû rêver de bains naïadés dans cette Semois que je côtoie journellement !

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Dimanche de Pâques, 21 avril 2019. Petit déjeuner croissant et deux pistolets (petit pain rond) avec jambon cru, fromage, deux petites confitures et un Nutella à l'huile de palme (beurk!).

Départ 9h pour une journée de montagne, pas moins 11 bonnes montées où j'adopte le "Tiens, voilà du boudin, voilà du boudin, tout frais, tout chaud" de la Légion, démarche lente, toujours au même rythme, inspiration - expiration selon le pas, sans s'arrêter jusqu'en haut. Même au bout de la journée de 30kms, la dernière longue montée vers Rochehaut, et oui Rochehaut n'est pas dans la vallée...la Légion monte au même pas! Naturellement, quand le dénivelé est par trop raide, je stoppe et laisse le pouls redescendre, je bois un peu pour ne pas assècher les tendons...

Et les descentes alors? Celles que beaucoup trouvent casse-pattes car ils restent raides dans leur appréhension. Je les descends en sautillant si ce n'est en courant. Je ne me vante pas, je veux juste rassurer ceux qui s'inquiètent de ma santé. Je les en remercie, je vais au mieux et je fais attention, surtout en fin de journée quand la fatigue est là. Mais le réconfort aussi...

Je suis bien sur le E3 et la Semois est toujours à m'accompagner.

Les chemins sont beaux et sinueux, attention aux glissades quand il y a accumulation de feuilles sèches, et tout schuss!

La Semois est un lieu de villégiature en continu jusqu'à Bouillon, campings-caravanings, canoës et kayaks la parcourent, surtout dans le sens du courant.

Kayak dans le sens du GR, camping - caravaning dans tous les sens.

Et comme la plupart des grands-randonneurs ont quelque chose du philosophe - poète...

Admirez donc ces scolopendres!

Fougères scolopendres dans une érablaie !

La vallée de la Semois est aussi le pays du tabac, celui que je fumais à la pipe lors de mon année à Chanly - Wellin pas loin de Han sur Lesse et Namur.

Après la dernière montée, le réconfort !!!

Le beau méandre sous Rochehaut.

Le réconfort vous ai-je dit..

Pas de carafe, eau bouteille et Ciney brune!

Intermède Mr Albert: arrivé à Rochehaut je m'attable à une terrasse, commande un thé vert que je sirote avec délectation, redemande de l'eau chaude par trois fois. Que c'est désaltérant, ce liquide chaud qui descend dans nos intérieurs, il atteindrait presque l'âme ! Mais il faut que je parte en quête d'un lit! Je suis le GR pour aller vers la route de l'Orchidée qui fait chambre d'hôtes. Je rentre dans une boutique de souvenirs et demande mon chemin, Madame veut m'expliquer mais Mr Albert intervient et m'emmène pour m'indiquer la route à suivre. Je lui explique mon problème, il écoute sans trop rien dire. J'arrive seul à l'Orchidée, choux blanc!

Je retourne vers le village déterminé à dormir sur un banc! Mais voilà que Mr Albert qui a récupéré sa voiture m'interpelle et s'enquiert de la réponse de la dame de l'Orchidée, voyant mon désarroi, il me demande d'attendre qu'il puisse garer sa voiture et m'accompagne à nouveau vers une demeure dont le couple louait des chambres! Miracle à nouveau, une chambre est disponible moyennant la somme de 50€ sans petit déjeuner. Je prends sans demander mon reste ! Je sers la paluche à Mr Albert et le remercie chaleureusement ! Lavage des chaussettes, du slip et douche bienfaisante, puis sortie repas avec Ciney brune.

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Lundi de Pâques, 22 avril 2019.

Petit déjeuner à la boulangerie - pâtisserie Pomd'ami, un thé noir, deux pistolets beurré et un pain aux raisins garni de sucre glace. Je suis arrivé vers 7h45, seul attablé dans le salon de thé, à partir de 8h la queue se fait importante et j'ai bien du mal à redemander de l'eau chaude. Puis j'écris mes textes pour mon carnet de route. A 9h30 je remonte dans ma chambre me brosser les dents, puis pars vers Bouillon, une relative petite étape de 16kms rythmée par les effluves de l'ail des ours !

Ail des ours avec des boutons prêts à éclore à droite.

Vous pouvez cueillir de belles feuilles, cela vous rafraîchira et éloignera toutes les sorcières à traîner par là!

Le tombeau du géant à admirer, un méandre...

Avec explications que vous n'arriverez pas à lire...

Le tombeau du géant un méandre protégé.

Et le réchauffement climatique fait que l'ail des ours se presse à fleurir !

Les petites fleurs blanches sont celles de l'ail des ours, les fleurs jaunes sont de l'ortie jaune (lamier jaune en fait).

Intermède de la sœur tourière : je m'arrête à l'Abbaye de Cordemois, qui est en fait l'Abbaye de Clairefontaine où une vingtaine de moniales cisterciennes trappistines de stricte observance sont cloîtrées. La sœur tourière est celle qui est chargée de l'accueil du public, elle m'accueille donc et me demande d'où je viens et où je vais, épatée, elle tamponne ma crédenciale et se précipite dans sa loge pour m'offrir une banane, une clémentine et deux parts de camembert Président (elle doit se faire des provisions dans sa loge?!). Je vais me recueillir quelques instants dans la chapelle à laquelle j'accède par un beau couloir bien éclairé.

Couloir d'accès à la chapelle des trappistines de ND de Clairefontaine.

Encore un petit raidillon et une bonne descente et nous voici arrivés à Bouillon dont le château de souvient encore des adieux déchirants lors du départ de Godefroy pour la 1ère Croisade. Ce soir et demain soir je couche à l'Auberge de Jeunesse de Bouillon m'offrant ainsi un jour de repos...

Le méandre qui enserre la vieille ville de Bouillon.
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Publié le 23 avril 2019

Lundi de Pâques, 22/04/2019.

Un jour de repos est occupé par la lessive. A l'Auberge de Jeunesse, il n'y a pas de lave-linge ni de sèche-linge à disposition, donc lessive à la main avec mon savon de Marseille à l'huile d'olive dans un lavabo sans bouchon. Un bout de pelure de mandarine, celle de la sœur tourière, a fait l'affaire. De plus mon linge a pris une bonne odeur d'agrumes. Pour le sèchage ça a été coton, il a fallu que je reste auprès de mon linge comme Brassens auprès de son arbre, pour surveiller que cela n'inonde pas en s'égouttant... Pique-nique dans mon dortoir où je suis tout seul (saucisson 2 tranches, fruits secs et la banane de la sœur tourière). Petit roupillon et visite de la ville...

Vue sur le château de Godefroid qui a été transformé en forteresse du temps de Vauban.

Ici ce n'est pas le Tombeau du Géant que renferme le méandre, c'en est le Château !

Qui a deux pont-levis qui ne se lèvent plus, ils ont dépassé l'âge de la retraite...

Un brave jeune guerrier garde le premier, avec son arbalète...tendue mais il me semble qu'il aie oublié d'y mettre un carreau !

Je finis ma visite en reconnaissant mon parcours de demain matin. Je vais partir vers les 8h car il y aura quelques kilomètres... jusqu'à mon prochain gîte !

Je dîne en compagnie d'une bruyante et néanmoins agréable jeunesse, sortie scolaire de CP-CE1. Avant de me coucher je contemple le méandre, comme un immense navire dans la nuit.

Le méandre de Bouillon.
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Mercredi 24/04/2019. Départ vers les 8h, après avoir encore goûté de cette bonne pâte à tartiner au spéculoos et de ce sirop de Liège avec seulement 35% de sucre ajouté qui est comme une pâte de fruit gélatineux-liquide. Et sur le chemin où la Semois veille sur le randonneur...

D'autres trésors réjouissent la vue plutôt que le palais...

Fleurs blanches Oxalis avec ses feuilles en forme de trèfle, trilobée en coeur.

Oxalis, à ne pas confondre avec les anémones sylvie que voici.

Anémones sylvie blanches aux feuilles caractéristiques.

Dans les villages, ici à Dohan, il se trouve encore des anciens hangars séchoirs à tabac.

Et tout à côté de belles vaches belges pour la viande je présume. Regardez leurs cuisses fort en chair !

Aujourd'hui, notre compagnon de route le GR nous a trompés, mon corps et moi! Il y avait une possibilité de suivre une variante, je n'ai pas engagé mon corps dans cette dernière, et v'là t'y pas que nous passons par Dohan. Je repère une petite gargote et demande une Jupiler pression et si je peux manger mon pique-nique habituel ! Assentiment ! J'ai déjà marché une bonne quinzaine de kilomètres, le repos de midi est le bienvenu.

Sur les coups de 13h je reprends mon GR où je l'ai laissé, le tracé n'est pas sur ma carte papier, mais comme je remonte le courant de cette brave Semois, je suis sur le bon chemin, les signes GR16 - E3 sont là... Au bout d'une heure de marche environ je rentre dans une agglomération et que croyez-vous que c'est comme village?? Dohan à nouveau, j'aperçois de loin "Chez Laurette"! Ce damné GR de... nous promène autour d'un beau méandre pour juste nous faire marcher... Nous en sommes à 21 kms! Je peste, maugrée, m'injurie de tous les noms! Reprendre le scrongneugneu de GR me fera suivre des méandres supplémentaires... J'ai vu sur la route près du pont enjambant la rivière qu'Herbeumont est à 13 kms, je décide de prendre cette direction, il est autour de 15h!

Et bien, je les ai marché ces 13 kms et sous la pluie encore, quand je suis arrivé aux Hespérides, chez Nelly Henrion ma logeuse du soir, je dégouline de partout... Enfin je suis arrivé à bon port ! J'espère que tout va sécher pour demain où la météo ne devrait pas être trop rose non plus!

Madame Henrion, ancienne boulangère en retraite, reçoit des amis pour le dîner et s'occupe de moi pour que je m'installe, me cherche des vieux journaux pour les chaussures, va suspendre ma cape de pluie puis me montre ma chambre. Elle retourne ensuite auprès de ses invités. Je lave les chaussettes, mon tout petit dessous, prend ma douche et ressort pour aller manger en ville à 750m, mais je n'ai que mes tongs et il pleut toujours. Je vais toquer à la porte de la salle à manger et demande à Madame Henrion si elle voulait bien m'amener en ville. Naturellement oui, elle était prête à sortir sa voiture du garage mais son invité a sa voiture garée devant la maison et se propose de me conduire, et de me rechercher à mon coup de téléphone. Me voici donc au seul restaurant d'ouvert, celui nommé "La fille de la boulangère" (c'est la fille de Mme Henrion qui le tient) est fermé. Un bock de Jupiler, une omelette, des frites et une salade font mon bonheur. A mon retour au gîte, ma logeuse m'invite à boire un verre avec ses invités et nous discutons... Mais à 22h le sommeil frappe à ma porte et je monte retrouver Morphée.

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Jeudi 25 avril 2019.

Une étape de 25 kms, avec peu de difficultés, de beaux chemins en bordure de Semois. La roche en place, les schistes toujours , affleure en parois abruptes sur les parties concaves du méandre.

Les schistes de la Semois.

Sur la photo vous pouvez admirer le beau soleil dans les ramures, il est très farceur ce sacré vieux soleil, car comme hier le ciel est à la pluie mais par intermittence... Aujourd'hui j'ai pratiqué le raccourcissement de l'étape comme me le conseillent certains. La boucle du méandre menant aux rochers de Bohanan a été ignorée (6kms de moins). Par contre j'ai suivi le GR sur celle de Florenville 3 kms, croyant que cette ville vaut le coup, mais non, ce sont des kms pour des kms. Sauf pour la boucherie-charcuterie juste au débouché du GR, spécialités charcutières "gaumoise". Nous ne sommes plus en Ardenne mais en Gaume, les maisons ne sont plus en pierre de schiste mais en grès clair... Saucisson gaumois ressemblant à notre rosette de Lyon, pâté gaumois qui est en fait un pâté en croûte, saucisson fumé gaumois... Je n'ai rien pris de tout ça, juste un saucisson sec fermier aux noisettes...

Arrivé à Martué sous la pluie.

Ferme équestre de Martué. Photo prise le lendemain matin sans pluie.

Les propriétaires de la Ferme équestre de Martué sont prêts à partir en ville, ils ont dû me voir de loin! Monsieur arrête son véhicule à mon niveau, ouvre sa vitre et me demande si je suis le pélerin de Compostelle qu'ils attendent, je lui conte en vitesse mon histoire et il sourit, il me dit que sa femme m'attend devant la porte pour me montrer les locaux...

Ildiko m'attend en effet, me montre l'immense gîte, me met le poêle à pellets en route et me dit de faire comme chez moi avec une extrême gentillesse, ils reviennent vers 19h30 et là elle me préparera un repas... Je m'installe, fait mes lavages habituels, ma douche et attend...je n'ai pas la tête à écrire, j'ai froid. C'est le contre-courant de la pluie et de la fatigue. Je m'endors, lové sur le divan en cuir avec une main sur le bas du dos pour le réchauffer... Je dors bien deux heures. Le poêle s'est arrêté, je l'éteins et le redémarre, il se remet à chauffer. Je prépare la table et à 19h45, Ildiko vient me demander combien d'oeufs je veux manger, ce sont des œufs de ses poules. J'en demande 3, "pas de problème, avec des frites ?", oui!, "une salade de tomates ça vous va?", oui merci!, "pas de problème !"... Vingt minutes après elle m'amène un plateau où il y a tout dessus : 3 œufs sur le plat, un grand saladier de frites croquantes à souhait, un ravier de tomates persillées et une crème brûlée fabrication maison. Je lui demande alors de me tamponner ma crédenciale et si elle veut que je la règle ce soir. Elle me dit qu'ils ont décidé de me l'offrir, mais tout abasourdi je n'ai pas compris ce qu'ils m'offrent et je n'ose pas redemander... Miracle, décidément, la baraka me poursuit ! Ils m'avaient pourtant annoncé 35€/nuit pour un pélerin muni d'une crédenciale...? Je prends mon dîner en regardant la télévision, une série policière sur la RTBF 1ère... Je me couche et dort à nouveau profondément.

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Vendredi 26 avril 2019.

Petit déjeuner 8h, et quel petit déjeuner !

Deux tranches de jambon, deux bonnes tranches de fromage hollandais, six petits pains, une maltaise, beurre et trois sortes de confitures maisons ! Hmmm ! Et de la pâte à tartiner à la noisette mais avec de l'huile de palme! Je n'en mangerai donc pas et ne dirai rien à ma logeuse. Ildiko m'a amené aussi de quoi emballer mon sandwich de midi. Et tout cela avec une politesse, une gentillesse !

Quand elle tamponne ma crédenciale je lui demande d'ajouter son nom. C'est ainsi que je sais qu'elle s'appelle Ivanszky Ildiko.

En partant je lui laisse un petit mot lui disant que je n'ai pas compris de quoi elle a voulu me faire cadeau et lui ai laissé 40€ en lui demandant de ne pas s'en offusquer. Je prends la route vers les 9h15 pour une journée de 29 kms. Je longe les nombreux parcs pour les chevaux de la ferme.

Chevaux de la Ferme équestre de Martué.

Après le village La Cuisine, me voici à nouveau à suivre mon cachotier de GR 16 E3.

Nous arrivons au Rocher de l'écureuil, à 340m d'altitude.

Nous allons descendre à 260m, longer la Semois jusqu'à Chiny et obliquer vers le Nord. Bye, bye belle rivière Semois, je ne te reverrai plus! Snif ! Snif ! Je sors d'une forêt, la communale de Florenville, traverse une route pour entrer en forêt communale de Chiny. J'arrive au barrage de la Vierre, propriété d'Electrabel, filiale d'Engie ex GDF-Suez, et quitte le GR16 qui continue sa route pour rejoindre Arlon pour prendre le GR 151 E3 au niveau de Suxy (prononcez Sussy).

Cette journée se termine à Rossignol chez Jacqueline Daloze, chambre d'hôtes A quiet place. Très bon repas du soir, pas trop bonne nuit à cause de la VMC double flux... Au moins je ne suis pas arrivé tout mouillé ! Et j'ai pu écouter de la musique jazz et du classique, tout en dégustant un velouté de carottes, une cuisse de poulet et ses légumes, une assiette de fromages, un dessert aux fraises, crème fouettée et meringue, miam, miam ! Chambre d'hôtes super luxe avec prix en fonction, mais une hôtesse accueillante et ne lésinant pas à discuter, et cuisinière hors pair. Demain est un autre jour!

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Samedi 27 avril 2019.

La plus petite étape depuis Fontainebleau, 14 kms. Petit déjeuner pantagruélique chez Madame Daloze...

Petit déjeuner chez Jacqueline Daloze, A Quiet Place, chambres d'hôtes à Rossignol, Belgique.

Pas moins de 18 choses différentes à manger: - côté sucré, une tranche de pain perdu, petit fromage blanc, céréales en flocons, cinq belles fraises, miel du pays onctueux, confiture maison, sirop de Liège dont je vous ai parlé à Bouillon, - côté salé, assiette de 3 fromages, assiette de charcuterie comprenant une fine tranche de jambon fumé, une rondelle de salami gaumois genre rosette de Lyon, un petit pâté gaumois (pâté en croûte), un œuf dur, 2 sortes de pain, beurre... et j'ai tout mangé tant mon appétit est grand, naturellement je n'ai pas vidé les pots de miel, confiture, sirop de Liège et céréales. Voyant que je n'ai pas touché à la mandarine, Madame Daloze me dit de l'emmener pour mon pique-nique, d'ailleurs comme Ildiko, Jacqueline m'a amené de quoi emballer ce que je veux prendre comme casse-croûte. Elle a été épatée de mon énorme appétit...


Comme j'ai une petite journée de marche aujourd'hui je prolonge l'agape et les discussions avec ma logeuse, les sujets sont nombreux : politiques de transports en Belgique, je lui parle de mon expérience de Soissons, politique générale avec naturellement le dédaigneux - cynique Jupimanu sur la table, je lui ai dit qu'un de la France Insoumise a été au lycée avec lui, qu'il en a écrit un livre dont le titre ne me revient pas, il s'agit bien sûr de Ruffin François... Nous avons tant discuté que mon départ est à 10h34!

Pourquoi l'étape est-elle si courte aujourd'hui ? Pour une raison qui ferait souffrir Obélix, les sangliers sont atteints de peste porcine africaine, donc certaines parties de la forêt sont interdites ! J'ai donc programmé un parcours sur petites routes, parcours qui m'a fait passer par une villa gallo-romaine, celle de Mageroy.

Cette villa est assez étendue et les archéologues n'ont pas fini de trouver des vestiges de toutes sortes...

Comme un ancien four à pain...

À 14h je suis à Habey la Vieille, je vais vers la brasserie ouverte et commande une bière pression Diekirch. Je m'installe et écris mes textes... A 16h je me rends à la Fraternité Champagnat au lieu-dit Le Bua. C'est un établissement tenu par les Frères Maristes dont le fondateur est Marcellin Champagnat. Frère Albert me reçoit et me montre ma chambre. C'est une chambre avec douche et lavabo, le WC est commun pour l'étage. Ma chambre est notée "Le marcheur" sur la porte! Accueil très sympathique, le prix de la demi-pension aussi, 27€ pour le pélerin. Je prends mon repas avec la communauté des Frères Maristes présents, je suis considéré comme un convive important puisque ma place est au milieu de la tablée. Frère Albert m'a placé à côté d'un frère qui a marché jusqu'à Compostelle en partant d'Habey. Les questions pleuvent, quelquefois comme une volée de flèches, le temps d'y répondre je ne mange pas... et je vois les plats déjà débarrassés...je suis obligé de leur dire que je n'ai pas assez mangé pour l'effort fourni ! Les plats reviennent sur la table avec d'autres questions et je réponds la bouche pleine, ce qui est d'une inconvenance ! La moitié des frères présents sont partis en mangeant rapidement, comme dans un vieux couple où il n'y a plus grand chose à se dire. Je fais donc la remarque aux présents qu'ils mangent beaucoup trop vite !

Moi je prolonge parce qu'il faut que je mâche bien pour bien assimiler, trois frères restent avec moi et nous continuons à discuter de longues marches, de Compostelle, du plateau de Langres et de ses froidures, etc...

Puis le rendez-vous quotidien avec Morphée.

Cour du cloître au Bua.
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Dimanche 28 avril 2019. Étape de 27 kms.

Pour le petit déjeuner, même problème que la veille, je suis pressé par les vieux frères qui, une fois qu'ils ont terminés leur collation, débarrassent ... Je dois redemander du pain, je n'ai même pas fini une tartine que le pain a disparu... Je finis mon petit déjeuner avec le frère de Compostelle... Nous causons, il finit par me presser un peu car il doit aider à une messe pour 10h30... Les autres se sont égaillés de même à différents endroits pour des messes...

Je finis par partir vers 10h. Je remonte le cours de la Rulles, rivière qui est un affluent de la Semois et passe à Habey-la-Vieille comme à Habey-la-Neuve. La remontée commence à une altitude indiquée de 365m.

Borne "Flanlive" 365m.

Vingt kilomètres de montée pour arriver à 557m à la ligne de partage des eaux entre les bassins versants de la Semois au Sud, de la Sûre (Sauer) au Nord. Le chemin nous fait passer devant la demeure de la Marquise D'Oye au lieu-dit "Le pont d'Oye". Il faut espérer que cette Marquise n'avait pas pour prénom Blanche.

Sur les 7 derniers kilomètres avant sa source, le val devient une zone humide où quelquefois la rivière n'est plus visible tellement elle se perd dans un entrelacs de bassins moussus...

Un des nombreux bassins du val de Rulles.

Ses méandres de voient à peine.

Méandres qui se cachent...

et se montrent, selon leur bon vouloir!

L'humidité règne en maître absolu, et ses valets les champignons s'affichent effrontément.

Langues de bœuf sur un tronc mort.

Même les Oxalis mettent leurs feuilles cordiformes en forme de parapluie pour se prémunir. Il faut dire aussi qu'en plus de l'humidité ambiante il pleut finement.

Oxalis aux feuilles cordiformes repliées.

Sur la ligne de partage des eaux survit une ancienne voie romaine.

Après une bonne descente, nous arrivons à Martelange-Rombach, bourg belgico-luxembourgeois.

Où nous traversons encore une zone humide qui est ici aménagée pour que les passants la traversent et admirent les beaux œufs de Pâques déposés par les oiseaux...

Passage aménagé à travers la zone humide.

Regardez bien attentivement, un oisillon va peut-être sortir d'un de ces œufs !

Les petites taches blanches sur le petit îlot sont des oisillons en devenir. Il y en a une bonne dizaine.
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Lundi 29/04/2019.

36 kms;

alt. la plus basse 364m; alt. la plus haute 550m

Dénivelé +: 10144m /Dénivelé -: 10247m


Une étape montueuse à souhait. Je dis toujours : "tout ce qui est monté est redescendu, tout ce qui est descendu est remonté", sauf à aller à la plage océane. J'ai collationné dans ma chambre d'hôtel avec les deux bouts de pain que j'ai pu garder hier soir lors de mon repas au "Mouton Noir". Comme c'est une chambre super luxe, il y a un frigo avec tout un assortiment de boissons (les bières je les ai bues hier soir, l'eau je l'ai mise dans mes bouteilles) et une bouilloire électrique avec quelques sachets de café et de thé. Et voilà comment on peut collationner.

Je quitte l'hôtel à 7h45, descends en ville pour rejoindre le GR E3. Je vois une boulangerie qui fait salon de thé, je m'y arrête et repetit-déjeune avec un pain au chocolat et un "schneck" (pain aux raisins). J'en profite pour acheter deux sandwichs (petits pains longs non garnis) pour midi.

Intermède : Le repas au Mouton Noir.

A Martelange - Rombach (Martelange côté belge, Rombach côté luxembourgeois) il n'y a qu'un hébergement : la Brasserie-Grill-N4 qui fait hôtel 4 ****, prix prohibitif pour ma bourse, mais on fait avec. Seulement cet hôtel est situé à 2 kms sur la Nationale 4 avec un beau point de vue, donc en hauteur! Il a donc fallu y aller, heureusement qu'il ne pleut plus, le vent a séché ma cape. Pour manger il faut descendre en ville, le stop ne marche pas sur une partie 4 voies. Donc me voilà au Mouton Noir, le seul restaurant ouvert, chicos un peu! C'est la première fois que je vois quelqu'un sortir un billet de 200€ pour payer une table de 4!!! Et pourtant ils ont l'air d'être des ouvriers, ils n'ont peut-être que l'air! Les deux tables, à ma gauche et à ma droite, sont occupées par des couples Csup., bien habillés. Je regarde la carte et je choisis le plat le moins cher et le plus copieux: un 1/2 poulet rôti, frites, petite salade, boisson non comprise 1/4 eau non gazeuse (18€ dont 2,40€ d'eau). Et bien j'ai tout mangé, et ce n'est pas du poulet industriel... J'ai reçu la note dans une boîte de cigares Monte Cristo, avec un crayon papier, 2 cartes postales "Mouton Noir", 2 pastilles pub toujours "Mouton Noir" où il y a un espace à gratter pour gagner un repas au "Mouton Noir"... Comme je ne vais pas revenir, je demande gentiment à mes voisins de droite, un couple dans la cinquantaine,, s'ils viennent souvent dîner ici. A leur réponse positive, je leur propose les pastilles, le crayon aussi. Ils acceptent et "miracle à nouveau", ils m'ont vu monter la pente vers l'hôtel ... "Habitez-vous vers Bastogne ? - Oui, un village un peu plus loin que l'hôtel. - Pouvez-vous m'y ramener ? - Sans problème !..." Et voici comme la baraka répond à ceux qui tentent, essaient de la la forcer...des fois oui, des fois non! Pour moi, oui tout le temps pour l'instant.

Je commence à marcher à 9h. Je vais suivre la Sûre (Sauer en luxembourgeois).


La Sûre prend sa source en Belgique dans la région de Bastogne. Elle irrigue ensuite le Luxembourg du Nord avant de confluer avec la Moselle.

La Sûre en contrebas.

Nous la suivons par le chemin des fraudeurs, "schmugglerpad"...

Le sentier des contrebandiers.

Sur ce chemin, il existe encore un vestige de l'industrie ardoisière, un puits destiné à ventiler et descendre des wagonnets dans les galeries creusées dans la roche au niveau de la rivière. Il faut dire que les coins du Luxembourg que je traverse sont essentiellement schisteux! Si bien que les habitants usent certainement de ce vocable comme d'un juron: shiste alors! A la place de merde alors... Au bout de ce chemin des fraudeurs, nous arrivons à Bigonville. 6kms par la route, 13 par les chemins, les fraudeurs ne lésinent pas sur la chaussure !

Le fermier prend sa femme, ....et bien non le fermier a pris sa vache !

N'empêche, les souris s'en donnent à coeur-joie pour entamer le fromage...

Le fromage est battu dans la chanson, ici les souris l'auront grignoté bien avant...

Après Bigonville, c'est les montagnes russes, le chemin monte et descend. En bas, au niveau de la rivière, je m'arrête près d'un Bubelbus, le chauffeur est sorti et mange un sandwich. Je lui pose des questions sur le service de ces petits cars qui sillonnent la campagne : c'est un service public étatique qui vient à la demande, tous les voyages sont à 1,50€ mais sont réservés aux habitants du Luxembourg. Par contre, à la différence des TAD de Soissons, il ne prend pas les fauteuils roulants, c'est une société privée qui assure ce service, moyennant monnaie sonnante et trébuchante ! Lui me pose des questions sur mon voyage et me dit qu'il n'aurait même pas l'idée d'aller à Prague en voiture.


Le chauffeur du Bubelbus est en bas près de la rivière !

Enfin nous arrivons au début du Lac de la Haute Sûre, sur le bord duquel se l'Auberge de Jeunesse de Lultzhausen où je dors ce soir.

Le Lac de la Haute Sûre.

Enfin, épuisé mais content, j'arrive à Lultzhausen.

Salle à manger de l'Auberge de Jeunesse de Lultzhausen.

Toyota la journée, j'ai tourneboulé le fait que je n'ai aucun hébergement à Clervaux, presqu'au pôle Nord du Luxembourg. Il faut que j'adopte une solution... La nuit portera conseil...

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Mardi 30/04/2019.

Dénivelé positif : 8137m / alt.max. 540m

Dénivelé négatif :7094m / alt.min. 297m

Longueur de l'étape: 25,8 kms en 7h26.


La nuit a porté conseil, je n'irai pas à Clervaux. A la place, je traverse le Luxembourg d'Ouest en Est et rejoint Vianden où j'ai réservé à l'Auberge de Jeunesse. Cela va faire encore une longue étape, je ne sais pas trop, mais au moins une bonne trentaine de kilomètres.

Je me suis levé aux aurores, ai bien collationné et suis d'attaque à 8h. Il a fallu que j'étudie bien la carte pour trouver des chemins ou petites routes et j'ai vite compris tout en marchant que je dois suivre les croix jaunes sur fond bleu...

Je vous ai parlé hier du Lac de la Haute Sûre, c'est un lac artificiel dû à une retenue d'eau, un barrage donc qui produit de l'électricité et de l'eau potable.

Le lac à gauche, la Sûre redevenue rivière à droite. Le barrage avec ses installations.

Ce barrage est situé juste avant un beau village qui se nomme Esch-sur-Sûre.


Esch-sur-Sûre, sur son promontoire pour la partie ancienne.

Les nécessités du chemin font que je n'ai pas pu visiter ce beau village fortifié. La longue distance que j'ai à parcourir aujourd'hui m'a incité à contourner par le barrage. Après ce beau spectacle de l'inventivité humaine, la nature reprend ses droits et le fait sentir au corps humain qui m'accompagne. Une bonne montée nous emmène sur le plateau, puis le manège des montagnes russes se met à nouveau de la partie, descente vers Büderscheid et regrimpette longue vers Nocher à 496m. Parcours en forêt alternent avec champs ouverts ou prairies entourées de barbelés. Depuis la Belgique j'ai pu remarquer que les piquets sont essentiellement de métal, cornières percées, tubes ou piquets pleins carrés pourvus d'anneaux soudés. Voici la belle descente vers Krautenbach où je m'arrête un peu sur un banc au soleil, je sors mon saucisson et le pain que j'ai pris à l'AJ. ce matin, avec de l'eau. Je vois passer deux trains de voyageurs sur la petite ligne à une seule voie, les trains doivent se croiser dans les gares. J'avais déjà vu ce système à une seule voie le long du Bodensee en Suisse.

Après la ripaille, les montagnes russes toujours recommencées.

Vue de Krautenbach en contrebas après avoir gravi le sentier sur une arête de schistes dont le pendage est quasi vertical.

Et ce n'est toujours pas fini! Après la musique d'un immense mobile fait de bois que le vent fait tintinnabuler sans grelot ni clochette nous suivons la flèche avec la croix jaune.

Avec la croix jaune ai- je dit!

La Molberlee ensuite, elle est annoncée par un tableau explicatif où il est dit que c'est un éperon rocheux schisteux xérotherme (qui retient la chaleur). Son nom luxembourgeois est "Molberrenlay" où le mot lay ou Lee signifie rocher isolé et molberren ou molbier signifie myrtille sauvage. Cette arête rocheuse de 500m de long va nous faire grimper jusqu'à 484m.

La Molberlee.

Comme la précédente arête de ce genre, le pendage des couches schisteuses est vertical. Le sol strié maintient bien le pied, il ne glisse pas. Il ne faut pas qu'il le fasse d'ailleurs, car le danger est à gauche et à droite.

La Molberlee dans toute sa splendeur, le vide à droite et à gauche. Bon pied, bon œil de rigueur!

Après tout ces efforts, j'arrive à Hoscheid où je pense qu'il y a des hébergements car sur le panneau de la Molberlee, il est dit qu'Hoscheid est un village étape. En montant l'escarpement rocheux j'ai décidé d'arrêter là, il se fait 15h, j'ai déjà 25 kms dans les pattes et Vianden est à au moins 15 kms. Je tombe sur l'hôtel-restaurant Des Ardennes, j'entre, demande s'ils ont des chambres pas trop chère, 57€ avec le petit déjeuner, je prends, fais mes petites affaires de randonneurs, envoie un mail à l'AJ. de Vianden que je ne viendrai que le lendemain, me douche, mets mon réveil pour le repas et me couche, ai dormi à poings fermés durant 2h30. Repas à la "Pantagruel" et redodo.

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Mercredi 1er mai 2019.

Nous avons marché entre 297m et 571m, car nous nous sommes arrêtés à l'Auberge de Jeunesse qui n'est pas installée dans le thalweg (près de la rivière). Au lieu de 13kms annoncés par le directeur de l'hôtel des Ardennes, c'est bien 19,6kms que nous avons parcourus mon corps et moi.

Hôtel pas trop cher/chambre avec petit déjeuner.

Après une collation bien copieuse, l'hôtel des Ardennes propose de nombreuses choses pour affamés, pas moins de trois tables remplies de charcutailles, fromages, viennoiseries, œufs durs, 4 sortes de pains, biscottes, pain d'épices, miel, 6 sortes de confitures maison, fruits divers, lait, yaourts maison aux différents parfums, céréales et j'en oublie... Vous en sortez requinqués pour la journée de travail qui commence à 9h57 par un début de montagnes russes pour pas changer.

Hoscheid au nord-ouest, le creux de vallon où coule la Blees est à peine marqué sauf pour les jambes.

Deux jeunes taureaux se fendent la gueule avec sérieux !

Hi!hi!hi!

Eux sont sur l'herbe, moi sur la route et les schistes sur les champs.

Ce n'est pas un reg, c'est un champ. Ce ne sont pas des mottes mais des cailloux de schiste.

Et nous arrivons au Sankt Nikolaus Berg (mont St Nicolas et Niklosbierg en luxembourgeois) à 491m d'altitude, la fierté de la commune de Vianden partagée avec son château, car ce mont contient une caverne d'Ali baba...

Bien sûr qu'elle ne se fait pas voir puisqu'elle est en caverne enfermée.

Alors comment cela fonctionne-t-il donc pour la 10ème machine qui est d'une modernité ?

Les centrales à puits deviennent nombreuses en Europe.

Explications diverses...

Le système est constitué de deux bassins qui sont reliés entre eux par des conduites forcées. Le bassin supérieur, divisé en deux parties pour une meilleure gestion de l'eau, est un lac artificiel créé par des digues de terre végétalisées sur le Mont St Nicolas à 491m, il peut contenir jusqu'à 7,3 millions de m3 d'eau, son niveau varie de jour en jour et atteindre une baisse de 17m.

Le bassin inférieur où l'eau est pompée pour remplir le supérieur, est constitué par un lac artificiel au niveau de la rivière et ceci grâce à un barrage juste en amont de Vianden. Ce lac s'étend sur 8 kms.

Les neuf premiers turboalternateurs-pompes, la centrale à puits (10ème machine) et la 11ème à accumulation fonctionnent en production d'électricité par les conduites forcées qui leur amènent l'eau sous pression venant du bassin supérieur, ceci en période de besoin. Aux heures creuses, les 11 machines peuvent se transformer en pompes pour réalimenter le bassin supérieur.

Après l'énergie électrique, l'énergie intellectuelle avec un de nos grands auteurs qui a fait plusieurs séjours à Vianden, accueilli par le député-maire Adolphe Pauly-Strasser, séjours touristiques ou de réfugié politique. Dans les temps actuels ce même auteur serait tout autant poursuivi par la police macronnienne, peut-être que Vianden l'accueillerait à nouveau !


Victor Hugo gilet jaune du XIXème siècle ?

Intermède : Mame Vipère se promène entre les herbes d'un chemin bien réchauffé par un soleil d'après midi. Elle perçoit un bruit sourd de frappement sur le sol, elle est pétrifiée de peur et ayant le devant du corps vipérin engagé sur la partie non herbeuse, donc à vue de cet ennemi possible qui fait ce bruit, elle ne bouge plus, reste raide et droite comme un bâton, une branche grise de hêtre par exemple, sa langue fourchue reste coincée dans sa bouche de vipère. L'ennemi est grand, il passe au-dessus d'elle sans rien lui faire! Ouf! Le danger est passé... Non! Le danger se retourne, il avance quelque chose vers moi (la vipère), cette chose me touche, je me mets en position d'attaque, la grosse bête me regarde à une distance de trois longueurs de bond de vipère, mais il avance à nouveau cette chose qui m'a touchée. Tiens, la grosse bête avec une bosse rouge sur le dos prend une autre chose qui fait clic. Ah! Elle s'en va enfin. Qu'est-ce que j'ai eu peur!

Mame Vipère, on distingue son nez retroussé et sa tête triangulaire.

J'ai vu comme un bâton gris comme peut l'être une branche de hêtre, ou de charme. J'ai évité de marcher dessus et c'est en regardant ce bâton que j'ai vu la tête bien triangulaire. La vipère est vraiment pétrifiée. Quand j'arrive à deux mètres environ je touche ce serpent pour voir s'il est vivant. Sa réaction de mise en position d'attaque a été la réponse à ma question.

J'ai repris ma marche, laissant Mame Vipère à ses occupations.

La grosse bête à bosse rouge pose devant la Chapelle Notre Dame Bildchen. Elle a su échapper à la tentatrice Notre Dame Vipère.

Pour bénéficier de la grâce, il faut encore grimper les marches du ciel...

Et nous voilà arrivés à Vianden ! Son château et son Auberge de Jeunesse.

Château de Vianden et entrée de l'Auberge de Jeunesse, à droite.

A Vianden, j'ai mon deuxième compagnon de chambrée, le premier a été à Château Porcien, Benjamin dit Ben venant de Gand. Il s'appelle Philippe, est médecin généraliste et en préretraite à 59ans. Nous n'avons pas pu discuter trop longtemps car il ne veut pas manger le repas préparé par l'Auberge. Je serai seul à manger d'ailleurs. Il a déjà parcouru tous les grands chemins possibles et imaginables, Compostelle, la Francigena (Canterbury - Rome), le GR10 (les Pyrénées d'est en ouest), le GR5 dans sa partie alpine,...là il est parti de Liège et suit le GR5... Quand je suis monté me coucher il dort déjà... Le lendemain matin il est parti bien avant moi. Je ne le reverrai plus...

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Jeudi 2/05/2019.

Dénivelé +: 11312m / Dénivelé -: 11234m

Entre 228m et 472m d'altitude

Vitesse moyenne 4,15km/h sur 36kms


Philippe, mon compagnon de chambrée, est parti depuis une bonne heure quand je petit déjeune à 7h20. Je vais abandonner mon chemin triangle vert ou rond jaune sur fond bleu, le E3 n'est balisé qu'épisodiquement, pour le bord de la Sauer (Sûre), je me raccourcis le chemin de 2 kms au moins... Je rejoins Bettel...

Ancienne gare de Bettel.

Où est célébré le transport par le rail !

Nous traversons de superbes fûtaies d'hêtres et de charmes...

Quelquefois le chemin de Philippe, le GR 5 est signalé, ici par une invite à camper...

Dans le creux du vallon où nous sommes passés se niche la petite ville de Diekirch où est brassée la bière que j'écluse de temps en temps...

Vue panoramique de Diekirch, ville de la bière !

Et après, jusqu'à Beaufort, les montagnes russes, nous avons quitté le pré-métamorphique (les schistes) pour le sédimentaire en couches quasi horizontales, du grès ici. Cela ressemble aux Vosges gréseuses par maints aspects.

Montée sur le plateau gréseux, des escaliers ont été aménagés dans la roche en place.

Falaises gréseuses vues d'en bas...

Et nous arrivons à Beaufort après 8h de marche.

Il faut chercher à se loger..., l'Auberge de Jeunesse est complète..., les hôtels hors de prix, un vieux monsieur bien mis vient se joindre à la conversation que j'ai avec un autre monsieur moins bien sapé, mais tout gentil à réfléchir avec moi sur la situation de l'hébergement à Beaufort. Le premier m'indique un petit café dans le virage en retournant vers le Château, il affirme qu'ils louent des chambres pour 35€/nuit... Je connais l'Auberge Rustique et ses prix, mais à défaut ! Je m'en sors comme à Hoscheid, 55€ la nuit avec petit déjeuner.

L'Auberge Rustique tenue par des Néerlandais. Logement très correct pour le prix, cuisine délicieuse !
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Vendredi 3 mai 2019 (Freitag 3 mee 2019 en luxembourgeois).

Dénivelé +: 4844m / Dénivelé -: 5028m

De 189m à 439m d'altitude.

22 kms en 6h.


Comme d'habitude, Pantagruel se présente pour la collation avec un appétit qui fait honneur aux cuisinières qui l'ont préparée.

A 10h les festivités commencent par un engagement volontaire dans le val des Sept Gorges...

Sculpture dans la roche en place à l'entrée du val.

Mais rien n'est plus beau que le naturel modelé par le cours de l'eau!

En se faufilant entre les blocs rocheux nous arrivons au site d'escalade de Berdorf, parois qui rappelleront à Daniel ses exploits de jeunesse...

Paroi tout en devers et surplombs ! La bien nommée "Le Parapluie".

Et la suite en souvenir du copain Christian !

Le Parapluie avec son surplomb final.

J.Simmons est venu escalader ici en 1970. Son nom est inscrit sur une voie non pitonnée. Peut-être trop difficile ! N'empêche, pas moins de quatre équipes étaient à l'ouvrage lors de mon passage.

Heureusement que le grimpeur est assuré, car les prises sont difficiles à trouver.

Pour le marcheur, la difficulté est de passer par des chas d'aiguille... J'ai bien cru qu'avec mon sac je ne passerai pas, et bien si!

Quand des arbres tombés bouchent le chemin, les autorités interdisent le passage. Quelquefois elles ne proposent aucun itinéraire de détournement. Je ne me voie pas rebrousser chemin ! Je prends un chemin sur la rive droite du ruisseau, puis le quitte pour rester près du thalweg. Bientôt la trace que je suis descend trop sèchement avec un ressaut que je ne peux franchir, je remonte avec difficulté, glissant dans les amas de feuilles, je suis obligé de remonter à quatre pattes dans les feuilles, c'est d'un comique! Puis j'avance en longeant les champs à la lisière du bois où se trouve la gorge...je débouche enfin sur un chemin empierré qui va dans la bonne direction, il m'emmène jusqu'aux abords d'Echternach.

Pareil qu'à Beaufort, je dois trouver un logement pour la nuit. L'Auberge de Jeunesse affiche aussi complet. Je reste à l'hôtel "Au bon accueil" tenu par une portugaise, il y a une forte communauté portugaise au Luxembourg. Je fais mes lavages quotidiens, sort en touriste et en quête de pitance.

Basilique St Willibord à Echternach.

La faim inextinguible du marcheur :

Je suis entré dans le kébab que j'avais repéré en entrant dans la ville. J'y ai mangé une assiette, bu 50cl d'eau. Quand j'en suis sorti j'avais encore faim, je suis retourné à mon hôtel-restaurant, me suis attablé et ai commandé une assiette de salade accompagnée de 2 œufs sur le plat et un bol de frites. Et bien, j'ai tout baffré!

Et dodo!

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Dimanche 5/05/2019.

29 kms en 6h47. Météo mitigée, sans pluie mais du vent.


Aujourd'hui, comme hier je n'ai pas de logis prévu le soir. Je prends donc la piste cyclo au bord de la Moselle la plupart du temps, ou des sentes près de l'eau, appelées Mosel Wee (Wee = Weg, chemin). Les spectacles d'une rivière de cette importance ne manquent pas...

Un pécheur avec son fils.

Sur l'eau aussi...

Le bac qui transporte voitures et piétons sur les deux rives.

Et d'énormes péniches...

Énorme péniche, l'avant avec les fanions vert et bleu, l'arrière avec sa cabine de commande plus loin que la voiture!

Du côté luxembourgeois les bus, du côté allemand, le train "Regio"...

Train du côté allemand.

Des bâteaux de touristes...

Une péniche transportant de la limaille...

Transport de limaille de fer.

A Wolmerdange, mon étape normale, il n'y a qu'une pizzeria pour louer 4 chambres qui sont toutes occupées comme de bien entendu.J'ai encore du temps et je marche... jusqu'à Stadtbredimus où je compte bien prendre le bus pour Remerschen où se trouve une Auberge de Jeunesse. Tout se passe bien, les chauffeurs sont sympathiques, bus 450 jusqu'à Remich Gare routière, bus 185 jusqu'à l'Auberge de Jeunesse.

Philippe, médecin en préretraite choisie.

Et là, je retrouve mon compagnon de chambrée lors de l'étape de Vianden, Philippe. Nous avons un peu plus le temps de discuter. Un troisième compagnon arrive quand je dîne seul dans le grand réfectoire. Il est russe et vient de Sibérie, Irkoutsk près du lac Baïkal. Dormir, c'est la santé, bien plus que tout travail..

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Samedi 4/05/2019.

31 kms en 8h, de 154m à 343m d'altitude.


C'est une journée à la pluie. J'ai décidé de suivre la piste cyclable qui accompagne la Sûre dans sa course aquatique. Il fait froid, le thermomètre indique pas loin de zéro ! En restant sur le relativement plat je transpirerai moins.

Le spectacle est tout à fait autre que sur les chemins...

Nous voyons des grands cormorans plonger, des ouettes d'Egypte qui sont comme des oies, des colverts, des bâteaux, quelques cyclistes et piétons... Et des "Corvettes", pas moins de soixante à se suivre...

Et comme c'est la journée cool, nous nous arrêtons à midi casser la graine dans un café de camping à Born, "Op der terrasse".

Amuse bouche aux couleurs vives!

Et la salade paysanne donc!

Nous ne nous refusons rien!

Il faut prendre des forces car la journée n'est pas finie. Il va falloir faire de la politique antimacronienne...

Nos vies, pas leurs profits!

Les ouettes, elles s'en fichent ! Elles narguent les Corvettes qui passent...

Arrivés à Wasserbillig, nous sommes au confluent de la Moselle et de la Sûre. C'est le rendez-vous des grands oiseaux qui quémandent de la nourriture aux passants...

Et voici la Moselle !

Die Mosel ! Le cygne baigne ses pieds dans la Sûre qui se jette à corps perdu dans la Moselle.

A Wasserbillig il n'y a plus d'hôtels, pas de chambres d'hôtes, une gentille ex hôtelière a téléphoné pour moi en Allemagne, à 2 kms de là, pour savoir s'ils avaient encore des chambres. Elle m'a décrit comme "ein alte Mann" (un vieil homme), "er kommt bei Fuss!" Le couple Capris, d'origine italienne, m'accueille chaleureusement... Et je mange...

Pizza napoli, insalata mista grande et un tiramisu à l'auberge "Löwener Mühle Da Capris" de Langsur.

Bien dormir et le lendemain est un autre jour!

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Lundi 6/05/2019. Temps maussade et vent frais, les vignes ne semblent pas avoir trop souffert des quelques degrés autour de zéro.

Le Luxembourg, comme la Lorraine "était" un pays d'extraction de minerai de fer, la minette qui avait une bonne teneur mais difficile à extraire. La concurrence...a détruit cette industrie.

Wagonnet rempli de "minette" à Stadtbredimus.

Le chemin nous conduit à suivre un ruisseau, le Heedbaach en luxembourgeois. Maintes passerelles ont été aménagées car le sentier disparaît à beaucoup d'endroits du fait de l'érosion provoquée par le cours d'eau lui-même. Moyen pédagogique idéal pour voir l'évolution des méandres...

Passerelle sautant les méandres du Heedbaach.

Et nous reprenons le chemin des vignes des côteaux de Moselle, où les vignerons désherbent avec leurs petits tracteurs adaptés.

Nous passons par hasard devant une ancienne caserne de pompiers, luxembourgeois naturellement !

Pompjeen veut bien dire pompiers.

Vers 15h, nous revenons à l'Auberge de Jeunesse de Remerschen où après les ablutions diverses de tous randonneurs, devant un 33cl de bonne bière luxembourgeoise, je peux enfin rattraper tous mes écrits en retard.

Cadeau de la maison Euromarcheur, une orchidée sauvage.
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Mardi 7 mai 2019.


Cette étape de déroule en deux parties : aujourd'hui je ne marche que les quelques 6 kms qui m'amènent à la DB Bahnhof de Perl en Allemagne, où je prends l'autocar SNCF TER qui m'amènera à Thionville.

Le dimanche 12/05, je partirai de là pour ma première étape en Allemagne, Saarland.

Cette très courte étape est l'occasion de remémorer une part de notre histoire européenne, avec les Accords de Schengen qui promeuvent l'abolition des frontières...avec libre circulation des personnes et des biens...libre dumping fiscal et libre exploitation des travailleurs viendront ensuite... Mais ne faisons pas de politique et admirons le sourire de notre Ministre du Commerce et du Développement industriel qui signa pour la France...

Edith Cresson signe les Accords de Schengen.

Mais notre petite randonnée, après avoir arpenté les quais qui ont vu le Marie Astrid, un bateau restaurant ***** qui emmène en croisière touristes, conférences et séminaires encore aujourd'hui, accueillir les signataires des Accords de Schengen en 1985 et 1990, nous amène à traverser le pont autrefois frontière...

et à aller reconnaître les premières indications sur le chemin de dimanche.

Je prends le car TER à Apach, le premier village français...j'ai du temps et je sais qu'après Perl le car s'arrête à Apach Église. Ce car me conduit à Thionville. Un Monsieur qui est monté en même temps que moi, m'introduit dans la conversation qu'il a avec le chauffeur. Ils ont l'air de se bien connaître. L'accent mosellan-lorrain ressort fortement. Nous parlons des compteurs "Linky", des politiques des prix de l'énergie... "La meilleure façon de se chauffer c'est de se mettre au lit avec une jeune femme" ajoute-t-il quelque peu égrillard !

A Thionville, train pour Nancy par le Métrolor, à Nancy j'attends patiemment que Gérard vienne me chercher car je vais passer 3 jours de repos chez lui.

Gérard a parcouru une partie du Camino Frances en Espagne avec moi et Jean Claude (Reims). Il a bien voulu m'accueillir pour ce laps de temps, m'a même dégotté un rendez-vous dentiste chez la praticienne où Michelle, sa femme, va se faire soigner.

Deux jacquets aux anges.

Je vais pouvoir aussi faire quelque renouvellement de matériel, tel que chaussures et chaussettes, acheter un petit cadenas pour enfermer mes affaires en Auberge de Jeunesse, un petit flacon de bicarbonate de sodium pour différents usage...

Je repars samedi matin de Dombasle par le train avec une correspondance pour Thionville dans la gare de Nancy. Et le périple continuera...

Lisle, un cycliste Écossais à l'Auberge de Jeunesse de Remerschen.

Dimanche 12/05/2019.

Le dimanche, le petit déjeuner est de 8h à 10h dans les Auberge de Jeunesse Luxembourgeoises. J'ai dérogé à ce principe : à 7h15 je suis dans le réfectoire, je remplis mes bouteilles d'eau, cela dure un moment car l'eau de la fontaine coule doucement... à 7h25 je prépare mon petit déjeuner, la dame du matin a déjà tout préparé! Assortiment de charcuterie, 2 tranches de fromage, un verre de jus d'orange, 2 petits pains, une tranche de pain noir, 4 plaquettes de beurre, une part de brownie, une soucoupe de céréales au raisin avec du yaourt et de la compote de pommes, le tout arrosé de 4 ou 5 mugs de thé... Pantagruel aurait fait mieux! Comment voulez-vous que je perde du poids, même avec tous les efforts que je produis. Je me suis pesé chez Gérard, je n'ai perdu que 2 kilos...

À 8h je n'ai pas fini, car je mange lentement. Le plaisir le meilleur, c'est celui qu'on prend lentement ! Et Lisle, le cycliste Écossais avec qui j'ai pris le dîner hier soir, vient s'installer car lui a respecté l'heure! Il est parti de chez lui à vélo en Ecosse pour rejoindre sa femme à Bologne, en Italie. Son étape d'aujourd'hui est Strasbourg... Il a beaucoup plus de kilomètres que moi...à faire ! Il est vraiment sympa !

A 8h36, après m'être brossé les quenottes, je prends la route... Le bus pour Schengen est à 9h02, je ne l'attends pas et remarche ce que j'ai marché le mardi 7 mai, càd. 6 kms environ jusqu'à la gare DB (Deutsche Bahn) de Perl.

Autour de Perl, les chemins sont nombreux...

Moi, mon corps et le europaïscher Ferrnwanderweg E3 nous suivons les signes E3 ou la croix de St André bleu sur fond blanc et quelquefois nous sommes obligés de consulter la modernité... la carte avec géolocalisation ! Car les signes sont absents... Nous suivons l'ancienne frontière, sur les hauteurs, et nous apercevons le village d'Apach en France.

Apach au premier plan, au deuxième Sierk-les-Bains.

Dans les bois, le long du chemin, nous voyons des êtres pas farouches...

Écureuil n'ayant pas peur!

Cubains à l'aise avec leur barreau de chaise !

Peinture sur une porte de garage.

Après être passé par les villages, nous longeons le "Bundeswehrmunitionsdepot" d'Eft-Orscholtz. Dans ce dernier village, le salut amical est de rigueur, à la mode ancienne... "Grüss Gott"

Voyez la poignée de main.

Nous arrivons enfin à la rivière ! La Saar (Sarre) qui fait un beau méandre au Sud-Est d'Orscholtz.

La Saar près d'Orscholtz.

Pour ne pas y choir, il est bien sûr nécessaire de ne pas perdre le chemin...

Nous longeons la Saar pour aller à la Jugendherberge de Dreisbach...

Grosses péniches et bâteaux de touristes naviguent sur la Saar.

Étape de 29 kms marchée en 6h44, le mini sandwich a été mangé en avançant. A l'Auberge de Jeunesse, il n'y a pas de repas ce soir, il faut donc manger "snack" (pizza, flammekueche et tablette de chocolat aux amandes. Et dodo m'attend avec impatience !

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Lundi 13/05/2019.

Une promenade qui, selon mon curvimétrage, doit faire 25kms en fait 33,7 selon le GPS et 45294 pas (31,7kms) selon ma montre connectée... allez donc savoir qui a raison? Mais une belle promenade!

Comme d'hab je me suis présenté à la salle à manger tôt, j'ai bu un verre d'eau et attendu que quelqu'un vienne préparer le petit déjeuner. Une petite dame blonde se présente et s'étonne que je sois là si tôt (il n'est que 7h), puis elle s'affaire à remplir les présentoirs (en plus de la charcuterie, un fromage genre camembert et un autre en tranches genre gruyère, des fruits, frais et secs, des légumes (concombre en tranches, poivron émincé) et le reste... En m'amenant une assiette d'oeuf dur, elle me confie que je suis tout seul (Einzel). Tout ça pour moi tout seul...

À l'Auberge de Jeunesse de Dreisbach.

J'ai collationné pendant une heure et me suis préparé un petit sandwich fromage-légumes pour midi, je l'ai mangé en étant assis à côté de "Dieu"...

Départ 8h24! Je longe la Saar pendant 3 kms avant que d'entreprendre la montée raide ++ qui me fait un raccourci par rapport au chemin de hier.

C'est là-haut que je vais grimper, le Cloef.

Cela ne paraît pas si haut! Détrompez vous, cela monte en lacets par une petite sente de 2 kilomètres de long sur une hauteur qui fait bien plus de 250m. D'en haut, c'est impressionnant !

Méandre de la Saar sous le Cloef. La Sarre coule de droite à gauche.

J'aurais pu m'allonger et admirer un si beau spectacle de Dame Nature, mais Dieu m'attend plus loin. Et pourtant, les Allemands ont de si beaux sièges le long des chemins...

Genre de siège trouvé souvent au bord des chemins. Ici au bord de la falaise, il ne faut pas s'endormir et glisser dans le vide.

Il faut continuer sa route en suivant les quelques balises, Blaue Andreas Kreuz (croix de St André bleu), heureusement que je peux suivre mon chemin sur ma carte enregistrée. Vive mon frère Martial et l'ADAC...

Rare signe E3, croix de St André bleu.

Et en cheminant, sur les coups de 11h45, c'est là que je rencontre Dieu, en mangeant mon casse-croûte...

"Veux-tu voir l'essence de Dieu, regarde d'ici dans la Nature."

Et bien j'ai regardé et je l'ai vue partout, dans l'âme noire du bousier, celle toute verte du limaçon, grise du lézard des rocailles, colorée des papillons, ... et je l'ai vue aussi dans les belles couleurs de mon sandwich et la transparence de mon eau. Mais il faut repartir... Par cette belle journée de mai, il faut marcher en chantant.


Intermède :

Chacun prend son plaisir où il veut s'il le peut. Je vous ai parlé, plus en avant d'un défilé de "Corvettes", voiture mythique s'il en est. Les personnes qui possèdent ces Corvettes aux deux ailes déployées y ont mis leur argent, leurs heures d'entretien, leurs heures de bichonnage, leur plaisir est joyeux à voir!

Il en va de même pour ce vieux couple allemand rencontré dans une "Dauphine" comme neuve...

Dauphine comme neuve ! Comme ce vieux couple est heureux d'en parler !

Il en va de même aussi pour moi. Je mène mon plaisir sur les chemins et jouis de toutes choses vues...

La chapelle St Michel et son panneau explicatif en écriture gothique à Taben-Rodt.

Même les plus infimes comme un panneau d'entrée de village...

Ou la vue sur la vallée de la Saar, voie de communication pour de nombreux transports...

Vallée de la Sarre, vue de la Michaelskapelle. Transports fluvial, routier et ferroviaire sous les frondaisons du rideau d'arbres.

Transport pédestre des corps de marcheurs sur la crête comme sur les anciens chemins de halage, ici sur la rive gauche, en contrebas du point de vue constitué par la Michaelskapelle.

Dans cette journée de marche les étonnements se multiplient avec cette falaise grèseuse dite "Altfels"...

Nous sommes petits devant ces moignons de roche usés par l'érosion atmosphérique (vents et pluies), regardez l'arbre qui cherche encore à s'enraciner!

Après une bonne descente vers le thalweg du Pinschbach, une bonne montée vers Kastel-Stadt, puis la crête nous mène vers Saarburg, le but de notre étape. Il faut encore que je trouve un hébergement car l'Auberge de Jeunesse est fermée pour réparations...

La Leuk dans Saarburg.

La Leuk n'est guère plus qu'un gros ruisseau qui arrive du plateau et a été entravé dans sa course par les barrages divers des humains pour faire de Saarburg une petite Venise en miniature car il n'y a qu'un seul canal. Après les barrages la Leuk doit se dépècher pour rejoindre la Sarre en contrebas.

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Dienstag (mardi) 14/05/2019.

C'est l'étape du troisième jour, celle qui joue le juge de paix. Pour mon compte cela s'est bien passé, mon corps en est d'accord car il n'a aucune ampoule aux pieds, aucune inflammation où que ce soit si ce n'est un petit rhume qui me fait faire des "atchi" et des "atchoums" en pleine forêt, tant et plus que les animaux sylvestres doivent se demander si le vieux nain "Atchoum" n'est pas revenu dans ces forêts du Hunsrück, à la recherche d'une Blanche Neige ou de quelques pierres précieuses.

Je remercie Michelle et Gérard qui m'ont permis de me requinquer pendant ces trois jours. Les chaussures que j'ai pu acheter grâce à Gérard qui m'a amené spécialement à Nancy font leur office! Le corps qui a bénéficié de la délicieuse cuisine de Michelle fait aussi son office! L'homme que je suis, transporté par mon corps requinqué dont les doigts de pieds frémissent à l'intérieur des nouvelles chaussures, l'homme que je suis ne peut qu'avoir le moral! Ainsi je vais par les chemins...

Lever de soleil dans une chambre d'hôtel à Saarburg. Cadenas, union pour la vie, moi et mon corps!

En partant de Saarburg, comme j'ai du temps devant moi (petite étape), j'ai pris quelques clichés de cet écrin...

Les amenées d'eau sur des planches font fonctionner trois roues à aubes sur la Leuk.

Un écrin vous ai-je dit...

Différentes vues de Saarburg.

Je retrouve mon chemin grâce aux croix de St André...

Blaue Andréas Creuz.

Je retrouve les crêtes des bords de Sarre, mais sur la rive droite pour aujourd'hui. En face les crêtes que nous avons parcourues hier.

Sur la rive droite de la Sarre. Descente vers Serig.

Dès la sortie de Saarburg Neue Stadt, nous entrons dans les bois. Sur le chemin un groupe d'élèves est attentif devant les péroraisons de leur "Instituteur", ils obstruent le passage. Le "Maître" me voit arriver et continue sa leçon. "Il ne va quand même pas interrompre la leçon du maître..." Et bien si! Je me faufile parmi les enfants en clamant un tonitruant "Hallo" et vais mon chemin. Le maître me regarde, éberlué, et finit par me dire "s'geht" (ça va). Je m'éloigne avec un "tschüss" tout aussi tonitruant ! Je cours à la fontaine...

Fontaine St Hubert le chasseur au flux clair et cristallin.

Après Serig, de beaux chemins forestiers nous amènent au "Saut de l'Ange"...

Planche de départ pour parapente.

Et encore de très beaux chemins forestiers, puis nous arrivons au terme de l'étape de 18 kms , Greimerath jumelée avec Vermenton en Bourgogne.

Je me dirige vers le Greimerather Forst qui est une Auberge (Gasthof ou Gastätte) qui loue des Ferienwohnungen (locations de vacances). Pour le prix d'une chambre d'hôtel pas cher (50€), j'ai un très grand F1 avec serviettes et savon, une minéral Wasser mit Kohlensaüre (eau minérale gazeuse) en signe de bienvenue... Que demande le randonneur?...

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Mercredi 15/05/2019.

Comme j'ai dû faire quelques provisions pour me nourrir hier soir et ce matin, je peux gérer mon timing comme je l'entends. Donc départ 7h pour ne pas quitter la forêt jusqu'à Grimburg vers les 13h...

Greimerath en contrebas.

Donc la forêt et le soleil en prime, ne vient s'interposer que le vent du Nord qui oblige à se couvrir, trois couches, chemise, pull polaire manches courtes et blouson sans oublier l'écharpe autour du petit cou de vieux.

Long chemin en fûtaie charmes-hêtres à gauche, en taillis de régénération à droite.

Sur les mêmes hauteurs, des arbres construits par le génie des hommes, des ailes pour branches...et hauts, 100m? Le panneau sis sous la première éolienne pose la colle: 74m, 114m ou 145m? De toutes façons ces arbres là sont autrement impressionnants que les sapins qui sont déjà hauts. A la base il faut être plusieurs personnes à se donner la main pour en faire la circonférence, à mon avis peut-être une bonne vingtaine !

Ces éoliennes sont quatre et font 12 Mégawatts, càd. 3MW par tête d'éolienne, ce qui est beaucoup car la plupart des bêtes de cet acabit font 2MW...

Éoliennes Enercon sur le Schimmelkopf à 600m d'altitude.

A la fin de la forêt, sur le Hasenkopf à 497m d'altitude, le château de Grimburg.

Château de Grimburg dont il ne reste que le donjon et quelques murs. Il aurait été construit en 1190.

Après la forêt, la campagne sur des chemins qui s'allongent parmi les champs... Une promeneuse avec son chien me sourit, je lui rends un sourire à la mongole avec ma face rouge de soleil et de roséole. Hermeskeil enfin, après avoir marché 32 kilomètres j'arrive à l'Auberge de Jeunesse où une troupe de jeunes avec leurs professeurs occupent la plupart des chambres. Mais comme je réserve, j'ai une chambrée de quatre lits pour moi tout seul moyennant finances, en demi-pension cela fait 43€, ce qui n'est pas cher!

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Donnerstag 16 Mai 2019.

Pour ce début d'étape j'ai choisi de profiter des cartes ADAC (chaque fois que j'utilise cette appli. je pense à mon frère Martial, que le Dieu des chemins l'ait en sa sainte garde) et de laisser mon compagnon le Europaïscher Ferrnwanderweg E3 avec sa blaue Andreas Kreuz faire ses circonvolutions qui multiplient les kilomètres. Je prends donc des chemins de traverse qui me font raccourcir le chemin...

De nombreuses statues de bronze parsèment les rues d'Hermeskeil, j'ai choisi de vous photographier celle-ci.

Hermeskeil est une très petite ville mais très industrieuse, mon raccourci me fait passer par une rue pleine d'entreprises, une entreprise du bois qui fait scierie, palettes et autres préparations. J'ai vu une même entreprise à l'entrée de la ville. Puis c'est la forêt Hunsrückienne avec ses charmaies-hêtraies, ses sapins... Et qui dit sapins, dit aiguilles du même et tas d'aiguilles assemblés en fourmilière...

Tableau du Louvre Nature : fourmis reconstituant la fourmilière après un fouillage de sanglier.

Après l'Erbeskopf à 816m puis le Sandkopf à 807m je décide à nouveau de faire faux bond à l'E3 et descend dans la vallée rejoindre l'Idar près de sa source. Je suis ce ruisseau jusqu'à Allenbach, le chemin devient pédagogique...

Où le passant apprend que l'ortie dioïque qui nous déclenche une bonne urticaire se nomme "Brennessel" de brennen (brûler), que l'Aulne glutineux a pour nom "Schwarzerle", (Erlkönig le roi des aulnes n'est pas loin veuillez surveiller les enfants), l'églantier ou rosier de chien celui de "Heckenrose ou Hundsrose", la valériane dioïque celui de "Sumpfbaldrian" qui est difficile à prononcer comme le nom du chêne qui est "Sieleleiche" (Quercus robur).

Nous entrons dans le Parc National de l'Idar...

Parc National de l'Idar, pays du grand duc et des chats sauvages qui sont protégés.

En deux kilomètres le ruisseau est déjà devenu assez puissant pour avoir été utilisé dans l'industrie spéciale de l'affûtage à Allenbach...

Meuleuses actionnées par l'Idar. Les hommes allongés sur le ventre sont les aiguiseurs, affûteurs.

L'Idar comme source d'énergie a bien longtemps été utilisé pour le travail du cuivre (Kupfer)...

Au bout du sentier pédagogique, vers 14 h je téléphone au Landhaus Am Kirschbaum Hotel à Morbach pour les prévenir que je viens, la dame que j'ai eue m'a remercié chaleureusement pour avoir téléphoné...que j'ai du retard!

Landhaus Am Kirschbaum que je conseille à tous ceux qui passeraient par Morbach, cuisine raffinée, p'tits déj. pantagruéliques.

Depuis mon départ de Meaux, il y a maintenant un mois et demi, dans tous les hôtels où j'ai passé la nuit je n'ai pas vu un seul affichage des prix dans les chambres comme autrefois. Au Landhaus je connais le prix car j'ai réservé, sur la facture il y a 10€ de Service, donc la chambre est à 55€... Chambre super clean avec salle d'eau-WC super-itou!

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Freitag (vendredi) 17 Mai 2019.


Lors de cette étape j'ai dépassé les mille kilomètres, j'en suis à 1012 kms et le soir je fête ça par un bon saké chaud car je suis hébergé au Gemündener Hof qui est tenu par un couple de Chinois. Aujourd'hui, avec tous les raccourcis que j'ai pu prendre, j'ai pourtant éclaté mon compteur avec une distance marchée de 40 kms dans le laps de temps de 9h14.

Je suis parti un peu après 7h. Le petit-déjeuner est sensé commencer à 6h30 car il y a des travailleurs qui viennent loger là et qui partent tôt. Je me suis présenté à 6h et les dames qui préparent sont toutes gênées me disant que ce n'est pas prêt. "S'macht nichts" et je m'installe en admirant la présentation qui vous donne du bonheur pour la journée...

Les différents thés et leur eau chaude!

Je ne résiste pas à vous faire partager ma joie de vivre ces moments...

Ci-dessus buffet des différentes sortes de yogourts, confitures et compotes, de charcuteries, de fromages, beurre ou margarine..

Buffet des pains spéciaux à découper, des charcuteries frites, œufs durs et omelette coupée en dés.

Il y a aussi le buffet des petits pains simples ou aux graines, des viennoiseries et des gâteaux, et des différentes sortes de céréales... Et j'ai oublié de citer le buffet des légumes frais, genre rondelles de concombre, tomates cerises, fleurs de choux-fleurs, champignons frais fricassés (pleurotes), poivrons frits, herbes aromatiques finement ciselées et j'en passe... Avec si le client le veut un œuf à la coque à point. Je dois dire que je n'ai pas mangé de tout, mais que je suis sorti comblé (même avec un sandwich et deux fruits pour midi).

Buffet des petits pains et des céréales.

Pour faire l'important c'est de bien se nourrir...

C'est bien un verre de thé et non une bière. Je n'ai pas encore cherché de fromages!

Une fois la collation terminée, je vais payer mon mini séjour et faire tamponner ma crédenciale, j'en profite pour exprimer mon contentement à propos de la cuisine et de ce "Frustück", les deux dames sont aux anges.

La journée de marche commence par la traversée du village de Bischofsdronh avec un peu de politique...

Sans commentaires...

Effectivement nous prenons à gauche pour entamer la longue montée vers les sommets de l'Idarwald (forêt de l'Idar) autour de 750m d'altitude.

Des kilomètres de chemin rectiligne à la même altitude en général.

En approchant de l'Idarkopf, le brouillard se met de la partie, s'égouttant des branches d'arbres...

Encore 6,5 kms de chemins rectilignes vers l'Idarkopf.

Le brouillard n'empêche pas de reconnaître des plants de framboises ! Miam!Miam! pour ceux qui passeront cet été...

Que de framboisiers!!!

Cela me rappelle les Dolomites en 2015 et la montée à partir de San Martino in Passiria, je m'étais gavé de framboises et de fraises des bois...

Nous redescendons dans la vallée pour rejoindre Rhaunen où je tire un peu de biftons pour payer ceux qui ne veulent pas de ma carte Visa, à la Sparkasse bien sûr ! Je range mon portefeuille en sortant de la Sparkasse, j'ai donc quelque chose en main... Au bout d'un moment, une centaine de mètres environ, je trouve que quelque chose me manque en main, ben oui le portefeuille je l'ai rangé... Bon sang, mais c'est bien sûr, mon bâton de marche je ne l'ai plus en main! Je retourne à la Sparkasse et reprends mon bâton. Ranger son portefeuille sur place...et se remplir les mains de ce bâton...

La piscine de Rhaunen.

Tout le monde y courre, à la piscine...

Les vieux écrivains courent à la piscine comme s'ils nageaient déjà.

Mais encore...

Le jeune Président avec sa rombière court à la piscine...

Et ensuite...

Un nudiste avec Le Poulpe, des enfants en bouée.

Des bassins en plein air avec une belle eau claire affichée à 22°...

Freibad de Rhaunen.

Cette piscine propose aussi sauna, bains bouillonnants, etc... La ville de Rhaunen est Hunsrückienne avec toits en ardoises, quelquefois murs en rondins comme les chalets de nos constructions enfantines...

Maison à colombages couvertes d'ardoises comme celles alentours au bord de l'Idar.

Chalet de rondins de sapins ..

Après Rhaunen je quitte à nouveau le E3 pour prendre le chemin des écoliers ce qui m'amène à des rencontres cocasses: un chat sauvage aux moustaches amplifiées, aux oreilles s'approchant de celles d'un lynx, il me regarde un moment puis s'enfuit vivre sa vie aux aguets ; un agriculteur qui déverse moults intrans, ici de l'engrais en petites boules vertes, me voit parcourir un chemin de traverse que seuls les initiés doivent connaître, il me salue, étonné; un autre qui doit avoir mon âge fend du bois au beau milieu du chemin, il s'aide de la fendeuse entraînée par le moteur d'un tracteur ancêtre "Baultz", ainsi qu'une bête de proie je suis arrivé derrière lui en silence, ai attendu qu'il ait fini de fendre un gros morceau de tronc, "Hallo! Guten Tag!" et je passe, tout éberlué que quelqu'un passe par ce chemin il marmonne une salutation ; plus loin, dans un petit vallon après Rohrbach, affairé à paître dans une grasse prairie, un petit troupeau de bêtes à cornes supervisé par un taureau qui a tout d'un zébu, toutes me regardent avec leurs beaux yeux vachards, le taureau avec plus d'attention que les autres, peut-être qu'il vise mon sac rouge tauromachique...

Deux matronnes noireaudes et...

Monsieur le taureau...

Et oui c'est bien Herr Taureau !

Il n'a pas défoncé la barrière et je suis parti en douceur... Plus loin un chemin géologique où sont exposées toutes les roches du Hunsrück.

Ci-dessus une roche volcanique à la couleur verdâtre, la diabase.

Ci-dessus une explication de la "schistosité" ou "Schieferung" qui est produite par la pression exercée par deux forces contraires, ici de droite et de gauche, quand le degré de schistosité devient parallèle à la position de la couche d'argile nous avons les "Plattenstein" qui peuvent donner les ardoises. Ces roches sont le début du métamorphisme, car quand il y a pression il y a chaleur et les éléments chimiques qui constituent l'argile vont se réorganiser pour donner de nouveaux minéraux, ainsi voyons-nous l'apparition des micas, les micaschistes...je vais arrêter là la leçon de géologie. Dans le Hunsrück les schistes sont nombreux et les Plattenstein aussi d'où l'utilisation de l'ardoise...

Un bout de "Schiefer" ou schiste qui peut faire un solide crêt, tel qu'il est placé, sur lequel le randonneur peut marcher.

Une roche des plus solide qui soient ce sont les quartzites, vous rendez-vous compte de la puissance d'un ciment de silice où les grains de quartz sont devenus ciment, un grès sédimentaire est déjà extra solide mais un grès métamorphisé c'est du Méga-extra!

Quartzite Hunsrückienne. Sur la photo de droite vous pouvez voir en brillance le ciment de silice.

Admirez le dessin de ce morceau de quartzite, un œil de sable...

Voilà que Gemünden est enfin en vue, mais un chemin géologique fait oublier que nous arrivons bientôt à 40 kms, les jambes volent vers le but!

Gemünden en vue!

Belle bourgade!

Ardoises et colombages !

Cela fait de belle courée!

Une belle courée !

Et voici le "Gemünder Hof", hôtel actuellement tenu par un couple de Chinois fort sympathique.

Repas de "Spargel" (asperges) et un bon saké chaud pour bien dormir !

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Samstag (samedi) 18/05/2019.

Aujourd'hui, je n'ai rien de réservé pour le soir, sur le net impossible de trouver quelque chose, tout est monopolisé par la série des entreprises qui profitent à peu de frais du travail des autres: booking.com, hôtel.com, tripadvisor.com, etc, etc... Ce n'est plus possible pratiquement d'avoir les lieux d'hébergement en direct! Alors Rheinböllen est à environ 30 kms, Bacharach beaucoup plus loin...tentons Rheinböllen.

Monsieur Chinois me trouve dans l'escalier avec tout mon matériel..."S'macht nichts !" Et je m'installe, commence à manger un fruit et prépare mes couverts. Monsieur Chinois se démène comme un beau diable, court à la "Backerei" (boulangerie). Dans l'intervalle j'ai déjà mangé deux fruits (banane et kiwi) et un bol de céréales avec du lait froid, le reste suit comme d'hab! Monsieur Chinois est au petit soin, il m'apporte une petite bouteille d'eau minérale et deux sacs à mettre des parts de poulet frit, il me dit que je peux faire des sandwichs pour midi. Il est 7h15.

Je vais nettoyer mes quenottes d'un brossage gentillet car j'ai un nécessaire à quenottes dans ma besace, le matin j'économise donc le temps de chercher ma trousse de toilette qui se trouve dans mon rücksack (sac à dos).

Départ 7h46. Dès la sortie de bourg nous voici à nouveau entré en forêt, Staatforst Kirchberg (équivalent de notre forêt domaniale), avec des passages bourbeux. Nous montons régulièrement jusqu'à la tour de l'Alteburg à 620m d'altitude...


Alteburg à 620m.

Nous ne quittons pas cette altitude de 600m environ jusqu'au lieu-dit Glashueter Wiesen. Pour seuls compagnons de forêt, les sangliers que nous n'entendons pas, que nous sentons quelquefois, mais dont nous savons la présence par les retournements de mousses...

Une clairière presque entièrement retournée par les gros cochons sangles.

Les autres compagnons sont inertes...

Compagnons inertes du chemin, cairns improvisés et tours de chasse.

INTERMÈDE: À la tour de l'Alteburg il y a un banc. Un banc est un bonheur pour le randonneur, il peut poser son sac à l'abri des passagers clandestins tels que tics, limaçons et autres bestioles pas forcément nuisibles mais gênantes, enlever les vêtements qui lui donnent trop chaud, libérer ses épaules quelques secondes... Je profite du banc... j'entends des voix monter de par où je suis venu. Deux jeunes hommes débouchent du chemin en discutant. Nous nous saluons. Ils continuent à discuter entre eux à propos des signes nombreux autour de la tour. Je leur demande "Wo gehen Sie ?" Il me parle de Hochsteinchen, moi je leur dis que vais à Rheinböllen, "Ach, das ist ein simmlich Weg, genau!" Et il reprennent leur conversation, moi je reprends mon cheminement. Ils ne me rattraperont pas. Quand le marcheur est seul il va vers les autres de rencontre pour faire société, les marcheurs en groupe, deux est déjà un groupe, font société et vont moins vers les autres !


Mais me voilà arrivé à Rheinböllen, dès l'entrée de la ville je repère un hôtel ***, je vais voir, la réception n'ouvre qu'à 17h et il en est 15h. Aucun N° de téléphone... Je prends le chemin du Centre Ville dans l'idée de trouver un bus pour Bacharach où je sais trouver une Auberge de Jeunesse. Je demande même à un vieux couple de randonneurs à pieds. Ils me disent d'aller en ville. Je vais en ville et repère un panneau où il y a un plan, les différents commerces de la ville et!!! les hébergements dont celui d'entrée de ville, avec son N° de téléphone !!! Peut-être sauvé par le gong du téléphone ! Je téléphone, une charmante voix me propose une chambre mais il faut que sois là à 17h. Je retourne vers la zone industrielle où se trouve l'hôtel, j'attends au Burger King en sirotant une bière et grignotant des frites et oignons en beignets. A 17h je suis à la réception, la voix que j'ai entendue au téléphone est devant moi en la personne d'une belle femme blonde. Elle m'enregistre, je paie et je lui demande de tamponner ma crédentiale, elle me demande d'où je viens aujourd'hui. " Gemünden, das ist fahr", et avant me demande-t-elle. "Vom Paris! Das ist unglaubich !" C'est incroyable !


Ich bin ein unglaubicher Mann!

Unglaubich! Des éoliennes semblent sortir de la lampe d'Aladdin !
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Sontag (dimanche) 19/05/2019.

À l'hôtel Landhaus Elbert, le Frühstück (petit déjeuner) est à 8h et j'ai le temps. Je collationne à la vitesse d'un escargot, en même temps j'écris. Les dessertes sont fournies de toutes sortes de bonnes choses que je goûte, j'ai pu me faire deux petits gros canapés de légumes et fromages garnis. Je les mangerai assis sur un banc en contemplant la première image du Rhin.

J'ai quitté le Landhaus Elbert à 10h, traversé la ville. J'entends les cloches du temple protestant et celles de l'église catholique sonner à tout rompre l'appel pour les offices. Je vois les fidèles s'y rendre, endimanchés pour les personnes adultes, en sweat, jogging et baskets pour les jeunes que j'ai pu voir. Et pourtant le "Christ" sur sa croix n'en rigole-t-il pas comme dans le film de Bunuel dont le nom ne me revient pas, c'était dans sa période mexicaine. Certainement que Martial, mon frère en montagnes, saura...

Pauvre Jésus qui est pris en otage par les puissants de ce monde.

A la sortie de Rheinböllen je m'engage pour des kilomètres sur l'ancienne voie romaine...tout droit, gerade aus...

Römerstrasse, la voie romaine.

Dans mon cheminement je croise un autre europaïscher Fernwanderweg (GR européen), le E8 qui va de la Mer du Nord, en fait de l'Irlande, jusqu'à la Bulgarie.

Et vers les 9 kms voici enfin le Rhin...

Le Rhin se fraie un passage à travers les monts de l'Eifel et du Hunsrück.

Cela donne de beaux paysages...

Descente progressive vers le Rhin.

Descente progressive vers le Rhin par le chemin des ânes, qui peut se confondre avec celui des écoliers...

Et nous arrivons à l'Auberge de Jeunesse Burg Stahleck à Bacharach à 14h, après 13 kms de marche. Je suis passé par un chemin indiqué par ma carte ADAC mais non essarté. Il n'y a guère que les animaux qui doivent l'emprunter car il y a une trace et de nombreux retournements de mousses opérés par les sangliers. Eux se protègent des tiques en se roulant dans la boue, je ne peux décemment faire comme eux et me présenter ainsi devant mes hôtes aubergistes. Je les enlève au fur et à mesure que je les vois grimper sur mes jambes. J'en ai ainsi enlevé plus d'une dizaine...une seule a réussi à échapper à ma vigilance et s'est fichée sur le haut de ma cuisse gauche près de l'aîne, une partie molle où le tire-tique est difficile d'utilisation. Dans ma chambre, je l'ai découverte lors de ma revue de détails, pince à épiler désinfectée à l'alcool, incision douloureuse mais opérante, la tique n'a pas laissé sa tête dans ma chair ouverte, désinfection, pansage... Tique, tu ne m'auras pas!

Enfin la vie de château...

L'entrée de l'"unglaubicher Mann" dans sa résidence castelanne...

Je fais un peu vagabond pour "ein unglaubicher Mann"...!

Une bonne nuit dans une Einzelzimmer, une chambre pour une personne...

Pour y monter...et la chambre accueillante, Ulrike me l'a si gentiment préparée avec une petite collation d'accueil.

Cette auberge de jeunesse est impressionnante... Voici quelques vues...

L'entrée à gauche en haut, une partie du corps de bâtiments et la suite sur les photos du bas.

Vous avez pu remarquer que les fondations du Castel sont sur du schiste, quand il pleut il ne faut pas glisser (voir la photo de l'entrée), mais il y a les bâtiments derrière la tour donjonnale où loge mézigue, d'ailleurs ont reconnaît ses fenêtres à ses chaussettes...

La légende est dans le texte.

Vous remarquerez le travail des couvreurs qui ont utilisé de l'ardoise du crû tout en arrondi, cela a dû coûter un tas de pépettes, mais nous sommes au pays d'Angela et les pépettes coulent à flots au vu de l'activité dans la vallée du Rhin.

Une remarque positive pour Angela, le nombre de péniches qui descendent et remontent le Rhin cela fait autant de camions en moins sur les routes, le nombre de trains de marchandises qui sont passés cette nuit, sur les deux rives s'il vous plaît, cela fait encore plus de camions de moins sur les routes... Il y a un grand mamamouchi qui ferait bien de s'en inspirer au lieu de s'en prendre aux petits moins que rien qui ont besoin de leur voiture pour se déplacer... Mais revenons à nos moutons, càd la description de ce que je vois dans mon voyage pédestre...

Une des portes de Bacharach.

Encore une autre porte...

Bacharach est enceinte de murailles garnies de tours-portes.
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Montag (lundi) 20/05/2019.


Après avoir collationné, un peu moins que d'habitude car je vais marcher très peu pendant ce repos de 2 jours à l'Auberge de Jeunesse de Kaub, sur la rive droite du Rhin où nous serons en Hesse. Je reste en salle à manger jusqu'à 9h à écrire mes bafouilles puis vais dans ma chambre pour faire les ablutions des quenottes et profiter des WC. J'enlève mon couteau de sa trousse où il pèse, le pose sur le dévidoir à papier, fait ce pour quoi je suis là, remets mon short et sort de la chambre avec mon attirail... Je reste dans le hall d'accueil à écrire, car dehors il pleut et je ne suis pas pressé, Kaub est à 3 kms, du moins le bac. Je vais donc prendre le bac, en effet comme pour aller au Portugal, à Caminha, je ne suis pas celui qui marche sur l'eau donc le bac obligé, il n'y a pas de pont à proximité.

Je me mets en marche à 11h. Que de circulation sur le Rhin entre péniches, bacs et bâteaux de croisières...

Remarquez cette très très longue péniche à droite.

Je marche sur le sentier herbeux en contrebas de la route. Si j'entends toujours les claquements des pneus sur les joints des plaques d'asphaltes, les roulements des trains et les toussotements des moteurs diesel des péniches, j'entends aussi la nature avec le cacardement des ouettes, le cancanement des colverts, les bruits d'envol de cormorans effrayés, et toujours le son presque inaudible du glissement majestueux de l'eau rhénane sur les récifs schisteux barrant le cours du Rhin. Je fais attention où je pose le pied car les déjections avicoles sont nombreuses. J'arrive enfin en vue de Kaub, la silhouette en forme de bateau du Château de Pfalzgrafstein apparaît au beau milieu du fleuve...

Le Pfalzgrafstein, comme un navire ancré perpétuellement au milieu du Rhin, annonce Kaub.

Un beau château il est vrai...

Voici le Bac...

Le Bac pour Kaub.

Le rocher de la "Lorelei" n'est qu'à une bonne dizaine de kilomètres plus au Nord.

Kaub est une petite bourgade adossée à la montagne, elle est dominée par un château médiéval, le Burg Gutenfels. Les crues importantes du Rhin sont répertoriées sur un piquet avec une proportion statufiée...

La crue de 1850 est allée jusqu'au haut ouvragé du piquet.

Comme Bacharach, Kaub avait été entourée par une muraille fortifiée dont il reste des tours...

Rue-place de Kaub sur le front de Rhin (comme front de mer).

La Jugendherberge de Kaub reçoit quelquefois des personnages importants, comme un "unglaubicher Mann"...

Ce sont plutôt les toits en ardoises que je vois de ma fenêtre qui sont "unglaubich", incroyablement beau et ouvragés.

Admirez le travail des couvreurs, des ardoises arrangées à la mode écailles de poisson!

Intermède: "Le Couteau".

Je me suis installé dans ma chambre et ai voulu tester les toilettes...je veux débarrasser mon short du couteau Victorinox si lourd..."Schiste de Schiste" il n'est pas dans son étui...je pense que je l'ai oublié dans les toilettes à Bacharach, sur le dévidoir à papier... De suite, je prends mon carnet d'étapes et téléphone à ce je crois être l'Auberge de Jeunesse de Bacharach mais qui est en fait à Aurich en Basse Saxe (je ne sais pas comment j'ai pu écrire cette adresse et ce numéro de téléphone alors que je cherchais une auberge de jeunesse à Bacharach) d'où une conversation de sourd, moi qui suis braqué sur mon problème de couteau, de N° de chambre, de N° de réservation, de ... J'ai la feuille facture de Bacharach devant les yeux et l'énumère à la brave personne qui est au bout du fil et qui essaye de me faire comprendre que je ne téléphone pas à la bonne Auberge de Jeunesse...plus elle essayait de me convaincre et plus je lui réénumère ce que j'ai devant les yeux... Si elle me dit qu'Aurich est en Basse Saxe, cela aurait tilté pour moi... Dans l'incompréhension mutuelle, je raccroche et reconsidère ma facture et mon carnet...et bien oui ce n'est pas le même N° de téléphone, ce n'est pas la même Association d'auberges de jeunesse. Du coup je téléphone à la vraie Auberge de Jeunesse de Bacharach et expose mon problème, la personne au téléphone me dit d'envoyer un mail avec mon adresse et s'il trouve le couteau ils me l'enverront...

C'est à 3,5kms, je peux bien faire un aller-retour, je serai de retour pour le repas à 18h.

Et me voilà reparti marcher, mais sans sac à dos ni besace, cela fait tout drôle, je me sens léger. J'arrive à l'accueil et expose mon problème et voici que la personne que j'ai eue au téléphone apparaît, elle me redit que je dois envoyer un mail, qu'elle ne sait pas si le ménage a été fait, qu'elle ne saura que demain matin si un objet a été trouvé... Voyant ma mine dépitée et découragée, elle me dit qu'elle va tout de même voir si rien n'a été trouvé... Au bout de cinq à six minutes la voici de retour, la mine réjouie, elle me montre un sac plastique avec quelque chose dedans, je crois reconnaître mon Victorinox, je lui montre mon étui à la ceinture, la marque y est gravée, elle me rend mon couteau. J'en ai presque pleuré de joie en disant des "Danke schön"...

Je me suis assis et ai acheté une Weissbier Benediktiner et l'ai siroté en écrivant les textes des étapes précédentes.

Retour à pieds vers Kaub...par d'autres rues, en voyant d'autres maisons...

Maisons sur les remparts à Kaub.

D'autres maisons au long de petites rues...

Et encore...

Vue sur le Burg Stahleck au centre.

Les tours portes sont nombreuses...en voici un bel exemplaire...

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Mittwoch (mercredi) 22/05/2019.

Mon repos à l'Auberge de Jeunesse de Kaub s'est donc passé pour la première journée à chercher mon couteau ; pour la deuxième à faire mes réservations jusqu'à Fulda en matinée et écrire mes commentaires et m'allonger en après-midi, tout ceci dans le bruit fait par 110 élèves d'un collège international de Francfort, j'ai entendu parler allemand bien sûr, mais aussi français, italien et anglais. Une prof. encadrante m'a expliqué que les élèves qui veulent intégrer ce collège-lycée doivent maîtriser deux langues ci-dessus cités en plus de leur langue maternelle. Elle m'a relaté qu'il y a de nombreuses nationalités qui sont présentes telles que des Tchèques, Grecs, Pays des Balkans, Néerlandais, etc... J'ai réussi à dormir un peu tout de même...

Ce matin je me suis présenté pour le Frühstück vers 7h10, avant que tous les enfants ne viennent collationner.

Les lunch packet pour le pique-nique des enfants.

Le personnel de cuisine est à l'ouvrage...

Le cuisinier appréte le buffet petit déjeuner.

Me voilà parti à 8h12. Je passe par le Burg Gutenfels, ce qui me vaut de belles vues ...

Le Burg (châteaufort) Gutenfels est habité.

Nous sommes juste au-dessus de Kaub...

Une légère bruinasse affadit le paysage. Le bac est sur la rive gauche et s'appréte à revenir vers Kaub.

D'ailleurs le voici pris au téléobjectif...

Le bac accoste à Kaub, rive droite.

Sur le chemin des crêtes, un bouquet de fleurs pour les dames qui passent par là...

Fleurs sans nom..

Puis des chemins de forêt où reposent de jolis troncs. Admirez ce tronc de merisier qui est accompagné dans sa couche par un compagnon et des troncs de chêne...

Les troncs à angle droit du premier plan sont des merisiers.

Des troncs de hêtre attendent aussi leur transport vers une scierie...

Le chemin nous amène à Sauerthal où nous attends une drôle de surprise !

Une drôle de maison pleine de fenêtres et de portes bancales!

Cette drôlerie nous a fait sourire moi dans mon âme profonde et mon corps par un mouvement de lèvres. Et le chemin a repris son cours de chemin en s'affinent...

D'autres ont d'autres idées sur la question...

Les Wanderfreunde de Rüdesheim et Geisenheim n'ont Pal même vision de la chose, ils s'arrêtent à la Tchéquie...

Au bout de 26 kms de chemins sportifs et agréables nous arrivons à Stefanshausen où nous attend un repas pantagruélique.

Vraiment pantagruélique !

1ère assiette et la salade et j'ai encore faim donc 2ème assiette avec du pâté de sanglier...

J'ai tellement mangé que je commence à avoir des hallucinations, le pâté de sanglier sort du mur et m'invective...

J'en ai les yeux tout éblouis, des papillons multicolores, des palmiers et un immense soleil...

Il vaut mieux que j'aille me coucher...

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Donnerstag (jeudi) 23/05/2019.


Aujourd'hui je peux traîner car l'étape est petite par curvimétrage, 16 kms, mais le GPS me donne 19,7 kms, la montre connectée 17,2. Cette montre je l'ai mise dans mon sac et elle fonctionne tout autant, elle a tendance à m'irriter le poignet et la nuit dès que je bouge le bras elle s'allume et me réveille. Dans mon sac elle ne s'allume plus, il n'y guère que la lumière verte de l'envers qui s'allume de temps en temps, comme cherchant mon poignet pour prendre la tension sanguine...

Donc j'ai traîné au petit-déjeuner, vérifiant mes réservations, en faisant d'autres. Christine a téléphoné pour moi, réservation de ce soir à Schlangenbad, celle de Hungen pour le Dienstag 28/05. Cela s'est très bien passé. Je l'en remercie beaucoup ! Puis je lui ai montré mon carnet de route et nous avons feuilleté les premières étapes. Cela l'a beaucoup intéressée. Des lieux qu'elle voudrait aller voir avec Jürgen, son mari! Elle a reconnu le style de Chagall à Reims et moi je lui ai appris qu'un artiste allemand a aussi participé à la rénovation de cette cathédrale, en la personne d'Immi Knoebel l'artiste verrier qui a garni deux chapelles absidiales de ses vitraux.

Mais l'heure, ce bourreau des plaisirs, vient signifier la fin de cet entretien! Il est temps pour Christine de rejoindre ses occupations quotidiennes et pour moi de partir marcher. Elle copie le lien vers mon carnet de route et s'en retourne à son travail.

Je monte dans ma chambre faire la toilette des quenottes prendre mon barda, redescendre rendre la clé et dire un au revoir...


Christine et Jürgen, chasseurs tous les deux.

Jürgen a tenu à me prendre en photo avec Christine.

Christine, peut-être une lectrice de mes bafouilles...

Je commence ma marche quotidienne à 9h37 par la route que m'a indiqué ma logeuse, la Laystrasse puis An der Lay. Au bout d'un kilomètre je retrouve mon cher GR européen...

T pour Taunus, car nous sommes dans le Massif de moyenne montagne du Taunus, et ma chère croix de St André bleu.

Mais je commence à voir qu'il y a aussi des signes pour les promenades des cervidés, comme ci-dessus. Pour les sangliers aussi qui peuvent y courir en aller et en retour...

Sangliers et cervidés peuvent se croiser, se diront-ils "Guten Morgen" dans leur langues respectives?

Le chemin nous fait monter progressivement jusque vers 580m près du sommet Kalte Herberge qui culmine à 619m. Sur ces hauteurs, nous pouvons voir une activité intense liée à la construction de dômes d'aiguilles de sapin. Il faut faire attention en marchant de ne pas écraser les ouvrières...

Combien d'aiguilles de sapin pour construire un tel dôme?

Sur le chemin, il faut aussi faire attention aux bousiers noirs qui se déplacent avec lenteur avec des mouvements gauches.

Les forestiers entassent des grumes qu'ils ont préalablement traitées contre les vers rongeurs de bois ou scolytes (Borkenkäfer).

Les forestiers ont leur roulotte à demeure le temps du chantier.

Roulotte de chantier pour se faire la cuisine.

Remarquez les frondaisons plus claires que les sombres branches des sapins. Ce sont des mélèzes dont voici un exemplaire de branche...

Nous passons par une ancienne fortification dite Mapper Schanze érigée en 1487 pour protéger une route menant à Gerolstein.

Nous avons pu profiter aujourd'hui d'un soleil quelquefois ennuagé mais rieur à souhait...

Nous arrivons vers les 14h à Schlangenbad qui est une ville d'eaux comme son nom l'indique. Le propriétaire de l'hôtel Victoria m'a dit que ce sont des eaux ferrugineuses qui sortent de terre entre 27 et 29°. La petite ville se présente comme une station thermale, établissements de bains, cliniques thérapeutiques, hôtels, pensions et cafés, et un restaurant alsacien "s'klaane Elsass im Schlangenkeller" où j'ai mangé des spätzele exceptionnelles.

Bien sûr, en arrivant, je ne me suis pas précipité au restaurant, j'ai été à mon hôtel le Victoria et ai parlé français avec le propriétaire qui a aussi été intéressé par mon carnet de route. Peut-être le lira-t-il!

Son hôtel est vraiment comme dans la pub qui en est faite sur son site, romantique avec un mobilier d'antiquaires...

Le sac à dos dépare quelque peu, nous nous attendions plutôt à des dames en crinolines.

Allons essayer de dormir, il est 22h!

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Freitag (vendredi) 24/05/2019.


La journée a commencé sous le soleil après un petit déjeuner plantureux comme le sont les petits déjeuners allemands. En effet j'ai intérêt à me lester de quelques nourritures énergétiques car la journée de marche va être longue, 27,6kms annoncés au curvimétrage cela fera plus que certainement plus! A l'arrivée mon compteur GPS affiche 37,43kms et mon corps a réclamé un grand repos...9h de sommeil! Et ce matin, samedi, à l'heure où je vous écris il est prêt à repartir frais et dispos !

Schlangenbad est comme de bien entendu dans une vallée étroite donc ce que j'ai descendu en y arrivant je le remonte en la quittant ! De moins de 300m à autour de 500m, après Georgenborn. Je ne quitterai plus ces altitudes de moyenne montagne pendant les deux tiers de l'étape. De la forêt en veux-tu ? Et bien tu es servi!

Si tu regardes du côté du soleil tu peux voir qu'une coupe sombre amène à éclaircir quelque peu la forêt...


Coupe sombre ou claire? Réfléchissez ! Vous voyez à gauche une souche de coupe récente.

Mais, comme les jours précédents, dans la forêt, il n'y a pas que les arbres, il se trouve des êtres qui sont terrorisés par la masse que nous sommes, nous les humains...

Bien dodue la musaraigne ! Elle tremble et ne se sauve pas? Est-elle malade avec une fièvre de musaraigne !

Dans la forêt il y a aussi des panneaux explicatifs qui répondent aux questions du randonneur comme celle "mais où mène donc ce signe?"

La distance donnée pour le E3 est étonnante, quand je sais que depuis mon départ de Meaux j'ai dépassé les 1000 kms!!!

Et pour oublier ces problèmes de kilomètres, quelques fleurs pour réjouir les coeurs maussades...

Fleurs des bords de chemins éclairés.

La floraison des aubépines est bien en retard dans ces latitudes septentrionales...

Et nous arrivons au château de chasse de Platten, "Jagdschloss Platten", où se tient un rassemblement de jeunes chasseurs?! En effet sont exposés deux râteliers de six fusils chaque, pas des tromblons, des armes genre chasse au sanglier...

Jagdschloss Platten.

Nous reprenons ensuite les chemins forestiers en suivant nos fameux signes "Schwarzer T und blaue Andreas Creuz".

Après l'Alte Kellerskopf, nous passons près de petites agglomérations par des sentes de bordures souvent fort pourvues en ortie dioïque urticante. Ainsi d'Aurig, nous passons à l'Auriger Mühle puis longeons l'agglomération par une sente urtiquée qui se transforme en brousse d'orties sans traces de passage. Je prends par l'arrière des HLM, saute des murets et reprends un chemin de débardage qui me ramène à mon GR Blaue Andréas Creuz. Et bien c'est encore une forêt vierge d'orties ! J'ai bien fait de ne pas y passer...

Séchoir à bûchettes de bois à l'Auriger Mühle. Je ne sais pas comment remplir cet immense séchoir, ni comment vider le milieu.

Depuis mon départ de Meaux j'ai vu beaucoup de traces de chevaux sur les chemins mais pas un cavalier rencontré. Avant d'arriver à Eppstein sur un chemin forestier mon premier cheval et sa cavalière...

Depuis j'ai rencontré deux jeunes cavalières sur des petits chevaux islandais töltant. Les montures vont si vite, le temps de sortir l'appareil et elles sont déjà passées.

Et me voici à Eppstein, un beau bourg pourvu du train et d'un château moyenâgeux.

Eppstein.

C'est là que j'ai mon hôtel, Zum Taunus. La soirée d'un randonneur qui a marché 37,43kms, c'est lavage des chaussettes et slip, lavage à grandes eaux du corps de l'impétrant, mangeage d'une nourriture comblant le trou laissé par la dépense d'énergie, dormage d'un nombre d'heures suffisant pour recharger les batteries. Et demain sera un jour nouveau avec de nouvelles aventures ! Bonne nuit les petits !

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Samstag (samedi) 25/05/2019.

Départ d'Eppstein 8h06 pour une longue journée de marche sous un ciel ensoleillé à couvert. Quelques vues de cette belle petite bourgade.


Eppstein.

Dès la sortie de ville cela grimpe et de plus je choisis le plus court, donc aussi le plus raide, les chemins de descente VTT...

Sentes de descente VTT qui ressemblent à une piste de bobsleigh avec ses virages creusés

Et il n'y a pas que les VTT et les humains qui empruntent ces sentiers... qu'est-ce donc que ce fouillis de roches ...

Des fouillages de sangliers sur de la roche en place !

Les sangliers ont un groin qui s'apparente à la lame d'un bulldozer, même les schistes en place ne leur font pas peur. Et dire que les vers et autres petits animaux vivant dans la première couche de terre se croyaient à l'abri de l'appétit féroce des sangliers en se cachant parmi les schistes !

Ici ce sont des micaschistes, un peu plus métamorphisés que les schistes ardoisiers.

Vous pouvez admirer le moiré de ce micaschiste. Ce brillant est issu de l'apparition des minéraux de mica.

A plus de 400m d'altitude, nous trouvons un beau chêne rouge américain. Mais que fait donc t-il là? C'est le "Roteiche" offert par une princesse le jour de l'anniversaire des cent ans de la mort du poète Friedrich Von Schiller en 1905.

À gauche le chêne rouge, appelé chêne de Schiller (Schillereiche).

Un peu plus haut nous voici au Petit Mannstein d'où nous avons une vue grandiose sur la vallée du Main. Nous pouvons entrapercevoir Francfort-sur-le-Main avec ses gratte-ciel...

Kleine Mannstein.

Et la vue de la vallée du Main....

Vous distinguez au loin dans la brume ( Centre de la photo ) les tours de Francfort-sur-le-Main.

C'est grâce à un vététiste à qui j'ai posé des questions sur le paysage que je peux vous affirmer cela. Par ailleurs, depuis au moins quatre jours j'entends parmi les bruits naturels de la forêt des bruits de réacteurs, mais je savais pas que l'aéroport pouvait être Francfort, je pensais à Wiesbaden...

Sur les chemins nous rencontrons aussi des adeptes du voyage clandestin, ils cherchent à se faire transporter à moindre effort. Regardez bien...

Cette petite chenille jaune se suspend sous un arbre dans les passages fréquentés, j'en ai transportée une jusqu'à Stephanshausen.

Les chemins sont aussi l'occasion de croiser d'autres europaïscher Fernwanderwege, ici le E1 qui va du cap Nord au Sud de l'Italie (Ombrie)...

Nous avons croisé le E8 après Rheinböllen, maintenant le E1, bientôt nous ferons route commune avec le E6. Le E5 que j'ai suivi jusqu'à Vérone et Venise passe aussi par l'Allemagne, dans le sud du Tyrol, l'Allgau.


Comment obtenir un logement pour la nuit, pas trop cher avec Frühstück (petit-déjeuner): l'Auberge de Jeunesse d'Oberreifenberg m'a annoncé qu'ils affichent complet pour ce samedi lors de ma réservation... Je me suis présenté tout de même. La responsable sans m'avoir jamais vu, m'a reconnu à mon accoutrement et a répété à qui veut l'entendre qu'elle m'avait prévenu! Moi je leur propose des solutions, dormir sur le sofa que je vois dans l'entrée, sur le banc qui est là dehors et manger chez eux, "vous ne voulez quand même pas que j'aille dormir dans la forêt", le cuisinier a essayé de me trouver un bus pour que j'aille à l'Auberge de Jeunesse de Bad Homburg qui est à 30kms, mais cela me fait arriver dans la nuit parce qu'il y a 3 correspondances, il a dit que c'est pas possible de m'envoyer comme ça et il est retourné dans sa cuisine... Et la responsable veut m'envoyer à l'hôtel Weil Quelle, je lui réponds que "es kostet viel Geld" (cela coûte cher), à Niederreifenberg aux Berbott's et je lui rétorque que ce sont des "Ferien Wohnungen" (des appartements de vacances)... Le responsable de la sécurité, qui m'a déjà demandé à mon arrivée si j'ai besoin d'aide, reste en retrait et observe la scène. Intervient alors Herr Scheffke (Mr...) qui est corresponsable de l'Auberge. Il a tout de suite trouver une solution, un hôtel pas cher à Oberreifenberg même, il a téléphoné pour voir s'il y a une place pour moi, s'est renseigné du prix avec petit déjeuner, m'a demandé mon accord, oui naturellement! Je l'aurais embrassé...je lui ai serré la main très fort et remercié très chaleureusement. Deux kilomètres supplémentaires mais dans la joie d'une fin de journée de travail...

J'arrive à l'hôtel garni Haus Reifenberg, je sonne, "Ja? -Ich bin Herr Knaebel vom Jugendherberge. - Ein Moment bitte!" J'attends en faisant des mouvements de pas, car mes pieds ont chaud dans les chaussures. Herr Usinger m'ouvre, souriant. Il se glisse dans son guichet d'entrée, me fait remplir le formulaire, me prépare la facture et me demande de payer. Vous prenez la carte Visa? - Non. Je lui explique que je n'ai trouvé aucune banque sur mon chemin, je lui énumère tous les lieux où je suis passé...Il sourit et me dit qu'il y a une Sparkasse à Niederreifenberg, en bas dans la vallée. Il cherche un plan photocopié et m'explique le chemin, avec les escaliers c'est plus court.

Et me voici reparti pour une petite marche banquière...un peu de route + 256 marches d'escalier en pierre + un peu de route, la banque Sparkasse (l'équivalent de notre Caisse d'Épargne), tirette de billets et retour, un peu de route + 256 marches + un peu de route, et enfin la délivrance des pieds dont les petits petons peuvent enfin s'égailler à leur aise!!! Lessivage, WCage, douchage, habillage et me voici prêt à affronter la recherche d'un lieu pour manger.

Herr Usinger m'en indique cinq qui sont dans un rayon d'un kilomètre. Je vais voir le plus prêt, à 300m. "Punto Latino" plats mexicains...

Je bois une Corona en apéro, une Pils 0,50 pour le repas, un Chili con carne et une crème de maracuja ! Satisfait je rentre à l'hôtel par le chemin des écoliers...

La tour donjon ronde et celle d'habitation.

La tour d'habitation tient encore sur trois murs...

Tour d'habitation plus longue que large.

De retour à l'hôtel pour retrouver mes rêves...

Bonne nuit les petits... Après 27,6 kms, les 256x2 marches, il y a de quoi pioncer un paquet d'heures.

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Sonntag 26/05/2019. Dimanche des élections européennes.



Non Madame, ce n'est pas moi qui ai cassé la machine à voter, ouinn! C'est l'enfoiré de Manu, Madame! Ouinnnn!

A l'hôtel garni Haus Reifenberg qui est situé juste en contrebas des ruines du château fort Reifenberg, le petit-déjeuner est servi dans la salle de musique où se trouvent un piano droit et un harmonium. Je vois qu'il y aura de nombreuses personnes car les couverts sont mis en proportion. Je suis le premier, je choisis une petite table de 4 couverts mais personne ne viendra colationner à ma table. Je me suis installé à 7h15, un quart d'heure plus tard la salle est presque pleine. Ce sont tous des jeunes gens entre vingt et trente ans je dirai. Les deux sexes sont représentés, le troisième ne se voit pas... Ils sont soit endimanchés, soit en tenue décontractée. Tous ont dit: "Guten Morgen!" en entrant. Ils doivent se connaître car des groupes se forment, les conversations vont bon train, les boute-en-train se distinguent par leurs réparties qui déclenchent rires et approbations. Je ne saurai pas la raison de leur présence ici...


Je me mets en ordre de marche à 8h23. L'application ADAC me propose un chemin pour rejoindre le GR E3. Je longe le village mais dans les bois et les prés, puis je rejoins la forêt et le "Limes" à Römerkastel Altes Jagdhaus.

Le "Limes" est la première invention européenne (empire romain) pour ne pas accueillir l'étranger, vous me direz comme dans les livres d'histoire que les fortifications du Limes protègent des invasions barbares... En tout cas ça a été un sacré travail de faire courir cette limite (limes) avec ses parapets, ses tours de guet, ses fortins pour centuries, ses forts pour cohortes...tout cela sur des centaines de kilomètres avec des voies pour y accéder, les fameuses voies romaines. Nous allons marcher sur les traces des Romains (auf den Spuren der Römer).

Un poteau indicateur bien rempli. Il faut savoir quel chemin suivre. Nous suivons toujours la blaue Andréas Creuz et le Römerweg.

De nombreuses explications sont données le long du chemin des Romains que le GR E3 va suivre pendant au moins trois étapes.

Des vestiges d'une tour de guet ont été retrouvés ici , lieu-dit Am Mittelberg.

Et parmi tous ces vestiges, venu du fond des temps, un "Mohaï"...

Le Mohaï regarde l'ennemi venir avec un certain sourire pincé.

Voici l'histoire des limites ouvertes à certains endroits...

Donc les Romains filtrent les entrées dans l'Empire, par exemple ils laissent passer les travailleurs à bas coût pour leurs constructions, les renvoient ensuite vers la "liberté" de leur misère, ils laissent aussi passer les femmes pour les esclavager dans leurs villas ou leurs lupanars à soldatesque, les blondes teutoniques doivent être prisées. Un peu comme dans l'"Empire européen" d'aujourd'hui où le Président de la Commission Européenne joue le rôle d'empereur.

A quoi devait ressembler le petit fort Heidenstock pour une trentaine d'hommes.

Voici une partie de la muraille retrouvée par les archéologues...

Muraille retrouvée du fort Heidenstock.

Le Limes est aussi une muraille continue faite de rondins de bois, ou de planches et de pierres... Nous voyons en bordure du chemin qui est en fait une ancienne voir romaine longeant le Limes, nous voyons une levée de terre continue, le Limes.

En premier plan le chemin, en deuxième la levée de terre.

Intermède : Une marcheuse questionneuse!

C'est bien la première fois que quelqu'une me pose cette question. Je ne vous l'écris pas en allemand mais voici en gros ce qu'elle exprime: "D'après votre accoutrement on voit que vous allez loin, où allez-vous donc? - Aujourd'hui je vais jusqu'à Eschbach où j'ai un hébergement. - Et après..." Je raconte alors le parcours que j'entreprends. Nous nous quittons en nous souhaitant une bonne journée de marche, elle et son mari (je présume) vont de leur côté, moi vers Römer Kastel. Quand je raconte ainsi mon périple, après quand je suis seul, je me répète et quelquefois à haute voix : "Arrête de faire le malin, tu n'y es pas encore arrivé !"


Pour marquer la puissance des empereurs, leur panthéon de dieux est bien visible pour les barbares, ici la "Jupiter Saüle"...


Sur cette colonne tous les dieux du panthéon romain sont représentés, en pleine forêt sur le Limes.

Et un peu plus loin, le Römer Kastel de Saalburg. Immense casernement reconstitué sous Guillaume II à la belle moustache.

Photo entre les barreaux de la grille. Comme le lapin d'Alice, je suis en retard dans le déroulement de ma marche.

Un casernement bien étendu...

Dessin de ce qu'a pu être le Römer Kastel du temps des empereurs.

Après avoir passé Saalburg Bahnhof, je quitte le chemin du Limes et la Croix de St André bleue pour me raccourcir quelque peu . J'ai suivi une vélo-route de terre battue, longé un terrain militaire bien actuel sur quelques kilomètres, dépôt de munitions bien enterrées, rejoint le petit village de Pfaffenwiesbach avec son château médiéval affublé d'une demeure 17ème...

Château de Pfaffenwiesbach et sa caserne de pompiers volontaires.

A Wernborn je quitte le chemin pour aller le long d'une route fréquentée vers Eschbach où j'ai réservé au Klippenhotel.

Non, ce n'est pas une biche qui broute là, c'est un lama alpaga tondu.

Et nous voilà arrivés au Klippenhotel chez la Famille Stala qui a aménagé le haut de sa grande maison en quatre chambres et sa salle à manger en salle petit-déjeuner. En hiver, c'est sûrement très bien chauffé par ce beau poële en faïence...

Poële en faïence au Klippenhotel à Eschbach.

Avec au mur les "Wolkenkratzer" (gratte-ciel) de Francfort-sur-le-Main.

Wolkenkratzer de Francfort sur le Main.

Bonne nuit les grands, demain est toujours un autre jour pleins d'aventures nouvelles.

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Montag (Lundi) 27/05/2019.


Au Klippenhotel, le petit-déjeuner est prêt dès 6h30 car des travailleurs ont logé là. À 7h30 quand je descends pour colationner, Herr Stala me gratifie d'un "Guten Morgen, haben Sie gut geschlafen?" (Bonjour, avez-vous bien dormi), puis il est parti au travail dans son gros 4x4 rouge. Madame Stala est allée emmener leurs enfants à l'école, revenue elle s'est calfeutrée dans leur appartement. Je suis parti en laissant les clés sur le petit comptoir, il est 9h. J'ai pris mon temps car l'étape d'aujourd'hui est relativement courte. Elle sera en fait de 21,5 kms.

Je suis le chemin que j'ai repéré sur la carte de l'ADAC et rattrapé le GR E3 à Mailach.

Très beau corps de ferme à Mailach.

À quelque deux kilomètres du village, je suis dépassé par une femme à vélo qui me salue et me demande "- Und heute, wo gehen Sie? - Nach Butzbach!" (Et aujourd'hui, où allez-vous ? - À Butzbach!" Est-ce que c'est celle qui m'a interrogé hier? Le "Heute" (aujourd'hui) va dans ce sens. Mais son passage assez rapide à vélo...il n'y a guère que ses lunettes qui me la rappelle.

Nous retrouvons la forêt et ses mystères...

Un abri pour les promeneurs de la forêt ! Sont-ce les lutins qui l'ont installée pour pouvoir rire tout leur soûl des olibrius...

Dans ces régions de moyenne montagne comme le Taunus, comme dans les Vosges d'ailleurs, bien avant les Romains, les Celtes (die Kelten) ont construit des fortifications dont les Romains se sont inspirés. Sur le Hausberg, à quelques 486m d'altitude, ont été retrouvées les vestiges des fortifications celtiques...

Voici l'image des pièces de monnaie retrouvées...

Et voici un dessin du genre de fortification établie par les Médiomatrices, peuple celte...

A peu de choses près nous retrouvons la même conception de construction défensive au Mr Beuvray dans le Morvan, site de l'ancienne Bibracte, ou au Mr St Odile dans les Vosges sur le Mur des Gaulois. L'utilisation de la pierre et du bois se voit dans les trois cas, avec des manières d'assemblage qui rendent la construction des plus solides.

Sur le Hausberg a été installée une tour belvédère tout en bois avec des renforts métal...

Belvédère du Hausberg.

C'est assez haut, mais je n'ai pas compté les marches, vous voudrez bien m'en excuser...

Les renforts de métal sont surtout là pour protéger les parties exposées aux intempéries (pluie et neige). De cette tour nous voyons le paysage alentour, en particulier la ville de Butzbach où le chemin nous emmène.

La Grand Place de Butzbach dans la vieille ville, plus d'un kilomètre de trottoirs pour y arriver.

À Butzbach, j'ai contacté deux Pensions, une m'a répondu qu'elle ne fait pas de nuitées et l'autre ne m'a pas répondu... J'ai vu dans la Hauptstrasse une annonce néonnesque aux couleurs vert-émeraude, je m'y rends et trouve un accueil fort sympathique pour "ein Einzelzimmer" à 65€ avec Frühstück (petit-déjeuner), c'est à peine plus cher que cette pension qui ne m'a pas répondu.

Repas chez Gianfranco, restaurant-pizzeria sis Grand Place. Accueil chaleureux italien, quelques mots de français en prime, birra con pizza napoletana, avec en dessert deux boules bien tassées de glace crémeuse à la mode italienne, vanille et pistache avec le conseil de Gianfranco.

Bonne nuit de travail les lutins, moi je vais aller scier du bois...

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Dienstag (Mardi) 28/05/2019.


Hôtel " Römer", Frühstück à 6h30, ici aussi des travailleurs viennent loger. Si le lieu s'appelle "Romains", le petit-déjeuner lui s'appelle Pantagruel dont je suis certainement un descendant par germain au vu de ce que je peux avaler comme nourriture sans pour cela grossir.

Départ 8h31 pour une étape qui fera 23,5 kms. Nous passons par la vieille ville...

Vieille ville à Butzbach.

Hier je vous ai montré la façade, voici l'horloge...

Horloge et cadran solaire sur la Grand Place à Butzbach.

Le mardi, c'est marché à Butzbach. Je me suis arrêté devant l'étal de la fromagère. Que de bons produits! Et même un Emmenthal de Normandy, peut-être est-ce du Gruyère de Carrouges!

Fromagère fournie en bons produits au marché du mardi à Butzbach.

Devant tant de gourmandise envieuse ce qui équivaut à un double péché capital, je me suis recueilli en contrition devant une église qui se trouve sur mon chemin par hasard...

ND de la Contrition!?

Nous avons quitté la moyenne montagne pour la plaine pleine de champs et de chemins herbeux-boueux...

Chemins boueux-herbeux jusqu'à Münzenberg.

Les chemins herbeux-boueux conviennent bien pour la cavalerie...

Et nous arrivons à Münzenberg et son château médiéval fait de pierre de lave (basalte il me semble)... Il faut dire que nous entrons dans la région géographique dite du Vogelsberg, où l'apparition de roches volcaniques est fréquente.

Porte d'entrée de la forteresse de Münzenberg.

Depuis Butzbach nous voyageons de concert avec les pélerins jacquets qui sont assez invisibles et à Münzenberg nous embarquons dans une route commune les pélerins luthériens...

Chemin que Luther aurait suivi en 1521.

Nous passons par le petit village de Bellersheim puis nous prenons une toute petite route faite de plaques de béton et retrouvons un chemin herbeux-boueux jusqu'à l'entrée de Hungen qui est notre lieu de villégiature pour une nuit, chez Karl August Bender, charcutier de son état et accueillant toute personne recherchant un toit pour une ou plusieurs nuits pour la modique somme de 28€ avec le petit-déjeuner. Chez Karl August, il y a des Einzelzimmer ou des Doppelzimmer, même une ou deux chambres pour famille. Le petit-déjeuner est surtout fait pour goûter la bonne charcuterie maison.

Une rue de Hungen.

Hungen c'est aussi le pays du mouton! Mais les bergers sont plus à consulter qui leur tablette, qui leur mobile...

Bergers hungériens consultant les réseaux du net.

Ce soir je change de cuisine et vais manger un " menu Pékin" dans un restaurant chinois avec un thé au jasmin pour accompagner. Je suis sorti rassasié et vais retrouver Morphée pour une nuit de restauration corporelle, Kid Ordin en sait quelque chose !

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Mittwoch (mercredi) 29/05/2019.


Au petit-déjeuner j'ai été gâté, les autres assiettes préparées sous cellophane n'ont pas le même assortiment que moi! De la saucisse de boudin mais énorme, genre 10x10cm, avec un goût exquis, de la saucisse de jambon qu'on ne connaît plus en France, sauf en Alsace, mais est-ce la France? Une autre avec différentes graines et parfumée au paprika, un délice! Et tout cela en double exemplaire ! Et un gros bout de saucisse à tartiner, par celle de foie non, celle qui a ce nom "saucisse à tartiner" que nous ne connaissons plus en France non plus! Pauvre France, pauvre république macronisée qui ne connaît que la matraque et le lacrymo pulvérisé au visage, le LBD et la justice des procureurs à la botte, pauvre France qui ne connaît pas la "saucisse à tartiner"!

Herr Karl August Bender vient répondre au téléphone et me voit: "Sie sind der französischer Wanderer. - Ja ! - Ich habe Französich gelernt aber ich weiss nur jetzt Monsieur le Ministre de l'Education Nationale" . Il a prononcé cette phrase avec justesse. Puis il m'a parlé de ses voyages en France, dans le Lyonnais où Hungen a un jumelage, à Strasbourg, il regrette de ne pas avoir encore été à Paris. Puis, après m'avoir souhaité une bonne journée de marche, il est retourné à son travail. Voilà des petits moments qui font qu'un tel voyage à pieds vaut son pesant d'or!

Mais il faut prendre la route car le Hoherodskopf est loin et la moyenne montagne est de retour. Donc à 8h je m'en vais par les chemins retrouver ma copine la forêt... Ses chênes ont vu passer de nombreux pélerins, révolutionnaires pour certains, ainsi ce chêne dédié à Luther qui est passé par ici en 1521.


Chêne dédié à Luther dans la Höllenwald.

Forêt en continu jusqu'à Schotten. Il m'y est rappelé mon court séjour dans les Fremdenzimmer de Hungen chez Karl August...

Je vous jure, ce n'est pas moi qui ai marqué ce nom!

A Schotten, je choisis de quitter le GR E3 pour naviguer grâce à l'aide de l'appli ADAC, je gagne ainsi de nombreux kilomètres et évite de la route car mon copain le GR a une fâcheuse tendance à nous bituminer les chaussures, ce qui n'arrange ni les semelles, ni les jambes sur le dur (le poids du corps exerce une pression qui fait "résonner" les os de la jambe jusqu'à la hanche, sur du souple cela va, sur du dur la jambe va fatiguer plus vite et les menaces de fracture de fatigue sont là).

Et voici le Hoherodskopf, mont volcanique qui culmine à 773m d'altitude.

Hoherodskopf 773m vu du Gackenstein à 663m.

En contrebas du Hoherodskopf se trouve l'Auberge de Jeunesse où je vais gîter.

Auberge de Jeunesse du Hoherodskopf.

Cette auberge est recouverte de bardeaux en bois pour les murs, d'ardoises épaisses et bien chantournées pour les toits. Comme j'ai réservé depuis Kaub, j'ai droit à une Einzelzimmer avec douche et WC, compris le repas du soir et le petit-déjeuner, pour 45€.

Au repas, il y a des parents avec leurs enfants, 2 couples avec respectivement 3 et 3 enfants, un groupe d'une trentaine d'enfants accompagnés de 6 encadrants enseignants ou éducateurs je ne saurais dire. Chacun est dans son coin.

Après le repas je demande à une responsable de l'auberge de me tamponner ma crédenciale de pélerin.Elle l'examine et me regarde d'un air dubitatif, tamponne et rediscute avec ses collègues qui sont toutes venues voir ce que je demande à faire tamponner. Je m'en vais voir Morphée qui m'attend les bras ouverts.

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Donnerstag (jeudi) 30/05/2019.


Je suis de nouveau le premier à la cantine, une dame toute joyeuse me dit qu'elle en a encore pour quelques temps pour que cela soit prêt, elle continue son travail en sifflant et chantonnant, et moi je commence par me nourrir de cette joie matinale et de ce qui est déjà à portée. Un ramequin de jogourt nature dans lequel je vais pouvoir y mettre mon ail cru que j'ai émincé avec mon couteau suisse, j'y rajoute de la salade de fruits pour faire passer la force de l'ail.

Cet ail, je l'ai acquis en entrant à Butzbach dans une petite échoppe tenue par des maghrébins, cela fait un moment que j'en cherche... Maintenant, j'en prends une gousse crue par jour quand du yaourt est à disposition, ou une salade servie. Dans le petit magasin de légumes, j'ai fait impression avec mon accoutrement de vagabondeur... Le fils du couple de patron me regarde avec un intérêt mêlé de crainte.

Pour cette étape qui se veut courte je pars à 9h. Herbstein est à quelques encablures, vers 14 kms de distance. Je traîne un peu à lire les explications géologiques car le départ du Hoherodskopf se veut un chemin géopédagogique.

Explication de l'écrasement d'une météorite dans une mer. Ce qui donne des roches volcaniques constituées de suie.

Et durant mon parcours en matinée j'ai pu voir de telles roches de suies constituées.

Roche issue de suies volcaniques. Les suies qui ont recouvert le village de Vestmannyaar en Islande deviendront celà.

Sur ce chemin pédagogique je ne peux résister à vous montrer un gneiss dans tous ses éclats. Dans l'échelle du métamorphisme, c'est la roche qui vient juste avant le granite. On y voit encore le feuilleté du schiste mais en fines couches comme liées les unes aux autres. Admirez!

Gneiss sur le chemin géopédagogique du Hoherodskopf.

Avant Herbstein qui doit être notre fin d'étape aujourd'hui, mais où je n'ai aucun gîte de prévu car les Pensions que j'ai contactées sont toutes pleines ou n'ont pas répondu, je rencontre Madame la Peste...

Remémoration de la peste qui a touché Herbstein en 1613. A droite la Peststein (pierre de la peste) érigée en 1613.

Des lupins sauvages viennent évacuer les pestilences, grâce soit rendue au Génie de cette forêt...

Comme je n'ai pas d'hébergement, je décide de poursuivre ma route jusqu'à Blankenau, à 12 kms, il faut dire qu'il est 12h quand la décision poind.

Vaillamment je poursuis ma route en mettant ma pélerine de temps en temps car le temps se met à la bruine intermittente. Je rencontre un étrange convoi sur le chemin, une famille intergénérationnelle dont l'un des membres tire une charette miniature, genre de charette en bois que nos grands parents avaient à la ferme pour faire de petits transports, avec par dessus de nombreux coussins une petite fille en jupette les bras en croix, les yeux clos. Je jette un œil sur le spectacle, attendri! L'homme qui de noir vêtu ferme la marche me dit d'un ton goguenard qu'elle vit encore...!

J'arrive enfin à Blankenau qui n'est pas un si petit village que je crois. Je vois qu'il y a la fête des pères couplée avec l'Ascension, j'aime bien le mot Himmelfahrt car on y voit où aboutit la montée.

Grâce à cette annonce j'ai trouvé un gîte pour la nuit à Blankenau.

Je vois une dame près du panneau explicatif du Chemin de St Boniface, encore un pélerinage! Je lui demande s'il y a des Gästezimmer (chambre d'hôtes) à Blankenau, elle ne sait pas trop et se dirige vers le panneau où il est marqué qu'à Blankenau, Hainzell et un autre village il y a des Unterkunft (possibilité de se loger), "mais demandez donc à la fête, ils sauront vous dire". Je me dirige vers le stand où il est servi des repas, je fais la queue et quand vient mon tour je réitère ma demande sur les Gästezimmer, très serviable, la caissière demande à la cantonade, et chacun amène son petit commentaire et sa solution, au final ressort le prénom d'August. Un jeune homme se propose de m'y amener le verre de bière à la main. Nous discutons, je ne comprends pas tout ce qu'il me dit car l'accent est là, comme un Alsacien du nord de Strasbourg ne comprend pas toujours un autre Alsacien de Colmar. Il finit par cacher sa bière derrière une palissade car il en perd un peu et n'ose pas s'arrêter pour la boire. Nous finissons par arriver chez August Krah qui m'attend avec son épouse. Il faut dire que dans sa gentillesse la dame qui tient la caisse a téléphoné chez August pour savoir s'il a une chambre de libre. La baraka vous dis-je encore! J'ai presque un étage pour moi tout seul pour 30€ avec petit-déjeuner.

Je procède à mes ablutions du soir, mes petits lavages, fait un petit somme de 3/4 d'heure et me rend à la fête pour y manger. Je choisit la grosse assiette car j'ai une faim de loup. Les hommes de la table à côté de la mienne me regardent souriant, un rien blagueur l'un me dit que ma bière n'est pas assez grande pour mon assiette. Sur l'assiette une côtelette de porc dans l'échine, une grosse Bratwurst (saucisse à frire), une grosse poignée de fricadelles de bœuf, une bonne dose de frites, sauces pimentée, ketchup et yaourt... Je crois avoir été le seul à manger autant...

Après tout cela j'ai bien dormi du sommeil du juste! Les 27 kilomètres de l'étape ont fait leur boulot, me fatiguer tant et plus pour que je n'ai pas à compter les moutons.

C'est dans une assiette ovale que les dames me mettent mon repas.
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Freitag (vendredi) 31/05/2019.


J'ai repoussé le Frühstück à 8h pour ne pas trop déranger mes hôtes. Madame Krah est d'une gentillesse et la collation est somptueuse. J'ai pris mon temps car l'étape est "courte" puisque celle de mes plans initiaux est trop longue, 37 kms curvimétrés, une première prévision me fait arrêter à Herbstein, à 13 kms du Hoherodskopf, Blankenau est à 12 kms, donc il doit me rester 12 kms à parcourir. Et bien avec les allées et venues dans Fulda pour chercher un hôtel, j'ai en fait parcouru 27 kms avant d'aboutir au Hessischer Hof près de la grande gare de Fulda, le prix est encore raisonnable, 70€ en liquide ou 76€ par carte.

Gare DB de Fulda.

Mais avant Fulda, il y a tous ces kilomètres d'aventures... Nous arrivons tout doucement vers la Bavière du Nord, les clochers sont un premier signe...

Clocher au toit aux formes arrondies à Hainzell.

À Hainzell il y a aussi une Zahnärztin, une dentiste. En Allemand il suffit de rajouter le suffixe "in" pour avoir le métier au féminin : Schäfer et Schäferin, berger et bergère ; Arzt et Arztin, docteur et docteure (médecin)...

À Hainzell il y a aussi des cours de ferme qui ressemblent à celles de ma jeunesse alsacienne...

Le pignon exposé est en bardeaux d'une forme que nous reverrons plus loin.

En parcourant la campagne nous voyons des choses intéressantes pour nos paysans, ainsi ce poulailler en plein pré qui peut se transporter plus loin quand le piétinement des volailles efface la surface herbeuse... Écologique !

Poulaillers sur roues, poules en liberté, clôture transportable...

La ferme afférente vend œufs frais, miel et nudeln (pâtes fraîches).

Durant ce "petit" parcours, les indications de pélerinage se multiplient : Jacobsweg (St Jacques de Compostelle), Bonifacius Route ( chemin de St Boniface), Pilgerweg ( pélerinage vers Schönstatt sur le Rhin), Jerusalem way...et Prague avec St Wenceslas...

Et encore....

Nous entrons en forêt comme en religion, nous passons par la chapelle des chasseurs...

Et leur auberge qui est patronnée par Veolia, un Very Big Chasseur de fric...

Dans ses tréfonds la forêt de Steinerneplaťte nous réserve quelque surprise de cannibalisme arboricole...

Un pin étouffé par un hêtre aux multiples troncs.

Et nous arrivons enfin à Fulda après avoir pris un raccourci, l'ancien GR E3 qui n'est plus marqué par des signes mais est signalé sur l'application ADAC ...

Visite de Fulda au pas de charge, avec l'oeil allumé pour repérer les hôtels dans mes moyens. "Buchung belegt" (complet), etc...

Dom Sankt Bonifacius.

Et plus loin dans le grand parc de l'Orangerie...

Le restaurant de l'Orangerie en arrière plan.

Je trouve enfin mon hôtel en suivant le GR E3 qui m'amène près de la gare. Il est 16h. Nous n'allons pas rester à Fulda à ce prix là. Donc les lavages quotidiens, la douche, rechercher une Geldautomat (tirette à billets de banque), manger un morceau conséquent car demain il y a de la route vers Gersfeld où il y a aussi une DJH (Deutsche Jugendherberge, Auberge de Jeunesse). Demain est un autre jour et ce soir je mange indien et curry fort...!

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Samstag (samedi) 1/06/2019.


J'ai réussi à colationner tôt et suis parti à 7h49 pour une marche d'environ 30 kms. Je me suis dirigé vers la Grande Gare jaune de la DB (Deutsche Bahn), ai traversé les voies par le passage souterrain. Le GR E3 nous fait passer par allées de parcs, pistes piétonnes et cyclables, escaliers, petites ruelles et rues. Au cours de ce parcours nous suivons un chemin de croix fait de plaques de bronze...

La scène où Ponce Pilate s'en lave les mains...

En plus du chemin de croix, un chemin d'oiseaux où le Uhu et le Rabe tiennent la vedette...

Devinez qui est le Rabe et qui est le Uhu.

Après tous ces chemins nous arrivons à l'église de St Lioba qui est sise sur une éminence bien qu'elle ne soit que paroissiale, nous avons là une vue plongeante sur Fulda...

Fulda vue de la terrasse de l'église St Lioba.

A la sortie de l'agglomération nous sommes passés sous l'Autobahn A7 (autoroute) et par une piste cyclable rejoint le village de Margretenhaun. Un chemin de campagne nous emmène ensuite dans les bois que nous ne quittons guère jusqu'au Stellberg à 663m d'altitude.

Au pied de ce mont se trouve une auberge, la Fuldäergasthaus qui est assez courue lors des fins de semaine hessoises, en effet il y a de nombreux chemins de randonnée qui s'y retrouvent. Nous laissons le GR E3 divaguer vers le nord, les ruines du Milseburg, pour prendre le chemin des sorcières et autres êtres fantasmagoriques, ce qui nous fait un bon raccourci dans cette longue étape.

Sur 3 kms, de nombreuses sculptures sur troncs: admirez et fantasmez par vous-mêmes.

Nous entamons ensuite progressivement l'ascension du Wasserkuppe, 950 m d'altitude. Il fait une chaleur étouffante, autour de 30°. J'enlève pour la première fois mes petites guêtres en Gore-Tex, les pieds ont bien trop chauds... Je serai quitte pour un lavage plus approfondi. Le Wasserkuppe est un espace skiable assez important car à cette altitude dominent les prairies d'alpage, c'est aussi un lieu où les parapentes, les planeurs téléguidés, les trotinettes à très gros pneus vont et viennent en liberté...

Pour cette ascension, nous avons un nouveau compagnon qui nous vient de Finlande et qui va faire un bon bout de chemin avec nous...

E3 = Atlantique-Mer Noire et E6 = Mer Baltique (Finlande) - Mer Ionienne (Grèce)

Notre petite équipée (E3, E6, moi et mon corps) descendons vers Gersfeld où nous attend, peut-être un repos de 2 jours bien mérité.

Le Wasserkuppe avec son dôme émetteur d'ondes.

J'arrive à Gersfeld, me rend à l'Auberge de Jeunesse. Il n'y a personne à l'accueil. J'avise un homme qui travaille à poncer des tables, je pense qu'il peut bien être quelqu'un de la maison, j'ai avisé juste! Je lui expose mon problème, il parle éventuellement d'un lit en Mehrbettzimmer (dortoir) mais doit chercher confirmation auprès de la "Scheff". Il s'absente une minute, revient en me disant qu'ils ne peuvent m'héberger ni une nuit, encore moins trois. Voyant ma tête dépitée, il ajoute pour me passer du baume..."es tut mir leid!" ( en gros "Je compatis! ") Je m'en vais en quête d'un autre gîte en marmonnant dans ma barbe. Comme en France, les gîtes d'étape, la rentabilité est nécessaire pour faire vivre ces établissements, donc aucun lit n'est réservé pour l'éventuel pélerin de passage... Chabreloche de chabreloche.. pour ne pas dire autre chose!

Je vois une Pension et trois hommes devant la porte, je leur demande s'il y a de la place pour un Wanderer, ils m'expliquent alors qu'ils sont pensionnaires et que la responsable va vite revenir... Ils m'invitent à m'asseoir et me posent les questions d'où je viens et où je vais. Comment de l'Est de Paris à pieds? "Unmöglich" (impossible), "unglaubich" (incroyable), Helmut, un costaud jovial à la moustache fournie aussi blanche que ses cheveux, me prend en photo avec mon autorisation parce qu'il dit n'avoir jamais entendu quelque chose d'aussi intéressant. Gert, qui a les cheveux poivre et sel longs et raides ce qui peut lui donner l'air d'un épouvantail aux cheveux faits de paille, va subrepticement au Café proche qui fait aussi Pension pour voir s'ils ont une place pour moi, l'opération fait chou blanc. Hans ne dit rien mais compatit. Helmut me dit de rester assis, qu'il va chercher quelque chose, il revient avec un accordéon et se met à jouer des airs qu'il dit français mais que je ne connais pas. Je lui demande s'il connait le " Hans im Schnokeloch", je le lui chante et de suite il me le joue avec de beaux accords... La patronne revient... malheureusement la Pension est complète. Helmut lui demande de me trouver de quoi loger 3 nuits, elle demande quelques minutes pour se renseigner et revient avec une réponse positive pour 3 nuits à la Pension Bergwinkel, Hochstrasse 21. Je sers les mains en remerciant, tellement heureux intérieurement que j'en oublie de photographier mes amis d'un moment. Je ne les reverrai plus, j'ai leur visage en tête, pour combien de temps! Rencontres fugaces, éphémères !

A la Pension Bergwinkel je suis accueilli par Madame Zitzmann qui est tout sourire. Elle me montre ma chambre, me dit où trouver des boissons fraîches, l'heure du petit-déjeuner, me montre comment s'ouvre la baie vitrée pour avoir accès au balcon.

Je suis donc arrivé à 16h après avoir parcouru 36 kms. J'ai procédé à l'opération lavage des vêtements de marche, short, chemise et chaussettes que j'ai mis à sécher sur le balcon, passage aux toilettes et lavage de mon compagnon corps ainsi que de son mini slip. Et il est temps d'aller trouver pitance au village, Gaststätte plutôt que l'Hôtel-restaurant Sonne ou le Griechiche Restaurant qui ne sont pas pour ma bourse. "Bratwürtz mit pommes" (saucisses grillées et frites") et 0,5l de Weissens (nom d'une bière locale). Et pour terminer un cornet 2 boules de glace italienne, vanille et piémont, à l'Eiscafé-Gelateria plus loin sur la place.

Retour à la Pension pour le repos du marcheur. Demain est un autre jour mais de repos!


Pension Bergwinkler. Hochstrasse 21, à Gersfeld. Ma chambre est au premier avec un rideau ouvert.
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Dienstag (mardi) 4/06/2019.


A quoi peuvent donc servir 2 jours de repos sinon à reposer le corps qui a bien servi jusque là, et bien à s'occuper de faire les réservations pour la quinzaine de jours suivants et ainsi ne pas se trouver à courir deci-delà pour se chercher un hébergement et en ajouter au compteur kilométrique. Et cela prend du temps dans la journée. A la Pension Bergwinkel, le petit-déjeuner est des plus copieux, Madame Zitzmann a compris que j'ai un appétit à me décrocher la mâchoire...

Trois sortes de fromage et six sortes de charcuterie: la 2ème marron en partant du haut est un délice de charcuterie!

Une assiette comme cela, du beurre, 4 petits pains et 3-4 tranches de 2 sortes de pain noir aux graines, vous rajoutez un œuf mollet bien chaud et vous avez mangé pour la journée... C'est ce que j'ai fait pour ces deux jours. Mes réservations sont faites jusqu'à Schöneck où j'arriverai le 21 juin.

En ce mardi 4 juin je suis appelé à me rendre à Fladungen, Pension Sonne où l'on m'attend. Une petite vingtaine de kilomètres prévue... Je démarre ma journée après avoir remercié et embrassé Madame Zitzmann pour son accueil. À 8h36 je suis sur le chemin. Quelque temps de marche me suffisent pour rattraper un couple de femmes, salutations et par un hasard fortuit, quand je les ai dépassé un bel oiseau se pose dans le champ juste au bord du chemin, à 5 m environ. Je leur fait signe de se taire et leur montre l'oiseau en train de picorer. Je leur dit: "In fransözich es heisst "un geai". Une en profite pour me lancer quelques mots de français c'est Hilke qui est secrétaire en Université, sa sœur Bettina est journaliste spécialisée dans tout ce qui est emballage, elle est passionnée par les papillons. Et voici mes premières compagnes de marche pour un petit bout de chemin...

Bettina et Hilke se dirigent vers Rotes Moor, je continue vers Fladungen.

Nous avons marché quelques 6 kilomètres ensemble et avons pu échanger: j'ai ainsi pu apprendre que l'allemand depuis longtemps avait intégré de nombreux mots français tel que trottoir, ces mots ont été effacés du vocabulaire dans les années 30, il faut comprendre après 33 et la prise du pouvoir par les nazis.

Une petite partie de Rotes Moor, une immense tourbière qui est ici transformée en étang peu profond.

Rotes Moor est une étendue assez importante en tourbière et avec un petit étang vu en photo ci-dessus. Mon chemin ne passe pas à l'intérieur de la tourbière où il doit y avoir un passage ou plusieurs aménagés avec circuit planches sur pilotis. Le même milieu écosystémique se trouve dans le Massif Vosgien au lieu-dit "Les Sphaignes" sur les hauteurs entre Thiéfosse et le Thillot. Je ne vais pas faire ici un cours de géomorphologie, mais sachez que période glaciaire veut dire implantation de glaciers à ces latitudes continentales et septentrionales, qu'un glacier est un rongeur de roche là où il stagne, que cela finit par former des cuvettes où c'est l'eau qui stagne quand le glacier disparaît, de l'humidité à l'implantation de mousses et lichens...ainsi viennent les tourbières. Entre Rotesmoor et Schwarzesmoor je vais marcher entre 700 et 912m d'altitude. Paysages, flore et habitants de moyennes montagnes...

Hauteurs faites de prairies autour du Stirmberg vers 900m d'altitude.

Et la flore qui va avec...

Légende dans le texte.

Quatre fleurs des hauteurs, de gauche à droite en commençant par le haut:

genre plantain des montagnes, très importants tapis;

Troll Blume, fleur jaune des Troll, quelques bouquets;

Lupinus, lupins sauvages, tapis importants;

Stiefmütterchen, pensées sauvages, par petits groupes disséminés, (Noms allemands donnés par Luise que nous verrons 2 étapes plus tard).

Et les habitants donc...


Moutons gardés par une clôture électrique.

Sur ces hauteurs reculées il est même loisible de trouver un tampon pour signifier son passage au Stirmberg.

Circuit 5 du Rhön (région touristique de Bavière). Boîte à tampon.

J'ai effectivement tamponné ma crédentiale avec "Stirnberg 902m" datée du jour à l'arrivée à Fladungen.

Nous passons près d'une autre tourbière, "Schwarzesmoor" qui est très visitée parce que près d'un parking et d'une Gaststãtte... J'y ai trouvé une famille pas ordinaire !

Sculpture à Schwarzes Moor.

En descendant vers Fladungen nous passons par champs et prairies, les arrières de haie réservent quelquefois des surprises, une fleur "Zierlands" que les abeilles (Bienen) fréquentent beaucoup...

Cette Zierlands est normalement une fleur de jardin, un oiseau aura laissé choir une graine derrière la haie?

Et des "Moin Rot", des coquelicots...

Fladungen est un village fortifié, je le visite, après mes ablutions et lavages de fin d'étape, en me rendant à l'auberge Schwarzen Adler qui est tout à fait typique de la campagne bavaroise. Après Gersfeld nous sommes entrés en Bavière du Nord.

Fortifications de Fladungen. La barrière de bois entoure le ruisseau canalisé pour les moulins qui sont à l'intérieur des remparts

Moulin à l'intérieur des remparts..

Moulin à l'intérieur des remparts de Fladungen.

Et nous voilà assis pour manger tsigane...

Schnitzel tsigane, frites et salade.

Le "Schnitzel" est une escalope de porc panée. Ce zigaüner Schnitzel là est particulièrement copieux et bien assaisonné, ratatouille et paprika, les frites sont maisons cela se voit. L'ambiance est sympa... Jugez-en !

Au Schwarzen Adler (l'Aigle noir) on mange dehors par cette chaleur!

Après presque 29 kms de marche, les bras de Morphée sont les bienvenus.

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Mittwoch (mercredi) 5/06/2019.


La propriétaire de la Pension, m'a poussé à choisir 8h pour le Frühstück, mais j'y suis vers 7h30 pendant qu'elle prépare. La journée s'annonce des plus chaudes car dès le matin le thermomètre est à 15°. Une famille avec deux très petits enfants viennent manger avec nous.

A 9h je suis d'attaque pour cette étape qui m'amène à Eussenhausen. Je remercie encore mon frère Martial pour l'application ADAC qui m'a permis d'échapper aux rayons ardents du soleil en choisissant des chemins en forêt, à l'ombre... Mes amis les GR E3 et E6 ont la fâcheuse habitude de choisir la route et l'exposition aux rayons ardents.

En forêt les animaux sauvages deviennent familiers car les chasseurs les nourrissent pour les garder près d'eux.

Nous passons par le Lichtenburg, château médiéval perché et isolé en pleine forêt...

Au Lichtenburg il y a une auberge car une route y mène et un parking y est aménagé. Nous ne nous arrêtons pas car la route est encore longue. Quelques regards à quelque beauté rencontrées...

Des ancolies sauvages en pleine forêt.

Et nous arrivons à Eussenhausen, Pension Euring chez Luise. Cette Pension est un véritable musée de peintures et de vénerie. La vénerie et la sculpture sur bois, c'est le papa de Luise, mais la peinture c'est Luise elle-même...

Meubles peints par Luise.

Vénerie pour un ébéniste fabricant de crosse de fusil faite à la main. L'entreprise continu encore aujourd'hui avec les fils de Luise.

Une tête m'a surtout intéressé, une hure sans peau ni poils. C'est avec ça que les sangliers défoncent les chemins et remuent les roches...

Les fleurs de Luise sont tout de même plus belles...

Capucines, coquelicots et potentille?

Et orchidées sauvages..

La maison de Luise regorge de fleurs ainsi peintes, voici l'artiste...

Luise, artiste peintre.

Comme il n'y a aucune auberge à Eussenhausen, Luise m'a proposé une omelette pommes de terre lardons . Je suis tout de suite d'accord car j'ai visité le jardin en allant chercher un endroit pour suspendre mon linge et j'ai vu les belles poules caqueter avec plaisir, ce qui fait de bons œufs... A 19 heures, de retour dans ma petite chambre peinte, j'écris un peu et ne tarde pas à sentir la fatigue me fermer les yeux. Demain, je peux collationner tôt car Luise est aussi une marcheuse et connaît le besoin de randonner à la fraîche, à 6h je serai certainement attablé.

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Donnerstag (jeudi) 6/06/2019.


Aujourd'hui est une journée à la pluie et ma cape a fait beaucoup d'aller-retour entre mon dos et ma besace.

À 7h46 je suis en route et choisis l'option piste cyclable qui est plus courte. La piste longe la route mais aussi des champs de "Spargel" (asperges).

Nous pouvons voir les jeunes pousses sortir de terre.

Et nous arrivons à Merrilstadt où je baguenaude dans la vieille ville sans boire aucun "Schluck" (un coup)...

Une vieille ville fortifiée comme il se doit.

Avec de belles rues aux maisons colorées, une église au clocher baroque bavarois .

A baguenauder nous perdons notre chemin et nous nous fions de nouveau à cette chère ADAC pour nous tirer de ce mauvais pas. Ainsi nous continuons à baguenauder mais dans les champs et les orées de bois, nous retrouvons nos chers GR plus tard, ils sont accompagnés d'un nouveau pélerinage...

Chemin de Marie franconien.

Ce pélerinage nous apprend que nous entrons en Franconie, région de forêt pour ne pas changer, Frankenwald. Après Hendungen où nous sommes salués par des badaudes...

Nous entrons en forêt de Franconie où la faune cervidée se fait voir et entendre. Comme j'ai le vent de face, la chevrette que je vois brouter ne me sens pas, j'avance doucement et à une vingtaine de mètres, elle lève la tête et voit que je lui fait signe de la main, elle ne comprend pas mon message de paix et s'enfuit rapidement sous les frondaisons.

Quelques pas plus loin, j'entends un bruit sourd de choc! Cela se répète à intervalle non régulier. Que cela peut-il être ? Un cervidé qui se heurte les bois contre un arbre pour se les décrocher et laisser la place à de nouveaux bois ? Ou bien un combat de prééminence ? Je penche pour la 2ème proposition car après une dizaine de bruits sourds de combat cela cesse et l'on entend le raidement du vainqueur. Toutes ces scènes sylvestres sous le regard souffreteux d'un Christ forestier...

Nous sortons de sous la couverture végétale et nous traversons Gollmuthausen pour rejoindre Höchheim où j'ai mon gîte soit disant... devant l'église, mais je ne vois rien. J'avise deux ouvriers dont le premier me dit qu'il faut aller 2 kms plus loin à Ilmershausen pour trouver la Gasthaus Zur Linde. Je marche donc ces deux kilométres et trouve mon gîte où je suis en demi-pension..

Aujourd'hui j'ai parcouru 25 kms.

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Freitag (vendredi) 7/06/2019.

L'aubergiste s'est levé tôt pour moi, 6h30. Par contre c'est la première fois que les rations sont si petites. Nous sommes 4 à petit-déjeuner et il n'y a que six petits pains dans la corbeille et 4 tranches de pain noir... Comme je suis seul pour l'instant, je me sers car il ne faut pas que je dépérisse... Les autres réclameront... Quel égoïste je fais! Pour la note, je ne comprends pas bien, la demi-pension ne comprendrait pas le petit-déjeuner? C'est vrai que le lendemain est toujours un autre jour!

Toujours est-il que cet aubergiste m'a accueilli pour une seule nuit et que je l'en remercie.

À 7h23 je suis en route pour une petite étape de 19,5 kms de prévus qui en fera 21,8 car j'ai à nouveau quitté le GR E3-E6 pour éviter de la route. Je suis monté au Landberg (368m) à quelques kilomètres de Eyershausen. C'est là que j'ai pu constater que le "gang des nains de jardin" a essaimé en Bavière...


Nains de jardin sur le Landberg près d'Eyershausen.

Dans le petit taillis du Landberg il y a quelques clairières qui recèlent des trésors...

Les fleurs du Landberg.

Eyershausen a aussi des trésors comme cette maison à colombages qui est garnie de plaques émaillées...

Maison à Eyershausen.

Le chemin nous amène alors vers la chapelle Ste Ursule (Ursula Kapelle) et son cimetière en pleine nature...

Chapelle Ste Ursule avant Bayernturm.

Et voici le "Naturfriedhof": une assez grande parcelle de forêt est consacrée à ce cimetière où "alle Menschen" (tout le monde en fait) peuvent se faire enterrer leur urne...

C'est un bel endroit pour rester dans l'égalité et la fraternité des morts...

Encore 2 kms et nous arrivons à Bayernturm où nous logeons au Berggasthof.

L'hôtel est ouvert mais il n'y a personne, l'hôtelier doit revenir à 18h et il en est 13h15... Je m'installe dans le salon en ayant pris soin de poser mes chaussures un peu crottées sur le carrelage de l'escalier... J'écris et je finis par m'endormir et je rêve...

Mais non, ce n'est pas Morphée qui m'apparaît là!

Je me réveille en sursaut, il est 15h, une clé tourne dans la serrure du restaurant et apparaît le patron qui me dit "monsieur Knaebel ? Bienvenue ! Je vous montre la chambre." En fait la chambre est ouverte et il a oublié de me le signaler comme il l'a fait pour d'autres pensionnaires venus dans la journée.

J'ai ainsi du temps pour rattraper tout mon retard de relation étapaire.

L'hôtelier, qui essaie de parler français avec moi, et moi qui essaie de parler allemand avec lui, c'est assez comique, m'apporte deux bouteilles de bière et un verre. Sympathique vraiment.

Bonne nuit suit...

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Samstag (samedi) 8/06/2019.

Aujourd'hui c'est la moitié d'une étape que j'avais dans ma préparation estimée à 30 kms et j'ai déjà parcouru 23 kms?

Je suis arrivé à la Gasthaus "Zur Sonne" où j'ai réservé mais elle n'est pas dans le village prévu, Maroldsweisach, elle se trouve 6 kms plus loin à Pfaffendorfer qui n'est pas situé sur le chemin. Allez donc comprendre? C'est la deuxième fois que cela m'arrive. Il s'agit du regroupement de communes et quand vous cherchez sur internet un hébergement à Maroldsweisach, comme la commune est regroupée avec Pfaffendorfer, la Gasthaus Zur Sonne apparaît comme un hébergement possible. Et bien c'est comme cela que vous modifiez votre parcours! Donc il faudra regarder la situation des hébergements sur Google Map que j'abhorre !

À la Berggasthof Bayernturm il n'y a pas de bruits car pas de circulation, il n'y a que les oiseaux pour troubler un sommeil profond. Morphée m'a emmené jusqu'à 6h sans interruption. Il faut dire que le matelas est bien ferme, ce qui n'est pas le cas souvent!

Petit-déjeuner correct à 8h, puisque j'ai le temps car l'étape est prévue courte. Comme l'hôtelier essaie de me parler français, une dame d'un groupe de quatre hôtes m'adresse un "au revoir monsieur" ! L'hôtelier , aux petits soins, me demande si je veux encore du pain. Puis vient le moment de payer, il me fait réduction des 0,80€ de la note. Il me souhaite bonne continuation de voyage, nous nous serrons la main... Petits moments furtifs d'un voyage qui vous réchauffe pour la journée.


Départ 9h36, le plus tard pour l'instant. Le chemin nous emmène dans la campagne, le vent souffle à décoiffer les cheminées de fées. J'ai ressorti mon écharpe et mis mon pull polaire sans manche. Il a dû pleuvoir pendant la nuit, les herbes du chemin mouillent bien mes chaussures et mes guêtres, à moins que ce ne soit que la rosée! Après 3 kms de chemins de nouveau de la route à partir de Schwanhausen, puis de la piste cyclable. Nous voyons de loin cette Bayernturm dans laquelle je n'ai pas mis les pieds, avec le vent les tôles font un bruit d'enfer...

La Bayernturm et le Berggasthof à sa gauche.

Sur la route donc, à l'endroit appelé "Bauholzhütter" la brigade européenne spécialisée dans le vol des nains de jardin a du pain sur la planche...

Rudi se fait fort de défendre ses compagnons de fortune..

Dépassé Birkenfeld où il y a un "Schloss", un château, non habité mais avec un nombre impressionnant de dépendances qui le font ressembler à une caserne.

Eglise de Birkenfeld, vue par une entrée qui donne dans la grande cour du château.

J'arrive à Maroldsweisach vers 13h, je demande pour la Gasthaus Zur Sonne, le couple en discussion me dit 6 kms, en suivant la piste cyclable vous y arriverez. Je prends la piste qui est macadamisée. Au premier village elle s'interrompt. Je prends une petite route qui m'évite la circulation et j'aboutis à l'autre bout du village, la même route très fréquentée est là...

Je demande à une jeune femme qui promène ses trois enfants et son chien, un berger allemand aux ordres, s'il y a un chemin pour aller jusqu'à Pfaffendorfer à pieds. Sympathique, elle m'indique la piste cyclable qui se trouve maintenant de l'autre côté de la route. Je la remercie en allemand et rajoute un mot gentil en français comme "Bonne fin de journée Madame!" Elle regarde sa fille qui doit être en école primaire... Je m'éloigne mais j'entends la fille dire à sa mère : "er rett Deutsch, aber..." (Il parle allemand, mais...). Le reste je ne l'ai pas entendu. Toutes les conjectures sont imaginables, n'empêche je termine mon parcours dans la joie...

À la Gasthaus Zur Sonne, le patron m'accueille en m'appelant "mon ami le français" dans le texte s'il vous plaît. Et la journée se termine comme d'habitude.

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Sonntag (dimanche) 9/06/2019.


En ce dimanche 9 juin je commence ma journée par souhaiter un joyeux anniversaire à un ami par l'intermédiaire de la WLAN (WI-FI). Depuis Fulda, je n'ai plus de réseau sur mon téléphone portable, même sous les antennes, je n'ai pas accès à la 4G non plus... Orange-Vodaphone????

Je collationne tard, vers les 8h et me mets en route à 9h15, ciel dégagé de tout nuage, petit vent frais.

Petite étape où je rajoute quelques kilomètres pour faire bonne mesure, 13,39 kms. Une montée d'un kilomètre, assez raide, nous amène à Altenstein. La famille Stein y a son château depuis le Moyen Âge...

Conrad Von Stein (Sculpture sur bois).

Conrad von Stein a combattu les Hussites, disciples de Jan Hus, ce dernier prêchait la réforme de l'Eglise et l'abolition des privilèges dès 1415 en Bohème. Les Hussites ont formé une armée et comme il y avait de bons artisans parmi eux, ils ont fabriqué des armes modernes pour l'époque. Ils sont venus jusqu'en Bavière et les places fortes comme Altenstein ont résisté...

Château d'Altenstein. Passerelle où était le pont-levis.

Cette fortification est installée sur un éperon rocheux de grès. Les constructeurs n'ont pas eu de mal à concevoir des pièces enterrées dans la roche mère...

C'est mon flash qui a éclairé la pièce où il fait très frais par rapport à dehors.

Les ennemis capturés ont dû être exposés avec cet appareil... Je vois bien les ennemis politiques ainsi montrés au peuple qui leur lacrymogènera les yeux puisqu'ils n'auront droit à aucune protection, leur LBDera la face en cherchant l'éborgnage, leur matraquera bras et jambes et ainsi faisant les dissuadera, peut-être, de manifester leur haine des petites gens, ceux qui ne sont rien ou qui n'ont pas de dents...

Conrad von Stein et ses congénères nobliaux ont vaincu les Hussites, mais un air de révolte gronde toujours...

Mais à Altenstein il n'y a pas que le château, un joli temple protestant...

Temple évangélique à Altenstein, à droite admirez les tribunes.

A la suite d'Altenstein, je choisis de suivre le chemin de Sesslach par l'Alteburg...

L'Alteburg est comme le château de Montaigu où j'habite, remparts de rondins, comme une motte féodale.

Ce que j'ai oublié de vous signaler c'est qu'en Bavière, pour dire bonjour on dit:...

Bonjour à Rothenberg.!

Donc en Bavière pour dire bonjour il est séant de dire "Grüss Gott", mais si on lance un "Hallo!", un "Guten Morgen" ou "Guten Tag" après midi, l'on vous répond aussi ! Je m'y fais aisément.

À Sesslach j'arrive en pleine fête, sorte de vide greniers, sorte de fête des classes de conscrits, la vieille ville est pleine de monde.

De monde...

Sesslach...

La ville de Sesslach dans ses murs fortifiés est un bijou, je ne comprends pas pourquoi le GR E3 n'y passe pas...

Vieille ville de Sesslach. Remarquez le nid de cigognes, le premier que je vois.

J'arrive à 13 heures au Landherberge-hôtel et je prends possession de ma chambre, une immense chambre. J'ai eu la chambre pour handicapé de l'hôtel, mais pour 52€ avec Frühstück...

Comme je suis arrivé tôt, j'ai pu faire ma lessive : la chemise, les chaussettes et le mini slip! Cela sera sec ce soir! J'ai fait ensuite un somme réparateur de 2 heures. Je suis sorti ensuite pour manger à la fête: asperges, pommes de terre à l'eau et petite escalope panée "Schnitzel" et pour finir une petite part de "Schwarzwälder" (Forêt Noire). J'ai ensuite erré parmi les fêtards et découvert un trésor...

Et non, vous ne rêvez pas, ce sont bien des bretzels, des vrais.!

Un monsieur bien rougeaud, comme moi, me dit: "Es ist besser zu essen !" (C'est mieux d'en manger). J'aurais bien voulu lui dire que je suis si heureux de voir autant de vrais bretzels que je me contente de les voir.

Enfin, Morphée me prendra dans ses bras et je réapparaîtrai demain...

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Montag (Lundi) 10/06/2019: 24,350 kms.


Petit-déjeuner vers 8 h, départ 8h46 et passage par la vieille ville pour un dernier adieu...


Eglise catholique fin- roman.

L'intérieur de l'église est tout ce qu'il y a de plus baroque bavarois...

Intérieur de l'église catholique de Sesslach.

Vous vous souvenez peut-être de la "Dauphine" que j'ai photographiée au bord de la Sarre (Saar) dans mon étape vers l'Auberge de Jeunesse de Diesbach, et à Sesslach j'ai photographié un autre trésor pour celui qui la possède...

La belle Traction, peut-être une 15? À Sesslach ! Avec des chromés qui brillent de tous leurs feux!

Je fais donc mes adieux à cette petite ville si pittoresque et au couple de cigognes qui occupe le clocheton d'une tour...

Une structure a été installée sur le clocheton de cette tour pour accueillir un nid de cigognes.

Plus loin sur le chemin je suis dépassé par un couple, Regina et Thomas qui suivent le E6 depuis la frontière danoise, ils sont grands tous les deux et ont donc une foulée plus ample, ce qui explique qu'ils aillent plus vite que moi. Par contre, comme ils n'ont pas de guêtres ils s'arrêtent pour déchausser et enlever les "passagers clandestins" (petits cailloux, petits branchages qui rentrent dans les chaussures sans autorisations). Ce n'est pas mon cas et de temps en temps je les rattrape presque. Jusqu'à Coburg je ne les ai pas rattrapés... J'ai croisé des coquelicots à foison, ils me disent au passage "Regarde ici les paysans ne sont pas tous derrière Bayer!"...

Prairie coqueliquée!

Arrivé à Coburg, je me mets en quête de mon hôtel... Je demande la rue, mais cela ne dis rien à personne. À un jeune papa qui promène son bébé dans une poussette je demande le nom de l'hôtel. Il cherche sur internet car il a du réseau lui, le veinard, il trouve et me montre le chemin... En fin de compte, à partir de la place du Markt...

La grande place du Markt à Coburg.

C'est facile et je finis par trouver, mais il y a un hic! La réception est fermée, il y est écrit de sonner à la porte des appartements. A la porte des appartements toutes les sonnettes sont hors de service, il y est écrit de téléphoner.... Vous voyez le problème pour celui qui n'a aucune barrette de réseau sur son portable... J'appelle dans la petite rue Gerbergasse: "Herr Kramm! (plus fort), Herr Kramm!" Pas de réponse aux fenêtres! Je remue la porte très fort, plusieurs fois, pas de réactions dans les étages.

Je commence à être un peu énervé car sur le moment je ne sais comment faire. Un hôtel qui n'a pas de réception, dont les sonnettes ne marchent pas...et qui vous demande 70€ pour une nuit... Je fais un tour en regardant s'il n'y a pas d'autres établissements avec des chambres, rien après une heure de marche, je repasse au Gerberhof Hotel, je recrie, resecoue la porte et décide finalement de reprendre la route, je trouverai bien une Fremdenzimmer sur le chemin...

Je visite la ville en coup de vent...

Tour-porte de Spitalgasse à Coburg.

Je reviens sur le Markt et prends la Steingasse...

Le Markt, place de Coburg.

Je fais un saut de puce à la grande église qui est à deux rues de mon chemin...

Porche d'une église de Coburg. Adam et Ève font face à la Vierge Marie présentant son fils et Jésus au Temple de Jérusalem.

Je ne connais pas le nom de l'église mais j'ai été saisi par le tableau de ce porche: le couple initial, Adam et Ève, avec la pomme de la connaissance fait face à Marie présentant son enfant, à ses côtés Jésus faisant la leçon au Sanhédrin (assemblée des prêtres juifs du Temple de Jérusalem).

Je sors de Coburg en montant à l'Eckardtsturm qui est située sur le sommet de l 'Eckardtsberg.

Deux kilomètres plus loin j'avise un couple de marcheurs qui ont l'air de rentrer chez eux et leur demande s'il y a une Gästezimmer par ici? Oui, à Lutzelbuch, il y a la Gästehaus Fink, ce n'est pas loin, 1 km.

J'y vais et baraka de baraka, il ont une Einzelzimmer à 40€ ici à l'Auberge ou une Einzelzimmer à l'hôtel qui est à proximité mais à 85€. Je choisis celle à 40€ naturellement... Il est encore assez tôt pour que je puisse faire une lessive...

Je bois une pinte de bière dunkel, mange un "Schnitzler" (escalope de porc) avec pommes et me couche, heureux de ma fin de journée !

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Dienstag (mardi) 11/06/2019.

33 kilomètres. Temps couvert à clair, lourd en après-midi.

Il a plu hier en soirée, comme une pluie d'orage! Cela a rafraîchi l'environnement du marcheur, les odeurs et parfums de la campagne sont accentués, il fait bon marcher tôt. Dès 8h je suis d'attaque et parcours les rues de Lutzelbuch pour en sortir sans me tromper de chemin. Je marmonne dans ma barbe en passant devant un arrêt de bus, y sont assis une fille d'une dizaine d'années et un garçon plus jeune, son frère ? Ils ont dû m'entendre ! La jeune fille blonde me fait un grand sourire, le garçon me regarde étonné.

Je trouve la sortie vers mon chemin, franchit l'Autobahn A73 par un passage souterrain, la voie de chemins de fer par un pont, rejoins la route menant de Lutzelbuch à Neershof... Voilà comment le GR E3-E6 nous rajoute des kilomètres, il aurait pu nous amener directement à cette route par Rögen et le pont qui enjambe l'A73, la voie DB est entrée en tunnel à cet endroit... Nous avons bien parcouru 2 kms à la place d'un km!!!

Nous avons pu voir le château fortifié de Coburg au loin...

Les "Festen" (fortifications) du château de Coburg. Photo téléobjectif.

A Spittelstein un monument aux morts des deux guerres original...

Monument aux morts de Spittelstein gravé sur une paroi rocheuse de grès

Cette journée se passe en parties de campagne avec traversée de ruisseaux et petites rivières, en parties de forêt avec quelques sommets à franchir tel que le Fechheimerberg à ...

Avec sa croix originale...

Croix au Fechheimerberg.

Arrivé à Hassenberg, je raccourcis mon chemin car le compteur kilométrique affiche déjà 28 et le GR E3-E6 veut me faire passer par Mittwitz et une équipée en forêt avant le Waldhotel de Bächlein. J'ai bien fait car à l'arrivée le compteur affichera 33,3 kms parcourus.

Intermède : " Le cycliste, le marcheur et la voiture mal garée."

Je marche vers la clairière où se situe le Waldhotel, j'y débouche et un cycliste VTT pédale vers moi, s'arrête à ma hauteur. Salutations mutuelles. "C'est à vous la voiture?" Une voiture est garée sans occupant, encombrant ainsi l'entrée d'un chemin faisant le tour d'un étang. Je regarde le jeune homme, j'ai envie de lui dire que je l'ai garée là il y a deux mois, que je suis vite reparti à Meaux pour revenir à pieds la chercher. Je lui dis simplement que suis piéton. Il me regarde un instant et comprend son erreur, s'excuse et puis s'en va, pédalant à la recherche d'un éventuel propriétaire de voiture mal garée.


J'arrive à la réception de l'hôtel. "Ach! Herr Knaebel Bernard... Einzelzimmer 43...Sie bezahlen Morgen..."

Le repas du soir est servi de 18 h à 20h, en fait un buffet de salades diverses, de plats de pâtes avec sauces diverses et riz cantonnais chaud, desserts divers dont 4 parfums de glaces... Et bien j'ai mangé ! Et bien dormi, la fatigue aidant.

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Mittwoch (mercredi) 12/06/2019.

24 kms. Il a plu pendant la nuit. Temps couvert à éclaircies, il fait chaud, lourd en après-midi.

Un peu avant 7h, quelques "Monteur" (travailleurs en déplacement) sont déjà à collationner. Dans les lieux d'hébergement il est souvent mentionné la possibilité d'une "Monteurzimmer", chambre à prix moindre pour ces travailleurs en déplacement. Le choix des aliments est assez vaste, je me nourris comme d'habitude, graisse le matin (beurre, fromages, quelques charcutailles appétissantes), cette graisse sera mon énergie pour la journée, gousse d'ail émincée avec yaourt et fruits, au moins 3 petits pains, un litre de thé.

Après ce repas, je me brosse les dents, procède à un petit urinage, mets mes guêtres car les chemins seront mouillés, charge sac à dos et besace, prend mon bâton de pélerin et m'en vais par les bois des forêts franconiennes (Frankenwald).

De la forêt jusqu'à Rotersdorf où m'attend un petit bijou que je vois de loin, sa forme est caractéristique ...

Il s'agit bien d'une Trabant 601 S.

Elle est encore plus mignonne par devant...

Elle est comme neuve, entretenue avec amour.

Tout émotionné par ce tableau touchant, je continue ma route, une grosse Audi s'arrête à ma hauteur, la conductrice, une dame d'une soixantaine d'années, me demande d'où je viens et où je vais, nous parlons un petit moment, elle me demande si je vais voir Dresde et vante la beauté de cette ville est-allemande... Je marche plus loin et je remarque que la route que je suis ne se dirige pas vers Gundelsdorf mais plutôt à l'opposé. Je m'en retourne... la blancheur du bijou "Trabant" m'a aveuglé, le signe est juste là et je m'en vais guilleret vers Gundelsdorf qui est à deux pas, je traverse la voie ferrée par le Tunnelweg, la longe un moment parmi les résidences. Un chantier de réfection de façade, un ouvrier sur une échelle, un autre près d'un gros camion, il a la soixantaine, un bon bedond, il ressemblerait presque à oncle Edes (Édouard en alsacien). Comme la dame dans son auto, il est intéressé par mes pérégrinations, il me conseille aussi d'aller voir Dresde, que c'est une ville étudiante pleine de vie..."Viel Spass !" (Beaucoup de plaisir souhaité).

Après Gundelsdorf, le village de Glosberg puis la montée en forêt pour atteindre l'altitude d'environ 600m (dénivelé de 300m). Les bruits de la forêt sont impressionnants, chants d'oiseaux, clapotis du ruisseau qui dévale, bruit de détalement pour un animal à quatre pattes que je ne vois pas, un peu plus loin le ronronnement d'une tronçonneuse, les branches qui craquent et les cailloux qui crissent sous mes pas volontaires, tous les kilomètres la voix féminine de mon application vient troubler ce grand silence de bruits.

A midi, j'arrive à Gifting, 19 kms, petite étape !

Je vais vite à la Haltestelle (arrêt des Frankenbus), dépit, un monsieur me dit que c'est vacances scolaires et qu'il n'y a pas de bus, qu'il faut aller à Steinberg pour espérer en avoir un, à 6 kms de là.

Je me dis que la vie est belle en marmonnant tous les jurons en allemand que je connais. Je prends la route, 3 kms de route dangereuse, presque pas de berme pour marcher, des ponts sur le Kremnitz où il y a un passage piéton barré par une grille. Les piétons n'ont pas de place pour aller jusqu'à la Haltestelle de Abwz Gifting qui se trouve sur la grand-route vers Kronach. Là il y a un bus mais à 17h21, il est 14h, je ne vais pas attendre trois heures au soleil! J'avise la piste cyclable qui peut me conduire vers Steinberg à 2 kms, direction de Kronach où j'ai réservé une chambre à l'Economic-hotel. Je marche poussé par ma colère intérieure, une petite étape qui se meut vers beaucoup plus...25 kms bien tassés. A Steinberg, je vois une Gasthaus qui a des chambres, je demande... Une chambre pour 42€ avec Frühstück, je prends sans hésiter, .... Par la WLAN je préviens l'Economic-hotel que je ne viens pas à cause des Schulferien (vacances scolaires).

Ouf je suis casé pour une nuit encore, la vie est pleine d'aventures !!!

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Donnerstag (jeudi) 13/06/2019.

27 kilomètres. Temps couvert, frais le matin, lourd en après-midi avec éclaircies.

Au petit-déjeuner, une équipe de travailleurs qui mangent au lance-pierre, un ouvrier à côté de moi qui est pris par le temps, il n'y a donc que moi à vraiment profiter des étalages de nourriture, à prendre mon temps à l'Auberge Zum Frack.

J'ai longuement étudié le parcours depuis Steinberg. Il n'est pas question que je repasse à Gifting, je décide donc d'aller à Wilhelmstadt par la piste cyclable puis de suivre le Grümpel presque jusqu'à sa source.

A Wilhelmstadt je tire de l'argent au Geldautomat de la Sparkasse (pas plus de 200€ en une fois).

Sur la piste cyclable une pierre mémoire pour les constructeurs de la route...

Pierre mémorielle sur quatre faces: texte, amitiés des mains données, Golgotha, Adam et Ève.

A l'entrée du Grümpeltahl, un portail a attiré mon attention...

Le val du Grümpel est parsemé de gués aménagés pour le passage des engins agricoles et forestiers...

Souvent le Grümpel, gros ruisseau, disparaît sous une végétation abondante, je l'ai observé et n'y ai vu aucune population piscicole...

Le Grümpel disparaît sous une végétation luxuriante.

Si les poissons ne sont pas visibles, les sangliers peuvent y laisser des traces...

Défense de sanglier perdue ou jetée dans le Grümpel.

Au bout du val, je rejoins mes amis les GR E3-E6 pour rejoindre Nordhalben où je suis attendu au Weisses Lamm Herberge chez les Bayerkuhnlein Lilli et Harald.

Intermède : " La livreuse de journaux"

Quand j'arrive à Nordhalben, il faut que j'arrive à trouver l'auberge. Je vois une grande dame blonde qui distribue des journaux qu'elle va chercher dans le coffre de sa voiture. Je me dis que voilà une personne qui doit connaître les rues de Nordhalben. Je me dépêche avant qu'elle ne démarre et lui demande où est la Lobensteinerstrasse, elle prend un moment de réflexion, je rajoute Weisses Lamm, et là l'éclair de ses yeux bleus et son sourire... Elle m'indique la direction avec moults détails... Je m'en vais dans la direction indiquée... Je la vois me dépasser, mettre un journal dans une boîte aux lettres, ouvrir sa vitre, me redire d'aller tout droit avec son sourire... Je vais "gerade aus" (tout droit), puis "rechts" (à droite) une petite descente "und dann links" (et là à gauche) sur la "Grosse Strasse" je trouve l'auberge Weisses Lamm.

Voilà une dame qui a la soixantaine et qui doit certainement faire ce petit boulot pour arrondir ses fins de mois! Chapeau la dame!

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Freitag (vendredi) 14/06/2019.

29 kms, dont 2 pour une erreur de direction. La nuit a été claire et chaude, presque pas de rosée, un bon vent chasse-nuages vient rafraîchir le pélerin quand il sort de l'abri forestier, le haut des sapins pendule au bon vouloir d'Eole. A partir d'onze heures déjà, le dos du marcheur est une surface gluante de sueur.

Au Weissen Lamm Herberge de Nordhalben, le petit-déjeuner est un peu plus frugal qu'ailleurs, cela se comprend car ce dernier plus la nuitée ne font que 28€. Il n'y a pas moyen de prendre sur sa collation pour un petit pique-nique de midi. Donc aujourd'hui ce sera régime sec ( fruits secs + eau à midi ).

Sur un grand mur de soutènement sont collés les moulages émaillés des mains de tous les élèves de Nordhalben...

Dès la sortie du bourg, nous voici en forêt où nous pérégrinons en passant de 500m d'altitude à 650 à chaque vallon, et il y en a eu des vallons. En forêt, à part les arbres, il y a des fleurs...

Les fleurs du moment, en Frankenwald.

Au deuxième tiers de la marche la longue montée au Gross Vater (Grand Père) vers 700m d'altitude. J'y ai vu un immense sapin au tronc énorme comme un séquoia. Est-ce lui le Gross Vater?

Dans la descente vers Schwarzenbach Am Wald, à Meierhof je ne retrouve plus le chemin, je demande à une dame dans son jardin qui demande à son voisin dans son jardin qui sait...tous deux m'expliquent avec des intonations et des mots qui ressemblent fort à l'alsacien...

Arrivé à Schwarzenbach je pars en quête d'un hébergement puisque la Pension Huster n'a pas daigné décrocher son téléphone quand ma fille Rachel les a appelés. J'ouvre les mirettes grandes comme oreilles d'éléphant, ne voit rien juste un Ferienwohnungen (locations de vacances), ce qui n'est pas spécialement conçu pour une nuitée et sans Frühstück... Je remonte la rue principale et vois une Bäckerei (boulangerie), d'habitude les commerçants sont au courant de tout. Je rentre et j'attends, j'attends...la commerçante est partie au fournil et tarde à revenir...je vois, attablées dehors autour d'une table, deux femmes âgées qui sirotent et papotent. Je sors, les aborde avec le plus beau de mes sourires, leur demande si elles connaissent des lieux d'hébergement sur Schwarzenbach, une des deux me parle d'une Gasthaus à quelques kilomètres, je lui répète que je suis à pieds, toutes deux me parle alors du Döbraberg, un restaurant qui a des chambres. J'y vais d'un bon pas, tout en espérance, je reviens abattu, les épaules basses, les deux dames sont toujours là. Celle qui m'a parlé de la Gasthaus décide de m'emmener en voiture, elle laisse toutes ses affaires à la garde de sa copine, m'ouvre le coffre et nous voilà partis pour bien moins que 5 minutes de voiture. La propriétaire de la Gasthaus est sa copine de classe.

Nous entrons dans l'Auberge, personne! "Hilke!" appelle-t-elle! Au bout d'un moment, une femme vient, toute souriante, elles s'embrassent, je suis présenté... Quand elle salue pour prendre congé, je lui saute au cou et l'embrasse en remerciement en lui tapotant l'épaule. Toute gênée, elle s'en va!

Me voici donc à la Gasthaus Rodachtal. Une baraka d'enfer, ai-je ! 42€ avec le Frühstück.

J'ai le temps de faire mes lavages pour que cela soit sec pour demain.

A 17h je descends à la salle de restaurant pour boire une bière, "eine Null Vier vom Fass" (une pression 0,40cl). Je remarque que le faux-col est un peu généreux, mais comme j'ai trempé les lèvres...Lors du repas je redemande une bière, je laisse descendre le faux-col de mousse et vois bien qu'il manque un dixième de boisson. J'interpelle la patronne, lui montre le niveau de bière et lui dis en français que je ne bois pas de la mousse. Elle a compris et revient avec un galopin de bière... (Si elle fait cela systématiquement, elle en gagne de la bière, et de l'argent !) Elle ne m'en a pas tenu rigueur!

Bonsoir Morphée, emmène moi dans tes jardins rêvés...

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Samstag (samedi) 15/06/2019.

23,5 kms , soleil au matin, couvert en après-midi, chaud avec un vent à décoiffer les bretonnes.

Je ne repasse pas par Schwarzenbach, mais rattrape le GR sous le Döbraberg, c'est à dire que j'ai ascensionné de l'ordre de 300m pour arriver au dessus de 700m.

Aujourd'hui c'est encore forêt au menu au moins jusqu'à Helmbrechts. Dans cette bourgade j'ai perdu mon compagnon de route le fameux E3. J'ai suivi ADAC qui m'a amené à parcourir une piste cyclable jusqu'à Münchberg... dans la campagne...


Charette de mon enfance alsacienne.

À Münchberg je suis logé à l'hôtel Rossner dans la vieille ville. Les Rossner tiennent cet établissement depuis les années 1900, une Bäckerei et Gastätte alors. J'ai vu la photo où tout le personnel posait.

Münchberg.

En partant de cette petite ville, je suis passé dans le quartier des "Kellerstein" (caves dans la pierre). Les habitants ont profité de la géologie pour s'offrir des caves fraîches à bon compte. Je ne sais pas quelle est la politique municipale à ce sujet.

La plupart des portes de cave sont équipées d'une chatière pour gérer la population des rongeurs, comme ci-dessus.

J'ai déjà vu cette façon d'utiliser les configurations du terrain à Sesslach, le long d'une route en montée il y a des escaliers qui amènent à des caves...

Chez les Rossner aussi le commun des buveurs boivent de la mousse, quand la mousse descend le niveau de bière ne monte pas à la marque... Je le signale à la petite fille des patrons qui en réfère à sa "Oma" (grand-mère), qui vient prendre mon verre pour en rajouter. Il faut que ce petit français vienne casser le commerce!

Chez les Rossner, comme au Rodachtal, le voyageur a le choix entre le logement dans la maison-mère, moins cher de 40€, où celui de l'établissement plus chic de l'autre côté de la rue. Dans la maison-mère il y a le bon confort mais juste en plus vieux sans que le toit ne soit troué!

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Sonntag (dimanche) 16/06/2019.

23 kms. Il a plu pendant la nuit. Durant la marche, ciel couvert et quelques éclaircies. Pluie légère un quart d'heure avant l'arrivée à Weissenstadt.

Une étape sans grosse difficulté, une seule montée, le Waldstein à 4 kms de Weissenstadt.

C'est l'étape où nous nous séparons d'un compagnon de route, le E6 qui continue sa route vers l'Hellespont...

Avant d'arriver au Waldstein, nous avons vu la Saale sourdre de terre à 699m, elle coule vers le Nord et conflue avec l'Elbe entre Barby et Bernburg à 52m d'altitude. Je dois ajouter pour ne pas entretenir de confusion, que quand je dis nous, ce n'est pas le pronom de majesté, nous = moi avec mes yeux du cœur et de l'esprit, mon corps avec ses yeux bleu physiques, le compagnon GR E3 reste lui très terre-à-terre...

"Quelle der Saale" (source de la Saale).

Au Waldstein, la spécialité est de capturer des ours...

Piège à ours du Waldstein.

Son fonctionnement est expliqué ci-dessous...

Le dernier ours capturé l'a été en 1760. Plus récemment un ours est sorti du tableau où il avait été figuré, y a laissé un trou!

Nous arrivons à Weissenstadt, ville touristique auprès de son lac. Le restaurant-hôtel "Zum Waldstein" m'attend. Je me présente à la réception, je me fais enregistré, la réceptionniste me regarde et me dit: "Mais vous n'avez pas de bagages? - Et bien oui je suis à pieds!" Je me retourne et montre mon "Rücksack" (sac à dos).

Le soir, je vais manger en ville, j'ai zyeuté une pizzeria en venant à l'hôtel. J'ai assez mangé mais la pizza n'est pas terrible, les "sardellen" (anchois) sont perdues dans les sables du désert, les olives noires sont fades car pas confites...

Demain est un autre jour!

Ruelle à Weissenstadt.
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Montag (lundi) 17/06/2019.

34 kms. Soleil dès le matin, après-midi alternance couvert et éclaircies, lourd comme les jours précédents.

La jeune femme qui était à la réception hier, s'occupe du Frühstück, elle est aux petits soins et me parle en anglais, elle m'interroge sur mon voyage et dit rêver d'en faire autant, elle me raconte avoir rencontré dans cet hôtel, un jeune homme qui faisait un tour d'Europe en autonomie avec une seule journée par semaine en hôtel pour les lavages à fond... Avec ces conversations mon petit-déjeuner n'avance pas... Je ne pars qu'à 8h45 mais le cœur en joie!

Pont de la vieille ville de Weissenstadt.

Le GR nous fait passer par les parcs des anciennes thermes maintenant en ruines...

Et par le quartier des "Kellerstein", vous vous souvenez de ces caves enchâssés dans la roche...

Et la forêt de Franconie est tout de suite là pour nous prendre dans ses frondaisons fraîches et accueillantes. Mais le corps va transpirer et devoir souvent reprendre souffle car les montées et descentes de feront à la suite. En premier le Rudolfstein à 886m...

Rudolfstein, Pierre de granit à gros grains.

Les chemins autour du Rudolfstein sont de gros grains de décomposition du granit faits. Dans les Vosges nous avons la même chose sur hauteurs granitiques. Les Inlandsis des glaciations quaternaires nous ont pourri notre granit!

Du point de vue au sommet du Rudolfstein (escaliers raides difficiles à descendre avec un sac à dos) nous avons une vue superbe sur Weissenstadt et son lac...

Weissenstadt et son lac vus du Rudolfstein.

Ces amas rocheux donnent à voir des contrastes impressionnants...

Paroi de granit, frondaisons de sapins, le massif du Waldstein au fond.

Sur le parcours qui nous mène au Schneeberg à plus de 1000m d'altitude, les amas rocheux ressemblent à d'immenses "cairns" (empilements de roches ou cailloux pour marquer les chemins)...

Après le Schneeberg, ce sera le Nutzkap à 900m, puis le Kosseine à 939m, le Hohe Matze à 813m et le Silberhaus à 711m et entre eux les mêmes amas rocheux...

Nous nous demandons comment cela peut-il tenir?

Cette ligne de crête est en fait une ligne de partage des eaux, tous les cours d'eau qui sourdent à gauche dans le sens de mon chemin vont s'écouler vers la Mer du Nord, comme la Saale, ceux à droite dans le bassin versant du Danube vers la Mer Noire...

Il n'y a que l'Elbe à avoir réussi une percée vers le Nord. Nous le verrons plus loin!

Dans ce paysage de rochers magnifiques, les chemins ne sont pas que sableux car le ruissellement emmène le sable mais pas la roche sous jacente...cela donne des voies assez pénibles à parcourir quand le corps est fatigué...

Heureusement que ce n'est pas çà qui va arrêter le pélerin. Il peut s'arrêter pour lire un panneau explicatif des plus intéressants... Sur ces hauteurs entre deux bassins versants existent des endroits où l'eau stagne depuis des millénaires, hauts lieux de constitution de tourbières qui ont été exploitées jusqu'en 1950 environ. La tourbe était dite"Die Kohle der Armen Leute", Le charbon du pauvre.

Sur ce panneau explicatif sur l'exploitation de la tourbe, vous pouvez remarquer qu'il y a la traduction en tchèque.

Après le Kleiner Haberstein, dernier amas rocheux impressionnant, nous arrivons à Wunsiedel. Une Auberge de Jeunesse perchée sur le Katharinerberg, j'arrive un peu tard pour les opérations wsdt de tous les jours ( waschen, scheisen, duschen, trinken = laver, chier, doucher, boire ). J'y procède tout de même et demain matin je finirai de sécher la chemise sur moi...

Repas du soir qui équivaut à un Frühstück, sauf les salades... Morphée est toujours là pour m'accueillir dans ses rêves...

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Dienstag (mardi) 18/06/2019.

35 kms. Soleil toute la journée, heureusement que la couverture arbustive a contribué à mon confort de marche. Je suis arrivé à bon port vers 16h30.

Au petit-déjeuner je suis à ma table réservée pour Herr Bernhardt Knäbel et je prends ma collation. Les mêmes familles que hier soir occupent les tables adjacentes à la mienne, le reste de la salle à manger est occupée par un groupe d'enfants accompagnés de leurs encadrants. Sont-ce déjà les vacances? Comme le Frühstück n'est servi qu'à partir de 7h30, je vais partir en retard...

À 8h24 je suis en route...

Chemin à la sortie de Wunsiedel, ombragé au bord d'un ruisseau, la Rösla.

À Wunsiedel nous quittons les Fichtelgebirge (montagnes des épicéas) pour rejoindre les Erzgebirge (montagnes des minéraux) plus au Nord.

Intermède : "le Mirage"!

Quelques kilomètres après Wunsiedel, croisement avec indication sur panneau fléché "aller tout droit"! La route tourne à 90° à gauche, en face un chemin... et à gauche le Mirage que je me suis empressé de photographier...


Un clocher sortant de terre dans la campagne!

Nous ne rêvons pas! C'est bien un clocher qui sort de terre! Y a-t-il une église ou un temple dessous? Est-ce là l'église des génies enterrés, nains, trolls, ou autres ?

Je continue ma route sur le chemin en face, l'esprit occupé à résoudre ces énigmes... Un kilomètre de marché, aucun signe, le chemin est fréquenté, je continue, oblique à gauche en suivant l'orée du bois, toujours sur le chemin. Je commence à voir le clocher puis les maisons du village que je dois rejoindre mais aucun signe E3, je commence à m'inquiéter et compulse ma carte. Et bien oui je ne devais pas aller tout droit mais tourner à gauche en suivant la route, idiot que je suis! Je fais demi-tour, ce qui fait de l'ordre de 3 kilomètres de plus, je vais jusqu'à la Rösla et la suis, elle est assez large à cet endroit, je marche dans une grande prairie qui vient d'être fauchée, fanée et ramassée, certainement en ensilage car les herbes restantes ne sont pas très sèches. J'arrive au lieu du Mirage et comme je viens à contresens je vois de suite le signe E3 sur le poteau électrique.... Moralité : regardez la route plus loin que le bout de son nez !

A Oberthölau nous laissons le E3 qui se dirige vers la Tchéquie par Artzberg pour suivre la variante par les Erzgebirge, ce qui nous fera longer plus ou moins la frontière tchèque jusqu'à Bad Schandau.

Nous suivons toujours le chemin balisé "Blaue Andreas Creuz" mais ce ne serait pas le signe du E3 mais celui du "Saar - Schlesien Weg" (chemin de Sarre - Silésie). Par ailleurs cette Croix de St André disparaîtra bientôt, au lieu-dit "Dreiländereck" (Coin des trois Pays: RDA-DDR-Tchécoslovaquie), ce qui n'est pas la Silésie! Allez comprendre?

Saar-Schlesien-Weg ou GR Sarre-Silésie.

Sur les panneaux, depuis Oberthölau, nous avons la "Blaue Andreas Creuz" doublée d'une étiquette E3 affublée du drapeau européen...

Nous arrivons à Selb à 16h26, ce qui fait une bonne moyenne de marche, 35,5 kms en 8h02mn.

Une rue de Selb, admirez la palette de couleurs, il y en a autant pour l'autre côté de la rue.

Selb et une belle église!

Mais je ne suis pas venu à Selb pour l'église des nourritures célestes mais pour celle des nourritures terrestres, j'ai nommé la Gasthof Bräustübl où je suis attendu par Madame Ohne Mousse...

Intermède : Je ne bois pas de mousse!

Lors de mon repas de fin d'après-midi, je commande un "Null Fünf" de bière (0,5l) et attends que la mousse tombe pour voir si j'ai bien mon "Null Fünf". Et bien non!

Je n'ai pas mon comptant de bière, n'est-ce pas?

Je regarde le verre de mon voisin de table, il n'y a pas encore touché, car il est sorti sur la rue pour fumer...

Lui non plus n'aura pas son compte de bière !

J'interpelle gentiment la serveuse et lui montre le niveau en lui disant "je ne bois pas de la mousse" (en français). Mon voisin ,qui est revenu à sa table, suit notre conversation et traduit en allemand mon "je ne bois pas de mousse", la serveuse prend mon verre et va rajouter de la bière.

Au cours du repas je reprends une bière en spécifiant "Ohne Mousse". Quand elle me l'a sert elle dit en souriant "Ohne Mousse".

Pour le dîner j'ai choisi une brochette méli-mélo de viande avec une sauce à l'ail (Knoblauch Sausse), un délice ! Je n'ai pas manqué de féliciter la maison pour sa cuisine, Madame Ohne Mousse en a été ravie!

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Mittwoch (mercredi) 19/06/2019.

25,5 kms. Beau temps, chaud dès 7h30 et cuisant à partir de 11h, le thermo est certainement monté un peu au-delà de 30°.


J'ai déjeuné tôt car l'adorable personne aux lèvres bleu outremer m'a laissé m'installer et m'a servi bien en avance sur le timing... Voir une telle personne vous procure des émotions naturelles qui vous donnent la "pêche" pour le restant de la journée, vous êtes toujours vivant au monde animalo-humain dont vous faites partie!

Dès 7h29 me voilà parti ! Selb est depuis longtemps une ville réputée pour sa porcelaine...

Dès 1857 Lorenz Hutschenreuther établit à Selb une fabrique d'objets en porcelaine.

Sur le chemin je rencontre de bien étranges coléoptères...qui grignotent les feuilles à tout va, semble-t-il !

Des coccinelles sans point, cela existe-t-il ? Et pourquoi pas, aurait dit Jacques Prévert.

Cela ressemble bien à une coccinelle mais sans point. Elle est mal barrée pour sa retraite cette pauvre coléoptère ! Sûr qu'elle va revêtir un gilet fluo dans peu de temps!

Un champ de céréales avec, oh! miracle des "BLEUETS" au pays de Bayer-Monsanto!

Depuis que je suis entré en Allemagne, pays du groupe chimique Bayer-Monsanto, je n'ai jamais vu autant de coquelicots et de bleuets parmi les céréales des champs (cf. la photo ci-dessus).

Nous passons à la maison du curé, presbytère (Pfarrhaus), en pleine forêt...

Vous voyez mon sourire d'y avoir échappé !... à la maison du curé.

En fin de compte aucun curé n'a pris résidence ici, ce n'est qu'une ancienne auberge pour chasseurs...

Avant d'arriver à Rehau, je rencontre un rassemblement de randonneurs à la journée qui vont suivre un circuit dans la forêt que je viens de quitter. Nous échangeons des paroles de randonneurs. Un des messieurs, celui qui anime cette journée, a parcouru le Fernwanderweg EB (GR de 2700 kms) qui va d'Eisenach jusqu'à Budapest, c'est le chemin de randonnée des pays ouest du bloc soviétique, baptisé chemin de l'Amitié entre les peuples, d'où l'implantation des Auberges de Jeunesse que je fréquente, car nous faisons souvent route commune. Il a maintenant 79 ans et marche toujours...

L'animateur à gauche.

Et à travers des champs de lin, nous arrivons à Rehau où est bien connu le fondateur de la Croix-Rouge...

Champ de lin, les fleurs ont quelque peu blanchi.

Les randonneurs rencontrés m'ont raconté que des soldats français sont enterrés près de Rehau, mais ce n'est pas sur mon chemin.

Henri Dunant fondateur de la Croix-Rouge, rue de Rehau.

Il fait très chaud depuis la sortie de forêt, le soleil tape fort et chauffe les petits petons...

Séchage et aération des pieds durant la pose de midi à la sortie de Rehau.

Le Monument aux morts de Rehau est bien particulier car il rassemble Morts et Patrie, sans noms.!

Il fait tellement chaud que je sursoies à ma procédure habituelle WSDT en arrivant à Regnitzlosau où Erika m'accueille si chaleureusement alors que la Gaststätte Am Grüber Baum est fermée jusqu'à 17h, donc le T de Trinken (boire) passe devant...

Après viendront WSD et à nouveau "trinken", pendant le repas du soir bien sûr, je ne suis pas devenu une arsouille. Morphée m'attend, il ne faudrait pas que je me présente devant elle trop imbibé de bière bavaroise.

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Donnerstag (jeudi) 20/06/2019.

36,4 kms. Il a bien plu quand je me suis levé à 5h45, quand j'ai commencé à marcher la pluie a cessé pour ne plus se manifester de la journée. Matinée fraîche, après-midi à taons!

A quelques kilomètres de Regnitzlosau nous voici à longer l'ex-frontière RDA - RFA, la frontière tchèque aussi n'est pas loin au Dreiländereck.

A gauche ex borne frontière RFA, à droite le chemin de randonnée qui relie les lieux de mémoire où des gens ont joué leur destin.

Je suis passé à quelques 100m d'une tour de guet telle que celle sur la photo de droite, il me semble qu'elle sert aujourd'hui à la téléphonie mobile. Nous avons perdu notre Blaue Andreas Creuz pour suivre maintenant ceci...

Nous avons aussi quitté la Bavière pour entrer en Saxe du Sud, l'allemand parlé y est souvent difficile à comprendre bien que quelquefois cela se rapproche de l'alsacien.

En Saxe, nous arrivons dans la région touristique du Vogtland et souvent les villages et bourgs ont cette appellation comme Oelsnitz-Im-Vogtland que nous rejoignons aujourd'hui...

Forêt de sapins comme des clochers d'église !

Après les sapins des forêts saxonnes, les deux clochers d'église d'Oelsnitz-Im-Vogtland invitent à contempler le ciel...

Bien que nous voyions les clochers, la ville n'est pas encore atteinte. Les GR ont cette propension à vous faire des détours et vous êtes quasi obligé de les suivre car votre carte n'est pas assez précise et votre application, à cet endroit, vous affiche un blanc à une échelle lisible...

Vous passez par des quartiers qui vous éloignent mais qui vous évitent la circulation, par le parc de la piscine municipale où une foule de jeunesses se baigne, puis vous revenez enfin en ville. Vous avez repéré le point de départ pour le lendemain et vous vous dirigez alors vers Taltitz en jouissant du paysage urbain..

Une rue d'Oelsnitz-Im-Vogtland, bâtiments imposants, couleurs chatoyantes pour ceux qui sont entretenus.

Mais d'ici notre hébergement du jour nous avons encore 3,7 kms à parcourir, sur la rive du Talsperre Pirk (lac de retenue d'eau). La population piscicole y est importante, car nous voyons les arêtes dorsales des gros poissons cherchant nourriture. Après 36 kms de marche, nous sommes arrivés à l'Auberge de Jeunesse d'Oelsnitz-Dobeneck, une de celles qui sont disséminées sur le Chemin de l'Amitié entre les Peuples, EB dont j'ai parlé dans une étape précédente.

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Freitag (vendredi) 21/06/2019.

Le temps est à la pluie d'après la météo, une petite averse à Tipersdorf, assis sous un arbre pour manger mon petit sandwich j'ai du migrer sous l'abribus. En après-midi temps orageux, j'ai entendu gronder.

27,4 kms.

Le petit-déjeuner n'est servi qu'à partir de 8h, ce qui me fait partir à 8h41 pour rejoindre Oelsnitz/Vogtland.

Je marche bien en sécurité sur le trottoir, je vois une dame qui marche, son sac au bout du bras. Je la rattrape, et quand je viens à sa hauteur elle esquisse un mouvement de recul vers la palissade du jardin attenant, je la dépasse, et là fuse un "Ach! Ein Wanderer !" avec un sourire réjoui.

Je ralentis mon pas pour le règler sur celui de cette personne âgée et je lui parle de mon voyage. Elle en est toute admirative, s'arrête et me félicite en me serrant la main bien chaleureusement. Elle regarde mes jambes bronzées par les intempéries et me demande si elles ne me causent aucun souci... elle me dit ensuite qu'elle ne peut plus marcher bien loin avec ses problèmes de jambes à elle, mais qu'elle va en ville à pied pour l'exercice...

Quand je la quitte, elle me fait des au-revoir en agitant sa main libre!




Château et musée d'Oelsnitz/Vogtland sur le Voigtsberg.

De la terrasse du château nous avons une vue plongeante sur la ville industrieuse qu'est Oelsnitz/Vogtland...

Oelsnitz/Vogtland vue du Voigtsberg.

A travers bois et prairies, nous arrivons à Schöneck/Vogtland, station de ski très prisée au vu des installations touristiques proposées.

L'Auberge de jeunesse est en complète réfection, l'Irfa qui est un immense hôtel, fonctionne surtout l'hiver et est trop cher pour moi. J'ai réussi à trouver une Pension qui loue aussi en nuitée...

C'est bien à la Pension Rosenhof que nous sommes!

A la pension Rosenhof, il y a une collection de machine à coudre anciennes dont deux Singer de toute beauté.

Pour un revigorant repas je vais au Brauschänke, petite auberge en contrebas de la pension...

J'y mange un filet de sandre avec son riz parfumé aux herbes et une portion de choucroute revenue à la poële, sauce au raifort. Un vrai délice ! Mon verre de bière dunkel (brune) fait piètre effet, mais l'économie du pélerin est là!

Je dors dans une chambre réchauffée par le soleil de fin d'après-midi, mais au moins mon linge va sécher.

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Samstag (samedi) 22/06/2019.

Parti à 7h17 pour parcourir 34,4 kms.

Météo : nuageux et venteux, assez frais pour une fin juin. La pluie est arrivée une fois que j'ai fini de procéder aux WSD.

Aujourd'hui sera la journée des Talsperre (barrage de retenue), celle des Edelstein (pierres précieuses) et des rencontres tout aussi précieuses.

Comme je n'ai plus de carte sur mon application ADAC, ni sur Outdooractive, je décide de suivre le Kammweg (chemin de traversée du Vogtland car au moins il est super bien balisé, mon E3 l'est bien moins. J'en ai fait l'expérience avant Schöneck où j'ai dû faire quelques détours pour demander mon chemin... Le Kamm est balisé du même trait bleu sur fond blanc, est rajouté Kamm.!

Vers le lac de retenue de Muldenberg, je suis en grande partie une voie ferrée en activité...

Le Vogtlandbahn sur sa voie unique.

Avec la Deutsche Bahn, la compagnie nationale allemande des trains, les Régions ont maintenu les petites voies ferrées comme cette voie ferrée de montagne.

Talsperre de Mundelberg.

En contrebas du barrage est le village de Mundelberg. Il est bien spécifié sur les panneaux explicatifs que ces installations sont destinées aussi à stocker de la "Trinkwasser" (l'eau potable).

Un ruisseau coulant vers le lac de Mundelberg ?

Ce ruisseau (photo ci-dessus) semble s'écouler vers le lac de Mundelberg, il est coloré par les roches environnantes, des schistes micacés ferrugineux...

Nous entrons dans une forêt montueuse où les frères Grimm auraient pu localiser le conte de Blanche Neige, car les 7 Nains y auraient trouvé du travail de mineurs. Le Schneckenstein en est un petit exemple...

Bernd, animateur et guichetier au Schneckenstein.

Le Schneckenstein est un lieu géologique tout à fait particulier: une poussée de granite (roche plutonique) est venue au contact de roches métamorphiques (des schistes de contact), entre les deux une cristallisation importante s'est opéré au fil des millénaires, cela a donné une roche bréchique composée de minéraux rares, comme le cristal de roche, le topaze, la tourmaline, etc... Bernd (Bernard en Allemand) l'explique très bien à Bernadette, Matthäus son compagnon et à Bernard Euromarcheur. Et de plus Bernd parle un excellent français... Il traduit à Matthäus les explications de mon voyage et exprime son étonnement par des "es ist ganz verrückt!” (c'est complètement fou!), et j'ajoute que c'est une jolie folie qui me permet de rencontrer des gens tels que Bernd, etc

Bernadette, Matthäus et Bernard sur le Schneckenstein.

Je ne peux pas trop m'attarder car les kilomètres sont encore devant moi... J'ai tout de même appris qu'il n'y a au Monde que deux endroits où ce phénomène géologique s'est produit, en Australie et au Schneckenstein en Allemagne. Le gisement allemand a produit un topaze qui orne la couronne d'Elizabeth II d'Angleterre!

Long parcours en forêt où le E3 et le Kamm font cause commune puis se séparent.

Les panneaux indicateurs de directions sont très nombreux en forêt, les autorités ou les associations s'occupant du tourisme pédestre et cyclo sont très industrieuses, ainsi la plupart des poteaux sont protégés des intempéries par une toiture qui rappelle certains crucifix dans la campagne.

Nous arrivons à l'étape et le cœur danse de joie dans mon petit corps !

C'est bien la Gasthaus Talsperre de Carlsfeld puisque le barrage est là.!

Je vais tout de même vérifier si l'écriteau confirme ma joie intérieure...

Je suis bien arrivé, je me fais connaître, la personne vérifie elle aussi que je suis bien attendu et me donne ma clé en me souhaitant un bon séjour à Carlsfeld. Je suis sous les toits, avec une grande baie vitrée. Je procède aux opérations WSD avant que d'aller boire un coup. Une fois finis les lavages, vidages et douchage, il se met à tomber une de ces averses dont les énormes gouttes frappent les vitres et éclatent sur le sol asphalté de la route en grosses éclaboussures.

Tout à l'heure mon cœur battait peut-être de peur, prémonition de recevoir ces seaux sur la figure ! Il pleut donc à seaux!

Repas du soir fait de deux délicieux filets de hareng avec une sorte de préparation de pommes de terre cuites à l'eau mais encore très croquantes, sauce rémoulade (Remoulade Sausse) et salade mélangée (Gemischtersalat).

Après ce si bon repas la nuit est bonne, les Englein (angelots) peuvent m'emporter vers le monde des rêves...

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Sonntag (dimanche) 23/06/2019.

18,5 kms. Alternance nuages - éclaircies, petit vent frais.

Comme c'est une petite étape, je prends mon temps pour le petit-déjeuner et commence ma journée de marche vers 8h45.

Nous passons tout d'abord par le barrage du Grosser Kranichsee et nous nous enfonçons directement en forêt sur les hauteurs, autour de 800m.

Le E3 est valorisé à plusieurs reprises mais avec un peu d'exagération, car il ne fait certainement pas 8000 kms de long. Peut-être pour moi qui m'égare de temps en temps: je ferai le compte à Annaberg-Buchholz.

Nous voyons quelques incohérences sur les signalisations, pour une même direction suivie de concert, les distances ne sont pas les mêmes...

Il me semble que l'on suit le même chemin E3 et Kamm.

Il y a d'autres choses en forêt que les indications, les perles de pluie "venues de Pays où il ne pleut pas"...

Les haies d'honneur organisées par une Nature bienveillante avec l'aide de "sacrés lupins"...

Et n'oublions pas que nous sommes dans le pays des nains et que le merveilleux est là, partout...

Tiens! Un cep énorme dans un myrtillier !

Jusqu'à Wildenthal, nous avons suivi un petit canal aménagé par l'homme, il courre le long d'une courbe de niveau sur environ 2 kms avec un bon débit. Va-t-il alimenter un moulin avec sa roue à aubes? Nous ne le saurons pas. Toujours est-il que je regarde fréquemment dans ce cours d'eau si clair pour voir si ne brille pas un minéral quelconque, une pierre précieuse libérée de sa gangue par l'usure continue de l'eau courante...

Nous descendons à Wildenthal pour mieux remonter ensuite et là c'est du sérieux car l'Auersberg culmine à 1021m...

Tour de l'Auersberg.

De ce sommet nous pouvons voir Sosa où nous nous rendons...

Vue plongeante sur Sosa et son lac, de l'Auersberg.

Sur le chemin vers Sosa, nous rencontrons des inséparables qui font un Bu-Fi-Bu...

Inséparables : le seul exemplaire d'un arbre BuFiBu (Buche-Fichte-Buche) (hêtre-épicea-hêtre).

L'épicéa est bien embrassé et embarrassé peut-être !

Épicéa bien embrassé mais qui vit à la canopée...

Sosa et son Auberge "Am Schützenhaus"! C'est le premier village où je vois autant de garnitures de maisons, le métier est un prétexte à garnir, le numéro de rue, l'histoire de la maison...

Maison d'un ancien laboureur à Sosa.

En voici d'autres...

Garnitures de maisons à Sosa.

Mais ce n'est pas tout de bayer aux corneilles, il faut se présenter à l'auberge...

Michael Preiss finit le service de midi avec sa femme Corinna (Führerin de l'établissement). Michael me dit bien qu'il ne sert pas de repas ce soir car le restaurant est réservé, qu'il y a une autre Gaststätte d'ouverte mais avant une certaine heure que je n'ai pas bien comprise, on est dimanche.

Après mes opérations WSD, je fais une petite sieste car cette longue montée à l'Auersberg m'a fatigué. A 17h30 je sors manger et boire, je vais voir au petit Café-Imbiss ce qu'il propose... pas assez consistant pour un marcheur, je vais à la Gaststätte Fröhlichgut, il est 17h36 et elle est fermée depuis 6 minutes. Je ne me souviens pas qu'il y a la Gaststätte Zur Sturm et retourne au petit Café-Imbiss qui va fermer dans 10 minutes. Les dames sourient et veulent bien me servir une soupe qui tient dans un tout petit bol et une assiette avec deux knacks, un toast coupé en deux, moutarde et ketchup... Et bien je vais me contenter de ce repas plus ou moins frugal, je vais tout de même prendre un bout de gâteau genre Forêt-Noire.

Je vadrouille un peu pour profiter de la fraîcheur qui tombe et voit ce monument, où plutôt cette grande stèle...

3/10/1990 jour de la Réunion des deux Allemagnes. "Nous sommes un seul peuple".

Je m'en reviens à mon auberge, prépare mon sac pour demain et tombe dans les bras de Morphée après m'être bien brossé les quenottes, elle n'apprécie du tout les dents sales...

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Montag (lundi) 24/06/2019.

27 kms. Temps clair, chaud à découvert, la forêt a du bon.

Comme je me suis présenté plus tôt que 8h au petit-déjeuner et que je suis seul à colationner, le temps que le patron me prépare cela, je prends quelques photos de cette auberge historique...

Salle de restaurant à la Gaststätte Am Schützenhaus.

Un sanglier et un renard sortent la tête du mur et lorgnent sur mon assiette de charcuterie bien fournie.

Je quitte l'auberge vers 9h pour rejoindre Grünstädtel, à 27 kms de là environ. Parcours en forêt avec les panneaux indicateurs...

Après Morgenleithe je décide d'écourter le circuit E3 pour suivre le Kamm jusqu'à Schwarzenberg-Im-Erzgebirge. Bien m'en a pris car sinon l'étape aurait dépassé les 35 kms si ce n'est plus.

E3 chemin de grande randonnée (parcouru par des petits fous comme moi!)

Nous arrivons à Schwarzenberg-Im-Erzgebirge qui est comme la capitale de ces montagnes. Une belle petite ville ma foi!

Mairie de Schwarzenberg-Im-Erzgebirge. En premier plan, la fameuse BMW des gendarmes motards de la route.

Mais dans ma précipitation de finir mon commentaire d'étape j'ai oublié de vous montrer un bijou bien conservé ...

Vous ne devinerez jamais ce que c'est comme voiture! Un Coupé Trabant cela existe-t-il ?

J'ai peut-être eu la berlue, elle est bien moderne pour une Trabant???

Mais revenons en ville!

Château de Schwarzenberg-Im-Erzgebirge.

Les métiers ici aussi s'affichent...

Maison d'un ancien apothicaire (Apotheke = pharmacien}

Je sors de ville pour rejoindre la campagne, le cagnat est d'une chaleur à vous cuire sur place... encore quelques kilomètres pour rejoindre Grünstädtel, ce qui nous ramène au sud...

Je suis accueilli par Madame Neitsch qui , comme c'est ruhetag (jour de fermeture) a affiché l'attribution des chambres. Je suis dans la 1, au bord de la petite rivière. Je procède à mes WSD, suspend mon linge au fil à linge de l'auberge, le petit vent et la chaleur le feront vite sécher.

Puis je vais en quête de pitance et aboutit chez un chinois ou vietnamien qui propose du Pho Ba. Je choisis ce plat de soupe, c'est excellent et bien parfumé aux herbes. Je le dévore aux baguettes et épuise le liquide à la cuillère.

Je rentre, reprends mon linge, prépare mon sac et dort du sommeil du juste!

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Dienstag (mardi) 25/06/2019.

19,6 kms. Départ 6h44, temps ensoleillé toute la matinée, chaud avec un petit vent désséchant.

Aujourd'hui nous rassemblons deux étapes pour rejoindre au pas de charge Annaberg-Buchholz et prendre le train de 12h04 pour Berlin où je vais me reposer jusqu'à dimanche 30/06.

Je pars donc à 6h44 et j'arrive à Annaberg-Buchholz à 11h, le temps de trouver la gare, de faire tamponner ma crédenciale dans une station service ESSO et je suis à attendre mon train.

De Grünstädtel, j'ai suivi des petites rues de bourgades avec trottoirs, des petites routes peu fréquentées en passant par Raschau, Markersbach et Schlettau où je n'ai rien trouvé à me loger, puis j'ai suivi des chemins de randonnée plus direct que le E3 qui m'ont amené à Buchholz, puis à la gare d'Annaberg-Buchholz Mitte où un omnibus me conduit à Flöha, une seule ligne, les trains se croisent dans les gares, il y en a presque toutes les heures.

À Flöha un train régional m'amènera à Dresde, puis un EC à Berlin. Le dimanche 30 juin je reviens à Annaberg passer une nuit, le 1er juillet je suis de nouveau sur les chemins.

Vue d'Annaberg-Buchholz.
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Montag (lundi) 01/07/2019.

Je suis arrivé à Annaberg-Buchholz hier dimanche et j'ai ré-entraîné mon corps pour les étapes éprouvantes des jours suivants. Je suis parti de la Pension Clärchen pour voir la plus belle église d'Annaberg-Buchholz...

La grande église d'Annaberg-Buchholz.

Pour rejoindre cette église, cela monte déjà bien. De toutes les façons dans cette ville on monte ou on descend à moins de repérer les courbes de niveau urbaines et de les suivre...

Entrée de l'église St Annenkirche à Annaberg-Buchholz.

Sur la photo ci-dessus nous voyons bien comment la rue est en pente, celui qui veut monter moins de marches prendra par la droite, 6 marches en moins... C'est une église de type roman-prégothique quand nous la regardons de l'extérieur, elle est massive et belle de sa sobriété. L'intérieur que nous ne pouvons pas photographier est d'une laideur par surabondance de peintures et dorures baroques, du moins c'est mon humble avis.

Je grimpe ensuite vers le sommet du Pöhlberg à 832m d'altitude, nous y avons une superbe vue sur Annaberg-Buchholz...

Annaberg-Buchholz vue du Pöhlberg.

Sur la vue ci-dessus, nous distinguons très bien le grand clocher de l'église St Annenkirche et la grande roue de la foire. Mais le Pöhlberg a un autre intérêt, c'est le reste d'un volcan du Jurassique qui a l'époque déversait des coulées de laves basaltiques que nous pouvons voir sous la forme d'orgues basaltiques qui ne sont pas aussi beaux que ceux que j'ai pu voir en Islande...

Orgues basaltiques du Pöhlberg.

La descente est assez pénible en sandales! Qu'est-ce que je ne fais pas pour aérer mes petits petons !

Lundi 1er juillet, étape de 26 kms. Temps un peu lourd dès le matin, temps à taons toute la journée, j'en ai écrasé ou chassé des dizaines.

Remontée vers le Pöhlberg mais pas jusqu'au sommet, nous rejoignons le village de Geyersdorf où nous redescendons tout ce que nous avions monté précédemment vers le gros ruisseau Pöhlbach. Et remême toutim, nous regrimpons pour atteindre 650m à Mildenau. Nous y avons une belle vue sur l'arrière du Pöhlberg...


Le Pöhlberg vu de Mildenau avec sur la droite Geyersdorf qui descend vers le val du Pöhlbach.

De Mildenau nous rejoignons Mauersberg et sa belle chapelle...

De beaux chemins pavés (pavés autobloquant) nous font grimper pour mieux nous faire redescendre vers le val du Pressnitz à 470m et derechef nous refaire grimper 200m par le petit village de Schindelbach où se tient un petit établissement de la Blaue Creuz allemande (un établissement de santé). J'y ai été interpellé par une dame qui me demandait très poliment si ça ne me dérange de lui expliquer où je vais aujourd'hui et d'où je viens, et toutes les questions que soulèvent un tel voyage... Une dame plus âgée s'est jointe à la conversation, je remarque bien que c'est pour m'aider à couper court et à pouvoir continuer ma marche... La première dame insiste pour me faire entrer et pouvoir me donner de l'eau fraîche... Je me retire avec moults au revoir et reçois toutes sortes d'encouragements...

De Schindelbach à Grossrückerwalde ce n'est que de la petite route avec quelques arbres qui nous offrent leur ombre rafraîchissante, mais sous cette ombre aucun banc, tous sont au soleil !!! Sur 4 kms au moins et il se fait midi, et j'ai absolument besoin de sécher l'intérieur de mes chaussures, mes chaussettes et les petits petons. À Grossrückerwalde, un abribus m'offre un banc bancal. Je m'y précipite et aère tout cela.

J'ai encore 10 kilomètres à parcourir à travers les anciennes mines... Les Allemands de RDA (DDR) roulaient en Trabant...

Mais fournissaient les Russes en Uranium...

Mine d'uranium de Bergrund.

Sur les pentes du Pöhlberg, comme sur celles du Drei Brüder Höhe, les hommes ont creuser la roche pour en extraire des minéraux : argent (Silber), cuivre (Kupfer), Uranium (Uran)...

Début de puits de mine voûté.

Ce puits de mine part en pente, la galerie a été voûtée, nous voyons une première voûte, moi j'ai pu en voir une deuxième un peu plus dans l'ombre.

Nous atteignons enfin le Drei Brüder Höhe vers 14h, procédons à nos opérations WSD puis allons chercher une bouteille de bière au restaurant du Berghotel DBH pour le T de Trinken (boire). Après un bon repas de soupe de champignons, Eisbein (jarret de porc) avec sa sauce au raifort, sa choucroute, ses pommes vapeur et sa moutarde... Morphée m'emportera pour sûr au paradis des rêves.

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Dienstag (mardi) 02/07/2019.

26 kms. Temps couvert à éclaircies, vent très frais, par rapport aux autres jours il fait presque froid.

Départ de l'hôtel DBH (Drei Brüder Höhe) à 7h31. Le Frühstück est servi tôt car des travailleurs logent à l'hôtel. Buffet bien fourni, je me suis restreint un peu et pourtant j'aurais bien pris, en plus de mes trois brötchen, un grand bol de céréales avec fruits secs et vrais fruits, mais le temps prend le pas sur les désirs, je ne sais pas de quoi est faite l'étape... Et en fin de compte je pouvais lambiner, je suis arrivé à la Gasthof Bergschänke à 14h.

Sur le plateau des Drei Brüder Höhe il y a des éoliennes de tailles différentes et une grue aussi haute qu'une éolienne...

La perspective est trompeuse car les éoliennes à bandes rouges sont bien plus grandes que les vertes.

Ces éoliennes je les verrai presque toute la journée, elles sont là comme pour me dire "tu vois les kilomètres que tu aurais économisés en allant tout droit"...

Je suis des chemins de campagnes qui sont faits pour faire circuler de gros engins comme des chars ou d'énormes tracteurs...

Bandes bétonnées faites de plaques sur des kilomètres... Photo prise à contresens car je vais vers l'Est...

Après Lauta, c'est Lauterbach avec sa grande chapelle du cimetière...

Mehrkirche du cimetière de Lauterbach.

Nous entrons dans la zone où sont extraites les roches de "Serpentine" dont voici un exemplaire à Lauterbach...

Roche de Serpentine, le centre de la roche a été poli.

Quand j'écris roche de Serpentine, ce n'est pas tout à fait vrai car la Serpentine n'est pas un minéral stricto sensu, c'est un groupe de minéraux issus des silicates qui ont dans leur composition du magnésium, du fer, nickel, aluminium avec SiO5 et des ions oxydryles (OH), ils ont des couleurs très variées du blanc au noir en passant par des verts pomme , des gris, des bleus, etc ils sont facilement taillables pour la bijouterie et la sculpture... Ici nous avons affaire à une variété tirant vers le noir. J'invite les personnes intéressées à consulter Wikipédia en cherchant Serpentine.


Ruines du château Niederlauterstein.

Après les ruines du Niederlauterstein qui se trouvent en fond de vallon, c'est assez étonnant pour une position de place forte, nous traversons une voir ferrée en activité, passage réservé aux seuls piétons...

Nous arrivons à Zoblitz où il y a un orgue Silberman que je ne peux voir car l'église est fermée, mais je l'ai un peu entendu car quelqu'un e joue. De rage j'ai transformé le "Pfarr" (le curé) en statue de bois...

Je m'en suis allé vers le Morgensternhöhe qui culmine à 711m...

De là nous avons une vue superbe...

Vue sur Zoblitz du Morgensternhöhe.

Ce sommet est assis sur des couches schisteuses qui font la pente que nous voyons...

Ensuite des prairies où le randonneur s'y retrouve grâce à des balises E3...

Puis la forêt jusqu'à Rübenau avec des chemins empierrés de Serpentinite noire..

Trois Serpentinites noires et veinées, parmi de belles pierres de schistes micacées au possible.

Et pavés de schistes micacés brillant de tous leurs feux...

Cailloux de schiste micacé.

J'arrive donc à la Gaststube Bergschänke à 14 h, procède aux opérations WSD, vais suspendre mon linge au vent en même temps que la tenancière avec qui je discute de tout et de rien, il faut dire que c'est Rachel qui a réservé pour moi... Je vous laisse car Morphée m'attend. A demain donc!

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Publié le 5 juillet 2019

Mittwoch (mercredi) 03/07/2019.

31,6 kms. Temps très frais nuageux avec vent du Nord à décoiffer les bretonnes.

À la Gaststube Bergschänke j'ai réussi à m'imposer pour un petit déjeuner dès 7h et non 8h comme les quatre randonneuses avec qui je n'ai échangé que des salutations...

Départ 8h pour une longue étape où la forêt occupe la quasi totalité du parcours. Il n'y a que les agglomérations qui ne sont pas forestées... Olbernhau, Neuschöneberg, Seiffen et Neuhausen/Erzgebirge.

Dans toute cette forêt je n'ai rencontré que des bûcherons dont le premier groupe attend en sommeillant dans les voitures (3) ou en fumant sa clope. Cela les a surpris de voir un marcheur solitaire de si bon matin. J'ai rencontré un escarpement rocheux avec qui j'ai échangé sur l'appel du vide...

De l'escarpement des Strössfelsen (683m), vue sur le val du Natzschung qui fait frontière avec la Tchéquie.

Sur la photo ci-dessus il y a comme deux raies dans la coiffure forestière de la vallée, la route et la rivière...

Des objets inanimés communiquent avec moi, ce sont bien sûr les signes de l'itinéraire, "prends donc à gauche !", "à droite Mr le Wanderer", "non ici c'est le EB, pas le E3..." Je les salue souvent, je leur fais un petit signe de la main, surtout quand ils me rassurent...

Voilà un poteau indicateur bien fourni en itinéraires.

Et la journée se passe, les kilomètres défilent, les oiseaux chantent leurs chants d'oiseaux, les fourmis s'affairent en longs défilés, les framboises grossissent et commencent à prendre leur couleur rose tendance violet, les "brimbelles" (myrtilles) la leur bleu-nuit,... Je n'ai plus que 11 jours de marche, je les laisserai donc aux autres promeneurs gourmands.

A 15h j'arrive enfin à l'Auberge de Jeunesse de Sayda où je suis bien accueilli par Madame Ulrike F.

Cinq classes d'enfants de Grundschule (Primaire) sont en séjour avec leurs enseignants, cela fait de l'animation comme la peuplade avicole dans la forêt.

Pour que je sois au calme, Ulrike m'a réservé une unité de trois chambres de trois lits avec WC et douche, comme une suite... Il faut en profiter pour ressourcer mon compagnon "mon corps" qui en a bien besoin pour la journée de demain... Bonsoir Morphée !

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Donnerstag (jeudi) 04/07/2019.

37 kms. Temps ensoleillé et sec avec un Eole qui souffle du Nord et assèche l'atmosphère.

Au petit-déjeuner j'ai changé de place et quand sont arrivés les enfants j'ai presque terminé. Trois jeunes garçons qui étaient assis à cette table hier soir ne se sont pas démontés et sont venus s'asseoir avec moi. Il y a eu quelques échanges par le fait qu'à côté de nous se trouve un panneau où "bon appétit" est écrit en plusieurs langues. Le garçon à ma droite a lu "dobrá chut' k jídlu" et je lui ai dit que c'est du tchèque. Un garçon d'une table voisine, vraisemblablement intéressé par ce que je viens de dire, vient à notre table et me demande si je suis tchèque ! Déçu que je sois français, il retourne à sa table... Pour celui qui est à ma droite j'écris bon appétit. Il veut garder le papier...Mais il faut que je parte car j'ai une longue étape à parcourir et aucun gîte pour ce soir.

Départ 8h10 de l'Auberge de Jeunesse, je prends le raccourci que j'ai repéré sur la carte et rejoins le GR Kamm, car le E3 suit ce dernier la plupart du temps. Naturellement, dès le début nous sommes en forêt et dans cette dernière œuvre des Forstbetrieb Arbeiter (des bûcherons)...



Deux camions de chargement de grumes...

Je ne passe pas entre les deux camions et prends la berme où les deux camionneurs discutent la façon de s'y prendre pour charger les grumes de sapins, je leur fais un très fort "Hallo" pour qu'ils remarquent que je suis là et je leur montre que je passe entre les deux camions.

Je sors de la forêt à Creuztanne où se tient un hôtel 4 étoiles qui a une immense aire de jeux où s'ébattent des enfants et j'y re-entre 50m plus loin. Nous passons par la Clausnitzerhütte qui nous annonce que nous ne tarderons pas, après quelques kilomètres, à atteindre Clausnitz...

La Clausnitzerhütte 2kms avant Clausnitz.

De Clausnitz à Bienenmühle, nous sommes en zone agricole extensive, nous suivons une toute petite route et de loin nous voyons un groupe d'enfants accompagnés d'une encadrante qui nous regardent moi et mon corps. Je pense que l'encadrante doit les préparer à me poser des questions ! C'est bien la première fois que cela va arriver et pourtant j'en ai rencontrés des groupes scolaires, je me souviens de cette classe qui bloquait le passage après Saarburg avec son instituteur au milieu, ce dernier m'a fusillé du regard quand j'ai demandé le passage aux enfants.

J'ai pris la mine réjouie et ai salué par un "Guten Morgen", les enfants m'entourent déjà et l'encadrante me touche l'épaule pour me demander d'où je viens, etc... Les questions des enfants fusent: où j'habite en France, quand j'arriverai à Prague, qu'est-ce que je mange à midi, où je dors, etc...

Classe du Kindergarten de Clausnitz, c'est vacances et le Kindergarten (maternelle) sert de centre aéré.

Une petite rencontre éphémère mais qui donne chaud au cœur. Les enfants de loin me font encore des signes de la main...

Plus loin, une autre classe, mais l'encadrante a fui la rencontre pour s'enfoncer avec ses élèves dans un champ de colza...

Une laie avec ses cinq marcassins.

Après la traversée de la petite agglomération de Rechenbrg-Bienenmühle, nous retrouvons la forêt avec le EB pour à nouveau compagnon de route, nous le quittons pour le retrouver plus loin...

Chemin international de l'Amitié, Eisenach - Budapest, 2690 kms.

Intermède : Mon compteur kilométrique !

La re-rencontre avec le EB me fait penser à mes kilomètres à moi: à ce jour j'en suis à avoir marché 2079,45 kilomètres, il me reste 10 étapes pour arriver à Prague tant désirée...


Dans le ban communal de Neuhermsdorf nous empruntons la "Hochzeitsallee" (l'allée des mariages)...



Mariage d'Adélaïde et Michael et leur noces d'acier.

Certains plantent un arbre, la plupart même...

Hochzeitsallee sur la commune de Neuhermsdorf, le long de l'ancienne frontière avec la Tchéquie.

Cette Hochzeitsallee se poursuit sur deux bons kilomètres.

Encore quelques 10 kms et nous serons arrivés à Altenberg où nous devons trouver à nous loger.

Fontaine à eau ferrugineuse à l'entrée d'Altenberg.

En entrant dans Altenberg, je vois une Gasthof-Pension, malheureusement elle est fermée aujourd'hui ! J'arrive sur la place de la gare et y voit un bureau d'information touristique. Je m'y rends et y expose mon problème de logement. Madame Ina Morgenstern me reçoit avec le sourire et interroge son ordinateur qui trouve une chambre à 29€ avec Frühstück à la Pension Pencik, elle y téléphone et discute avec la personne de la Pension. C'est OK ! Ouf!

J'ai marché 37 kilomètres et je suis logé à la Pension Pencik qui est à deux pas...

Repas kebab et dodo!

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Freitag (vendredi) 05/07/2019.

27 kms. Temps couvert avec pluie que je voie tomber plus loin, nous y avons échappé . Vent nous a chassé les nuages porteurs d'humidité.

Altenberg nous dit au revoir avec l'humour grinçant des chariots de mine...

Nous contournons le Mont Geising avant que de passer à Geising même. Du Geisingberg nous avons une vue superbe sur cette localité...

Vue sur Geising prise du Rundweg au Geisingberg.

A Geising, dans un jardinet j'ai trouvé des "vieux" à qui j'ai proposé de venir marcher, non! ils m'ont regardé passer sans même un sourire...

Ce ne sont pas des nains mais des vieux de jardin.

Nous suivons pendant un kilomètre environ la voie ferrée unique qui dessert les petites bourgades de la région "Ost-Erzgebirge", puis nous ascendons pour descendre dans le val où se trouve Lauenstein...

Lauenstein, entrée du musée. Vous pouvez remarquer combien les rues pavées sont pentues.

De la Grand-place nous descendons des rues pavées et il y a un escalier qui doit mener tout en bas où se tient une fête avec chorale d'enfants qu'un Monsieur écoute avec intérêt, il est debout avec quelque chose dans une main. Les signes du chemin ne me mènent pas par là, je suis bêtement les signes... Si je regarde ma carte je peux prendre l'escalier et rejoindre par une petite sente...mais c'est après que je le remarque car je passe au-dessus de la fête...

Un groupe de fleurs chante la nature.

Je m'en vais mon chemin vers Liebenau qui est encore une autre vallée. A l'entrée du village, une immense ferme héritée du système des fermes d'État d'avant 1989, nous sommes en Allemagne de l'Est...

La grande ferme de Liebenau : bureau et techniques (bât.jaune), stabulations, granges diverses, ensilage et énormes méthaniseurs.

J'ai entraperçu des vaches dans l'énorme stabulation, mais aucun meuglement, elles doivent être bien nourries au moins. Cela fait penser à la ferme des "mille vaches"...

Nous côtoyons la frontière Tchèque, nous suivons une ancienne voie de poste entre Dresde et Teplitz...

Point de frontière sur notre chemin à gauche. "Stará Postovka" vieille voie de poste à droite.

Et arrivons à la rivière Gottleuba que nous suivons jusqu'à notre étape du jour, Bad-Gottleuba. L'autoroute qui va vers Prague enjambe cette rivière qui n'est encore qu'un gros ruisseau...

L'autoroute vers Prague enjambe la Gottleuba.

Nous suivons la rivière d'accord mais nous pouvons encore monter en forêt pour voir comment les "Bienen" (les abeilles) travaillent...

Multi-ruchers ambulant. Il y a autant de ruches de l'autre côté.

La Gottleuba et ses affluents viennent remplir un lac de retenue, à mon passage le niveau en est bien bas, vers l'amont la rivière se fraie un passage parmi les alluvions par elle-même déposées.

Nous arrivons à la Gasthof Hillig vers 16h, procédons à nos opérations WSD, puis nous dirigeons vers la salle de restaurant pour "Trinken" (boire) et manger.

Le Markt (place du marché) à Bad-Gottleuba. Au fond la Gasthof Hillig.
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Samstag (samedi) 06/07/2019.

33,5 kms. Temps ensoleillé toute la journée, menace d'orage en fin d'après-midi.

Dès 7h je collationne, je suis tout seul dans la salle de restaurant et je peux m'empiffrer à l'aise, j'aurai bien besoin de toutes les calories avalées pour aller jusqu'à la DJH de Bad-Shandau. Il y a même un grand saladier de fraises!!!

Je quitte donc Bad-Gottleuba à 8h45, passe à la Sparkasse pour tirer quelques sous et prends le chemin au fond du village pour rattraper mon GR qui ne descend pas jusqu'au Markt. Aujourd'hui comme tous les jours nous passons d'une vallée à l'autre, comme un loup sorti du bois je cours vers Markersbach, traverse tout le village le long du ruisseau et remonte pour passer dans la prochaine vallée.

Markersbach dans le fond de son vallon. Pente à descendre et à remonter.

La prochaine vallée c'est celle des Sachsenfelsen, entendez des falaises saxonnes!

Sachsenfelsen dans la vallée qui mène à Bielatal.

Sur les versants des deux rives, des falaises de grès impressionnantes, ce qui n'empêche pas le train de circuler...

Train miniature de la vallée de Bielatal.

Dès la sortie du village de Bielatal, nous entrons en forêt par un chemin forestier qui est comme une route, c'est-à-dire sol dur qui n'est pas bon pour les jambes... Mon corps ne me laisse pas tomber et affronte la difficulté sans broncher. Nous commençons à voir les remparts de la forteresse de Königsberg...

Königsbergfesten (remparts de Königsberg).

Puis, plus loin, nous les voyons un peu mieux...

Königsberg est une forteresse à la Vauban, impressionnante de puissance !

Entrée payante de la forteresse de Königsberg.

Il n'est pas question de visiter car nous n'avons pas le temps, les Seigneurs du lieu ne nous hébergent pas! Nous descendons au pas de course vers Königsberg au bord de l'Elbe et nous recherchons de quoi marcher sur l'eau...mais bon sang, mais c'est bien sûr ! le bac est le moyen le meilleur pour marcher sur l'eau, je l'ai déjà expérimenté à Caminha et à Kaub, il suffit de marcher sur le pont...

Königsberg est de l'autre côté

Et maintenant je longe l'Elbe en remontant la rive droite par Prossen et Rathmannsdorf. J'arrive enfin à Bad-Shandau et me rends au point information tourisme pour savoir exactement où se trouve l'Auberge de Jeunesse. Il faut que je prenne l'ascenseur (Aufzug) car prendre la route est beaucoup trop long, nous pouvons souligner que l'ascenseur est la propriété de la VVO (Compagnie de chemins de fer des Ost-Erzgebirge) qui est une filiale régionale de la Deutsche Bahn (DB)....

Le Markt à Bad-Shandau.

Je vais plus loin prendre l'ascenseur pour Ostrau...

Aufzug (ascenseur) pour trouver un chemin pour Ostrau où se trouve l'Auberge de Jeunesse.

De là-haut nous avons une belle vue...

Vue sur Bad-Shandau de la terrasse de l'Aufzug .

Mais Ostrau n'est pas encore atteint, un long chemin en escalier de 2 kms nous y amène, heureusement qu'il y a une rampe, je peux donc me tirer. Il y a comme de la fatigue dans l'air ! Allons mesurer cela..

Ai-je maigri?

Mon doux miroir, ai-je maigri? Regardez-vous Monseigneur ! Vous voyez bien que vous êtes replet.

Ai-je rapetissé après tous ces efforts pour monter cet incroyable nombre de marches?

Vous voyez bien Monseigneur que grand et droit comme un cierge pascal.

Le doux miroir se fait alors engueuler comme du poisson pourri car le Monseigneur dit qu'il ne peut être replet et cierge pascal en même temps ! Et le Monseigneur fut transformé en nain pour sa punition!

Bien fait pour lui! Na!

Enfin la DJH, un lit, deux douches pour les hommes de l'étage, deux autres pour les femmes qui sont les plus nombreuses et une seule chiotte par sexe... J'ai dû négocier à la "rezeption" pour pouvoir manger l'Abendbrot (le dîner) et faire enlever la Zuschlag de 10€ car ce n'est pas moi qui ai demandé l'Einzelzimmer, ce sont eux qui m'y ont mis... Dans mes réclamations j'ai été aidé par une femme autrichienne mariée à un breton du Finistère.

Enfin la paix de la nuit! Elle est comme la paix de la forêt quand ne rugissent pas les machines des hommes. Morphée est la bienvenue!

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Neděle (dimanche) 07/07/2019.

22 kms. Temps couvert et frais, il a plu jusqu'au matin donc gouttes de ressuyement des feuilles et aiguilles.

Petit-déjeuner avec Friedhelm (71 ans) qui est venu s'installer à ma table, il croit que je suis tchèque et je me dois de le détromper. Nous nous racontons nos voyages respectifs, lui à vélo quand il était jeune avec sa femme, d'auberge de jeunesse en auberge de jeunesse, maintenant à moto et seul, il ne m'a pas dit ce qu'il est advenu de son épouse... Il s'appelle Friedhelm donc et m'a expliqué que son père voulait Friedrich et sa mère Wilhelm, ils ont opté pour ce compromis.


Friedhelm de Hambourg.

Démarrage à 8h21 pour une journée de promenade touristique car je suis un promeneur parmi les promeneurs ! Nous sommes donc en Bohême, dans le massif des Elbsandsteingebirge (grès). Dépôts sableux d'une mer Crétacé datant de 100 Millions d'années qui peuvent atteindre jusqu'à 600m d'épaisseur.

Nous entrons par un escalier dans le royaume du grès cénomanien.

Que la visite commence...

Kleine Schrammtor. (Petite porte Schramm)

Le degré plus loin est...

Grosses Schrammtor.

Nous nous sentons tout petit à parcourir des paysages comme ceux-ci...

Début d'une escalade d'escaliers ou d'échelles très raides, malaisés à grimper avec sac à dos et besace !

Et pourtant je l'ai grimpé en jurant que l'on ne m'y reprendrait plus...

Vue sur la vallée de l'Elbe avec le Gross Winterberg à gauche. (370m où nous sommes, l'Elbe est à 120m)

A l'autre bout du petit plateau, la descente ne se fait pas par échelles car la pente est plus douce. J'ai assez donné dans la Suisse Saxonne et je décide de ne pas aller au Gross Winterberg pour gagner 1h30 sur mon tableau de marche, Hřensko à midi... Sur cette partie du parcours j'ai rencontré une famille parents et trois enfants, sur le point de vue où il y a les échelles, je pense qu'ils sont montés comme moi avec leurs sacs à dos et leurs tapis de sol! Ils sont heureux et souriants.

Je descends vers Schmilka et prends la route vers la frontière tchèque...

L'ex-frontière, les bâtiments sont toujours là.

Je suis encore là route, coincée entre les falaises de grès et l'Elbe, et j'arrive à Hřensko qui est un immense marché de boutiques tenues par des asiatiques où les badauds touristes font emplettes...

Une des très nombreuses boutiques le long de la seule rue de Hřensko.

A partir de là je suis le chemin de l'Amitié (EB, bande rouge sur fond blanc), le logo E3 y est quelquefois ajouté

Afin de retourner dans le palais du grès nous sommes obligés de prendre la route encombrée de voitures sur 2 kms au moins, les chalands ne manquent pas pour le marché de l'habillement, de la chaussure, des bijoux et montres, souvenirs, gadgets en tous genres, alcools et autres spiritueux...les "chinois" vous vendraient la lune!

Le monde à Hřensko et le monde sur le chemin vers la Prebishtor que je n'ai pas vue . Les "Dobrý den!" (bonjour) fusent à mon égard et je réponds par dobrý den pour ne pas me distinguer.

Un arbre collé d'amour à la roche, les racines qui frétillent dans le sable!

Les chemins sont comme à Fontainebleau, ensablés et difficiles à marcher. Le sable varie du gris au fauve, il est quelquefois bien jaune comme s'il avait été souffré. Sable et aiguilles de sapin font aussi bon ménage pour vous faire glisser quand ils stationnent sur la roche où vous posez le pied.

Chemins blancs de sable.

Les nombreuses enfractuosités dans la roche gréseuse peuvent être des refuges diurnes pour chauve-souris...