Carnet de voyage

Mongolia

5 étapes
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Un proverbe mongole dit: "Les sages placent la vertu dans leur cœur"
Du 27 mai au 21 juin 2017
26 jours
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Сайн байна уу (Sain baina uu), lecteurs!

Voici mes nouvelles aventures en Mongolie! Mais d'abord, quelques informations sur le pays: Superficie: 1 564 116 km² (plus de 51 fois la Belgique) Population: 3 068 243 habitants (1/5 de la population belge) Densité: 2 habitants/km² Indépendance: 29 décembre 1911 Monnaie: le Tugrik

Drapeau de la Mongolie / La Mongolie à l'échelle du monde

Sur le chemin vers le pays de Gengis Khan, j'avais deux escales prévues en Chine, à Chengdu et Pékin. Pendant mon premier vol, j'ai eu la chance d'avoir un ciel dégagé et de pouvoir observer l'Himalaya d'un point de vue un peu différent! En fait, y avait pas besoin de faire un trek pour voir l'Himalaya, il suffisait de voler vers la Chine pour profiter de ces vues magnifiques ;) (photos 1-2). Dans les aéroports chinois, un petit aperçu de la Chine, avec les magasins où tout est en chinois et où on trouve péniblement des aliments que l'on connait (photos 4-5).

Et après 28 heures de voyage, l'arrivée tant attendue à Oulan Bator et la brève découverte des alentours de la capitale à l'atterrissage, comme petit avant-goût de mon séjour de trois semaines au pays des chevaux, des steppes et du désert.

Quelle surprise et quel changement néanmoins, par rapport au Népal et à l'Inde, de ne voir que des routes asphaltées sur le chemin de l'aéroport au centre-ville! Un parc automobile moderne avec beaucoup de grosses jeeps et de voitures hybrides, des feux de signalisations partout (et respectés par la majorité) et de grandes avenues avec de hauts buildings (soit dans un styles très soviétique, soit très moderne avec de grandes tours de verre). Je n'aurais jamais pensé dire ça de Oulan Bator, mais je me serais presque crue en Europe ;)

La veille de mon départ de Katmandou, j'étais par hasard retombée sur le couple de français qui m'avait donné les coordonnées de l'orphelinat Mary Home, Tiphaine et Max, et on s'était rendu compte que nous quittions Katmandou pour Oulan Bator le même jour! Nous n'avions pas les mêmes vols mais nous nous sommes retrouvés à l'aéroport de UB (Ulaanbaatar) et échangé nos contacts. Le surlendemain après notre arrivée, ils m'ont proposé de les accompagner en trek d'une journée autour de la capitale avec la tchèque qui les hébergeait en couch surfing et ses amis. Première découverte des paysages mongoles pour moi, car je me suis vite rendue compte qu'il n'y avait pas besoin de faire énormément de kilomètres hors de la ville pour se retrouver en pleine nature.

En 6 heures, 14 km, et en atteignant les 2000 mètres, on a déjà pu traverser différents types de paysages, voir de superbes fleurs et papillons et même marcher dans la neige (comme nous l'a indiqué Zuska, la tchèque qui hébergeait Tiphaine et Max, le chemin que nous avons parcouru était couvert de neige deux semaines plus tôt!). Une très belle manière d'aborder la Mongolie.

Quelques images de la ville et un dernier repas -au foie gras s'il vous plait! - à l'auberge avec Vincent, qui gère l'auberge et l'agence de treks, et Paul, un autre voyageur, avant de partir le surlendemain pour une semaine à cheval dans les steppes (frissons!).

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JOUR 1: Après une journée passée dans le bus pour me rendre à ma ville de départ, Bat Ulzii, mon premier plat de mouton bouilli et une bonne nuit de sommeil (bon, je dis ça parce que ça sonne bien mais sinon, j'ai testé l'indigestion en toilettes à ciel ouvert, surtout en sachant qu'il y a des loups en Mongolie et en entendant les chevaux et les chiens s'agiter de l'autre côté de la palissade, c'est assez marrant), je rencontre mon guide, Garla (?) et mon fier destrier (dont je n'ai jamais compris le nom mais que j'ai rebaptisé Pepito) et nous partons vers 13h à l'assaut des steppes (cette fois, plus question de "steps" ouf! ;-)) mongoles! Immersion rapide sur la "route", nous croisons troupeaux de chevaux, de chèvres et moutons, et de yaks sauvages (ou semi-sauvages puisque tous ces animaux appartiennent à quelqu'un mais ne sont jamais entravés et courent en liberté). En plus de ça, pas besoin de s'éloigner énormément de la petite ville pour être engloutie par ces étendues sauvages magnifiques à perte de vue. Je suis sous le charme et ne sais où donner de la tête! J'essaie de me concentrer un peu sur Pepito mais les premiers jours sont soft et nous nous baladons à un train de sénateur, ce qui me permet de profiter pleinement des paysages qui m'entourent.

Photo 1: la petite ville de Bat Ulzii 

Après 4 heures de balade, nous arrivons à notre campement pour la nuit, à la yourte de mon guide, où je rencontre sa famille. Tous fous que j'aie un appareil photos, ils me demandent de mitrailler! Après la séance photos, je passe un chouette moment à jouer au volley avec chacun d'eux :) Photo 1: la femme et la fille de Garla, qui me souriait de loin mais couinait dès qu'elle se trouvait à moins d'un mètre de moi ˆˆ(la gamine, pas la maman) / Photo 2: le frère de Garla, qui nous va nous accompagner pendant le trail (dont le prénom ressemble à "pourkwè") et une amie à lui./ Photos 6-7: Le petit frère de Garla est allé rechercher le troupeau de chevaux dans les steppes et on fait l'inventaire du soir.

JOUR 2: Après une bonne première nuit sous tente (cette fois, elle a vraiment été bonne), notre petite troupe se met en route en direction de la région des Huits Lacs, point le plus éloigné de notre balade en boucle. En route, même combat que la veille, troupeaux de chèvres et de moutons, de yaks, et petit bonus, mes premiers rapaces (qui ont été litéralement chassés d'Oulan Bator par les pigeons et les corbeaux devenus énormes et agressifs) et même quelques restes de neige (photo 4). De nouveau, journée soft de 2h30 de cheval. A l'arrivée, première chose indispensable: monter les tentes, au cas où il se mettrait à pleuvoir. Et puis faire du thé pour s'hydrater et commencer à peler et couper les légumes très fins, pour une cuisson rapide (pommes de terre, carottes et oignons), et faire cuire le tout. Garla, son frère et moi essayons de rentrer en communication grâce au livre "Mongol Express" que Vincent m'a prêté (français-mongol), et quand le livre atteint ses limites, nous finissons par communiquer via le jeu de cartes qu'ils ont, les tours de "magie" qu'ils me montrent, les chateaux de cartes qu'on essaie de construire malgré le vent et par jouer à une sorte de renard qui passe.

JOUR 3: Au réveil, surprise à l'ouverture de ma tente de trouver un troupeau de yaks en train de paître paisiblement à une dizaine de mètres de moi. Quel changement pour moi et quel bonheur d'être entourée par toute cette nature!! Campement plié et chevaux arnachés, nous nous remettons en route pour une journée fort mitigée et avec un gros passage de pluie qui m'a empêchée de prendre des photos. Vers 16h, arrivée au premier des 8 lacs, où nous passerons deux nuits. L'arrivée en milieu d'après-midi et la proximité avec le lac me permettent de me laver les cheveux pour la première (et la dernière...) fois! Oh miracle :D

JOUR 4: Et la fameuse vue de la tente en belle surprise du matin!

Puisque mes guides dorment toute la matinée (j'ai eu un peu de mal à comprendre leurs horaires...), j'en profite pour me balader un peu autour de notre campement et pour faire connaissance avec un bébé yak qui n'a pas suivi le troupeau le matin et se dore la couenne au soleil. Vers 13h30, un peu hésitante, je finis par réveiller mes guides, histoire qu'on fasse quand même quelque chose de la journée et nous partons en balade vers les autres lacs. Au 4e jour, la phase d'acclimatation est passée et on accélère un peu le rythme à cheval, on passe de longs moments au trot et on fait même un peu de galop lors de notre escapade (le cheval de bât est resté au campement). Moi qui n'aurais jamais cru ça possible après autant d'années, je retrouve petit à petit les sensations et même les réflexes que j'ai acquis pendant les séances à cheval de mon enfance, sous l'oeil attentif de Marraine! Comme quoi, on n'est jamais au bout de ses surprises! :) Photos 7-10: le plus grand des huits lacs, Shriget Nuur

JOUR 5: Aujourd'hui, nous commençons déjà à revenir sur nos pas, en direction de la yourte de Garla, et nous repassons par cette vallée à l'énorme coulée de lave où nous étions passés sous la pluie à l'aller (photos 1-2). Chemin difficile car très escarpé et dans les forêts, à l'aller comme au retour. Après 4h30 de cheval sans pause et avec un gros passage de drache avec grêlons où Pepito a fini par en avoir tellement marre qu'il s'est arrêté net, dos à la pluie, ne voulant plus bouger, nous arrivons enfin à la yourte de Garla. Je monte ma tente et m'éclipse la fin d'après-midi pour profiter du soleil revenu aux chutes de l'Orkhon, à deux pas de notre campement. Je passe un super moment.

Photo 8: les routes, dans les steppes 

JOUR 6: Ayant l'impression que le programme que m'annonce Garla pour les deux derniers jours diffère de ce que Tuya, associée de Vincent, m'avait dit la veille lors de notre contact téléphonique, je la rappelle et on se rend compte que le guide m'a un peu baratinée et n'a pas trop envie de respecter le programme jusqu'au bout, mais plus tôt de rester plus longtemps à sa yourte. Nous finissons par nous mettre en route à 14h alors qu'une longue route nous attend. Photos 1-2: la yourte de Garla. Les meubles sont installés le long des parois de la yourte, avec l'endroit le plus important, au fond, où se trouvent les objets de valeurs comme la tv et la radio, les photos et l'autel avec les objets de prière. Et bien sûr, le poêle, au milieu./ Photo 3: nos chevaux, avec Pepito à droite./ Photo 5: "petite" pause l'après-midi. Ou les mongoles et le confort dans la steppe ;) / Photo 9: Le petit frère de Garla s'est acheté des nouvelles bottes d'équitation et tient à ce que je les prenne en photo ˆˆ/ Photos 11-14: Pendant que Garla prépare le repas, son frère m'emmène faire un balade sur la colline derrière notre campement. J'ai droit à une vue absolument magnifique sur la vallée, avec le soleil qui descend lentement.

JOUR 7: Malgré le nombre d'heures de cheval annoncées par Garla (qui ne correspondait pas du tout à ce que disait Maps.me) pour aller au monastère de Tuvkhun, et suspectant le désir de Garla de ne pas vouloir fatiguer ses chevaux pour notre dernier jour, je m'obstine à vouloir respecter le programme établi par Vincent et Tuya et nous nous mettons en route à deux, laissant le petit frère et le campement derrière. Et en effet, en deux heures, nous arrivons au petit monastère, caché dans la forêt et perché sur son rocher. Il nous a littéralement fallu escalader la paroie pour pouvoir arriver au dernier "étage" du site (photo 3)! Photos 4-5: Pour se purifier, laver ses péchers et repartir à neuf, il faut passer dans ces trous dans la roche (celui du haut pour les hommes, celui du bas pour les femmes), comme le fait Garla sur la photo. Au monastère, je sympathise avec deux suisses francophones qui ont eu la gentillesse de prendre quelques clichés de moi à cheval et de me les envoyer (photos 7-8). De retour au campement en milieu d'après-midi, nous chargeons le cheval de bât et nous mettons en route vers Bat Ulzii, où je suis accueillie par la grand-mère de la famille qui m'avait hébergée la première nuit. Une petite dame absolument adorable qui prend soin de moi, malgré la barrière de la langue. Je finis par supposer qu'elle est reconnue comme une sorte de guérisseuse car pendant la soirée, plusieurs personnes du village viennent se faire "soigner" par des massages et avec des onguents et de drôles d'objets chez mon hôte. J'adore les regarder et nous échangeons beaucoup de sourires.

Malgré de gros problèmes de communication entre mes guides et moi, qui ont fini par moment à mener à de la frustration de ne pas pouvoir mieux faire connaissance et se faire comprendre, j'ai absolument adoré cette semaine dans les steppes! Les paysages m'ont vraiment submergée! C'était vraiment important pour moi de faire cette balade à cheval, comme les mongoles le font depuis des centaines d'années, je voulais goûter à leur quotidien et essayer de me mettre un peu dans leur peau. Nous avons quand même passé de bons moments tous ensemble et beaucoup échangé par le sourire et les quelques mots de mongole que j'ai appris. Même si Pepito avait son petit caractère, j'étais fière sur son dos, j'ai vraiment ressenti une amélioration et une aisance au fil des jours et les moments de trot et de galop étaient vraiment grisants!! Et moi qui n'avais jamais campé ou monté une tente, fait un campement, j'ai encore appris plein de choses et développé ma débrouillardise, repoussé mes limites. Dans tous les cas, je recommande à 200% cette expérience :)

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Après une pause de quelques jours à Oulan-Bator, je repars pour 7 jours sur les routes mais cette fois, c'est pour le désert de Gobi et avec un groupe de 4 personnes, Océane et David de Suisse et Charles et Clément, de Paris. Et pour la première fois depuis que je voyage avec des francophones depuis que j'ai quitté la Belgique, la majorité parle en "septante" et "nonante"! *satisfaction* Blague à part, on a eu pas mal de moments drôles, avec les expressions différentes des trois pays :) Au programme, une boucle au départ de UB descandant dans le Gobi à bord d'un super van russe tous terrains (vraiment TOUS terrains) avec notre chauffeur et une interprète/cuistot.

JOUR 1: première étape pour le lunch au petit canyon de Bagazariin Chuluu puis arrêt à une source d'eau (en fait, une sorte de petite cuve d'eau dans la roche qu'on peut récolter avec une grande cuillère) appelée "spring water for eyes" pour ses vertus soi-disant curatives pour les maladies et infections des yeux (depuis, je ne porte plus mes lunettes que pour euh lire, manger, voyager, visiter... bon, j'en ai peut-être pas mis assez sur mes yeux). Les petites pyramides de pierres sont appelée "ovoo" et trouvent leurs origines à l'époque des grandes conquêtes de la Mongolie. Quand une armée partait en guerre, chaque guerrier prenait une pierre et ils en faisaient tous ensemble une pyramide semblable. Quand les guerriers revenaient de la guerre, chacun allait récupérer sa pierre et c'était un moyen de voir qui était revenu ou pas. Depuis, les ovoos sont plus devenus des lieux de recueillement. Les gens font ces petites piles en l'honneur d'un dieu ou pour se porter chance etc. Il n'a fallu que 2-3 heures de route pour voir la paysage changer sensiblement: on voit une terre plus rouge et aride et, en regardant de près, on peut constater que la végétation est devenue plus forte, moins délicate, pour mieux résister aux conditions météo locales. Vers 16h30, on trouve enfin un endroit plus ou moins protégé du vent et on monte les tentes.

JOUR 2: Après un passage (assez long) par la ville pour se ravitailler, nous repartons dans la nature et rencontrons en chemin un troupeau. .. de chameaux! Ah ben oui, pas de chevaux ni de yaks dans le désert et sur ses bords! Étape unique durant l'après-midi (les distances entre les points sont longues et nous n'avons plus de routes d'asphalte depuis la veille, mais des routes de terre et de pierres ou parfois même pas de route du tout ^^) aux superbes canyons d'Ulaan Suvarga et de Tsagan Suvarga, surnommés respectivement "stuppa rouge" et "stupa blanc". Cela me rappelle fort l'ouest américain, avec le Grand Canyon et le Brice Canyon.

Photo 7: les vagues impressionnantes de poussière soulevée par les véhicules en route 

Et enfin, campement à proximité et coucher de soleil avant un bon repas et la soirée à observer les étoiles

JOUR 3: Une vue légèrement différente du lac de la vallée de Khangai à l'ouverture de la tente! Campement rangé dans notre van Boris, nous nous mettons en route pour une nouvelle pause ravitaillement assez longue, malgré nos tentatives auprès de notre interprète pour l'écourter, à Dalanzadgad. Après presque 2 heures passées à aller de magasin en magasin ou à attendre dans la voiture, nous quittons enfin la ville et partons en direction du canyon de Yolin Am, célèbre pour sa rivière gelée dix mois par an grâce à une très faible exposition au soleil, qui peut mesurer jusqu'à 10 mètres d'épaisseur et s'étendre sur 10 km. En chemin, nous nous arrêtons au petit musée d'animaux empaillés de la région, pour nous donner une bonne idée des animaux que nous pouvons y rencontrer mais aussi de leur taille (j'ai été particulièrement impressionnée par la taille des rapaces!), et Vincent nous l'avait conseillé pour le côté kitsch des traits exagérément aggressifs de certains animaux ;)

Et puis petite rando dans de superbes décors jusqu'au canyon et son impressionnant glacier. Photos 6 et 7: à l'approche du glacier. Photo 8: Les températures se réchauffant, le courant de la rivière a commencé à creuser le glacier. Je me tiens debout pour prendre cette photo, il y avait des endroits où la glace me dépassait. En traversant ces "couloirs", on perdait facilement 15 degrés :) Photo 10: Charles qui me permet de poser une échelle de tailles pour mesurer le glacier.

Photo 1: un pika, souris habitante du Gobi aussi mignonne que furtive, ayant inspiré les créateurs de Pikachu.

JOUR 4: Après avoir passé la nuit dedans, nous sortons du canyon de Yolin Am par son célèbre étroit passage où un seul véhicule sait y passer à la fois, et de justesse (!) (oui oui, il s'agit bien de la route officielle pour sortir du canyon. Vive la Mongolie!) Et nous partons en direction de la grande étape de ce voyage pour moi, l'approche d'un véritable désert de sable et les dunes immenses de Khongoryn Els. En chemin, nous nous arrêtons pour une mini balade à dos de chameau. Photo 4: notre petit groupe avec Océane à ma gauche, puis Clément, David et Charles. Photo 5: mon super chameau et sa coupe Bob Marley sur ses bosses. Photo 8: Khongoryn Els au loin, qui parait encore bien petit. Photo 10: un ciel un peu fou comme on en voit souvent en Mongolie.

Une fois la balade bien pépère finie, nous nous rapprochons de Khongoryn Els et partons à l'assaut de ce monstre, qui selon le Lonely Planet, atteint une hauteur de 300 m (!) à certains endroits, et mesure 12 km de largeur et une centaine de km de longueur. 45 minutes plus tard, dont 30 longues minutes d'ascension de la paroi de sable parfois presque verticale, et 175 mètres plus haut, j'arrive enfin au sommet et je ne suis pas déçue, ah ça non! Une superbe mer de sable aux différents tons nous attend en haut comme grosse récompense, et puis un coucher de soleil à couper le souffle!

Photos 1-3: vue d'en-bas et pendant l'ascension. 

JOUR 5: Charles et moi nous levons à l'aube dans l'espoir d'assister à un lever de soleil aussi beau que le coucher de la veille. Nous avons quitté les énormes dunes de Khongoryn Els mais sommes, selon nos estimations, à une trentains de minutes d'un rassemblement de dunes plus petites, que nous voyons depuis notre campement. En réalité, ce n'est pas si simple et notre route est barrée par la rivière et un mini canyon qui nous forcent presque à faire demi tour. On décide d'essayer de contourner le canyon et on finit par trouver un endroit où traverser sans trop se mouiller les pieds, victoire! Malheureusement, le ciel est fort encombré et on sait que le soleil est déjà levé mais pas moyen de le voir. Heureusement, on persévère, et une fois installés sur une dune, il finit par montrer le bout de son nez et récompenser notre effort :)

Au retour, petite socquette et bon petit-dèj, et en route vers les falaises dites "de feu" de Bayanzag, où de nombreux oeufs de dinosaures ont été découverts dans les années 1920, ce qui a mis au jour plus d'une centaine de dinosaures. Pour la "petite" histoire, les recherches dans le Gobi ont permis de découvrir de nombreux fossiles de dinosaures, dont les deux plus spectaculaires (je cite Lonely Planet): "celui du "combat de dinosaures",[...] vieux de 80 millions d'années [entre un] Protocératops et [un] vélocirapor figés dans un affrontement mortel" et celui "émouvant montr[ant] un Oviraptor tenat de protéger ses oeufs du sable". Ensuite, visite des ruines du jadis grand monastère de Ongiin Khiid autrefois regroupant plus d'un millier de lamas, qui a été détruit et dont plus de 200 moines ont été tués lors des purges communistes.

JOUR 6: Après une nuit très venteuse (le vent s'est levé la veille, quand nous étions dans les dunes au lever du soleil et ne nous lâchera plus jusqu'à notre retour à UB), nous nous mettons en route (5-6 heures de trajet) pour notre dernière étape, les collines de Zorgol Khairkhan. Et là, je pensais en avoir déjà vu pas mal dans le Gobi et en Mongolie en général, mais j'ai été super impressionnée par ces massifs rocheux comme posés là, au milieu de la plaine par une main géante.

Une fois le camp monté, on décide (un peu poussées par l'ardeur des garçons) de gravir ces collines. Pendant l'ascension, on découvre un premier puis un deuxième nid d'aigles. Clément réussit s'approcher du deuxième sans que la maman, qui nous surveille de haut, ne fasse rien, du coup David et moi décidons d'y aller aussi. Ça a dû être de trop pour la mère qui a foncé sur David (il était à côté du nid)! Alertés par Clément, on a tous les deux fait demi-tour sans demander notre reste! Heureusement, c'était sans doute de l'intimidation de sa part, du moins dans un premier temps, et en voyant qu'on battait en retraite, elle a repris de l'altitude. David a quand même réussi à prendre les deux aiglons en photo (photo 4) et moi, la maman, quand elle reprenait de l'altitude (photo 3). La photo 5 a été prise par Charles le lendemain, quand ils sont retournés au nid. Une fois arrivés au sommet, nous avons pu profiter d'un très beau coucher de soleil (et même admirer un burger de soleil ;) photo 14). Photo 9: Clément, tel Rafiki sur son rocher./ Photo 10: les deux parents aigles qui continuent à guetter./ Nous avons fini la journée en compagnie de Gengis Khan, ce qui m'a donné une forte envie de me transformer en bouquetin (vous trouverez bien la photo) (ces deux énormes cornes traînaient à côté de nos tentes).

JOUR 7: Sur le retour vers UB, on a été pris dans une énorme tempête de sable qui nous a forcés à nous arrêter puis à rouler un moment à pas d'homme en klaxonant pour indiquer notre présence au cas où quelqu'un arriverait en face, c'était impressionnant! Et pour bien finir, encore quelques clichés de notre van Boris et de son fameux confort intérieur :)

Je pense que ca se ressent tout au long de cette étape, j'ai passé une super semaine dans le Gobi! Ça été vraiment nouveau par rapport à la semaine à cheval et ça m'a permis de découvrir une autre facette de la Mongolie. J'ai adoré les paysages si différents qu'on a croisés (belle compensation au nombre d'heures passées dans Boris) et l'ambiance entre nous était vraiment géniale! Je crois qu'on voyait tous un peu ce voyage de la même façon, ce qui n'est pas toujours le cas dans les groupes formés avec des gens qui ne se connaissent pas au préalable, et en plus, on s'est vachement bidonnés, ce qui n'est pas pour me déplaire :) J'en garderai un super souvenir!

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Et pour ma dernière étape en Mongolie, à Oulan-Bator, je m'étais préparée une grosse journée de visite de la ville! Sauf qu'il a fallu que ce soit le jour de déluge du mois... J'ai quand même décidé de partir tôt le matin pour assister aux prières et chants des moines du fameux monastère de Gandan, que je n'avais pas encore vu. C'est l'un des plus grands du pays et il a fortement souffert lors des purges religieuses soviétiques en 1937. Je cite le Lonely Planet: "Lorsque le vice-président des Etats-Unis Henry Wallace demanda à visiter un monastère pendant sa visite en Mongolie en 1944, le Premier ministre Khorlogyn Tchoïbalsan fit tout son possible pour ouvrir ce monastère afin de dissimuler les dévastations subies par le patrimoine religieux du pays. Gandan demeura un "monastère témoin" pour les visiteurs étrangers jusqu'en 1990, lorsque les cérémonies religieuses reprirent pleinement leur cours", quand le peuple mongol recommença à pratiquer ouvertement le bouddhisme. Aujourd'hui, le monastère habrite plus de 600 moines. Cette statue du Bodhisttva (=un bouddha avant qu'il n'ait atteint l'éveil) Megjid-Janraiseg est absolument impressionnante! Elle a été détruite par les russes en 37 (ils l'auraient fondue pour en faire des munitions...), mais fut reconstruite en 1996 grâce aux dons du Japon et du Népal. Elle est faite en cuivre et recouverte d'or et mesure 26 m de haut. Elle est creuse et contient, selon le Lonely Planet, "27 tonnes d'herbes médicinales, 334 soutras, 2 millions de liasses de mantras, ainsi qu'une yourte entièrement meublée"!! Je trouvais ça assez gag.

Photo 6: le Harrod's mongol./ Photo 7: Un des mystères mongols... je passe ou je passe pas? 

Mais après avoir marché deux heures sous une pluie battante après la visite du monastère et avec des piscines dans mes chaussures à cause du mauvais système d'évacuation des eaux des rues et des énormes flaques partout, j'ai capitulé et suis rentrée à l'auberge. Heureusement, j'avais encore un petit moment culture le soir, puisque j'ai enfin assisté au spectacle quotidien de danses, chants et musiques traditionnels. C'était absolument génial!! J'ai été fort impressionnée par le chant diphonique, très dur à réaliser, et typique de la mongolie (chanteur en rouge sur la photo 2), mais j'ai surtout adoré l'orchestre et leurs chants joyeux avec plein d'instruments différents de chez nous, ainsi que les danses traditionnelles teintées d'humour. Et pour bien finir, un dernier petit détour par le parlement et son immense statue de Gengis Khan, le héros national (aussi appelé "héros du millénaire", oui, ils l'aiment beaucoup).

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Waouw! J'ai l'impression que la Mongolie restera un pays à part, par rapport au reste de mon aventure. J'ai d'abord atteri dans une auberge francophone avec une clientèle à 90 voire à 100% francophone et où je me sentais vraiment comme à la maison. J'avais une machine à laver à disposition (non mais vous vous rendez compte le graal que c'était?!), j'allais faire mes courses tous les jours dans les mêmes supérettes où les commerçants me reconnaissaient, et me cuisinais mes repas comme si j'avais toujours vécu là et, au long de ces presque 4 semaines d'allées et venues entre la capitale et le reste du pays, j'ai plusieurs fois retrouvé des gens avec qui j'avais fait connaissance au début de mon séjour en Mongolie, comme si je retrouvais de vieux amis. Au niveau des activités, à part le trek d'un jour avec Tiphaine, Max et leurs amis, je suis toujours partie en excursion organisée où je ne décidais de rien mais me laissais guider. Grosse coupure par rapport à ce qui a précédé (et ce qui allait suivre)! J'avais l'impression d'être en vacances, dans un monde très safe, et, la veille de mon départ pour la Thaïlande, j'ai même ressenti pendant quelques minutes un peu d'appréhension à l'idée de reprendre ma vie de nomade, comme si j'avais oublié comment il fallait faire! Haha

Mais bien sûr, la Mongolie, c'était bien plus que ça! J'avoue, je garderai cette petite frustration de linguiste, que je n'avais encore jamais eue à un tel degré, de ne pas avoir pu communiquer plus en profondeur avec la population et d'avoir gardé tant de questions sur leur culture, leurs coutumes, leur quotidien, sans réponse. Heureusement, on a pu communiquer autrement, même si à un autre niveau, grâce aux sourires, aux regards, aux quelques mots de mongol que j'ai appris ou bien parfois même juste dans les silences. J'ai été impressionnée et parfois même ébahie de réaliser que, à part dans la capitale, c'est la nature et non la raison qui a le contrôle; quand quelqu'un va quelque part, il n'annonce jamais d'heure d'arrivée, ne sachant jamais s'il ne va pas y avoir un évènement météorologique qui va le retarder ou une rencontre humaine ou animale, un pépin ou quoique ce soit; lorsque la météo se déchaîne, soit on l'ignore et on continue sa route car au final, c'est habituel, soit on prend une pause d'une durée uniquement déterminée par ses envies et ses besoins mais pas par une quelconque forme d'horaire; on monte à cheval sous la pluie, sous la neige, dans la nuit, et aucune forme de route (ou d'absence de route) ne va empêcher un véhicule de passer. Jamais on ne s'énerve ou on ne se décourage; les choses sont comme elles sont et tout le monde fait avec. J'ai été particulièrement touchée par l'absence d'entraves, de chaînes et d'enclos pour tous les types d'animaux que j'ai rencontrés et j'ai même été soulevée par un grand sentiment de liberté, moi, alors que je ne suis même pas concernée. C'est tellement loin de notre sentiment de propriété envers les animaux et de notre vision de la "liberté" qu'on leur donne dans nos pays; et c'est tellement prenant de s'imaginer que ces animaux, qui "appartiennent" pourtant bien à quelqu'un, puissent décider d'où ils vont paître aujourd'hui, fut-ce à 10 km de là où ils ont passé la nuit. J'ai adoré la proximité avec les animaux et le retour à la nature pendant la semaine à cheval; les besoins et réflexes primitifs liés au campement, par exemple, de devoir trouver un point d'eau où se poser pour la nuit, ne fut-ce que pour pouvoir un peu cuisiner, de trouver un endroit protégé du vent pour planter la tente et d'orienter l'ouverture de la tente du bon côté pour pouvoir l'ouvrir le matin et aérer quand le soleil tape dès 6 heures, sans pour autant qu'il n'y ait de rayons qui rentre dans la tente; le lâcher prise forcé, quand on voit une mouchette dans son plat ou des brindilles d'herbes dans son verre, ou quand on doit essuyer la vaisselle à peu près propre avec un drap d'une semaine qui l'est nettement moins; et alors bien sûr, l'insouciance libératrice de son apparence après une semaine sans douche :D Et enfin, j'ai été particulièrement séduite en apprenant, dans mes conversations avec Vincent et par ce que j'ai lu dans le guide, que la société mongole est plutôt conduite par une main féminine, par la force des choses. Déjà il faut savoir que les mongolEs montent à cheval, tir(ai)ent à l'arc et command(ai)ent aux hommes depuis la nuit des temps. En plus, en 1241, à la mort du 3e fils de Gengis Khan (son successeur), c'est son épouse qui a repris un temps les rennes du pays et mené les hommes à la bataille; "deux des trois autres régions de l'Empire se trouvaient également entre des mains féminines [...], jamais dans l'histoire un territoire si vaste n'avait été dirigé par des femmes. [...] A la fin du XVe siècle, la reine Madukhaï la Sage prit le chemin des champs de bataille et fit à nouveau des clans divisés une seule et même nation. [...] Craignant sa ténacité et son talent, les Chinois étendirent la Grande Muraille" (Lonely Planet). Les grands personnages féminins font donc déjà partie de leur histoire. Mais en plus, plus actuellement (je cite le livre "Mongol express"), "les garçons quittent l'école plus tôt que les filles. Celles-ci présentent le plus fort taux de diplômées et elles sont nombreuses à continuer ensuite des carrières plus valorisantes que celles des hommes. Ce déséquilibre s'accentue encore avec les problèmes de chômage et d'alcool qui concernent principalement ces derniers. Cette société traditionnellement machiste voit ainsi nombre de ses repères bouleversés". Et ça se confirme dans la vie de tous les jours, on voit beaucoup de femmes dans les bureaux, ou à la gestion des magasins et, chose nouvelle par rapport à mes deux pays précédents, on voit énormément de femmes au volant (surtout de gros 4x4 ˆˆ). Vincent me l'a également confirmé, quand Garla a eu envie de dévier un peu de notre programme initial, c'est parce qu'il a reçu un appel de sa femme et un appel de Tuya, qu'il s'est résigné à leur obéir :)

Bref j'ai l'impression d'avoir un peu levé le voile sur ce pays merveilleux et son peuple fort mais il reste encore une telle part de mystère et une tellement grande partie du pays qui doit être magnifique que je n'ai pas encore découverte que j'ai vraiment envie d'y retourner. Mongolie, je te dis donc "à une prochaine"!

Je vous invite, pour ceux qui veulent suivre mes aventures en Thaïlande, à vous abonner au carnet suivant, ce qui vous permet de recevoir un mail dès que je poste un nouvel article. À bientôt, de l'autre côté de la frontière!