Carnet de voyage

Argentina

13 étapes
19 commentaires
1
Un proverbe argentin dit: "Quand une tuile tombe de ton toit, c'est l'opportunité de voir dix mille étoiles."
Du 15 octobre au 4 décembre 2017
51 jours
Partager ce carnet de voyage
1

¡Hola, lecteurs!

Voici la suite de mes aventures en Argentine! Mais d'abord, quelques informations sur le pays: Superficie: 2 791 810 km² (plus de 91 fois la Belgique) Population: 43 431 886 habitants (plus du triple de la population belge) Densité: 15,6 habitants/km² Indépendance: 9 juillet 1816 Monnaie: le Peso argentin Devise nationale: "Dans l’Union et la Liberté"

Drapeau argentin / L'Argentine à l'échelle mondiale

Je pars donc en taxi collectif de Tupiza vers Villazón, la ville frontière bolivienne. Un peu bousculée par mon départ précipité, je n'ai pas eu le temps de préparer à fond le passage en Argentine, ni le trajet vers Salta, mais heureusement, je tombe chaque fois sur des gens qui m'aident gentiment. Le passage de la frontière se passe sans encombre, et j'arrive à La Quiaca, ville frontière argentine. Là, je tombe de ma maclotte: alors que je comprenais environ à 80% les Boliviens, à 3km de là, en Argentine, je ne comprends rien quand les gens parlent! Mierda! Il faut dire que les gens parlent beaucoup plus vite ici et que, là où les boliviens remplacent le son "rr" par "z" (exemple: pour arroz, le riz, ils disent "azoz" ou bien pour cerrado, fermé, ils disent "cezado"), les argentins remplacent le son "ye" par "she" (exemple: pour pollo, le poulet (qui se prononce "poyo"), ils disent "posho" ou bien pour me llamo, je m'appelle (qui se prononce "me yamo"), ils disent "me shamo"), comme me l'explique un sympathique trio de français pensionnés que je rencontre à la station de bus! Petit détail linguistique supplémentaire, histoire de pimenter un peu les choses... A 14h, je monte enfin dans le bus pour Salta, ma première étape argentine. Nous avons normalement 8 heures de trajet mais, une heure après avoir quitté La Quiaca, nous restons bloqués presque trois heures à une sorte de poste "frontière" où le bus est fouillé par l'armée... C'est là que je découvre à quel point l'Argentine est surveillée, postes d'armée ou de police partout et "sur-vérification" des passeports etc... Pourquoi ici, à une heure de la frontière alors que tout y a déjà été scanné et vérifié? Ça reste un mystère. Bref, ça n'arrange pas mes affaires car j'arrive à passé minuit à Salta. Déjà, je n'aime vraiment pas arriver de nuit dans une nouvelle ville mais en plus, ne sachant pas comment le changement de pays allait se passer ni à quelle rapidité, je n'ai réservé aucun logement... Je prends un taxi pour aller à l'auberge que j'avais repérée sur internet et là, misère, pas un seul lit de libre :( Bien sûr, le temps que je demande à l'auberge où trouver un autre logement, mon taxi est parti et je reprends donc ma route à pied pour me rendre à un hôtel pas loin, indiqué par la dame de la réception. Par précaution, je ne paie qu'une nuit en attendant de voir la tête de la chambre et je fais bien car c'est vraiment pourri, tout est sale et pas frais; j'ai d'ailleurs l'impression d'être la seule cliente de l'hôtel... Je finis par dormir dans mon sac de couchage sur le lit, en m'estimant quand même heureuse d'avoir un toit sur ma tête.

Le lendemain, je m'empresse de quitter l'hôtel et d'aller dans l'auberge que j'ai réservée la veille avant de dormir. Accueil super sympathique et logement nettement mieux. Ouf! Je passe la journée relax et réserve trois excursions dans la région pour les prochains jours.

TOUR 1: Le lendemain, j'embarque pour la première excursion, j'y rencontre Martha, allemande, avec qui je sympathise. Nous commençons la journée par la superbe Quebrada del Toro, le long du chemin de fer du Tren de las Nubes (le train des nuages), un train maintenant touristique qui parcourt 217km dans les montagnes andines. Il s'agit d'une portion de l'ancien chemin de fer du General Mauel Belgrano, qui rêvait d'un train capable de parcourir toute la cordillère des Andes (!). Sa construction date de 1921. Le train gravit lentement le relief (allure moyenne de 35 km/h), pour atteindre une altitude de 4220m! Sur le trajet: 29 ponts, 13 viaducs, 21 tunnels, 2 spirales et 2 zigzags, le tout dans des paysages magnifiques (photos 3-8). Néanmoins, on peut bien mieux voir les structures ferroviaires de la route que depuis le train (photos 1 et 2). J'y retrouve les coloris bigarrés des gorges et vallées aux alentours de Tupiza, et ne m'en lasse toujours pas. Nous faisons une étape dans le minuscule village de Santa Rosa, où il y a deux petits musées sur la vie locale (photos 9-11). Puis continuons notre route vers San Antonio de los Cobres, où nous dînons (photo 14).

L'après-midi, nous faisons une étape aux Salinas Grandes, pâle (ou plutôt sale) reflet du magnifique Salar d'Uyuni, mais quand même intéressant, avec ses alignements de bassins, vestiges de l'ancienne technique pour prélever le sel du salar, avant l'invention des machines. Explication du Routard plus détaillée que celle du Lonely Planet sur la Bolivie: "Les conditions sont réunies pour engendrer ce phénomène géologique: de hautes montagnes captent les pluies, une forte activité volcanique charge en minéraux ces eaux de ruissellement et les fait remonter à la surface d'un haut plateau sous forme de lagune. Ajoutons une bonne évaporation due à la chaleur tropicale et on obtient un désert de sel, un salar." Nous redescendons ensuite de nos hauteurs pour rejoindre le gros village de Purmamarca et surtout son Cierro de los Colores (la montagne aux sept couleurs) (photos 10-12). Les paysages en chemin sont toujours aussi superbes! Malheureusement, comme dans tous les tours à la journée, nous ne restons pas très longtemps sur place et ne pouvons pas aller nous balader dans les alentours du village. Nous en faisons donc une visite très sommaire puis rentrons à Salta.

TOUR 2: Le lendemain, deuxième excursion! Je retrouve Martha dans le minibus et nous rencontrons aussi une anglaise, Jessica, une italienne, Pia, et un hollandais, Nout. La majorité du trajet de la journée est dans la superbe Quebrada de las Conchas (vallée des coquillages). Il y a deux millions d'années, tout était recouvert par l'océan, jusqu'à ce que les Andes surgissent et créent ce nouveau paysage. La mer disparue, les fonts marins sculptés par les courants ont alors émergé au grand jour, révélant des formations rocheuses plus étranges les unes que les autres (Le Routard). Les différentes couleurs que l'on voit sur les roches sont soit des fossiles marins (le bleu, le jaune, et le vert (des algues)), soit des minéraux acheminés par les cours d'eau qui ont en partie creusé ces vallées (principalement la couleur rouge). Observer ces paysages, c'est comme faire un énorme saut dans le passé. Nous nous arrêtons d'abord à la Garganta del Diablo (gorge du diable) (photos 3-4), puis à un point de vue sur la vallée (photo 5). Même du minibus, je ne sais où donner de la tête et me contorsionne pour ne rien rater des paysages que l'on traverse. Car les arrêts sont rares, uniquement dans les endroits où tout le monde s'arrête et avec un timing bien limité... les aléas des tours organisés. Enfin, nous partageons notre frustration entre backpackers au temps de midi et partageons quand même un bon moment entre nous.

Vers midi, nous arrivons à Cafayate (à prononcer "cafashaté", bien sûr), capitale du vin de la province de Salta. Avant notre pause dîner, nous visitons la bodega Finca Quara, un vignoble immense au pied des montagnes. La visite guidée est trop compliquée pour les non-hispanophones, mais la balade sur le site et la petite dégustation à la fin sont quand même sympas. Après le dîner au centre de Cafayate, nous reprenons la même route qu'à l'aller pour le retour vers Salta, mais avec deux autres arrêts. Notamment celui au magnifique Anfiteatro (photos 9-11). Un ancien lac interne a creusé à cet endroit une vaste cuvette ronde. Le vent continue d'en éroder les parois et d'agrandir cet espace considéré sacré par les populations natives (Le Routard). Lors de notre passage, nous avons en plus la chance de tomber sur un musicien dont la belle musique traditionnelle profite de l'incroyable accoustique de l'endroit. Le soir, nous nous retrouvons avec Martha, Jessica et Nout pour le souper.

TOUR 3: Et le jeudi, dernière excursion, où je retrouve Nout. Nous empruntons d'abord la Quebrada de Escoipe, pour atteindre le point culminant du chemin, le col de Piedra del Molino (3.348m) et sa petite chapelle (photo 2). Malheureusement, le temps est vraiment dégueulasse et on ne voit pas grand chose... Jusqu'à la redescente, de l'autre côté de la montagne, et l'entrée dans l'énorme parc national Los Cardones (du nom de cet espèce de cactus candélabres qui y poussent par milliers). Nous y faisons un arrêt et pouvons même observer de loin l'espèce de brume que nous avons eu sur toute la première partie du trajet et qui monte de la vallée (photo 3)! Pour le dîner, nous nous arrêtons dans le petit village tranquille de Cachi. Nous reprenons la même route pour le route, mais le temps se dégagé tout doucement, et l'on peut observer un peu mieux les colorations de la vallée, identiques à celles de la Quebrada de las Conchas (visite de la veille). Ayant lu que c'était vraiment typique de l'Argentine et qu'il y en avait des particulièrement chouettes à Salta, j'avais proposé aux autres de se retrouver le soir dans une peña, un restaurant où des chanteurs et musiciens s'installent aux tables pour entonner les grands classiques du répertoire sudaméricain. Nous nous retrouvons donc avec Pia, Jessica et Nout pour un repas typique argentin, au milieu de chanteurs et musiciens. Ambiance super sympa et très chouette compagnie :)

Le lendemain, pour mon dernier jour sur place, je visite quand même un peu la ville de Salta, qui a beaucoup de charme. Je commence mon tour par la belle église San Francisco puis prends un peu de hauteur avec le teleférico qui m'amène au Cerro San Bernardo. Là, belle vue sur la ville et les montagnes qui l'entourent, et balade entre les nombreuses cascades. Après le dîner, petit tour au centre-ville, avec une préférence pour la place principale, la Plaza 9 de Julio, avec la cathédrale baroque qui ressemble à une grosse guimauve rose et le cabildo (photo 9, à droite), ancienne maison communale datant du XVIIIe siècle.

Le soir, je prends un bus de nuit pour descendre plus au sud, dans la grande ville de Córdoba.

2

J'arrive le lendemain matin en ville. Après avoir pris possession de mon lit, je décide d'aller manger un ptit bout. Sur les conseils de la fille de l'auberge, je vais dans un petit resto pas loin, et cherche désespérément une salade au menu. Pas la peine, c'est très rare dans les restos traditionnels (par opposition ici aux restos végétariens) argentins... Je cherche un plat où je suis sûre d'avoir des légumes et finis par commander un sandwich, me réjouissant des feuilles de salades et des rondelles de tomates fraîches. Et on m'amène l'énorme plat de la photo 1... Je suis dépitée! Les légumes et la cuisine simple me manquent encore plus cruellement que d'habitude. Je constate en effet qu'en Argentine, la viande est le plat de prédilection, des assiettes avec des morceaux de viande plus gros que ma tête et... une tonnes de frites. Aïe! Le reste de la journée et le jour suivant, je me consacre exclusivement à clôturer le Japon, sur le blog. Le troisième jour, je pars à la découverte du centre-ville. Honnêtement, pas de quoi casser trois pattes à un canard. Je ne trouve nulle part l'authencité de la Bolivie, de ses villes, son architecture et sa population... On pourrait se croire dans une ville d'Europe, ou dans la banlieue de New-York, avec les taxis jaunes. Je cherche le dépaysement. Je fais quand même le tour des quelques églises et bâtiments sympas, puis rentre à l'auberge, gênée par le vent glaçant (malgré la chaleur de l'endroit) qui souffle dans les rues. Sur la photo 3, la cathédrale; sur la photo 7, la Iglesia de la Compañia de Jesús, l'une des plus anciennes églises d'Argentine, fondée en 1640 par les jésuites. Sur la photo 10, la file des gens devant faire des opérations bancaires, payer leurs impôts ou retirer leur salaire. En effet, depuis la dévaluation du pesos argentin en 2015, la situation économique est assez précaire et tous les mouvements bancaires se font dans des centres spécialisés. Il est donc très courant de voir des files de gens attendre parfois pendant des heures pour pouvoir realiser leurs opérations. Quotidiennement, les distributeurs de billets sont vides (je parle d'expérience), et il faut donc attendre qu'ils soient remplis pour pouvoir retirer de l'argent. Très handicapant.

Je continuerai à me focaliser sur l'écriture du blog le reste du séjour à Córdoba. Le mardi 24, je prends un bus de nuit qui m'amène à Buenos Aires, où je vais rejoindre la Fundación CADENA pour deux semaines de bénévolat.

3

Après un petit-déj' au terminal des bus de Buenos Aires, je me mets en quête du bus qui m'amènera à la Fundación, située dans la périphérie de la ville, à Ciudad Evita. Ce n'est pas chose aisée... Tania, la copine belge du cours de Krav Maga via laquelle j'ai connu la Fundación et que je vais retrouver là-bas, m'a dit quel bus je devais prendre, mais pas où. Je prends d'abord un taxi qui m'amène en ville et m'indique là où il pense que je trouverai mon bus 180. Ce n'est pas là. Je continue mon chemin et demande à trois personnes différentes qui m'envoient chaque fois dans une autre direction... La ville est immense, il fait chaud et je suis bien chargée, ras-le-bol! :D Je finis par décider d'aller au terminal des bus locaux et là, enfin, je trouve le point de départ de mon 180!! La Fundación doit être à une trentaine de kilomètres du centre en voiture, mais c'est deux heures après que le bus s'approche enfin. Je rate d'abord le bon arrêt, et à l'arrêt suivant, le bus n'attend pas que je sois descendue pour redémarrer! C'est donc deux arrêts trop loin que je descends -_-' Je sais que la Fundación est en bordure de la deuxième favela de Buenos Aires et je suis un peu sur le qui-vive en la longeant, mais j'arrive sans encombres devant le grand panneau d'entrée du site (photo 1, capture d'écran de Google Streetview). Bingo! :D

Quand j'arrive, je suis gentiment accueillie par Diego, volontaire colombien, qui m'indique où est Tania: au potager! Ça commence bien :D Elle est en train de travailler parmi les légumes avec une petite équipe de jeunes et me propose de venir les aider. Malgré la mauvaise nuit dans le bus et la route, je trouve ça plus chouette de m'immerger directement dans l'ambiance et je commence donc à gratter la terre. Pour les jeunes, je suis comme un nouvel animal au zoo! héhé Ils me posent des questions mais j'ai vraiment du mal à les comprendre: toujours pas habituée à cette fameuse façon de parler et puis, ils ne font pas vraiment d'effort pour parler plus lentement (I love teenagers :D), au contraire même pour certaines qui me testent déjà ˆˆ Néanmoins, je dois quand même remercier Pôpa et Môman de m'avoir donné, à leur insu à l'époque, le même prénom que le célèbre poisson du dessin animé Le Monde de Nemo, qui me donne un capital sympathie incroyable auprès des jeunes :D Ainsi se termine cet après-midi paisible, dans la chaleur du soleil descendant et le calme de l'endroit. Photo 2: le bâtiment principal avec la salle à manger/de jeux, les cuisines, le bureau et les pièces de rangement. Photos 3 et 4: la graaande plaine de jeux et le terrain de football. Photos 5 et 6: l'enclos des oies et des poules et le potager, grand projet de Tania qui se développe bien. Et enfin, photos 7 et 8: la maison des bénévoles et le salon ainsi que sa grande fresque murale. Nous sommes à trois dans la maison quand j'arrive. Des 6 autres bénévoles, Tania et Ferdinand (son compagnon belge, volontaire depuis 5 ans à la Fundación) habitent de leur côté, Edmy (Vénézuela, volontaire depuis 1 an) est en vacances, Diego (Colombie, volontaire depuis 1 an) occupe momentanément la maison d'un ami absent; dans la maison avec moi restent Jessica (Mexique, volontaire depuis 2 ans) et Fernanda (Brésil, volontaire depuis 10 mois). On peut dire que c'est international! Et que ça va bien m'aider à mettre mes cours d'espagnol en pratique, car bien sûr tout se fait en espagnol la journée avec les enfants, mais le soir, ça continue à la maison :) Pour mon premier soir, Tania propose de manger tous ensemble à la maison et nous terminons autour d'un plat d'empanadas maison, s'il vous plait! Super chouette!

Mais, en plus des bénévoles et des enfants, il y a d'autres habitants à la Fundación! Avec nous, dans la maison, deux chattes dont Jess est dingue, l'une plutôt caline, Cinza (preuve en photo 1) et l'autre plus sauvage, Bikina (photo 2); et puis Blanca, chèvre adorable qui s'apparente plus à un animal de compagnie tellement elle est sociable, qui adore rentrer dans la maison pour filer au bac à légumes et qui passe la plupart des nuits sur le siège de la photo 4, sur notre terrasse; Helado chienne fidèle qui cherche aussi toujours notre compagnie; José Mari, le cheval; les trois lapins avec les deux canards (qu'on ne voit pas sur la photo 7); le cochon Pepa qui veut toujours s'échapper de son enclos, pour le plus grand bonheur des bénévoles qui doivent l'y remettre (phot 8) et enfin, les oies et leurs nombreux bébés devenus bien grands durant mon séjour, qui partent se balader sur le site le week-end, quand il y fait plus calme. Une fameuse ménagerie qui apporte beaucoup de vie à l'endroit et qui évolue avec les enfants.

La Fundación est en fait un centre de jour pour les enfants de la favela (bidon-ville) d'à côté. Ils vont à l'école le matin puis viennent au centre l'après-midi. Il y a de gros problèmes de drogue dans la favela et nombreux sont les enfants dont un ou les parents sont soit sous l'emprise de la drogue soit en prison à cause de ça. Ca fait 7-8 mois que Tania et Ferdinand travaillent le matin dans la favela en collaboration avec le prêtre local, jeune et dynamique, et essaient d'aider les drogués qui veulent s'en sortir. Depuis qu'ils ont commencé, ils ont déjà réussi à sortir une septantaine de personnes de la drogue! Quelle victoire!! Mais il y a encore beaucoup de travail... Tania me raconte des histoires dramatiques. Je trouve leur travail tellement courageux et impressionnant, voire parfois même dangereux car évidemment, les dealers qui vivent dans la favela ne voient pas leur travail d'un bon oeil... Au centre, nous travaillons donc les après-midis de la semaine; les week-ends et les matinées sont à nous et j'en profite pour étudier mon cours d'espagnol tous les matins, et le soir et le week-end, pour passer du temps avec mes compagnons et continuer à trier mes innombrables photos.

Le lundi, c'est le jour du soutien scolaire, il n'y a pas d'activité particulière mais on aide les enfants qui viennent avec leurs devoirs. Les mardis et jeudis, ce sont les jours des petits, de 3 à 11 ans. Il y en a entre 35 et 50, selon s'ils viennent ou pas. Et les mercredis et vendredis, ce sont les jours des grands, de 12 à 18 ans. Il y en a à peu près 25, quand ils viennent tous. Avant, les deux groupes venaient tous les jours, mais le nombre n'était pas gérable pour les volontaires et l'organisation était plus difficile au niveau des activités, avec les différentes tranches d'âge. Notre journée commence à 11h. Nous installons les tables et préparons les locaux. Chaque groupe a sa propre configuration: pour le soutien scolaire, des groupes de tables (photo 1) et une petite table pour le dîner (il y a max une vingtaine d'enfants qui y viennent); pour les grands, une grande table suffit (photo 2); et puisque les petits sont nombreux, deux grands C et une table à part pour les tout petits (photo 3). Vers 12h, les enfants arrivent. Ils ont une heure de temps libre, avec les jouets à l'intérieur ou bien sur la grande plaine de jeux et au terrain de foot, dehors. A 13h, on dîne. Les enfants ont tous les jours un repas chaud ici, comme ça on est sûr qu'ils aient un repas correct au moins une fois sur la journée. Viande et féculent et si on a de la chance, un peu de légumes, parfois même du potager :) Et puis un dessert. Après, et c'est nouveau de quelques mois, tout le monde passe au lavage de dents!! :D Car il y en a peu qui se les lavent à la maison. Je trouve que c'est vraiment une super initiative! Ensuite, de 14h30 à 15h30, les volontaires se répartissent les groupes et chacun fait une activité: bricolage, jeux de société, potager, pâtisserie, jeu de piste, ... De 15h30 à 16h30, les enfants ont de nouveau une heure de temps libre, puis nous mangeons le goûter. Et vers 17h, la journée se termine.

Le lendemain de mon arrivée, c'est la journée des petits. Si j'avais apprécié le côté paisible de la fin de l'après-midi de la veille, je pense que je peux qualifier la journée du jeudi de tout sauf paisible... :D Pour les grands, nous sommes plutôt là comme encadrement, mais les petits ont besoin d'une surveillance constante et que nous ayons les yeux absolument partout. Nous devions en avoir une quarantaine ce jeudi et ça fusait dans tous les sens! Quand ils sont dehors, ils s'amusent entre eux et nous, à part les pousser sur les balançoires, on s'assure principalement que personne ne se blesse et qu'ils restent sur le site. Mais quand on passe à table, au brossage de dents et à l'activité de l'après-midi, ça devient plus... intense. Je ne connais pas encore les prénoms et ai souvent du mal à les comprendre quand ils parlent, mais je me sens surtout particulièrement impuissante à cause du blocage de la langue. Si je me débrouille sans problème dans la vie de tous les jours du voyage, mettant un point d'honneur à ne parler qu'espagnol, j'ai l'impression de redémarrer à zéro avec eux car je ne connais pas du tout le langage approprié; vocabulaire de l'enfance, bien sûr, mais aussi expressions d'usage quand il faut les recadrer. Pour moi, c'est un jour très hard core. Le lendemain, la journée est plus relax avec les grands, ouf :) Nous terminons la semaine en passant une chouette soirée chez Diego avec Jess et Fernanda. Pour le week-end, Ferdinand et Diego m'ont assigné une tâche importante: puisque Ferdinand a de la famille en visite et que Diego vit chez son ami, ils me demandent de m'occuper des animaux en leur absence. Oufti! Moi, même pas peur, j'ai accepté bien sûr. Et je me suis donc amusée à nourrir les lapins, changer José Mari (le cheval) d'endroit trois fois par jour et donner à boire à Pepa (le cochon), tout ça avec mes fidèles compagnons Helado et Blanquita (la chèvre, oui oui) sur mes talons :) J'étais aussi censée remettre la Blanquita dans l'enclos des oies pour la nuit mais j'ai abandonné en la retrouvant le lendemain matin sur le fauteuil de notre terrasse ˆˆ Bon, ça été moins amusant quand deux gars de l'armée sont venus m'avertir que Pepa s'était échappée de son enclos... (Grâce à des fonds relevés en Belgique, la Fundación est en train de faire construire un bâtiment qui sera dédié uniquement au groupe des grands. Le temps des travaux, l'armée, qui est fort présente dans cette partie de la ville, a demandé si elle pouvait occuper le bâtiment et nous avions donc en permanence un groupe de soldats au fond du domaine.) J'appelle Jess et Fernanda en renfort, n'ayant aucune idée de comment ramener ce foutu cochon dans son enclos (quand elle s'échappe d'habitude, Diego et tous ses muscles la soulèvent et la ramènent de force. Moi, impossible.) Nous commençons donc maladroitement à la cerner pour la ramener vers l'enclos. Cause toujours. Je prends un bâton et la pousse gentiment comme je peux. Marche pas. Je finis par me résoudre à y aller à mains nues (yucks!) et pousse de toutes mes forces sur son popotin, elle fait deux mètres dans la bonne direction puis repart dans un autre sens. J'ai les mains qui sentent l'enclos à cochons (#VIVELAFERME). Bref, après avoir perdu Fernanda qui a renoncé, plusieurs tentatives courageuses de la brave Jess qui a peur des animaux et mes regards désespérés vers l'équipe de soldats en place, il y a quand même trois gentils gaillards qui viennent nous aider et nous finissons par réussir à la remettre dans sa maison! Pfiou... quel sport :D

Et ainsi, je suis tout doucement rentrée dans le rythme des différents jours de la semaine. Le lundi, le soutien scolaire où nous sommes aidés par 5-6 dames qui, elles, prennent des enfants en one-to-one, et où j'avais à ma table un bonhomme qui ne voulait pas travailler et deux autres qui ne vont pas à l'école, dont l'un sait plus ou moins lire et l'autre pas du tout, et où j'ai vraiment galéré à les garder tous les trois occupés de manière sensée. Le mardi et le jeudi avec les petits et le mercredi et le vendredi avec les grands. Et, au bout de cette semaine, je réalise que c'était déjà beaucoup moins difficile qu'au début! Non seulement je connais une grande partie des prénoms, mais en plus j'ai appris les mots et expressions nécessaires et ai pu, grâce à ça, un peu me rapprocher des enfants, qui se sont maintenant habitués à ma présence, et être d'un plus grand soutien pour l'équipe en place. En plus, le courant passe super bien avec les autres bénévoles et on passe de chouettes soirées avec les filles à la maison. Entre temps, j'ai aussi fait la connaissance d'Edmy (Vénézuela), qui est rentrée de vacances et qui est vraiment chouette. Nous terminons cette bonne semaine par une soirée billard avec Diego et Fernanda.

Et après un week-end paisible (certes un peu perturbé par l'inflammation d'une de mes glandes salivaires qui donnait à la moitié gauche de mon visage la forme du poire (sexyyy) et qui m'inquiétait un peu, à quelques jours de mon départ pour la Patagonie), j'entame déjà mes derniers jours à la Fundación. Le lundi, soutien scolaire (photo 1) où je suis avec deux petites dont il faut vérifier les devoirs et un autre bonhomme qui ne va pas encore à l'école et qui s'occupe avec un memory, suivi de la soirée « portes ouvertes » (tous les 1-2 mois) (photos 2-4). Les parents ont ainsi l’occasion de venir voir ce que leurs enfants ont fait sur les derniers mois, comme leurs nombreux bricolages, accrochés au mur ou présentés sur des tables, ainsi qu’un diaporama de toutes les photos des dernières activités, prises par les animateurs. C'était chouette de voir comme les enfants étaient fiers de montrer leurs réalisations et tout le monde a regardé attentivement le diaporama! On voit que les parents présents connaissent bien les animateurs, et que le « travail » ne se fait pas seulement avec les enfants, mais aussi avec leur famille, pour celles qui en sont désireuses. Et puis dernier jour avec les petits, où j'ai immortalisé quelques instants. Photo 5: quand je dis que Blanquita est presque un animal domestique... ˆˆ Photo 6: un nouveau chiot dans la ménagerie, qui aura bien occupé les enfants! Photo 9: les petits, allés rendre visite à Pepa, qui devait inévitablement faire pipi quand je prenais la photo...

Et puis c'est déjà le temps des aurevoirs! Avec mes deux compagnons préférés, Blanquita et Helado, et puis avec la petite famille de bénévoles qui m'a accueillie si chaleureusement! Nous refaisons un souper à la maison la veille de mon départ avec toute la troupe, pour finir en beauté :) Sur la photo, de gauche à droite: Edmy à ma gauche, puis Tania et Diego, Ferdinand derrière et Jess et Fernanda à l'avant. Une super équipe!

Je ne savais pas spécialement à quel type d’infrastructure m’attendre avant d’arriver à la Fundación mais certainement pas à autant de verdure, surtout en plein milieu d’une zone urbaine! J’ai directement été sous le charme de la taille du site, des grands espaces verts, de la plaine de jeux, du potager, de la présence de tous les animaux qui ont un sacré capital sympathie et, bien sûr, des six super volontaires et de leur fameux travail. Dès les premiers instants et tout au long de mon séjour, j’ai été fort touchée par la chaleur et l’affection qui lient les enfants et les bénévoles. Ils saluent chaque animateur à leur arrivée, d’une poignée de mains ou d’une accolade et, même s’il faut élever la voix de temps en temps et qu’il y a quelques fortes têtes (ˆˆ), les désaccords se règlent dans le dialogue et personne ne part fâché à la fin de la journée. C'est impressionnant. Il ne m'a pas fallu beaucoup de temps pour comprendre qu’il y a un réel respect des enfants envers les volontaires, résultat évident de tout le travail accompli depuis des mois, voire des années, avec eux. Il y a un cadre et les enfants le connaissent. Le centre les aide, les guide, leur montre une route peut-être un peu plus ensoleillée que celle qu'ils suivraient s'ils n'y venaient pas chaque semaine. Il y a beaucoup d'affection et d'écoute, les volontaires essaient de faire réfléchir les plus grands à certains aspects de la vie, au travers de leurs activités, ils essaient de leur ouvrir l'esprit. Ils éditent même un petit journal, sous la supervision de Diego, rédigé par les enfants et remis aux parents, reprenant les divers activités et évènements des dernières semaines. Et puis, le potager (une activité qui remporte un réel succès puisqu’il y a chaque jour des enfants désireux d’y travailler et qu’il continue à s’agrandir, avec toujours plus de légumes et d’épices!), le brossage de dents, les animaux tout autour, l'équipe de foot des garçons entrainée par Ferdinand et celle des filles (!!) entrainée par Diego, qui participent maintenant au tournoi local! Que de belles initiatives!

Bref, une fameuse et belle suprise pour moi que de découvrir cette Fundación qui donne de l'espoir et envie de s'occuper de ses frères Humains. Et c'est le coeur quand même lourd et avec l'impression que ces deux semaines n'étaient que deux jours que je reprends ma route, certes pour des perspectives quand même fort réjouissantes puisque je m'envole le lendemain pour la Patagonie, en compagnie d'une visiteuse de Belgique :D

4

Après une nuit au centre de Buenos Aires, je retrouve ma pote Becky à l'aéroport pour nous envoler vers Ushuaïa, en Terre de Feu. Les retrouvailles sont super chouettes et ça me fait tout bizarre d'avoir une deuxième visite de Belgique! Le programme qui nous attend est très prometteur et c'est avec la méga banane que nous embarquons dans l'avion :D Trois heures de papote plus tard, Ushuaïa est en vue et nous avons déjà un petit aperçu par le hublot!!! Comme ça a l'air beau! Deuxième aperçu devant l'aéroport (photo 3), avant de filer en vile. Car ici, le soleil se couche bien plus tard qu'ailleurs et nous fait perdre la notion du temps. Nous passons une très bonne soirée à se raconter les derniers mois et sommes obligées, par nos paupières qui tombent, de filer au lit!

Ushuaïa (à prononcer "Ussuaïa", comme les locaux ou comme quelqu'un qui aurait un seveux sur la langue), pointe de la cordillère et du continent, porte d'entrée vers l'Antarctique et le Pôle Sud! Waouw ça donne des frissons, quand même! Et pourtant pas "le bout du monde" ou el fin del mundo comme se plaisent à la surnommer les argentins, puisqu'il y a encore le port chilien Puerto Williams un peu plus au sud, de l'autre côté du canal de Beagle. Petite ville de 70.000 habitants qui grandit et grandit avec le tourisme, au détriment de la nature environnante, située en Terre de Feu, cette fameuse île séparée du reste de l'Amérique du Sud par le détroit de Magellan. Et pourquoi "Terre de Feu"? Cette expression viendrait de Magellan qui, en arrivant en 1520 à l'extrême sud de l'Amérique, vit des feux de camps indiens, allumés par la tribus des Yamanas qui vivaient nus, même en hiver. Peuple de pêcheurs, ils avaient inventé un système ingénieux pour pouvoir allumer des feux dans leurs embarcations et ainsi se protéger du froid, même sur l'eau!

Le lendemain, nous décidons de partir en balade au parc Tierra del Fuego (=Terre de feu). Au programme, une petite marche de 8km le long de la crique Ensenada Zaratiegui (photos 1-2) bordée par la forêt avant de rejoindre la baie Lapataia. Quelle nature sauvage! Nous croisons quelques marcheurs mais le rythme des différents groupes nous permet d'être seules avec la nature la majorité du temps. La vue sur la crique puis sur la baie, parfois entre les arbres, les oiseaux, les plantes et fleurs et cette forêt qui nous parait si vieille et enchantée... nous sommes comblées et nous exclamons tous les dix mètres: "C'est booow!" (ce sera d'ailleurs comme ça pendant tout notre séjour en Patagonie). Sur la photo 5, le fameux phénomène Pan de Indio, ces noeuds bizarres qui se développent sur certains arbres: une réaction de défense contre les champignons parasites oranges, appelés Ilao Ilao. Dès qu'un arbre est infecté, on constate la présence d'un noeud, qui subsiste même après la disparition du champignon. Certaines protubérances peuvent atteindre plus d'un mètre de diamètre!

Le soleil finit enfin par sortir (malheureusement pas pour longtemps) quand nous atteignons la baie Lapataia et réveille toutes les couleurs qui étaient ternies par le ciel gris. Photo 11: nos sourires heureux synonymes de la fin de la balade et de la pause goûter.

De retour à Ushuaïa, nous faisons un petit tour en ville et passons brièvement au musée Historia Fueguina (que je visiterai lors de notre deuxième séjour), qui retrace l'histoire d'Ushuaïa en mettant en scène des personnages de taille réelle dans des décors soignés (photos 3-6). Sur la photo 5, une pierre mystique (ˆˆ) permettant de définir la météo d'Ushuaïa, avec une description plutôt amusante :) Après le souper, nous assistons aux derniers instants du coucher de soleil sur la baie d'Ushuaïa.

Le lendemain, une longue route nous attend: nous partons à Puerto Natales, petit port du côté chilien de la frontière, étape avant de repasser du côté argentin pour les stations d'El Chalten et d'El Calafate.

5

Nous quittons donc Ushuaïa le samedi matin et après quelques heures de bus et le passage de la frontière chilienne, nous devons descendre du bus et monter sur un énorme bac pour traverser le détroit de Magellan. Sur le bac, nous faisons mieux connaissance avec un couple de français, Guillaume et Lena, qui étaient à la même auberge que nous à Ushuaïa. En papotant, nous réussissons même à apercevoir un bébé orque (que Guillaume avait déjà aperçu lorsqu'ils étaient descendus vers Ushuaïa) et un couple de pingouins!! :D

Une dizaine d'heures plus tard, dont une pause de 4 heures à Punta Arenas (que nous visiterons en redescendant vers Ushuaïa), nous arrivons de nuit à Puerto Natales. Le lendemain, vu la météo maussade, nous passons la journée relax à l'auberge et ne sortons que vers 17h pour profiter du soleil enfin apparu. Puerto Natales a un charme particulier avec ses petits bungalows colorés et ses poubelles plubliques en formes de bonshommes :) Au port, nous retrouvons les cousins de notre beau plongeur liégeois (photo 5) et admirons la baie, avec le pied de la Cordillère des Andes (photo 6) et les montagnes en arrière-fond.

Le lendemain, nous reprenons notre route vers le nord et repassons du côté argentin. Destination: El Chalten!

6

De nouveau, nous arrivons le soir à El Chaltén, le lundi 13. Après une bonne nuit dans une auberge chalet en bois bien chaleureuse et un bon petit-déj, nous nous mettons en route pour aller payer nos respects au fameux Fitz Roy! El Chalten, petit village au bout de tout et au coeur des Andes est beaucoup moins envahie de touristes que d'autres stations de la Patagonie. Et pourtant, avec son Fitz Roy, c'est un des plus beaux coins! Les Indiens appelaient le Fitz Roy Chaltén (= volcan) à cause de ses pics souvent cachés dans d'épais nuages qui font penser à des volcans en éruption. Après une heure d'ascension dans des bois et fourrés, nous atteignons le premier mirador (ou point de vue) sur le Rio de las Vueltas, dans la vallée, avec au fond déjà quelques beaux sommets enneigés (photos 2-4). Nous reprenons l'ascension après le shooting photos et apercevons déjà un petit bout du Fitz Roy dans les nuages, de quoi nous encourager à continuer (photo 5). Nous sommes à nouveau charmées peu importe où se posent nos yeux: la vallée, les plantes le long du chemin, puis de nouveau la forêt qui parait bien ancienne. "Aah, c'est booow!" Sur le chemin, nous avons même le loisir d'observer un pic-vert à la tête flamboyante, comme on en voit dans toute la Patagonie (nous avions aperçu le premier à Ushuaïa), en train de se gaver de vers (photo 14).

Et puis, au détour d'un chemin, sans crier gare, nous atterrissons face à The Fitz Roy, culminant à 3.441m! Nous avons une chance incroyable car, si nous passé le début de la balade sous les nuages, le ciel se dégage pile à notre arrivée au mirador! C'est tellement impressionnant comme vue qu'il est difficile de trouver les mots appropriés! J'ai le coeur qui se soulève et des picotements dans les doigts... Quelle puissance dans ces pics et quelle beauté avec la neige immaculée, le bout du glacier, tout à droite, et la vallée d'un vert éclatant à nos pieds... Bien sûr, difficile de résister à prendre dix mille photos (pour la plupart identiques... héhé)! Nous finissons par pique-niquer là, pour profiter un maximum de la vue époustouflante. Durant les presque deux heures passées sur place, nous rencontrons un couple de belges, Ariane et Alexandre, qui eux font la Patagonie en van VW pendant deux mois. Nous sympathisons et passons un chouette moment tous les quatre, partageant nos expériences respectives de voyage. Puis finissons, à regret et non sans jeter encore quelques coups d'oeil par dessus notre épaule, par redescendre. Heureusement, sur le chemin du retour, il nous reste encore un arrêt à la Laguna Capri, qui nous offre encore une belle vue sur le fameux Fitz Roy (photos 10-12).

Pour la redescente vers El Chaltén, nous sommes quand même consolées par le superbe ciel dégagé qui donne une perspective encore toute différente et beaucoup plus vive et nuancée de la vallée qu'à l'aller. Sur la photo 5, le village d'El Chaltén, ainsi que sa rue principale sur la photo 9. Nous sommes comblées par notre journée, quelle fameuse balade et que de sublimes images dans nos têtes! Waouw, que la Terre est belle :D

Le lendemain matin, nous laissons tomber notre projet de balade de la matinée à cause d'un temps très venteux et capricieux (décidément, on a vraiment eu de la chance la veille!), et prenons notre bus dans l'après-midi pour entamer (déjà! :( ) notre redescente de la Patagonie vers El Calafate et son majestueux glacier Perito Moreno que nous allons escalader!! Oui, rien que ça :D

7

Nous arrivons le mercredi après-midi à El Calafate et allons nous balader sur la rue principale pour acheter nos victuailles pour l'expédition du lendemain. Quel changement par rapport à El Chaltén! Que des magasins de matériel de randonnnée ou de souvenirs, des agences de voyage ou des restaurants, c'est bourré de touristes et les prix sont exhorbitants! Si, jusqu'à présent, j'avais été assez anxieuse à la perspective de la randonnée du lendemain à cause de toutes les restrictions et recommandations sur le site de l'agence et des quelques commentaires lus sur internet faisant état de la grande difficulté physique que représentait l'excursion du BIG ICE (7 heures de randonnée dont une heure et demie d'ascension plutôt hard à un rythme soutenu puis 4 heures de marche sur le glacier avant la redescente), doutant sérieusement de mes capacités physiques (le spectre des marches de Poon Hill (Népal) n'étant pas loin), je suis, depuis le matin, emportée par l'excitation de monter sur un glacier, sachant que je ne le ferai sans doute qu'une fois dans ma vie, et ai soudain une confiance solide en mes braves mollets et cuisses! Quelle aventure ça va être!! :D

Le lendemain, nous nous réveillons à l'aube pour avoir le temps de nous préparer avant le pick-up de l'agence à 7h du matin. En montant dans le bus, Becky et moi ne pouvons nous empêcher de scruter les autres passagers et de jauger leur état physique hehe! Et nous partons pour une heure de trajet avant de voir, au loin, derrière la fenêtre embuée du bus, les premiers éclats blancs du Perito Moreno... Rien que de ce petit aperçu, je suis parcourue par un gros frisson, j'ai la banane d'enfer et je sautille sur mon siège! Le bus se gare enfin et nous partons vers les différents balcons, en face du glacier. Non mais WAOUW!!! C'est tellement impressionnant, cette glace à perte de vue entre les deux chaînes de montagnes!! Et plus on descend sur les balcons et l'on se rapproche du glacier, mieux on peut mesurer sa taille iiimmense!!! C'est trop booow! :D On entend même les craquements lointains de la glace! Et de se dire que dans quelques heures, nous serons en train de parcourir le dos de ce gros monstre, redoublement de frissons (et c'est pas le froid, pour une fois :D)! Même en écrivant ce texte avec un décalage de deux mois, je ressens toujours la même excitation et j'ai un grand sourire aux lèvres :D

Après cet avant-goût plus que prometteur, nous reprenons le bus pour nous rendre à l'embarcadère et monter sur un bateau qui nous amène de l'autre côté du Lago Argentino pour entamer la randonnée. Du bateau, nous avons encore une autre perspective sur le glacier, et on prend mieux conscience de la taille de cette grosse langue de glace (photos 1-2). Quelques informations sur le glacier Perito Moreno et la région: Le parc national des Glaciers couvre une superficie de 726.000 ha et englobe deux grands lacs: le lac Viedma et le lac Argentino, troisième lac d'Amérique du Sud avec ses 1.560 km². Les différents glaciers qui s'y trouvent (Perito Moreno, Upsala, Viedma,...) ne sont en fait que les terminaisons du gigantesque campo de hielo (champ de glace), un immense gacier d'environ 350km de long à cheval sur l'Argentine et le Chili. Les eaux du Lago Argentino sont d'un bleu laiteux et turquoise venant de la fonte de la glace, très dense, du glacier et d'une grosse dose de sédiments. Le Perito Moreno est l'un des trois seuls glaciers de Patagonie qui n'est pas en recul. Le front du glacier fait approximativement 4km de longueur, sa hauteur est de 170m dont 50-60m sont émergés, le reste se trouvant sous les eaux du lac. Le glacier en lui-même fait plus ou moins 14km de long. Il avance d'environ deux mètres par jour (+- 700 mètres par an). À certains endroits, son épaisseur atteint 700 mètres! La glace se forme en haut des montages, à 2000m d'altitude puis descend lentement en épousant les reliefs des versants, ce qui explique les nombreux pics acérés et cassés qui témoignent de la vie du glacier. L'eau qui s'écoule en permanence sous la glacer contribue à son déplacement. Classé au Patrimoine mondial de l'Unesco, c'est l'un des glaciers les plus vivants au monde! Et la question à dix sous: Pourquoi les glaciers sont-ils bleus ou blancs? Non compactée, la glace laisse filer les bulles d'air dans lesquelles pénètrent les grandes longueurs d'onde de la lumière; la glace reste alors blanche. Dans la glace compactée, seuls les rayons bleus (les ondes courtes) passent et donnent ces teintes bleutées si spectaculaires (Routard).

Une fois sur l'autre rive, nous marchons une demie heure dans une jolie forêt et arrivons au point de départ du mini trekking, autre option de randonnée plus courte sur le glacier (photo 5: un groupe du mini trekking). Là, nos guides nous laissent une dernière fois le choix: s'arrêter ici ou bien s'embarquer dans le BIG ICE et le faire jusqu'au bout car il ne sera plus possible de faire demi-tour, ça met la pression :D Personne ne bronche (tout le monde pense sans doute au coût exagéré de la journée et ça donne des forces pour continuer), et nous entamons donc l'ascension sur un chemin de terre et de pierres. Becky et moi nous concentrons sur la marche, pas envie d'être dans les derniers ni de retarder le groupe et, en fait, ça va plutôt bien! Nous sommes toutes les deux bien dans le rythme et marchons d'un bon pas :) Le chemin longe la grande langue de glace qui se jette dans le Lago Argentino et nous pouvons déjà observer de superbes formations acérées et bleutées! On y verrait presque des visages de Scream ou de fantômes (photo 8). Une grosse heure plus tard, nous nous arrêtons pour enfiler les harnais et essayer chacun une paire de crampons, et puis nous descendons vers le glacier pour enfin le tâter du pied :D (photo 10) Les paysages sont déjà magnifiques!

Après avoir enfin enfilé les crampons, bien serrés et attachés par nos nombreux guide, le groupe, d'une petite quarantaine de personnes, se divise en quatre petits groupes de 9-10, chacun accompagné par deux guides. C'est beaucoup plus sympa ainsi! Et, après avoir été briefés sur la manière adéquate de marcher avec les crampons sur sol plat, en montée ou en descente (variant chaque fois), chaque groupe part dans des directions différentes, suivant des chemins que seuls nos accompagnateurs bien expérimentés peuvent tracer. Petit à petit, nous nous enfonçons dans cette immensité de glace. Moi, ça me rappelle les différents déserts que j'ai déjà vus. En plus blanc et bleu... et froid ˆˆ Parfois, nous devons enjamber des crevasses profondes, comme sur les photos 4-6 et c'est super impressionnant de plonger les yeux dans ces profondeurs d'un bleu soutenu! Au bout d'une heure de marche, on s'est bien éloignés du bord et les paysages deviennent vraiment irréels: les différentes couleurs de la glace, les montagnes enneigées sur l'autre bord du glacier, les formations de glace parfois originales (photo 10), l'espèce de crête de pics bleus qui ressort des dunes de glace au loin (photo 11) et les étendues d'eau, voire les rivières qui coulent sur et dans le glacier... Waouw, je n'ai jamais rien vu de tel! J'étais un peu déçue par le temps (alors qu'au final, nous avons quand même eu de la chance car la météo s'annonçait bien pire au départ) et de ne pas avoir le soleil sur le glacier pour faire encore mieux ressortir les reliefs et les couleurs, mais la beauté des paysages finit par me faire taire :)

De temps à autres, nous nous arrêtons pour quelques explications sur le glacier ou bien nous avons des pauses forcées (qui sont bien agréables pour prendre le temps d'observer ce qui nous entoure), le temps que nos guides anticipent par où on va passer ou bien nous taillent la route, comme les marches qu'ils nous creusent sur la photo 4, avant d'enjamber la rivière avec leur aide. Ce n'est pas une promenade de campagne! Sur la photo 3, le chemin de la rivière, creusé dans la glace! Vers 13h, nous nous arrêtons près d'un autre groupe pour le casse-croûte puis faisons une petite séance photos avant de nous remettre en route (photo 7, où j'ai piqué la pioche d'un de nos guides :D). Au bout d'une vingtaine de minutes de marche, nous sommes bloqués par une autre rivière, plus large cette fois. Les guides cherchent d'autres alternatives mais nous nous retrouvons avec deux options: faire demi-tour pour trouver ue autre route et perdre du temps ou bien... sauter la rivière! Nous sommes un peu tous hésitants, elle fait plus d'1,5m de large et, surtout les filles, nous ne nous pensons pas vraiment capables de sauter ça sans tomber dans l'eau... Les guides le sautent d'un bon aérien de chat sauvage, se préparent de l'autre côté à nous réceptionner et nous encouragent à sauter de leur côté. Chacun range son matos dans son sac à dos et le balance de l'autre côté pour être plus léger. Les mecs s'y collent en premier, un à un et arrivent sans problème de l'autre côté (photo 9). Restent les 5-6 filles et personne ne veut se lancer :D Et puis, pas le choix, nous nous lançons une à une, non sans prendre un max d'élan. Plus de peur que de mal: seulement quelques bouts de pieds mouillés et pas de fesses dans l'eau (grâce à la bonne réception de nos guides), et tout le monde arrive de l'autre côté! Quel exploit, nous rions tous de bon coeur :D Et puis, le temps passant à une vitesse incroyable, il est déja temps de refermer la boucle et de prendre la direction inverse pour retourner sur la terre ferme. Pendant toute la balade, j'aurai eu l'impression d'avoir été rétrécie et de marcher sur un gros tas de glace pilée (photo 12), je pense que je m'attendais plus à une sorte de banquise lisse et douce ˆˆ L'excitation de la découverte diminuant tout doucement, la fatigue se fait plus sentir. Il aura fallu pas mal contracter les muscles sur toute la durée de la balade pour être en allerte au moindre faux pas ou au moindre glissement. Les genoux et les chevilles sont douloureux, à force d'avoir été malmenés sur les pentes et, même je suis triste de déjà quitter le glacier, mon corps commence à se relâcher et est moins vigilant, sans doute content de voir le bord se rapprocher.

Et après avoir retiré crampons et harnais, nous entamons la redescente, le long du glacier, tout en contemplant toujours ces belles formations glacées sur le côté, puis le beau front du glacier, sur le Lago Argentino. Et enfin, nous réembarquons sur le bateau où nous sommes tous récompensés par un porte-clé en forme de chaussure à crampons, un bombon et... un verre de whisky avec un bout du glacier comme glaçon, s'il vous plait!! :D Petite séance photos sur le pont, avec le soleil qui se pointe et nos sourires de bien heureuses, super fières de nous et émerveillées par tout ce que nous avons encore vu de nouveau sur cette journée bien intense! Le sourire est indécrochable de nos visages et nous sommes encore méga excitées de ce que nous avons accompli, en témoigne la photo 12. Et nous disons au revoir au majestueux Perito Moreno qui s'éloigne lentement.

Après cette incroyable journée dont je me rappellerai toute ma vie, nous refaisons nos sacs le soir puis nous effondrons de fatigue dans nos lits, avant de reprendre la route le lendemain et repasser la frontière chilienne pour un deuxième séjour d'un jour et demi à Puerto Natales.

8

À notre arrivée à Puerto Natales, nous sommes un peu hésitantes pour la réservation de la visite du parc prometteur de Torres del Paine et ses fameux pics acérés. Nos mollets ont encore bien en mémoire le trek du Perito Moreno de la veille et nous sommes middle motivées à repartir en trek de 7-8 heures le lendemain. Nous finissons par prendre l'option "mamy" et réservons la visite du parc en bus touristique. Et bien nous en a pris! Le lendemain, nous partons sous une pluie battante et il y a un vent à décorner tous les cocus de la terre! Nous sommes bien heureuses à l'abris dans notre petit bus touristique :D Heureusement, le ciel commence à se dégager quand nous pénétrons dans l'immense parc national de plus de 227.000 hectares de steppes, forêts, montagnes, lacs, cascades et glaciers! Plus de 270 espèces de plantes et d'arbres y ont été recensées, appartenant à 17 écosystèmes différents! On y trouve également plus de 180 espèces d'oiseaux comme le condor, le nandou (photo 3), le cygne et le flamant rose; et 25 espèces de mammifères, comme le beau guanaco (photos 4 et 5), le puma, le renard (photo 8, où il s'est un peu trop approché d'un nid et a réveillé la colère de la mère) et le chat sauvage. Nous faisons une première halte devant le Lago Sarmiento, où nous nous sommes épatées par son bleu intense (!) (photos 1-2), puis au Lago Amarga, nettement plus gris (le ciel s'est recouvert), où nous avons du mal à tenir debout et à prendre des photos nettes, tellement les vents, de 80-90 km/h selon notre chauffeur, nous poussent (photo 6)! En chemin, nous rencontrons le nandou, les guanacos et le renard. Enfin, nous arrivons à un point de vue sur les fameuses tours de granit mais on ne peut que légèrement les deviner dans leur manteau nébuleux (photo 11). Quand elles ne sont pas englouties par les nuages, les emblématiques Cuernos (=cornes) del Paine donnent l'impression d'être découpées aux ciseaux et semblent menacer le ciel de leurs sommets acérés. Ces aiguilles granitiques s'élancent à 2.400m, 2.600m et 2.200m, respectivement Cuerno Norte, Principal et Este. Elles font partie d'une petite chaîne de montagnes formée il y a environ 12millions d'années, indépendante des Andes. Les paysages que l'on observe actuellement sont le fruit du lent travail de sape de la calotte glaciaire qui régna sur la région jusqu'à il y a 14.000 ans environ. Il en reste aujourd'hui de nombreux lacs et plusieurs glaciers (Routard).

Nous faisons ensuite une halte au Lago Nordenskjöld, où grâce au soleil et au vent qui a un peu poussé les nuages, on aperçoit un peu mieux quelques sommets enneigés: quel paysage magnifique, toujours avec ce bleu éclatant de l'eau (photos 2-4)! Puis nous faisons une petite balade pous arriver au Salto Grande, cette superbe cascade qui nous offre, avec l'aide du soleil, de beaux arcs-en-ciel complets (photo 7) et un spectacle incroyable! Que la terre est belle!

Halte suivante au Lago Pehoé, avec son bleu défiant toute concurrence et sa jolie petite île, et d'où l'on peut observer le voile de nuages et de pluie qui s'est réabattu sur la région ensoleillée où nous étions vingt minutes plus tôt (photo 4). On ne peut nier que le temps est capricieux! Et d'ailleurs, nous n'aurons plus l'après-midi la chance que nous avons eu le matin: le ciel se couvre définitivement et une pluie battante, parfois même de neige ou de grêlons, tombera jusqu'à notre sortie du parc, où nous avons quand même encore la chance d'apercevoir quelques montagnes avant de dire définitivement au revoir au parc! De retour en ville, nous rencontrons le Milodón, ce drôle de paresseux préhistorique géant armé de griffes qui vivait dans la région il y a 10.000 à 15.000 ans et se nourrissait de racines, dont les restes furent retrouvés dans une immense grotte près de Puerto Natales en 1895 et qui est devenu depuis emblème de la ville, et Becky finit par accepter son invitation à danser une petite salsa avec lui. Nous terminons la journée devant une soupe de fruits de mer à la texture... inattendue.

Après ces nouvelles belles découvertes chiliennes, nous continuons notre route vers le sud le lendemain, avec une mini étape à Punta Arenas, dernière étape chilienne de notre séjour patagon.

9

Nous arrivons le lendemain midi à Punta Arenas et partons nous balader en ville après un bon ptit dîner. Elle n'est pas bien grande mais c'est agréable de flâner gentiment dans ses rues et sur sa place. On y rencontre Alain Afflelou (en Patagonie quand meme, faut le faire!) et une grosse queue de baleine dans le port :) Sur la place principale (l'indétrônable Plaza de Armas) de superbes cyprès de Lambert vieux de 150 ans et le monument à Magellan orné d'une sirène et de deux indiens. Il paraitrait que toucher le pied de l'indien de la photo 10 porte bonheur. Je ne me suis bien sûr pas retenue!

Nous terminons la journée dans un des seuls restaurants ouverts de la ville, ouf! En effet, jour des élections oblige (les troisièmes élections de mon voyage, décidément!) et la majorité des commerces et restaurants sont fermés et, comme au Népal et en Argentine, la vente d'alcool tant en magasin que dans les restos est interdite jusqu'au lendemain :) Après une bonne nuit de sommeil, nous prenons notre dernier bus pour repasser la frontière argentine (et 2 cachets de plus dans le passeport!) et rejoindre la première destination de notre périple, Ushuaïa!

10

Dès notre retour dans la région d'Ushuaïa, la couleur est annoncée: nous découvrons des paquets de neige sur le bord de la route empruntée par notre bus (photo 1)! Une petite vague de froid, pendant que nous étions dans le nord?... Et le lendemain matin, lorsque nous partons à la découverte du Glaciar Marcial, une petite balade sur les hauteurs de la ville, nous y retrouvons la même couche de neige, c'est vraiment superbe! Sur le chemin, nous croisons quelques autres marcheurs mais le calme et les bruits de la nature priment, quel bohneur avant de retourner dans les grandes villes du nord... On savoure aussi pleinement les derniers moments d'air parfaitement pur. Mais les bourrasques de vent sont aussi particulièrement puissantes une fois que nous sommes arrivées en haut et, après avoir pesté contre ce froid glaçant, n'ayant d'autre choix que de l'accepter puisque je ne peux ni l'arrêter ni m'en abriter, je me mets au défi d'y trouver un point positif. Tâche ardue, moi qui n'aime pas le froid, mais rien n'est impossible. En attendant Becky, partie explorer un chemin fort enneigé qui me rebutait puisque mes chaussures avaient déjà percé et s'étaient transformées en piscines, je me mets dans un endroit dégagé et écarte les bras pour être prise entièrement dans les bourrasques. Le vent est tellement fort qu'il me déséquilibre presque mais, tenant bon, je finis par avoir l'impression que quelqu'un s'est mis dans mon dos et me prend dans ses bras. D'où ça m'est venu? Aucune idée, mais les hasards n'existent pas et je l'interprète comme un dernier au revoir de la Patagonie... Je finis avec un grand sourire aux lèvres, presqu'émue, savourant ce câlin inattendu de la nature que je n'aurais jamais imaginé apprécier un jour. Comme quoi, essayer de voir le verre à moitié plein plutôt qu'à moitié vide permet parfois de vivre de beaux moments. Encore une belle leçon de vie, pour moi. Sur les photos 5 et 8: le bout de langue du glacier. Sur la redescente vers la ville, nous profitons d'une jolie vue sur la baie ensoleillée d'Ushuaïa. Et de retour au niveau de la mer après notre balade, nous allons attendre au port la frégate qui va nous emmener à la découverte du canal de Beagle l'après-midi.

À 15 heures, nous embarquons sur notre bateau et démarrons la balade de 6 heures sur le Canal de Beagle. Eh oui, il est grand ce canal, avec ses 185km reliant le Pacifique à l'Atlantique! Tout ça sous le soleil, quel bol!! Première étape, l'Isla de los Pájaros (l'île des oiseaux), où nous pouvons observer une quantité invraisemblable de cormorans royaux, au cou blanc, et de cormorans de Magellan, au cou noir (photos 5-8)! Et puis l'Isla de los Lobos, refuge d'une importante colonie de lions de mer, où Becky parvient à bien à capter les grosses peluches se prélassant au soleil avec le super zoom de son appareil photo :D (photos 10-12) Comme la nature est belle et quelle chance nous avons de pouvoir l'observer de si près! Ensuite, nous allons au Phare des Eclaireurs (photo 13), où le paquebot allemand Monte Cervantes, surnommé le "Titanic des mers du Sud" par les médias, s'échoua en 1930 une demie heure seulement après avoir quitté Ushuaïa.

Nous entamons ensuite une longue partie d'une heure sans arrêt particulier, dont je profite pour savourer un Alfajor, ce petit gateau argentin avec du Dulce de Leche et enveloppé de chocolat dont je raffole (photo 2). Sur la photo 4, Puerto Williams, vraie ville (chilienne) du bout du monde, la rive nord du canal étant argentine et la rive sud chilienne. Puis nous arrivons à la Isla Martillo où nous pouvons observer de très près une colonie de manchots de Magellan, noirs et blancs, (photos 11-14) et de manchots Papous, aux bec et pattes oranges (photo 10). Ils sont trop mignons à prendre gentiment leur bain, se dandiner en marchant, s'ébrouer en sortant de l'eau, se la couler douce sur la rive ou en train de communiquer entre eux!! C'est vraiment impressionnant de pouvoir les voir d'aussi près (aussi grâce au zoom de Becky, bien sûr) et tout ça dans leur environnement naturel! :D Et après avoir pu les observer à loisir, nous faisons tout doucement demi-tour et rentrons sous une pluie battante à Ushuaïa. Encore un coup de bol d'avoir eu le beau temps à l'aller et la pluie au retour :)

Le lendemain, puisque nous ne décollons pour Buenos Aires que milieu d'après-midi, nous faisons un peu de shopping le matin et puis je profite de l'heure et demie qu'il nous reste pour enfin visiter le musée Historia Fueguina, pendant que Becky termine ses emplettes. Là, j'y rencontre les hommes et les femmes ayant compté dans l'histoire de ce bout de planète: des peuples indigènes ayant vécu en Terre de Feu aux prisonniers d'Ushuaïa, en passant par les grands explorateurs de l'Antarctique ou du canal de Beagle. À travers des scènes reconstituées du quotidien, je découvre le mode de vie des tribus Selk'nam et Haush, chasseurs-cueilleurs (photos 1-2, avec le rituel de passage à l'âge adulte pour les jeunes hommes sur la photo 2), et de la tribu des Yámanas (photo 3), peuple marin qui n'hésitait pas à naviguer sur les eaux du cap Horn et dont les feux dans les embarcations ont inspiré le nom de Terre de Feu à Magellan. A l'heure actuelle, il n'en reste plus un seul! Ils furent décimés par les éleveurs qui leur reprochaient de piller leurs troupeaux. En effet, les indiens chassaient les guanacos pour se nourrir; en installant des clôtures dans la pampa, les colons et grands propriétaires terriens empêchaient les indiens de chasser librement et ceux-ci tuaient donc parfois un mouton pour survivre. En 1879, le gouvernement décida d'éliminer cette population "gênante"... On embaucha des tueurs professionnels qui recevaient 1 livre sterling pour chaque paire d'oreilles coupées. On les chassait encore dans les années 1930. Ce fut une véritable extermination... (Routard) Je fais aussi la connaissance de Thomas Bridge, premier missionnaire à s'être installé en Terre de Feu en 1862 et grand connaisseur et défenseur des Yámanas, qui pouvaient se réfugier sur ses terres sans craindre les raffles; puis du capitaine anglais Robert Fitz Roy (photo 4) et de Darwin (photo 5) qui avait été emmené par Fitz Roy comme naturaliste, au fil de leurs expéditions. Enfin, je fais connaissance du prisonnier le plus célèbre d'Ushuaïa, Cayetano Santos Godino (photo 9), surnommé "le petit aux oreilles décollées", un tueur en série argentin. En 1912, à 16 ans, il fut condamné pour le meurtre de quatre enfants, la tentative de meurtre sur sept autres enfants et l'incendie volontaire de sept immeubles. Incarcéré à la prison d'Ushuaïa, il est une fois battu par des codétenus après qu'il ait tué leurs chats de compagnie. Il fut finalement diagnostiqué aliéné et mourra en 1944 dans d'étranges circonstances. Enfin, on peut y entendre le récit palpitant d'Ernest Shackleton, un explorateur britannique, qui entreprit en 1914 de traverser l'antarctique de part en part avant de se retrouver prisonnier des glaces avec ses 27 hommes pendant 497 jours!

Et après cette extraordinaire parenthèse de deux semaines dans une incroyable nature, au milieu d'animaux sauvages, de superbes plantes et face à des prouesses naturelles d'une beauté à couper le souffle, nous nous réenvolons, le coeur un peu en berne mais conscientes de l'immense chance que nous avons eue, pour partir à la découverte de Buenos Aires.

11

Le lendemain de notre retour à Buenos Aires, nous partons à la découverte du "micro centro", ou le "petit centre". Nous commençons notre balade par l'ancien théâtre El Ateneo reconverti en une superbe librairie. Nous passons ensuite par l'immense Avenida 9 de Julio (photo 5), date de la proclamation d'indépendance de l'Argentine le 9 juillet 1816, et par le théâtre Colón (photo 6), inauguré en 1908 et qui dispose de près de 4.000 places réparties sur 6 étages! Nous dînons dans un ancien couvent, sur une terrasse entourée d'antiquaires, c'est calme et plein de charme, au coeur du centre-ville! Nous commençons l'après-midi par un crochet par l'ancienne poste, un bâtiment superbe et imposant (photo 9) reconverti en musée puis par la Basilica Santa Merced (photos 13-15) et ses magnifiques plafonds.

Puis nous faisons le tour de la fameuse Plaza de Mayo, qui a vu se dérouler les principaux évènements qui ont marqué l'histoire de la ville: l'expulsion du vice-roi d'Espage et de sa suite; la formation du premier gouvernement argentin indépendant; les grands rassemblements de foule sous l'ère du président Perón; les défilés des partisans de la guerre des Malouines; les grands rassemblements de soutien à la démocratie au début des années 1980 et les manifestations des mères des disparus sous la junte militaire qui défilent toujours chaque jeudi après-midi, en rond, coiffées de leur foulard blanc, pour réclamer la condamnation des responsables (Routard). Premier bâtiment: la Casa Rosada (photos 1 et 3, avec la place et l'obélisque en avant-plan), siège du gouvernement, puis la Catedral Metropolitana (photo 4), une basilique de style latin datant de 1812 et le Cabildo (photo 5), aujourd'hui musée, un des derniers survivants de l'époque coloniale et coeur politique et administratif de la ville de 1580 à 1821. Nous repartons ensuite vers des rues pavées plus étroites et plus charmantes pour visiter l'intéressante Farmacia la Estrella (=l'étoile), une des pharmacies les plus anciennes de la ville, fondée en 1834. Depuis, tout a été conservé! Les superbes meubles sculptés en bois, les somptueuses fresques au plafond réalisées à la main, les rangées de fioles et la présence de matériaux aussi nobles que le marbre de Carrare ou le cristal de Murano. Enfin, nous terminons la journée par le Congreso Nacional (photo 11), siège du Sénat et de la Chambre des députés, dont le style et l'aspect monumental évoquent le capitole de Washington, avant d'atterrir devant un pisco sour bien mérité, dans un petit resto péruvien :D

Le lendemain, nous partons de bonne heure à la découverte du fameux quartier de La Boca. Fameux pour son style, son histoire et... son stade de foot! Explications: Le quartier de La Boca occupe l'emplacement même de la première ville de Buenos Aires. Il s'est développé à la fin du XIXe siècle le long du port, proche de l'embouchure (boca en espagnol) du fleuve Riachuelo. Il a été très marqué par les fortes vagues d'immigrants au début du XXe siècle des Grecs, des Yougoslaves, des Turcs et surtout des Italiens, attirés par l'activité portuaire de la ville. La concentration de migrants italiens était si importante que l'artiste peintre Quinquela Martin proclama une "République de La Boca" en 1907. Le drapeau génois fut hissé, sans que ce geste symbolique n'ait de conséquences politiques. La Boca fut aussi le berceau du prolétariat de Buenos Aires, le quartier de toute une bohème artistique et littéraire, et c'est là (ainsi que dans le quartier voisin de San Telmo) que naquit le fameux tango argentin! L'histoire picturale du quartier débute, elle, avec un bébé abandonné qu'une famille pauvre de La Boca prit sous son aile. L'enfant grandit et devint un peintre célèbre: Quinquela Martin (1890-1977). Il demanda un jour à tous les habitants de La Boca de venir peindre les murs de l'école et chacun vint avec un fond de pot de peinture de couleur différente. Les habitants apprécièrent le résultat et badigeonnèrent alors leurs maisons de bois et de tôle de la même manière. Ainsi naquit dans les années 1930 le style particulier de La Boca, plein de gaieté naïve et bariolée, pied de nez à la pauvreté du quartier. Et enfin, le stade Alberto J. Armando de Boca Juniors, surnommé la Bombonera pour sa forme de bombonnière, le coeur battant du football argentin. Le champion Maradona a même une fois déclaré que c'était "le temple du football mondial"! Il s'agit d'une véritable cathédrale de béton où les soirs de match, la ferveur du ballon rond déborde largement du stade pour se répandre dans les rues du quartier. La vie s'arrête et on n'entend plus dans les rues que les hurlements des supporters et le tonitruant "goal!" des commentateurs, qui dure parfois plusieurs minutes...! Alors, il a toutes les raisons d'être populaire, ce quartier, non?! :) Heureusement, il n'y a pas encore trop de monde à l'heure de notre arrivée et nous pouvons encore faire quelques photos sans trop de touristes. Le charme du quartier est indéniable, malgré son aspect très touristique, et ses couleurs, sous le ciel bleu éclatant, mettent du baume au coeur! Le Caminito (photos 6-12), ancienne voie de garage, est la rue la plus célèbre du quartier et a inspiré le tango Caminito à Juan de Dios Filiberto dans les années 1920 (photo 11). Sur la photo 10, les drapeaux argentins et italiens, côte à côte.

Après avoir parcouru le Caminito, nous allons nous promener dans les rues adjacentes, où l'on retrouve plus d'aspects de la vie quotidienne comme la petite cour/restaurant de la photo 3 et le "tag" de foulard que l'on retrouve sur beaucoup de murs de la ville en référence aux Mères de la Place de Mai, ces mamans des disparus sous l'ère de la junte militaire dont je parle plus haut (photo 4: "La Boca n'oublie pas ses disparus"). Sur les marches de plusieurs restaurants, des couples élégants dansent le tango au son d'accordéons, de guitares et/ou de violoncelles. C'est envoûtant de les voir évoluer avec tant de grâce, de respect, de classe et, parfois, de complicité sur cette belle musique mélancolique et nostalgique... Ce fameux tango, dont l'histoire est étroitement liée à la naissance de Buenos Aires comme grande ville. Elle démarre avec l'arrivée des immigrants européens dans les années 1880, souvent des hommes seuls venus d'Espagne, de Pologne, d'Allemagne, d'Italie surtout, où il ont tout abandonné en quête d'une réussite sociale. Installés dans les quartiers pauvres à la périphérie de la ville, c'est le petit peuple de la capitale. Et c'est dans cette atmosphère d'hommes seuls, de mal de vivre et de nostalgie du bonheur de la vie laissée au pays, que naît le tango. Le tango se dansait donc entre hommes (eh oui!), le plus souvent dans des bordels. C'est le rêve de trouver et posséder sa belle, la danse de la force virile, du désir sexuel, de la nostalgie. C'est "une pensée triste qui se danse". Ce n'est que plus tard que les femmes viendront troubler cette virilité ambiguë. À l'origine, la guitare, la flûte et le violon étaient les seuls instruments utilisés pour interpréter le tango. Au début du XXe siècle, on importe en Argentine un instrument d'origine germanique: le bandoneón. Cet accordéon miniature va dramatiser l'accent des compositions existantes, mais le tango n'acquiert vraiment son identité définitive qu'avec l'intégration du piano, beaucoup plus tard. Il sera interdit par l'Eglise en 1929 (jugé trop érotique), puis le coup d'Etat militaire de 1955 fera taire sa voix. Il entame alors une longue descente aux enfers, dont il ne s'est jamais vraiment remis. En 2009, heureusement, il est classé Patrimoine immatériel mondial par l'Unesco, afin de le préserver (Routard). Vers 13 heures, cette première étape colorée de la journée se termine déjà et nous reprenons le bus vers San Telmo, quartier plein de charme de notre auberge.

San Telmo est le quartier de Buenos Aires qui, à mon avis, a le plus de charme! Rues plus étroites couvertes de vieux pavés, nombreuses fresques colorées et belles demeures aristocratiques de style colonial divisées en petits appartements, témoins de l'âge d'or de Buenos Aires et qui confèrent au quartier une ambiance toute particuilère. San Telmo fut un quartier résidentiel chic jusqu'à la fin du XIXe siècle, avant d'entrer en déclin et de se paupériser à cause des épidémies (la fièvre jaune, surtout) qui poussèrent les riches familles à se réfugier dans les quartiers nord de la ville. A leur place s'installèrent les immigrants européens, et surtout les Italiens. Puis le quartier s'est fait bohème, et dans ses bars (ainsi que ceux de la Boca) naquit le tango. Une belle visite en perspective!

Après un bon dîner, nous flânons au gré du vent dans ce petit quartier calme. Au détour d'une rue, nous tombons sur un banc où trône la statue de Mafalda, fameux personnage de BD argentin, dont la maison du créateur, Quino, se trouve à deux pas. Dans la BD, le jeune héroïne, championne de toutes les bonnes causes, se débat dans un univers peuplé de personnages caricaturaux, incarnant tour à tour les méfaits du capitalisme incurable et de la religion oppressante (Routard). Photo 4: une fresque avec Quino et ses personnages principaux. Pendant notre balade, nous rencontrons un danseur de rue qui effectue une chorégraphie d'une dizaine de minutes au milieu d'un petit carrefour, nous voyons plusieurs magasins Casa del Dulce de Leche (dans la même rue!), et je photographie les nombreux parfums de glace au Dulce de Leche chez le glacier où nous faisons une halte goûter. C'est dire l'engouement local pour ce caramel! On le retrouve partout, mais il faut dire que c'est une tuerie! :) Puis nous passons un long moment au Mercado de San Telmo, grand marché local sous une fameuse charpente métallique, qui regorge de brocanteurs, de maraîchers, de bouchers et de petits bars.

Et nous terminons la visite du quartier par cette superbe fresque de bienvenue à San Telmo, puis la maison la plus étroite de Buenos Aires (2,20m de large sur 13m de profondeur!) (photo 2, la blanche au milieu) et la jolie Basilica de Nuestra Señora de Bethlem, datant des années 1700. Pour notre dernier souper ensemble, Becky et moi nous faisons plaisir et allons déguster un délicieux steak dans un resto populaire du quartier, le Desnivel, célèbre pour sa viande, suivi d'un flan accompagné d'une généreuse cuillère de ce divin Dulce de Leche. Un régal!! Et après un dernier cocktail dans un des bars du quartier, où nous faisons encore le plein de papote avant le départ de Becky le lendemain, nous rentrons doucement à l'auberge.

Le samedi matin, c'est déjà le moment des grands au revoir après nos deux super semaines de voyage ensemble! Becky part à l'aéroport et moi, je me remets au blog, après cette longue pause. Le lendemain, je vais flâner au marché aux puces de Buenos Aires, la Feria de San Telmo sur la Plaza Dorrego à deux pas de mon auberge. Impossible de ne pas tomber encore plus sous le charme de ce quartier, en me baladant parmi les locaux, les petits artisans et les brocanteurs dans cette douce matinée bercée par le soleil et les musiques à gauche et à droite. Comme je m'y sens bien, j'ai l'impression d'être en vacances! :) Sur la photo 4, des calebasses évidées avec leurs pipettes de métal (bombillas), récipient dans lequel tous les Argentins boivent leur célèbre mate, véritable institution en Argentine. On en boit partout: pendant les repas, au travail, en rue, dans les taxis, sur la plage... C'est le symbole même de l'amitié, de la communication et du bon accueil. En Amérique du Sud, l'usage du mate remonte à la nuit des temps. Les Indiens Guarani mâchaient ses feuilles et concoctaient une boisson très énergétique en les faisant macérer. Le mate réveille, supprime la sensation de faim et chasse les migraines. Rien que ça :)

Je profite des jours qu'il me reste dans la capitale pour donner un grand coup sur le blog et j'ai aussi la bonne surprise de pouvoir revoir une fois Fernanda et Diego, mes amis de la Fúndacion! Et le jeudi 30, j'embarque pour 20 heures de bus vers les immenses et exotiques chutes d'Iguazú, à la frontière nord de l'Argentine avec le Brésil et le Paraguay!

12

À mon arrivée à Puerto Iguazú, je rencontre Marina, argentine mais dont le papa était français et qui est toute contente de pouvoir un peu repratiquer sa deuxième langue maternelle. Nous faisons un peu connaissance et décidons d'aller nous promener en fin de journée le long du fleuve Iguazú, où l'on nous propose un petit tour en bateau à l'embranchement des fleuves Iguazú et Paraná, frontière entre les trois pays. Après cette petite balade bien sympathique, nous remontons la berge à pied vers Hito 3 Fronteras, le belvédère argentin qui surplombe le fameux embranchement, révélant d'un seul coup d'oeil l'Argentine (photo 3: à gauche), le Brésil (à droite) et le Paraguay (en face). Plantement de décor des découvertes qui m'attendent le lendemain et le sur-lendemain, dans les parcs nationaux argentin et brésilien.

Le lendemain, je me lève donc de très bonne heure pour prendre le premier bus pour les Cataratas del Iguazú, les chutes argentines. Le parc national, étendu bien au-delà des chutes, est l'un des derniers pans intacts de la selva paranaensis, seconde forêt tropicale d'Amérique du Sud après l'Amazonie. Malheureusement, elle est encore plus menacée que cette dernière: du million de km² sur lequel elle s'étendait jadis, seuls 54.000 km² ont été préservés... A mon arrivée au parc, je découvre l'étendue du lieu sur le grand panneau de la photo 1. Déjà là, c'est impressionnant! Je ne traîne pas pour profiter encore un petit peu de la fraîcheur de la matinée et, sur conseil du Routard, je commence ma visite par le Paseo Inferior (la boucle bleue). Un bon choix, visiblement, puisque je me retrouve très vite seule (alors qu'il y avait des files pour rentrer dans le parc) sur les chemins qui traversent la forêt tropicale. C'est vraiment sympa de se balader ainsi dans cette nature luxuriante! Même si, avertie dès l'entrée dans le parc de la présence des coatis (ces gros rongeurs à la queue annelée) et des singes chapardeurs et parfois agressifs (photos de morsures à l'appui), j'avoue que je ne suis pas toujours rassurée d'entendre du mouvement derrière le rideau de végétation :D Le chemin rejoint d'abord les rives du río Iguazú inférieur (en contrebas des chutes), en passant par le superbe et vertigineux salto Alvar Núñez que l'on peut observer de face (photo 5) et du dessus (photo 7) (titillant légèrement mon vertige), avant de remonter par des points de vue de plus en plus spectaculaires vers le rideau des principales cataractes. Quelle splendeur! Le spectacle est tellement à couper le souffle qu'il rendrait presqu'émotif! Après la vue sur une grande partie de l'amphithéâtre, le parcours continue vers le belvédère de la chute Bossetti (photos 10-11), l'une des plus somptueuses chutes qui raffraîchit autant qu'une douche puisqu'on peut s'en approcher à presque la toucher! Le grondement des eaux est impressionnant! Quel débit, quelle force! Le chemin termine par le passage au salto Dos Hermanas (le saut des deux soeurs, big up à la sista!), en face duquel j'ai le privilège de pouvoir observer un beau toucan :D Et ça n'en reste pas là, puisque je rencontre également un peu plus loin une famille de singes, mon premier coati et mes premiers grands papillons. Un vrai paradis, ce parc! Après ce splendide premier parcours et ces rencontres impromptues, je me dirige vers la deuxième balade de ce côté du parc, le Paseo Superior (photo 1, boucle rouge).

Le Paseo Superior, lui, longe la brèche géologique le long de laquelle la majeure partie des chutes se jettent dans le vide. Il est plus dégagé que l'inférieur et il y fait chaud et humide avec les températures proches des 30 degrés, le soleil et la bruine constante qui remonte des chutes mais heureusement, l'air est un peu raffraîchit par une petite brise qui rend la balade supportable. La majorité des chutes sont visibles du haut, elles oscillent entre 40 et 60m de hauteur! Les belvédères se multiplient, entrant de plus en plus dans le fameux amphithéâtre. Avantage de la balade en solo, je prends le temps de savourer chaque détail, et ça tombe bien car je reste scotchée une vingtaine de minutes devant la beauté et la puissance de la nature sous mes yeux au mirador surplombant le salto Mbiguá (photos 5-7). Ces chutes d'eau sont tellement impressionnantes que j'ai du mal à réaliser que c'est uniquement l'oeuvre de la nature! On dirait qu'on a ouvert un barrage en amont, mais l'eau coule et coule sans faiblir ni ralentir et je me répète inlassablement que l'Homme n'a rien à voir là-dedans. D'étage en étage, l'eau rebondit à des dizaines de mètres de hauteur, c'est incroyable! Je n'ai jamais rien vu de tel, je suis hypnotisée. Je finis par être sortie brutalement de mes pensées par les cris de quelques touristes qui avaient laissé un sac à dos à terre pour faire une photo, ce qui a directement rameuté 3 coatis, qui étaient visiblement à l'affût dans les arbres ˆˆ La balade se termine au-dessus du fantastique arc de cercle formé autour du rugissant salto San Martin (big up à mon filleul!) (photo 10), surplombé par d'innombrables rapaces prêts à fondre en piqué dans ce superbe décor. Le salto émerveille réellement par la force avec laquelle les eaux se précipitent entre les pierres pour former une seconde chute à plus de 70m en contrebas, dans des nuages vaporeux qui se nimbent d'arcs-en-ciel. J'en deviendrais poète :D Sur le chemin du retour, je fais la connaissance d'un nouveau compagnon: l'énorme papillon à la parure si délicate de mille teintes différentes (photos 12-13). Naïvement, le voyant voler, je tends la main pour qu'il s'y pose afin que je puisse le photographier. C'est sans compter qu'à partir de ce moment, il ne veut plus la quitter. J'ai peur de mettre ses jours en péril en le touchant et tente différentes approches pour finalement réussir à le déménager sur mon sac à dos, me disant qu'il finira par s'envoler quand je reprendrai ma route. Que nenni! Dix minutes plus tard, j'ai toujours mon passager, bien accroché à sa monture :D C'est seulement quand je poserai mon sac à terre pour pique-niquer qu'il s'envolera vers d'autres contrées :) La flatterie de cette compagnie surprenante sera légèrement nuancée par la suite, quand je lirai que les papillons se délectent particulièrement de la transpiration humaine XD

Après mon pique-nique et une longue pause à l'ombre où je papote un peu avec une québècoise bien sympathique puis revois mon vocabulaire espagnol en compagnie d'autres papillons, je me mets en route vers la fameuse Garganta del Diablo, la gorge du Diable. Une longue passerelle de 2km mène, par-dessus le cours en apparence tranquille du fleuve, jusqu'à l'endroit où le fabuleux salto Unión, la plus haute (82 m!), la plus puissante des chutes, s'abîme dans la gorge du Diable. De loin, le site est déjà annoncé par les nuages de vapeur qui s'élèvent au-dessus de la gorge et le sourd grondement de l'eau (photo 4), mais il est impossible de s'attendre à un tel spectacle avant d'être au-dessus du précipice! On tombe sans crier gare sur cette faille en plein milieu de la rivière, comme si le sol s'était soudain dérobé sous la pression phénoménale des flots! A nouveau, je suis sans mots mais cette fois, impossible de se laisser envelopper dans ses pensées: les "vagues" de vapeur d'eau se succèdent, et il s'agit de protéger correctement l'appareil photo! Moi, je suis presque entièrement trempée ˆˆ Mais le spectacle, où que l'on regarde, n'en reste pas moins époustouflant, c'est sans doute le clou du spectacle! Le grondement est tonitruant et le débit encore plus impressionnant que partout ailleurs! Quelle nature incroyable! Le long des pans de la faille situés près du ponton, on peut aussi observer les vols en piqué des vencejos (arbalétriers), ces oiseaux de petite taille au plumage foncé, caractéristiques d'Iguazú, qui ont leurs nids dans la falaise, de l'autre côté des rideaux d'eau (petit point noir, photo 5). Quelle fougue et quelle témérité de foncer à travers les torrents d'eau, ils n'ont peur de rien! Ca ferait presque pousser des ailes de les regarder ainsi défier la gravité :D Enfin, je dois bien laisser ces magnifiques chutes derrière moi pour reprendre le chemin de la sortie, avec la perspective de les voir d'en face cette fois, le lendemain, du côté brésilien. Pour être bien sûre de garder le sourire jusqu'au bras de Morphée grâce à cette journée de rêve, je rencontre encore une tortue géante sur le chemin de retour. Je suis comblée :)

Le lendemain, je repars avec le premier bus en direction du Brésil, cette fois! Deux tampons de plus dans mon passeport plus loin, j'atteinds le Parque nacional do Iguaçu. Ici, la balade sera plus courte, mais la visite en vaut quand même la peine, rien que pour la vue panoramique sur l'amphithéâtre des cataratas argentines (photos 1-2). La vue d'ensemble est réellement saisissante et vertigineuse! Si je luttais, la veille, pour réaliser que cette merveille était bien naturelle, le spectacle étalé sous mes yeux me permet enfin d'en prendre pleinement conscience. Je me sens mieux :D Encore quelques chiffres sur le site: le débit moyen de la rivière est d'environ 1.400m³ par seconde (!!) mais varie entre 500m³/s pendant les périodes d'étiage et jusqu'à 6.500m³/s pendant pendant la période de crues! Les eaux se teintent alors de roux intense. En fonction de leur volume, le nombre des chutes varie, de 150 à 270 au maximum. Les "grands sauts" sont au nombre de 19, dont trois seulement se trouvent du côté brésilien. C'est pourquoi le panorama est meilleur de ce côté. Sur la photo 4: à l'avant-plan des chutes, au milieu, l'Isla San Martin. De nouveau, de nombreux rapaces volent dans le ciel et ajoute encore un charme supplémentaire à la vue, surtout quand ils plongent dans la Garganta del Diablo qui se profile à l'horizon, comme sur la photo 8. Photos 9 et 11: encore différentes prises de la gorge du Diable. Cette première partie de la balade permet réellement de prendre conscience de l'étendue du site, en ayant enfin l'image complète sous les yeux. Je suis vraiment contente d'avoir pu visiter les deux côtés. Le côté brésilien rend la magie du côté argentin complètement réelle. C'est un plus incroyable.

Après avoir longé la colline, le chemin atteind une longue passerelle qui s'avance au-dessus de l'eau jusqu'à "l'entrée" de la garganta del Diablo (photo 2: la partie de droite)! Au bout de la passerelle, un nuage permanent de vapeur d'eau enveloppe les spectateurs téméraires ou en quête d'une bonne douche, dans un grondement tonitruant.

Après mon retour à l'auberge, je retrouve Marina et nous allons souper ensemble. Nous passons une très chouette soirée toutes les deux, puis je rentre faire mon sac en vue du long périple qui m'attend dès le lendemain. En effet, je quitte maintenant l'Argentine et dois la traverser d'est en ouest pour arriver au désert d'Atacama, dans le nord du Chili (pas de la ptite bière!). Au programme: démarrage le lundi 4 décembre à 6 heures du matin à Puerto Iguazú pour 6 heures de bus vers Posadas, suivies de 6 heures de bus vers Resistencia, suivies de 13h30 de bus vers Salta, où je passe la journée du mardi en attendant mon bus de 1h du matin vers San Pedro de Atacama, avec arrivée prévue le mercredi 6 décembre vers 11 heures du matin. Avec les superbes images des chutes que j'ai dans la tête, I can do it! :D

13

Après ces sept semaines en Argentine, il est temps de faire le bilan pour clôturer cette étape. Si j'ai cherché, en vain, une authenticité et un patrimoine culturel fort comme j'ai rencontrés en Bolivie (il est évident que la majorité de la population argentine est issue d'une immigration plus ou moins récente, comme le raille le dicton mapuche: Les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens des Incas, les Colombiens des Mayas, les Argentins descendent du bateau) et si la chaleur et la simplicité caractéristiques du peuple bolivien m'ont manquées, je dois avouer que j'ai été complètement bluffée par les paysages argentins, à en oublier mon premier sentiment de déception. Les magnifiques gorges de la région de Salta, recouvertes de sédiments marqueurs de l'histoire géologique de cette région, qui rappellent la création du monde tel qu'on le connait, et qui nous font prendre conscience qu'une vie humaine ne représente qu'un battement de cil à l'échelle de l'histoire de la Terre; la sensation grisante de se retrouver "au bout du monde", à Ushuaïa (toute relative que soit cette notion ;) ); l'air pur et la nature à l'état brut, en territoire patagon, où l'on a l'impression qu'ici au moins, la nature a tous les droits et qu'elle est respectée; les glaciers majestueux, impitoyables, qui nous défient; les pics rocheux qui nous observent du haut de leur taille imposante et qui jouent à cache-cache dans les nuages; cette météo capricieuse qui nous fait ressentir la puissance des éléments avec une autre force que celle à laquelle on est habitué et qui nous permet de découvrir cette sensation de joie simple et d'exaltation rien que parce que le ciel est dégagé et que le soleil brille; et enfin, le site hors du commun d'Iguazú, et toute la puissance et la beauté qui en émanent. J'ai aussi particulièrement apprécié la belle architecture des anciens quartiers de Buenos Aires (coloniale ou plus particulière, comme à La Boca) et l'atmosphère tranquille qui régnait dans mon quartier de San Telmo, au cœur de cette gigantesque capitale. Bien sûr, je n'oublierai jamais non plus la Fundación CAdeNA, les enfants que j'y ai rencontrés, les amis que je m'y suis faits et les animaux dont je me suis occupée. Je me rappellerai toujours des leçons humaines que j'y ai apprises, du don que les volontaires font de leur personne aux enfants et aux familles, de l'espoir inconditionnel qu'ils ont en ces jeunes et leurs capacités, du pouvoir incroyable de l'affection, de l'attention et de l'écoute. Bref, une fameuse école de vie!