Carnet de voyage

Esther à New York

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Mes aventures à l'université de Columbia dans la ville de New York ! + Esther VS mémoire de master 2
Du 12 janvier au 20 mai 2020
129 jours
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Publié le 11 janvier 2020

Bon voilà, je pars demain. J'vous avoue que c'est un peu le stress. Heureusement que mes frangins sont là pour m'aider à vérifier que je n'ai rien oublié. Dans la liste, il y a "sandwich au jambon". Hum. Ils sont sympa quand même.

J'ai un peu peur du grand saut vers l'inconnu, mais j'ai aussi hâte de me retrouver dans un nouvel endroit, un peu seule avec moi même, de rencontrer de nouvelles personnes. Puis j'ai eu un super appareil photo, attention les yeux, Esther apprentie photographe...

Bon c'est pas tout ça mais j'ai une valise à vérifier ! On se retrouve dans les jours qui viennent avec cette fois ci des photos !

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Publié le 12 janvier 2020

Et voilà, je pars, ça y est. Zacharie a la gentillesse de m'accompagner à l'aéroport.

En sortant de son appartement rue Daguerre, je prends un dernier bol d'air parisien entre les étals et les brocantes. Ma valise peine à rouler sur les pavés. J'aperçois une boulangerie et regrette un peu de n'avoir pas mangé un bout de baguette avant de partir (on ne se refait pas). Je me dis que l'air sera doux à mon retour.

L'aéroport est assez vide. Cela lui donne un ambiance assez irréelle : rendez vous compte, un aéroport calme ! C'est plutôt agréable. Je quitte Zacharie pour passer à la sécurité. Il regarde avec envie le tapis roulant qui me hisse dans un tube de plastique. Il colle son nez à la vitre pour me faire rire (ça marche).

Mes seuls compagnons à présent : un pingouin en peluche du nom de Gus et la Horde du Contrevent. Livres et peluches sont en général de bonne compagnie.

Je passe quelques coups de fil depuis la salle d'embarquement, histoire de partir avec des voix familières dans les oreilles.

J'aime ce calme autour de moi. L'excitation est toujours là et se heurte à l'ambiance d'un dimanche après-midi. C'est assez réconfortant.


Bientôt l'heure. A très vite pour une nouvelle étape!

Parée au décollage
Parée au décollage
El famoso Gus
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Publié le 22 janvier 2020

Et coucou !


J'ai passé une première semaine bien remplie, entre la découverte de mon quartier, l'exploration de Columbia et l'arrivée de Zacharie, venu me rejoindre pour quelques jours !


Columbia est un superbe campus. Par contre, une blague cosmique veut que chaque nouvelle personne à qui je m'adresse soit... française. Moi qui voulait rencontrer des américains, ça commence à sentir le roussi.


Samedi dernier, les premières neiges sont tombées. Cela nous a donné l'occasion de faire une longue promenade dans Central Park (qui s'est interrompue avec la tombée de la nuit et le gel de nos oreilles). Chaque jour, nous décidons d'explorer un bout de la ville : Central Park, Williamsburg, Times Square (oui, ben, faut bien faire les touristes un peu ! ). Avec la fin du jet lag, nous avons enfin fini par pouvoir aller boire un coup au lieu de tomber de fatigue à 19h, ce qui n'est pas désagréable (et les bars de Williamsburg sont ma foi fort sympathiques).


New York est une ville pleine de surprises, surtout artistiquement parlant : à Brooklyn, nous sommes tombés sur des expositions dans de grands hangars, où les artistes étaient présents et en train de travailler sur de nouvelles oeuvres; près de Columbia, nous avons adoré le petit musée Nicholas Roerich, peintre russe dont les paysages ne sont pas sans rappeler des illustrations d'ouvrages de science fiction; au coin d'une rue, on peut tomber sur une immense peinture murale d'un escargot (oui oui)... C'est assez fantastique.


Je pense que je ne vais pas résister longtemps à l'envie d'acheter des vêtements et objets floqués aux couleurs de Columbia. C'est cliché, je sais, mais je mesure tellement ma chance d'être ici que je veux ramener le plus de souvenirs possible !


Je vous mets quelques photos de nos aventures : neige, café à la Neue Gallery, Entrepôts où sont exposées des oeuvres d'art à Brooklyn, Central Park, Columbia...



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Publié le 24 janvier 2020

Un anniversaire fort rempli avec visite au Met Museum, restaurant colombien, cours d'italien et bientôt soirée dans un pub irlandais ! Merci pour tous vos voeux ❤️

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Publié le 10 février 2020

Je suis de retour !

La vie va TRES vite ici, c'est assez flippant... Ces dernières semaines ont été très chouettes, pleines de rencontres, de visites et surtout... de travail. Chaque semaine, je dois lire 100 pages pour un cours, 100 pages pour un autre, regarder un film italien et en faire un résumé, et travailler sur mon mémoire... Et comme je trouvais que je n'étais pas assez occupée, j'ai décidé de demander à faire un atelier de théâtre au Stella Adler Studio of Acting. Ils m'ont dit oui. Bim, 8 heures de cours en plus dans la semaine !New York regorge d'opportunités et je n'allais pas laisser passer celle d'apprendre dans l'une des meilleures écoles de théâtre du pays !

Je passe mon temps dans les bibliothèques de Columbia, mais j'essaie tout de même de visiter un musée différent chaque semaine. Pour l'instant, je suis allée plusieurs fois au Metropolitan Museum (je travaille beaucoup dans leur bibliothèque), au Museum of the City of New York, au Roerich Museum et les prochains sur ma liste sont le MOMA et le Museum of Jewish Heritage.

Socialement parlant, eh bien... Je sors beaucoup ! Mes colocataires sont très sympa et je discute beaucoup avec eux. Il se trouve que tous les International Exchange Scholars, comme moi, sont français... Je sors pas mal avec eux, étant donné que nous avons toutes et tous la même envie de découvrir la ville, mais des activités comme le théâtre me permettent de rentrer en contact avec des Américains (heureusement !) !

J'ai eu également l'occasion de faire une excursion à New Haven, ville de la prestigieuse université de Yale, où une de mes amies est lectrice (ouais, c'est la classe). On a fêté mon anniversaire dignement et elle m'a fait visiter cette université qui ressemble à un cloître / Poudlard (choisissez votre camp).

Le moral est au rendez-vous la plupart du temps, même si je flippe parfois à l'idée de tout le travail que j'ai à faire chaque semaine (avec seulement une semaine de vacances dans le semestre). Ma famille me manque tout de même, heureusement que Skype existe ! Luc doit venir pour mon spring break, en mars, et j'ai hâte; Maman vient aussi me voir, en avril. Ca me donnera l'occasion de faire un peu plus la touriste ici, comme c'était le cas lors de la visite de Zacharie !

Je vous laisse, je dois aller faire des courses (sous la pluie, youpi, l'impression d'être à Paris)... A bientôt !

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Publié le 17 février 2020

Le week-end, c'est parfois un peu compliqué.

Le samedi, j'ai mes cours au Stella Adler Studio of Acting, ce qui est vraiment chouette. On travaille dur, on progresse. Mais le piège, c'est le dimanche.

J'ai tendance à ne pas vouloir sortir le dimanche. Vous la connaissez tous et toutes, la déprime du dimanche : on a envie de se reposer mais l'ombre de la semaine à venir est là, et c'est pas top pour se détendre. Pourtant, hier, j'ai passé un super dimanche. La veille, ma colocataire et moi sommes sorties avec ses amies, nous sommes allées à un spectacle de Burlesque downtown avant, bien évidemment, de terminer la soirée à 3h du matin dans une pizzeria bondée. La pizza new-yorkaise en fin de soirée, c'est un passage obligé.

Dimanche, donc, forcément, réveil tardif. Grand soleil. Une bonne tasse de café avant de se caler devant Twin Peaks (si vous n'avez jamais essayé cette série de David Lynch, je vous la conseille fortement). Puis, soudain, l'envie de parler à des proches. Il est 19h en France. L'heure-pic de la déprime du dimanche : c'est parti, on appelle tout le monde ! Ma grand-mère, ma mère, mon frère, un ami, mon amoureux... et l'impression de passer un dimanche en famille. Après tous ces appels, la déprime revient. J'aurais dû travailler, j'ai tellement de choses à faire cette semaine, est ce que je vais avoir le temps de profiter de New York, est ce qu'on va encore avoir un temps dégueu cette semaine... Et puis, la proposition.

Un ami me propose d'aller dans un musée de photo, le Fotografiska. C'est en fin de journée, mais j'accepte. Nous nous retrouvons à trois devant un superbe bâtiment, payons le tarif étudiant (18 dollars quand même, on est si bien lotis en France question musées) et prenons l'énorme ascenseur qui nous mène sous les toits du bâtiment pour la première expo. Ce sont des photographies de Jim Marshall, photographe de musiciens. L'endroit ressemble à un rêve de loft new-yorkais. Nous descendons progressivement les étages pour voir les diverses expositions, d'artistes anglais, américains, israéliens, suédois... Les styles se mélanges, certaines expos sont accompagnées de musiques, d'autres nous laissent perplexes, mais nous passons un bon moment.

19h, on sort. Il est temps de rentrer. Je décide de marcher un quart d'heure jusqu'au métro D au lieu de me taper deux changements. New York le soir, c'est magique.

Lors du trajet aller, le soleil était déjà en train de décliner. Là, c'est la nuit. Comme souvent ici, tout est illuminé. C'est dimanche, mais les gens se pressent encore à Macy's, ou dans des restaurants à l'esthétique 19e, ou bien encore dans un lieu qui semble servir tous types de nourritures à base de lait. L'ambiance est animée, mais une certaine sérénité règne dans les rues. C'est dans ces moments que je réalise, que je me dis "wow, je suis à New York, j'ai réalisé un rêve de gamine". Et là, qu'est ce que je me sens bien ! Marcher à New York le soir, c'est une vraie thérapie. Je vais vraiment essayer d'intégrer ça à ma semaine, je pense que ça va me faire beaucoup de bien... Les semaines sont chargées, mais il faut bien trouver le temps de se sentir mieux !

A bientôt 😀

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Publié le 27 février 2020

Encore un super dimanche sous le soleil New Yorkais ! Avec deux amies, Claire et Céline, nous avons décidé d'aller nous balader à Brooklyn, dans le quartier de Greenpoint. Le temps était idéal, un vrai avant-goût du printemps. A Greenpoint se trouve un minuscule parc avec une promenade qui s'avance sur l'eau, ce qui permet d'aller admirer la skyline et de se sentir en vacances. Claire et moi avons beaucoup déambulé dans les rues de Greenpoint, pleines de maisons colorées où l'on rêverait vivre, avant de rejoindre Céline pour un déjeuner très hipster dans un bistrot plus ou moins français (ne nous jugez pas). Au détour de chaque rue, une curiosité : une fresque murale, un petit magasin insolite, une théière géante dans une vitrine, des inscriptions en polonais, vestige du temps où ce quartier était peuplé de Polonais. L'atmosphère est très détendue, c'est dimanche pour tout le monde. Ou presque. A New York, les magasins ne ferment presque jamais le dimanche; nous ne résistons pas à la tentation de passer dans une grande friperie où nous trouvons de belles pièces (certaines un peu "extra" mais bon, on ne vit qu'une fois). Claire doit bientôt nous quitter, elle doit prendre son train pour New Haven. Céline et moi continuons de nous promener; je lui dis que j'aimerais bien reprendre le crochet et pouf, nous tombons sur une petite boutique de fil tenue par une polonaise qui semble très heureuse d'avoir des clientes. Elle nous parle de la beauté du français, qu'elle aimerait apprendre, et de la gentrification des quartiers de New York, qui explique la disparition de la communauté polonaise de Greenpoint. Après cela, le soleil commence déjà à décliner (le soleil se lève et se couche plus tôt qu'en France ici). Nous retournons donc sur la promenade de ce matin pour voir le coucher de soleil. Il descend lentement et nous prenons de belles photos avant de se diriger, tranquillement, vers le métro. Presqu'une heure pour rentrer dans Harlem !

Le soir, je vois une amie pour travailler sur un exposé pour le cours de cinéma italien sur La Dolce Vita (ce film est extrêmement bizarre, j'étais pas prête). Elle n'habite pas très loin de la fac. Vers 22h, on se sépare, je rentre chez moi et elle va voir son mari. Je mets de la musique dans mes oreilles. Je me dirige vers le métro et, soudain, une impulsion : je tourne les talons et commence à marcher : la magie de la nuit new-yorkaise m'a encore attrapée. Je remonte Broadway quelque temps avant de me diriger vers l'ouest. Je me retrouve alors sur Riverside drive, qui longe le bord de l'eau. Il n'y a pas grand monde, la nuit est paisible. Au loin, une sorte de grande cathédrale. Je décide de marcher jusqu'à elle. Je croise quelques personnes qui profitent également du soir. On nous a fait la morale sur la fréquentation des parcs la nuit, donc je ne descends pas plus au bord de l'eau, mais j'aimerais bien. Arrivée à l'église, je retourne sur Broadway et je décide de marcher jusqu'à la station de métro de la 125e rue. J'aime bien ce quartier. Il est très vivant, très mélangé. Arrivée au métro, je monte les marches jusqu'au quai - c'est une station aérienne. La nuit est toujours aussi belle. Le métro m'amène jusqu'à la 137e et je marche les quelques blocs qui me séparent de mon appartement. Je m'allonge dans mon lit. J'ai passé une très belle journée.

Le mercredi... moins sympathique. Le temps est gris. La veille, j'ai perdu l'équivalent d'un mois de notes pour mon mémoire, et donc le joli carnet que je m'étais acheté en arrivant pour me motiver. Je me réveille la boule au ventre. Le mémoire. Je dois rendre une partie cette semaine (oui, c'est tôt), mais je bloque dans l'écriture. Je passe une journée morne, peu productive (ah si, j'ai quand même fait un gâteau au citron en fin d'après-midi !). Je ne me sens pas très bien. C'est la première journée vraiment mauvaise que je passe ici.

Jeudi. Le matin est difficile. J'écris à ma directrice de mémoire pour demander un délai supplémentaire. Je respire un peu plus. Je retourne à la bibliothèque du Metropolitan Museum of Art. je reprends des notes sur un article lu il y a quelques semaines. J'arrive à rédiger un peu plus d'une page de mémoire. J'écoute de la musique. Je souffle un peu.

Ca va mieux.


Je mets les photos de dimanche ce soir 😀

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Publié le 20 mars 2020

Bon ben voilà, la semaine dernière était ma dernière semaine à New York avant je ne sais combien de temps.

Dimanche : travail. Besoin de boucler la première partie de mon mémoire, ce que j'ai réussi à faire. Puis lessive au laundromat du coin, où j'ai croisé mon coloc. En ce beau dimanche, une petite musique assez disney-esque se faisait entendre régulièrement. A la faveur d'une pause, je me demande sans trop y croire si ce ne serait pas un de ces camions de marchands de glace qu'on voit dans les films. Bingo. On l'entend toutes les heures au moins jusqu'à 21h. Je me dis que peut-être qu'avant mon départ dans deux mois et demie (lol) j'aurai l'occasion de prendre une glace au camion.

Mail de Columbia dimanche soir : un membre de l'université est suspecté d'avoir le coronavirus. Les cours de lundi et mardi sont annulés.

Lundi, 7h45. Mon amie Carla, que je n'ai pas vue depuis 7 ans, débarque du Canada pour passer trois jours à New York avant de rentrer chez elle en Allemagne. Je lui prépare des pancakes, puis nous allons à Columbia, puis Central Park, où nous nous promenons avant de nous poser sur des rochers au bord du lac et profiter du soleil printanier. On va manger avant de se promener du côté de Times Square et du east side. Le soir, nous rejoignons une amie de Carla au 55, un bar jazz à Greenwich village où nous allons écouter un concert de Mike Stern. C'est très chouette, le temps est doux. Après ça, nous allons bien sûr manger l'incontournable pizza new-yorkaise, avant de rentrer.

Le lendemain, j'ai du travail et rendez-vous avec une professeure de Columbia. Carla va au Met. Je la rejoins plus tard et nous allons ensemble au musée de la fondation Guggenheim, où l'on peut voir en ce moment une exposition sur la campagne. Elle est très, voire trop, riche, et on en ressort la tête pleine. A partir de mercredi, les cours se font par visioconférence (et ce, nous l'avons appris deux jours plus tard, jusqu'à la fin du semestre). On termine la soirée devant l'émission de télé-réalité Love is Blind (bah écoutez, c'est pas si mal).

Mercredi. Partiel en ligne. Urgh. Flemme. Mais bon, il faut bien le faire. Je rend un devoir plutôt bof. Carla est à Brooklyn. Elle rentre rassembler ses affaires pendant que j'assiste à mon premier cours par visioconférence (par un prof pas doué avec la technologie qui a réussi à se débrouiller). Carla part. Mon cours se termine. Je suis contente parce que le soir, je vais voir la comédie musicale Wicked au Gershwin theatre et que mon copain arrive dans deux jours. Je me rends au théâtre tôt, et j'en profite pour prendre un verre au bar entièrement aux couleurs (enfin, à LA couleur, verte) de Wicked. On me le donne dans un mug Wicked que je vais pouvoir garder en souvenir. Je me promène dans le théâtre, admire les objets exposés et les produits dérivés en vente. Les portes s'ouvrent. Je m'installe dans la salle et admire l'immense décor. Le spectacle est incroyable. Les chanteuses et chanteurs sont très bons, l'histoire touchante et drôle, et la première partie se termine sur une superbe version de Defying Gravity. Des distributeurs de gel hydroalcooliques sont, comme à l'entrée des bâtiments de Columbia, disposés à plusieurs endroits, rappel discret de la situation actuelle. A la fin du spectacle, je me promène dans Times Square et entre dans une bijouterie. Je me dis qu'à la fin de mon séjour, s'il me reste un peu de sous, je m'achèterai une belle bague que j'ai repérée afin d'avoir un beau souvenir de New York qui ne soit pas un t-shirt I <3 NY.

Puis je reçois un texto de Luc. Il n'est pas sûr de pouvoir venir, un décret de Trump interdit aux Européens de se rendre aux Etats-Unis à partir de vendredi, minuit. Son vol est avant, on espère qu'il pourra le prendre. Cela met un terme, hélas, à la magie de la soirée, et, je ne le sais pas encore, la magie de New York.

Jeudi. Journée moche. Je n'arrive pas à me concentrer sur mon cours d'italien, qui saute régulièrement à cause de la connection internet mauvaise ou trop sollicitée par les cours en ligne de mes colocataires et moi. Je me demande s'il est sage que Luc vienne. Je dois aller voir la Cenerentola au Met Opera le soir : je me demande s'il ne vaut mieux pas que je reste chez moi. Mon dilemme est vite tranché : la représentation est annulée.

Vendredi : les théâtres et musées ferment. Je vais attendre Luc à l'aéroport : il arrive. On fait le trajet d'une heure quinze en transports pour rentrer chez moi. Ceux-ci, comme l'aéroport, sont assez vides. On passe le reste de l'après midi chez moi, à définir ce qu'on a envie de faire pour les vacances.

Samedi : les bibliothèques ferment. On ne sait pas trop si Luc va pouvoir rentrer à la date prévue. Pour se détendre un peu et profiter du beau temps, on passe l'après-midi à Central Park, où une amie finit par nous rejoindre. Nous marchons en tout 4-5h dans le parc, avant de rentrer tranquillement. Les nouvelles de France ne sont pas rassurantes. Un de mes camarades français de Columbia a déjà prévu de rentrer en France.

Dimanche. Les nouvelles sont mauvaises et la rumeur d'un confinement de 45 jours sous 48h en France semblent très crédibles. Ma mère me dit qu'il serait temps de songer à rentrer en France rapidement si l'on ne veut pas rester coincés à New York. Je ne sais pas trop quoi faire. Je n'ai pas envie de rentrer, Luc non plus, mais je ne me vois pas passer le confinement à deux dans cette petite chambre. Depuis jeudi, le stress rappelle à mon souvenir mon asthme : je respire assez mal. A la laverie, une télé passe les infos. A New York, pour plusieurs millions d'habitants, il n'y a que 3000 lits en réanimation, et 80% sont déjà occupés. Je n'arrive pas à avoir un rdv au Medical Center de Columbia pour obtenir de la ventoline. Je ne sais absolument pas quoi faire. Je ne dors pas beaucoup cette nuit là, je regarde les vols vers la France sans trop y croire.

Lundi. Il faut se décider vite, il y a de moins en moins de vols. Je décide de rentrer. Réveillés à 7h, on trouve un avion à 17h30. On le prend. La veille, on avait déjà acheté une valise en plus et j'avais vidé mes placards. Je dis au revoir à mes colocataires et leur laisse bien entendu les 50 dollars de courses que j'avais faites le vendredi. On va a l'aéroport, assez vide. On regarde en salle d'embarquement le discours de Macron. Confinement dès le lendemain à partir de midi. On ne sera pas encore chez nous... j'ai un train le mercredi matin mais Maman arrive à me trouver un vol le lendemain à 15h. Dans l'avion, un Anglais tousse sans protéger sa bouche : la dame qui le lui fait remarquer se prend un "It's a fake virus. It's people like you that create panic". Sympa. L'avion est rempli de Français qui ont écourté leurs vacances ou séjour d'études pour rentrer se confiner.

Mardi. On arrive à 5h du matin. Dix heures avant mon vol et le train de Luc. On ne dort pas. On joue aux cartes dans un coin désert de l'aéroport. On se lave les mains. On essaie de s'arranger pour mes valises. On ne trouve que des chips et des petits écoliers dans un Relay vidé de ses salades et sandwichs (le reste des commerces de l'aéroport est fermé). Il est temps de se dire au revoir, trois jours après s'être retrouvés alors que nous devions nous voir 14 jours. En salle d'embarquement, je suis très nerveuse. Je ne sais pas si j'ai fait le bon choix. Je pense à mon amie Claire, encore à New Haven. Puis dans l'avion, je craque. Je suis extrêmement déçue d'avoir suspendu (je n'ai pas envie de dire mis fin) à mon séjour. C'était mon rêve depuis trois ans de faire ce semestre à New York. Même si presque tout le monde m'a conseillé de rentrer, je me demande si je n'ai pas fait une connerie : je ne pourrai pas retourner aux Etats-Unis avant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

J'arrive enfin à Toulouse, ma mère vient me chercher. Pas d'embrassades, pas de contacts physiques ni avec elle, ni avec mon frère. En rentrant, je prends une double douche et désinfecte chargeurs, ordinateur, téléphone, casque, lunettes. D'autres de mes camarades sont rentrés, et sont, comme moi, un peu en petit morceaux (pour reprendre la formulation de mon amie Clara). Je suis contente d'être en famille pour ce confinement et cette crise, mais je rage d'avoir dû interrompre le seul séjour à l'étranger de toutes mes études, ainsi que mes cours au Stella Adler Studio (ceux-ci sont suspendus jusqu'à mi-avril, même si je doute qu'ils reprennent à ce moment là). Mais je sais qu'avec mon asthme et ma couverture santé pas incroyable aux Etats-Unis, je suis mieux ici.

Je prends quelques jours de pause avant de reprendre le travail sur mon mémoire : ma soutenance sera en septembre pour me laisser le temps de réunir des documents et, je le souhaite ardemment, retourner à New York d'ici là pour consulter des ouvrages et archives (et faire tout ce que j'avais prévu de faire là bas).

J'espère sincèrement pouvoir reprendre ce carnet d'ici quelques semaines. Quand j'en aurai le courage je ferai un tri dans mes dernières photos de New York et je les mettrai ici. Je mesure la chance que j'ai d'être avec ma mère et Joseph dans un appartement nous permettant d'avoir une chambre chacun et un escalier extérieur où on peut prendre le soleil. J'espère que vous vous porterez toutes et tous bien et que nous sortirons de tout cela assez vite. Je vous embrasse !

Esther