2018 "Mon tour de France"

Voyage en stop, Sans limite de temps, Au jour le jour
Du 15 février au 15 mai 2018
89 jours
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Mon tour de France en stop...

...mon aventure, grâce à vous.

Illustrations personnelles 😀

Je vous souhaite une agréable lecture!

« Vis pour ce qu’aujourd’hui t’offre,

Non pour ce qu’hier t’a enlevé ou

Ce que demain t’amènera peut-être. »

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« La vie n’est pas un restaurant, c’est un buffet. Il faut se lever et se servir ! » L. Hubler


Paris, début d'année 2018, j'ai le projet de faire une boucle, estimée à un mois ou deux, reliant 8 villes de France, en autostop.


Je pars le 15 février, équipé d'un sac à dos de 3,2kg. Climat oblige, je suis contraint de me charger un peu : 1 pantalon, 1 t-shirt, 1 caleçon, 1 paire de chaussettes, 1 paire de chaussure de sport (grand luxe!), un livre, un stylo, des mots fléchés, une brosse à dents, un déo, un chargeur et mon carnet de bord. J'ai aussi une pomme pour la route !

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L'heure est venue, je sors à l'arrêt Pont de Sèvres au bout de la ligne 9 du métro parisien. Il fait beau, je suis motivé et un peu anxieux. Pour un premier lieu de stop, l'endroit est impressionnant, il y a du béton partout, des camions, des voitures, ça roule vite et c'est bruyant. Je mens, il y a quand même la Seine.


Pas décidé à lever mon pouce, je prends mon élan vers la première voiture qui s'arrête au feu rouge : c'est Michel qui m’extirpera de ce premier trottoir et lancera l'aventure !


Ah j'oubliais : j'ai sur moi un ensemble complet dont un pull et un manteau, mon téléphone et surtout ma carte routière !

Cinq heures et cinq voitures plus tard, en passant par Rennes, j'arrive à Nantes ! Facile. Je passe deux nuits chez un vagabond en période de désintox (de voyages!). Je connais la ville, alors au menu c'est palet nantais, padel et apéro. Mais l'aventure m'appelle alors je quitte ma première étape plus tôt que prévu.

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« La vie n’est pas un restaurant, c’est un buffet. Il faut se lever et se servir ! » L. Hubler


Il est environ 16h quand mon ami me dépose au rond-point. Objectif : Langeais ce soir. Mes hôtes sont prévenus mais… je n'y serai pas ! Le coucher de soleil précoce de l'hiver me laissera "bloqué" dans une station service de Angers. Deux enseignements s'offrent alors à moi : éviter de partir tard pour faire du stop et ne pas s'engager précisément ni sur l'horaire ni sur le jour d’arrivée.


En avalant un sandwich "savoyard" de consolation, conseillé avec gourmandise par le vendeur, j'envisage de passer la nuit dans la station quand ma carte me fait un signe du pied : Trélazé n’est pas loin. Village au sud de Angers, près de la Loire, où deux ans plus tôt, après trois cents kilomètres de vélo, des anges gardiens m'avaient accueilli chez eux. J'appelle aussitôt et le rendez-vous est convenu. Il est 23h passées quand on se rejoint près des pierres blanches du solide château d’Angers.

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Je dors donc à Trélazé, étape que j'avais envisagée dans mon circuit, mais que j'avais finalement annulée. Une autre idée émerge alors : ce qui doit arriver, arrive. Dorénavant, prévoir à l'avance c'est enlever un peu de magie.


Au réveil, je revois avec joie la grande famille au complet. En partageant le petit déjeuner, nous rattrapons ensemble les deux années de vie passées. Je suis ravi que les aléas du stop m’aient de nouveau amené dans leur maison. Pour l’anecdote, on me propose même de récupérer les tongs que j'avais oubliées deux ans auparavant ! Je repars au matin, poussé par d'immenses ondes positives récupérées auprès d'eux.

Cette position je la ferai plusieurs fois pendant le voyage, toujours seul, en marchant, de manière spontanée et naturelle lorsqu’un profond sentiment de bonheur surgira en moi. Le geste de l’oiseau déployant ses ailes, que je mets en lien avec la sensation de liberté et d’épanouissement que je ressens sur le moment. Si un jour vous me surprenez dans cette position, vous êtes prévenus, c’est bon signe !


Après une marche d’environ une heure, au milieu de la campagne angevine, j’atteins les bords de Loire, d’où je reprends le stop. Mon premier trajet avec William me fait flipper. À fond sur la départementale qui longe la Loire en direction de Tours, le jeune homme me rappelle à ces phrases que j'ai entendues avant mon départ : "fais attention à toi", "ne prends pas de risque". À l'évidence, je ne pourrai pas contrôler à 100% ma sécurité pendant mes voyages. Mais c'est le cas je crois dans la vie de tous les jours, indépendamment de l'endroit et de l'activité.


Les rencontres en stop sont agréables, intenses et j'ose le mot : enrichissantes. Elles sont une composante majoritaire et importante pour moi pendant ce voyage. À chaque véhicule, c'est une nouvelle histoire à découvrir. Plus ou moins détaillée, spontanée ou questionnée, légère ou grave, et je pourrais étoffer la liste des particularités. Mais pour sûr, systématiquement instructive.

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Je passe deux jours à Langeais où je mêle tourisme avec la visite d'un château (privatisé pour l'occasion, j'étais tout seul!) à travail manuel dans le jardin de mes hôtes. J'initie ici une démarche qui me tient à cœur : échanger avec mes bienfaiteurs et leur rendre service à mon tour, avec le moins de rapport possible à l'argent. L'allée de Jacky avancera donc un peu à la sueur de mon front. La récompense est magnifique : pétanque nocturne sur fond des remparts du château de Langeais. Idéal pour faire passer le goût de défaites terribles !


Ce tour de France sera aussi culinaire. En sus des spécialités régionales, je vais découvrir les habitudes quotidiennes de mes cuisiniers éphémères. Et elles sont riches (je ne parle pas que des calories) !



Conséquence directe : je m’octroie occasionnellement quelques pauses gastronomiques légères. Comme par exemple ce pic-nic sur l’herbe 100% végétal, avec 0% de produit transformé.




Tours-Toulouse ! Ma plus longue étape. J'appréhende mais j'y crois. Déposé par mon ami tourangeau, le premier stop à 7h est difficile. Mais un routard lituanien vient me sortir de l'aire d'autoroute déserte, et m'offre des madeleines aux raisins, échantillon soutiré aux tonnes de palettes que contient son semi remorque, pour me réconforter. Dix heures et dix véhicules plus tard, j'arrive en bas de l'appartement de ma tante, déposé par un chauffeur privé en mal de client.

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Je reste quelques jours à Toulouse, partagés entre du tennis, la visite du musée de l'aéronautique, le montage d'une cuisine, un bar à jeux en famille, des cours à l’université, des rencontres, encore et toujours des rencontres. J'adore.

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Direction l'Aveyron, un lieu où quelque chose de spécial se passe en moi à chaque visite. Heureux hasard, j'arrive à point nommé pour accompagner ma grand-mère dans les suites opératoires de son "espet"! Comprendre "exploit", c'est du patois. Fracture per trochantérienne. Je révise mon anatomie. Kiné, cuisinier, jardinier, homme de ménage, j'endosse ces casquettes une à une avec un plaisir partagé avec tous les amis et la famille qui passent dans cette région que j'affectionne beaucoup. De la semaine initialement estimée, j’y resterai finalement un mois et demi.


Si vous êtes de passage dans l'Aveyron, allez donner votre sang un vendredi à l'hôpital de Rodez, c'est le plus grand buffet post-don que j'ai pu voir jusque-là ! Il y a beaucoup à faire là-bas : confection de gâteau à la broche, visite de villages pittoresques, dégustation de l'aligot-saucisse, suivie logiquement par une randonnée digestive etc.


Pendant cette parenthèse inattendue, j’apprécie d’avoir un temps conséquent pour lire, de réfléchir, de m’étirer, de dormir, d’écrire, de m'ennuyer, de profiter de toutes ces choses que je ne prenais pas le temps de faire dans ma vie d'avant et qui résonnaient continuellement comme une envie inassouvie.


« La seule chose que tu ne peux pas acheter, c’est du temps pour vivre. » Éric, conducteur inspiré.

Après cette halte, grandement propice au ressourcement, il est temps de partir pour le sud. De l'Aveyron j'envisage de rejoindre le soir même Hyères dans le Var. La distance est conséquente, mais j'ai appris à ne pas me mettre de pression. J'ai bien fait car je serai à Hyères que trois semaines plus tard après des arrêts dans trois villes non programmées.


Je passe donc à Millau pour goûter la Flaune, un gâteau à base de recuite de brebis, que je partage à la terrasse d'un café avec un sans domicile fixe, comme moi, mais pas vraiment comme moi…

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Arrivé à Montpellier je me décide à appeler des amis qui, quelques années après notre dernière rencontre, me reçoivent en Prince dans leur nouvelle maison.


J'ai beaucoup de chance. C'est ce que je me dis jour après jour. Il y a beaucoup de belles personnes dans ce monde. Ça aussi je le constate quotidiennement.


Auprès d’eux, je passe trois jours tops. Au programme : pèche, jardinage, confection d’une bosse de saut pour terrain de vtt sauvage, premier barbecue de l'année et aussi mes premiers coups de soleil. Comme à chaque étape, malgré l'envie de rester plus longtemps, je suis happé par la route.

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Ma route, justement, m'emmène à Cassis. Première ville du périple où je ne connais personne. Aidé par Couchsurfing[1], je suis hébergé par une mathématicienne-écrivaine, que je n'oublierai pas de sitôt. Puis c'est au tour d’un guitariste, aussi joueur d'harmonica et chanteur, rencontré au port une après midi caniculaire, de m'inviter chez lui. C’est un retraité mélancolique qui traduit en français des succès de folk internationale en y ajoutant sa sensibilité, dont le premier album va bientôt sortir. JP me promène dans l'arrière pays à l'occasion de sa marche trihebdomadaire d'une heure et demie, habitude développée consécutive de son infarctus contracté un an plus tôt. Lui aussi restera gravé dans ma mémoire. Au passage je remercie tous ceux qui m'ont laissé entrer dans leur vie en m’ouvrant leur voiture, leur maison pour m’aider à réaliser ce voyage. Un merci infini.


[1] site communautaire gratuit et ouvert à tous, mettant en relation des voyageurs et des hôtes près à les accueillir chez eux en échange de moments de vie, apéro, cuisine, discussion, sport, balades...


Départ de Cassis, cette fois je vais à Hyères ! Après avoir confectionné pendant une marche de deux heures, sur les falaises des calanques de Cassis, un bouquet de fleurs sauvages, c’est le papa de la petite Marisa qui me prend en stop. J’ai par bonheur trouvé à qui offrir mon cadeau ! Puis je m'arrête en chemin juste pour boire un verre avec un vieil ami amoureux de la nature et en quête de prises solides pour continuer son ascension des montagnes et de la vie.

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J’arrive finalement à Sanary-sur-Mer. J'y resterai deux semaines. Mon pote. Sa copine. La mère de sa copine. Une maison d'hôte. Mon point de chute. J’étais attendu. Du woofing[2] improvisé. Bien plus qu'une simple expérience de woofing, j'y rencontre des personnes qui sont pour moi une source d'inspiration, de motivation, de joie, de nouveauté, de créativité, bref d' « énormément beaucoup ». Je pense avoir matière à écrire un livre sur ce que j'ai vécu avec eux. Je vous l'épargne. À moi aussi ! Je citerai seulement une journée d’escalade en pleine nature, la découverte du milieu de la décoration d’intérieur, des apéros en bonne compagnie sur fond de mer méditerranée, la venue de mon père et sa participation à mon aventure pendant 4 jours, parenthèse émouvante.

[2] site recensant des fermes biologiques à la recherche de voyageurs-travailleurs qui, en échange d'un lit et du couvert, aident sur l’exploitation. Par extension, on peut assimiler le woofing à du travail contre gîte et couvert.

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Hyères enfin. Une ville avec beaucoup de souvenirs. J'y revois beaucoup de personnes que j'aime. Un passage programmé moins surprenant que les jours récemment passés mais indispensable. Je teste quand même l'overboard de Hugo, c'est plus difficile que je ne le pense : je ne dépasse pas le stade "sans la main du copain"! Ça demande de la pratique. Mille bisous à vous tous.


Sur la route d’Hyères à Valbonne. Le stop m'offre deux situations extrêmes. D’une part, je suis pris par une voiture avec quatre jeunes complètements bourrés à 10h du mat, non attachés. La conductrice partage l'activité de sa main droite entre une bière, une clope et le levier de vitesse. Mais je suis aussi pris alors que je ne fais pas de stop. Je suis sur le bas-côté, accroupi, dos à la route, non je ne pisse pas, je me mets de la crème solaire ! Et Anthony s’arrête, dans sa Renault cabriolet.


Des rencontres surprenantes j'en fais beaucoup. Une « collègue » autostoppeuse de Die m'invite chez elle. Une conductrice me propose un toit à Vence. Deux jeunes de Briançon m'offrent un apéro bien trop prolongé, au Genépi Un couple d'anciens champions de deltaplane me propose un stage à Millau. Khaled me fait rentrer chez son père où je suis nourri et désaltéré. Des conducteurs font spontanément jusqu’à 100km de détours pour me « mettre sur la bonne route ».


Des jeunes, des vieux (moins nombreux quand même), des gars, des filles (moins nombreuses aussi), des couples, des potes, des bavards ou pas, pour de petits trajets d’un kilomètre à des trajets de deux cents kilomètres. C'est varié. Il arrive, rarement, que certains automobilistes passent devant moi en agissant d’une manière qui révèle leur sentiment de supériorité par rapport au faible autostoppeur que je suis. Oui j’enjolive l’explication pour éviter de décrire leur comportement de bas niveau. Ces personnes ne réussissent en rien à gâcher mon plaisir d’aller à la rencontre du monde. Ma meilleure réponse c’est l’ignorance. Focus sur les bonnes expériences. C’est l’occasion pour moi de citer ma grand-mère :



« Plutôt que de se plaindre que les roses aient des épines, réjouissons nous que les épines aient des roses. ».

Lit de camp mobile

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Valbonne, je surprends mon oncle et ma tante en toquant à leur porte. Depuis l'Aveyron, je ne préviens plus de mon arrivée et en plus d'éviter les flops, à chaque fois, l'effet de surprise est garanti.


Deux journées dans les Alpes Maritimes où la discussion est ma principale activité, et comme un coup de vent (merci pour la comparaison), je continue vers l'Italie !

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Première faille du stop et/ou de moi, à Menton. Après deux heures d'attente sous le soleil, je décide de marcher un moment et je finis par prendre un ticket de train pour la Ligurie où je rejoins la « famiglia » ! Le passage de la frontière avec un inconnu paralyse sûrement ma possibilité d'être pris en stop. Pas grave, j'avance. Cette habitude d’arriver souvent au bon moment, fait que mon "zio" (comprendre "oncle"), célèbre son anniversaire le lendemain. On le fête simplement, autour de spécialités italiennes, d'« una grotta », « dalla spiaggia » et d'Amaretto ! Mention spéciale pour cet alcool que j'ai hâte de goûter en cocktail avec du citron vert et du blanc œuf... merci Guillaume ! Attention, boire de l'alcool nuit gravement à la santé. Preuve en est de cette citation rapportée par mes cousins :


« Il vaut mieux vivre dans le trou du cul du monde,

que de vivre dans un monde de trous du cul. »

Excusez-moi pour cette incartade !


Retour au pays par les Hautes-Alpes cette fois. Faire du stop autour de monts enneigés est un régal pour mes yeux. Pourvu qu'on ne me prenne pas trop rapidement, parce qu'en voiture on ne voit pas aussi bien. L'étape Italie-Embrun est l'une des plus riches au niveau des rencontres. Elle me fait tellement cogiter que je n’en dors pas cette nuit là. D’ailleurs c'est à ce moment-là, en cherchant à occuper mon temps, que je commence l’écriture de ce récit.


Pendant ce voyage, je pense parfois au prochain. Impossible de déterminer ce qu'il sera. Surtout que la question revient souvent : "tu fais quoi après?". Plutôt que de dire "je n’en sais rien", je vais vous dévoiler ici les idées de projets que j'envisage :


- partir au Canada en sac à dos

- faire une mission humanitaire en tant que kiné dans un hôpital

- continuer le stop jusqu'au Japon, pourquoi pas, "tant que j'y suis"

- traverser un océan en voilier stop

- traverser un continent à vélo

- passer mon diplôme de moniteur de plongée sous les tropiques

- faire le tour de la côte bretonne à vélo

- acheter et aménager un van et partir sur les routes européennes

- traverser le continent américain du Nord au Sud en faisant du stop et du woofing

- travailler dans un refuge de haute montagne

- passer un CAP de menuiserie

- décrocher un PVT[3] en Argentine, Colombie, Nouvelle Zélande, Australie, Japon ou Bangladesh…

- émigrer sur Mars...


C'est à peu près tout. Aujourd'hui, c'est l'idée du PVT qui domine les autres, mais rien n'est jamais écrit.


[3] Permis-Vacances-Travail : visa d'un an disponible dans 58 pays pour les Français de moins de 30 ans

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À Embrun je suis accueilli chaleureusement, encore une fois. Pendant le diner où je fais connaissance avec mes hôtes, on me rappelle que la vie est parfois très surprenante. Comme ça été le cas pour mon interlocutrice, parfois ce qui arrive, est ce, qu'à une période de ta vie, tu n’aurais « jamais » voulu. Ne jamais dire jamais donc. Vraiment. Merci à tous les deux pour votre hospitalité sans faille, grâce à vous je me réveille dans un lieu qui me fascine.


J'ai découvert cet endroit il y a 3 ans, depuis je ne l'ai pas oublié. Le lac de Serre Ponçon, entouré des montagnes alpines, offre l’accès quotidien à des espaces naturels grandioses et la possibilité de tant de sports que j’affectionne : vélo, ski, rando, voile, trail, escalade… J'ai l'idée qu'un jour je viendrai m'installer ici. Amusant il sera alors, de faire le point dans 30 ans. Oui je parle comme Yoda, je suis crevé de cette nuit blanche.

J’y passe une journée, pendant laquelle j’ai la joie de profiter du calme et de la douceur du printemps lors d'une balade en vtt avec Marc qui s’est transformé pour l'occasion en guide privé. Le destin… car c’est aussi aujourd’hui l’anniversaire de Marie. À bientôt !


Prochaine étape, Grenoble. J'ai le plaisir sur le trajet de "poucer" avec une jeune autostoppeuse et de soupçonner que deux pouces réunis valent mieux qu'un. En tout cas, on fait une équipe redoutable !

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De cette halte, je m'efforce de me rappeler du nom des montagnes encerclant la ville. J’avale quelques spécialités régionales en très agréable compagnie et me voilà reparti vers...


Changement de programme ! Malgré une prévision quasi certaine au départ, la cité lyonnaise ne sera finalement pas une étape. Exit le Jura aussi. En définitive, je vais en Bourgogne. Dans la Nièvre. À Cosne-Cours-Sur-Loire. Révisons la géographie !


La journée de stop s'avére difficile. Pour la première fois depuis le début du voyage, je montre des signes d'agacement envers les voitures, dont les 4 sièges libres me dépassent sans sourciller. Il est peut-être temps de rentrer. Cela tombe bien, la fin est proche.


Malgré la contrariété j'avance, grâce à ces conducteurs qui me font regretter mes pensées négatives du jour. Dorénavant, quand je fais du stop près d’une zone où les véhicules sont contraints de s'arrêter, je vais directement les solliciter. Et cela fonctionne ! Le sentiment d'avoir été choisi, le fait que le contact soit établi et le ressenti positif résultant de la technique du PPPS[4], rendent les refus plus rares.

[4] tirée de l'expérience de L. Hubler qui partage ses principes pour augmenter les chances d’être pris en stop en étant Propre, Poli, Persévérant et Souriant

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Après avoir sonné à la porte, surpris mon monde, savouré les retrouvailles, dégusté un plat préparé avec amour, profité des pantoufles et d'un bon lit comme si j'en étais le propriétaire, je me remets en route le lendemain pour mon ultime étape.


Le village ciblé est situé en banlieue de Fontainebleau, et n'est qu'à 130 kilomètres. Pourtant il me faut une motivation inhabituelle pour y arriver : la première zone de stop qui fonctionne pas, délogement de la deuxième par le personnel de l'autoroute, je me trompe de direction à la suivante, puis une visite des gendarmes, et enfin une marche de plusieurs kilomètres pour quitter l'autoroute et rejoindre la campagne, où... ma bonne étoile revient. Le monde rural est manifestement aujourd’hui plus ouvert à l'autostop. En deux courses des plus agréables, avec Franck comme dernier conducteur de mon voyage, je suis déposé devant le portail synonyme d'arrivée.

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Le bonheur d'arriver par surprise chez sa mère, le bonheur de deviner sa joie à travers le son de sa voix sortant de l'interphone, le hasard (encore lui décidemment) qui fait qu'au lieu d'être au travail, elle est là. Je finis par ne plus admettre cette croyance faite pour expliquer les surprises de la vie qui tombent au bon moment. Ma mère s'apprête à cuisiner un plat que j'adore, alors que j'arrive à 13h30, affamé et fatigué par cette dernière journée de voyage. Le bonheur de se jeter dans ses bras, ému par ce voyage terminé le 15 mai, 3 mois exactement après mon départ. Ce bonheur qui est devenu si familier, et qui a fait de ce périple, un des plus beaux moments de ma vie.

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J'ai souhaité raconter cette histoire à l'écrit pour vous la partager avec une énergie que je juge importante quand on raconte un voyage. Il m’est difficile de conserver l'enthousiasme, la patience, le souci du détail, des anecdotes, au fur et à mesure que je relate mon voyage à 1, 2, 10 personnes différentes, parfois plusieurs semaines après mon retour. Au moyen de ce livre, au moins, les intéressés peuvent avoir un aperçu fidèle de ce qu'il m'est arrivé.


Cette expérience m'a énormément apporté. J’ai raisonné sur la vie et sur moi-même, à travers les lectures, les rencontres, les discussions avec des personnes comme Manon, Patricia ou Marie-Sophie. J'ai réfléchi à des sujets importants, comme le bonheur, le sens de la vie, la communication, l'amour, la vie de couple, l'amitié, mes choix, mon passé. J’ai appris à propos de sujets plus terre à terre, comme le bricolage, l'alimentation, le jardinage, la nature, l'histoire, la géographie (par exemple, dans ma tête la carte de France s'est éclairée de manière considérable!), la langue française, la société française, la religion, l'agriculture, l'éducation, l'écologie. Je me suis initié à l’écriture et à l’impression d’un livre ! Ça je ne l’aurai pas cru il y a quelques années.


Je sors considérablement grandi de ce voyage. Je l'ai envisagé comme une formalité sans surprise, une succession rapide de moments agréables avec mes proches visités, entrecoupée de l'expérience inhabituelle de faire du stop. Cela a été bien plus ! Chaque étape de stop et de vie, m'a apporté matière à réflexion. Je quittais mes hôtes et mes conducteurs avec systématiquement un enseignement. J’ai le sentiment aujourd'hui de mieux me connaitre.


Je vous partage quelques principes issus des livres cités plus loin.


Voyager n’est pas du temps perdu, c’est autant de temps passé à « l’École de la Vie », d’après la formule de Ludovic. Hubler.


On qualifie souvent comme « impossible », ce que l’on n’a pas vraiment envie de faire. Mike Horn


Concernant la communication, M. Rosenberg dit que notre analyse d’autrui, nos jugements ou évaluations, sont en réalité une expression de nos propres besoins et sentiments.

Le livre d’Eckhart Tolle, suggère qu’il est préférable de vivre dans le présent, sans regret, car la vie est courte et que comme l’écrit Dubois : « Il ne faut jamais se tromper de vie. Il n’existe pas de marche arrière. »


L’expérience de Mark Boyle, vivre sans me moindre centime dans la périphérie de Londres en continuant sa vie d’avant, témoigne que l’argent n’est pas indispensable pour vivre, et ce même dans notre société actuelle et que souvent dans un échange sa présence modifie la qualité des rapports humains.


Le voyage d’Hector plonge dans la réflexion sur le bonheur. J’ai pris davantage conscience qu’aujourd’hui, je suis heureux ! Voici les cinq familles du bonheur selon Hector :

_ La joie, faire la fête, partir en voyage, se retrouver au lit avec une personne que l’on désire

_ Travailler à quelque chose que l’on aime, vouloir atteindre un but, dans son métier, un sport, le jardinage, toute activité

_ Se sentir content, vouloir que ça dure, se comparer aux autres, à son passé

_ La manière de voir les choses, supporter et garder la sérénité quoi qu’il arrive, y compris face à la mort

_ Le bonheur avec les autres, amitié, amour partagé, faire attention aux autres, se sentir utile


Je vous partage un exercice : mesurer l’écart entre sa vie et celle que l’on aimerait avoir, celui entre sa vie et la meilleure période dans son passé et enfin l’écart entre ce que les autres ont et ce que l’on a nous. La somme des trois serait très liée au bonheur. Plus il est petit, plus on est heureux.


Frédéric Lenoir examine l’ensemble des notions précédentes en s’appuyant sur la philosophie, la psychologie humaine, la méditation…


Ces hommes, ces œuvres, ont participé il y a quelques années au début de ma réflexion sur moi, la vie que je souhaite et les moyens d’y arriver.

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Fav, Laura, les Robert, les Champ, les Malgouyrès, les Renaud, les Pain, Mélodie, Jean-Pierre, Ced, les Serodon, les Ruiz, les Salomon, les Righetti, les Didier, les Ribault, ma mère,

vous qui m’avez hébergé.


Michel, Mani, Nabil, Laurent, Camille, Romain, Khaled, Alain, William, Jaouene, Lou, Gennadji, Michel², Hervé, Jean-Christophe, Zakaria, Stéphane, Jacques, Anne-Gaëlle, Olivier, David, Julien, Françoise, Richard, Lily, Mike, Cédric, Bruno, Jérome, Christophe, Jérome², Marisa, Anthony, Marie-Lou, Ameline, Pierrick, Nathalie, Nacima, Guillaume, JP, Julie, Xavier, Joey, Florian, Xavier², Margaux, François, Aristide, Roselyne, Alba, Leia, Delfine, Antoine, Fred, Lilou, Michel³, Eric, Arnaud, Vik, Nathalie², Guerec, Jean-Yves, Guillaume², Daniel, José, Jérome³, Florian², Boya, Pascal, les conducteurs sans nom, et Franck,

vous qui m’avez pris en stop.


Un remerciement particulier à toutes les personnes qui m’ont reçu chez elles le temps d’un repas, d’un verre, ou tout autre moment de partage quel qu’il soit.


Je remercie également du fond de mon cœur, toutes les personnes que j’ai rencontrées, pour leur sincérité dans nos échanges.


Merci Sabine pour ta complicité dans l’écriture de ce récit.


Merci maman pour m’avoir offert des conditions idéales à la réalisation de ce livre.


Merci enfin, à mes proches, qui me soutiennent et me font confiance, cela me conforte et m’apaise.


Alexis

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3240 kilomètres

75 heures sur les routes

73 véhicules

35 villes/villages visités

25 tables d’hôtes

18 hébergements (11 lits, 4 sols, 3 canapés)

15 villes étapes

13 sports

11 restaurants

7 livres

2 dons du sang

Les cheveux et les poils qui poussent, ça ne se compte pas.

Mon investissement :

Du jardinage, de la kiné, du bricolage varié, de la cuisine, du ménage, du rangement, de la peinture, du bucheronnage, de l’écoute et de l’argent pour des repas, des verres en terrasse, des cadeaux, une amende et des fleurs…

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· Le monde en stop Ludovic Hubler

· Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) : Introduction à la communication non violente Marshall Rosenberg

· Dibs Dr Axaline

· Le pouvoir du moment présent Eckhart Tolle

· L’homme sans argent Mark Boyle

· Petit traité de vie intérieure Frédéric Lenoir

· Le voyage d’Hector ou la recherche du bonheur François Lelord

· Vouloir toucher les étoiles Mike Horn

Et

· Les pépites (2016) réalisé par Xier de Lauzanne

« Nous avons tous un rêve à réaliser »

· Demain (2015) réalisé par C. Dion et M. Laurent

« Partout dans le monde, des solutions existent »

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« Ne pleure pas parce que les choses sont terminées,

souris parce qu’elles ont existé »

Bourdakian