Carnet de voyage

India

14 étapes
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Un proverbe indien dit : "Tout Européen qui vient en Inde gagne de la patience s'il n'en a pas; et il la perd s'il en a".
Du 12 mars au 18 avril 2017
37 jours
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Namaste, lecteurs!

Voici le récit de mes aventures en Inde, première étape de mon tour du monde! Mais d'abord, quelques informations sur le pays: Superficie: 3 287 263 km² (plus de 107 fois la Belgique) Population: 1 281 935 911 habitants (plus de 112 fois la population belge) Densité: 390 habitants/km² Indépendance: 15 août 1947 Monnaie: la Roupie indienne Devise nationale: "Seule la vérité triomphe"

Drapeau indien / L'Inde à l'échelle du monde

Après avoir fait mes adieux à mon équipe de choc à l'aéroport de Bruxelles, je m'envole pour la première étape de mon incroyable aventure....... Francfort! Hé oui, un peu frustrant quand on prend son envol pour un tel périple de déjà faire une escale au bout d'une heure de vol le jour du départ, mais ce n'était que pour prendre un meilleur élan avant le grand saut vers l'Asie. A l'arrivée en Inde 9 heures plus tard, mon voyage commence déjà par une situation encore jamais rencontrée: en effet, arrivée à Chennai peu après minuit, il est hors de question de me rendre en ville seule à une heure pareil. J'avais donc décidé de passer ma première nuit en territoire indien... dans l'aéroport. Une fois mon bagage récupéré, je me mets naïvement en quête d'un distributeur de boissons car je meurs de soif et, parée d'un jeans bien serrant et de mon pull à capuche le plus épais, je meurs de chaud. Nulle trace de distributeur, mais de grands éviers où les gens s'abreuvent dans leurs mains ou à l'aide de mini godets en carton. Mmmh... Je n'ai donc pas le choix que d'inaugurer mes premières pilules de "purificateur" d'eau (tu parles...), et après deux délicieux godets d'eau aromatisée au chlore, je me concentre sur mon deuxième objectif du moment: trouver un endroit pour dormir. Pas encore mentalement prête à dormir par terre et dépitée de ne trouver aucune banquette sans accoudoirs, je finis par m'endormir assise et cramponnée à mes sacs sur une des rares banquettes de l'aéroport. Pendant la nuit, je suis au final peu dérangée, si ce n'est que je me réveille au milieu de la nuit entourée de nones assises à mes côtés en grande conversation. Anodin, rien de quoi m'empêcher de continuer ma nuit. Le lendemain matin, nouvel objectif: me rendre à mon auberge. En toute bonne baroudeuse qui se respecte, je décide d'aller au centre ville par mes propres moyens, en train. Je me rends sous un soleil de plomb (toujours parée de mes plus beaux atours occidentaux) jusqu'à la gare. Au bout de 20 minutes de marche, je commence à prendre conscience du poids de mes deux sacs à dos et passe lentement en revue la liste des choses que j'ai emmenées pour faire un tri et déjà renvoyer des choses en Belgique. A la gare, je ne comprends rien à l'itinéraire que le guichetier me renseigne, le prix du train est dérisoire alors que je n'ai que des grosses coupures pour payer et en plus, je me fais aborder par un gars qui veut absolument m'aider à aller au centre ville. Je suis épuisée, j'ai chaud, je colle, j'ai soif et faim et mes sacs pèsent trois tonnes. Honteuse, je renonce déjà à mes grands idéaux de backpackeuse et me résigne à prendre un taxi pour aller à mon auberge. Fameux démarrage de tour du monde! :D A l'auberge, j'ai droit à un accueil chaleureux, un repas et quelques conseils de choses à visiter à proximité. Ouf! Une fois rassasiée, déchargée et changée, je pars en exploration des alentours. Premiers contacts avec les rues indiennes et leur effervescence propre après trois ans... Même si je ne ressens pas le choc que j'avais eu à Mumbai, je dois me réhabituer à certaines choses. En Inde, les trottoirs sont faits pour tout sauf les piétons. Il s'agit en fait d'une succession de dalles de béton recouvrant les égouts. Il manque parfois une dalle (qui laisse le loisir de voir ce qu'il y a en-dessous), elles sont trouées, de travers, ou bien tout simplement, quelqu'un est assis par terre en train de travailler, de mendier ou... d'attendre? Bref, en Inde, on marche sur la route. Sur la route, c'est une autre histoire. Tout le monde fonce, sans règle mais à grands coups de klaxon. On roule à gauche, bien entendu, mais puisqu'on dépasse à loisir, il arrive souvent d'avoir quatre utilisateurs routiers de front (deux motos, une charrue et une voiture par exemple). Ah ben oui parce que ici, la route est à tout le monde: on y voit des vaches, des chèvres et des chiens, des charrues poussées à pieds ou à vélo, des vélos, des motos, des rickshaws, des voitures, des bus, des camions et bien sûr, des piétons. Et tout se petit monde se meut dans un espèce de grand chaos organisé! Oui, parce que je ne peux m'empêcher d'être à l'affût du premier accident, me disant souvent "là, ça y est!", eh ben non, pas un seul (dont j'aie pu être témoin)! C'est impressionnant et je finis par me demander si on ne devrait pas prendre exemple sur eux, vu le nombre d'accidents journaliers sur les routes belges ;)

Les photos ne le rendent pas, évidemment, mais il faut s'imaginer un vacarme pas possible dans la rue (principalement le bruit incessant des moteurs et des klaxons) contrastant avec le calme dans l'enceinte du temple. En chemin, je tombe par hasard sur ce superbe temple où je décide de m'arrêter et finis par y passer une bonne paire d'heure. Je commence doucement à m'imprégner de ce magnifique pays et à réaliser l'incroyable parenthèse de ma vie que je viens d'ouvrir.

 Kamakrishna Math Universal Temple, dans la rue de mon auberge.

De retour à l'auberge, j'ai la chance de rencontrer une indienne de Bengalore, Krithika, qui partage ma chambre et qui me propose gentiment non seulement d'aller souper ensemble mais aussi de l'accompagner le lendemain matin voir le lever du soleil sur la plage avec elle et un ami qui habite à Chennai, Jarshad. Nous passons une super chouette soirée toute les deux où elle me fait découvrir la cuisine locale et je savoure mon tout premier chai indien. Un régal! Le lendemain matin, nous nous levons à l'aube pour retrouver Jarshad et aller voir le lever de soleil sur la mer. Malheureusement, il fait couvert mais rien n'entame ma joie de me retrouver avec eux et du moment que nous passons ensemble. Nous partageons ensuite un autre plat typique de l'Inde du sud, un idly. L'après-midi, nous nous baladons toutes les deux dans un grand parc, et nous questionnons l'une l'autre sur les coutumes et la vie dans chacun de nos pays. Un super moment de partage!

Je n'aurai finalement pas vu grand chose de Chennai, qui était au final plus une première étape forcée pour arriver en Inde, mais je ne regrette pas une seconde d'y avoir fait cette petite escale et d'avoir eu la chance de rencontrer Krithika. Quel bon augure pour le reste de mon voyage! Le lendemain, je pars pour Puducherry.

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Pondichéry est une ancienne colonie française, alors à Pondi, on joue à la pétanque, on commémore les soldats français morts à la guerre de 14, on va voir des spectacles dans la salle Jeanne d'Arc et... on parle même français dans certaines familles indiennes! :)

Un bout de France en Inde 

Quelques prises de vue de la ville: un temple dans la rue, le front de mer, où les autochtones se baladent en fin de journée, et une statue de Gandhi, le quartier musulman, un échafaudage à l'indienne et une église catholique dans le kitsch local.

Ici, j'ai rencontré Will, un anglais, avec qui j'ai refait le monde un après-midi, Amy, une américaine qui enseigne la littérature anglaise en stage dans une école à Kodaikanal, fascinée par mon voyage, et Marie, une française partie à la découverte de l'Inde. Je profite de chaque rencontre et aimerais pouvoir garder tous ces échanges si riches en mémoire mais la route est longue et (heureusement) les rencontres sont nombreuses donc j'essaie de graver les visages dans ma tête et de garder un souvenir, un sujet, de chaque conversation. Pondichéry a été une étape presque reposante qui m'a vraiment fait du bien. Elle m'a permis de réaliser que je dois mieux prendre le temps et que passer une après-midi sur une terrasse à ne rien faire que lire mon guide ou regarder la mer est quelque chose de bien, voire de nécessaire dans certains cas :) J'en garderai un bon souvenir, déjà rien que pour ça.

Le soir de mon 4e jour, je prends un bus de nuit pour Madurai.

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Nouvelle première pour moi: le bus de nuit! Je me rappellerai longtemps de cette nouvelle expérience. En effet, je me retrouve embarquée pour 8 heures dans un bus datant d'un autre siècle aux sièges en cuir défoncé et aux rangées étroites où je peine à caser mes longues guibolles. Ma vessie est pleine à craquer et ma voisine prend toute la place, je me demande comment je vais finir ce trajet! Vers 5 heures du matin, nous arrivons enfin à Madurai, étape d'une nuit plus ou moins forcée dans mon long trajet de Chennai au Kerala (ah ben oui, quand on vient de Belgique, où on traverse le pays en trois heures, on a tendance à un peu sous estimer les distances... welcome to India!) Quitte à faire une étape en route, autant prendre un endroit qui en vaut la peine, j'avais donc choisi Madurai pour son complexe de temples Sri Meenakshi. Après quelques heures de sommeil bien mérité, je pars visiter ces fameux temples (malheureusement, les appareils photos ne sont pas tolérés sur le site, comme dans la majorité des temples). Et je ne suis pas déçue! Ces temples sont absolument incroyables! De vrais chefs d'oeuvre architecturaux.

Sri Meenakshi Temple (et une petite selfie, histoire que vous soyez bien sûrs que c'est moi derrière tout ça... on ne sait jamais)

Bon, en dehors de ces temples, je trouve la ville peu intéressante (confirmé par notre ami le Routard et le peu (pas?) de touristes que j'y rencontre), sale et assez oppressante. En voici un petit aperçu quand même un peu sympathique.

Rickshaw customisé / entrelacs de fils électriques(on s'étonne plus d'avoir des coupures de courant tous les jours...)

Le soir-même, je reprends ma route en train vers le Kerala. Heureusement, je loge juste en face de la gare et j'ai négocié pour pouvoir garder ma chambre jusqu'au milieu de la nuit. Vers 3 heures du matin, je quitte l'hôtel et me rends à la gare. Là, je n'en reviens pas de voir plein de gens qui, comme moi, attendent un train tôt le matin et dorment à même le sol, devant la gare! Quel pays, quand même, et surtout, quel dépaysement pour moi!

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Après 8 heures de train jusque Trivandrum (regardez sur la carte, c'est vachement bas), une pause dîner d'une heure et 5 heures de bus (on reparle des distances?), je quitte l'état du Tamil Nadu et arrive enfin à Alleppey vers 18h, première étape du Kerala, bien connu pour ses canaux, appelés ici backwaters. Je vous fais en bref l'anecdote de quand je pensais que mon auberge était près de la station de bus, que j'étais trop fatiguée pour commencer à négocier avec les rickshaws et que j'ai marché plus d'une heure (ah ben oui, 4km dans la moiteur et la chaleur avec 19kg sur le dos et +- 8kg dans le sac de devant), snobant avec fierté (...et beaucoup de stupidité) tous les rickshaws qui se sont arrêtés sur mon chemin pour me proposer de m'emmener. Ici, je rencontre François et Adri, deux français bien sympathiques qui se sont rencontrés en route. Je passe une journée relax à l'auberge avec eux et nous finissons royalement par un coucher de soleil sur la plage, pas loin de l'auberge. Ici les vagues sont vraiment énormes et il faut être prudent, si on veut aller se baigner. Par contre, pas de coucher de soleil sur la ligne de l'horizon possible (ici, et de manière générale en Inde), petite couche de pollution oblige :D

Le lendemain, c'est parti pour une excursion d'une journée sur les backwaters. On est un groupe de 15 à peu près, quatre par canoë, poussé par un rameur. Là, je rencontre Liam et Elisabeth, deux anglais qui font l'Inde et le Népal, et Craig, anglais également, qui voyage depuis 14 mois (!) en Asie et qui a énormément d'expériences à partager. Dans cette partie d'Alleppey, on se déplace essentiellement en canoë, le journal est distribué comme ça et les ouvriers transportent le béton et leurs matériaux et travaillent sur les berges avec et depuis les barques. On voit les écoliers qui se rendent à l'école parés de leurs uniformes et qui nous font signe depuis les berges, et les femmes, à l'arrière des maisons, qui nettoient le linge dans le canal. Tout le monde s'active, ça sent bon le savon et la balade est rythmée au son du linge frappé contre la pierre pour l'essorer. Un petit moment de quiétude, sans bruit de klaxon ou de moteur, on s'endormirait presque vu la chaleur et la lourdeur de l'air.

Le lendemain, je commence ma remontée vers le nord et pars en milieu d'après-midi pour Munnar.

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Direction les montagnes, pour Munnar, ville connue pour ses champs de thé et très populaire parmi les indiens pour sa fraîcheur et ses magnifiques paysages! Lors de la réservation de mon logement, internet me dit que tout est plein (en effet, j'y passe le week-end et c'est une destination fort prisée), je me retrouve donc obligée de réserver un hôtel en-dehors de la ville. Quand j'arrive, il fait noir et je ne me rends donc pas compte, sur mon trajet en rickshaw jusqu'à l’hôtel, de l'endroit où je loge. Ce n'est que le matin, en ouvrant les rideaux, que je réalise qu'au fond, toute situation a son avantage: je suis au milieu des champs de thé, en altitude et loin du tumulte de la "ville" de Munnar! La vue est splendide! Je décide de faire les 6 km qui me séparent de la ville à pied pour découvrir les environs. Sur le chemin, je savoure chaque seconde de fraîcheur et le bonheur d'avoir quitté (ne fut-ce que temporairement) la moiteur de la côte que je subis depuis mon arrivée en Inde.

La vue de ma chambre et les champs de thé, sur le chemin vers la ville 
La petite ville de Munnar, son musée du thé et les environs sur le retour vers l’hôtel, puis le coucher de soleil sur mon balcon

Le lendemain, je me mets en route tôt pour un day trek autour de Munnar. Le rendez-vous est à 8h40 un peu en-dehors de la ville mais je décide quand même de descendre à pied de ma montagne pour profiter de la belle lumière du matin. Je trotte un peu, de peur qu'on parte sans moi, mais finis quand même par craquer et sortir l'appareil photo du sac sur la descente, c'est vraiment trop beau!

Finalement, nous ne sommes "que" deux, Marie-Laure, une québécoise hyper sympa, et moi, avec le guide. Nous montons ainsi la petite montagne qui se trouve en fait juste en face de mon hôtel et gravissons 4 pics en enfilade. D'abord, nous sommes au milieu des champs de thé et puis le décor devient moins luxuriant et les champs s'arrêtent. Notre guide nous explique avec amertume que c'est le groupe industriel indien Tata (un équivalent de Mittal) qui possède les champs de toute la région et qui exploite les habitants de la ville. Les femmes (dont on loue le travail de précision et de finesse pour choisir et couper les feuilles de thé) travaillent dans les rangées d'arbustes parfois très escarpées de 8h à 17h du lundi au vendredi et de 8h à 12h le samedi. Elles sont payées en moyenne 240 roupies par mois (à peu près 105€) et vivent avec leur famille dans une enfilade de petits cabanons en tôle (deux pièces par famille). On cueille le thé toute l'année, ça veut dire que pendant la mousson (mai-septembre), les journées sont identiques sauf que les champs de thé sont traversés par de gros torrents d'eau qui rendent le terrain encore plus glissant et qui amènent une vague de sangsues au pied des arbustes.

Le guide nous explique également que la région est habitée d'éléphants sauvages qui parcourent les champs et forêts aux alentours de Munnar. On en voit à peu près toute les deux semaines, surtout quand ils sont dans les champs de thé, car fort visibles de loin. Il prend beaucoup de plaisir à nous raconter qu'une dizaine de jours auparavant, un homme s'est fait tuer par l'un d'eux (il veut nous montrer la vidéo, puisque des gens ont, bien sûr, filmé la scène) - il semblerait que quelques jours avant la mort de l'homme, l'éléphant ait visité son jardin et, voulant faire fuir l'éléphant, il lui aurait jeté une pierre et des branches en feu pour ne pas que l'éléphant détruise tout son jardin; sauf que les éléphants ont apparemment une très bonne mémoire (olfactive, principalement) qui s'étend sur plusieurs années et qu'il serait venu se venger. Il nous montre également l'endroit où, 6 mois plus tôt, en trek avec une touriste et sa maman, il a vu débouler un éléphant qui a commencé à les charger (ils sentent la peur de l'homme, se sentent en insécurité et attaquent), la seule fuite possible étant de descendre le versant opposé de la montagne en courant/roulant (!). En effet, 50% du poids de l'éléphant se trouvant dans sa tête, il peut monter très vite un versant mais ne se lancera jamais dans sa descente, de peur d'être emporté par son propre poids. Voyant la mine déconfite d'Anne-Laure, il nous rassure en disant que l'herbe est actuellement trop courte pour attirer les éléphants et que c'est seulement pendant la mousson, quand l'herbe est bien plus haute, que les éléphants se baladent aussi haut. Petit aperçu de notre balade ci-dessous. La nature est bien faite, les arbres qui parsèment les champs de thé ont une utilité: non seulement ils servent à ombrager légèrement les plants de thé, mais en plus ils emmagasinent l'eau dans leurs racines lors de la mousson et libèrent cette eau pendant toute la période de plus grande sécheresse.

Photo 8: l'enfilade des 4 pics qu'on a parcourus (avec mon hôtel, à droite sur le versant opposé). Photos 10 et 11: notre casse-croûte, un fruit de la passion et une tomate. Photo 13: un citronnier. Photo 15: le tracteur qui vient chercher les sacs de feuilles de thé récoltées par les cueilleuses.

Après cette superbe balade et ce bon bol d'air frais, je quitte déjà Munnar le lendemain pour redescendre vers la côte, à Kochi.

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Dans le bus qui m'emmène à Kochi, je rencontre deux couples d'allemands et une belge (oui oui oui!!) avec qui j'ai donc l'occasion de re-pratiquer un peu mon allemand. Il n'y a pas énormément de choses à faire à Kochi, et le temps de me réhabituer à la chaleur écrasante qui me donne une bonne grosse flemme plus un changement de logement imprévu vu l'état de mon auberge et le mauvais accueil de mes logeurs (...) qui me prend une matinée, je ne me suis pas énormément baladée dans la ville. Par contre, je retrouve plusieurs fois Sandra et Jörg, un des deux couples du bus, et Sandra, notre compatriote, pour manger un bout ou prendre un verre. Kochi est surtout célèbre pour ses "chinese nests", grands filets de pêche sur la côte et importés (qui l'eût cru?) de Chine. Je ne manque donc pas d'aller y jeter un petit coup d’œil et assiste avec joie à un beau coucher de soleil.

Le lendemain, je me balade quand même un peu dans la ville. Photo 2: Quand les indiens transfèrent leurs archives (let's move to the cloud, guys!). Photo 4: l'ancien quartier juif, centre de la vie économique de Kochi du temps de sa splendeur. Photo 5: un camion indien typique; on s'extasie toujours devant ceux des USA mais je trouve ceux-ci vachement funky!

Le lendemain matin, je pars à l'aéroport pour un grand saut vers le nord: direction Goa!

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Un saut de puce de 760 km vers le nord et je me retrouve, après une courte escale à Hyderabad, à Goa, dernière étape de l'Inde du Sud, avant de partir dans le Rajasthan. L'état de Goa est particulièrement connu pour ses plages envahies de touristes et de locaux. Moi, je me suis concentrée sur la partie culturelle et historique de Goa, Panjim. C'est la capitale de l'état et elle englobe Old Goa, une sorte de musée à ciel ouvert, site désormais protégé où l'on ne loge plus depuis longtemps. L'état de Goa est en fait une ancienne colonie portugaise et j'ai la chance de dormir dans le quartier de Fontainhas, qui ressemble un peu à Lisbonne, à ce que l'on dit. C'est un quartier très coloré qui a beaucoup de charme.

Lord d'une balade dans Panjim, je décide de passer par le marché car c'est souvent un lieu foisonnant où l'on peut réellement observer les habitudes des locaux sans être trop repéré. Et j'ai bien fait, il est énorme, et j'y reste facilement une heure, à m'imprégner de l'atmosphère et à observer les gens, la façon dont ils se comportent les uns avec les autres, dont ils marchandent, ... Ce sont des moments très riches! C'est d'ailleurs marrant car j'ai rencontré une indienne lors de mon excursion du lendemain qui m'a dit "ah oui, je t'ai vue hier au marché!" :)

Le lendemain, je fais une excursion qui nous emmène d'abord sur la plage de Colva, puis voir deux temples à l'intérieur des terres et qui termine à Old Goa. A Old Goa, nous nous arrêtons aussi un musée de statue de cire, le genre de Madame Tussaud à l'indienne. Pas chaude de payer l'entrée au début, je me dis que ça pourrait être marrant au final et en effet, c'était presque gag! Einstein a une espèce de moumoute en laine et je n'aurais pas reconnu Mozart, si je n'avais pas lu son nom au bas de l'écriteau (malheureusement, je n'ai pas pu prendre de photos). Chose plus intéressante niveau culturel, il y avait parmi les statues de célébrités, d'abord un espace avec une statue de femme enceinte et une jeune fille assise à terre, la tête basse, avec comme écriteau pour la première "Abortion may look like a choice but it's still MURDER" (pour ceux qui ne le savent pas, les avortements de petites filles sont très courants en Inde car la dot est encore fort présente et les familles doivent souvent fort s'endetter pour le mariage de leur(s) fille(s). De plus, une fois mariée, la fille fait partie de la famille de son mari; elle est donc considérée par une grosse partie de la population indienne comme un trop gros coût pour la famille. Actuellement, il est interdit par la loi de communiquer le sexe de l'enfant aux parents avant la naissance pour éviter ces avortements, mais c'est très peu respecté) Au pied de la deuxième statue, un écriteau contre le viol d'enfant. Dans un deuxième espace, deux statues d'ados en train de fumer un joint, avec une tumeur à la bouche, l'air dépravé, avec un panneau "no drugs, no smoke, no alcohol". J'ai en effet déjà remarqué plusieurs fois des panneaux avec des sortes de conseils de vie ou de messages sociaux sur l'abus sexuel sur des enfants, les dégâts de la cigarette et de l'alcool sur la santé, le danger du GSM au volant etc, parfois même juste sur le bord de la route. D'un premier abord, c'est un peu interpellant voire choquant (en tout cas, dans le cas des statues de cire), mais au final, je trouve ça pas mal, si ça peut faire évoluer les mentalités.

Photo 6 ci-dessus: panneau devant le temple: la 4e restriction a particulièrement retenu mon attention. Photos 9 et 10: Bom Jesus Church, Old Goa. Photos 11 et 12: Se Cathedral, la plus grande église d'Asie.

Pour mon dernier jour, je me contente d'une petite balade matinale près de mon auberge durant laquelle je suis tombée sur ce superbe temple

Maruti Temple 

Le lendemain, j'entame ma dernière remontée vers le Rajasthan et quitte Goa en direction de Jaipur.

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2 avions, une escale de 8h et 1590 km plus tard, me voilà dans le Rajasthan, à Jaipur, connue comme la ville rose. J'ai une super chance et rencontre Isabelle, québécoise, qui partage ma chambre, et Nico et Cyril, français, au petit-déjeuner de l'auberge! Le contacte passe super bien entre nous et nous décidons, Isabelle et moi, de visiter la vieille ville ensemble avant d'aller dîner avec Sylvie et Clémentine, deux françaises avec qui j'avais sympathisé dans l'avion pour Jaipur. Sylvie et Clémentine, mère et fille, font du commerce de textile avec l'Inde depuis plusieurs années et ont plein d'aventures à nous partager! Nous passons un très chouette moment toutes les 4.

Photo 2: transport de blocs de glace / Photo 6: presse de canne à sucre
Le fameux palais des vents Hawa Mahal, que j'avais vraiment hâte de voir 

Fin d'après-midi, nous retrouvons les garçons pour une balade et un coucher de soleil sur le fort

Sur le Tiger Fort 

Le lendemain, Isa et moi visitons le fort d'Amber et ses alentours avec notre rickshaw man, Babu. C'est vraiment sympa d'avoir un peu de compagnie, pour une fois! Dans le fort d'Amber, nous assistons à une sorte de fête religieuse, il y a de l'eau (photo 4) et de la nourriture pour tout le monde et les gens mangent tous ensemble, assis par terre sous de grandes tentes (comme lors de toute fête religieuse hindoue). C'est fort convivial :)

Amber Fort 

Babu nous emmène ensuite au stepwell (littéralement "puits en escalier") devenu célèbre par le film Indian Palace (The Best Marigold Hostel). Les stepwells étaient conçus comme des endroits conviviaux où se rassembler et surtout, où puiser l'eau pour boire, cuisiner, se laver, faire la lessive et où se baigner. Pour la dernière étape de notre journée, nous nous arrêtons à un temple où les gens préparaient activement les lieux pour un tournage de film.

En fin d'après-midi, je me sépare d'Isabelle qui part vers Pushkar, où elle retrouve Cyril et Nico, et j'embarque dans un train de nuit qui va s'enfoncer dans le désert en direction du Pakistan et de la ville de Jaisalmer.

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Après 12 heures de train et une nuit sacrément sablonneuse (traversée de désert pendant une tempête de sable avec les fenêtres du wagon ouvertes), j'arrive à 5h00 du matin à Jaisalmer, connue comme la ville dorée. Au départ pas fort enthousiaste à l'idée d'arriver seule dans une nouvelle ville à cette heure, je finis par me dire qu'au moins j'aurai droit à un lever du soleil (on apprend à trouver quelque chose de positif dans toute situation, quand on voyage en Inde), et en effet! Mon auberge est située au pied du fort et, n'ayant pas pu accéder à ma chambre au milieu de la nuit, je profite de la terrasse et de la vue, le temps que le soleil se lève et que mes hôtes se réveillent. Après une bonne douche, je pars à la découverte de la ville et surtout de son énorme fort, dont je n'ai malheureusement pas su avoir une photo dans son entièreté.

Le fort est absolument incroyable! C'est un entrelacs de petites ruelles bordées de superbe bâtiments dont l'architecture est d'une rare finesse. Je ne regrette pas une seconde d'avoir parcouru tant de kilomètres pour admirer ce petit bijou du désert! Photos 8-10: les magnifiques temples jaïns disséminés dans le fort.

Si déjà rien que la ville de Jaisalmer valait le détour, je ne m'arrête pas là pour autant. En effet, j'avais un autre objectif en tête en ajoutant cette étape sur ma route: passer une nuit dans le désert! Le lendemain, j'embarque donc à 15h pour une excursion à dos de dromadaire avec nuitée dans le désert. Je partage cette expérience avec un couple de suisses, Michelle et Benjamin, et avec mon fier destrier, Tengo Charlie. Nous avons d'abord 40 minutes de jeep pour nous amener aux dromadaires et puis 1h30 de balade jusqu'à notre campement. Une fois sur le dos de Tengo Charlie, j'ai tout le loisir d'observer la paysage. Le désert est d'abord plutôt rocailleux avec des buissons et beaucoup d'éoliennes avant de se transformer en de plus grosses dunes de sable, pas bien hautes cela dit, mais quand même assez charmantes. Après un beau coucher de soleil, petit souper préparé au feu de bois par nos guides avant la nuit à la belle étoile. Waaaah!

Camel safari - day 1 

Le lendemain, après une nuit bien froide sous deux grosses couvertures (oui oui, j'ai aussi eu froid en Inde!), petit-déj avant une dernière balade avec Tengo Charlie et le retour à Jaisalmer pour embarquer dans le bus vers Jodhpur, où je retrouve Isabelle, Cyril et Nico.

Camel safari - day 2 
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À l'arrivée à Jodhpur, connue comme la ville bleue, j'ai donc le plaisir de retrouver mes trois amis attablés sur un roof top face au fort de Jodhpur et sirotant une bière bien fraîche! Nous passons une très bonne soirée à se raconter nos aventures respectives (eux étaient à Pushkar, que j'ai dû sauter par manque de temps). Le lendemain, Isabelle et moi profitons d'une visite guidée de trois stepwells de la ville proposée par mon auberge. Les stepwells sont habituellement construits par des maharadjas mais le dernier (photo 6), qui est exceptionnellement de forme rectangulaire et non pas carrée a été construit par un brahmane, avec l'aide du voisinage, bénévolement. Il était en réfection mais nous avons quand même pu y jeter un coup d'oeil. Nous nous baladons ensuite dans la ville bleue que nous avons eu du mal à trouver, comme tout le monde (la question qu'on entend souvent à Jodhpur: "But... where is the blue city?"), et terminons par la visite du fort.

Une fois que nous l'avons pénétrée, nous trouvons cette fameuse ville bleue fort charmante! En fait, la plupart des maisons de la vieille ville sont peintes de cette couleur car le bleu indiquait que ces maisons appartenaient à des membres de la caste des brahmanes. Le bleu offre aussi l'avantage de protéger de la chaleur et de repousser les moustiques. Pratique! En montant vers le fort, nous avons progressivement une vue d'ensemble sur la ville bleue, c'est vraiment joli! Nous nous baladons ensuite dans le fort avant de redescendre au centre.

Photo 9: quelques jeunes filles qui se sont mises à danser en rythme sur la musique jouée par les deux musiciens 

En fin de journée, visite du marché très animé, autour de la clock tower, avant un ultime souper à nous quatre. Le lendemain, les garçons partent pour Jaisalmer et nous continuons notre route vers Udaipur.

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Après nos aurevoirs à Cyril et Nico, Isabelle et moi nous mettons en route vers Udaipur, connue comme la cité blanche (oui, ils aiment les couleurs, ici), dernière étape du Rajasthan. Il y a moitié moins de population à Udaipur qu'à Jodhpur (on passe de plus d'un million à 453.000, ça fait une fameuse différence), deux lacs, des collines alentours et beaucoup de verdure, nous nous attendons donc à une étape plus paisible qui sera bénéfique, après les trois premières étapes du Rajasthan et avant les deux prochaines destinations plus intenses, Agra et Varanasi. Et nous ne sommes pas déçues! Udaipur est une petite ville plus calme, tout est proche (chose rare, dans les villes indiennes) et le lac principal apporte énormément de calme, et même un peu de fraîcheur.

Le lendemain de notre arrivée, nous décidons de nous faire plaisir et, en l'honneur de mon anniversaire et de celui d'Isabelle qui était le 1er avril, nous réservons un body massage suivi d'un shirodhara massage, durant lequel on nous verse de l'huile parfumée chaude sur le front (ou sur notre troisième œil, pour les indiens). Je n'ai pas pris de photo mais ai tiré celle-ci d'internet pour que ce soit plus concret. 90 minutes de détente qui nous ont fait énormément de bien! Après avoir doucement remis les pieds sur terre, nous allons nous balader dans le jardin des roses et sur les bords du lac Pichola, avec petite escapade en bateau au coucher de soleil s'il vous plait! Oui, on s'est fait plaisir :)

Le soir, on voit pas mal d'agitation sur les bords du fleuve et on nous apprend que c'est la fête du dieu singe Hanuman (apparemment, on est nés le même jour, lui et moi), il y aura donc de la nourriture gratuite pour tout le monde, des danses et des chants, plus des bénédictions bien sûr. Forcément, nous décidons d'aller y faire un tour :) Photo 1: les préparatifs de nourriture. Photo 2: vue sur la fête, avec le city palace en arrière-plan. Photo 4: des danses, au loin, et la foule.

Au programme pour les deux derniers jour: balade dans la ville; visite du temple principal; promenade sur les bords de l'autre lac de la ville, Fateh Sagar, qui nous fera vivre une rencontre particulièrement intense avec une horde de chiens errants; cours de tabla avec Monsieur Bablu pour moi à l'occasion de mon anniversaire; épilation des sourcils à l'indienne (une première, pour moi) et visite du city palace.

Day 3 

Day 4: Photos 2-3 (internet): Bablu et le tabla, une paire de deux sortes de petits tambours. Photo 4 (internet): épilation des sourcils à l'indienne. Photos 5-8: le superbe City Palace.

Après ce super chouette séjour reposant à Udaipur, nous montons le soir de notre dernier jour dans un train de nuit qui nous amène à Agra, la ville du célèbre Taj Mahal. Nous faisons le trajet avec Lea, une allemande qui partageait notre chambre à l'auberge et avec qui nous avons sympathisé.

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Malgré un petit pincement au coeur à l'idée de quitter le Rajasthan et sa superbe architecture, j'ai vraiment hâte de découvrir le Taj Mahal!! Pour faire le programme complet et être sûres de ne pas le louper (lol), une fois arrivées et raffraîchies à l'auberge, nous profitons toutes les 3, Lea, Isa et moi, du coucher de soleil dans le parc à l'arrière du Taj Mahal. Il se situe de l'autre côté du fleuve Yamuna et nous offre déjà une charmante vue sur le fascinant édifice. Belle petite introduction le jour de notre arrivée avant le grand face à face au lever du soleil le lendemain. Nous passons de surcroît un très agréable moment à papoter comme trois vieilles copines :)

Et le lendemain, à l'aube, c'est parti pour la visite du site, le coeur rempli d'excitation! Pour la petite histoire, le Taj Mahal, comme j'ai pu le croire avant, n'est pas un palais ou un temple mais bien un mausolée. Il a été construit par l'empereur moghol Shah Jahan entre 1631 et 1648 en mémoire de sa troisième femme, connue sous le nom de Mumtaz Mahal, morte en donnant naissance à leur quatorzième enfant. L'empereur lui portait un amour sans borne (on dit que ses cheveux sont devenus gris en une nuit, à la mort de son épouse) et décida de lui témoigner son amour en lui construisant cette sépulture. Huit ans avant sa mort, Shah Jahan fut renversé par son fils (j'aime mes enfants) et ne put donc être témoin de la construction du mausolée que depuis sa cellule. À sa mort, il fut inhumé à côté de son épouse. Les ornements que l'on voit sur le marbre ne sont pas des dessins mais bien des incrustations de pierres semi-précieuses dans le marbre.

 Malheureusement, ils étaient en train de remplacer la tuyauterie lors de notre passage et les fontaines étaient vides.

Nous passons un long moment sur le site, qui me permet de réellement m'imprégner de l'endroit et de profiter pleinement de cette merveille. Puis, sur conseil de nos amis Cyril et Nico, nous descendons, Isa et moi, sur la rivière Yamuna et prenons un petit bateau pour avoir encore une autre vue sur le site. La petite balade en bateau nous a offert un réel moment de quiétude loin de la foule. Un vrai bonheur!

Avec des images plein les yeux et un rêve de plus réalisé, nous prenons le soir, de nouveau à trois avec Lea, un train de nuit vers ma dernière destination indienne (déjà!): Varanasi.

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Et hop, on est reparti sur la route! Trajet en train de 13h assez intense car beaucoup de familles avaient acheté des tickets moins chers qui n'attribuent pas de place dans le train mais qui leur permettent de monter dedans et d'occuper les places libres. Or le train était plein et ces familles voyagent généralement avec énormément de bagages, donc chacun occupe chaque centimètre carré de libre et, en me réveillant la nuit, le sol du couloir de mon wagon avait disparu sous un amas de gens dormant les uns sur les autres. J'ai trouvé ça assez triste même si les familles savent à quoi s'attendre et que ça leur permet de voyager pour moins cher.

Varanasi est la première ville sacrée d'Inde. Non seulement, elle borde le Gange, fleuve sacré, mais en plus on dit que le fait d'y mourir, de s'y faire incinérer et d'avoir ses cendres jetées dans le Gange permet de rompre le cycle de réincarnation et d'atteindre le Nirvana. C'est une ville très spirituelle pour les Indiens, et c'est la seule ville d'Inde où l'on brûle des corps 24h/24 et 7 jours sur 7, à raison de 200 à 400 crémations par jour (sur le ghat (berge) principal, on peut brûler jusqu'à 20 corps en même temps!).

Nous nous attendions donc à y trouver une sorte d'aura et une ambiance spirituelle... mais nous avons plutôt trouvé une ville comme les autres, dans les premiers instants du moins. Notre balade sur les ghats entre midi et 14 heures n'était sans doute pas à la meilleure heure. Photo 5: Non, non, je n'avais pas bu avant de prendre la photo, je pense plutôt qu'on a trouvé la tour de Pise de l'Inde... Photo 6: Tout l'après-midi et jusqu'au soir, il y a des bateaux qui passent le long des ghats avec de gros haut-parleurs et la musique à fond et des gens qui dansent dessus (je l'avais dit, on n'est pas vraiment dans la spiritualité à laquelle on s'attendait ;) ). Photo 7: Fabrication maison du lassi. Photo 8: Un barbier, sur les ghats.

Le point fort de la ville est donc l'enfilade de ghats, portant chacun des noms différents. Deux de ces ghats sont des ghats crématoires, les autres sont le théâtre de la journée des habitants, le fleuve étant au centre de la vie des Hindous. Lors de cette balade, à l'approche du grand ghat de crémation, Manikarnika Ghat, nous avons quand même la chance de rencontrer un homme qui se présente comme prête et qui nous explique le fonctionnement et l'histoire autour de ces ghats et de la crémation hindoue. Quand la personne vient à décéder, le corps est préparé par la famille, lavé avec différentes substances qui ont une signification particulière, comme l'huile, des parfums, etc. Il est ensuite enveloppé dans des tissus colorés et orné de colliers de fleurs, comme on peut en voir en vente dans les échoppes sur les premières photos ci-dessous, et posé sur une civière de bambou. La civière est transportée par quatre hommes qui appartiennent à la classe des intouchables jusqu'au ghat de crémation, suivi par les hommes de la famille qui répètent la même litanie. Les femmes sont interdites de crémation pour deux raisons (qui pour moi, sont plutôt de fausses excuses), la première car dans le temps, lorsque le mari mourrait, son épouse se jetait/devait se jeter dans les flammes avec le corps de son mari pour ne pas lui survivre (cette tradition maintenant interdite s'appelle le sati) et il ne faudrait pas que ça se reproduise (mouais mouais...), la seconde car les femmes pleurent et que "cry is bad karma for the soul of the dead person" (j'ai vu des hommes pleurer sur les ghats, mais bon...). Une fois sur les ghats, le corps et la civière sont imergés dans le Gange afin de libérer l'âme avant d'être posé sur le bûcher. Selon le prêtre, il faut plus ou moins 80 kg de bois pour un bûcher, il y a différents types de bois, plus ou moins chers et portant différentes significations. Plus le bois est cher, meilleur ce sera pour la libération de l'âme du défunt. Selon notre prêtre, un kilo coûterait environ 700 roupies, ce qui est énorme pour les indiens, bon nombre de familles n’arrivent d’ailleurs pas à se procurer la quantité de bois suffisante pour alimenter le feu pendant les trois heures que dure la crémation et sont donc obligées de rejeter des parties entières du corps du défunt dans le Gange. Ensuite, cinq hommes de la famille tournent cinq fois autour du bûcher, une fois pour chaque élément (air, eau, terre, feu, et je ne me rappelle plus du 5e), puis le brahmane amène une brassée de brindilles qui a été allumée dans le feu de Krishna (un feu sacré qui ne s'est jamais éteint en 3500 ans) et allume le brasier. Une fois le corp consumé (ou une fois qu'il n'y a plus de bois), le brahmane remplit un pot en terre cuite d'eau du Gange et le jette sur les cendres par dessus son épaule avant de partir sans se retourner afin de laisser partir l'âme du défunt. S'il se retourne, c'est comme s'il invitait l'âme à le suivre et ça en ferait une âme errante, un fantôme. Pendant dix jours après la crémation, le brahmane ne peut toucher aucun autre corps et doit continuer à prier pour l'âme du défunt. Il ne peut pas non plus changer de vêtements. Après dix jours, il y a de nouveau une bénédiction avec la famille. Pendant un an après le décès, la famille ne peut pas faire de fête. 5 catégories d'êtres vivants ne se font jamais incinérer: les enfants, car ce sont des êtres purs donc on n'a pas besoin de laver leurs péchés; les femmes enceinte puisqu'elles ont un être pur dans leur ventre; les lépreux car ils sont déjà punis avec leur maladie et n'ont pas besoin d'être purifiés, de plus, on veut leur donner l'opportunité de se réincarner pour avoir une meilleure vie; les gens morts d'une morsure de cobra car le cobra est le symbole du collier de Krishna et car le venin est déjà une malchance et on veut leur donner l'opportunité de se réincarner pour avoir une meilleure vie aussi et enfin, les vaches, les chiens et les chèvres car ce sont des incarnations/représentations des dieux. Ces cinq catégories d'êtres vivants sont alors attachés à de lourdes pierres et jetées dans le Gange.

D'autres prises sur les ghats, vers la fin de journée, quand ils recommencent à s'animer 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, pas de mauvaises odeurs à côté des bûchers, juste beaucoup de fumée noire et une forte chaleur. Cette rencontre et ces explications juste à côté des familles et de leurs défunts m'ont permis de me plonger dans l'ambiance de Varanasi. Rien de morbide mais beaucoup de respect pour les familles et d'humilité en assistant à ces scènes.

Le soir, nous avons une autre occasion de participer à la vie de Varanasi. Tous les soirs, il y a la même grande cérémonie sur deux ghats voisins. Etonnées de voir deux cérémonies presqu'identiques, nous en avons demandé la signification; en fait cette cérémonie a tellement de succès qu'elle attire trop de monde pour un seul ghat et ils ont donc décidé d'en organiser deux pour permettre à plus de monde d'y assister. Il y a cinq jeunes hommes sur le bord du ghat qui chantent et font des danses avec différents objets portant de l'encens ou des bougies. Les ghats sont couverts de monde et des dizaines de bateaux sont accostés pour y assister également. C'est très poignant de voir l'attention de tout le monde dirigée vers un même point et d'entendre les gens frapper dans leurs mains, chanter ou répondre au chanteur.

Le lendemain, à l'aube, nous montons à bord d'un bateau pour profiter du lever de soleil et du réveil des ghats. Cette expérience est, pour moi, l'apogée de notre séjour à Varanasi. Le calme sur le Gange et la quiétude sur les rives sont apaisantes, après l'effervescence de la veille. J'ai les yeux grands ouverts et me partage entre les ghats d'un côté de l'eau et le soleil qui se lève, de l'autre. Je me sens presque privilégiée et surtout toute petite de pouvoir assister à ce moment simple, authentique.

La fin de notre séjour se centre surtout sur les ghats et la vie qui s'y déploie. C'est, selon moi, le meilleur endroit de la ville pour être un témoin discret du quotidien des indiens. J'avais vraiment le désir de profiter des derniers instants en Inde en m'imprégnant de ces images, de ces couleurs, de ces odeurs et de cette ambiance propre à l'Inde.

Photo 2: vente de bidons vides à remplir d'eau sacrée du Gange. Photo 5: les deux boissons qui sauvent la vie. Photo 6: les ruelles étroites de la vieille ville, il faut imaginer le passage qu'il reste quand deux énormes vaches se partage l'espace. Photo 7: les cours de natation dans le Gange, bien sûr.

Le soir de notre 3e jour, Isabelle (qui continue aussi sa route vers le Népal) et moi embarquons au milieu de la nuit dans un train en direction de la frontière indo-népalaise. C'est le moment de faire mes adieux à ma chère Inde, pour entamer une fameuse épopée vers Katmandou, capitale du Népal.

Après ces 38 jours en Inde, il est temps de faire le bilan. En chiffres, ça donne 5 états et 13 villes visitées, cinq levers de soleil et le double de couchers de soleil, deux nuits sur le sol de l'aéroport, une nuit dans le désert, des dizaines de nouvelles connaissances, quelques amis, 16 heures dans 6 avions, 42 heures dans 7 bus de jour et un de nuit et 51h30 dans 5 trains de nuit, d'innombrables tasses de chai, à toute heure.

S'il y a bien quelque chose que j'ai appris sur moi, et sans doute sur l'être humain en général, c'est qu'on s'habitue à tout. Les moustiques qui piquent le millimètre carré de peau sans produit ou carrément à travers les vêtements, la crainte parfois justifiée des puces de lit, la chaleur, les douches froides, l'A/C qui rend plus malade que de vraiment rafraîchir, la notion inconnue des indiens de ce qu'est l'espace vital, les 48h dans les mêmes vêtements et dans la chaleur et la poussière sans pouvoir passer par la case douche ou pyjama pour la nuit, les longs trajets dans les bus gouvernementaux - que la majorité des touristes fuit - coincée entre la paroi du bus et quelqu'un d'autre, les 18 kg du sac à dos de derrière et les 8 kg de celui de devant, faire et défaire son sac parfois le même jour, la négociation avec les rickshaws et les vendeurs partout et tout le temps, les plats (super) épicés, le choix de ne pas boire de boisson à glaçons, de ne pas manger de glace ou de légumes crus par sécurité et malgré la chaleur, les photos et les vidéos de nous par les indiens, le bruit, le trafic, la pollution, les coupures de courant, la saleté, la poussière, les innombrables chiens errants indifférents ou plus agressifs (pensée émue au guet-apens du gang des Thug Life de la banlieue d'Udaipur, mené par Raoul-à-l-oeil-rouge, où on a vraiment eu chaud), les crachats masculins et féminins, les nuits par terre dans les aéroports, ne pas savoir du tout où on est, à demander son chemin et à faire confiance à ce qu'on nous répond, les casse-vitesses sur l'autoroute (véridique), les interpellations dans la rue tout le temps, les "which country?", "what's your name?", "where are you going?", les regards de tout le monde et en permanence, ...

Et on apprend à profiter et apprécier les choses les plus simples qui peuvent parfois paraître insignifiantes: la douche complète au savon pour les mains parce que y a rien d'autre, les 3 bananes et 4 mandarines comme casse-croûte pour les journées de bus, les femmes et les hommes qui sentent bon, toujours (les unes le savon et les fleurs, les autres le parfum), les rencontres avec les backpackers qui sont sur la même longueur d'onde, le dodelinement de la tête des indiens qu'on prend toujours pour un "non" pendant deux secondes alors qu'on sait que ça veut dire "oui", les toilettes occidentales, les toilettes occidentales AVEC papier, les dortoirs avec casiers, les auberges avec une bonne connexion wifi, les innombrables levers et couchers de soleil, parce que oui, chaque matin, le soleil se lève et c'est magique ...

Toutes ces découvertes et observations amusantes, parfois déconcertantes voire exaspérantes, qui m'ont amenée à relativiser énormément et à revenir à l'essentiel, restent maintenant pour moi comme des petits bouts d'Inde que je garde en mémoire, qui vont me manquer pour certains ou qui me font rire maintenant et que je savoure, avec le recul. Ce sont tous ces petits morceaux qui font de l'Inde un voyage extraordinaire, intense, plein de couleurs, de saveurs et de diversité. Je pensais naïvement couvrir une bonne partie du pays en 38 jours, et j'ai l'impression de n'avoir soulevé qu'un coin du voile! Alors, j'espère, "see you soon, beloved India!"

Je vous invite, pour ceux qui veulent suivre mes aventures au Népal, à vous abonner au carnet suivant, ce qui vous permet de recevoir un mail dès que je poste un nouvel article. J'en profite pour vous remercier pour l'intérêt que vous portez à mon voyage et aux pays que je découvre, c'est un réel plaisir pour moi de partager tout ça. À bientôt, de l'autre côté de la frontière!