Par Eris49
Courir le monde de toutes les façons possibles, ce n'est pas seulement la découverte des autres cultures, c'est d'abord l'exploration de soi-même, l'excitation de se voir agir et réagir
Septembre 2017
1 jour
Ce carnet de voyage est privé, ne le partagez pas sans l'autorisation de l'auteur.
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C''est l'heure, départ de Montréal. J'achète un billet et monte dans le bus 50 direction Joliette où j'y retrouverai Roger, mon hôte pour les prochains jours.

Je rencontre Roger à Saveur Local, une boutique qui regroupe des producteurs locaux et des bénévoles.

Roger est quelqu'un de très sympathique qui sait mettre à l'aise. Il reçoit beaucoup de helper, et ça se ressent. Nous allons prendre une bière en centre bourg et Quentin, le deuxième helper, nous y rejoint. Nous faisons tous connaissances et rentrons chez Roger en fin de soirée.

D'entrée, je suis prévenu que Roger va se baigner au lac tous les matins et je suis le bienvenu. Le défi est lancé. J'entend Roger quitter la maison à 6h30 le lendemain matin, ça fait un peu tôt pour moi. J'attend 7h et vais le retrouver au lac. L'endroit est désert, sans doute Roger est déjà reparti. Bon moi je suis là et il fais super froid ! Aux alentours de 8°. Le courage me quitte petit à petit , je ne pense pas que je vais me baigner tout compte fait. Mais quitte à être ici, je décide quand même de tremper les pieds dans l'eau. Elle est un peu plus chaude que l'air ambiant. Bon allez je me lance ! La sensation est saisissante, mais ô combien agréable. Le plus dur est de sortir de l'eau. Le vent froid me pique la peau. Je me sèche rapidement et rentre bien vite au chaud. Se baigner dans un lac de bon matin, check !

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La maison de Roger est... atypique. À l'image de son propriétaire peut être, désordonné mais recelant des trésors cachés. Âme sensible s'abstenir.

Quelqu'un a t-il vu le sel ??

Quand je parle de trésors, je suis tombé sur cet objet très étrange. Oui c'est bien une machine à laver ! (Lessiveuse ici) et c'était tout un programme pour faire une lessive.

Mode d'emploi :

- remplir le tambour avec 8 seaux d'eau tiède

- enclencher le démarrage de la lessiveuse

- essorer grossièrement et manuellement son linge

- placer ensuite le linge dans la 2eme lessiveuse en programmant uniquement le cycle essorage

- remplir cette dernière jusqu'à la moitié d'eau froide (car elle n'est reliée qu'à l'eau chaude) et enclencher seulement la partie rinçage

- étendre son linge dehors.

Le tour est joué ! Pas si pire.

What that ?

Dans cette pagaille, on a quand même déniché une machine à coudre. Quel plaisir de retrouver cette sensation de coudre! Sentiment pourtant vite oublié. La machine est ancienne et me coupe le fil sans cesse. Après maintes et maintes réglages sans succès, je fini par abandonner.

Vive la couture !

Outre la maison, Roger possède aussi un jardin où il y fait pousser ses légumes (tomates, tomates cerise, cerises de terre, courge, cornichon, patates, haricots verts, maïs) et y élève quelques animaux : cochons, poules, poulets, canards) ainsi que 3 chiens et pas loin de 27 chats. Oui oui 27 chats! La plupart sont des chatons, mais sauvages et on ne peut pas les approcher. J'ai bien sûr quand même essayé, ce qui m'a valu quelque belles griffures. Vraiment gentilles ces petites bêtes !

Le trio à calin

Suite à mes déboires avec la machines à coudre, je me suis mis à la cuisine. J'ai pu faire des confitures de tomates cerises jaunes (dont j'ai laissé cramer le fond de la première...) et une autre aux cerises de jardin et sirop d'érable. Réussies cette fois !

Hummm un vrai délice

Je ne pourrai pas clore cette étape sans évoquer mon entrainement au tir à l'arc ou le bain nocturne en pleine nature. Qui n'a pas rêvé de se détendre en prenant un bon bain chaud sous une nuit étoilée, face à la Grande Ourse, le tout en étant bercé par le chant des criquets ? Bon ok c'est peut-être pas un rêve courant mais ô combien relaxant et dépaysant lorsqu'on y a goûté ! Une expérience unique.

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Après 10 jours chez Roger, il est maintenant temps de partir direction Quebec. Réveil à 7h, on mange les crêpes que Quentin (Breton de souche) nous a fait et je quitte la maison, un peu nostalgique et stressé à la fois. Cette expérience aura été riche et très satisfaisante.

Que me réserve la suite de mon voyage ? Bon de toute façon il faut aller de l'avant, et le challenge commence dès maintenant ! Roger m’emmène en voiture jusqu’à la ville de Joliette et me dépose sur le bord de la route. Oui je vais faire le premier stop de ma vie, enfin faire du pouce comme on dit ici, c'est plus le fun que de prendre l'autobus !

Me voilà avec mon panneau "Quebec" à attendre. Je me sens un peu bête le long de cette route passante alors que les voitures se s'arrêtent pas. Cette idée n'est-elle pas un peu foireuse finalement...? Je ne sais même pas exactement où je suis et pas l'ombre d'un arrêt de bus aux alentours.

Finalement après 6 longues minutes, qui sur le moment me paraissent interminables, j'embarque avec un bon Samaritain qui effectue des livraison de dioxygène à Québec pour des plants de Marijuana (pas si Samaritain que ça finalement ^^) Je ne vois pas défiler les deux heures passées en sa compagnie et il fait même un détour pour me déposer au plus poche qu'il peut de mon auberge.

Je continue ensuite ma route à pied sur 5km, ne pouvant faire du stop là où je suis. C'est pendant ce trajet que je rencontre Jean Yves et son fils, un Québécois à vélo intrigué par mon sac à dos et qui décide de me faire la conversation. Il m'indique quelques randonnées à faire absolument et me propose même un toit si un jour j'ai besoin. Je repars avec ses coordonnées, à la fois troublé et amusé de la sympathie québécoise.

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Le moment est maintenant venu de visiter Quebec City. N'ayant pas réservé la bonne auberge (sans commentaire merci) je me retrouve à 20 km du Vieux Quebec. Une chance que l'auberge propose une navette pour s'y rendre ! Enfin, à 13$ l'aller-retour, je ne suis plus trop sûr que l'on peut parler de chance... La navette, c'est en réalité un trajet en voiture conduit par une employée de l'auberge. Je suis le seul aujourd'hui à vouloir y aller, ce qui me fait en quelque sorte un trajet privé ! C'est une française, nous échangeons un peu de tout et de rien et partageons même (beaucoup) quelques fous rires. Cela faisait longtemps que je n'avais pas ris ainsi. D'une manière générale, c'est le meilleur séjour en auberge que j'ai passé et y ai rencontré des gens formidables.

Le vieux Quebec est très joli, typé des anciens villages, et côtoyant les buildings une fois que l'on s'en éloigne.

Quebec City 

Un petit tour au lieu historique national des fortifications de Québec et j'en apprend plus sur son histoire.

Pour un peu de culture générale : Québec fût fondée en 1608 par Samuel Champlain, avec comme ressource clé le commerce de la fourrure (un peu comme Montréal et sa fourrure de castor finalement). La ville florissante ne cesse de se développer, attirant les convoitises. S'en suivent moultes plans de fortifications, plus ou moins aboutis. Fait qu'en 1759, lorsque les Anglais attaquent Quebec, ils remportent la victoire. Les Français tentent de reprendre Quebec un an plus tard mais sans succès, et se replient sur Montréal, qu'ils perdent également. En 1960, les provinces françaises du canada sont cédées à la Grande Bretagne. Et vive la France... ! En 1775, ce sont les Américain qui tentent de s'emparer de Quebec, mais les Anglais les repousseront. Vraiment trop fort ces Anglais !

Ce qu'il faut en retenir :

Certes on a perdu la guerre, mais on a gardé la langue, le Quebec est français tabarnak !

Fortifications de Quebec 
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On ne passe pas à Quebec City sans voir les plaines d'Abraham, un parc immense qui longe la ville de Quebec. Tellement grand que des routes le traversent pour, entre autre, amener les voitures et les cars de touristes à la citadelle. D'ailleurs toute cette marche m'aura valu une ampoule. Avec celle de Montréal, le compte est à deux.C'est aussi la place favorite des écureuils, ils sont partout. Noirs, bruns, rayés. Il y en a de toute sorte !

Les plaines d'Abraham et citadelle (photo non contractuelle...) et ses habitants
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Aujourd'hui, c'est LE grand jour ! Je vais rencontrer celle qui partagera ma vie pour quelques semaines. Je vous présente TOYOTA, de son petit nom Corolla. Je sens tout de suite un lien indéfectible qui se tisse entre nous, il faut dire qu'elle a des sièges chauffants ! Bon en ce mi-septembre ce n'est peut-être pas nécessaire je vous l'accorde. Seul bémol, elle parle anglais... Ma première tâche sera de lui enseigner le français, et je peux vous vous dire que Toyota apprend vite !

Ma TOYOTA est fantastique

Me voici donc fièrement parti sillonner les routes avec ma très chère amie. Enfin... déjà faut-il comprendre comment fonctionne une automatique... Impossible de sortir du parking ! Me voilà obligé d'aller requérir quelques explications. Puis, soucis sur mon cellulaire dont le GPS ne veut rien savoir. On me donne des indications pour aller à Wendake en me faisant comprendre que je bloquai un peu (beaucoup) l'entrée du parking. Il me faut alors me lancé dans l'aventure autoroutière, c'est parti !

Bon, oubliez le "fièrement". Totalement stressé au volant d'une voiture que je ne connais pas, avec une boite de vitesse que je ne connais pas, dans une ville que je ne connais pas, vers une destination que je ne connais pas, aidé d'un GPS qui fonctionne pas, j'essaie tant bien que de mal de passer inaperçu et de me fondre dans la masse. Raté. A peine 5 min de trajet et déjà un bus me klaxon... Eh oh ! Un peu de tolérance s'il vous plait, on n'est pas à Paris ici !

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Mon GPS décide finalement de se réveiller en cours de route et j'arrive sans trop de mal au village Wendake. Mais hein ?! Quoi ? Peut-être que mon GPS s'est rendormi, cela n'a rien d'une réserve indienne. Pavillons de banlieue, pelouse bien entretenue, grosse voiture américaines... D'indien, il n'y a que les panneaux des rues. Ah si pardon, il y a l'ossature d'un tipi au milieu de nul part, perdu entre la circulation, les bus scolaires et les maisons. La grosse blague ! Grosse déception. En plus TOUTES les rues sont en travaux, le bordel absolu.

Wendake 

Je trouve finalement ce que j'étais venu chercher : le site Traditionnel Huron Onhoüa Chetekee, qui raconte l'histoire des Hurons jusqu'à nos jours. D'ailleurs lorsque je fais part à mon guide de mon étonnement quand à l'urbanisation du village, elle me répond que nous sommes quand même en 2017. Les clichés ont la vie dures, j'ai honte... Mais c'est aussi ça les voyages, découvrir, apprendre, briser nos croyances et en fonder de nouvelles. Il faut quand même préciser que sur les 54 communautés autochtones, celle des Wendat-huron est de loin la plus urbaine et la plus intégrée de toutes. C'est l'une des quatre de la famille iroquoienne et la seule communauté Wendat.

Un peu d'histoire si vous le voulez bien (sinon passez cette étape) les Wendats sont un peuple sédentaire, avant tout commerçant, originaire du lac Huron en Ontario. Lors des débuts de la colonisation, ils formèrent en 1609 une alliance militaire et commerciale avec les français. Alors que de leur côté les anglais s'allièrent avec les Iroquois, ennemis juré des Wendats. Les guerres de colonies embarquèrent donc avec elles les tribus autochtones et signèrent la presque fin des Wendats lorsqu'en 1649 les Iroquois armés de fusils européens décimèrent la quasi-totalité de ce peuple, déjà affaibli par les maladie que nous avions ramené comme la variole. Seuls 300 Wendats trouvèrent refuge et protection dans la ville de Quebec, où ils fondèrent la ville de Wendake.

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Et on commence la visite du site traditionnel avec Hoko, la corneille mascotte du village. Elle adore qu'on la flatte. C'est bien la première fois qu'un oiseau s'approche de moi pour se faire caresser. Amazing !



Les Wendats sont un peuple sédentaire, autrefois ils n'utilisaient donc pas de tipi, mais des maisons longues pour se loger. Chaque maison accueillait une même famille et pouvait contenir de 40 à 60 personnes. Un village pouvait contenir jusqu'à 12 maisons. Fait intéressant, les Wendats étaient une communauté basée sur un système matriarcale. C'est la femme qui choisissait son futur mari. Celui-ci quittait alors sa maison et sa famille pour vivre dans celle de sa future femme. Après une période dite d'essai (et si la femme n’était pas tombée enceinte durant cette période) le couple pouvait choisir de se séparer ou de se marier.

Chaque maison élisait également une femme qui représentait les intérêts de la famille, et ce sont également ces dernières qui choisissaient le Grand Chef du village.

Maison longue  et aménagement intérieur

Bien qu'ils chassaient et pêchaient, l'alimentation des Wendat était surtout basé sur la récolte de trois cultures : la courge, le maïs et les haricots.

Séchoir à poisson et fumoir viandes et poissons 

Afin de résoudre des problèmes, les Wendat utilisaient une hutte de sudation (un sauna) et personne n'avait le droit d'en sortir tant qu'une solution n'avait pas été trouvé. Assez radical mais ô combien efficace ! Ces huttes servaient également aux hommes pour se purifier, la femme étant considéré comme déjà pure.

Un petit mot aussi sur ces construction en pierre que vous retrouverez absolument partout au Canada où il y a des pierres ou des galets. Ce sont des Inukshuks. Traditionnellement, ces monticules de pierres aux formes humaines servaient aux Inuits à indiquer des directions (principalement les troupeaux de caribous). Si vous remarquez bien, l'un des bras est plus long que l'autre, c'est celui-ci qui indique la direction.

Aujourd'hui, les Wendats sont bien intégrés, avec des maisons contemporaines, une école, une banque, mais restent une communauté à part dans le Quebec. Ils ne sont pas régit par les lois Québécoises mais par celles fédérales du Canada. Ce qui leur apportent des avantages comme le fait de ne pas payer de taxes, mais aussi des inconvénient comme pour obtenir des prêts. La langue Wenda a aussi été perdue, et commence tout juste à être réapprise dans les écoles.

Petite anecdote : les lois qui régissent les autochtones n'ont quasiment jamais changées et sont très anciennes, comme celle qui interdit d'entrer sur une réserve indienne. S'ils le voulaient, les Wendat pourraient appliquer ces sanctions sur nous, touristes, en toute légalité.

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Et tant qu'à être à Wendake, je me suis aussi arrêté aux chutes Kabir Boubaoù un sentier longe la rivière Matane. 300 marches pour l'aller et une fois arrivé, 300 marches pour le retour. Super ! Mais la vue est magnifique !

Chutes Kabir Bouba 
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Réveil un peu dur ce matin, la soirée d'hier soir a été bien arrosé avec Mickael et Jorge. Un Québécois, un Polonais et un Français autour d'une bouteille de Gin. Mickael travaille aujourd'hui, il est fort ! Moi j'ai un peu de mal à me lever.

Pas d'arrêt à Quebec sans faire un tour aux célèbres chutes de Montmorency. Bémol, le parking est à 12$, quand même ! Quand j'arrive le guichet est fermé, pas de barrière, je passe et me gare. Première vue sur le manoir Montmorency. Sympa ! Mais je ne m'attarde pas, je veux voir les chutes.

Manoir Montmorency 

Grand spectacle, les chutes sont impressionnantes ! Mais quel dommage d'avoir installé les câbles de la tyrolienne juste devant le point de vue... Appelez moi le directeur !

Pour traverser les chutes, il faut passer sur un pont : le pont de la Chute. Pour les moins téméraires, ne lisez pas le panneaux !!

Lorsque le pont fût construit, il s'est effondré 4 jours après... Super rassurant ! Et pourtant c'est assez comique de l'indiquer je trouve. Il porte bien son nom.

Le chemin m’emmène à contourner la chute puis fini sur un escalier de bois qui descend en flan de falaise. C'est là que l'on peut admirer toute la splendeur de la chute. Impressionnante. Majestueuse. Il y a même un arc en ciel à l'endroit où elle tombe. Il serait dommage de ne pas venir à Quebec sans visiter ce site.

Au plus près de la chute, couvrez-vous bien ! La bruine vous attaque et vous mouille. J'ai bien cru que mon cellulaire allait rendre l'âme. Il n'est pas de ceux qui aime tellement l'eau.

Puis c'est par un sentier dérobé que je fait le chemin en sens inverse, le funiculaire pour remonter au manoir est hors de prix et où serait le plaisir ? J'ai ainsi pu traverser une petite forêt où les couleurs de l'automne commençaient à pointer le bout de leur nez. J'ai même trouvé une branche où tout le dégradé y était représenté. Superbe !

La nature à tellement à offrir pour tous ceux qui veulent bien y faire attention.

Et après tout ce sport, rien de tel qu'une petite bière locale (que l'on m'a conseillé) en terrasse du manoir Montmorency. A la vôtre !

Santé ! 
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L'après midi est idéal pour visiter l'île d'Orléans, une visite que l'on m'avait recommandé. Je la parcours entièrement, la vue sur le Saint Laurent est superbe. A 50km/h, les automobilistes doivent me haïr, mais c'est la limitation, et je profite à fond du paysage. A part le tour de l'île, il n'y a pas grand chose à visiter. Je veux dire par là pas de parcs où de coins touristiques. Et bien que je ne m'y arrête pas, les villages côtiers sont très jolis.

Je tombe soudain sur les jardins de la Seigneurie de l'île d'Orléans. 10$ l'entrée, tarif automnale. Le lieu est vraiment super et cela mériterait grandement un retour au printemps/été pour en apprécier toute la beauté. N'étant pas à la bonne saison pour les lavandes, je n'ai pas eu la chance de voir cette magnifique parcelle du jardin. Mais j'ai aimé tout le reste.

En discutant avec la gérante, j'apprend qu'au début il n'y avait rien. C'est la propriétaire qui au fil du temps à fait aménagé jardins par jardins. Un projet sur 10 ans. Le projet d'une vie. Et son jardin vaut grandement les 10 années qu'elle y a consacré et qu'elle y consacre toujours.

Et quand je vous disais que mon cellulaire n'avait pas aimé l'eau, ça donne quelque chose comme ça. Sans filtres ni effets, promis ! Mais le rendu est bluffant non ?

Filtre effet "chute de Montmorency" 
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Parc Jacques-Cartier

Parc Jacques Cartier

Présentement, ce jour j'aurai du aller au parc de la Mauricie, mais je décide finalement de faire le parc Jacques Cartier en compagnie de Jorge et de Neill, que j'ai également rencontré à l'auberge. Il vient du New-Brunswick, j'ai apprécié sa compagnie, son histoire. Il a le goût des voyages et une envie incroyable : le sentier des Appalaches. 650km déjà pour seulement la Gaspésie (compter 40 jours), mais dans son entier comme il rejoint les Etats-Unis, il peut aller jusqu'à 4150km.

De notre côté, on va déjà faire le parc Jacques Cartier. Le trajet en voiture n'est pas sans peine et détours mais nous parvenons quand même à atteindre notre but : le sentier "Les loups", une randonnée de 11km aller-retour (3H30 de marche) qui nous emmène au sommet du plus haut sentier des Laurentides, culminant à 447 mètre.

Notre montagne de randonnée 

La montée est rude mais à 3 on se motive, et la vue sur la vallée est saisissante, nous aurons même la chance de voir un aigle !

Non ne cherchez pas l'aigle, avec mon cellulaire ce n'est même pas la peine d'y penser... 

Ce sera la descente la plus douloureuse, et je gagne 2 autres ampoules. Je vais arrêter de les compter...

Nous arrivons à la fin du trajet, je dis au revoir à mes collègues de randonnées, chacun partant dans des directions différente. Je profite un peu de la vue et du calme de la rivière, puis c'est enclin d'une certaine nostalgie que je quitte à mon tour le parc, en route vers de nouvelles aventures.

Bye bye Jacques Cartier ! 
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Rivière du Loup sera ma première escale en Gaspésie, avec son "parc des Chutes". Mais avant ça, Toyota et moi avons quelque 250 km de route à parcourir !

Retraverser la ville de Quebec est un supplice. J'ai l'impression d'être à Nantes, quoique les bouchons me semblent encore plus importants. Non, ils sont plus importants, c'est une certitude !

Laissant enfin cette congestion derrière moi, j'entre sur la route transcanadienne (je ne sais pas pourquoi mais je trouve ça cool comme mot transcanadienne.

- Et alors t'es passé par où ?

- Par la transcanadienne.

- Oh la classe !

- Ouais !

Bref... avec Toyata sur la transcanadienne, nous pouvons apprécier le calme des grandes routes Canadiennes. Le grand clame. Le TRÈS grand calme. Mais bordel ça n'a donc pas de fin ! Une large route droite à perte de vue, sans virage. Aucun virage. Même pas l'ombre d'une petite courbe. Je pense au budget de l'entretient autoroutier qui doit être énorme (oui j'ai le temps de penser à plein de chose durant ce trajet), alors que les autoroutes sont gratuites ici. Comparativement à la France où la petite portion est déjà hors de prix.

Quebec 1 - France 0

 Heu...Where is the end ?

Le côté positif c'est que j'ai tout le loisir d’observer le paysage et de découvrir les options de Toyota, et il y en a ! Déjà comme je disais le régulateur, mais il détecte aussi lorsqu'un véhicule est devant moi, si celui-ci ralenti (travaux ou etc) la voiture ralentie aussi et s'adapte à sa vitesse, s'il accélère, elle accélère également jusqu’à la vitesse que j'avais programmée. Cool ! Et il y a le dépassement de ligne côté aussi, où le volant se tournera tout seul si tu commences à t'endormir et franchir la ligne. En somme, tu n'es plus du tout obligé de conduire, la voiture le fera toute seule !

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Lorsque j'arrive à Rivière du Loup la nuit est déjà tombée et je tombe également de fatigue, je dois trouver un endroit où poser Toyota pour dormir. J'essaie le parking du parc des Chutes, mais l'endroit ne me parait pas approprié, trop en vue. Je parcours alors la ville, m'en éloigne, puis reviens finalement dans la ville. Je désespère de trouver un endroit convenable. Puis me vient soudain une idée, l'autoroute n'est pas loin. Je cherche donc une aire de repos (halte routière) et bingo, il y en a une pas loin. En prime j'aurai des toilettes !

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C'est tout content que je me gare sur ma halte routière, passe aux toilettes (si si c'est important) et pendant que je suis au lavabo, il y a ce monsieur qui entre pour faire ses petites affaires. Je vois dans le miroir qu'il semble me fixer mais je fait mine de rien et me dirige vers la sortie lorsqu'il m'interpelle. Je l'aurai parié tient ! Il me propose alors de passer la nuit avec lui dans son camion.

Les Québécois sont vraiment des gens accueillants !

Mais allez savoir pourquoi sa proposition ne m’intéresse pas et je lui réponds d'un élégant français "non merci" qui pourrait se traduire par "dégage sale pervers". Je retourne ensuite à ma voiture et pendant que je prépare quelques affaires pour passer la nuit, j’aperçois au loin le gentil monsieur se diriger vers moi. Sans doute son camion sera celui du fond. Raté ! Il insiste et me fait quelques propositions que je décline une nouvelle fois. Finalement il m'indique l'emplacement de son camion et me dit de ne pas hésiter si je change d'avis. Ce à quoi je réponds par un "d'accord, c'est noté" qui pourrait se traduire par "maintenant dégage et laisse moi dormir". Je commence alors à me demander si mon idée était vraiment si brillante que ça... Mais je suis fatigué et ne sais pas vraiment où aller donc je reste. J'ai également une pensée pour cet autre homme qui pendant près d'une heure à fumé 10 cigarettes et est allé pas moins de 25 fois aux toilettes. Ça doit pas être évident d'avoir une aussi petite vessie...De mon côté j'essaie de me faire discret, il y a quand même quelques allées et venues. Fréquentées ces haltes routières ! Même si ce sont finalement souvent les mêmes personnes semblent tournées en rond...

J'adopte la posture du caméléon "si je ne bouge pas, on ne voit pas " ...

Après avoir essayé de dormir devant puis sur la banquette arrière je me résous à mettre la voiture en break. Une fois bien installé et aidé de bouchons d'oreilles, Toyota et moi passons contre toute attente une très bonne nuit.

La halte routière 
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De bon matin, je me rends au parc des Chutes. Pas extraordinaire... Déjà, le temps n'est pas avec moi aujourd'hui, il fait gris. Puis le parc est vraiment tout petit, les chutes sont en réalité un barrage hydroélectrique, et comble du comble, le barrage est fermé.

Chute de la Rivière du Loup... Whouahou..?

Les couleurs d'automne restent belles malgré tout.

J'ai même la chance de photographier un lapin et un castor !

Attention animaux sauvages ! 

Au détour des sentiers, j'arrive quand même à trouvee de petites chutes. Pas hyper impressionnantes mais je m'en contenterai.

C'est tout pour Rivière du Loup, je regrette un peu de m'y être arrêté. Prochaine escale, Rimouski.

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Première chose avant de rejoindre Rimouski, réserver une auberge pour la nuit.

La connectivité de mon cellulaire étant très limité, je passe un temps fou à charger les pages internet et enchaîne les "erreur réseau". Lorsqu'enfin je réussi à checker les auberges de jeunesse sur Rimouski, il n'y en a qu'une. Complète... Et les autres sont vraiment hors de mon budget. Je commence à penser que je vais devoir passer de nouveau la nuit avec Toyota quand je trouve enfin la perle rare. Une nuit dans le domaine Floravie, juste à côté du parc du Bic que je compte faire le lendemain. En plus c'est une chambre individuelle ! Je répète, Individuelle ! Depuis combien de temps n'ai-je pas eu ce luxe ? Bon ok, le prix est 2 fois plus élevé qu'en auberge de jeunesse, mais j'ai dormi dans la voiture la nuit passée alors, merde, comme on dit en France !

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Le domaine est super joli, situé sur la pointe Santerre et donnant sur le Saint Laurent et la Baie Hâtée. Ma chambre donne d'ailleurs directement sur cette dernière. La classe non ? Les propriétaires sont très accueillants et m'indiquent pleins de choses à faire, dont une randonnée dans la montagne qui juxtapose leur domaine et longe le Saint Laurent. 8km aller-retour, 2h30 de marche. C'est correc !

Vue de ma chambre  et ma chambre

Le seul bémol du domaine, c'est qu'il se trouve dans un couloir où les communications ne passent pas. Ce n'est pas vraiment un souci, je n'ai pas prévu d'appeler. Enfin... Si moi je ne l'ai pas prévu, mon cellulaire en a décidé autrement. Et le voilà parti dans un moment de "chance" extrême à capter un réseau (alors que bien sûr lorsque moi j'en veux il n'y parvient pas le petit sal*p) et décide d'appeler ma mère. Lorsque cette dernière me rappelle, la communication est mauvaise et je lui explique tant bien que de mal que "c'est mon portable qui a appelé et je ne capte pas où je suis" Je coupe finalement la mauvaise communication et envoie un texto pour de plus claires explications. Fin du chapitre.

Dans l’innocence la plus complète, je décide de m'aventurer dans le sentier montagneux dont on m'avait parlé à l’accueil. Le sentier n'est pas officiel et donc non balisé. Je suis peu sûr du chemin à emprunter mais y fonce, confiant. Soudain un appel de mon père affolé qui me demande si tout va bien.

De "c'est mon portable qui a appelé et je ne capte pas où je suis" on est passé à "je me fais agressé".

Le téléphone arabe n'aura jamais aussi bien joué son rôle. Une fois tout le monde rassuré, je repars en exploration. Quelle histoire !

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Le sentier que j'emprunte est vraiment étroit et par moment peu distinguable, je me dis qu'il faudra à tout prix éviter de revenir de nuit.

Le sentier... 

Au cours du chemin, de nombreux coup de feu résonnement sur ma gauche. Ce n'est pas pour me rassurer... Pourvu qu'ils soient assez loin et ne me confondent pas avec un animal. Mais plus important, que chassent-ils? L'image d'ours apparaît inévitablement dans mon esprit. Et même si ce n'est pas le cas, les coups de feu les rapatrieraient inévitablement dans ma direction. L'angoisse commence à s'insinuer en moi. Peut-être vais-je vraiment me faire agresser en fin de compte. Ce quiproquo n'arrange en rien mon stresse, pire, il l'alimente. Je continue malgré tout mon chemin, sous les coups de feu incessants. Plus j'avance, plus le stresse monte. "Fait demi-tour !" résonne en boucle dans ma tête. Demi-tour ! Mais non, je veux continuer.

Je ne suis pas venu ici pour renoncer.

Il faut quand même avouer que mon pas est devenu lent et prudent. Mon ouïe attentive. Mes yeux alertes. Je sais qu'il faut pourtant faire du bruit pour éloigner les ours mais au vu des coups de feu, ce ne sont pas mes bruits de pas qui les repousseront. Me voilà rendu à tout guetter autours de moi. Chaque ombre, chaque bruit fini par devenir un danger mortel. Je n'ai même pas acheté de spray anti-ours... J'ai juste mon petit couteau dans mon sac à dos. Cerise sur le gâteau, j'ai pas de réseau. Soudain, mon corps s'immobilise et mon cœur s'arrête, une ombre bouge derrière les branchages devant moi. Je suis immobile. J'attends. Au détour du chemin une jeune fille apparaît, manifestement pressée. Je constate que je ne suis pas le seul que cette forêt effraie. Elle sursaute en me voyant et se tourne vers son ami "he square me". "You square me too" je lui réponds en la croisant. Je continu le sentier, toujours au gré des coups de feu. Le jour commence déjà à disparaître. Par moment je me dis que j'aurai peut-être dû faire demi-tour et rentrer en compagnie du couple. Le sentier me semble vraiment interminable et j'arrive à une croisée des chemins. Pas de balisage... Comme dans la belle et la bête, un chemin sombre et inquiétant s'engouffre dans le néant. L'autre est juste inquiétant. Je ne suis pas stupide, je choisi le moins pire. Il est sinueux, il faut parfois escalader. Est-ce vraiment le bon chemin ? Par moment de gros rochers semblent former des grottes. Faite qu'il n'y ait pas d'ours ! Le sentier n'avait pas de nom, je le baptise "le sentier de la mort"

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Au bout de 1h30 de marche contre 1h15 de prévue, j'arrive finalement au bout. J'ai survécu ! Et je peux profiter de la vue sur l'île du Massacre. Oui, pour ceux qui se poseraient la question c'est son vrai nom.

Ile du massacre 

Je parcours un peu la plage et il est grand temps de repartir. Le soleil se couche. Il est 17, à 18h30 il fait nuit ici. Je n'ai pas vraiment envie de reprendre le sentier, mon autre possibilité serait par la plage, mais à marée montante, on m'a dit à l’accueil que des gens s'étaient déjà fait coincés et il avait fallu appeler un hélicoptère pour les secourir. Ça me tente moyen. J'ai donc le choix entre mourir noyé ou dévoré. Sachant que statistiquement la mer à 100% de chance de monter alors que rencontrer un ours est seulement de 50%, j'opte pour, peut-être, mourir dévoré.

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Je reprends donc pour la dernière fois le sentier de la mort. Chose positive, les coups de feu ont cessés. Chose négative, il fait vraiment sombre. Je n'ai pas le choix, faut que je me dépêche.

Je ne passerai pas ma nuit dans cette forêt !

Mon pas est vif et confiant. Mes yeux, eux, restes attentifs. Je dévore le sentier à un bon rythme. Je l'ai déjà fait une fois, et je sais que ce n'est pas aujourd'hui que je mourrai.

Arrivé sur une pente assez ardue, je la dévale quasiment en courant pour ne pas tomber lorsque se matérialise devant moi l'image de mes plus fortes angoisses. Un ours noir traverse le passage et comme un idiot je fonce dessus ! Dans un réflexe, je saute sur le côté pour l'éviter et atterri brutalement dans les branches. Ce mouvement désespéré n'aura pas échappé à la bête qui se tourne vers moi. Le temps se fige. Impossible, c'est un mauvais rêve. Je pense immédiatement à mon couteau qui est dans mon sac, mais je ne peux pas l'atteindre où il est. La belle affaire ! L'ours grogne et se rapproche. D'abord intrigué, je semble ensuite lui être une menace. Il grogne alors de plus belle et me fixe, la gueule ouverte, les crocs menaçants. Je me saisis d'un bâton qu'il a tôt fait de m'arracher d'un puissant coup de patte. En réponse à mon geste il se dresse sur ses pattes arrières, monstre imposant au grognement terrifiant. Je lis alors dans ses yeux noirs toute l'horreur de ce qui m'attend. C'est la fin ! .... La fin du sentier.

Terminé en 50 min record, et où tout s'est finalement bien déroulé.

En ces lieux, l'imagination nourrie par la peur est maîtresse et inspire les esprits.

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Allez, assez d'émotion pour ce soir ! Je décide de me faire plaisir et d'aller manger dans un petit resto du Bic Les affamés que l'on m'a conseillé. Après quelques déboire avec mon GPS et la résignation que je ne trouverai pas le restaurant, je passe finalement par hasard à côté. Chouette ! J'entre et en ressors aussi vite. Veuillez noter qu'ici en basse saison, le service ferme à 20h, il est 20h20... Le menu avait l'air tellement bon en plus... Les affamés, hein ? Présentement, c'est moi qui le suis ! Je me résigne donc à passer à l’épicerie et en profite pour prendre de quoi manger pour demain. Une longue journée m'attend au parc du Bic !

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Nouveau jour, nouvelle aventure ! Avant de partir je passe à l’accueil du domaine et négocie de pouvoir revenir prendre une douche. Oui c'est important l’hygiène quand même ! J'apprends au passage que ce n’est pas la saison de la chasse, il n’aurait pas dû y avoir de coup de feu dans la montagne. Rassurant...

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Je commence le parc du Bic avec une petite randonnée, le sentier des Anses 3,4km pour 1h15 de marche, qui longe la rive. Le temps n’est pas au beau fixe, le ciel a revêtu un épais manteau gris, mais il ne pleut pas c’est le principal. Au cours du sentier, de petits chemins me permettent d’accéder et de découvrir les plages du Bic. Le paysage est impressionnant malgré la grisaille. Le sommet des monts m’est caché par la brume et procure un côté mystérieux à ce décors sauvage.

La forêt de sapin est impressionnante et semble recouvrir tout le parc.

A un moment du parcours, je tombe sur une drôle de forêt que je nommerai « la forêt hantée ». Les arbres y sont dignes d’un film d’horreur. « la forêt de glace » fonctionnerait aussi, arbres semblent figée dans un hiver éternel. Au choix .

Forêt hantée 

La fin du sentier s’ouvre sur la plage aux phoques. Malheureusement, ils se font discrets aujourd’hui. J’aperçois de drôle de vagues au loin, peut-être en est-ce ? Mais je n’aurai pas le loisir de le savoir, je n’ai pas la journée pour les attendre. En partant je trouve de drôle de fruits rouges ressemblants à des petites tomates. N’essayez pas d'en manger, ça n’a aucun goût et c'est plein de pépins.

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Je me dirige ensuite vers le deuxième sentier de ma journée : le sentier des Murailles 15km en 5h.

Je voulais du difficile, il l’est. Sinueux, pleins de racines, il grimpe, mais moins que celui du parc Jacques Cartier. La plupart des arbres sont encore verts, les couleurs de saison commencent juste à arriver.

Pendant quelques minutes, je traverse ce que j’appellerai « la forêt d’automne. » Ici, tous les arbres ont déjà revêtu leurs plus belles couleurs et de nombreuses feuilles tapissent le sol.

Forêt d'automne 

Mer, terre et ciel ne font plus qu'un dans cet océan de brume.

J’arrive maintenant au sommet Mont Champlain, qui offre une vue stupéfiante sur... Eh bin en faite je ne sais pas. Présentement, Mère Nature a levé un nuage brumeux sur le paysage, voile protecteur sur ses enfants qu’elle dissimule à ma vue. Et les 8.50$ que j’ai payé pour l’entrée du parc n’y changeront rien, Mère Nature n’est pas quelqu’un avec qui on peut marchander. Soit, je m'en contenterai. La brume épaisse enveloppe toute la montagne, on ne peut qu’essayer d’imaginer ce qu’il y a derrière. Cela rend le site mystérieux et envoûtant. Coupé du monde. Sans repère de hauteur. Tantôt des arbres se dévoilent, tantôt d’autres disparaissent. Durant un rare moment, le manteau se dissipe partiellement, me laissant apprécier brièvement le paysage. Puis il disparaît de nouveau sous une brume encore plus épaisse. Instant précieux en ce jour puisque jamais plus je ne le reverrai.

Anecdote du moment (je ne garanti pas l’intérêt que vous aurez à cette lecture) :

Je profite de cette halte pour reprendre un peu de force. J’ai prévu sandwich et pommes. Intéressant hein ! Le fait est que ma pomme a une grosse tâche brune un peu étrange. Soit, sans doute commence-t-elle à pourrir, ce n’est pas ce qui va m’arrêter. En revanche le goût me stoppe. Un goût pas hyper agréable que je qualifierai d’un peu chimique… Je sors mon couteau pour retirer ce morceau avarié et me rend compte qu’il est tout poisseux et imbibé d’une odeur que je reconnais bien. Pas loupé, le bouchon du produit anti-moustique a sauté, reversant tout son contenu dans le sac. Super ! Je ne savais pas mon sac à dos doué d’une faculté d’autoprotection et qu’il redoutait à ce point les moustiques. Honte à moi de ne pas l’avoir protégé. C’est maintenant chose faite pour quelques jours !

Note à moi-même : penser à nourrir et hydrater mon sac à dos, des fois qu’il lui viendrait l’envie de piquer dans mes réserves. Alors oui, pour ceux qui ont eu le courage de lire ce paragraphe, l’altitude peut parfois faire perdre momentanément la tête.

Revenons au choses sérieuses, c’est aussi à ce point du trajet que je rencontre un couple de français originaire de Toulouse. Nous sympathisons et comme nous prenons le même chemin, nous faisons route ensemble.

Eux feront demain le sentier de la plage, levé à 5h car tout est fonction des marées. Raison pour laquelle j’avais décidé de ne pas le faire. De mon côté, ce sont les jardins de Métis qui m’attendent pour la suite du programme.

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Ce soir, je dors dans la voiture. La fatigue de la journée se fait ressentir, et je ne parviens pas à trouver la perle rare. Je m'arrête finalement sur une aire municipale. Un panneau avec une caravane barrée me pose question. est-ce qu'il m'est aussi adressé ? Pris d'un doute, je décide d'essayer ailleurs. Où que j'aille, je fais face au même panneau et roule sans trouver à m'arrêter pendant une bonne demi-heure. STOP ! Je suis trop loin ! Ma destination est dépassée depuis un moment déjà. Bon ok, demi-tour. Et me revoici à mon point de départ... J'en ai marre ! Finalement à bout fatigue, je m'arrête sur une petite aire de pique nique, hors des villages, face à la mer. Le même panneau me nargue encore mais à l'heure actuelle je m'en fiche. Aller bonne nuit !

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Au petit matin, la vue sur la mer est superbe, mais mon premier réflexe : checker les Canadian tire aux alentours. Je ne sais pas si les températures ont brutalement chuté dans la nuit ou si c'était dû au vent marin, mais je me suis réveillé vers 2 heures du matin frigorifié ! Je ne pensais pas devoir sortir les dessous thermiques aussi tôt mais c'était une question de survie ! Ma tante avait rigolé en voyant mon duvet 15-25° Je lui accorde, elle avait raison. Le prochain sera un 0°

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Une fois réchauffé, je prends la route vers les Jardins de Métis.

Les jardins de Métis étaient à la base un simple campement de chasse dont Elise Reford à hérité et qu'elle entreprend en 1926 de transformer en jardins. Au départ, Elsie Reford était loin d’être une adepte du jardinage. Depuis le début des années 1900, elle était régulièrement venue à Grand-Métis pour y pêcher le saumon. Elle aimait aussi l’équitation, le canot et la chasse. Lorsqu’une intervention chirurgicale pour une appendicite vient entraver certaines de ces activités très exigeantes sur le plan physique, son médecin lui suggère l’horticulture comme alternative. Elle est alors âgée de cinquante-quatre ans. Son aventure commence donc à l’été 1926, où elle élabore le concept de ses jardins et supervise le début de leur construction. La mise en forme du chantier de plus de vingt acres de superficie s’échelonnera sur une dizaine d’années.

Première visite aux Jardins de Métis: la maison ERE132, la maison écologique et autosuffisante.

Pour ceux qui voudrait en savoir plus sur sa conception :

http://ere132.com/

Maison ERE 132 

La visite se poursuit avec les jardins de Métis, un petit labyrinthe aux allures anglais qui ravi les yeux !

Il y avait même un coin potager avec des choux vraiment étranges, qu'en tout cas moi je n'avais jamais vu.

Les jardins reprennent ensuite sur une allée fleurie qui mène à la villa Estevan (l'ancien campement de chasse, pas moins de 37 pièces, suite aux nombreuses extensions du domaine).

Villa Estevan 

Dans la villa Estevan se trouve présentement une exposition sur l'histoire de la famille d'Elise Reford, mais également une exposition d'art itinérant : Fleurs d'Armes.

C'est une exposition visuelle, sonore et olfactive sur la guerre qui met vos sens et votre cœur en émoi. Je ne l'aurai pas cru, mais j'en ressors un peu troublé.

« Je crois que les gens ont le pouvoir de trouver la beauté et l’espoir même au milieu des horreurs de la guerre. Cette exposition évoque la nature humaine en temps de guerre à travers une série de représentations artistiques, d’expériences multisensorielles et par le portrait de dix Canadiens impliqués dans la Première Guerre mondiale.

Les sculptures de cristal optique créées par Mark Raynes Roberts dépeignent des scènes illustrant différents éléments de la nature humaine, alors que les parfums développés par Alexandra Bachand évoquent des souvenirs personnels.

Fleurs D’ARMES est inspirée des fleurs cueillies par George Stephen Cantlie dans les jardins, champs et haies d’une Europe déchirée par la Guerre puis envoyées à sa petite fille à Montréal. J’ai analysé ces fleurs centenaires à l’aide du «langage des fleurs», une méthode de communication de l’émotion par les fleurs, pour raconter l’histoire de la nature humaine dans le paysage de la guerre. »

Viveka Melki, commissaire

https://fleursdarmes.ca/

La fin des jardins se terminera par la place des festivals, une place où se côtoient de multiples œuvres et projets artistiques.


Fin de la visite. Programme immédiat : m'acheter un duvet digne de ce nom et faire route vers Sainte Anne des Monts.

Peut être ranger un peu la voiture aussi, les jours passent et les affaires s'entassent...

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Parc national de la Gaspésie

Parc National de Gaspésie

Jour 1

Ce jour je me réveille avec difficulté. J'ai dormi de nouveau sur une aire municipale, mais à peine arrivé qu'une voiture de police à fait une ronde sur place. J'étais à côté de mon véhicule donc pas de soucis, mais cela m'a stressé pour le restant de la nuit.

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Mais pas le temps de m’apitoyer sur mon sort, un programme chargé m'attend : le Parc National de Gaspésie. Quelques 20min en voiture et j’entre dans la zone du Parc. Il me faut encore 20min pour atteindre le centre d’information. Ce parc est immense !

Mon billet et mon plan en main, j’ai décidé de faire le tour du Mont Albert, 17,4km, 850m de dénivelé pour 6h à 8h de marche, que des Québécois rencontrés hier au Parc du Bic m’ont conseillé. Seulement il me faudra être rapide. Il est déjà 11h et à l’accueil m'a informé que si je mettais plus de 3h pour monter au sommet, fallait même pas que je tente le tour en entier sinon je reviendrai dans le noir à mes risques et périls.

Pas de soucis, le défi est lancé. Ascension du Mont Albert en moins de 3h, top Chrono !

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Bon alors là il faut que je vous dise, oubliez tout ce que j’ai dit sur le sentier des Loup du Parc Jacques Cartier. Ce n’était rien en comparaison de celui-là !

Après 1km de marche j’arrive à bout de souffle au premier belvédère… Mais c’est quoi ce sentier ?! Je vais mourir. La mort m’appelle. Elle est là, elle m’attend. Plus que 4km… Jamais, impossible… Je continue pourtant, doublant même quelques personnes. Je regarde ma montre, « en moins de 3h », je suis dans les temps.

La montée semble interminable. Monter. Toujours monter. Je m’arrête un moment pour reprendre des forces. Horreur ! Je ne trouve pas mon petit kit de survie : mes sachets de sucrettes. Je vide mon sac. MP3, lunettes de soleil, perche à selfie. Le matos parfait du touriste est bien là mais celui du randonneur demeure aux abonnés absents. Je réalise soudain le pourquoi du comment : cf anecdote du parc du Bic, j’ai dû tout enlever et visiblement je n’ai pas tout remis. Quel idiot ! Je check mes rations : 2 pommes et 2 barres de céréales. Car forcément, aujourd’hui je n’ai pas non plus prévu de sandwich. Elle s’annonce difficile cette randonnée. Je mange donc une demi barre de céréale, et reprend ma route.

Au fil du trajet, mon corps se met en mode économie d’énergie. Mon cerveau ne semble plus irrigué, mon cœur donne tout ce qu’il peut à mes jambes et mes yeux. Peut-être même juste un sur deux pour ces derniers. Je soupçonne mon corps d’avoir compris qu’il n’aurait pas sa barrette de sucre... Je marche tel un robot et pourrais passer près d’un cerf, d’un ours ou d’un éléphant que je ne le remarquerais même pas. Je sens aussi toute la colère qui émane de mes jambes. Elles sont furieuses, suppliant qu’on s’arrête. Mais l’information ne parvient pas jusqu’à mon cerveau. Il est en veille. Je continuerai donc à marcher jusqu’à épuisement

Pas question de monter pour ensuite revenir sur mes pas, je veux faire le tour en entier !

Enfin le sommet est en vue. Défi relevé et avec brio : 2h05 ! Applaudissement, haie d’honneur et tout le tralala ! Joie immense d’être arrivé, et dans les temps en plus. Pas si pire finalement ;)

Malheureusement la vue n’est pas au rendez-vous. Mère Nature fait encore des siennes. Une mer de brume m’obstrue le paysage et fait chuter la températurer. Le vent souffle. Je trouve refuge dans un abri, histoire de reprendre quelques forces.

La suite de la randonnée se fait par le plateau du mont Albert. Endroit présentement vraiment incroyable ! Le paysage est complètement mystifié par un épais brouillard. La brume humidifie l’air et vent souffle violemment. Je remets une veste et enfile mon coupe-pluie.

J’avance dans le néant, passage d'accès à une autre dimesion. Par temps dégagé on aurait peut-être pu appeler ce plateau « les plaines des joyeux caribous » mais aujourd’hui, je le nommerai « les plaines des âmes en peines vouées à l’errance éternelle. »

Plaines des âmes en peines vouées à l’errance éternelle 

Ce voyage hors du commun dans les limbes se transforme en jeu de piste où il faut repérer les monticules de pierres, seuls indicateurs du chemin à prendre. Tout égarement me perdrait dans ce labyrinthe de brume.

Suivez le guide 

Un sentier se dessine finalement devant moi, fait entièrement de rochers et de cailloux. L’escalade est désormais de la partie, éprouvant mon agilité, ma dextérité et mon équilibre. A mesure que je descends, le paysage se dévoile à mes yeux. Impressionnant. Surréaliste. La hauteur des falaises, la couleur des rochers, la timide cascade et la nature, j’ai l’impression d’être entré dans un monde perdu. Un dinosaure pourrait surgir que je n’en serais même pas étonné.

 Le monde perdu

J’apprécie énormément cette partie de la randonnée. La nature est belle. Mais cela me coûte. Si je parcours les quelques premiers kilomètres de ce nouveau monde avec entrain et émerveillement, la fatigue commence bientôt à se faire ressentir. Marcher de roche en roche demande beaucoup de concentration et d'énergie. Pour ajouter à ça, le parcours devient humide, les roches glisses et les quelques parcelles de sentier en terre deviennent boue. Cela en devient presque dangereux. Il faut redoubler de prudence. Malgré tout, je manque pas moins d'une vingtaine de fois de chuter, je ne sortirai pas indemne de ces 17,4km... La mauvaise nuit dernière commence également à se faire ressentir, je suis en train de puiser dans mes dernières forces.

Sur le chemin, je fais un arrêt au Lac du Diable. Puis il y aura la chute du Diable, mais elle sera un peu hors de vue.

Lac du Diable 

Entre les deux, je passe dans une partie de la forêt qui a revêtu ses couleurs automnales.

Forêt d'automne 

La chute du Diable.

La chute du Diable 

La fin du sentier longe la rivière et me laisse apprécier de jolis points de vue.

Fin de la randonnée, ça tombe bien car la nuit tombe. Je suis épuisé mais tellement satisfait de l'avoir fait.

Et peu importe l’effort, ce soir je dors au chaud, confortablement installé dans un gîte « La maison entre terre et mer ». Enfin... encore faut-il le trouver. L’adresse entrée dans mon GPS ne correspond pas du tout au bon lieu. Après avoir tournée un peu dans les environs, je me résous à demander de l’aide. Une chance, la personne connait. Il y a un problème avec Google map qui n’indique pas le bon emplacement et il n’y a rien à faire. C’était bien ma veine !

Quoiqu'il en soit, l’endroit est charmant et les hôtes très accueillants. J’y passe une très bonne nuit.

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Jour 2

Le lendemain matin j’ai le droit à un copieux déjeuner : des pains dorés (pains perdu) avec fruits, confiture et sirop d’érable. Un vrai régal. Je partage ce moment avec mes hôtes ainsi que Nicolas et Amandine, deux français qui sont compagnons de voyage. Une parisienne et un marseillais. Comme quoi tout est possible ! Eux aussi font le tour de la Gaspésie. Nous serons peut-être amenés à nous revoir.

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De mon côté je retourne au parc national de la Gaspésie. Et c’est plein de bonne humeur que je reprends la route car le soleil, assez timide jusqu’à maintenant, à enfin décidé de pointer le bout de son nez. Malheureusement à mesure que j’approche du parc, le ciel, tout comme ma bonne humeur, se teinte d’un gris maussade. En arrivant au centre d’information, pas de changement radical, le temps est le même qu'hier… Mon projet était de faire le sentier du Mont Xalibu et je m’informe au guichet si le temps va se dégager. « Peut-être » sera ce qui se rapproche le plus de la réponse que l’on me donne. On me conseille plutôt e faire le Mont Olivine, à plus basse altitude et qui lui devrait se dégager. J’informe alors que j’ai déjà fait le secteur du Mont Albert hier (le sentier du Mont Olivine empruntant 8/10 du sentier du Mont Albert) « oui mais monsieur ça n’a quand même rien à voir ! » Je ne suis pas satisfait de cette réponse. D’ailleurs je crois que rien ne va me satisfaire aujourd’hui. C’est une première depuis mon arrivé, mais aujourd’hui je fais mon français bougon !

Je décide quand même d’aller vers le mont Xalibu, au pire, il y a le lac aux Américain qui le juxtapose. Et les deux français de l’auberge m’ont dit que la vue était magnifique, typique des lieux canadiens.

En arrivant à destination, je constate avec une certaine lassitude que le mont Xalibu est entièrement enveloppé de brume. Je me résigne donc à ne faire que le lac. Après 1,5km de marche je ne peux qu’imaginer que les français ne m’ont pas menti, car le lac est couvert d’une épaisse brume. En même temps, je trouve le spectacle assez énigmatique et reposant à regarder.

J'y rencontre un autre couple de français, avec qui j’avais discuté la veille au mont saint Albert. Nous mangeons ensemble devant le lac qui se découvre peu à peu, nous exposant enfin toute la beauté de ce lieu. Un lac entouré de montagnes, magnifiquement québécois !

Le temps décide finalement de se mettre au beau fixe, mais l’après-midi est déjà bien entamé, je ne peux commencer aucun sentier de randonnée. C’est alors avec beaucoup de déception que je quitte le parc. Je repasse même devant le mont Saint Albert, complètement dégagé aujourd'hui. Pour compenser ma frustration, je fais un peu de tourisme à Sainte Anne des Monts puis m'installe à dans un Tim Hortons pour conter mes mémoires. Ce deviendra mon meilleur ami tout au long du voyage, ils ont la wifi ! En fin de journée, un couple de Québécois s’assiéra à côté de moi, et c'est tout naturellement qu'on jasera une bonne partie de la soirée.

Tout à l'air si simple ici.

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Je reprend ensuite la route, fini les auberges douillettes et les bon petits déjeuner, ce soir c'est moi et Toyota en tête à tête. C’est toujours un peu la galère de trouver un endroit où se poser mais j’en trouve finalement un superbe, juste devant la mer. Un van a aussi choisi d’y passer la nuit. Le ciel est dégagé, m’offrant un spectacle nocturne des plus appréciables que je reste observer pendant plusieurs minutes.

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Jour 1

Le matin, levé de soleil sur la mer. Image magnifique que je capture et qui me fait penser que la journée sera bonne. Mais 6h15 c’est un peu tôt, je me rendors quelques heures.

Levé de soleil 

Sur la route qui mène au parc, la nature m'offre toutes ses couleurs. L'automne est bien là !

Et je vois aussi une chose assez étrange. Est-elle bien réglementaire cette plaque d’immatriculation... ?

Arrivé au parc Forillon, on me conseille de faire le sentier du Mont Alban et celui des Graves. Le parc est magnifique, la nature l’a également paré de ses plus belles couleurs de saison, dont ces dernières sont sublimées par un soleil très présent. Comparé au Mont saint Albert, ce sentier est easy ! Et là, j’ai une vue magnifique à 360° sur le paysage.

Au détour du sentier, je tombe sur des têtes connues : les deux français de l’auberge. On échange un peu et j’apprends qu’ils ont vu hier des phoques, un ours noir et deux orignaux. Et aujourd’hui, sur le même sentier que moi, 20min plus tôt, quatre orignaux. Moi je suis à 0 phoques, 0 ours noir et 0 orignaux. Mais quel est leur secret ?!

Je reprends ma route, confiant de voir peut-être enfin quelques animaux. Mais rien.

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J’arrive au deuxième sentier que l’on m’a conseillé. La vue sur la mer est splendide et je prends un peu de temps pour l’admirer.

C’est à ce moment qu’arrivent à leur tour Nicolas et Amandine. Ils me rassurent, ils n’ont pas recroisé d’animaux. Ouf ! Et c’est tout naturellement qu’on décide de faire le sentier vers le bout du monde ensemble. Idée richement récompensé tant au niveau humain qu'au niveau découverte. Nous avons vu des phoques, que j’ai pu mieux apprécié avec les jumelles de Nicolas, perdrix et même un porc épic pas très sauvage à la pointe du bout du monde. La théorie d’Amandine sur la pointe du bout du monde c’est que qu’elle s’appelle comme ça car lorsqu’on arrive, on n’a qu’une envie c’est faire demi-tour! Et elle a sans doute raison. Les rafales de vent sont puissantes et gelées. On se recouvre tous les trois mais ne restons pas longtemps.

Un coucher de soleil nous accueillera à la fin de notre trajet. C’était vraiment une chouette journée.

C'est la fin de la journée, je quitte Nicolas et Amandine, peut-être nous reverrons nous.

Au détour d’un virage pour aller à mon auberge, apparaissent tout d’un coup deux orignaux dans mes phares. Gros coup de flip, je freine bien que déjà arrivé à leur niveau il est trop tard. La voiture derrière moi fait un écart pour les éviter. Plus de peur que de mal. Décidément, que de surprises aujourd’hui !

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Jour 2

Bon, aujourd’hui j’avais prévu de faire du canoë dans le parc Forillon car l’auberge dans laquelle j’ai dormi proposait cette activité. Seulement voilà, ce n’est pas vraiment eux mais plutôt leur partenaire qui organise ces excursions et aujourd’hui, je suis le seul inscrit. Il faut un minimum de deux. Pas de chance, pas de canoë donc…

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Je décide de refaire quelques randonnées dans le parc Forillon, en particulier le versant Nord que je n’ai pas encore vu.

Le premier sentier Les plaines, n’est pas extraordinaire. C’est également une piste cyclable, ce qui à mon goût perd tout le charme des chemins de randonnée. Bon au moins, il fait beau, et je trouve même de la compagnie : une coccinelle vient se poser sur moi. Je n’en avait jamais vu de pareille, ses couleurs ressemblent à des signes égyptiens.

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Le second sentier, les lacs, sera bien plus intéressant ! Il fait d’ailleurs parti du chemin international des Appalaches. L’accueil avait qualifié ce sentier de difficile, c’est bien vrai ! La montée est vraiment rude et intense. Mon talon ne touche même pas terre. Mais après le mont Albert j’ai l’impression que rien ne m’est impossible !

La randonnée est agréable à faire, les couleurs d’automnes sont toujours là, projetant par moment un hâle doré sur le passage.

Soudain, j’entends un bruit. Quelque chose se déplace dans les épais branchages et feuillages, juste devant moi. Mon cœur s’accélère. Pourvu que ce soit gentil… J’entends alors LE cri que je recherchais tant ! Un cri d’orignal. Je ne parviens malheureusement pas à le voir. Juste une ombre qui me nargue. Il cri de nouveau. Bon vous me voyez arriver, je tente bien d’imiter son cri. « je viens en ami » lui dis-je dans sa langue. Mais mon orignal doit être un peu mauvais car cela ne l’a pas fait bouger d’un iota. En même temps s’il est du même niveau que mon anglais, je ne peux pas blâmer cette pauvre bête...

Quoi qu’il en soit, il est toujours là. J'essaie de m’approcher mais je ne vois rien, et je ne voudrai pas le faire fuir. Il bouge un peu, récrit. Je lui réponds de nouveau. Mais rien. Je décide d’attendre un peu, il finira bien par sortir.

Vient alors ce moment tant espéré, les branchages craquent, il vient vers moi ! Ça y est, il sort ! Il est impressionnant, il est puissant, il est… il est…humain… ?? Je tombe des nues en voyant ce mec, revêtu d’une combinaison de camouflage, porte-voix à la main, sortir d’où il y aurait dû y avoir un orignal. C’est seulement après quelques secondes que je réalise qu’il n’y en a finalement jamais eu, c’était cet homme depuis le début. Ce dernier s’approche de moi « tu l’as-tu entendu toi aussi? Y’en avait un tout près, il m’a répondu. » « oui oui j’ai entendu ! » Je n’ai pas osé lui dire qu’a 99% ce devait être moi. Mon orignal n’est peut-être pas si mauvais finalement !

Après cette drôle d’aventure, je me remets en route vers mon objectif, le lac au Renard. Ce dernier est uniquement accessible via ce sentier, j’ai beaucoup d’espoir de voir quelque animaux là-bas. Les traces laissées dans la boue me confirme que des animaux sont passés par là.

Malheureusement, ce ne sera pas le cas. Ce jour ne sera pas noté d’une croix blanche pour les rencontres animales mais le sentier reste très sympa à faire.

Prochaine étape, Gaspé et son Site d'interprétation de la culture Micmac de Gespeg.

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Aller hop, on oublie Gaspé !

Les quelques minutes que j’ai passé à traverser la ville m’ont suffi. Je ne trouve pas vraiment d’intérêt à rester ici et trouver un endroit pour dormir me parait compliqué. Je file donc vers Barachois, il y a normalement de belles plages. Et par conséquent de bons spots pour dormir à la belle étoile.

Trouver un endroit ne sera pas plus facile que d’habitude mais cette fois, la perle rare sera une aire municipale. Cette dernière s’enfonce un peu vers la côte, pas en vue de la route donc, mais aucunes places de parking ne semblent délimitées sur cette « plage ». Les sanitaires sont un peu glauques... Pas d’éclairages, pas âmes qui vivent. Je suis à deux doigts de faire demi-tour, mais pour aller où ? Après plusieurs minutes de réflexion, je décide de rester. J’éteins le plafonnier, me fais discret. J’adopte une nouvelle fois la posture du caméléon, si je ne bouge pas, on ne me voit pas.

Mon repas et sa préparation se fera dans le noir, en allumant brièvement le plafonnier l’espace de quelques secondes. Mais finalement, je ne résiste pas l’envie de sortir pour profiter de la nuit étoilée qui s’offre de nouveau à moi. Après avoir fait le plein d’étoiles, je mets la voiture en break et me couche. Bonne nuit !

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Le soleil se lève le lendemain avec une vue imprenable sur la mer. J’ai rudement bien fait de rester ici. Je déjeune sur la plage, profite un peu du soleil et c’est l’heure de repartir.

Plage Barachois 
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Mon planning est tout chamboulé, je ne sais pas trop comment va se dérouler la journée. Première étape quand même, la chute de la rivière aux émeraudes. Après avoir loupé l’entrée du sentier, car bien sûr, toujours pas de réseau, je rejoins ce petit coin de paradis. L’eau est magnifique, le lieu est magnifique !

J’ai emmené une serviette pour, au cas où, me baigner. Une québécoise est venue avec la même idée. Après avoir trempé nos pieds dans l’eau turquoise, on se ravise. Pourtant elle, elle est habitué à se baigner dans les lacs me dit-elle. C’est à cet instant qu’un groupe de français arrive, avec au milieu d’entre eux, une bretonne. Ni une ni deux, elle se met en maillot de bain et en trois quart de seconde se retrouve à nager dans l’eau avec une aisance déconcertante. On se regarde avec la québécoise, envieux... Finalement, elle se met en maillot à son tour. « Elle me provoque » me dit-elle en souriant avant de rentrer à son tour dans l’eau. Moi je reste là, sur la rive, à les regarder. Oh et puis merde ! Je me lance à mon tour.

Elle est fraîche, très fraîche ! Aux alentours de 14° me dit la bretonne, mais quel bonheur de nager dans ces eaux turquoises. Et quelle satisfaction de l’avoir fait ! Je reste un moment devant les chutes, à profiter de la vue qui s’offre à moi.

De leur côté, les 3 filles du groupe de français se mettent en mode shootting photo. Et c’est assez impressionnant à voir. Des poses en veux-tu en voilà : cheveux attachés, détachés, relevé, sur le côté, posture assise, debout, couché, en faisant le poirier sur une main tout en jonglant avec les pieds… Bon ok j’exagère un peu la dernière partie, mais ça y ressemble beaucoup !

Je passe environs deux heures dans cet endroit magique et fini par partir. J’y serait bien resté toute l’après-midi.

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Je continue ma route vers Percé, et son parc de l’île Bonaventure. Mais je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas vraiment le goût de le faire. Je prendrai juste des photos. Parking à percé, 9$, monter au sommet de la dune pour vue imprenable sur l'île Bonaventure et Rocher Percé, 1$. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ont le sens des affaires ici… Et ce n’est que le début. Après avoir parcouru quelques mètres sur la route principale, je fais aussitôt demi-tour de ce piège à touriste. Magasins de souvenirs s’entassent tout du long. Ce n’est pas ce que je suis venu chercher.

Percé 
Rocher Percé et l'île Bonaventure 

Attention, dans cette rue, des orignaux gardent les parking !

Je me dirige vers une zone moins touristique et commence seulement maintenant à trouver du charme à Percé. Je vois même une route qui même à une grotte dans le mont Sainte Anne, je l’emprunte. C’est en réalité une mini-chute creusée à flanc de falaise. Un autel en hommage à la vierge Marie y repose également, dont quelques pièces y ont été déposées, à peine 1$ en tout.

Mais quel regret quand même de constater que la misère est partout lorsque je surprends un homme en train de récolter les pièces de l’autel. Ce même « miséreux » que j’ai vu arriver en 4x4. Pour en être arrivé à ce niveau-là, prendre les quelques pièces données en offrandes, ce doit forcément être maladif. J’ai de la peine pour ce pauvre homme. Je le fixe. Il n’est pas à l’aise, sentant mon regard sur lui, mais je ne dis rien. Je n’ai pas encore cette force de caractère qui me permet de frapper dans un mur. J’observe juste, et repars. Emportant avec moi le regret de n’avoir rien dit. De toute manière, quoique j’eusse dis il les aurait repris aussitôt que j’aurai disparu.

Ma randonnée se termine, et il se fait tard également. Je file à la recherche de mon prochain lieu pour dormir, aux alentours de Bonaventure. Les villages dans lesquels je passe sont assez conséquents et leur aires municipales bien trop éclairées à mon goût. Je passe la Bonaventure sans avoir trouvé où me garer. Arrivé à l’aire municipale suivante, je retente une recherche sur mon droit ou non de dormir ici. Pour une fois j’ai du réseau et je trouve clairement la réponse : Non ! Pas plus de 4h. Forcément, ça n’arrange pas mes affaires. Je repars, ne pouvant pas rester ici, bien trop exposé. Je fais demi-tour et trouve finalement à me garer dans un autre village, une rue peu éclairée, près d’une église. Parfait ! Je me fais discret et me couche.

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Je suis réveillé le lendemain par des bruits de conversations non loin. Ah bin oui, on est dimanche aujourd’hui, les gens vont à l’église! Une chance que je n’ai pas choisi le parking pour me garer...

Pour aujourd’hui, j'avais prévu le bioparc de Bonaventure mais le temps n’est pas super, je reporte à demain et décide de faire le village Gaspésien de l’héritage britannique à la place.

Pas de chance, arrivé sur place le site semble fermé. Toutes les maisons sont closes mais le sentier est accessible. Pas de soucis, je vais me faire ma propre visite.

Le Village britannique est fondé en 1989 sur la côte de la Baie-des-Chaleurs afin de préserver l’héritage britannique de ces lieux. Ce village témoigne de la présence des colons anglais en Gaspésie, notamment à New-Richmond.

Les premiers colons anglophones débarquent en Gaspésie vers 1783, quand des dizaines de familles fidèles à la couronne britannique quittent les États-Unis après la déclaration d’indépendance pour s’installer dans la région de New-Richmond. Les Loyalistes construisent des moulins sur la rivière Petite Cascapédia et Grande Cascapédia, ainsi qu’une jetée sur la plage May et un chantier naval sur la Pointe-Duthie ou Shiyard Point. Ce chantier, qui appartenait à la famille Cuthbert, a construit de nombreux bateaux jusqu’à la fin du XIXe siècle, tels que des trois-mâts, des goélettes, des brigantins et autres.

La cabane de bûcherons : la forêt Gaspésienne joua un rôle important dans l'économie de la région durant plus de 250 ans. Dès 1760, beaucoup de bois fût exporté vers l'Angleterre. C'est après 1920 que l'industrie forestière décline. Puis la fermeture de la papeterie Smurfit Stone en 2005 marque finalement la fin de l'industrie forestière de New Richmond.


Cette reproduction vue du ciel représente l'ensemble des bâtiments où logeait une famille de fermier, il y a une trentaine d'année tout au plus, et ce depuis des générations. La maison, centrale, dessert la grange, l'écurie, l'étable, la porcherie, le poulailler, la laiterie, les puits couverts... Un réseau de clôtures en perches de cèdre et de barrières encercle les activité de la cours, du potager, et l'ensemble des cultures.


Vestige de la Maison Carswell :George Carswell était un maitre constructeur naval d'ecosse. Il s'installa à la pointe Duthie vers 1830 pour travailler au chantier maritime Cuthbert. Il sera le constructeur naval le plus réputé, ayant bâti les deux plus grands bateaux de Gaspésie. La maison est tombé en ruine après le départ de ses dernier habitant en 1950.




Grenier de la Maison Cochrane : famille écossaise installé au New Richmond en 1855.




Vestige de la Maison Duthie : famille écossaise installée a Dimock Creek en 1835




Depuis l'ouverture en 1833 du premier moulin à scie par William Cuthbert, New Richmond s'affiche comme un véritable royaume forestier. Les générations ne cessent d’acquérir et de maîtriser de nouvelles techniques de transformation du bois.




Maison Campbell : famille écossaise installée à Caps-Noirs en 1861.




La Maison Willett : William Willett, fermier, négiciant et capitaine. Fuyant la guerre d'Indépendance, il vint s'installer avec son fils à Pointe Duthie où il établie un poste de traite tout en s'adonnant à la construction navale. C'est son petit fils qui construist la maison au début des années 1900. Elle changera de propriétaire à de nombreuses reprise.



De 1941 à 1961, la Maison Willett appartenait aux américains Jack et Jill Russell, également propriétaire du prestigieux Camp Baldy (club de pêche au saumon) Lorsque Jack réalisa que les compagnies délaissaient les voitures privées du train au profit des avions, il convertit la terre derrière sa maison en piste d’atterrissage pour avions privé. Dès lors, la Maison Willett devient un foyer bourdonnant d'activités où magnats et hommes d'affaires américains atterrissaient boire un thé avant de se rendre au Camp Baldy.


Petit aperçu des autre bâtiment du village de l’héritage Britannique. n temps normal, je pense que ceux-ci sont ouvert et on peut les visiter.

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Après cette belle randonnée chargée d'histoire, il est temps de quitter ces lieux pour rejoindre à mon tour le bâtiment où je passerai la nuit. Chose assez étrange, il n’y a pas d’accueil à l'auberge. J’entre dans le bâtiment, peu persuadé et rencontre deux personnes. Un Québécois, Barra, qui est ici depuis une semaine, et une française, Chloé, qui me précède de 10min. J’apprends alors que le propriétaire a eu un imprévu et ne sera pas la de la journée. C’est Barra qui me fait gentiment la visite des lieux. C’est un peu étrange de n’avoir aucun responsable dans les lieux, mais l’ambiance semble plus détendu et nous passons une excellente soirée tous les trois.

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Le temps aujourd’hui n’est pas meilleur qu’hier, mais tant pis, c'est pas si pire, je vais quand même au Bioparc. Je verrai des ours, même s’ils sont dans des enclos !

Gros coup de chance, j’arrive juste à l’heure où les soigneurs donnent à manger aux animaux. On sera 6-7 à suivre ce rituel, accompagné d’une guide qui nous accompagnera et nous parlera des animaux qui sont ici et de leur histoire.

Beaucoup d’entre eux sont des animaux qui ont été blessé et recueillis par les gardes forestier puis donnés au Bioparc. Certain seront relâchés dans la nature après leurs convalescence, d’autres y sont gardés, incapable de survivre en milieu sauvage.

Loutre de rivière 
Raton laveur 
Moufette 
Renard roux 
Renard hybride, croisement entre renard roux et renard argenté 

J'ai été surpris de voir à quel point les coyotes ressemblent aux loups, ou aux chiens, au choix.

Coyotes 
Couguars 
Lynx du Canada 
Lynx roux 
Loups 
Ours noirs 
Cerf de virginie 
Caribou 
Orignal 

Il y a également dans le Bioparc une ferme animalière, ainsi qu'un insectarium (les papillons ont vraiment des couleurs exceptionnelles) et un vivarium.

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Dernière ligne droite de mon voyage et dernier fois que je dormirai dans la voiture. En route vers le Lac de Temiscouata. La route est longue mais avec « radio Gaspésie, la voix des gens d’ici » que j’écoute depuis le début je suis en de bonne compagnie. Enfin pour un temps seulement car je décide passer par le New brunswick. Pourquoi ? Parce que j’en ai envie !

Difficile de capter des stations. Pour la première fois je mets un coup de clé usb et me voilà, sur les grandes routes canadiennes, à traverser les immenses paysages ensoleillés, fenêtres ouvertes, volume à fond, à chanter à tue-tête. Un authentique sentiment de liberté s’empare de moi. Que du bonheur !

Sur ma route, oui Il y a eu du move, oui, de l'aventure dans l'movie 

Je m’arrête quelques instants à Grand Sault, histoire de faire une petite pause et de prendre les chutes en photo, puis je repars.

Grand Sault 
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Je passe la nuit sur un parking près du Lac Témiscouata à Dégelis. Au détour d’une rue, je tombe sur un panneau qui me fait sourire, la ville est jumelée avec le Longeron. Le monde est vraiment petit !

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J’ai vraiment de la chance, il fait super beau lorsque je commence ma randonnée, en même temps Québec est en canicule. Elle n’est pas très longue, environs 3h de marche, mais c’est qu’il me reste encore de temps pour rejoindre mon airbnb à Quebec.

Le sentier longe le lac par la forêt. Il fait chaud et la chaleur devient vite éprouvante dans cette forêt sans air. Je fini par tomber le haut. En plus il y a quelques obstacle sur le chemin qui ne me facilite pas la tache.

Bon à savoir : ne pas prendre de chaussures ouvertes lorsque vous prenez un sentier recouvert d'épines de pins. Ce n'est pas la plus plus agréable des situations...

Et sur la route, je manque d’écraser à nouveau un serpent, décidément ! Mais après être passé par le Bioparc, je peux affirmer à 90% que c'est une couleuvre. Le 10% restant est dû au fais que je ne suis toujours pas biologiste...

A la toute fin de la randonnée, la chaleur n’a pas diminué, mais la proximité du lac offre une légère brise et il fait bon être au soleil. Le lac m’appelle et je ne résiste pas à l’envie de m‘y baigner. L’eau n’est pas aussi belle que les chute d’émeraudes, serai-je devenu exigeant… ? Quoiqu’il en soit, ça me fait un bien fou et je me pose même une bonne heure au soleil, avec pour seul compagnie les bruits de la nature. Les vaguelettes à la surface du lac. Le chant des feuilles, bercées par le vent. Les petits animaux qui peuplent ces bois. Relaxant.

Je profite de ce moment car il marque, aussi, la fin de mon voyage en Gaspésie. Témiscouata est mon dernier arrêt et c’est donc plein de nostalgie que je démarre Toyota et quitte ce merveilleux endroit. Mais cette sensation est de courte durée, je sais que je repars avec pleins de bons souvenirs que pleins d’autres choses m’attendent.

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De retour à Quebec en airbnb pour 2 jours; le temps de faire mes adieux à Toyota et de préparer ma future randonnée : le sentier du Fjords du Saguenay.

Ma randonnée ne fera finalement que 30 km puisque je ne partirai malheureusement pas de baie Sainte Margueritte (premier refuge complet). Mais ça me prendra 3 jours de randonnées quand même !

Après avoir préparé quelques provisions, acheté un sifflet et des gélules pour purifier l’eau (elle sera non potable sur la randonnée, rassurant !) j'embarque dans un covoiturage, welcome Tadoussac ! Tadou, pour les locaux.

Je suis déposé à l'auberge de jeunesse de Tadou et file sans perdre de temps vers mon HelpX pour y déposer mes affaires avant de repartir. L'auberge où je travaillerai pendant un mois est l'auberge la Merveilleuse. L'endroit à l'air sympa, je me présente à l'accueil et demande à voir Charlotte, la responsable du lieu. Comment ? Ici c'est la micro-brasserie, l'auberge est juste au dessus. Ah ok. Bon première approche, ratée ! Je monte les escaliers. Fermé. Deuxième approche, ratée. Je sonne. Personne. Décidément ça commence bien ! Je fais mon français un peu insistant et quelqu'un m'ouvre finalement la porte. C'est Cassey, elle travaille pour l'auberge depuis fin juillet. Chose assez "drôle", elle n'est absolument pas au courant de mon arrivé... Problème de communication sans doute. Un coup de fil à charlotte et tout est "quasiment" réglé. Je n'ai juste pas d'endroit où dormir pour le moment, problème de communication sans doute... A priori, je remplacerais un gars qui arrête dans 3 jours mais qui n'est pas au courant qu'il arrête dans 3 jours. Problème de communication sans doute... Je sens la bonne ambiance et le bon début de ma saison...

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Mais peu importe, moi pour le moment tout ce que je veux c'est poser mes affaires, une voiture m'attend pour m'emmener à l'anse de roche, le point de départ de ma randonnée. Chose faite, je me rends à l’auberge de jeunesse où un véhicule m’emmènera jusqu’à mon point de départ pour 40$. Pour 30 min de route ça m'a l'air excessif (surtout après 3h de covoit à 20$) mais pas trop le choix. Arrivé à la porte de l’auberge, je croise un Québécois, Louis-Philip, qui me demande si c'est moi qui vais faire la randonnée du Fjord. Il semble également intéressé mais reste encore indécis. Finalement, il embarque dans la voiture, ce qui fait chuter le coût du trajet à 20$/ personne. Cool ! Merci LP

Après avoir chargé nos sacs dans le coffre, qui au passage, dégageait une odeur de vinasse absolument immonde, nous partons avec notre chauffeur. Alors peut-être aurais-je dû y aller à pied... sa conduite n’est pas sans risque et on apprend qu’il a déjà perdu quelques points sur son permis. Sans blague !

On arrive quand même sains et saufs à notre lieu de départ. Seul mon duvet n'y aura pas survécu, une tache de vin y est miraculeusement apparue. Super !

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Me voici devant le sentier du Fjord, plus de retour possible ! Mais qu’est ce qui m’a pris de vouloir faire ça ? N’importe quoi ! Une randonnée de 3 jours, mais ça n'a pas de bon sens !

Je me ressaisi. Aller ça va être le fun, en plus je ne suis pas seul, il y a Louis-Philippe. Enfin... encore faudrait-il pouvoir le suivre ! Il marche vite le bougre ! Rien d’étonnant finalement, il fait plein de randonnées et ce trajet-ci, c’est sa troisième fois. Normal quoi ! Tout de suite, cela me parait beaucoup moins insurmontable et je tente de d'adopter son rythme.

Le plus éprouvant n’est pas le sentier, mais de porter le sac à dos. Il est trop lourd. Beaucoup trop lourd. Je n'ai qu'une envie : le jeter et m’enfuir en courant. Celui-de LP à l’air moins gros. En même temps, j’apprends qu’en nourriture il a juste emmené un paquet de céréales, des noix, du chocolat, du pain, quelques pommes et une gourde de 1 litre. Moi à côté : 5 gros Tupperwares de salades de riz bien remplis, la moitié d’un paquet de gâteau apéritifs, un gros paquet de cookies, 10 barres de céréales, 7 pommes, 80cl de boisson énergisante et 3 litres d’eau… Je réalise alors que (peut-être) j’ai été (un peu) excessif.... Une chose est sûre, à défaut de mourir de fatigue, je ne mourrai pas de faim.

Nous atteignons le premier refuge après seulement 4km, mais je suis à bout! J’ai envie de balancer mes salades de riz par-dessus les falaises. J'en viens à les maudire, toutes ! Allez oust ! Libérez du poids ! Bon évidement je ne le fais pas. J’en mange une et en propose une autre à LP qu'il accepte volontiers. C'est vraiment quelqu’un de très intéressant qui a fait pleins de voyages. Il semble tout connaitre, c’est impressionnant. Et sa copine vient de Saint Herblain. En France, oui. Le monde est vraiment petit finalement !

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Le chalet est super, pas ce à quoi je m’attendais. C’est spacieux, c’est lumineux, les lits ont l’air biens confortables, et la vue des balcons sur le Saguenay est vraiment superbe. Moi j’ai réservé ici pour la nuit, LP n’a rien réservé (mais chut !) 4km ce n’est pas assez pour lui, il a le goût de continuer et de rejoindre l’autre chalet à 12km. Moi je suis HS, pas le courage de faire tant de marche. En plus nous avons commencé relativement tard la randonnée, fait que le soleil va se coucher. Mais pour lui ce n’est pas un problème, il aime marcher dans le noir. Il reste quelque temps en ma compagnie, et je fume avec lui mon premier joint canadien. Pour ceux qui se posent la question, c’est fort ! Il part finalement vers 18h, dans la pénombre (le fou !) et moi je vais directement me coucher. Sans commentaires...

Le chalet, la classe !

Je me réveille le lendemain avec le soleil et en pleine forme. Le chalet est vide, aucun autre randonneur n'est arrivé dans la soirée. C’est si tranquille ici, et la vue est si belle avec ce soleil !

Vues du chalet 

Plein de courage et allégé de deux salades de riz, je reprends mon chemin pour 12km avant le prochain chalet. Porter le sac est encore éprouvant mais je vais à mon rythme cette fois, fait des pauses casse-croûtes pour vider ce sac de malheur, et prend des photos. Sur le chemin, je m’allège également de mes lunettes de soleil. Ce n’était pas spécialement prévu, mais à plus de la moitié du trajet, j’ai vraiment pas le goût de rebrousser chemin. Je les pleurs quelques secondes, puis en fait mon deuil. Peut-être des gens les trouverons et me les rendrons au prochain refuge.

Le sentier n'est pas toujours évident à suivre et il m'est arrivé d'emprunter un chemin qui n'en était finalement pas un.

Le.... sentier ? 

Quand j'atteins le second refuge, j’y retrouve Louis-Philippe qui y était arrivé vers 1h du matin. Il y a passé la journée, a fait un feu dans le poêle et a décidé de ne repartir que demain matin. On passe la fin d’après-midi et la soirée ensemble. Chouette, je peux me débarrasser d’une seconde salade de riz ! Je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai vraiment prévu trop! La peur de manquer sans doute.

Pour le fun, on fait un peu de marche à la tombée de la nuit, vers le site de camping. Ce dernier se révèle finalement assez loin (les panneaux disent n’importe quoi) et la nuit tombe vraiment. On décide de faire demi-tour dans le noir, armés de nos lampes frontales. Deux couples sont arrivés au chalet pendant notre absence, j’en profite pour savoir s’ils n’ont pas trouvé une paire de lunette. Non. Ô Désespoir…

Avec ce monde, le chalet est plus animé que la nuit passée, et le feu de bois est bien appréciable passée une certaine heure. Je m’étonne de la facilité qu’à LP de discuter avec les gens. Mais c'est un Québécois, c'est dans ses gênes.

Pour s'éclairer, pas d'autre choix que la bougie 

Je repars le lendemain avec PL vers 11h, on est les dernier, mais peu importe, on n’est pas pressé. La vue du soleil scintillant sur le Saguenay est vraiment belle. Le sentier du Fjord dans sa globalité est très beau, et offre d'exceptionnels points de vue. A un moment, nous faisons une pose au sommet du Mont Adela, c'est là que nous rencontrons un groupe d'étudiant français. Ni une ni deux, et comme à chaque personne que l’on a croisé sur la route, LP entame la conversation. Ils se poseront quelques instants avec nous et nous inviterons le soir même à prendre une bière à l’auberge de jeunesse de Tadoussac, là où ils dorment pour le weekend.

C'est à cette soirée qu'un des jeunes apprendra mon âge "hein t'as 28 ans ? Mais t'es un papi en fait !" Remarque ô combien plaisante... et à laquelle je répondrai en apprenant qu'ils ont entre 20 et 22 ans "Ah mais vous, vous êtes des bébés en fait" Maudit français tient !

Le Saguenay de bon matin 
Louis-Philippe qui faisant une pause , petit joueur !

La randonnée se termine par une vue impressionnante sur le Saguenay, le Fjord et Tadoussac, qui signe la fin de 3 jours de marche. 3 jours qui m'ont semblé passer à une vitesse folle.

Tadoussac 

Contrairement à ce que j'aurai cru, je ne suis pas fatigué. Au contraire. J'ai envie d'un quatrième jour de marche. J'ai envie de refaire cette superbe randonnée. Mais c'est impossible, j'ai des obligations qui m'attendent. Cette fois, les vacances sont terminées.

Demain, je commence à travailler.