Carnet de voyage

7 mois en Amérique du sud

9 étapes
50 commentaires
19 ans après notre tour du monde d'un an avec les enfants, Frédéric et moi repartons en voyage pour 7 mois en Amérique latine. Juste nous deux cette fois-ci, les enfants ayant pris leur envol.
Du 31 juillet 2023 au 27 février 2024
212 jours
Partager ce carnet de voyage
1

Nous en rêvions depuis... notre retour du dernier voyage (tour du monde d'un an avec nos trois enfants de 4, 9 et 11 ans à l'époque) en 2005.

La COVID 19 a retardé les choses. Mais à l'automne 2022, nous nous sommes dit: c'est décidé, on part l'été prochain.

Familialement, c'est le moins mauvais moment (entre les mamans qui vieillissent et les petit-enfants déjà nés ou à venir), professionnellement, la conjoncture n'est pas idéale pour moi (mai elle ne le sera pas avant longtemps vu le manque de médecins) et pour Frédéric, c'est le bon moment.

Gros stress à l'idée de demander ma mise en disponibilité au directeur de l'hôpital... Mais le 14 février, c'est fait! Et à ma grande (et bonne) surprise, ça se passe bien: " je ne peux pas vous blâmer pour un si beau projet".Quand à ma collègue et alter ego, Sandra, elle a réagi positivement "6 mois! Ca va, je croyais que ce serait 1 an".

A partir de là, c'est parti pour les préparatifs:

  • recherche des billets d'avion. Par ma faute, nous avons tergiversé et payé un peu plus cher pour l'aller (j'attendais un "lâcher" de vols en mars de la KLM qui n'a pas eu lieu. Donc, pour démarrer, Vol Paris - Quito (Equateur) avec une escale à Madrid. Pour le retour, nous avons la chance de pouvoir utiliser nos miles pour un vol direct Paris-Bogota sur Air France à ... 125€ par personne.
  • achat d'un mini-ordinateur (1kg) et d'une liseuse pour limiter le poids des bagages; reconditionnés s'il vous plaît!
  • réutilisation des sacs à dos Deuter 70L que nous avions utilisés il y a 20 ans (le mien a fait un autre tour du monde avec d'autres personnes, et celui de Frédéric, deux!)
  • achat de filtres à eau pour limiter celui de bouteilles en plastiques et de lampes frontales rechargeables très puissantes de seconde main
  • Je fais faire à Frédéric un bilan cardiaque complet car nous monterons à plus de 5 000 m. Bon pour le service!
  • Ca y est, c'est fixé: départ le 31 juillet 2023 - retour le 27 février 2024.

Contrairement à notre premier voyage, j'essaierai d'être moins boulimique de sites, de rechercher d'avantage les rencontres, conformément au souhait de Frédéric et à l'essence d'un voyage de ce type.

Nous avons organisé le circuit en fonction du climat (théorique...):D'abord l'Equateur pour passer 1 mois avec Johanna , notre "petite" dernière qui y a passé plusieurs mois. Ensuite la Bolivie, puis le Chili, l'Argentin, le Nord brésil et enfin la Colombie.

Pour ne rien oublier avant le départ, nous avons découvert deux sites très bien faits: tourdumondiste.com et novo-monde.com

Nous serons de toutes façons plus légers qu'il y a 19 ans où nous transbahutions... 95 kg!

Pour le premier voyage, nous avions la chanson "Ose" de Yannick Noah dans la tête, pour le second, ce sera plutôt "Un pas de côté".

OSE - Chanson de Yannick Noah

Presque rien Juste un pas Et venir plus près D'autres liens D'autres voies Au moins essayerL'étincelle Qu'on reçoit D'un premier regard L'étincelle Vient de toi S'envole au hasard Et peut tout changer Alors

Ose, ose Redonne à ta vie Sa vraie valeur Ose, ose Redonne à ce monde Toutes ses couleurs

Presque rien Un silence Qu'il faut écouter Un chemin Une chance Qu'on peut partagerPas de doute Pas de peur Tu peux avancer Fais ta route Il est l'heure Tu dois essayer Tu dois tout changer

Ose, ose Redonne à ta vie Sa vraie valeur Ose, ose Redonne à ce monde Toutes ses couleurs

Presque rien Une route Tu peux avancer Presque rien Un regard Tu peux essayer Alors tu peux tout changer

Ose, ose Redonne à ta vie Sa vraie valeur Ose, ose Redonne à ce monde Toutes ces couleurs

Redonne à ce monde Toutes ces couleurs

Ose, ose Redonne à ta vie ses couleurs

Un pas de côté - Chanson de Yannick Noah

À peine tu gagnes que déjà tu perds À peine t’arrives et déjà tu repars En vingt-quatre heures tu fais le tour de la terre En un quart d’heure tu peux devenir une starUn feu rouge, dis «pourquoi t’es vénère» Tu te presses mais pour aller nulle part Tu regardes les fusées dans les airs Tu vas vite mais t’es tout le temps en retard

À quoi ça sert Tout s’accélère Tout le monde tout le monde Court après le tempsÀ quoi ça sert Tout s’accélère Tu peux changer le mouvementFais un pas de côté ! Un pas de côté Un pas de côté, Juste un pas de côtéUn pas de côté Un pas de côté Juste un pas de côté

À peine on s’aime et déjà on se quitte Pas si facile de suivre le rythme On court on court mais on court dans le vide Le cerveau tourne comme une usineToi t’essaies de suivre la lumière De jamais regarder en arrière De penser, danser plus vite que ton ombre T’as rien vu mais t’as fait le tour du monde

À quoi ça sert Tout s’accélère Tout le monde tout le monde Court après le tempsÀ quoi ça sert tout s’accélère Tu peux changer le mouvementFais un pas de côté ! Un pas de côté Un pas de côté Juste un pas de côtéUn pas de côté Un pas de côté Juste un pas de côté Juste un pas de côté

Un pas, un peu de place Laisse, un peu d’espace Un pas, un peu de place Laisse, un peu d’espace Un pas, un peu de place Laisse, un peu d’espace Un pas, un peu de placeUn pas de côté ! Un pas de côté Un pas de côté Juste un pas de côtéUn pas de côté Un pas de côté Juste un pas de côté


Aujourd'hui 14 juillet, j'ai commencé à préparer les bagages!

2

1) AMAZONIE - 01 août - 13 août

Au départ d'Orly, notre hôtesse au comptoir nous demande si nous avons bien un billet pour sortir d'Equateur. J'opine avec conviction, sachant que notre seul billet retour est 7 mois plus tard de Bogota.

A notre arrivée à l'aéroport Quito, de nombreuses personnes attendent leurs proches avec des ballons et des bouquets de fleurs. Des couples de la sierra (montagne) sont vêtus de leurs costumes traditionnels: chemise blanche, pantalon noir et chapeau pour les hommes, blouses ou jupes brodées pour les femmes avec différents chapeaux. Ils ne sont pas très grands mais très dignes.

Nous arrivons à notre hôtel de Tena (la grande ville en bordure d'Amazonie), pile 24H après notre départ de la maison. Pour nous, il est 5H du matin, 7 heures de décalage horaire. L'hôtel est en face de l'hôpital... on m'en veut!

La matinée est presque fraîche et nous devons nous habituer aux douches froides.

Nous retrouvons notre fille Johanna qui a pris le bus de nuit depuis Guayaquil où elle faisait un stage dans un centre de sauvetage pour animaux.

Elle nous fait goûter à un petit déjeuner local, empanadas et tigrillo (viande de porc, couenne, fromage, banane plantain) avec du jus de "tomate de arbole" (un fruit inconnu chez nous) ou de coco et un café pour moi qui ne peux pas me désintoxiquer d'un coup.

Nous visitons ensuite le parc Amazonico avec un guide qui nous présente diverses espèces animales (singes, tapir, oiseaux) et végétales dont un magnifique Ceibo (immense arbre).

tapir- ceibo- tamarin 

Johanna nous emmène dans sa boutique préférée d'artisanat amazonien où nous faisons quelques achats. Puis nous déjeunons de nouvelles spécialités avant de courir prendre le bus (avec nos sacs de 21 et 20 kg) pour Ahuano. Une heure de bus puis traversée du rio Napo en pirogue. Nous voici en Amazonie! Nous retrouvons la famille de Jalely, l'amie de Johanna, qu'elle a connu dans un centre de sauvetage pendant la COVID et avec qui elle fait ses études en Espagne.

Le nom du village vient de l'ahuano, très grand arbre, car il y en avait 3 à cet endroit.

Nous sommes très bien accueillis et offrons à la famille réunie les cadeaux (vêtements, sacs à dos, montres, maquillage) que nous avons apportés.

Le papa de Jalely est piroguier ou guide pour touristes dans les lodges de luxe (quand il trouve du travail). Johanna et lui nous ont concocté un programme personnalisé. Il n'y a des touristes qu'en août et un peu à Noël et en juillet. Bizarrement, il n'y a que des lodges de luxe dans le coin. Ils emploient de nombreuses personnes du village. Ça a été la catastrophe pour eux pendant l'épidémie de COVID même si la maladie les a peu touchés (contrairement aux grandes villes où les gens mouraient sur les trottoirs).

Repas typiques, toujours délicieux (ils ont tué un poulet en notre honneur pour le premier soir). Les bananes plantain, classique et "oritos" (les toutes petites) sont la base de l'alimentation. On en mange à tous les repas, et c'est la seule nourriture quand l'argent manque.

Le lendemain, visite du village (2 500 habitants, 5 500 avec les hameaux de la commune), de son école, de l'église, des différents membres de la famille. Ici, de nombreuses jeunes filles sont mères à 15 ans. Résultat d'amours adolescentes sans aucune éducation sexuelle. Mais sur les murs de l'école, à côté des messages écologiques ou contre la violence, il y a en a un contre l'avortement... Passage chez un ami qui nous fait une démonstration de sculptures d'oiseaux sur bois de balsa (très léger). Il les sculpte, les pyrograve, puis sa femme les peint. Je craque pour un magnifique hibou et Frédéric pour un colibri. Heureusement, Johanna nous les rapportera.

L'après-midi, petite marche en forêt et baignade au pied de cascades. L'eau est très fraiche! Nous tentons un peu d'escalade mais la roche est glissante. Nous partageons ce plaisir avec une partie de la famille de nos hôtes Equatoriens. Cela rend les relations plus naturelles. L'humour de Frédéric fait merveille! Au retour, nous admirons un magnifique arc en ciel (le double arc complet).

Jeudi, départ à 4H30 puis promenade en pirogue au clair de lune puis au lever du jour avec des passages de rapides et de hauts fonds pas évidents.

Le but: aller voir une falaise où des oiseaux (perroquets ou perruches) viennent se gaver de minéraux. Ils arrivent en groupe (espèces variables selon les jours) et restent un bon quart d'heure. Pour nous, ce seront des perruches vertes, des perruches farineuses et un perroquet à tête bleue.

Delfin, le papa de Jalely et son ami Samuel pêchent au filet dérivant. La pêche, d'abord pauvre, est finalement bonne avec des poissons-chats majoritairement. Claudia, la maman de Jalely et ses filles vident les poissons puis les cuisent soit en bouillon avec simplement du sel, soit dans de grandes feuilles, soit directement sur le gril, sur un feu de bois sur la plage. Ils sont servis accompagnés de yuca (manioc), banane plantain et riz. Petites bananes (oritos) grillées en apéritif. Un régal, comme vous pouvez l'imaginer! C'était le repas traditionnel autrefois.

Ensuite baignade dans le fleuve avec un fort courant. Nos hôtes ne sont pas très inquiets pour les enfants de 5,7 et 9 ans qui sont avec nous. On est loin du "en toute sécurité" (que j'abhorre) de chez nous! Mais ils savent tous nager très tôt. Seul aspect négatif, les "sand-flies", minuscules moucherons qui piquent, nous laissant les jambes ornées de cocardes disgracieuses bien plus grosses qu'eux, et surtout prurigineuses (ça y est, j'ai pu placer un terme médical). Cela va empirer les jours suivants (surtout la nuit), tandis que les piqûres deviennent pourpres avec une vésicule (beurk).

                                                               ma jambe 

Puis retour au village en faisant le tour de l'île entre les deux rivières, le grand Napo et le plus petit Arajuno. Le Napo est un affluent de l'Amazone.

Sieste bienvenue et écriture.

Nous dormons à 3 km du village dans un hameau. Maison de bois traditionnelle sur pilotis. Au lever du jour, c'est un incroyable concert d'oiseaux. L'un d'eux, l'oropendula (noir à queue jaune), tisse des nids qui pendent des arbres, et son cri ressemble au bruit d'une goutte d'eau tombant dans une bassine.

Les nuits suivantes, nous dormirons dans la chambre de la plus jeune sœur de Jalely qui ira chez la troisième sœur. Ça évitera les déplacements et fera un petit apport financier à la famille.

Nous partons avec Claudia voir un ceibo multi-centenaire impressionnant. Le clan qui le protège a créé un petit site touristique avec point-de vue sur les rivières et montagnes, maison traditionnelle et impressionnante balançoire au-dessus du vide. On s'amuse bien. Claudia et moi avons le même âge.

Almuerzo (soupe et plat pour 3 dollars) dans un petit restaurant. Comme le matin (nous avions raté le bus), nous faisons du pick-up stop. Les voitures sont rares. Quand on commande un taxi, on paye le prix fort, mais ensuite il prend d'autres personnes à l'arrière du pick-up pour un prix modique. Confort moyen mais c'est tellement agréable d'avoir les cheveux au vent! La météo nous épargne: averses le matin et la nuit et soleil l'après-midi. Nous allons voir une cascade mais me chemin est extrêmement boueux et glissant. Il faut faire attention aux épines quand on se rattrape à un tronc ou une liane! Nos chaussures s'enfoncent, Johanna préfère marcher pieds-nus mais nous sommes encore trop citadins pour l'imiter! De plus, l'eau initialement claire, devient boueuse, signe qu'il a beaucoup plu au-dessus et que la rivière va monter. Nous décidons d'aller au bout de la ballade, mais au retour le gué n'est plus franchissable et nous devons faire un détour pour rejoindre la route.

Puis visite de la ville de Misahualli (à l'est de Tena) où les gens viennent se promener sur la plage du rio, se baigner, manger des épis de maïs ou de bananes grillées avec du fromage râpé et de la mayonnaise. Il y a aussi de grosses larves de la taille de mon petit doigt, blanches à tête noire, qu'on trouve dans le tronc de certains palmiers. On peut les manger crues, frites ou grillées. Pour l'instant, je passe mon tour! Je crois que ce sont celles qui sont utilisées à Koh Lanta pour l'épreuve de dégustation. la ville est réputée pour ses singes capucins (celui de "Sans famille") chapardeurs mais nous ne les avons pas vus. Pour traverser le rio, le pont s'étant effondré, nous prenons un téléphérique rudimentaire.

Retour dans la nuit à l'arrière d'un Pick-Up.

Nous montons sur le toit de la maison admirer des éclairs dans un gros cumulo-nimbus.

Nouveau trajet en bus pour Tena, cette fois avec les 3 sœurs, un beau-frère et leur fils de 5 ans.

Nous allons voir un site géologique à Cotundo plus au nord, mais le gardien/guide, contacté la veille par Johanna, et qui devait être là, a finalement décidé de ne pas travailler... Résultat, nous ne voyons qu'une petite partie du site, des gorges calcaires étroites impressionnantes. Nous voulons ensuite aller voir une grotte et un canyon, mais le temps de les atteindre à pied , il est trop tard. Johanna fulmine.

Pour nous consoler, lorsque nous revenons à Tena, nous assistons à un défilé de danses traditionnelles de la côte, Kichwa (peuple de Jalely, voisins des Guaranis mais qui se sont d'avantage occidentalisés), écoles de danse, Diablada, gens de la sierra... C'était très chouette. Puis nous dégustons des glaces: à la mangue salée et citronnée pour moi.

Retour dans la nuit une fois encore. Les journées sont bien remplies mais les nuits pas toujours paisibles: le bar d'en dessous diffuse de la musique jusque tard dans la nuit et le voisin fait Karaoké et met la radio plein pot dés 5H00. Soit je m'habitue au bruit, soit je m'habitue aux boules Qiuès! Je préférais le concert des oiseaux!

Dimanche, nous allons à Amazoonico, le centre de sauvetage où Johanna a été bénévole 6 mois pendant la COVID.

Nous traversons d'abord l'île où les gens du coin ont leurs champs. Ici on dit "chacra"; la grosse différence, c'est qu'ils laissent pousser les beaux arbres et d'autres plantes pour enrichir la terre. Cette fois nous nous sommes méfiés: pantalon long, bottes, et manches longues. On ne nous y reprendra pas deux fois. Les locaux semblent immunisés contres piqûres de sand-flies. Ici, on cultive différentes sortes de banane (les plantains se reconnaissent au fait qu'elles partent dans tous les sens sur le régime au lieu d'être bien rangées), de la yuca, du café, du cacao. On mange de la banane à tous les repas (bouillie, frite, en soupe ou chucula, crue, grillée...). Moi, ça me va bien!


Delfin et Alex (le fils de Jalely), palmier, banane plantain, yuca, café, bananiers 

A Amazoonico, Johanna est comme chez elle et connait tous les travailleurs locaux contrairement aux nouveaux bénévoles. Les animaux ont été sauvés du braconnage qui en fait des "animaux de compagnie". Un jeune bénévole français nous fait faire la visite. Les oiseaux ont eu les ailes coupées pour les empêcher de s'enfuir et ne pourront pas être relâchés dans la nature. une anaconda restera aussi ici car elle ne sait pas chasser; Elle ne fait que 3m50 au lieu de 6m car elle a été élevée dans un bassin et n'a pas pu grandir. Les singes, eux sont souvent trop familiers pour vivre dans la nature. Un singe araignée s'échappe souvent et apprend des tours pendables à ses congénères sauvages, comme attaquer les humains ou retourner les tortues et leur pisser dessus... Des tortues ont été victimes de pêche à la dynamite et ont une carapace déformée. Bien sûr, plus que le sauvetage des quelques animaux qui pourront être relâchés dans la nature, c'est l'action éducative en amont que recherche le centre.

saïmiri (singe écureuil), tapir (ça nage très bien), singe araignée , tortues, pécari, ara

Nous montons ensuite voir un point de vue sur le rio et la selva (forêt) en passant par l'école. C'était le seul endroit où Johanna pouvait avoir du WI-FI et nous contacter! Au retour, nous croisons un groupe de singes écureuils. Leurs bonds d'arbre en arbre sont impressionnants (d'où leur nom).

Nous allons déjeuner chez les parents d'un beau-frère de Jalely. Nous commençons à nous y retrouver dans la famille. C'est d'autant plus compliqué que les mères ont souvent un bébé en même temps qu'une de leur fille. Difficile de s'y retrouver entre les générations!

Le déjeuner est délicieux: maïto (poisson cuit dans une feuille de bijao, comme sur la plage) de tilapia, banane plantain, yuca, oignons. Le tilapia, comme la perche du Nil est une catastrophe écologique: c'est un poisson africain vorace qui détruit la faune endémique. Mais qu'est-ce que c'est bon! les poissons sont garnis de yuyu, la jeune pousse du palmier à épine ci-dessus (je crois que ce sont nos coeurs de palmiers qu'on mange en salade chez nous), très utiles car on mange aussi ses fruits, son bois, très dur sert à la construction, et le tronc contient les fameux vers comestibles. La boisson habituelle est une infusion de gayusa (sorte de thé) assez sucrée.

Je goûte aussi la chicha, boisson fermentée à base de yuca. Frédéric n'aime pas ça.

Johanna et Jalely câlinent les bébés de la famille pendant que mère et fille font la cuisine.

feuilles pour faire la guayusa 

L'après-midi, Defin nous emmène faire du tubing. Descente relaxante du rio. Il nous stoppe avant d'arriver à des rapides qui précèdent le confluent avec le Napo (et ça c'est un autre sport!).

Très gosse pluie pendant la nuit. On l'a entendue arriver de loin, c'est une sensation étrange. Quelques éclairs. La rue est un torrent. En 2012, les gens de l'île et du bord du rio ont été inondés, leurs maisons détruites. Le gouvernement a fait reconstruire des maisons en dur, plus haut. 4 pièces, salle de bain en dur, sol intégralement carrelé et toit terrasse, un petit terrain qui permet quelques cultures et de s'agrandir. Mais les murs en parpaing sont rongés parle salpêtre et le bas des portes en bois pourrit. Les maisons en bois imputrescible traditionnelles sont plus aérées et sur pilotis. Elles ont le plus souvent un filet de volley dans le jardin, car les Quichuas en sont fans.

la première est la maison de Jalely 

Le soir, nous allons acheter des légumes. Des camionnettes passent tous les jours, en provenance de la sierra (montagne) et appellent les chalands par haut parleur. Celui du dimanche est plus un marchand de gros. Aucun prix n'est affiché.

Cela fait déjà une semaine que nous sommes partis.

Lundi 7 août. Nous retournons sur l'île (même tenue par conséquent), pour visiter un jardin botanique. Son créateur est l'homme à tout faire d'Amazoonico, un Kichwa toujours calme et souriant. Il nous présente différentes plantes médicinales (beaucoup soignent les maux de ventre, mais d'autres sont contre le venin de serpent ou les mauvais esprits) ou aromatiques. Ici il y a un arbre dot les feuilles ont un goût de cannelle avec un arrière goût de menthe. On voit plusieurs Huatzi, oiseaux préhistoriques qui n'ont pas disparu car ils sont immangeables. Edison a installé une balançoire à une grosse et haute branche d'un arbre magnifique. On se demande comment il a pu grimper jusque là pour passer la corde! Adultes et enfants (on part chaque jour avec différents membres de la famille) s'amusent.

Ouatsi - cherchez Johanna 

Après une courte marche, pique-nique au bord du fleuve. Connaissez-vous l'arbre qui marche? Il se déplace réellement, les nouvelles racines poussant vers l'espace et la lumière tandis que les vieilles meurent.

le rio, un tantinet boueux, arbre qui marche 

Où qu'on aille, on croise des connaissances de Jalely, heureuses de la revoir (elle n'est pas revenue depuis 2 ans qu'elle vit en Europe).Ici les prénoms ont de multiples origines (espagnole: Claudia, Gabriela, américaine: Jefferson, Alexander, Edison; de la bible: Samuel; arabes: Aïcha, Djamiley...).

Nous allons ensuite voir le centre créé par le grand-frère de Jalely, Jimmy: la laguna caïman.

On nous fait essayer une sarbacane (il y a des progrès à faire!). Puis nous allons voir un étang, progressivement envahi par les roseaux où vivent des caïmans. Ils restent là car ils y sont protégés alors qu'ailleurs ils sont chassés pour leur peau ou leur viande.

Puis nous assistons à la fabrication du chocolat (en participant pour l'épluchage des cosses torréfiées et au moulinage). Pour la cuisson de la poudre, on ajoute de l'eau, du sucre, des feuilles de cannelle (cf supra) et des feuilles de citronnier. Pour finir, fabrication de chicha: on ajoute de la banane plantain ou de la patate douce râpées et séchées à de la yuca cuite et écrasée. On laisse fermenter 24H avec de l'eau. Ensuite, dégustation du chocolat sur des fruits (banane, fraises, raisin) et de la chicha. Miam! Dommage pour Frédéric qui adore le chocolat mais déteste la cannelle! Jalely qui y a travaillé nous a servi de guide. Elle essaye un peu en français. Ça fait bizarre de la voir dans ce rôle. Du coup, Frédéric préfère qu'on se passe du spectacle de danses car on connaît trop les danseuses.

cacao, moulinage, cuisson - chicha - costume  traditionnel (vu lors des danses à Tena)

Jimmy fait aussi de beaux meubles en bois. J'aurais bien rapporté des tabourets! Un pic a élu domicile dans une des poteaux.

Des touristes débarquent (au propre comme au figuré, car la majorité des trajets se fait en pirogue) en famille ou en groupe. J'avoue ressentir un petit sentiment de supériorité du fait d'être ici en famille...

Puis lecture ou baignade dans le rio. Du fait de la pluie de la nuit, la rivière est beaucoup plus chargée de terre. On ne voit plus sa main à 7 cm sous l'eau. L'eau est délicieuse mais attention aux courants sur les côtés, vers de petits bras d'eau. J'assiste de près à une autre façon de pêcher, celle au lancer, avec un filet rond lesté. Puis Jalely et Johanna me font faire un tour de pirogue non motorisée, avançant avec de simples bâtons.

Dans la pirogue du retour, avec de nombreux membres de la famille, nous testons une friandise très appréciée: un fruit noir, avec une sorte d'écorce, une couche de chair de moins de 2mm et un énorme noyau. Le jeu consiste à râcler la pulpe. J'aime bien le goût mais m'en mets plein les doigts. Une petite fille de moins de 3 ans (la fille du cousin de la belle sœur) maitrise parfaitement la technique!

Le soir, ambiance très gaie avec une partie de la famille. On partage 1L de bière blonde à 5. Frédéric nous laisse sa part.

Le lendemain, repos. Eh oui, c'est fatigant les vacances! Comme chaque matin, Frédéric et moi faisons 10 min de yoga. Claudia nous accompagne et ça l'amuse beaucoup (ça lui plaît car elle recommencera le lendemain). Ecriture du journal, déchargement des photos, lecture...Je fais aussi la lessive au lavoir dans le jardin; Claudia arrive à ravoir toutes les taches! C'est plus efficace qu'au lavabo... Johanna enlève les tiques de la chienne de la maison, Sacha.

                                                                                                      arbre avec nids d'oropendula...

L'après-midi, nous allons voir la coopérative de café du village. Que du bio! Les grains rouges partent en Allemagne. Les verts servent à faire du café soluble pour la consommation locale (bien meilleur que le Nescafé, soit dit en passant!). Dégustation sur place. Nous en rapportons à Delfin.

N'étant pas au bord de l'eau, nous ne nous sommes pas méfiés; mais les sand flies nous ont retrouvés. Leurs piqûres sont un cauchemar, surtout, la nuit. Leur nom français est simulies. Ce sont de petites mouches hématophages qui fonctionnent comme les moustiques. Mais la réaction est beaucoup plus violente ("toxique"). Par contre, ils ne sortent pas la nuit. On risque d'en avoir beaucoup sur les plages brésiliennes...

Si seulement les geckos pouvaient nous protéger!

Le soir, Delfin et Claudia vont voir la télé chez leur fille car un candidat aux présidentielles, trop populaire car anti-corruption, a été assassiné. C'était leur candidat préféré. Mais pas d'agitation pour autant, au moins ici.

Après le petit-déjeuner (bouillons d'abats de poulet dont les pattes, très parfumé avec de la coriandre, banane plantain écrasée ou tacacho et infusion de citronnelle),

journée excursion comme des touristes équatoriens. Nous partons à nouveau avec les 3 sœurs, le beau-frère et les 2 enfants pour Puyo, plus au sud. 1 taxi, 1 pirogue et 2 bus plus tard, nous arrivons à un beau point de vue sur le rio Pastaza. Les gens se font photographier en famille sur une montgolfière, un nid d'oropendulla, un ponton au-dessus du vide... Il y a aussi des starlettes qui prennent la pose et font des effets de cheveux. Ensuite, nouvelle balançoire au-dessus du vide. Des jeunes hommes nous pussent en sautant carrément pour donner plus d'élan. Pour finit, passerelles d'arbre en arbre pour admirer le point de vue. Le spectacle est autant dans le public que lié aux activités!

Nous redescendons au village de Mera pour déjeuner: fritada (viande de porc, purée de pommes de terre, gros maïs blanc ou choclo, oignons, salade). Nous passons dans l'arrière boutique nous laver les mains et voir la vue. Là, les femmes finissent de couper en morceaux une tête de porc. De grands sacs de morceaux de viande sont posés à côté. Tant pis pour les contrôles vétérinaires, nous nous sommes régalés.

L'après-midi, nous allons nous baigner au pied de 2 petites cascades. Ce n'est qu'à 2 km mais les jeunes arrêtent un pick-up! Le cadre est joli, l'eau très froide. Spa complet: cryothérapie, jacuzzi (froid) sous l'une des cascades et massages du dos et de la nuque sous l'autre.

Ce jeudi matin, Delfin nous emmène pour deux jours de randonnée dans la selva (ici on distingue la selva, forêt amazonienne, d'el bosque, forêt comme chez nous) avec bivouac au bord d'un rio. Nous sommes accompagnés par un beau-frère, son amie, et un neveu. Ils viennent pour pêcher et aideront à porter les affaires car on part avec marmites et gallon d'eau bouillie. Il fait très beau pour une fois et nous apprécions l'ombre des arbres. Ceux-ci sont souvent magnifiques. C'est une symphonie de verts et de bruns, avec parfois les jaune, rouge, orange ou rose vifs d'une fleur, d'un fruit ou d'un champignon. Pause au bord d'un petit rio. La femme qui nous accompagne a apporté de la yuca fermentée et nous fait de la chicha en direct avec l'eau de la rivière. Ils font bouillir l'eau des grandes rivières, mais là on la consomme en direct. Et la chicha n'est pas assez alcoolisée pour tuer les microbes. Tant pis, on fera avec.

La randonnée est très dénivelée, avec alternance de crêtes et de rivières. On a parfois des vues dégagées sur la forêt. Nous entrons dans le territoire des Urohani. Ils acceptent notre passage à condition que nous ne chassions pas, ce qui ferait fuir les animaux. Ils font trois fois notre randonnée, pieds-nus ou en tongs, pour venir vendre leur artisanat à Amazoonico!

Au bout d'environ cinq heures et demi, nous arrivons au bord d'une grande rivière. Frédéric a tellement transpiré qu'il peut se comparer à Johnny après un concert! Il est un peu déshydraté et fatigué. En cherchant le lieu pour le bivouac, je m'enfonce dans la vase (la limite avec le sable ne m'est pas toujours évidente) jusqu'en haut des bottes et ai du mal à ressortir! Impératif du lieu, il faut pourvoir remonter rapidement en cas de crue. Baignade dans le rio, à la fois rafraichissante et tiède, juste derrière un tronc qui provoque un petite remous bien agréable. j'ai dû rester dans l'eau presque une heure avec Johanna. Frédéric nous rejoint mais il est attaqué par les sand-flies. Nos compagnons sont partis pêcher, au filet lesté et à la ligne. Delfin monte le camp: une grande bâche, une moustiquaire et des lattes de bambou feront notre abri. Il faut aussi couper du bois. Ils ont tous leur machette à la ceinture. En parlant de ma profession de médecin et de la marche d'aujourd'hui, il dit de moi que "je suis tout terrain". C'est un des plus beaux compliments qu'on m'ait fait! La pêche a été bonne: deux grands poissons de 30 cm. Délicieux dîner: poisson en bouillon, yuca et banane plantain cuites dans des feuilles dans le bouillon. Le reste du yuca est grillé afin qu'il se conserve. Le poisson est assez proche de la truite au goût, avec des arrêtes en Y comme le brochet. Delphin trouve une grosse gousse dont on mange le fruit, que Johanna m'avait vantée mais dont ce n'était pas la saison. Pour les fruits, il faut venir entre décembre et mars. Nous faisons sécher nos vêtements après les avoir rincés. Ceux de Frédéric attirent les abeilles de façon incroyable. Nous les mettons à sécher près du feu.

Soirée à regarder le magnifique ciel étoilé. Je ne connais que le scorpion comme constellation d'ici. Dommage...Nous sommes un peu tassés tous les trois sous notre bâche. Les autres se sont fait un abri de palmes (toit et sol). Ils repartent pêcher jusqu'à minuit car les poissons sont plus faciles à attraper de nuit. mais l'eau est trop claire et les poissons se méfient. C'est mieux quand elle est plus boueuse. Nous nous endormons au son du coassement des crapauds et du chant des grillons.

Vers 4H30, nous sommes réveillés par une averse, de plus en plus importante. Tout le monde se réfugie sous la bâche. Nous rassemblons les affaires. Il nous avait bien semblé voir des éclairs pendant la nuit mais ça paraissait bizarre avec un ciel étoilé. A la première accalmie, nous montons sur la crête. Un campement avec un toit de tôle est installé. Petit déjeuner de spaghetti au thon et à la tomate avec de la guayusa. Nous repartons avant que les rios que nous devons traverser à gué aient trop grossi. Le terrain est extrêmement glissant. Delfin taille 2 bâtons pour Frédéric qui n'est pas dans sa zone de confort. Pour se "venger", il s'imagine emmenant Delphin en moto en inter-file sur le périph ou sur la place de l'étoile. Puis i compare avec le ski où il excelle et où se pose la même la même question d'équilibre et de confiance. Les petite lianes nous font des croche-pieds, les feuilles mortes cachent traitreusement les racines glissantes nous buttons sur les petites souches que nous n'avons pas vues... Au moindre instant d'inattention (après un passage difficile en général), c'est la glissade. Les rios sont tous franchissables et nous arrivons à bon port.

Fin d'après-midi tranquille. Nous allons chercher le hibou et le colibri en bois que nous avons commandé. Un groupe est là et nous assistons à nouveau avec plaisir à la démonstration. Je vais faire une petite consultation chez le voisin dont le père est diabétique. Il correspond parfaitement à mes patients habituels (déshydraté, infection urinaire, diabète déséquilibré). Le centre de santé, gratuit, du village est très efficace. Il a un traitement de fond parfait. Pour le dîner, nous sommes invités par le fils du parrain de Jalely au Liana Lodge. Le Napo a considérablement grossi. les berges n'ont plus rien à voir. la navigation de nuit, avec le courant, est impressionnante (le Liana lodge et sur la rive de l'autre rio, il faut passer le confluent). Ici, on prend la pirogue où qu'on aille. Delfin a une maîtrise impressionnante. mais il y a 2 ans, juste après le départ de Jalely en Europe, il faisait du transport de bois de balsa (en l'absence de touristes) et a perdu sa pirogue dans les rapides, bien plus dangereux qu'ici. Il s'en est sorti mais le moteur à lui seul coûte 3000$. D'où un lourd endettement. Le restaurant est très beau, éclairé à la bougie, avec des meubles en bois et une petit patio central arboré. J'aime vraiment ce bois qu'ils utilisent souvent pour faire les rambardes des balcons.

Le ciel est de nouveau magnifique pendant le retour. La discothèque, silencieuse du lundi au jeudi, a rouvert ses portes...

Pour le dernier jour en Amazonie, ce sera la fête familiale: le petit-neveu de Jalely a un an. Eh oui! elle est déjà grande tante.

Je regarde faire la chicha en grande quantité, cette fois avec de la banane plantain séchée, fermentée, râpée ajoutée à la yuca bouillie.

Rédaction du blog, lecture. Très gentiment, Claudia recoud le pantalon de Frédéric complètement décousu à l'entrejambe suite aux enjambées dans la forêt.

Dernier bain dans le Napo avec Johanna. Il a retrouvé son lit habituel mais le courant est fort. Nous faisons du longe côtes car ne pouvons remonter le courant. L'eau est fraîche. Qui dit baignade dit nouvelles piqûres mais tant pis.

La cuisine/salle à manger a été décorée pour l'anniversaire. Toute la famille est réunie. On s'affaire en cuisine. Jimmy, le grand frère de Jalely et grand-père du roi de la fête de la fête fait une discours, puis Isabelle sa femme. Les enfants sont servis puis les adultes. Au menu, Aroz lleno (riz avec des crevettes, du poulet, des saucisses, très parfumé), du poulet au barbecue avec une sauce délicieuse, de la banane rôtie puis le gâteau à la crème avec la photo de l'enfant, un gâteau au chocolat (maison) fait par Johanna, et des bonbons. On se régale! Gabriel a eu un trotteur en forme de voiture.

Après le repas, Claudia prend la parole. Elle dit que depuis 15 jours que nous sommes là, dans une bonne ambiance, nous sommes devenus des membres de la famille. Et elle nous demande d'être l'un le parrain , l'autre la marraine de Gabriel et de Jimmy (fils et 4eme enfant de Jimmy). Nous sommes très touchés et émus mais ne savons pas comment nous pourrons vraiment jouer notre rôle; Elle ajoute qu'elle ne sait pas si nous reviendrons un jour mais qu'elle l'espère. Jimmycito (le petit Jimmy) a choisi Frédéric car il a passé un bon moment dans ses bras à lui faire des sourire ou rire quand il le "jetait" en l'air alors qu'il pleurait quand je voulais le prendre. Frédéric sera donc son parrain et moi la marraine de Gabrielcito. Comme nous ne serons pas là pour le baptême à l'église, Delfin nous demande de verser de l'eau sur la tête du bébé et de tracer une croix sur son front, selon leur tradition. Gabriel est né avec 2 mois d'avance et sa mère est restée une semaine dans le comas. Elle avait 15 ans et est une vraie brindille. Alors qu'isabelle, à 34 ans et mère de 4 enfants a fait un bébé beaucoup plus costaud; il aura 1 an fin novembre mais est déjà bien tonique!

Cela se fait beaucoup de choisir des parrains et marraines plus aisés; la marraine de Jalely était la fondatrice suisse d'Amazoonico, Elle lui avait promis de l'aider à faire des études mais elle est décédée dans un accident de voiture et son mari, équatorien, n'a pas donné suite. Nous verrons bien quel sera notre rôle. Si on s'était attendus à ça en arrivant! Dire qu'au début on avait prévu de passer dernière nuit en lodge pour se faire une nuit de luxe... Heureusement qu'on avait changé d'avis n'en ayant plus envie.

Ils nous offrent des bracelets en fibre et graines et des boucles d'oreilles en perles artisanaux d'Amazonie.


Jimmy poursuit sa journée de travail en étant DJ à la discothèque. Il nous invite à y poursuivre la soirée. nous y allons en famille. Le papa de Jalely aime danser. Frédéric et Claudia restent spectateurs. On s'amuse bien. Ça faisait longtemps que je n'avais pas fait ça! On descend aussi plusieurs bières mais personne ne dépasse les limites. Vers 1h00, nous allons nous coucher mais la musique continue.

Dimanche 13 août.

Nous refaisons nos bagages. Nos sacs font maintenant 17kg. Je laisse à regret le gros Lonely Planet d'Amérique du sud, vraiment trop lourd. Après dégustation de mangue verte râpée salée, citronnée, nous prenons le bus pour Tena puis pour Quito. La route est belle. Nous passons par une forêt des nuages avec de nombreuses cascades assez hautes. Des pitons volcaniques alternent avec des vallées profondes creusées par des torrents. A un col, il y a plusieurs échoppes de champignons médicinaux. L'arrivée sur Quito est impressionnante, la ville couvre les flancs des collines qui entourent la vallée. Elle semble immense. Jalely est venue avec nous car elle doit aller au consulat espagnol faire faire un visa pout Alex (elle, elle a l'équivalent de la carte de séjour espagnol mais sons fils pas encore). Obtenir un rendez-vous a été très compliqué. On espère que tout va bien se passer (elle ne repartirait pas en Espagne sans lui).Nous passons une bonne soirée tous les quatre.

Quito nous parait glacial (il fait 10° la nuit). je n'avais pas réalisé qu'on était à 2800 m!

• • •

2) LA SIERRA (MONTAGNE) - 14 août - 01 septembre

Lever 6H15. Nous devons traverser Quito du sud au nord pour retrouver notre guide pour les 15 prochains jours. 1H30 et 2 bus plus tard, nous rencontrons Brigitte, d'origine Belge (Liège), vivant en Equateur depuis 19 ans. Premier contact sympathique. Nous partons vers Mindo, à l'ouest de Quito. Belle vue sur les volcans, forêt des nuages. Bel hôtel en bois à Mindo - El descanso (le repos). Le propriétaire a installé des abreuvoirs d'eau sucrée pour les colibris et nous assistons à un merveilleux ballet. Il y a aussi de tangaras (jaune et noir, oranges ou gris bleu, des écureuils, des agoutis qui ressemblent un peu à des marmottes...). Les colibris sont territoriaux et se montrent très agressifs pour accéder à l'abreuvoir. Je découvre qu'il existe des bananes roses, non comestibles.

colibris - tangara - bananes roses

Nous partons dans la forêt. Des gens font du tubing, d'autres diverses activités comme de la tyrolienne. Mindo est devenue un lieu de villégiature prisé des habitants de Quito pendant le COVID.

Nous prenons une tarabita (nacelle comme à Misahualli) pour rejoindre un sentier qui nous fera passer par 5 cascades. Nous nous baignons à deux d'entre elles. Très belle végétation. Pique nique au bord de l'eau.

Au retour nous nos arrêtons dans une fabrique de chocolat. On vient d'y tourner un reportage. Nous apprenons la différence entre une variété naturelle, plus savoureuse mais moins rentable (les cabosses jaunes) et une rouge, plus rentable, plus résistante aux parasites mais moins goûteuse, obtenue après 51 tentatives de croisements. Nous goûtons la pulpe qui entoure les fèves, acidulée. Nous revoyons le processus, écossons les fèves, les broyons. Puis nous goûtons le cacao râpé avec différents sirops: gingembre, citronnelle, pulpe de cacao, sucre de canne non raffiné. Entre chaque, nous buvons une boisson à base de pulpe de cacao. Puis nous goûtons un vinaigre à la pulpe et sentons un parfum (version femme et version homme) avec un arôme de chocolat, au résultat plutôt agréable.

Balade nocturne dans Mindo (nombreuses petites boutiques, jolies maisons en bois). C'est encore tout petit. Dégustation de truite au dîner avec jus de mandarine.

Lever à 5H30 pour aller voir des oiseaux avec une ornithologue, Julia. Cette femme s'est passionnée pour les oiseaux, enfant, après avoir rencontré des ornithologues. Une fondation allemande a ensuite donné des jumelles aux enfants intéressés et les a formés. Elle a dû se battre contre la tradition pour ne pas être une femme au foyer, acheter une longue vue avec l'argent gagné en accompagnant des touristes, sortir de son village. Maintenant, elle va à des congrès dans le monde entier!

Nous voyons un toucan et en entendons beaucoup. Apprenons à reconnaître les moucherolles, les tangaras, les puf-birds. Admirons un motmot. A vrai dire, nous entendons plus d'oiseaux que nous n'en voyons. Chaque fois, Julia nous montre leur photo. Julia imite à merveille le chant de certains oiseaux (dont le Quetzal équatorien) et ceux-ci lui répondent! Nous jouons à cache-cache avec un singe capucin. Un colibri a fait son nid de mousse au bord de la route. Pourvu qu'un toucan ne vienne pas manger les oisillons!

mot-mot -nid de colibri - puff bird - toucan - bromelia 

Nous repassons à la fabrique de chocolat car nous avons oublié la veille de goûter la glace à la pulpe de cacao, délicieusement acidulée.

Après un copieux petit-déjeuner, pendant lequel nous admirons à nouveau les colibris ,nous allons à une ferme d'élevage de papillons. Morphos, faux morphos et de nombreux autres de toutes les couleurs. Même les chrysalides de certains son jolies, vert d'eau ou d'aspect métallisé. Nous y passons un bon moment tant c'est un régal pour les yeux.

morpho - éclosion - reporter - faux-morpho 

Après un déjeuner de spécialités locales: ceviche de palmito (coeur de palmier) + jus de tomate de arbol, muchins (boule de yuca frites), fritada, nous prenons une longue route, plus ou moins asphaltée, vers la communauté d'El Rosal dans la vallée d'Inta. Les paysages, de montagne et de forêt sont très beaux. Nous passons près de réserves où il y a des ours à lunettes et des pumas. Les ours viennent surtout en novembre, manger une sorte de petits avocats (il leur faut grimper dans l'arbre) non comestibles pour nous. Nous avons la chance de voir des toucans, des arasaris et et des toucanets (autres sortes de toucans). Les vaches sont croisées avec des zébus de façon à être plus résistantes à l'alternance humidité/sécheresse. Une partie de la route se fait dans un brouillard épais.

Nous arrivons sous une pluie battante, saluée par les habitants. Nous avions choisi de voyager avec Brigitte pour un mixte "voyage solidaire" et "randonnée en montagne". Nous sommes accueillis par la famille: Germania, Ramiro, leur fille Lili, leur fils Ramiro (les enfants ont souvent le nom d'un de leur parent, comme en Amazonie), et le gendre Santiago. Nous apprenons à fabriquer du pain de yucca, délicieux. Il est fait avec du yucca écrasé, de la farine de yucca, un œuf, du beurre fondu, du fromage râpé et de la levure puis cuit au feu de bois. Dîner excellent avec soupe, pains de yucca encore chaud, des humitas (semoule de maïs avec du fromage du sucre ou du sel, cuite dans une feuille de maïs au bain-marie).

Soirée festive car un volontaire allemand arrivé il y a 1 an repart le lendemain. Chants, guitare, discours émouvants (il ne parlait pas espagnol et "ne savait rien faire quand il est arrivé" comme disent tendrement nos hôtes) ... On se sent vraiment en famille. La fille de nos hôtes, Lili et son compagnon, Santiago forment un très beau couple. Un gâteau d'anniversaire est servi exceptionnellement (je passe discrètement mon tour car je n'ai plus faim et n'aime pas beaucoup les gâteaux à la crème... ) avec du jus de fruit de la passion avec du rhum (là, j'en redemande). Il y a aussi une volontaire allemande, venue pour quinze jours. C'est une femme de notre âge, qui a un poste international à haute responsabilité chez CISCO. Sa société offre l'opportunité à ses salariés d'avoir des jours de congé supplémentaires pour faire du volontariat. Elle enchainera avec un e réunion de travail à Las Vegas. Ça va lui faire tout drôle! On tombe de sommeil après notre lever matinal mais n'osons pas aller nous coucher avant 23H30.

Après un délicieux petit-déjeuner, Germania et Carmen nous apprennent à faire du savon à l'aloe vera. La région est riche en mines (or, cuivre, marbre) et les sociétés minières promettent monts et merveilles aux habitants pour les déloger. Evidemment, ils ne donnent pas suite...

En 1996, une ONG espagnole a suggéré à Germania et quelques autres femmes du village de cultiver de l'aloe vera pour faire des savons. Elle leur a donné des plants mais l ne les a pas accompagnées pour la suite. Ça a été très compliqué car après la culture, il a fallu apprendre à faire des savons. Elles sont allées à Quito, elles qui n'avaient jamais quitté leur village, qui plus est sans leur mari. Ce fut une révolution culturelle. Puis quand ça a marché, il a a fallu le commercialiser. Chaque fois, il fallait un certificat supplémentaire. Elles ont diversifié avec des crèmes hydratantes. Leur correspondant espagnol leur a demandé des savons de 10 couleurs différentes. Mais il y a eu de nombreux échecs, dus au caractère alcalin du savon et à la cuisson. Actuellement, elles ont 4 savons: aloe vera nature (vert pâle), au sang de dragon (brun-rouge, cicatrisant), à la citronnelle (vert plus soutenu, relaxant) et la papaye (jaune, hydratant).Avant le COVID, elles en vendaient 21 000 par an, actuellement seulement 9 000 car beaucoup de boutiques d'artisanat solidaire ont fermé et le pris des transports à augmenté de façon exorbitante.

Nous allons couper les "feuilles" dans le champ (bien au ras), attention, ça tache très fort! Puis nous les lavons, enlevons l'écorce, ça glisse car c'est très gluant. Nous en goûtons de morceaux (gélatineux et sans véritable goût). L'aloe vera est connue depuis longtemps ici, mais comme base de boisson.! et les passons dans une passoire. Ensuite, Carmen les fait cuire avec de la glycérine et 2 autre produits. Puis nous versons le mélange dans des moules.

Après quelques achats, nous allons visiter leurs différentes productions. Ils sont incroyables de créativité. Ils élèvent des porcs (au pré toute la journée), ont creusé des piscines pour élever des Tilapias (sur le site d'un ancien cimetière pré-inca), cultivent différents fruits et surtout font du café.

Frédéric se moque amicalement de Santiago en l'appelant "El senior mucho savor" car il ponctue toutes ses explications en expliquant qu'ici tout a plus de saveur à cause du climat, de la terre, de la façon dont c'est cultivé...

liane à pitahaya - piscine à Tilapia 

Ils le cueillent grain par grain pour ne pas mettre des grains verts. Nous participons à la cueillette. Ensuite, ils enlèvent la pulpe mécaniquement puis font sécher les grains en les retournant fréquemment. Puis ils exportent... au Japon! (en passant par une coopérative). Pour nous ils poursuivent le processus (enlever la dernière peau, torréfier, moudre) et nous le dégustons.

séparation du grain et de la pulpe (rouge), séchage 

Déjeuner en famille. On se régale avec des escalopes de porc et des saucisses dont seule la grand-mère sait doser le sel et les épices. On nous demande nos professions. Frédéric explique qu'il apprend aux gens à parler en public avec des casques de réalité virtuelle. Quand il explique que "le plus important pour capter l'attention, ce sont les silences", Santiago le regarde comme s'il se moquait de lui. Lili, elle, a tut de suite compris ce que cela signifiait et le lui explique.

On se dit aurevoir avec beaucoup d'émotion. El Rosal est très isolé et ne fait pas partie des tours classiques. Mais ils ont profité du COVID pour construire 6 chambres pour accueillir les étrangers, touristes ou volontaires. Germania est très fière de nous montrer le terrain de foot/volley avec gradins qu'ils ont pu faire construire sur le seul endroit plat du village. A cet endroit, il y a le WI-FI gratuit pour tous.

Nous poursuivons notre route dans la vallée d'Intag. Ici, tout le monde se déplace en moto (je retrouve la GN125, ma première moto) ou en bus.

  la fameuse GN 125 - bus scolaire

Pause relaxante aux piscines thermales de Nangulvi. La plus chaude doit être à 40°. J'aime beaucoup alterner les bains dans l'eau très chaude et bien froide.

"ce ne sont pas ceux qui courent qui arrivent mais ceux qui savent où ils vont" 

Fin de la route jusqu'à la communauté de Morocho (du nom d'un propriétaire terrien qui a dû donner ses terres aux paysans), près d'Otavalo. Nous sommes très bien accueillis par Maria et Miguel. Mais ils sont Quechuas et beaucoup plus réservés. Au bout de quelques temps, pourtant, on rit bien tous ensemble! Miguel travaille dans le bâtiment et Maria s'occupe du potager et de leurs 7 enfants. Ils se sont mariés très jeunes, Maria a donc interrompu ses études primaires mais les a reprises en même temps que sa fille aînée. La plupart des femmes portent le costume traditionnel: blouse blanche brodée, jupe de laine noire sur une jupe plus claire et plus légère, collier fait de plusieurs rangs de perles dorées, bracelets de perles de corail rouge, couverture noire pliée sur la tête. Les hommes ont un chapeau noir (type chapeau melon, une chemise planche et un pantalon foncé.

blouses brodées - espadrilles portées par tous

Un Néerlandais, qui cherchait à se loger dans le coins, a suggéré aux "maires" de différents villages qu'ils proposent aux villageois intéressés de construire une chambre dans leur maison pour accueillir des touristes, avec quelques aménagements pour correspondre à nos exigence. Un Allemand s'est porté garant pour les prêts. Une quarantaine de famille participe au projet, dont 5 à Morocho. Deux agences locales s'occupent d'organiser un tour de rôle. Notre chambre est très jolie, décorée de tentures locales, peinte à la chaux avec de belles boiseries.

Les repas sont là aussi délicieux, pris en famille. Nous goutons des meyocos, sorte de pommes de terre grenaille mais dont le goût et la texture s'apparentent aux crosnes.

Le lendemain, il fait très beaux et nous pouvons voir, dans l'axe de la rue, les neiges du Cayambé (5790m), un des 4 plus hauts volcans d'Equateur, et le seul volcan au monde qui soit sur la ligne de l'Equateur. Nous entamons notre première randonnée d'acclimatation: le tour de la lagune Cuicocha (lagune du cochon d'Inde car elle a deux petites îles dont une ressemblerait à un cochon d'Inde, appelé cui du fait de son petit cri (couï - couï). C'est un cratère latéral du volcan Cotocachi qui culmine à 4944m. Nous démarrons à 3200m avec plus haut à 3623m. La flore est incroyable: 10 espèces d'orchidée (don la petite Dracula) aux fleurs plus ou moins jolies, l'achupalla (ou puya) dont raffolent les ours, des plantes grimpantes dont le taxo dont on fait des jus de fruits, l'arbre à papier (polylépis) dont l'écorce pèle...


 taxo - orchidée - lagune et orchidées  mauves ou bromélia - petite dracula

Les effets de la lumière sur la lagune sont très beaux. Le volcan Cotocachi sort par moment des nuages. En face, nous voyons le Fuya-Fuya où nous irons par la suite et l'Imbabura.

En chemin, nous rencontrons une famille d'Annemasse(près du lac Léman) avec 3 filles de 8, 10 et 12 ans qui terminent un périple de 4 mois en Amérique latine. Nous bavardons en échangeant bons plans et impressions de voyage au long cours en famille.

volcan Cotacachi 

Nous jouons ensuite aux touristes équatoriens en faisant un tour en bateau sur la lagune. Tour très joli au demeurant. Des "miss" et "mister" avec des écharpes de différents pays d'Amérique du sud se font photographier à l'avant du bateau en prenant des poses. A l'extrémité de la plus petite des deux îles, il y a encore des émanations de gaz. La lagune fait 150m de profondeur. Son eau reste claire malgré le peu de flux.

De retour au village, Maria nous fait découvrir son potager: lupins (chocho) , garance (minuscule graine en épis, un peu comme le millet), mures et physalis (amour en cage) occupent les plus grandes surfaces. Il y a aussi des petit-pois, des citronniers, orangers et mandariniers, des courges, des avocatiers, des piments...Nous aidons à récolter les lupins et à éplucher les physalis.

Nous dégustons jus de mûres et de physalis, confiture de physalis et une boisson épaisse à base de garance, roborative, lors des petits-déjeuners. Nous goûtons à différentes infusions lors des repas (on ne sert pas d'eau froide) .Dîner avec Maria, Miguel et 3 de leurs enfants. Maria est allée à Banos, haut lieu du tourisme équatorien et à la mer à l'occasion de voyages scolaires de sa charmante benjamine de 11 ans. Elle n'a pas aimé la mer, car l'eau pique (et l'aller-retour fait dans la journée était épuisant).

Nous partons déposer les sacs dans un hôtel à Otavalo (pour les mettre en sécurité) puis prenons une piste dans une végétation dense jusqu'à la lagune de Mojanda à 3800m afin de faire l'ascension du Fuya-Fuya (4200m). La végétation change radicalement: c'est le paramo, formé d'herbes sèches, d'achupallas et autres plantes fleuries.

lagune de Mojanda - arbre à papier  - cayambe

Le paysage est splendide. Vue sur la lagune, le cerro negro, le Cotacachi. En montant nous apercevons le Cotopaxi (5897 m), l'Antisana (5704 m) , loin dans la brume le Chimborazo (6270 m, la plus haute montagne du monde si on part du centre de la terre). Au total 19 volcans peuvent être nommés par Brigitte. Nous apercevons la laguna Cuicocha. Malheureusement, le ciel se couvre rapidement. Il aurait fallu partir plus tôt mais bizarrement, les équatoriens ne sont pas des lève tôt. Les petits-déjeuners sont servis à 7H30, les parcs nationaux ouvrent à 8H00 (et les employés arrivent souvent à 9H00).

achupalla - vers le sommet - arrivés 

Le souffle est un peu court. la dernière partie, plus raide, fait faire un peu d'escalade. Le Fuya-Fuya est formé de 2 sommets jumeaux. Pique-nique au sommet. Un petit oiseau en profite. Le soleil se cache et le vent se lève. La température change radicalement. Nous redescendons bien plus vite que nous ne sommes montés!

Petit tour au marché d'Otavalo, le plus grand marché d'artisanat d'Equateur. Que de choses tentantes. Je craque pour un pantalon coloré confortable en voyage, des gants en alpaga et un sac tissé que Johanna rapportera. Tant pis pour les pulls...

marché d'Otavalo - cochons d'inde rôtis 

Nous faisons plusieurs banques pour pouvoir faire la monnaie de 3 billets de 100 dollars. personne n'en veut par peur des faux billets. C'est un peu compliqué. Dégustation de pies à la myrtille ou à la mure puis route vers Quito. Il y a beaucoup de serres pour la culture des roses dont l'Equateur est un des premiers exportateurs .La température nous paraît douce cette fois-ci. Impossible de boire une bière car les élections présidentielles ont lieu le lendemain et la vente d'alcool est interdite.

Ces derniers jours, nous avons eu le même temps: ciel bleu le matin se couvrant au cours de la journée avec éventuelle pluie le soir. Vue dégagée sur le Cayambé et le Cotopaxi. Ce dernier est actuellement en activité. De ce fait, son célèbre cône immaculé est couvert de cendres grises. Nous voyons aussi au passage les 3 sommets (nord, centre et sud) du Ruminahui que nous escaladerons dans les prochains jours. Nous traversons une zone d'élevage avec des vaches à lait et des chevaux. les bêtes sont belles et bien nourries. Un village est spécialisé dans la vente de cochon d'Inde... à manger bien sûr. Ils les font cuire au feu de bois, empalés sur un gros bâton. Ames sensibles s'abstenir, mais c'est très bon. Un cochon d'Inde entier coûte dans les 25 $, c'est donc un mets de fête.

Nous faisons un randonnée sans dénivelé (nos quadriceps et mon genou capricieux apprécient après l'ascension du Fuya-Fuya) aux alentours de 3300 m d'altitude en longeant la rivière Pita. On peut pêcher de petites truites arc en ciel. Belle végétation et petite cascades le long du chemin, quelques oiseaux. Le but de la ballade est la cascade Condor Machay (nid du condor en Quechua). C'est une promenade prisée des habitants de Quito. Il y a de nombreuses familles et des scouts.

Longue route sous la pluie et ans les embouteillages de Quito, puis piste dans un brouillard à couper au couteau pour arriver au petit village d'Isinlivi, à l'hôtel Taita Christobald (papi Cjhristobald). Nous sommes au départ d'un trek couru, la boucle du Quilotoa, qui dure 5 jours. Nous n'en ferons que deux. C'est donc un point de rencontre pour de nombreux voyageurs. Nous dînons avec deux jeunes américains. Ils sont partis sans billet de retour. Elle est kiné et lui infirmier et n'auront pas de problème, comme en Europe, pour retrouver du travail. ils ont vendu tout ce qu'ils avaient. Ils avaient commencé leur voyage par 4 mois en Amérique centrale et en Colombie en 2019 mais ont dû rentrer aux USA à cause du COVID. La conversation va bon train. Johanna leur donne des tuyaux pour l'Amazonie. Mon cerveau gauche vieillissant à bien du mal à changer le cliquet "langage" de l'espagnol vers l'anglais.

Il y a du WI-FI partout mais capricieux. Charger les potos sur le blog est une véritable école de patience. De plus My Atlas se met en maintenance tous les soirs à 21H pour nous.

Très jolie randonnée pour aller à Chugchilan. Il a plu toute la nuit et ce matin le ciel est couvert. Le sentier est boueux. Nous descendons et longeons la rivière Toachi. Le paysage est impressionnant: champs en pente raide, éboulements. Le sol semble sableux mais les reliefs me rappellent les épaisseurs de cendres creusées par l'érosion sur les flancs du Pina Tubo aux Philipines.

Johanna libère un jeune taureau qui s'était emberlificoté dans sa corde. Je n'aurais pas osé! Les effluves des plantes aromatiques et les nombreuses fleurs agrémentent la marche. De petites fleurs jaunes s'appellent zapatitas (chaussons de bébé). Des fleurs bleues nous font penser à des colibris. Il y a un nombre incroyable d'épiphytes. Des eucalyptus, originaires d'Australie, ont été plantés un peu partout. Ils servent de bois de construction et de bois de chauffage. Mais rien ne pousse sous un bois d'eucalyptus alors que sous les arbres endémiques, il y a des plantes à tous les étages. Les clôtures sont faites d'une plante pour laquelle on plante un simple morceau de branche et l'arbuste pousse. Pique-nique au bord de la rivière. Un sand fly (arenia) arrive à me piquer entre la chaussette et le pantalon. Il le paye de sa vie! Nous remontons sur les crêtes au-dessus d'un canyon impressionnant. Nouvelle descente et marche dans un joli vallon très vert avant de remonter sur la crête pour arriver à Chugchilan.

Ce sont les élections et il y a un monde fou pour un si petit village. Embouteillages, marchands de toutes sortes de nourriture. Femmes et hommes portent un chapeau. Les premières gouttes de pluie tombent lorsque nous arrivons à l'hôtel El vaquero en bois peint de couleurs vives. Il y a un hammam et un sauna et nous nous délassons en compagnie d'un couple de français, ingénieurs agronomes, partis en tour du monde pour 13 mois. Ils habitent à côté de chez nous à Antony, lui joue au badminton en compétition et ils connaissent la même salle d'escalade! Les sujets de discussion ne manquent pas avec Johanna. Repos dans un hamac devant la chambre.

Femmes de Chunguila, camion de transport - alpagas 

Décor tout à fait différent ce lundi 21. Nous faisons le tour de la laguna Quilotoa, lac de cratère à 3600 m. La météo nous a promis de la pluie toute la journée. Heureusement, elle s'est trompée et les nuages restent coincés derrière le cratère. Cette lagune est réputée pour ses changements de couleur. Aujourd'hui, elle est vert-noir, vert olive dans les taches de soleil. Des vaches et des brebis paissent sur ses flancs. La nuit, les moutons sont parqués pour les protéger des renards. Du côté extérieur, il y a des champs en pente raide: lupins, pommes de terre, maïs... Les champs sont aussi vertigineux sur les pentes des montagnes alentours. Nous mangeons de myrtilles d'un blanc rosé, plus amères que les bleues. Johanna apprend à un jeune chien qui nous accompagne à en manger!

Le sentier monte et descend sur la ligne de crête, parfois vertigineuse. ls lieux sont toujours très fleuris: lupins violets et blancs, zapatitos jaunes, gentianes andines mauves, fleurs fuschia et rouges...Nous pique-niquons à la partie supérieure du cratère , dans les nuages. Ceux-ci ne quitterons plus mais il ne pleuvra pas. Il fait doux sauf quand le vent se lève. Un caracara, rapace à gorge rouge et jabot noir et blanc nous observe avec intérêt.

gentianes des Andes - caracara 

Une bergère me demande un dollar quand je photographie ses moutons et un gamin me dit qu'il faut payer quand je photographie un alpaga. Ça commence...

De retour au village, petit tour au marché artisanal. Puis route sous la pluie jusqu'au parc du Cotopaxi. Ils ne veulent pas nous laisser entrer alors que Brigitte a un laisser-passer car nous passerons la nuit dans un refuge. Après allers-retours du gardien et pourparlers, nous pouvons passer. Nous avons la chance de voir un cerf avec une biche et un faon, des caracaras, des mouettes des Andes (c'est bizarre d'entendre un cri de mouette en pleine montagne!) et autres oiseaux. Nous apercevons brièvement les pentes enneigées du Cotopaxi. J'espère qu'il fera beau demain pour l'ascension du Ruminahui ("face de pierre", du nom du général d'Atahualpa le dernier empereur Inca digne de ce nom) nord (il a 3 sommets)! Nous passons la nuit dans un refuge tout confort d'où la vue doit être fabuleuse par beau temps. Belle truite au dîner. Et le WI-FI est exceptionnel (les photos sont chargées en un rien de temps) alors qu'on est loin de tout village.

ave fria - caracara - refuge 

Déception au réveil, les nuages sont bas. Mais notre guide Diego Solita (un guide de haute montagne, formé à Chamonix)) nous emmène quand même Johanna et moi. Départ à 3750 m. Nous longeons une lagune avec des roseaux et de nombreux oiseaux: foulques, mouettes... Nous montons fans les herbes hautes. La flore est incroyable: lupins, chukirawas oranges, mousses vert-vif, et des plantes aux formes improbables. Faute de vue, on admire ce qui pousse à nos pieds.

Quelques gouttes commencent à tomber. Nous nous abritons sous un abri rocheux pour mettre casques et baudriers. L'escalade commence, pas très difficile mais il faut se méfier des pierres instables et tous est mouillée. Nos gants sont vite trempés. La température varie incroyablement selon que le vent souffle ou pas. Nous atteignons le sommet, à 4 740 m, dans les nuages . Tant pis... Diego dit que nous avons monté comme des chats.


Désescalade puis pique nique sous notre abri; la plaine se découvre devant nous, vert phosphorescent. On aperçoit des chevaux sauvages. Johanna nous rattrape après avoir pris des photos. Cette fois, Diego dit qu'elle est une chèvre!

La pluie se met à tomber fort, pas le temps d'enfiler les pantalons de pluie. puis le soleil revient et nous séchons. Nous apercevons à nouveau les pentes du Cotopaxi.

Nous faisons route vers Riobamba, une des plus grosses villes d'Equateur. En chemin, nous nous arrêtons pour manger des glace, spécialité de la ville de Salceda. Il y a des échoppes tout le long de la route. Je prends une glace à l'avocat, Frédéric à la cacahuète/chocolat et Johanna vanille-mure-narangilla, taxo. La ville n'a pas de charme. Frédéric va chez le barbier. C'est plus que laborieux! Les sud-américains ne sont pas habitués à une barbe aussi drue. Dîner dans un resto asiatico-équatorien: le hamburger est au riz frit, poisson, banane plantain.

Le lendemain, il fait grand beau. Ça tombe bien car nous allons sur les flancs du Chimborazo, le sommet de l'équateur: 6270 m. On le voit depuis la ville.

le Chimborazo 

Nous atteignons le parc national. Des vigognes y ont été réintroduites (elles avaient été décimées par les colons Espagnols) données par le Pérou et la Bolivie. Elles se sont depuis multipliées et leur population est estimée à 8000 bêtes.

vigognes 

Nous garons la voiture au premier refuge, à 4 800 m, l'altitude du Mont Blanc! Puis nous montons par un chemin facile au second refuge à 5 000 m puis à une lagune à 5 100m. Personne ne souffre de mal de tête ou nausées. la lagune est à sec. Son fond est couvert de petites pierres de lave rouge vif et noires.

Johanna décide alors de monter aux aiguilles de Wimper à 5350 m. Nous n'avons pas le permis pour et la montée dans les éboulis ne me tente guère. Elle y monte seule pendant que nous pique-niquons. Après l'avoir suivie des yeux au début, nous perdons sa trace (elle a fait exprès de mettre des vêtement de couleur neutre pour ne pas se faire repérer des gardes du parc. Chacun s'inquiète sans trop l'avouer aux autres. Soulagement lorsque nous voyons apparaître une aiguille supplémentaire: ça ne peut être qu'elle. Elle a mis 1H10 au lieu des 2H théoriques. nous arrivons à suivre sa progression dans la descente, qu'elle fait en courant. Sacrée bonne femme!

Johanna petite aiguille à gauche, puis courant dans la descente 

Les nuages arrivent progressivement mais nous profitons encore de la beauté du paysage. La végétation est beaucoup plus rare que la veille: feuilles argentée et douces et chukirawas.

chukirawa 

Nous quittons le Chimborazo en nous retournant sans cesse pour l'apercevoir une dernière fois. Nous nous arrêtons à Colta où les Espagnols ont construit leur première église. Ils pensaient établir là leur capitale mais un tremblement de terre les en a dissuadés et ils sont partis à Quito (du nom des Quitus, peuple équatorien établi avant les Incas). Des cochons d'inde rôtissent là aussi mais sur une sorte de tourniquet. J'aurais bien envie d'y goûter mais ils cuisent au bord d'une grande route et les "prouts" noirs des nombreux bus et camions m'en dissuade. Nous nous rattrapons avec de la pâte de goyave ou de confitures de lait (dulce de leche) accompagnée de café ou de chocolat chaud au goût de fève torréfiée. Il y a diverses échoppes d'artisanat et nous regardons faire une petite sculpture en ivoire végétal, issu de la noix d'un palmier, le tagua. La noix est d'bord plus ou moins débarrassée de sa peau marron (selon le résultat souhaité) puis sculptée puis polie avec les copeaux résultant de la taille. J'achète des porte-clés et un petit lama.

broche à cui - église de Colta - taille de l'ivoire végétal 

Route vers Guamote. Nous longeons un lac en partie couvert de roseaux et bordé de champs de quinoa (quinua en fait, mais comme d'habitude les français ont déformé le nom). Les épis vont du vert au rouge en passant par le jaune. C'est très joli.

Nous résidons dans une auberge créée par une ONG Belge. Au départ, il s'agissait d'une association caritative tenue par des religieuses. Puis une volontaire belge en a fait un projet beaucoup plus ambitieux: école pour les enfants, ateliers de couture, ateliers d'informatique, ateliers de musique. Ils ont acheté un terrain et créé cette auberge avec un style à la fois européen et équatorien, décorée par une grande fresque retraçant l'histoire des Quichuas et des objets créés par l'ONG. Nous visitons la crèche/école maternelle et l'atelier de couture. Les enfants fabriquent des trousses en briquettes de jus de fruit recyclées. ils mettent dedans un papier avec leur nom et ce qu'ile veulent faire plus tard: policier, militaire, docteur(!). Quand ils les vendent, la moitié de l'argent est pour eux, l'autre moitié est mis de côté pour un voyage scolaire éducatif. Par exemple, ils vont dans un village où les gens vivaient, très mal, de l'exploitation de salines. Un européen leur a dit que leur environnement était propice à l'élevage. Depuis, il font des fromages très différents du fromage frais que l'on trouve dans toute l'Amérique latine , qui se vendent très bien à Quito. Brigitte nous en a acheté pour les pique-niques. les villageois ont diversifié leur production en faisant, entre autres, du chocolat.

J'achète une jolie pochette molletonnée (pour tablette), malheureusement trop petite pour notre ordinateur mais dont j'ai envie.

tableaux naïfs - une des personnes de l'auberge 

Brigitte a organisé notre tour de façon à ce que nous soyons à Guamote le jeudi... jour du grand marché hebdomadaire qui réunit tous les villages de la région. Le spectacle est fascinant. Nous allons d'abord en dehors du village au marché aux gros animaux. Nous commençons par les bovins. Les taureaux sont aussi impressionnants que les petits veaux sont mignons. Ça meugle de partout. On charge et décharge les camions. Une grande partie des femmes est en costume traditionnel (de plusieurs sortes) les hommes portent chapeau et poncho. Mais il y a aussi des survêtements... Il faut faire attention où l'on met les pieds! Je prends des photos à la sauvette. Certains sont fiers qu'on photographie leurs bêtes.

Nous allons ensuite voir le parc aux ovins et cochons. Ça bêle et grogne à qui mieux mieux. Les femmes luttent contre leurs bêtes. Les truies sont impressionnantes. Il y a un cochon laineux noir. Les gens négocient, palabrent ("Il est maigre ton veau! Il n'est pas maigre, il est beau et si tu n'en veux pas regarde ailleurs!"), les liasses de billets passent de mains en mains.

Petite pause pour manger une galette au fromage.

Puis nous allons au marché aux chevaux et ânes mais il n'y a plus grand chose. 2 camions déchargent des tonnes de bananes plantain.

Nous allons ensuite au marché aux vêtements, légumes, fruits, viandes, poissons, ustensiles en tout genre, huiles, farines, volailles, cochons d'Inde et lapins, rebouteux... De vieux pneus servent d'auge pour les cochons.

C'est un festival de couleurs et d'odeurs. Il y a foule. On se presse dans le calme. Les gens nous regardent avec plus ou moins de sympathie. Que de produits inconnus!

Nous déjeunons à l'auberge puis reprenons la route pour retourner au parc du Cotopaxi. Il faut impérativement arriver avant 17H sinon l'entrée du parc sera fermée...Les Illiniza, dont nous devons faire l'ascension du sommet nord samedi, sont sous une chape compacte de nuages gris. Le Cotopaxi quant à lui, a son "manteau de vent", un nuage blanc qui épouse le sommet. Le volcan se dégage un peu et la lumière du soir est magnifique. Je profite du WI-FI en profitant de la vue. A un moment, on voit enfin le sommet!

Frédéric et Johanna ont mal au ventre mais il me semble que c'est d'avantage dû aux variations d'altitude qu'à un problème de nourriture; ce sera effectivement, et heureusement, terminé le lendemain matin.

 Ruminahui dans les nuages - le Cotopaxi se dégage peu à peu 

Ce vendredi 25, nous allons monter à cheval. On nous équipe de pantalons en peau de lama et de poncho (en plus de casques classiques). Le ciel est partiellement couvert et il fait froid. Trois heures de chevauchée dans un paysage immense avec des vues intermittentes (entre les nuages) sur différents volcans dont le Fuya-Fuya et le Ruminahui.

Les chevaux sont vifs et agréables. Nous trottons presque tout le temps malgré l'altitude et faisons trois beaux galops. Frédéric assure comme un chef alors qu'il n'a jamais fait d'équitation. Nous revoyons de biches et différents oiseaux. Pause à une source verdoyante. Les chevaux apprécient les herbes aquatiques. Nous passons ensuite près de ruines Incas (3 murs concentriques sur une colline).

Nous rentrons heureux mais fourbus. Pique-nique en plein air, le refuge ne faisant pas salle hors sac.

Puis nous montons en voiture sur les flancs du Cotopaxi. Un lobo de paramo (loup de paramo qui est en fait de la famille des renards), blessé à une patte, vient quémander de la nourriture.

colibri andin - lobo de paramo 

Nous arrivons au refuge à 4864 m. Le paysage est lunaire. Pas une plante. Des pierres de lave grises, noires ou rouille, de différentes taille, provenant d'éruption récentes (même à l'échelle humaine). Nous sommes dans les nuages et le vent est glacial. il est tellement fort que je dois me cramponner à mes bâtons par moment. Nous montons sans difficulté par un chemin en lacets. A l'arrivée au refuge, je suis littéralement congelée et me tape une onglée d'enfer. Dire qu'on pourrait être à la plage sous les cocotiers, à lire un bon livre en sirotant un cocktail! Il faut vraiment être maso... J'ai un besoin vital d'une boisson chaude. J'ai dû me refroidir pendant le pique-nique car je n'avais pas eu de problème les autres jours. Après un grand mug de maté de coca, ça va beaucoup mieux. Un groupe d'anglais d'un certain âge déjeune après avoir fait de l'école de glace. Le refuge est décoré de photos, de drapeaux, d'autocollants. L'ambiance est chaleureuse.

Nous redescendons par un chemin plus raide en courant presque dans les petites pierres de lave. En arrivant à la voiture, les nuages se déchirent nous apercevons enfin la plaine en contrebas (pas les langues de glacier du Cotopaxi, il ne faut pas rêver).

Un magnifique arc-en-ciel salue notre retour au pied du géant.

Nous retournons à la lagune Limpio Pungo que nous avions longé partiellement en allant faire l'ascension du Ruminahui nord.

Nous observons mouettes, canards, foulques.. Des roseaux recouvrent une partie de la lagune. Des chevaux sauvages paissent tout autour. Ils ont beaux mais l'un deux boîte méchamment. Johanna nous intime de ne surtout pas l'effrayer. Nous profitons d'effets de lumière et de nuages magnifiques sur le Cotopaxi et le Ruminahui. Il semblerait que le Cotopaxi éjecte de la vapeur car des nuages blancs, au sommet, tranchent avec le gris alentour.

En sortant du parc (là encore il faut impérativement être à la sortie avant 17H), Johanna cherche un garde pour prévenir qu'un cheval est blessé.

Nous rejoignons le petit village d'El Chaupi où nous dormirons dans une chambre d'hôtes. La journée a été plus que bien remplie et nous sommes fourbus. Nos hôtes arrivent un peu après nous et la maison est glaciale. Ils allument un poêle devant lequel Frédéric et mois lisons en sirotant une infusion de cedron. Pas le courage d'écrire sur le blog ce soir. Johanna quant à elle va aider notre hôtesse en cuisine. Le couple est charmant et aux petits soins. Il s'appelle Vladimir mais est bien équatorien! Ils font des fruits secs de toutes sortes. Des cavaliers passent fréquemment dans la rue. Après le dîner, pas le courage non plus de prendre une douche froide. On s'en passera. On se glisse avec bonheur sous les couvertures qui nous réchauffent vite.

Lever à 6H15 pour faire l'ascension de l'Illiniza (lame de couteau ou lame effilée, je ne sais plus) nord. Le sud est réservé aux glaciéristes confirmés, c'est l'un des sommets les plus techniques d'Equateur. Diego nous accompagne à nouveau. Grâce à lui, nous pouvons entrer dans le parc national à 7H30 au lieu de 8H00. Nous dos et adducteurs se souviennent de la randonnée à cheval...Le temps est magnifique. Je suis à peine habillée que Johanna frappe à la fenêtre pour me montre les lueurs du lever de soleil sur notre futur sommet. Le Cotopaxi est enfin dégagé!

Nous commençons par aller au refuge qui se trouve sur le replat entre les deux sommets. Jolie flore avec lupins, chukiraguas, polylépis (arbre à papier), tapis de gentianes andines, feuilles duveteuses grises à fleurs jaunes...Le chemin monte tranquillement mais sûrement, raviné par les pluies. Un jeune cavalier nous dépasse.

devant les 2 Illinizas - polylépis - gentianes - le Cotopaxi fume

La vue est fantastique sur les alentours: le Cotopaxi crache des nuages de vapeur, le Cayambé, l'Antisana, le Corazon (qui a parait-il une forme de cœur justifiant son nom de l'autre côté), les Ruminahui, le Fuya-Fuya, le Cotacachi, etc... sont tous dégagés. Nous révisons leur noms et cherchons ceux dont nous nous sommes approchés (je dois me méfier de mon sens de l'orientation défaillant). Nous atteignons le refuge: départ à 3 900m - arrivée à 4 700m. 800 m de dénivelé en 2H30. A cette altitude, c'est plutôt correct pour des vieux comme nous.

 Cotopaxi - le refuge entre les " Illinizas

Pause de 30 min puis nous enfilons casques et baudriers. L'ascension se fait beaucoup plus raide avec un peu d'escalade et de la boue glissante due à la fonte de névés. Frédéric commence à avoir le souffle coupé. Je l'admire car entre la chevauchée d'hier et l'ascension d'aujourd'hui, il n'est vraiment pas dans sa zone de confort et pourtant il assure sans râler. Le paysage est fabuleux. L'Illiniza sud est couvert de neige/glace, les roches varient du gris pâle au rose au jaune au rouge et au noir. L'illiniza norte a aussi de la neige sur sa face sud. Une petite laguna vert émeraude complète le tableau. Les lointains restent dégagés, avec une mer de nuage vers la côte (là où se trouve la forêt des nuages), à l'ouest. J'ai rarement vu un panorama aussi beau.

Cotopaxi - Illiniza sud enneigé  - Illiniza nord - escalade - laguna verte 

Nous atteignons le sommet à 5 127 m en 5H30 au total 1 227 m de dénivelé). Une croix ornée de différents pendentifs y trône. Un caracara vient tout près de nous. Après quelques photos, nous redescendons ca l'espace est très étroit. des pierres ont été volontairement dégagées car instables. Nous pique-niquons en contrebas. Le caracara nous rejoint et nous lui donnons quelques tranches de saucisson et miettes. C'est vraiment un oiseau magnifique et le voir d'aussi près est émouvant. Il va nous suivre dans la descente.

au sommet 

Nous redescendons par le pierrier ocre en dérapage plus ou moins contrôlé. Lorsque nous rejoignons le sentier, Frédéric dérape et se cogne violemment le flanc G contre une pierre du chemin. Il s'est vraiment fait mal et a le souffle coupé. J'espère qu'il ne s'est pas fait un hématome du rein! Nous redescendons plus lentement; Au total, nous aurons mis 8 heures pour faire l'ascension.

Johanna et "son" caracara - mer de nuages - descente raide - Cototpaxi 

Une fois de plus, nous arrivons ric-rac à la sortie du parc. Ça devient une habitude!

 chuquiragua sous la lune -  polylépis

Nous retournons à Quito. Ça fait bizarre de retrouver les embouteillages et les immeubles. Nous retournons dîner au même endroit que la fois précédente. le patron nous accueille avec un grand sourire et nous dit que cette fois-ci il peut vendre des bières! Quelle mémoire. C'est sympathique.

Journée "libre" à Quito. Nous allons à Mitad del Mundo, là où passe la ligne de l'équateur. Il y a 3 endroits différents, pas très éloignés: le lieu déterminé par les Incas (Inti Nan, le chemin du soleil), celui déterminé par une expédition française au XVIII° siècle, et celui déterminé avec les techniques modernes. Nous faisons l'aller en taxi car même pour Johanna il est difficile de comprendre comment rejoindre le bus qui y va. Le chauffeur est intarissable! Il a vécu à Madrid et en Italie. Il fait un temps magnifiques et nous admirons le Cotopaxi, le Cayambe et l'Antisana durant le trajet. Pas mal comme vue pour une capitale! Nous allons visiter un musée (Inti nan = chemin du soleil, nom que donnaient les Incas à l'équateur) qui donne des renseignements sur l'Amazonie, sur les sépultures Quitus (ils se faisaient enterrer dans des jarres, en position fœtale, avec leur épouse et concubines, vivantes mais droguées et ils croyaient en la réincarnation), et surtout sur les phénomènes en rapport avec la rotation de la terre. A mon grand étonnement, le vortex change de sens à moins de 5 m de la ligne d'Equateur. Johanna réussit à faire tenir un œuf sur la tête d'un clou (échec des parents). La guide réussit à nous faire baisser les bras tendus en avant avec 2 doigts, quand nous sommes sur l'équateur. Les tornades (au nord) et cyclones (au sud) tournent en sens inverse. Très instructif! Des totems offerts par différents pays du mondes sont exposés.

mitad del mundo 

Frédéric a très mal au côté G. J'espère que mon sens clinique est bon: je pense que le rein n'a rien mais qu'une côte a été touchée.

Après 2 bus et un copieux déjeuner de spécialités: ceviche de poisson (poisson cru cuit dans le citron), bolon (boule de banane plantain fourrée de couenne de porc), encebollado (soupe de poisson avec chips de bananes et pop-corn), nous allons au jardin botanique. Les différents type de flore du pays sont représentés et expliqués. Des serres exposent des plantes carnivores, des orchidées des montagnes (nous avons eu la chance d'en voir beaucoup), des orchidées des régions plus chaudes, un espace de bonsaïs offerts en remerciement de la protection de juifs pendant la 2nde guerre mondiale, un jardin japonais et un jardin de cactées. On passe un très agréable moment.

Arupo (il y a en a beaucoup dans les rues de Quito) - bromélia - carnivore - bonsaïs -  cactées

A Quito, des architectures de différentes époques se côtoient. Retour à l'hôtel. Pas grand chose d'ouvert. Dîner dans un restaurant chinois. Les parts sont pantagruéliques. Nous avons changé d'hôtel pour aller dans celui que j'avais réservé, plus proche du centre. Il est très confortable avec une jolie salle de bains et une fontaines qui est arrêtée la nuit pour ne pas faire de bruit.

Nous retrouvons Brigitte pour la dernière journée ensemble. Nous reprenons la route de Tena. Le temps est maussade et plus nous montons dans la cordillère orientale, plus il s'assombrit. Pour finir par pleuvoir (l'air chaud et humide d'Amazonie butte contre les montagnes. Nous passons un col à 4000m. Tout à coup, Brigitte stoppe la voiture: elle a vu un ours à lunettes qui mange tranquillement ses achupallas. Nous l'observons un bon moment. Il est loin mais on le distingue bien. Il mâchouille la tige comme on fait avec la canne à sucre, puis il mange la base des feuilles comme nous avec les artichauts (je sais, c'est de l'anthropomorphisme mais au moins on comprend!).

Nous allons dans une réserve faire une petite randonnée le long de plusieurs petites lacs. De nuageux, le temps vire à la pluie. Frédéric fait demi-tour, puis Johanna, le sol étant plus que boueux et aucun des deux n'ayant de vêtement imperméable. Je continue un peu avec Brigitte. Nous avons vu les restes d'un festin d'achupallas et espérons voir le convive! La pluie s'arrêt transitoirement puis reprend. Petit bosquet de polylépis. Il faut vraiment faire attention à ne pas glisser. Lorsque nous rejoignons Frédéric et Johanna, ils sont frigorifiés, trempés et s'abritent comme ils peuvent du vent derrière la mascotte du parc, un espèce de gros tapir andin en tissu. Nous avions croisé le gardien (il lutte contre le braconnage) qui descendait en quad et nous pensions qu'il leur avait ouvert sa cahute. mais il est reparti et les a plantés là. je suis vraiment désolée.

Nous allons déguster une truite à l'orange. Un poêle à gaz (comme ceux des terrasses de café) réchauffe un peu. On complète avec une tisane d'ibiscus. Les truites sont géantes et délicieuses.

Puis nous allons aux thermes de Papallacta, à 3600 m. Brigitte a décalé la journée pour éviter la foule du week-end. Les lieux sont ravissants: fleurs, colibris orange et vert métallisé. Les daturas côtoient les digitales; attention: toxiques! Les différentes piscines sont de différents températures. Aux extrêmes, l'eau du torrent et une où l'on ne peut entrer qu'après être passé dans l'eau glacé et où tout mouvement donne une sensation de brûlure. Entre les deux, je pense qu'elles sont entre 35° et 40°. Il y en a une dernière, toute petite, où nous avons renoncé à tremper ne serait-ce qu'un orteil tellement elle était brûlante. Les sources proviennent du volcan Antisana, sur lequel on aurait une belle vue par beau temps mais il continue à pleuvoir. On se réchauffe pour de bon. et passons un très agréable moment en passant de bassin en bassin. Puis il faut partir car Johanna doit reprendre le bus pour Tena et retrouver Jalely. Elle ne pourra pas arriver ce soir à Ahuano et passera la nuit à Tena. Les adieux sont émouvants car nous ne la reverrons pas avant juillet 2024! Le bus arrive dans les 10 min, quel timing!

Nous rentrons à Quito. Adieux avec Brigitte qui elle, ira lundi en Belgique voir sa famille et ses amis. Elle nous a vraiment organisé un voyage sur mesure et le bilan est très positif: lieux et hébergements variés, rencontres, ascensions, paysages divers... Et le confort d'un véhicule particulier. Il aurait été impossible de faire ce circuit en bus publics. Nous voici laissés à nous-mêmes: sans guide et sans interprète! Jusque là, tout était facile, maintenant, il va falloir nous débrouiller...

Visite du Quito historique. A 9H00, rien n'est ouvert! Devant le théâtre, il y a une cérémonie militaire avec chants et défilés. Les rues sont bordées de jolies maisons. Elles ont des patios intérieurs bordés de colonnes. Il y a des églises partout. Sur la place centrale, les vendeurs ambulants commencent à arriver: sucreries, gadgets, objets en coton ou alpaga. Je serais bien tentée par une écharpe mais on verra plus tard. Des femmes manifestent devant le palais présidentiel. Elles demandent de l'argent pour des greffes pour leur enfant.

L'église qui la borde est immense avec un grand autel baroque tout couvert d'or. Nous allons visiter San Francisco. C'est la messe en semaine). Comme on connait les paroles, il est facile de suivre. L'atmosphère est recueillie. Un organiste joue. Puis nous montons dans les tours, voir la vue sur la ville. Elles ont été détruites à plusieurs reprises par des tremblement de terre, jusqu'à ce qu'on décide de les laisser à leur taille réduite, telles qu'on peut les voir actuellement. Les cloches ne sonnent pas les heures, sinon nous aurions été aux premières loges! Une statue d'ange géante surmonte une colline. San Francisco est un couvent avec plusieurs cloîtres très beau et à l'atmosphère calme après la ville. Un moine marche en lisant son missel. Visite du musée d'art religieux, en général très expressif. J'ai particulièrement aimé un ensemble de peintures à l'huile sur albâtre relatant la vie de Marie. Il y a aussi une ancienne brasserie. On goûte une bière brune, au calme dans un petit cloître avec des arupas (arbres au fleurs roses très beaux), de la même marque que celle bue l'autre soir). Elle est brassée à Quito et semble être celle faite par les frères autrefois. J'ai vraiment beaucoup aimé cette visite.

Nous retournons dans l'agitation de la ville. C'est beaucoup plus animé qu'en début de matinée. Pause gourmande à la "Colonie du chocolat". Nous dégustons des glaces au chocolat noir, une galette chocolat/amandes et un cookie chocolat/noir. Une tuerie! Quatre jeunes policiers se régalent en même temps que nous.

Les différents corps de métiers sont regroupés par rues: libraires, cordonniers, réparateurs de chauffe-eau...

Nous arrivons à la basilique, néogothique mais vraiment belle. Nous montons dans les tours. Des boutiques sont aménagées à chaque étage. La vue est magnifique au sommet. malheureusement, les volcans sont dans les nuages aujourd'hui. Un peu plus bas, nous admirons la rosace qui représente des orchidées de toutes les couleurs. On peut voir l'atelier des verriers qui en effectuent la restauration. Puis nous passons sous la charpente en béton pour rejoindre une autre tour. Les gargouilles représentent des oiseaux.

Déjeuner dans une gargote pour étudiants et vendeurs ambulants; la patronne est un peu surprise de nous voir commander ce qu'elle propose: un almuerzo avec sopa des patas et tilapia pour moi, poulet panné pour Frédéric accompagné de jus d'avoine à la naranjilla. Johanna serait fière de nous! Cette fois ce ne sont pas des pattes de poulet mais des morceaux de pieds de porc (du moins je crois, un peu gélatineux avec une peau grisâtre assez dure). Frédéric me donne galamment ses morceaux! Dans la rue je suis tentée d'acheter la liane avec les fruits blancs acidulés goûtés en Amazonie, mais elle fait près d'1 m et on ne peut pas en acheter un morceau.

Puis nous allons nous reposer à l'hôtel. Nous ressortons en fin d'après-midi. C'est la rentrée des classes. on voit les parents vérifier leur liste, les marchands ambulants vendre livres et cahier. Les monument s'éclairent peu à peu. A 18H, tout s'arrête. A nouveau trop tard pour dîner. Frédéric prend une pâtisserie (seules les boulangeries, les pharmacies et... les salons de coiffure sont ouverts le soir) et moi une tortilla (galette) de banane plantain avec un œuf au plat accompagnée traditionnellement d'un café. ici les gens prennent un vrai repas au petit-déjeuner et au déjeuner et une soupe quelques chose de léger le soir. La presque pleine une au-dessus de la jolie petite église San Blas éclairée forme un beau tableau.

Ce vendredi 31, départ pour Cuenca, ville coloniale au sud de l'Equateur. Nous rejoignons le terminal Quitumbé au sud de la ville. Coup de chance, l'arrêt de bus est juste en bas de l'hôtel. A un moment, deux chanteurs chantent en même temps, sans aucun ensemble. Neuf heures de bus nous attendent. Joli trajet car les volcans sont à nouveau dégagés. Nous révisons tous ceux que nous avons vus, voir escaladés, du nord au sud. Nous repassons par différents endroits visités avec Brigitte. Arrêt pour un contrôle de police. Des hommes très agités montent dans le bus, nous crient dessus car nous n'avons pas mis nos ceintures. Or elles sont bloquées et ils n'arrivent pas plus à nous les mettre. Ils veulent ensuite que l'on mette nos petits sacs dans les porte bagages. Nous refusons. Puis ils descendent et une dame crie alors qu'on lui a volé sons sac. J'avais bien vu qu'ils n'avaient pas de gilet de policier mais dans l'agitation n'avait pas plus "tiqué" que ça. Le voisin de Frédéric lui demande si on ne lui a pas volé son téléphone (mais il était dans le sac). Nous l'avons échappé belle! On ne s'est pas suffisamment méfié. Déception au passage de Salceda: on espérait que des marchands ambulants nous proposeraient des glaces puisqu'il y a des échoppes partout au bord de la route mais ils vendent d'autres choses. Des rebouteux vantent à plusieurs reprises des produits miracles, efficaces contre tous les maux. Ils parlent beaucoup de stress et de dépression. Après Riobamba, puis Guamoté (la ville du marché), la route plonge dans une vallée. Nous entrons dans une mer de nuage. Puis ça remonte et nous assistons à un magnifique coucher de soleil. Arrivée de nuit. Un chauffeur de taxi mal aimable nous reproche de ne pas avoir de GPS pour trouver l'hôtel que nous avons sélectionné! Nous profitons de la télé du voisin car les chambres ne sont pas du tout insonorisées mais il a les mêmes horaires que nous et le matin il passe une émission sur Queen. Ça nous va bien!

Cuenca est une très jolie ville coloniale. En sortant de l'hôtel, nous arrivons sur une place devant une jolie église blanche. Petit-déjeuner de café, morocho (lait, cannelle et maïs) et empanadas de viento (sorte de beignet soufflé). Les gens s'arrêtent pour consommer avant d'aller travailler.

Visite de la cathédrale et de ses tours. Cette église est du XX° siècle, en marbre, briques et calcaire. Les grandes portes ont de beaux bas-reliefs en bronze.

A côté se trouve le marché au fleur et un lieu sacré, la vierge du Carmel où les gens font la queue pour acheter de l'eau bénite. C'est couvert d'Ex-voto. L'église voisine est dédiée à sainte Marianne de Jésus. Notre fille se plaint de ne pas avoir de sainte à son nom, on l'a trouvée! Il y a un nombre impressionnant d'églises dans cette ville. Dans l'une d'elle une affiche invite les femmes ayant avorté à un groupe de parole. Ils disent: "on vous a dit que c'était la meilleure solution mais on ne vous a pas parlé du grand vide que vous ressentiriez après". Enfin une réaction intelligente sur le sur le sujet!

vierge du Carmel - marché aux fleurs 

Petite pause sur la place.

Bon moment au marché, toujours haut en couleurs. Au niveau du non alimentaire, on peut acheter des selles et des licols (en plein milieu de la quincaillerie). La spécialité de Cuenca est le Hornado (porc rôti entier). Nous en dégustons un bon morceau avec du boudin noir et du choclo (maïs blanc à gros grains, jeune, dont les grains s'ouvrent à la cuisson). Depuis le temps que j'avais envie d'en manger! Le tout avec un jus d'avocat pour moi, de mure + noix de coco pour Frédéric.

Puis visite d'un musée où sont exposées des poteries des différentes époques précolombiennes. Certaines sont très réalistes et/ou drôles.

Comme à Quito, les murs sont souvent décorés de fresques dont certaines me plaisent beaucoup. Petit tour dans l'un des nombreux marchés artisanaux de la ville; les textiles viennent d'Otavalo. Visite de l'ancienne cathédrale, construite sur le site d'un cimetière précolombien.

Pour finir, nous prenons un taxi pour monter à un point de vue sur la ville, au pied d'une petite église. Le ciel est couvert et il fait froid (nous sommes à 2 600 m). Nous allons boire un verre (Canelazo = jus de fruits de la passion chaud avec de l'alcool de canne) dans un café chic. Nous y recevons un message de Johanna disant qu'ils sont bien arrivés à Quito et qu'ils ont le visa pour Alex. Mille fois ouf!!! Nous ne savons pas ce qu'ils auraient fait sinon car leur vol est demain.

Nous redescendons et rejoignons le centre historique à pied. Sur la place centrale, il y a des restaurants d'ouverts (plus touristiques et plus chers). Menu traditionnel: maïtas, soupe de pommes de terre et fromage frais, ceviche (je pense que c'est du poisson chat). Ici on trouve la bière péruvienne, la Cusquenia.

En sortant, nous écoutons deux chanteurs situés sous le kiosque à musique du jardin de la place. Beaucoup de gens écoutent; certains, de tous âges, dansent. La pleine lune brille, c'est très romantique.

Notre voisin de chambre est parti mais a été remplacé par un couple qui, réveillé à 6H15 a entamé e qui nous semble des leçons d'espagnol/ la jeune femme récite à voie très haute tous les fruits puis de nombreuses plantes et recommence à plusieurs reprises. Faites-la taire!

Pour notre dernier jour en Equateur, nous remontons (en bus) à 3 950 m dans le parc national Cajas. Il bruine mais le temps finit pas se dégager un peu. Le paysage doit ressembler au dernier jour passé avec Brigitte à Papallacta sous la pluie (nous n'avions pas vu grand chose).

achupalla mangée par mon ours à lunettes  - feuilles épineuses  à la base de l'achupalla - boucles d'oreille d'Inca

Des montagnes sauvages, des lacs, de très jolis bois de polylépis (ou Quenua - j'ai enfin la confirmation qu'il s'agit bien des mêmes arbres que ceux vus lors du tour de la cordillère de Huayhuash au Pérou), des achupallas en pagaille, de la valériane...Des petites fleurs jaunes et rouges ressemblent à de mini montgolfières. Nous n'avons pas vu d'ours.

bois de polylépis - gros plan sur la fleur d'achupalla 

Déjeuner de truites dans un joli restaurant avec une belle vue. Un point noir avec une tache blanche attire notre attention. C'est sûr, il bouge. Mon zoom n'est pas assez puissant. Serait-ce un ours? Indifférence totale des gens du restaurant. On doit prendre nos désirs pour une réalité. En voyant les photos agrandies sur l'ordinateur, nous nous apercevons qu'il s'agit d'une roche noire devant laquelle bouge une graminée blanche!!

Repas de truites - fleurs "montgolfières" 

Au retour, après avoir marché puis attendu en vain un bus pour le retour, nous faisons du stop. Un monsieur et son fils s'arrêtent rapidement. Un couple avec un bébé nous avait déjà descendus du parc au restaurant. A nous "Pékin express"!

De retour au terminal de bus, Frédéric réussit à se faire rembourser les billets retour. Nous sommes repassés par là car ce matin j'ai complètement oublié que nous devions acheter les billets pour le bus de ce soir et le bus pour le parc national partait immédiatement. Petit coup de chaud car on nous dit qu'il ne reste plus qu'une place. Là encore, Frédéric débloque la situation en insistant, et comme par miracle, on nous trouve une deuxième place (mais nous serons séparés et ... près des toilettes). En effet, nous quittons l'Equateur pour le Pérou. On nous annonce une arrivée à 10H du matin pour un départ à 21H00.

Nous allons visiter le musée pumapunga, bel édifice moderne à côté des ruines de la ville Inca. Un étage est consacré aux différentes ethnies indigènes de l'Equateur, un autre aux civilisations préhispaniques et le dernier à la monnaie; l'histoire de l'Equateur n'a pas été de tout repos au XX° siècle!

En repassant à l'hôtel chercher nos sacs, nous confondons deux églises blanches et tournons un peu en rond.

Le bus est très confortable. Un américain nous cède sa place pour que nous soyons côte à côte et se retrouve de ce fait à côté d'une jolie française. Il y a au moins encore un autre français dans le bus. On peut incliner les sièges sans écraser la personne de derrière (même nos sièges qui sont devant les toilettes, ce qui est rare), il y a des plans inclinés pour les jambes, et on nous distribue des Power red et des chips. Bizarrement, un couple a été accepté en supplément et est donc debout.

Comme d'habitude, on ne peut entendre les paroles des films diffusés car elles sont couvertes par le son des téléphones sur lesquels des gens écoutent de la musique ou suivent des vidéos. Quand l'ayudante arrête les films, certaines personnes continuent à mettre le son très fort, sans se soucier de ceux qui veulent dormir. La route se passe sans encombre mais le passage de la frontière prend deux heures, sans que les policiers fassent de zèle exagéré car les bus font la queue.

3

A 6H30, je suis réveillée par l'Ayudante (aide du chauffeur) qui appelle les "seniores" qui doivent descendre à Mancore. Je ne savais pas qu'il y avait un arrêt à cet endroit. C'est là qu'on peut voir des baleines au Pérou... je suis trop ensommeillée pour réagir rapidement et nos bagages sont au fond de la soute. L'Américain descend, sans doute pour faire du surf (c'est un spot reconnu).Le soleil se lève dans des tons roses magnifiques. Je lutte pour ne pas me rendormir et profiter du paysage. Le désert côtier est très raviné. Les collines ocres tranchent avec le ciel bleu. Quelques grands cactus, des touk-touk (triporteurs) pour se déplacer dans les villages, quelques "oueds" à sec (je sais, on n'est pas en Afrique). De gros vautours noirs volent dans le ciel et se posent un peu partout.

Puis on monte sur un plateau et le ciel se voile rapidement. Le froid du pacifique contre la terre chauffée par le soleil. La brume est impressionnante. Le paysage devient monotone. Puis un vert vif apparaît au fond. Ce ne peut être de l'eau... Il s'agit en fait de champs de canne à sucre auxquels succèdent des rizière inondées. En plein désert! Il paraît que l'eau provient des rivières de la cordillère. C'est l'époque du repiquage. Puis de nouveau le plateau désertique. Des chèvres sont parquées dans des enclos. On somnole. Arrêt à Piuro, une ville poussiéreuse et sale: les ordures sont accumulées le long des bas-côtés et s'envolent avec le vent.

On arrive enfin à Chiclayo, après 15H30 de voyage. Nous manquons clairement d'entraînement... ou alors nous avons trop vieilli. Nous sommes fatigués et je suis agacée par les gens qui nous proposent taxis et autres. Nous repartons aussitôt en taxi pour Lambayque où le chauffeur du car a refusé de nous arrêter, 10 km plus tôt. Là encore, le chauffeur a du mal à trouver l'hôtel que nous avons sélectionné, excentré il est vrai. Je pensais arriver dans une jolie petite ville et me retrouve dans une ville morte, poussiéreuse, traversée par la panaméricaine. Quelle déception! La chambre est confortable mais sans fenêtre (comme le plus souvent). la propriétaire, très patiente avec notre espagnol, nous indique le seul distributeur d'argent de la ville. Nous allons au marché pour déjeuner. Là au moins, c'est animé et toujours intéressant. Je mange un ragoût de chèvre, spécialité du coin si l'on en croit la fréquence à laquelle ce plat est proposé. Il est accompagné d'une boisson noire à base d'orge nommée cebada. Ça a un gout d'ananas. La dame s'étonne de notre ignorance. Une cliente nous demande comme d'habitude si je suis américaine, mais pense que Frédéric est péruvien.

Les bus, voitures, touk-touk et motos se frôlent de façon impressionnante, surtout aux croisement; Difficile de traverser.

Pourquoi être allés là? Pour le musée de la tombe du seigneur de Sipan, le Toutankhamon péruvien. Cette tombe inviolée a été découverte en 1987. Elle est de la civilisation Mochica (0 - 600 après jésus Christ). Une guide qui veut parfaire son français propose de nous guider gratuitement en échange de nos corrections. Visite très intéressante et surtout magnifique. Le défunt a été recouvert de plusieurs couches d'objets en cuivre, or et argent, de pectoraux en coquillage (minuscules perles ), sceptre, colliers, boucles d'oreilles en cuivre, or et turquoises (3 paires), parures de nez... Il a été enterré avec sa première épouse, ses 2 concubines, le chef des prêtres, le chef militaire, un garde auquel on a coupé les pieds (on espère après sa mort) pour qu'il reste bien là, une vigie, son chien domestique et 2 lamas décapités. une multitude de jarres anthropomorphes recouvrent la tombe pour qu'ils ne manquent de rien. Il y a aussi le contenu de la tombe d'un "roi" plus ancien, d'un grand prêtre et une reconstitution de la cour du roi de son vivant. Quelques magnifiques poteries (c'est la caractéristique de cette civilisation) complètent le tableau.

La visite est vraiment passionnante. Mais je passe beaucoup de temps et avec la fatigue, Frédéric et moi nous embrouillons. Soirée morose à chercher sans succès un café pour boire une bière. On finit par l'acheter au super marché. On trouve enfin la place centrale et son église, mais les rares monuments anciens sont très décrépis. Décidément, je déteste cette ville. On déniche enfin un restaurant où les plats nous paraissent un peu chers mais en fait les plats sont gargantuesques. J'ai 3 brochettes d'anticuchos (tranches de cœur marinées - plat péruvien typique) dont chacune doit correspondre à steak. Je demande un doggy-bag en comptant le donner à un jeune homme qui mendiait devant l'église en demandant de l'argent pour nourrir sa fille. mais il n'est plus là et je le donne au vieux conducteur du touk-touk qui nous ramène à l'hôtel. Il est très content mais comme il n'a plus de dents, je ne sais pas comment il va manger la viande. Nous décidons d'aller à Arequipa en avion car nous n'avons pas le courage de faire les 1 785 km, 33 heures de bus avec changement à lima. Ce n'est ni écologique ni économique mais nous ne sommes pas là pour nous épuiser et Frédéric est encore très gêné par sa probable fracture de côte et ça correspond à ce que je gagne en faisant une garde de 24H le dimanche (avec l'augmentation actuelle due à la pénurie de médecins!)....Je commence la réservation mais ai peur de me tromper du fait de la fatigue et remet ça au lendemain matin. Résultat, le lendemain les billets ont augmenté de 20 dollars par personne...

Petit-déjeuner au marché. Je goûte une boisson au maïs, épaisse, de couleur marron. Je demande à la dame si je peux photographier son étal. Non seulement elle accepte, mais elle demande à ce que je photographie aussi sa copine qui vend des gâteaux.

Je renonce à aller voir le site de Tukume avec ses pyramides Mochicas car je n'ai pas envie de refaire 30 km dans chaque sens. Nous allons en collectivo à Chiclayo. pour changer, nous visitons le marché. Mais un coin a une particularité: c'est celui du marché aux remèdes. herbes connues (camomille, romarin...) voisinent avec des onguents ne tout genres, des statuettes chrétiennes, d'autres de démons, etc... Très intriguant et odorant.

En allant vers la plazza des armas, nous regardons passer un cortège d'enfants d'un établissement scolaire déguisés en crayons, gommes, taille(crayons, puis en héros de dessins animés, puis en métiers (militaires, pompiers, policiers) puis en astronautes, ingénieurs... et enfin avec les vêtements de différentes populations indigènes. Arrivés devant la cathédrale, il s'agit d'autres sortes de cortège: enfants en uniforme, jouant de la fanfare en marchant au pas de l'oie devant des officiels militaires. Moins drôle. Une femme vend des tournesols qu'elle a fait au crochet et en propose aux militaires.

Une place a des baobabs énormes au 4 coins. On déjeune au restaurant de Luz, tenu par un jeune couple très sympathique. C'est attendrissant de l'entendre appeler sa femme "Luz" (lumière). Le ceviche est délicieux mais ils croient nous faire plaisir en mettant la télé à fond dés qu'on s'installe. On n'en peut plus du bruit! Ce matin nous avons été réveillés par les cocoricos et caquètements d'un élevage de volailles situé près de l'hôtel. Ce dernier a un carillon qui joue la lettre à Elise dés que quelqu'un passe le seuil. Je sens que je vais moins aimer ce more=ca=eau qu'avant (d'autant qu'un client est arrivé à 3H00 du matin). Nous commençons à prendre nos marques et allons en collectivo à Pimentel, la station balnéaire du coin. La brume sur la mer est impressionnante. Des vautours se posent sur les toits. Les vagues sont assez forte. Une jetée servait autrefois à un train à aller décharger les bateaux. C'est aujourd'hui une attraction touristique. Des surfeurs l'utilisent pour plonger au niveau des rouleaux et éviter la plage de sable noir. Des gens pêchent.

Elle sert de perchoir aux cormorans, pas farouches du tout.

Le temps s'éclaircissant, il fait un peu plus chaud et nous décidons de nous baigner. Une dame accepte de garder notre sac mais en fait elle part peu après en le laissant. L'eau parait froide mais est en fait bonne. Par contre, le ressac et le courant latéral sont tels qu'on ne s'éloigne pas du bord et qu'on joue dans les vagues sans vraiment nager. Des huitriers pie nous survolent à basse altitude. Je n'avais jamais réalisé que c'est un gros oiseau. Des panneaux indiquent les voies d'évacuation en cas de tsunami. Autrefois, les pêcheurs utilisaient des bateau en roseau, les caballitos de totora. Il y a encore des courses. Un bateau charge de gros bidons pour les apporter à de gros bateaux à l'arrêt au moins. Avec la houle, la manœuvre est compliquée.

Promenade sur la jetée bordée de palmers puis retour à Chiclayo. Petite banane cuite au fromage râpé et retour à l'hôtel. Comme il est tôt, j'en profite pour envoyer enfin les photos sur WhatsApp à nos amis d'Amazonie et à Brigitte (c'est beaucoup moins pratique quand on prend des photos avec un appareil classique, et en plus il faut que je les repère au milieu de la multitude... Un couple et leur petite fille arrivent vers 21H30. La petite crie et tape dans les murs sans arrêt jusqu'à 22H.

Petit-déjeuner au marché. Nous retournons chez la même vendeuse qui nous accueille ave un grand sourire. Cette fois, je goûte une boisson vert clair à la quinoa. Sandwichs à l'avocat ou à la banane rôtie. Elle nous dit "à demain" mais nous nous serons loin. Matinée tranquille à faire le blog jusqu'à 10H puis départ pour l'aéroport. Nous prenons d'abord un taxi collectif et une des clientes nous négocie le tarif jusqu'à l'aéroport. Le chauffer accepte après avoir mollement protesté. Je prend un café et confond dos (2) soles (monnaie péruvienne) avec doce (12) soles. ce n'est pas un drame mais du coup, le café est presque aussi cher que le trajet en taxi!!! J'aurais préféré que ce soit le chauffer qui en profite. Tous se passe très bien. Pas de vue sur la cordillère car nous sommes du côté droit de l'avion, avec vue sur l'océan. On nous donne seulement un chocolat et un verre d'eau. Frédéric fait du charme au steward pour avoir un deuxième chocolat et ça marche! A l'escale de 4H à Lima, nous sortons de l'aéroport pour déjeuner dans la rue. On trouve toujours en Amérique latine. Je complète le blog . J'apprends que le médecin qui devait me remplacer à l'hôpital a fait faut bon! Ma pauvre collègue...

A l'arrivée, nous marchons 20 min (avec nos sacs de 18 et 15 kg) pour prendre un collectivo plutôt qu'un taxi. Frédéric me charrie en disant qu'il faut compenser le prix de mon café. Quand nous descendons, une dame très gentille nous guide presque jusqu'à notre hôtel (là encore on marche bien 15 min) car elle habite pas loin. Nous sommes à 2 pas de la plazza des Armas (la célèbre place centrale d'Arequipa avec les arcades et la cathédrale). Elle est éclairée et j'ai le même coup de foudre qu'il y a 20 ans. L'hôtel (repéré sur booking) est dans une maison coloniale en lave blanche. Les murs sont rouge, bleu, orange et mauves et il y a une terrasse sur le toit avec des hamacs. Je suis ravie.

Après une bonne nuit, silencieuse (le bonheur!), nous réservons des excursions pour les deux prochains jours, complétons nos réservations de nuitées (on ne voulait en faire passer qu'une par Booking qui fait payer 17% aux hôteliers), puis nous partons visiter la ville. Nous avons finalement envie de rester quelques jours ici.

Arequipa est la deuxième ville du Pérou, située à 2335 m. La plazza des armas est classée au patrimoine mondial de l'Unesco.

Nous commençons par le couvent santa Catalina, célèbre pour ses cloîtres ocres et bleus et ses rues aux noms de villes espagnoles. Les deuxièmes filles de bonne famille y entraient à 12 ans, faisaient au maximum 4 ans de noviciat avant de prononcer leurs vœux (elle avaient intérêt à le faire si elles ne voulaient pas être rejetées de tous). Pendant leur noviciat, elles n'avaient pas le droit de voir qui que ce soit de l'extérieur. Elles sortaient de leur cellule deux fois par jour: pour la messe et pour marcher un peu dans le cloître. La joie!

Selon la richesse de leur famille, elles habitaient des espaces plus ou moins grands. Les filles d'un même famille étaient regroupées en maisons. Elles avaient leurs servantes. Celles qui ne pouvaient pas payer suffisamment en entrant compensaient en donnant des cours de musique. Toutes brodaient des vêtements sacerdotaux, fabriquaient des hosties ou des gâteaux. Dans leur chambre (le terme est plus approprié que cellule) elles avaient soit un tableau soit une statue pieuse. Celles de l'enfant jésus ressemblaient d'avantage aux poupées de porcelaine de nos grands-mères qu'à des statues. Elles devaient prier 7H par jour...Le couvent était doté d'un marché où les sœurs troquaient les cadeaux apportés par leur famille. Elles avaient un droit de parloir (sous la surveillance d'une mère supérieure) une fois par mois. Pou voir un médecin (obligatoirement âgé de plus de 40 ans (ce qui était vieux à l'époque), il fallait une autorisation de l'évêque.

Actuellement, il reste 15 sœurs au monastère, avec des règles plus modernes mais encore strictes. Les cloîtres sont fleuris: , géraniums, bougainvillées, lauriers roses, cantuta (fleur emblématique du Pérou rouge ou jaune, voire vert, jaune, rouge ce qui en fait le symbole du drapeau bolivien). Les galeries des cloîtres sont ornées de fresques. Dans l'un deux, les piliers sont surplombés de fresques représentant des fleurs et oiseaux d'Amazonie peintes par les nonnes (les indiens étaient évangélisés par les missionnaires). On peut aussi voir un lavoir fait à partir de jarres cassées en deux, et une fontaine. Dans l'église sot exposés des tableaux de l'école de Cusco. Ils ne sont pas signés car étaient copiés à partir de tableaux européens. On revoit sainte Marianne. La guide est très intéressante et ce lieu vraiment magique.

fresque au toucan - cantuta 

Au-dessus du couvent se dressent les silhouettes majestueuses des 3 volcans qui surplombent Arequipa: le noir et conique Misti (en activité, mais la dernière grosse éruption date de l'époque Inca vers 1 400 - 5825 m), le Chachani enneigé (6075 m) et le Pichu-Pichu qu'on devine à peine (5571 m). Malheureusement le ciel est blanc et la vue brumeuse. Les rues sont bordées de très belles maisons en pierre volcanique blanche avec des patios intérieurs. Les banques sont toujours très belles. Nous passons devant l'alliance française puis montons sur la terrasse d'un magasin de vêtements de luxe en alpaga qui offre une très belle vue sur le couvent et les volcans.

Nous repassons sur la place centrale et allons voir l'église de la Compania (celle des jésuites). Le portail est surchargé de sculptures, mêlant motifs chrétiens (anges) et divinités précolombiennes. Le plus beau est la sacristie, peinte de fleurs et d'oiseaux d'Amazonie très colorés. C'est splendide. Les 4 évangélistes complètent l'ornementation. Deux beaux cloîtres ceignent un côté de l'église.

Almuerzo traditionnel dans un petit restaurant où il n'y a que des locaux.

Petite pause à l'hôtel puis visite du marché. Il y a de nombreux fromages. Les boutiques de remèdes proposent des foetus de lama séchés. O trouve aussi des chapeaux, des instruments de musique, des tissus des friandises, des patates de toutes sortes... Dégustation d'un jus de fruit fraise/ guanabana (fruits frais mixés). Frédéric voulait de la noix de coco mais ce n'est pas l'endroit.

Recherche d'un distributeur ne prélevant pas des frais importants (très variable d'un banque péruvienne à l'autre). Nos cartes ne prélèvent pas de frais en France (banque en ligne et de type Revolut), c'est déjà ça. Traversée de la rivière Chili et visite de la Recoletta, couvent franciscain. Là encore il y a plusieurs cloître, toujours très esthétiques. Des salles sont consacrées à des expositions d'art précolombien, d'objets et animaux empaillés d'Amazonie, d'art religieux (pas franchement à notre goût), de monnaies, de timbres... Un vrai capharnaüm! Il y a aussi une incroyable bibliothèque de livres anciens traitant de tous les sujets avec des dictionnaires quechua/espagnol. Belle vue sur la ville du haut du clocher.

Retour par les rues de la vielle ville qui s'éclairent peu à peu avec la tombée de la nuit. Dîner sur la terrasse de l'hôtel avec des empanadas (chausson fourré à la viande, au fromage ou aux légumes), Tamales (semoule de maïs avec du poulet et des olives cuite dans une feuille épi de maïs), pâtisseries arrosée d'Arequipenia, la bière locale. Il y a de nombreuses pâtisseries d'inspiration française dans la ville.

le Misti - Santa Catalina - belle maison 

Coucher tôt car demain, départ à 6H00!

Nous faisons la tournée des hôtels des participants. A part trois jeunes Anglais, nos compagnons sont péruviens. Nous allons voir un point de vue sur le Chachani ("le danseur"), le Misti (éle senior") et le Pichu-Pichu ("plusieurs pics). Le ciel est encore un peu nuageux. Nous poursuivons par une piste poussiéreuse empruntée par d'énormes camions à remorque. Elle est souvent vertigineuse et une carcasse de voiture est encore dans le ravin.

Chachani - Misti - Frédéric n'aime pas la poussière

Nous arrivons en vue de la Salinas, immense lac salé à 4300m d'altitude environ. A la saison des pluies, il y a de l'eau et des flamants roses. Comme nous sommes à la saison sèche, la saline est à sec et donc blanche. Nous sacrifions à la mode actuelle, prendre des photos truquées impressionnantes. En fait on s'amuse bien!

Promenade sur le salar. Des troupeaux de lamas et d'alpagas paissent tout autour. Une noria de camions-benne apportent le sel à une petite usine d'où les gros camions redescendent sel, calcium et bore à Arequipa.

Il est possible de faire un mini tour en quad mais Frédéric préfère essayer la moto du guide. Elle n'a pas de freins et un embrayage en bout de course. Il se fait un hématome sur le tibia en la démarrant au quick.

La lumière change sur les montagnes alentours. Certaines sont très colorées. Un mini geyser fait sensation et de petites flaques permettent d'obtenir des reflets. Un flamand isolé et un autre échassier se nourrissent.

Déjeuner traditionnel: cuy (cochon d'Inde) rôti et côtes d'alpaga. Le premier est vraiment délicieux, les dernières un peu sèches (ça ressemble à de la chèvre). le tout accompagné de riz, maïs en épis, pommes de terre, frites, patates douces... On se régale et on finit les plats contrairement à ce qu'on pensait initialement. Nos voisins de table sont de Lima, il est architecte. De beaux chiens de berger jouent sous un hangar.

Puis nous allons à des sources thermales. L'agence nous avait dit qu'elles étaient froides et on n'a pas pris nos maillots de bain. En fait elles doivent être à 25° environ. mais le vent est très froid. Du coup on ne regrette rien. Sur le même site, un nouveau volcan est en train de se former depuis un tremblement de terre. Il ressemble plutôt à un geyser à plat entouré d'émissions ferrugineuses. Les gens du village qui exploitent ce site (entrée, WC payants, petites boutiques) vivent de l'élevage et du tourisme. Ils n'ont pas droit aux ressources de la saline alors qu'on en est tout proches.

Le lieu est une réserve et de nombreuses vigognes paissent en liberté. Comme les lamas et les alpagas, elles mangent une herbe dure que nous avons trouvée très piquante en nous asseyant au bord de la source pour y tremper nos jambes.

Sur le trajet du retour, j'en verrai plus que je n'en ai vu de ma vie. D'énormes coussins de mousse ressemblent à des cerveaux vert-fluo. En fait, ce sont des yareta, plantes à fleur.

Dernière étape au bord d'un petit lac de barrage. On y élève des truites et des flamants roses font la pose pique-nique pendant leur migration. Il est possible prendre un bateau ou de faire du kayak. Pour le kayak, il faut avoir moins de 60 ans! On passe de justesse! Comme Frédéric maîtrise, nous pouvons aller jusqu'aux flamants. Nous les admirons avant qu'il ne prennent leur envol. Magnifique! Nous pagayons avec énergie pour rejoindre le groupe à temps.

Nous rentrons en contournant le Pichu-Pichu. Le soleil se couche alors que nous sommes encore dans le minibus. Le Misti est auréolé de nuages roses et à l'ouest, les nuages sont bordés d'or.

volcan Pichu-Pichu et flamants roses 

Le lendemain, nouvelle excursion mais avec départ à 9H00. La grasse mat'! Nous allons à nouveau voir un point de vue sur le Misti et le Chachani (mais différent). Le rio chili est bordé de cultures, en terrasses sur les bords.

Puis contournons Arequipa par l'est puis le nord. Le décor change radicalement du centre ville. Frédéric me dit qu'on a été téléportés en Syrie: désert de sable où le vent souffle de mini-tornades, maisons minuscules en moellons non terminées.

Nous commençons par une gorge à sec dans une pierre rose saumon. Quelques pétroglyphes pré-incas sont gravés: lamas, condors, humains, crabes...

On ne s'attenait pas à trouver ça ici. Frédéric s'était mis en short et le regrette: les arénias/simulies/sand-flies nous ont retrouvé! On ne fait pourtant pas plus sec qu'ici (mais leur nom anglais parle de sable et pas d'eau). Il a de nouveaux les jambes couvertes de boutons rouges.

Nous continuons par des carrières de sillar, la fameuse pierre blanche des édifices d'Arequipa. Elle résulte de l'éruption très ancienne d'un immense volcan il y a plusieurs millions d'années (bien avant le Chachani et le Misti). Elle existe aussi en rose saumon mais est moins facile à travailler dans ce cas (seuls 2 édifices sont construits avec à Arequipa). Là aussi nous pouvons observer le ballet des camions.

Sur un ancien site, des sculpteurs rivalisent de talent. Crèches, animaux, indigènes... Des écoliers visitent le site.

Retour à Arequipa. Nous allons au marché pour faire recoudre 2 pantalons (qui ont souffert pendant l'ascension de l'Illiniza) et un sac en sac qui a vécu. Nous retournons boire un jus de fruit chez la même vendeuse qui nous reconnaît et nous accueille avec un grand sourire. J'essaye un multi-fruits à la bière. pas mal... Ceviche et papas rellena (fourrée) au comptoir.

Sur la plazza des Armas, visite d'une maison ancienne devenue le siège d'une banque.

Passage du pont sur le rio pour aller voir un point de vue sur la ville et les volcans. Nous longeons un parc puis passons part des rues anciennes. Le mirador est très agréable, calme et arboré avec une jolie église blanche et des arches. De nombreuses familles et étudiants y viennent. Queso hellado (fromage glacé littéralement mais en fait glace au lait saupoudrée de cannelle) au pisco, assis sur un banc près d'une fontaine. Moment de repos très agréable.

Ce soir c'est match de foot à 17H30 Pérou contre Paraguay (éliminatoires pour la coupe du monde de 2026). Beaucoup de gens portent le maillot blanc barré de rouge de l'équipe de foot du Pérou. Un immense drapeau péruvien recouvre une des maisons de la rue de Santa Catalina. Frédéric regarde le début du match pendant que je veux monter voir le coucher du soleil du haut de la cathédrale, mais elle est fermée. Je vais au couvent San Francisco, un guide signalant qu'il y a une belle vue de la tour. C'est une visite guidée des différentes salles (intéressante). Un ténor mexicain célèbre a fait une dépression après la mort de sa mère puis est rentré dans les ordres. Il a continué donner des concerts en reversant les bénéfice au monastère. Le cloître est orné de statues modernes d'animaux symboliques. On monte sur la terrasse un peu tardivement et on n'accède pas à la tour. Je n'aurai donc pas mon coucher de soleil.

Dîner dans une piquanteria (restaurant typique d'Arequipa) avec des rocotos rellenos (petits poivrons rouges assez sucrés farcis) délicieux accompagnés de chicharron (travers de porc) et une chicha morada légèrement fermentée: elle a été faite avec des pommes de terre blanches, très dures (on dirait des galets) que nous avions vu au marché. Il n'y a personne avant la fin du match. Le Pérou a rapidement joué à 10 contre 11 mais a fait match nul: 0/0. A priori c'est un bon résultat car la cote des parieurs n'était vraiment pas en leur faveur. En revenant, nous assistons dans la un à un concert de musique ancienne espagnole en regardant des danseurs. A la foin, les femmes se cachent derrière le chapeau de l'homme, mimant un baiser. Un court feu d'artifice est tiré de la coupole de l'église du couvent Santa Catalina. C'est vraiment agréable de se promener dans cette ville, à toute heure. Des femmes en costume traditionnel se font photographier avec des bébés alpagas (vraiment craquants) dans la journée. A cette heure, elles leur donnent le biberon!

Coucher tôt car demain nous partons pour un trek de 2 jours dans le canyon de Colca. Nous y étions allés avec les enfants il y a 20 ans mais en excursion standard. C'était notre premier RDV avec l'altitude: un col à près de 5000 m passé sans encombres et des danses avec les villageois nous hébergeant à 3000 m qui m'avaient bien essoufflée!

Départ de l'hôtel à 3H00 du matin. Ça pique!

Habituelle tournée des hôtels pour récupérer les participants. Cette fois, nous ne sommes que des occidentaux. Peut-être que les Péruviens, comme les Equatoriens, ne comprennent pas notre plaisir à marcher sans nécessité.

Nous roulons dans la nuit. Il fait froid. Le jour puis le soleil se lèvent. Des troupeaux d'alpagas dorment dans leur enclos de pierre sèche. Arrêt petit déjeuner. Puis continuation jusqu'à un point de vue sur des cultures en terrasses datant de l'époque Inca. Elles sont toujours entretenues et utilisées. C'est très beau.

Deuxième arrêt à la Cruz del condor. Il y a 20 ans, nous avions attendu 2H pour en voir très peu. Cette fois, ils sont au RDV et nous ne nous lassons pas d'admirer leur vol circulaire, leurs grande envergure et leurs ailes noires et blanches. L'un d'eux passe juste au dessus de nous, nous permettant d'admirer sa collerette de duvet blanc. Quelle chance!

Syncrétisme à différents endroits avec des croix portant des christ habillés comme des divinités étranges. Des cactus de trois types poussent sur la montagne: cactus cierges Sancayo, figuiers de barbarie (Tuna) et une autre sorte. Le fruit du sancayo ressemble à un kiwi, en beaucoup plus acide. Il paraît que ça fait un jus de fruit délicieux.

Continuation jusqu'au point de départ de notre randonnée. Nous allons descendre dans le canyon. 1000 m de dénivelé négatif. Tout le monde se crème (nous sommes à un peu plus de 3000 m et le soleil tape). Nous serons avec un couple d'allemands de Munich, un italien vivant à Oxford et une polonaise qui semble plus âgée que nous (alors que les autres sont nettement plus jeunes). Notre guide, un Quechua de la région de Puno, nous parle d'emblée en anglais. Le chemin est bien marqué mais il faut faire très attention, à ne pas déraper. Arrêt obligatoire pour regarder le paysage. Entre les cactus et les aloès, les premiers plans sont tout trouvés. Des orgues basaltiques impressionnantes ponctuent le versant. De l'autre côté, les terrasses s'étagent et des villages sont accrochés à mi- pente. Le canyon de Colca est l'un des plus profonds du monde: 4000 m si l'on part des sommets environnants.

Un peu plus bas, la falaise rivalise de tons ocres du jaune au rouge en passant par le rose. Le contraste avec les orgues noires et la rivière vert foncé est splendide. Nous traversons la rivière sur un pont de planches qui balance. Petite pause à l'ombre bien méritée. Les parois du canyon renvoient la chaleur (la descente s'est faite en plein soleil) et il fait une chaleur de four. Heureusement que nous avions nos bâtons pour soulager les genoux.

Sur l'autre rive, nous marchons au milieux des avocatiers, figuiers, citronniers, champs de maïs... Fleurs en pagaille: géraniums, bougainvillées, canas...Les gens d'ici vivent en premier lieu de l'agriculture, puis du tourisme puis de l'exploitation de mines d'or de l'autre côté de la montagne. Déjeuner dans un petit village. Soupe, guacamole, lomo saltado (ragoût de porc sauté accompagné de légumes et d'avocat). Grosse envie de coca - cola. C'est rare. On a dû dépenser de l'énergie! Petit temps de repos. Je mélange affreusement l'espagnol et l'anglais et ai du mal à m'exprimer. L'Italien parle couramment anglais et espagnol, les allemands ne parlent qu'anglais (elle, à peine). Notre compagne polonaise a une insolation et le mal de l'altitude. Elle reste sur place et nous rejoindra demain en taxi. Celui-ci devra faire un énorme détour car il n'y a que des ponts piétons à cet endroit du canyon et il en coûte 100 euros à Dorota! A la sortie du village se trouve un terrain de foot synthétique flambant neuf. Les enfants du village doivent marcher des heures pour aller au collège. Beaucoup rejoignent les villes voisines.

Nous poursuivons par un chemin qui monte et qui descend le long du rio, traverse une petite gorge. La vue sur le versant abrupte du canyon est toujours aussi impressionnante et colorée. Des palmiers poussent au fond de la gorge. Des cochenilles prospèrent sur les figuiers de barbarie. Ecrasées, elles donnent un colorant rouge rosé qui sert entre autres... pour nos rouges à lèvres.

fruits du sancayo - cochenilles 

A la fin du jour, nous retraversons la rivière. Deux cascades ourdent de la falaise. Résurgences? Elles créent un îlot vertical de verdure. La gorge est très belle à cet endroit avec de gros blocs de rochers gris.

L'hôtel se trouve dans une incroyable oasis de verdure avec daturas, palmiers, néfliers, fleurs... Autrefois, cette presque île située dans un élargissement du canyon était un verger à 2100 m d'altitude. Aujourd'hui, il s'est construit un petit village pour accueillir les touristes. Est-il parfois submergé quand le Colca est en crue? L'hôtel est sommaire mais... a une jolie piscine alimentée par une source naturelle tiède! Nous nous baignons avec délices. Le propriétaire vide complètement la piscine la nuit. L'eau coule à flots de partout, venant des montagnes.

En attendant le dîner, nous admirons les étoiles qui s'allument les unes après les autres. Nous utilisons stellarium pour essayer d'en reconnaître quelques unes. Saturne et Mars se voient bien (je sas, ce sont des planètes). Le scorpion, ma constellation préférée car pour une fois on comprend pourquoi elle s'appelle comme ça et qu'elle est synonyme de vacances brille très tôt. Nous profitons à fons de ce magnifique ciel étoilé en bavardant avec nos compagnons et partageant une bière. La température est douce. Les parois du canyon doivent refléter la chaleur de la journée et il n'y a pas de vent. Seul le dîner n'est franchement pas à la hauteur, soupe correcte suivie de spaghetti à la sauce tomate claire et sucrée... On nous avait habitués à beaucoup mieux! Infusion de cedron pour bien dormir et au lit à 20H15 car demain, lever à 4H30!Nous n'avons pas besoin de demander la raison de ce départ de nuit: il est évident qu'il faut remonter les 1000 m de dénivelé avant que le soleil ne baigne la paroi! L'agence ne nous avait pas dit de prendre nos lampes frontales, c'est bête. Mais le croissant de lune éclaire quand même le chemin et trois d'entre nous (sur six) ont leur lampe. Mars, Jupiter et Vénus (par ordre de luminosité croissante) nous accompagnent. Orion a la tête en bas. Normal! nous sommes dans l'hémisphère sud. Nous montons à notre rythme mais sans trop peiner. Nous trouvons de l'énergie dans des abricots secs, noix du Brésil et oritos (petites bananes) achetées au marché en prévision. Nous avons encore l'entrainement de l'Equateur et sommes 2000m plus bas qu'à l'Illiniza.

en dernier, l'oasis où nous avons dormi 

Des mules portent ceux qui renoncent. Le ciel se pare de rose puis la lumière blanchit complètement avant que le soleil n'éclaire les sommets les uns après les autres. J'en profite un maximum! Le soleil nous rattrape peu avant l'arrivée.

Nous rejoignons le village de Cabanaconde. Le bord des terrasses est entretenu en brûlant les herbes qui y poussent. Nous reprenons la route de l'aller, passons par notre point de départ et à la Cruz del condor sans nous arrêter. Juste après, 3 condors sont en vol circulaire juste -dessus de la route.

Nous demandons au guide de nous arrêter mais il refuse. Grrr...Arrêt à des sources thermales. Beaucoup de gens du coin en profitent. Le bassin tiède est à 36-38°, les autres plus chauds (40°?). Il y a en aussi un d'eau froide, venant du torrent et un brûlant. Je n'arrive à y entrer qu'après être allée dans l'eau froide. La température de l'eau est régulée par des pierres qui bloquent plus ou moins les rigoles en provenance de la source qui est, elle, à 73°! Les sand-flies interdisent l'accès au torrent. Nous passons un moment de détente très agréable, en bavardant soir avec les locaux, soit avec les autres touristes. Déjeuner dans la "capitale" du canyon de Colca, Chivay. Jolie église blanche.

Buffet à volonté avec toutes sortes de spécialités dont alpaga, rocoto relleno, ceviche.... Il y a même des desserts pour une fois (fruits, beignets, gelée de fruit dela passion, jelly à l'anglaise, gateau au chocolat...Nous avons suffisamment faim pour bien en profiter!

Route de retour vers Arequipa. Arrêt à un col à 4900mavec vue sur de nombreux volcans: le Chachani, le Misti, l'Ampato (crapaud en Quechua - 6318 m) et son voisin le Sabancaya (5975 m) actif depuis un tremblement de terre en 2013. Il crache régulièrement des gaz, créant un panache de fumée s'étalant ensuite dans le ciel. Ce matin je m'étais étonnée de voir ce nuage gris horizontal dans un ciel sans nuage. En 1995, son éruption avait provoqué la fonte d'une partie du glacier de l'Ambato. Il se produit environ 4 tremblements de terre par jour dans la région.

Sabancaya, Ampato, Chachani 

Les troupeaux d'alpagas sont nombreux et les bergers à moto, accompagnés de leur chien. Nous entrons dans la réserve de salinas et les vigognes côtoient les alpagas, sans se mélanger, principalement aux point d'eau.

vigognes, alpagas, lama et alpaga 

De nombreux cours d'eau coulent un peu partout. Je ne sais pas d'où ils viennent car peu de sommets sont enneigés. Une lagune quasiment à sec dévoile un sol rouge brique; les vigognes viennent boire dans les flaques restantes. Nous n'en avions pas vu en 2004. Je crois qu'elles étaient en voie de disparition. De gros camions bennes fermés par un couvercle sortent de bâtiments ceints de barbelés. Nous pensons qu'ils transportent le minerai des mines d'or. Nous contournons les faces nord-est du Chachani, tout en ayant la vue sur celles du Misti et Pichu-Pichu. C'est magnifique. De l'autre côté de la route, les cultures le long du Chili créent une espace vert vif au milieu des collines arides. Inévitables embouteillages à l'arrivée à Arequipa.

Je me fais un petit plaisir en allant boire un pisco sour (alcool de raisin péruvien avec du jus de citron et du blanc d'oeuf battu) dans le cloître éclairé de l'église de la Compania. Dernier dîner léger sur la terrasse de l'hôtel en profitant des hamacs.

Départ pour Puno avec l'idée de passer dés aujourd'hui en Bolivie. Le bus met plus d'une heure pour quitter la zone urbaine d'Arequipa, après être parti avec 30 min de retard à cause de retardataires (beaucoup de passagers montent puis redescendent pour s'acheter à boire et à manger). Quand on croit pouvoir enfin rouler, on se retrouve derrière des files de camions citernes de fuel. Quand le chauffeur parvient à en doubler un, il se retrouve rapidement derrière un autre. Il est très prudent et on ne va pas l'en blâmer vu le nombre de croix qui jalonnent la route, signalant des accidents mortels. Ces croix sont très régulièrement fleuries par les proches. Moi qui croyait qu'un dimanche ça roulerait! Réaction de Française... Nous roulons au pas, ce qui le laisse largement le temps d'admirer le paysage vu hier soir, avec la lumière du matin. Malheureusement, des déchets plastiques en tous genres jonchent les bas-côtés et sont emportés par le vent. Enfin nous bifurquons sur la route de Puno et laissons les camions. Nous avons mis 3H pour faire soixante kilomètres. C'est probablement raté pour aller plus loin que Puno. Il fait très chaud dans le bus. Nous sommes à l'étage, au deuxième rang, ce qui est très bien pour la vue mais le soleil tape par les vitres. Je m'endors un moment et me réveille juste à temps pour voir le bus descendre vers un grand lac bleu saphir. De très nombreux flamants roses et des mouettes andines profitent des lieux. Il y a toujours de nombreux troupeaux de lamas et d'alpagas mais les vigognes ont disparu dés qu'on a quitté la réserve. Nous quittons les grands volcans pour un paysage de colline sur lesquelles poussent une herbe jaune. les torrents ne sont plus à sec. Quelques cigognes et ibis noirs accompagnent les flamands présents à chaque lac. Le bus ne fait aucune pause. Heureusement, une femme monte et nous propose des chicharrones (je n'arrive pas à définir ce que recouvre ce mot) d'alpaga et de porc (probablement du cochon noir, très goûteux) avec du choclo, des pommes de terre et des pommes de terre noires. C'est délicieux mais il faut manger avec les doigts et éviter de s'en mettre partout. Après une petite ville, la vallée s'élargit, les moutons et les vaches remplacent les lamas et les alpagas. On voit des champs cultivés à perte de vue. Arrivée à Juliaca, ville aux immeubles de brique, aussi laide que dans mon souvenir. Elle se dit "capitale de l'intégration andine". Je me demande ce que recouvrent ces mots... Le marché bas son plein entre les 4 voies de la grande avenue. Cela nous distrait. Peu après, nous arrivons à Puno. Cette fois, la ville est capitale du folklore péruvien. Finalement, nous avons mis 7H00 pour faire 300 km. Il est trop tard pour prendre un bus pour Copacabana (en Bolivie, sur les bords du lac Titicaca, pas au Brésil!). Nous achetons nos billets pour demain 7H00.

Nous prenons le premier hôtel près de la gare routière et allons nous promener sur les bords du lac. Des équipes mixtes jouent au volley sur la berge. les femmes sont en tenue traditionnelle avec leurs jupes superposées et leurs bas de laine. Leurs nattes sont épaissies à mi-hauteur par de la laine noire et se terminent en gros pompons. Frédéric se joint à une équipe. On passe un très bon moment.

Le soleil se couche et le lac passe du bleu foncé à l'argent puis au bleu turquoise.

match de volley avec nos nouveaux amis 

Dîner sur le marché qui, malgré la nuit, bat son plein dans plusieurs rues de la ville. Soupe au mouton pour moi avec des pommes de terre noires et du riz. Si j'ai bien compris, ces pommes de terre noires sont les fameuses patates blanches, dures comme des pierres, vues au marché d'Arequipa, une fois qu'elles ont été cuites à l'eau. Pour être franche, j'aime bien mais en petite quantité! Une famille avec deux jeunes enfants dînent à la même table (succédant à deux hommes qui nous ont parlé foot, évoquant la coupe du monde de 2018 où la France avait battu le Pérou). La petite est craquante Frédéric lui donne des oritos qui lui font plaisir.

4


Nous sommes le 23 septembre et nous sommes entrés en Bolivie le 11. Je n'ai pas eu le temps de m'occuper du blog! C'est pas des vacances!

Lundi 11 septembre.

Nous prenons le bus à 7H00 pour Copacabana en Bolivie, au bord du lac Titicaca. Petit-déjeuner d'avocats et de bananes. Trajet sans grand intérêt dés qu'on s'éloigne du lac. L'élevage de truites est une activité florissante. On aperçoit au loin un sommet enneigé, probablement l'Illampu (nous avions fait notre première excursion à 5058 m avec les enfants sur ses flancs).

Passage de la frontière sans problème pour nous mais longuet pour une américaine et de façon moindre pour un autre américain.

Juste avant la frontière, nous avions changé nos soles au taux officiel, sans commission. De l'autre côté, il est beaucoup plus intéressant, et le sera encore plus une fois arrivés à Copacabana. Nous aurions dû retirer des dollars au distributeur (c'était possible à Arequipa) et les changer ici dans la rue pour des Bolivianos.

Nous allons à un hôtel recommandé dans le Lonely. Il est un peu éloigné du centre et nous mettons du temps à le trouver, avec nos gros sacs sur le dos sous un fort soleil. Nous y retrouvons des Français du bus: des parents qui ont rejoint pour les vacances leur fille de 25 ans partie en voyage pour 6 mois; Frédéric convient avec eux de dîner ensemble afin qu'elle nous donne des tuyaux sur la Colombie.

Nous déjeunons dans une cevicheria puis louons une moto sur le port. C'est une 125 avec peu de frein, un démarreur au kick, un embrayage capricieux et un ralenti fatigué. Nous allons à un petit village au bout de la presqu'île. Frédéric s'habitue à la conduite de l'engin, sur piste et avec des dénivelés marqués! Le paysage est superbe: bleu du lac, cultures en terrasses, bois d'eucalyptus. Importés d'Australie vers les années 1600 comme bois de construction (il pousse vite et bien droit), ils s'adaptent bien au climat.

Nous arrivons au village. C'est la fête du saint patron, saint Nicolas, et les femmes dansent au son des trompettes et de la grosse caisse tout en rejoignant l'auberge du village.

Impossible de trouver une épicerie ouverte pour boire un coup. Nous repartons. Nous nous arrêtons à la grotte de la vierge de Lourdes. Les gens y déposent des sacs en toile de plastic, y vident des bouteilles de bière, y déposent des fleurs... Il n'y a que quelques vendeuses et des gens qui fouillent dans les offrandes quand nous y passons.

Dernier arrêt sur des îles flottantes en roseau artificielles. Il n'y a plus d'Uros vivant sur des îles comme au Pérou. Ils en ont recréé pour les touristes... Les flotteurs sont faits de filets contenant des bouteilles en plastique vide, le tout recouvert de roseaux. La sensation d'être bercé, le temps de boire une bière, est agréable. Point de vue sur la baie du haut d'un rocher.

drapeau bolivien et drapeau aymara 

Nous rendons la moto sans encombre et je monte au calvaire qui offre la plus belle vue sur le lac et Copacabana. la montée est rude et on est à 4000 m. En plus j'ai voulu prendre un raccourci mais me suis retrouvée sur une partie très ride jonchée de bouteille cassée et de détritus (le reste des offrandes). J'ai dû viser des pierres stables pour ne pas risquer de poser la main sur des tessons. Mais le coucher de soleil mérite l'effort! Le ciel s'embrase après la disparition du soleil.

La descente (sur le bon chemin) avec la lumière du crépuscule éclairant la ville est tout aussi belle.

Dîner avec nos nouveaux amis dans un bon restaurant: filet de lama avec une sauce à la mure, filet de truite avec une sauce genre sauce hollandaise. L'ambiance est très sympathique.

Le lendemain, nous embarquons pour l'île du soleil. J'ai beaucoup hésité à y passer la nuit mais j'ai eu peur que ce soit devenu trop touristique. La traversée est belle même si la cordillère est dans les nuages. On voit de nombreuses mouettes des Andes (semblables à nos mouettes rieuses mais plus grosses) et des oiseaux noirs à bec jaune avec un point rouge.

Le bateau nous dépose au nord. Des plages de sables blanc bordent des eaux aux allures de lagons où mouettes et cochons se partagent des détritus.

Un indien Aymara nous raconte l'histoire de l'île et nous montre le fameux rocher du puma, à l'origine du nom du lac. On peut y voit les endroits d'où le grand Dieu Viracocha à fait sortir le soleil et la lune et le visage et les deux bras de Viracocha lui-même. Puis nous visitons temple Tihuanaco (civilisation initiale) puis Inca. Une source y coule, qui purifie et guérit de tout. Nous faisons une simili-cérémonie puis remplissons nos gourdes. Elle est bien fraîche et a un goût de pierre comme la Volvic. C'est agréable (l'eau de Puno, filtrée, n'est pas très bonne au goût).

Nous continuons ensuite, "seuls" (il y a du monde, nous avons retrouvé les deux américains du bus + un couple de Français et un couples d'Allemands de ce même bus). Le chemin suit la ligne de crête pour rejoindre le sud de l'île. C'est magnifique. Il y a quelques années, les villageois du sud et du nord se sont fâchés et les 2/3 nord étaient interdits aux touristes. Il semble qu'ils se soient réparti la manne... Pique-nique de saltenias (chaussons au poulet et aux légumes avec des herbes aromatiques) et café dans une boutique perdue au milieu de nulle part.

On marche quelques temps avec le couple de Français. Elle est étudiante en médecine et va faire son internat à Lyon! Des gens fabriquent des briques d'adobe. Nous passons devant un superbe hôtel avec des bungalows ronds au toit de chaume très fleuri.

Je ne fais pas attention à l'heure et surtout, confond deux noms Aymaras. Résultat, nus continuons vers l'extrême sud de l'île au lieu de bifurquer vers le port où nous devons reprendre le bateau. Résultat, un villageois accepte de nous faire contourner le sud de l'île pour attraper le dernier bateau pour retourner à Copacabana. Il nous demande 100 bolivianos alors que l'aller-retour pour la ville coûte 70 bolivianos (10 euros), mais on n'a pas le choix. On arrive juste à temps! Des Boliviens et des Colombiens mettent de l'ambiance et demandent à chacun de chanter. Pris au dépourvu, nous chantons "feu de bois, feu qui chante", mais ça passe bien. Ils partagent des biscuits dont Frédéric note soigneusement la marque.

Dîner dans un café sur le port, en terrasse. Coucher de soleil à nouveau magnifique. Nous discutons avec un jeune allemand. Nous y croisons Dorota (rencontrée au canyon de Colca).

Gros coup de mou en ce qui me concerne au réveil le lendemain. Je traine un gros rhume depuis ma montée au calvaire et ce matin s'y rajoutent des maux de ventre. Pas la forme. Heureusement, Frédéric n'a rien. Nous allons voir la cathédrale. Les portes sont décorées de bas-reliefs en bois mixant catholicisme et culture Aymara. A l'extérieur, on vend tout ce qu'il faut pour les offrandes. Copacabana est réputée pour sa bénédiction des voitures.

Nous trainons dans les rues, beaucoup plus animées en fin de matinée que tôt le matin (avant 9H00) ou le soir. A priori, je n'ai pas compris pour les pommes de terre séchées noires ou blanches. Ce n'est pas la même chose et elles se préparent différemment. Explications de mon parrain qui a vécu au Pérou et dont la femme est péruvienne:

- les pommes de terre "blanches très dures" sont de la moraya, pommes de terre déshydratées par l'alternance gel nocturne-soleil diurne en saison sèche en altitude, puis lavées à l'eau courante (dans un ruisseau d'altitude) pour en retirer les composés azotés pouvant donner mauvais goût. C'est donc pratiquement de l'amidon pur. Quant à celles noires à Puno, ce ne sont pas de la moraya une fois cuite, c'est du chuño = seulement déshydraté par l'alternance gel-soleil, sans passage à l'eau courante.

- les chicharrones sont des morceaux de viande longuement frits dans l'huile, traditionnellement dans des bassines en cuivre.

Frédéric m'offre un très joli pull en alpaca, blanc à motifs noirs. Nous prenons le bus pour la Paz. Le paysage est splendide. Nous passons par un isthme su le lac. La côte est superbe à droite et à gauche on voit les montagnes enneigées de la cordillera reale .

Pour passer un bras d'eau, nous descendons du bus. Celui-ci passe sur une barge et nous en navette. On retrouve "notre" couple allemand et les deux américains.

Avant un péage, le conducteur du bus nous demande d'attendre le prochain bus car il a un problème mécanique. Heureusement, les bus se suivent de près et ne sont pas pleins. L'arrivée à El Alto, au-dessus de la Paz est éprouvante: véhicules à touche-touche, gaz d'échappement à 4000 m... On n'avance pas. Cette fois on prend un taxi pour aller de la gare routière à l'hôtel réservé le matin car j'ai vraiment trop mal au ventre. Régime coca-cola en ce qui me concerne. Frédéric va faire un tour et grignoter dans la rue tout seul. Le lendemain, ça va mieux même si ce n'est pas encore la grande forme. A La Paz (3640 m d'altitude), les télécabines remplacent le métro. Il y a plusieurs lignes, de différentes couleurs. Les embarcadères sont modernes et de couleur assortie.

Ce sont les Suisses qui les ont construits. C'est très pratique et la vue sur la ville est imprenable. Nous remontons à El Alto pour le marché bi-hebdomadaire. On y vend de tout (y compris des moteurs) mais pas d'alimentaire (sauf les étals pour manger). Je goûte une boissons à la cacahuète tout en me disant que ce n'est pas raisonnable de boire de l'eau dont je ne connais pas l'origine... Frédéric s'achète un T-shirt car il a un peu trop limité ses bagages. A un moment, quelqu'un lui dit qu'il a perdu un billet de 10 bolivianos. Il s'aperçoit alors que la pochette supérieure de son sac à dos (qu'il tient devant pour plus de sécurité est ouverte) mais son téléphone est toujours là... Il a gagné 10 bolivianos dans l'affaire! En redescendant par une autre ligne, nous passons au-dessus de maisons bleu et vert d'eau. Ce quartier a été crée par un architecte, Freddy Mamani. Les autres maisons sont en briques. Certaines sont juste au bord de zones ravinées Ce n'est pas rassurant du tout. On se dit qu'elle peuvent s'écrouler à chaque grosse pluie. Nous passons ensuite au-dessus d'un immense cimetière. Il n'y a pas de pierres tombales comme chez nous mais des bâtiments avec plein de petites niches. Des fresques ornent les murs pleins, douces ou effrayantes.

Nous passons par le marché des sorcières où l'on peut acheter toutes sortes de remèdes et des offrandes à la Pachamama. On y trouve l'agua florida, efficace contre le mal d'altitude, les maux de tête ou de dos, dont nous avait parlé le guide au canyon de Colca. On l'utilise en massages ou on en boit quelques gouttes. Si on boit la petite bouteille, ça a un effet abortif.

Visite de l'église San Francisco. Le portail est sculpté, les autels surchargés de dorures, statues très expressives (Christ sanguinolent) vêtues de beaux habits. C'est la messe (un jeudi vers midi). A la sortie, des gens présentent des crucifix plus ou moins imposants et ornés et font sauter des pétards. Un groupe de policier s'assure que tout se passe bien.

Nous voulons aller voir le musée ethnographique mais il est fermé à l'heure du déjeuner. Nous allons sur la place Murillo, entourée de la cathédrale et du palais présidentiel. L'attraction majeure consiste à donner des grains de maïs aux pigeons, comme dans touts les capitales du monde (ou presque). Des écoliers s'arrêtent pour ce faire. Les gens bavardent, boivent, mangent des glaces ou des gelées ornées de crème. Par contre, on ne trouve pas de café pour s'asseoir et boire une bière.

Nous discutons avec un jeune homme qui rêve d'aller en Espagne et en chine...parce que c'est important pour le commerce. Il croit qu'en Europe, tout le monde a l'Anglais comme langue nationale (comme l'espagnol en Amérique du Sud). L'horloge du palais du gouvernement est inversée: le 3 à gauche et le 9 à droite.

Frédéric m'offre un bracelet en filigranes d'argent. Retour à l'hôtel qui a une terrasse avec vue. Je profite enfin du bar à bière (hier, c'était coca ou rien). Puis je retourne au musée, très intéressant. Une salle sur les tissus, une sur les habits, une sur les poteries, une sur les métaux, une sur les masques de danses, une sur les instruments de musique, une sur la monnaie et une sur des photographies anciennes.

Nous allons dans la rue Sagarnaga où se trouvent les boutiques d'artisanat. C'est la fête des couleurs! Nous cherchons de nouveaux sets de table (j'en avais acheté il y a a 20 ans à l'Isla del sol et m'en sers très souvent)e . Une première vendeuse refuse le prix que nous en voulons, mais une deuxième accepte tout en étant beaucoup plus souriante. Nous lui achetons aussi des housses de coussins et une pochette molletonnée pour l'ordinateur, couleur de coucher de soleil. Il va falloir faire rentrer tout ça dans les sacs à dos! .

Nous dînons dans une steak house avec un énorme steak saignant et un hamburger... avec de la pieuvre grillée en plus des ingrédients classiques.

Départ en collectivo puis taxi pour la vallée de la lune (une passagère nous indique gentiment où descendre). j'y étais allées avec les enfants quand Frédéric avait fait la route de la mort en vélo. Sur le chemin, nous longeons des falaises rouges et roses. Cette vallée est le fruit de l'érosion du sol volcanique, dans les tons blancs, avec des cactus. Les immeubles de brique se sont rapprochés mais c'est toujours aussi beau.

Au retour, nous prenons un collectivo dés le départ et entendons qu'il va à Miraflores, un quartier chic de la Paz. Nous décidons d'y aller. Nous pensons rejoindre notre quartier par un parc, mais celui-ci, tout en longueur, n'a d'entrée/sortie qu'à une extrémité. Est-ce un moyen de sélectionner l'origine des enfants qui viennent y jouer? L'entrée est d'ailleurs payante. Nous marchons un peu puis prenons un nouveau téléphérique qui nous ramène au centre. C'est vraiment très pratique. Il y a 10 lignes, de couleurs différentes avec des stations assorties. On peut faire des changements, comme dans le métro. Pas d'embouteillage et une vue imprenable. Cette fois, nous passons au-dessus d'immeubles modernes et colorés. Ça a beaucoup d'allure.

Nous allons déjeuner à la cocina boliviana, restaurant recommandé sur un blog et ouvert seulement le midi. Il y a foule et nous réservons pour le service de 14H. En attendant, nous allons tirer de l'argent. Frédéric a trouvé sur internet la liste des banques qui ne prélèvent pas de frais. Les distributeurs proposent des options auxquelles on ne comprend rien! On choisit au hasard et certaines ne fonctionnent pas avec nos cartes. Puis nous allons boire une bière. Il y a ici une bière au miel (la Huari) qui sent vraiment le miel et qui est issue d'une très ancienne tradition. Le déjeuner est incroyable: plats originaux, présentation superbe, explications des serveurs... Comme d'habitude, nous partageons pour goûter à tout. Quelle chance que Frédéric soit tombé sur ce blog. Le seul défaut est le bruit ambiant car le menu complet coûte... 10 euros par personne. Je ne sais pas où le chef a appris la cuisine.

Nous repassons à l'hôtel. Frédéric fait un petit coucou à ses amis du poker qui commencent leur soirée mensuelle.

Je repars prendre deux téléphériques pour aller à un Mirador sur un autre côté de la ville. la vue avec la lumière de fin d'après-midi est magnifique. Un monsieur est ravi de bavarder avec moi et de me conseiller les choses à voir en Bolivie.

Quand je redescend, Frédéric m'a réservé un massage aux pierres chaudes. Une heure de pur bien-être!

On achète, après maintes hésitations, un sac de voyage en tissu bleu-vert repéré la veille. Il est "trop" beau (comme disent les jeunes). Mais il prend de la place!

On ne peut pas ne pas craquer devant ces couleurs! 

Pisco sour dans un restaurant joliment décoré de photos de marché et de fresques qui reprennent certaines scènes desdites photographies. Un visage de vieille femme, en particulier, est saisissant. Frédéric voit un livre en entrant sur lequel est écrit "vian express"). Il pense aussitôt à sa soeur dont l'hôtel s'appelle Evian Express (en fait l'intitulé complet était "Bolivian express").

Demain est la première journée un peu aléatoire. Nous devons nous rendre à Sajama, parc national à l'ouest du pays, à la frontière avec l'extrême nord du Chili.

Nous en avons entendu parler sur un blog et je croise les informations pour y aller. Nous devons prendre un bus en direction d'une grosse ville (Oruro) en demandant à descendre en cours de route pour une petite ville. Marcher une vingtaine de minutes pour rejoindre l'artère principale et prendre un minibus. Il y a un seul départ par jour, entre 10H et 13H (certains disent entre midi et 13H) et il part quand il est plein. Le trajet en bus dure entre 2H30 et 3H30 selon les embouteillages de La Paz. Il n'y aurait de minibus qu'un samedi sur deux et bien sûr... nous y allons un samedi!

On décide de partir à 7H00 de l'hôtel. La journée commence mal: Frédéric a été malade toute la nuit. Je lui propose de rester se reposer à La Paz mais il refuse. On arrive rapidement à la gare routière (difficile d'entrer dans un collectivo avec nos gros sacs...qui ont encore grossi avec nos récentes emplettes)! A partir de là, tout s'enchaîne au mieux. Arrivée à 7H15, au terminal, bus pour Oruro à 7H30. Nous précisons bien que nous voulons descendre à Patacamaya. Pas de souci a priori. Traversée de El Alto, passage devant l'aéroport. De nombreux pendus en chiffon, grandeur nature, sont accrochés aux poteaux électriques. Ce serait une vendetta: message de vengeance future pour une action commise à cet endroit. En tout cas, ça fait une drôle d'impression! Dans un quartier, ils font cuire le week-end des chanchos a la cruz: porcs coupés en deux, cuits au-dessus d'un feu, en pyramide, entourés de tôles; ça doit être bon!

Nous somnolons. Tout à coup l'aduyante crie "seniores pour Patacamaya! Nous ne sommes partis que depuis 2H15. Il faut un peu de temps pour reprendre nos petits sacs car nous passons une jambe dans les bretelles pour éviter les vols et descendre car nous sommes à l'étage et à l'arrière du bus. De plus nous devons récupérer nos gros sacs en soute. L'ayudante n'est pas content et nous fait comprendre que quand on descend en dehors des arrêts officiels il faut être prêts...

Nous trouvons facilement le fameux minibus. Ouf! Il est bien là! Il y a déjà 6personnes dont 3 Français. On lit mes mêmes blogs.. (en l'occurrence, "novo-monde", blog d'un couples suisse). On nous annonce un départ à 11H30. Je vais prendre un café et Frédéric un coca. J'ai à peine le temps de finir que le conducteur décide qu'il partira finalement à 10H30, avant de faire le plein. Quel bol on a eu! Je plains ceux qui arriveront à 11H00.

A partir de là, le paysage est superbe. Troupeaux de lamas et d'alpacas, roches rouge/rose/blanches, rivières à sec ou à flot, oies des Andes noires et blanches, flamands roses... Assez vite, nous avons une vue sur le volcan Sajama, qui est le plus haut volcan de Bolivie avec ses 6 542 m. Il ressemble un peu au Cotopaxi, mais sans les nuages... On voit aussi le volcans jumeaux, le Parinacota (6 348 m) qui est un cône parfait et le Pomerape (6 222 m). Tous trois sont des strato-volcans qui entourent le village de Sajama (4 250 m) où nous nous rendons.

On s'arrêt dans un village où il y a un marché. J'achète des feuilles de coca car j'aimerais faire une ascension à Sajama. La vendeuse me demande si je n'ai pas peur d'aller sur les volcans. Il y a un math de foot. Des dames pas toutes jeunes qui regardent, me demandent si j'aime le foot. Je leur demande pour quelle équipe elles sont. Bref, la conversation s'engage. Nous cherchons sans succès une poubelle pour mettre nos déchets de midi. je me suis un peu éloignée en laissant Frédéric au stade. Quand je reviens, il est reparti au minibus. Les dames de tout à l'heure me disent que "mon ami est là" en montrant un passager européen du minibus. Je leur réponds que " ce n'est pas le mien", ce qui les fait rire aux éclats.

Frédéric aide à charger sur le toit une cuisinière, des sacs de patates et de viande (qui resteront en plein soleil pendant tout le trajet) et autres paquets bien lourds. A l'arrivée, la cuisinière aura fait un petit trou et une éraflure dans mon sac à dos...

L'érosion a sculpté, dans ce qui me semble être du grès, des formes étranges qui laissent libres cours à l'imagination: monstres, animaux, visages...

Nous arrivons au village. Comme nous avons sympathisé avec les trois français et que l'autre couple a déjà réservé une chambre et pris des renseignements chez le guide recommandé sur le blog, nous décidons de rester ensemble. Un jeune alpaca marron nous accueille. Il bêle plaintivement et cherche manifestement des mamelles entre nos jambes...

Nous logerons chez une voisine mais prendrons nos repas sur place. En attendant que nos chambres soient prêtes, nous bavardons. Thomas est développeur en informatique, Léa est dans les ressources humaine chez Eiffage et Florian horloger de luxe à Genève; Il est maintenant contrôleur qualité pour Vacheron, une marque encore plus prestigieuse que Rolex. Ils font des montres incroyables (reproduction de tableaux de maîtres en émail sur une montre de 4 cm, mécanismes extrêmement complexes, décoration et dorure à l'or fin de toutes les pièces en laiton du mécanisme...). C'est passionnant.

Nous organisons l'excursion aux lagunes d'altitude pour le lendemain avec l'épouse du guide et prévoyons de faire pour quatre d'entre nous (Frédéric ayant souffert à l'Illiniza en Equateur ne souhaite pas se joindre à nous) notre premier 6000 dans 3 jours. Mario nous conseille l'Acotango, 6052 m, un stratovolcan situé à la frontière entre le Chili et la Bolivie. Le dénivelé sera de 700 m et on met les crampons à la fin. Le Parinacota a 300m de plus et le dénivelé de l'ascension =est de 1000m, beaucoup plus dur! En plus, la vue est plus belle de l'Acotango. Pas de difficulté technique mais une altitude à ne pas négliger. En ce qui me concerne, je sais que je monte à 5 500m sans problème, mais à ce niveau, chaque centaine de mètre compte et en plus, d'une fois sur l'autre, notre tolérance peut changer (et puis je ne rajeunis pas...). Mais le challenge et surtout la vue qu'on devrait avoir sont trop tentants.

Frédéric est vraiment mal en point et reste se reposer. Je pars avec les trois autres à un belvédère à 4550m. Il doit y avoir environ 300 m de dénivelé mais ça monte tout droit (un azimut disent les pro). Nous attendons le coucher du soleil. Heureusement, il y a peu de vent car il fait très froid quand il se lève. Le point de vus est magnifique (je sais, j'utilise beaucoup "superbe", "magnifique", "splendide", mais c'est le cas!). C'est un site sacré et il y a beaucoup de bouteilles vides d'offrande à la Pachamama. Sur ces bouteilles il est précisé que c'est de l'alcool pour offrandes et qu'il ne faut pas le boire. Par contre, il y a un bidon vide d'alcool à 96° sur lequel il est précisé "alcool potable"...

Sajama - Parinacota -  Pomerape

Un grand rapace apparaît à l'horizon. Lorsqu'il passe au-dessus de nous, on distingue sa collerette blanche: un condor!

Le soleil glisse le long d'un des volcans jumeaux. Un fin croissant de lune apparaît juste entre eux. Les étoiles s'allument. Je vois le scorpion et la croix du sud.

Il gèle la nuit au sens propre. Nous avons trois couvertures épaisses mais très lourdes, qui glisserons à chaque fois que je me retournerai pendant la nuit. Nous avons la chance d'avoir une douche (ce qui n'est pas le cas de nos amis) mais elle est située derrière la porte, avant les toilettes. On est obligés de marcher dedans pour aller aux WC. on voit que les gens d'ici ont fait ça pour les touristes mais ne s'en servent pas eux-mêmes. Le lavabo est dehors, de l'autre côté de la cour, sans lumière.

Après un copieux petit-déjeuner, nous partons en 4X4 au point de départ de notre rando. C'est une femme qui conduit. Nous commençons par admirer des sources chaudes qui bouillonnent ou émettent des bulles. Le sol est blanc ou rouille. Des fumerolles s'élèvent de partout.

Nous commençons la montée dans les herbes jaunes. Une couche de glace recouvre les coulées d'eau et des stalactites se forment dans les ruisseaux. Le sommet du Sajama apparaît. Le volcan d'à côté est dans les teintes rouges, blanches et jaunes. On voit des vigognes à plusieurs reprises, ainsi que des oies des Andes. Elles sont toujours en couple. Il y a aussi des ibis noirs.

En arrivant au premier lac, un panneau nous indique qu'on est à la frontière avec le Chili. Pas de garde évidemment! Je retrouve les oiseaux noirs du lac Titicaca. Le ciel se couvre petit à petit, formant de jolis effets de nuages. Nous continuons jusqu'au deuxième lac. A notre droite, on dirait un château fort naturel, à notre gauche, le volcan a plusieurs couleurs et des coulées de glace. On s'arrête pour pique-niquer à l'abri du vent. Un petit oiseau gris vient quémander des miettes. Florian, qui a fait de la photographie animalière, repère pour la deuxième fois un viscacha, sorte de lièvre à longue queue qu'il enroule en colimaçon à l'arrêt. Nous avons retrouvé les coussins verts qui nous font des sièges durs mais sans épines. En effet on trouve aussi des coussins de cactus à épines rouilles et fleurs rouges.

Nous redescendons par le même chemin en profitant de la vue dans l'autre sens. Nous arrivons à approcher d'un peu plus près des vigognes. Elles émettent des petits cris d'alerte. Il y en a toujours une qui fait le guet.

Nous arrivons à 15H alors que le 4X4 doit nous reprendre à 16H30. Nous profitons des geysers en nous trempant les pieds là où l'eau froide a suffisamment refroidit l'eau des sources chaudes. Florian se baigne carrément. Mais le vent souffle et quand le soleil se cache il fait froid. Nous nous réchauffons avec les fumerolles dont l'odeur de souffre est tout à fait supportable.

Le soir nous sommes gelés. Les nuits sont vraiment très froides et les lits en béton très durs.

Deuxième journée d'acclimatation. Nous allons voire un autre lac. Route sans dénivelé.

A un moment, nous croisons des gens en train de dépecer une vigogne (leur chasse est interdite et punie de prison). Une femme nous explique que c'est un puma qi l'a tuée. Puis c'est un zorro (renard) dont elle nous montre les empreintes. Il y a des viscères sur la route, ce qui a attiré leur attention. Elle nous explique qu'ils donneront la viande aux chiens car elle n'a pas été égorgée selon le rite traditionnel (hum...). Nous sentons ensuite que nous sommes invités à continuer notre route.

Arrivée à la lagune. Flamants roses et oiseaux noirs s'y régalent.

Le Sajama, l'Acotango, le Parinacota et le Pomerama s'y reflètent. Magique! Mais le vent se lève, fini les reflets. Florian s'amuse à créer un reflet parfait en utilisant la vitre d'un second téléphone portable.

vrais et faux reflet 

Nous revenons par la même route. Les nuages font des ombres sur le Sajama. Nous admirons les troupeaux de lamas et d'alpacas. Ces derniers ont parfois des têtes comiques. Quelques vigognes paissent aussi dans le coin. On se demandent de quoi ils se nourrissent. L'herbe jaune et dure et quelques buissons épineux ne nous mettent pas en appétit!

Il ne reste de la vigogne morte de ce matin que les viscères et les pattes... Nous allons aux thermes nous baigner. La route fait un grand détour pour éviter un pâturage clos de barbelés clairement mis en évidence par des bouts de plastique et où on retrouve un pendu. Encore une guerre de profit du tourisme?

Florian, qui est photographe animalier amateur, repère un hibou dans les hautes herbes. Nous nous baignons dans une eau à 38°. Ici, un seul bassin et un fond mousseux. Un couples est venu spécialement d'Oruro pour s'y baigner. Ça délasse. Par contre, mon bracelet en argent n'aime pas du tout l'eau sulfureuse: il devient marronnasse! Heureusement, il retrouvera sa teinte initiale, peut-être un peu plus jaune, simplement en le portant. Retour à Sajama. On est un peu fatigués. Ce devait être une petite marche mais finalement nous avons fait 27 km, à 4 250 m.

Mario et Anna font le point sur notre équipement. En voyage longue durée, nous n'avons pas de chaussures de haute montagne ni d'anorak. Ils nous prêtent les crampons et ont quelques affaires, probablement laissées par d'autres touristes à prêter. Léa a un magnifique pantalon de ski rose bonbon et chaussures comme mes Koflach (chaussures de montagne en plastique rigide). Moi, j'ai de trop petits pieds. Je ferai avec les moyens du bord. Heureusement que j'ai acheté des gants en alpaca en Equateur.

Lever prévu à 2H00 pour un RDV à 2H30. A 2H30, Frédéric me dit: "lève-toi". Le réveil n'a pas sonné!. Gros stress mais on ne part qu'à 3H00. O n roule dans la nuit sur la route puis sur une piste conduisant à une mine de souffre, ce qui nous permet de monter à 5000 m. Nous sortons et sommes éblouis par le ciel étoilé; On marche 1H20 avec les lampes frontales. Nous suivons un petit torrent gelé.

Tout à coup, gros malaise vagal ou hypoglycémie. Heureusement le guide décide une pause. Je m'assois et me jette sur un reste de bouteille de coca. Ça va tout de suite mieux. Je ne pense même pas aux feuilles de coca dans mon sac, achetées exprès. Nous repartons la plus longue et la plus raide partie de la montée. Le soleil se lève. On a vue différente des autres jours et découvrons un grand lac au pied du Parinacota. Arrivés sur la crête, nous mettons les crampons. Le vent a créé des arrêtes de glace qui font un bruit de verre cassé quand on marche dessus.

Pas d'essoufflement ni de difficulté à avancer mais la tête qui turne dans les montées avec une sensation de vertige. Ça fait peur quand on marche sur un sentier très étroit avec une pente très raide sur sa gauche. Les autres ressentent la même chose. Léa est gênée par ses chaussures dont elle n'a pas l'habitude. Florian caracole en tête (c'est son troisième 6000 m et il est habitué à plus technique).Un peu d'escalade. La partie sommitale paraît inaccessible mais en fait la dernière partie se fait facilement.

Nous atteignons tous le sommet. Vue à 360° sur les alentours. Côté Chilien, un volcan a un beau cratère et un autre des fumerolles. Les couleurs sont magnifiques: dégradés en blanc, gris, jaune, rose, lie de vin. On en prend plein les yeux puis nous redescendons.

Nous avons énormément de chance: il y a très peu de vent et par conséquent il ne fait pas trop froid. Plus de vertiges mais un mal de tête croissant. Cette fois, je prends des feuilles de coca. On les met entre la joue et la gencive et on laisse la salive dissoudre les sucs.

Une fois la crête passée et les crampons enlevés, nous descendons direct dans la pente: ski dans le pierrier. Pas trop difficile mais ça coupe le souffle.

Nous arrivons à la voiture. Mario fait un détour par la ville frontière avec le Chili pour prendre de l'essence et faire réparer un pneu. Nous sommes fatigués et avons mal à la tête. Je retrouve Frédéric. Nous allons boire une bière et prendre un almuerzo. Puis je l'abandonne à nouveau pour faire la sieste. Un Nurofen et une heure de sommeil plus tard, le mal au crâne a disparu. Frédéric a discuté avec un français arrivé dans la nuit (son trajet pour Sajama ne s'est aussi bien passé que le nôtre) et une chilienne francophone (elle a fait ses études à l'alliance française à Santiago) qui lui donne des conseils pour ... la région que je souhaitais voir! Mario est vraiment impressionnant: en tant que guide, il fait un 6000 m une nuit sur deux! Quant à Anna, c'est la femme d'affaires du couple. on a senti qu'elle n'était pas contente que son mari ait demandé le même pris pour 4 que pour 1. Sajama a été le premier parc national de Bolivie. mais il n'y a plus de garde (on n'a même pas payé notre entrée car il n'y avait personne) et les gens commencent à construire selon leurs envies...

Nous allons acheter nos tickets pour le minibus de retour demain. On nous a prévenus qu'il fallait s'y prendre suffisamment tôt pour avoir de la place mais le bureau ouvre de 18H à 19H. Ça passe. Il y aura même un deuxième minibus demain. Nous dînons comme d'habitude tous les cinq chez Mario et Anna. Hier c'était délicieux: choclo et charki, viande d'alpaga séchée au soleil puis effilochée. Ce soir c'est moins bien: riz et tortilla. Je n'en peux plus des œufs (on en a presque à tous les petits déjeuners!).

Nous prenons le minibus à 6H00 (RDV à 5H45). Fatiguant, d'autant qu'on a vraiment mal dormi toutes ces dernières nuits. Le Sajama a mis son bonnet. J'ai les lèvres brûlées malgré le stick écran 40.

Nous quittons Thomas et Léa qui remontent à la Paz. Florian, lui, est resté à Sajama pour faire l'ascension du Parinacota.

A Patacamaya, nous prenons des galettes frites comme petit déjeuner et attendons un bus en provenance de la Paz et en direction de Cochabamba, la troisième ville du pays. Des enfants défilent en fanfare. Les mamans regardent. C'est la mode en Amérique latine. Hier, Frédéric a vu partir plusieurs minibus de Sajama pour emmener les enfants défiler.

Un premier bus passe mais nous refuse. Je commence à douter mais heureusement Frédéric est plus patient. Nous montons dans un bus une heure et demie plus tard. Paysage de collines moutonnantes couvertes d'herbe jaune. Je somnole. Puis nous suivons une impressionnante ligne de crête. Des deux côtés, des montagnes lie de vin ou blanche s'étendent à perte de vue. Des cultures en terrasses, d'abord abandonnées, sont de plus en plus entretenues a fur et à mesure que l'on s'approche de la ville. Descente assez raide. La vallée est riante: cultures vertes, arbres...La température change radicalement : 28°.Cochabamba, vient de "lac" et "plaine ouverte" (comme Riobamba en Equateur).Nous arrivons dans la zone urbaine de Cochabamba. Comme toujours, ça n'en finit pas. La ville est verdoyante et fleurie: jacarandas, bougainvillées, lauriers roses, ibiscus...Majorité de maisons ou de petits immeubles, Très différente de la Paz. Frédéric est furieux car nous avons payé notre ticket de bus 50 Bolivianos alors que ceux qui venaient de La Paz (1/3 de trajet en plus) payaient 40. Il va à la police des transports comme lui a conseillé une passagère. Là, il apprend que les bus ne peuvent pas prendre de passagers en route mais s'ils le font, l'ayudante peut faire payer jusqu'à 106 Bov/personne. C'est interdit mais réglementé.... Nous ne connaissions tout simplement pas les codes. Comme nous n'avions pas internet, nous n'avons pas repéré où nous allions dormir. Nous marchons jusqu'à la place centrale et allons dans un café pour avoir du XI6FI. Délicieux café glacé avec de la chantilly. On est dans un autre monde, très occidentalisé. Nous repérons un hôtel proche de là dans une maison ancienne. Nous passons par la place de cathédrale dite du 14 septembre.

 la place du 14 septembre 

Alfredo nous accueille comme des amis. Sa maison est en fait une chambre d'hôtes, pas un hôtel. Il y a des plantes partout: cactus, amaryllis, géraniums... Et deux chats un peu sauvages.

Nous allons à la recherche d'une agence pour aller à Torotoro, le plus petit parc national de Bolivie. Contrairement à Arequipa, elles ne courent pas les rues. Nous en dénichons une après être passés sans succès à l'office du tourisme. Mais le tarif est très élevé pour le pays. Après discussion, il semblerait que deux autres touristes puissent se joindre à nous, rendant le prix plus raisonnable. Nous marchons le long de l'avenue chic de la ville. Jolie place avec des fontaines éclairées. Des perruches nichent dans les palmiers et font un bruit d'enfer. Je goûte une soupe de tripes. En France j'aime beaucoup ça mais là je me retrouve avec des morceaux gris caoutchouteux au possible. Le goût n'est pas mauvais. De retour à l'hôtel, un message de l'agence nous apprend que les autres touristes se sont désistés. Du coup nous annulons. Alfredo nous explique comment nous débrouiller par nous-mêmes. Il est vraiment adorable!

Excellente nuit, à la bonne température, dans des lits confortables. Ça fait du bien! Le patio de la maison est un havre de paix où le propriétaire diffuse de la musique zen. Seules les perruches font du bruit le matin en quittant leurs nids. Nous allons à la station de collectivos pour Torotoro. Il est sensé y avoir un départ toutes les heures. Nous arrivons un peu avant 8H00 et on nous dit "Ya va salir". Il va bientôt partir. Cela semble parfait mais à 9H00, la réponse est toujours la même. Nous regardons le ballet des enfants qui vont à l'école. Les mères achètent systématiquement des friandises à l'épicerie voisine. Une grand-mère passe et repasse avec son petit-fils de 3-4 ans qui joue avec un téléphone et a droit à un bonbon ou gâteau à chaque fois.

Nous finissons par partir vers 9H15. Arrêt pour acheter des palettes de cannettes de bière (argentine), autre arrêt pour acheter de la matchucada (feuilles de coca).Une fois sortis de la ville et de sa banlieue, les montagnes déclinent à nouveau les blancs, roses, rouges. Une nouvelle route est en fin de construction. Avant il fallait 9H pour faire le trajet, maintenant 3. Le chauffeur rejoint souvent l'ancienne piste, le long de la rivière, afin de déposer les passagers devant chez eux. Certains ont visiblement fait le plein de denrées à Cochabamba, en particulier pour les petites boutiques. Le chauffeur propose de passer devant et ils sympathisent. La vallée est un grand verger: papayers principalement (je n'en ai jamais vu autant au même endroit, mais aussi agrumes et bananiers. A l'arrivée à Torotoro, un panneau indique: zone touristique, ne pas jeter d'ordures par terre! Nous prenons un almuerzo près de la station. le chauffeur nous y rejoint et voyant qu'il parle avec sympathie à Frédéric, la patronne, plutôt renfermée, devient plus aimable. Puis nous cherchons comment visiter les lieux. La patronne d'un hôtel nous fait croire qu'elle nous propose le package hôtel + guide (obligatoire) et véhicule, pour finalement nous laisser en plan dés qu'on a pris la chambre. Le lieu est réputé pour ses empreintes de dinosaures et la salle à manger est décorée comme une grotte.

Finalement, une fois trouvée la bonne rue, tout s'enchaîne très simplement: on paye l'entrée du parc national puis on va au bureau des guides. Là nous nous joignons à deux jeunes suisses, Aliana, infirmière en suisse italienne et Hazel, qui vit à Zurich. Elles parlent italien entre elles , espagnol et un peu français. Il y a aussi un hurluberlu anglophone, faux routard en poncho qui s'arrange pour ne pas payer mais qui heureusement nous lâchera assez vite, ne voulant pas marcher. Une fois de plus, nous sympathisons et faisons équipe avec des gens plus jeunes que Vincent et Marianne! Ca fait bizarre. Nous passons devant des empreintes de diplodocus, puis un théâtre de pierre et un pont naturel, en pierre lui aussi. Un arbre, qui sert en menuiserie, est assez fort pour faire éclater la pierre en poussant. Les jacarandas violets émaillent le paysage. Nous retrouvons les cactus cierge (ici ils ne s'appellent pas sancayo) et les atchupayas.

Puis nous arrivons au point de vue, par un pont suspendu, sur un canyon de 300 m de profondeur. Très impressionnant! Des vautours nous survolent.

Nous descendons tout au fond, longeons la rivière entre de gros blocs de pierre et allons nous baigner sous une petite cascade.

Un saut de 5-6 m permet d'arriver directement au pied de la chute. Comme d'habitude, j'ai du mal avec un premier saut, mais nous sautons tous. Je m'écorche le nez avec mon ongle. L'eau est fraîche mais bonne. Passage derrière la cascade, quelques brasses. Ça fait du bien.

Puis nous remontons les 820 marches. Heureusement, une bonne partie est maintenant à l'ombre... On voit d'autres traces de dinosaure, un carnivore cette fois. Les paysans mettent à sécher les tiges et feuilles de maïs dans les arbres. Ce sera du fourrage pour les animaux.

Retour au village. RDV demain à 7H30.

Nous montons en 4X4 à 3750 m d'altitude. Nous allons visiter deux sites de formations rocheuses. Dans le premier, de gros blocs de grès gris et rouges forment des volumes impressionnants. On peut comme toujours imaginer des animaux. On se faufile entre et sous les blocs. Un Fontainebleau géant avec une vue extraordinaire sur les alentours.

Des lagunes asséchées témoignent que le paysage est bien différent à la saison des pluies, perdu dans les nuages. L'une d'elle, toute ronde, serait la "baignoire" des condors. l'un d'eux nous survole rapidement. Des viscachas jouent dans les rochers.

Nous continuons la route jusqu'à la cité d'Inta, où des civilisations anciennes ont laissé des peintures rupestres. Les formations rocheuses sont incroyables. L'une des salles s'appelle la cathédrale. Une grande pierre forme le toit et a une forme de phallus.

On se régale aussi avec la flore (plaisir des yeux mais aussi quelques mures un peu acides). Des feuilles argentées toutes douces ont un pouvoir abortif.

Il faut regarder la taille des gens pour avoir une idée de ce que cela représente. Lorsque l'on remonte, on ne se douterait pas du labyrinthe de pierre que cache la surface.

Déjeuner dans un écolodge en construction d'où l'on a une vue sur le synclinal de Toro-Toro. J'aurais aimé avoir un géologue avec nous pour m'expliquer comment cela s'est formé. Un des côtés m'évoque un dos de dinosaure.

Nous redescendons vers la vallée pour aller voir la grotte de Umajalanta (là où l'eau disparaît). Le guide nous apprend des mots de Quechua et d'Aymara mais j'ai du mal à retenir. Ici, les gens se disent Queshuagnols (métis de Quechuas et d'Espagnols), 2% parlent Aymara. Montée jusqu'à l'entrée sous un soleil de plomb. On revoit des traces de dinosaures au passage.

C'est la plus grande et la plus profonde grotte connue de Bolivie. L'intérêt réside dans le fait qu'elle n'est quasiment pas aménagée. Nous sommes équipés de casques et de lampes frontales. On rampe, descend en rappel, dérape sur les pentes sableuses...De fines colonnes ont été choisies pour illustrer le billet de 10 bolivianos. Il fait une température très agréable.

Je ne mesure pas à quel point c'est stressant pour Frédéric, qui n'a pas le même gabarit que nous, de se faufiler dans des boyaux où j'ai déjà du mal à passer... Il s'ensuit une certaine tension. Un lac souterrain se trouve au fond de la partie qu'on visite. Il abrite des poissons blancs. Une salle près de l'entrée héberge quant à elle des chauve-souris. Pour finir, nous longeons une rivière souterraine et rejoignons la première salle.

Retour au village. Nous prenons le premier minibus en partance. Peu d'attente cette fois. Le chauffeur est fatigué et Frédéric lui fait un "psitt psitt" quand il aborde bizarrement un virage parce qu'il est occupé à changer de musique sur son téléphone. Arrivés au terminal, nous prenons un taxi qui attendait. Nous avions prévu d'enchaîner sur le bus de nuit pour Sucre, mais la fatigue du rythme effréné de ces dernières semaines, des changement d'altitude et de température se fait sentir. J'ai envie de passer à nouveau une bonne nuit au calme(à Torotoro, le lit faisait cuvette). Nous dormirons donc à nouveau à Cochabamba et irons finalement à Samaïpata, une petite ville qu'on ne connait pas et qui serait très agréable et reposante. Quand nous arrivons chez Alfredo, la cour est pleine de monde car il reçoit des amis et de la famille pour fêter ses 5 ans d'emménagement. Il nous salue comme des amis et nous invite à boire du vin bolivien (un blanc et un rouge délicieux) et à partager les pizzas cuites sur place, dont une à la truffe. Je n'ai pas bu de vin depuis notre départ et me régale. La soirée aurait été parfaite, après deux jours parfaits, si Frédéric ne s'était pas aperçu en arrivant qu'il n'a plus son téléphone. Il a dû tomber dans le taxi. La poisse. On verra demain si on peut retrouver le chauffeur...

Samedi 23 septembre. Frédéric passe la matinée, aidé d'Alfredo, à essayer de retrouver le chauffeur de taxi: caméras de surveillance (il y en a partout mais aucune ne montre la plaque), appel de la station de bus...

Pendant ce temps, je rattrape une partie de mon retard sur le blog. L'après-midi, nous allons manger des gâteaux sur le Prado. les gens viennent en famille ou entre amis. Ils vendent des gâteaux à la crème impressionnants! Nous remontons toute l'avenue des Heroinas pour monter au Christ de la concorde. C'est le plus grand du monde, plus haut que celui de Rio de Janeiro de quelques mètres: 36,2m sans le socle, 40,6 m avec, 22 000 tonnes. Il a té érigé en 1994 et fait la fierté de la ville.

Nous montons en télécabine. Beaucoup de couples, d'amis, de famille font cette sortie du week-end. La vue sur la ville est étendue mais brumeuse. Nous avons du mal à repérer la place de la cathédrale. Par contre, on voit bien la fameuse lagune d'Alalay, polluée et qui s'assèche faute d'apports suffisants en eau. En passant devant en taxi en allant et revenant de la station de minibus pour Torotoro, nous avons été saisis par l'odeur d'égouts qu'elle dégage. Je ne sais pas comment font les riverains... Un projet de désenvasement est à l'étude. Elle a été agrandie au départ pour limiter les inondations dues aux crues de la rivière Cocha.

On voit bien les jolis jardins de la ville. Nous redescendons à pieds par un grand escalier au milieu des cactus.

Une bonne bière est nécessaire après ça! Nous reprenons la grande avenue et allons manger une glace: dulce de leche (confiture de lait) aux amandes et fruits de la passion. Puis nous retournons au café du premier jour pour un moment de calme avec un café glacé et un granité aux fruits rouges. Alimentation très équilibrée aujourd'hui!

L'espoir d'avoir des nouvelles du téléphone au retour est déçu. Frédéric repart à la station de minibus mais personne ne peut le renseigner et le chauffeur du taxi du retour n'est pas encourageant sur la possibilité que notre chauffeur de la veille rende le téléphone.

Le lendemain matin, Frédéric repart à la station. Mais on est dimanche et la boutique qui a une caméra de surveillance, déjà fermée la veille au soir, n'ouvrira que lundi.

Je suis à nouveau patraque. Je me vide tellement que je serais parfaitement préparée pour une coloscopie! Cette fois, ce sera antibiotiques et imodium (parfaitement inefficace). De nombreux voyageurs au long cours ont été malades en Bolivie. Notre ami Florian a même été cloué 3 jours au lit à la Paz par une salmonellose qui a nécessité une injection d'antibiotiques à la Paz. Thomas et Léa ont été malades aussi, mais moins. Il faut dire que quand on voit la viande, dans des sacs en plastiques, passer plusieurs heures en plein soleil sur le toit des minibus... Il n'est pas sûr que nos services d'hygiène valideraient (on est même sûrs du contraire). Repos forcé. Je somnole à moitié pendant que Frédéric va faire un tour puis fait gentiment la lessive. Il m'approvisionne en coca. En me regardant dans la glace de la salle de bains, je m'aperçoit que j'ai sérieusement maigri.

Pas grand chose d'ouvert le dimanche. La musique zen du patio, si agréable au début, finit par lasser. Retour au régime coca-cola. Moi qui n'en boit quasiment jamais! Nous sortons vers 16H et observons les gens sur la place. La ville est vraiment déserte le dimanche, toutes les boutiques sont fermées. En Amérique latine, la majorité des rues a soit des noms de date, soit de pays soit de villes. Dans la région de Cochabamba, les femmes portent des chapeaux de paille avec une fleur en tissu, assortis à leur jupe unie. Certaines sont très élégantes. Je n'ai compris comment leurs jupes (dans tout le pays) leur donnaient ces hanches larges, pas tout à fait dans nous critères de beauté.

Nous observons les vendeurs ambulants. Les policiers les chassent régulièrement de la place mais ils reviennent aussitôt. Les vieilles vendeuses font d'ailleurs de la résistance. Yuca au fromage fondu, chocho (lupins), glaces, pop-corn... Chaque spécialité a son type de chapeau. Un vieil homme fait des granités avec des sirops de toutes les couleurs qui ressemblent à des bouteilles de peinture! mais ça a beaucoup de succès. J'ai oublié de prendre mon appareil photo. Dommage! Au centre de la place, ornée de très beaux arbres, une colonne est coiffée d'une statue de condor assez Kitsch. Les perruches et les pigeons volent en tous sens.

Nous visitons deux galeries d'art: photos et sculptures dans l'une, peintures et fusain d'un même artiste dans l'autre. J'aime beaucoup les portraits au fusain qu'il a fait de sa mère et de sa fille. Le temps qui passe....

Ce matin Frédéric repart dans l'espoir de visionner une autre bande de surveillance au terminal de minibus. La personne refuse mais un chauffeur de taxi le met en contact avec un responsable de compagnie qui vient vérifier à l'hôtel qu'il s'agit bien d'un taxi de sa compagnie et qui promet de rechercher le chauffeur. Encore faut-il que ce soit ce dernier qui ait récupéré le téléphone et pas un client, qu'il veuille bien le rendre, etc... RDV à 18H00.Nous allons déjeuner près d'un petit parc. Frédéric y avait mangé hier et avait regardé avec envie l'assiette de sa vieille voisine: un beau morceau d'agneau, comprenant la base du cou et m'épaule. La viande est fondante et goûteuse mais je ne peux en manger plus d'un morceau. Une truite passe mieux. Nous apprenons à la télé que le drainage de la laguna Alalay a commencé aujourd'hui! Bonne nouvelle pour les riverains.

Ensuite Frédéric va se faire raser et couper les cheveux chez une coiffeuse. Celle-ci, prénommée Josefina, réussit le tour de force de ne pas le faire saigner. Son mari est un fondiste et ils sont allés en France en 2015.Nous tentons à nouveau d'aller voir le couvent Sainte Thérèse (équivalent non coloré du couvent santa Catalina d'Arequipa) quand nous voyons Alfredo courir vers nous sur la place. Il a le portable de Frédéric à la main! Ce dernier est tellement soulagé... Alfredo admire sa ténacité. Il en coûtera 200 Bov pour le chauffer et 200 pour le responsable de la compagnie (soit un peu plus de 50€ au total). Ça vaut le coup. Nous retournons au café avec vue sur la place du 14 septembre. Il y a beaucoup plus de monde que le dimanche mais moins de vendeurs ambulants.

Les perruches reviennent à leurs nids dans le tronc des palmiers. La lumière du soir est belle.

Départ pour Sucre (ancienne capitale du pays et encore capitale judiciaire en bus de nuit. J'ai le tort de choisir une compagnie qui annonce semi-cama ("lit") en pensant que ce sera mieux. En fait, tous les autres sont camas (3 sièges/rangée=> larges), rangées espacées permettant d'allonger son siège... alors que le notre est un bus ordinaire. L'ayudante refuse au départ de mettre nos sacs à dos en soute, arguant qu'il faut un ticket supplémentaire. Nous voyons les soutes se remplir de fret. Il sera insupportable de voyager avec nos sac sur les genoux (ils ne rentrent pas au-dessus des sièges. Je serais prête à racheter d'autres billets sur une autre compagnie! Frédéric se bat pour qu'un de nos sacs, puis l'autre, soient enfin mis en soute. Ouf! Mais il n'y a pas de WC. J'espère que mon ventre me laissera tranquille...Les gens montent, nous bousculent sans vergogne. Ils ont souvent de gros paquets (qu'ils portent sur le dos, enveloppés des traditionnels tissus multicolores). On est clairement dans un bus pour indiens. Ce sera une expérience. Nous partons 45 min après l'heure théorique, ce qui m'arrange car on arrivera plus tard à Sucre. Je déteste les arrivées avant le lever du jour.

Premier arrêt pour acheter des feuilles de coca. Le conducteur souffle dans le sac plastique, répartit les feuilles en le secouant, puis pose le sac sur un billot de bois recouvert d'un carré de cuit. Il se jette )à plat ventre sur le sac, puis le martèle (au sens propre) et recommence 5 ou 6 fois, obtenant un sac bien plat. Est-ce un moyen de faire le vide pour mieux conserver les feuilles? Nous repartons. Arrêt moins d'une heure après pour acheter à manger et aller aux WC (c'est toujours ça de pris).Nous partons enfin pour de bon. Impossible de dormir. J'ai de terribles impatiences dans les jambes. Mon équilibre hydroélectrolytique (K+ et Na+) ne doit pas être rétabli. A 3H00, allumage brutal des lumières. Arrêt pipi en pleine nature. Je m'endors enfin. Réveil lumineux à 5H00 en vue de l'arrivée une petite demie heure plus tard. Nous prenons un taxi jusqu'à l'hôtel repéré. Il est encore fermé mais ouvre peu après à la demande du livreur de petits pains. Malheureusement il est complet. Je n'ai pas réservé sur Booking car Frédéric n'aime pas engraisser cet intermédiaire. Du coup on s'engueule, le manque de sommeil aidant. Nous marchons au hasard (j'ai une deuxième adresse mais elle este plus loin de centre, le premier hôtelier nous a donné un nom mais on l'a oublié...) et finissons au "Grand hôtel". C'est une maison ancienne à 3 patios. les deux premiers sont joliment arborés et colorés. La chambre est grande, la douche est chaude et surtout on est au calme sur le patio. La déco est assez kitsh et défraichie (papier peint décollé un peu déchiré, moquette tachée, plâtres écaillés...). Ça date clairement d'un autre époque. D'ailleurs, le CHE (Guevara) y a séjourné. C'est le plus important.

le patio est vraiment sympa 

Je me repose pendant que Frédéric va faire un tour. Puis nous allons prendre le petit-déjeuner au marché. jus de fruit (coco pour Fred, "vert", c'est à dire mélange pleins de bienfaits, pour moi), puis café et sandwich fromage avocat. Je préfère clairement ça aux oeufs...

Déambulation sur la place. Ici ce n'est pas le 14 septembre mais le 25 mai...Sucre est classée au patrimoine mondial de l'Unesco. Nombreuses églises blanchies à la chaux, maisons coloniales à patios (3 ou 4 souvent), portes ouvragées, toits de tuiles...

Visite du musée du trésor qui explique de façon très didactique l'histoire technique des mines d'argent, la disparition de l'argent natif et le passage à du minerai mélangé, la récolte de l'or alluvionnaire, l'étain... Puis on visite des salles sur les bijoux des femmes de la haute société coloniale. Enfin, visite d'une salle sur les minéraux sud-américains, de géodes et la fameuse bolivianite qe l'on appelle amétrine. Ce sont des améthystes (quartz violet) et des citrines (quartz jaune) naturellement juxtaposées. D'ou le nom (amé/trine). Il n'y aurait de mine exploitée qu'en Bolivie, d'où le nom de bolivianite. On ne sait pas comment elles se sont formées car ces pierres cristallisent à des températures différentes. La mine est en zone inondée, le Pentanal. il faut donc d'abord drainer avant de creuser les galeries qui s'étendent à plusieurs centaines de mètres sous terre. Brrrr... Boutique de pierres et de bijoux. C'est vraiment joli.

Bière au balcon d'un café donnant sur la place. Il y a moins de femmes en costume traditionnel qu'à Cochabamba. Ici, on voit aussi bien des chapeaux de feutre noir que de paille. Déjeuner au marché des 2 spécialités (porc et sa couenne dans une sauce piquante et saucisse). Aujourd'hui, j'aurais bien pris l'agneau!

Sieste à l'hôtel. On voit à la télé qu'il y a une vague de chaleur à Sucre avec des températures record pour septembre. Ça reste très supportable car on est à 2 800 m. Visite d'un ancien couvent, Felipe de Neri, transformé en école privée pour filles (de la maternelle au lycée). Des adolescentes répètent des danses dans l'ancien cloître pour la fête de l'école. Comme toujours, il y a les appliquées et celles qui ne suivent pas!

Nous montons sur la terrasse d'où la vue sur la ville est magnifique. Les murs en pierre de l'église ont été apportées de façon originale: les gens venaient se confesser et avaient comme pénitence d'apporter une pierre, de taille proportionnelle à la gravité de leur péché. On nous demande de ne pas toucher les murs blancs. Ils doivent les repeindre 2 fois par ans, mais l'ont fait 4 fois l'an dernier suite aux dégradations des visiteurs.

Balade dans un jardin où les habitants de Sucre ont la fierté d'avoir leur "tour Eiffel". Bon, ce n'est pas le must de la ville...

les fameux granités multicolores

Dîner de viande rouge, excellente, à un prix défiant toute concurrence. Coucher tôt et nuit de onze onze heures en ce qui me concerne.

Nous montons en minibus à la Recoletta, ancien couvent franciscain qui domine la ville. J'ai gardé un merveilleux souvenir de cet endroit. Mais aujourd'hui le ciel est gris et c'est moins joli.

La visite est très intéressante mais conduite au pas de course par la jeune guide. 3 cloîtres et un verger d'orangers, en pente, afin que les oranges roulent toutes au même endroit.

Au bout pousse un "cèdre" (mais feuilli) de 1 400 ans. Les gens viennent faite un vœux en tournant autour. La pinacothèque contient de nombreux tableaux de peintres métis et des sculptures. Le couvent est devenu caserne à une époque et un président, qui estimait que le Pérou et la Bolivie devaient être un seul et même pays y a été assassiné. Belles stalles de bois dans l'église retraçant le martyre de franciscains à Nagasaki.

Puis visite du musée indigène où des tissages d'une finesse incroyable, faits par les femmes Jalq'a de la région. Cette technique a failli disparaître mais renaît. Même les hommes s'y sont mis. Ces tissages représentent des monstres/divinités avec une variété infinie et sont exclusivement rouge et noirs. D'autres, faits par les femmes de la région de Tarabucco, ont de savants dégradés de couleurs et représentent, de façon stylisée, des scènes de la vie quotidienne. Un tissage de 1m X 50 cm nécessite 4 à 6 mois de travail. Ce sont de véritables tableaux. Quel travail et quelle créativité!

Il pleut et il fait beaucoup plus froid qu'hier. Vrai café dans un joli cadre. La première fois que nous sommes venus à Sucre, Vincent y a fêté ses 12 ans.

Déjeuner là où nous avons dîner mais avec l'almuerzo du jour. Un "tableau" annonce "bière gratuite demain". Frédéric essaie de plaisanter avec la patronne en expliquant qu'on est venus la veille (ce n'était pas le même personnel) et qu'on a donc droit à une bière, mais c'est difficile de faire comprendre la blague. Repos à l'hôtel pendant que l'orage gronde. Nouveau jus de fruit au marché.

Selon les conseils d'autres voyageurs, nous allons voir le cimetière. Drôle d'idée me direz-vous, mais on visite bien le Père Lachaise!. Le lieu est paisible et arboré. Les grands mausolées me rappellent le dessin animé de Dysney "Coco" que j'avais beaucoup aimé.

Mais ce qui est intéressant, ce sont les façades des cases alignées et superposées où sont glissés les cercueils. Elles sont fleuries, ont parfois des stores pour protéger l'intérieur du soleil et surtout elles évoquent les anciennes tombes par le fait qu'on y trouve alcools, coca, cigarettes, jouets pour les enfants, bibelots évoquant le métier du défunt... Celles d'enfants ont des textes très émouvants. Mais les fourmis sont attirées dans celles avec de vrais aliments.

Nous allons à la gare routière réserver nos billets pour Samaïpata. Frédéric a rencontré des Français qui y vivaient et qui, comme Alfredo de Cochabamba, lui ont dit que c'était très joli. Et comme j'avais envie d'y aller... Le problème, c'est que ce n'est pas commode d'accès. Nous renonçons donc au grand marché du dimanche à Tarabuco.

Dîner tardif dans une churrasqueira (restaurant de grillades). A la télé passe un concert de Marco Antonio Solis, "le roi de la musique au Mexique", qu'on entendait en boucle lors de notre premier séjour en Amérique latine (j'avais rapporté un disque) et dont la maman de Jalely est fan. Concert symphonique. Il a plutôt bien vieilli (il est né en décembre 1959).

Pour finir notre séjour à Sucre, nous avons réservé une excursion au cratère de Maragua. En fait, ce n'est pas un cratère mais un synclinal comme à Tororo. Synclinal: structure géologique consistant en un pli concave dont le cœur est occupé par les couches géologiques les plus récentes. Il existe des synclinaux à différentes échelles d'observation, depuis les microplis, affectant un échantillon, jusqu'aux plis régionaux, visibles uniquement en cartographie. (Wikipédia).

Après avoir traversé la banlieue de Sucre, étonnamment semblable à celle des autres villes: petits immeubles en brique à construction sur un plateau poussiéreux battu par le vent, nous arrivons à un sanctuaire à la vierge Marie sur un site sacré précolombien préexistant. Des cérémonies ont lieu les premiers samedis du mois pour demander la santé pour toute la famille. Un des premiers indiens à s'être rebellé contre les espagnols a été assassiné ici.

Puis nous suivons à pieds le chemin Inca, en descente vers la rivière. Achupallas (à fleurs vert pâle cette fois) et Quenuas sont au rendez-vous. On a une belle vue sur les plis (certains disent "en ailes de papillon" du cratère et les roches colorées:- jaune pour le zinc- rouge pour le fer- ver pour le cuivre- bleu ou noir pour le manganèse.

Un deuxième guide nous accompagne pour parfaire sa connaissance de l'excursion et faire des progrès en Français (il se dit qu'il y a un créneau à prendre dans ce sens). Le guide principal est Quechua et originaire du coin. Sa femme et ses 2 fils vivent à Uyuni, à 8H de route.

Nous sommes avec un autre Français, deux sœurs allemandes et une Israélienne. Pas de feeling particulier cette fois-ci. Nous reprenons le minibus, traversons la rivière et escaladons les flancs du "cratère". Un feu de broussaille s'étend avec beaucoup de fumée et quelques flammes. Nous déjeunons au village. Une tisserande nous fait une démonstration. On la voit réfléchir car les motifs sont des créations personnelles, sans modèle préalable. J'aime beaucoup une de ses œuvres mais n'ai pas l'argent nécessaire en monnaie locale.

Nous repartons voir des empreintes de dinosaures. La marche pour les atteindre permet de profiter pleinement du paysage avec ses montagnes colorées.

Les traces ont été révélées après une forte pluie en 1998. Elles sont impressionnantes, sur une grande dalle inclinée: celles larges et rondes d'un brachiosaurus (herbivore) et celles, plus petites à 3 doigts, d'un mégaraptor (carnivore).

Passage au milieu des champs et de maisons isolées. ici, des vaches et des moutons, pas de lamas.

Je repense au tissage et me demande si des dollars auraient acceptés (les habitants Jalq'a ne parlent que Quechua et refusent les photos qui volent une part de leur âme, cela vaut même pour leurs animaux ou leur maison). Je n'ai pas la somme en bolivianos mais Frédéric, sentant mes regrets, en parle au guide qui va voir ce qu'il peut faire car on repasse par le village. Arrêt rien que pour moi. la dame n'est plus là mais on l'envoie chercher. Elle arrive tout essoufflée car ce serait une vente importante pour elle. Elle hésite longuement. Des villageois plus jeunes lui garantissent que les dollars sont intéressants, que 100 = 700 (ce dont elle n'est manifestement pas convaincue!). Elle finit par accepter, mais du coup aucune négociation n'est possible. Ça m'est égal car, outre la beauté du tissage, c'est le travail qu'il représente (3-4 mois) et surtout l'intérêt ethnographique qui m'intéressent. La dame accepte de poser avec son tissage et moi.

Dernier point de vue sur le cratère. Le feu a gagné du terrain.

Retour à Sucre où nous enchaînons avec le bus de nuit pour Samaïpata. C'est au tour de Frédéric d'avoir des problèmes digestifs. Décidément, la Bolivie ne nous épargne pas de ce point de vue. Heureusement, le bus est confortable avec des WC. On arrive à dormir même si un arrêt du chauffeur sans que personne ne descende nous vaut l'allumage brutal des lumières. Une personne de l'étage vient se plaindre auprès de la dame devant nous que son fils pleure et les empêche de dormir. En fait il semblerait que ce soit son chat (elle a un autre sur les genoux dans un panier de transport. Elle envoie fermement balader le plaignant. Réveil brutal à l'arrivée pour Samaïpata, sans préavis comme d'habitude. Vite, remettre ses chaussures, vérifier qu'on a rien oublié, descendre récupérer les sacs (on ne retrouve pas les tickets mais l'ayudante finit par nous donner quand même nos bagages). Bien évidement, on n'a pas été déposés en centre-ville comme promis mais sur la grand route. On marche au clair de lune jusqu'à l'hôtel. un papier nous attend avec les indications pour notre chambre et le code WI-FI. Nous redormons quelques heures. Petit-déjeuner sur la jolie place (du 15 décembre, cette fois). La ville abrite 3000 habitants mais 38 nationalités! Puis nous réservons nos excursions pour les jours suivants et retournons flemmarder à l'hôtel. C'est plus que nécessaire pour Frédéric qui a vraiment des problèmes intestinaux. J'ai enfin le temps de lire! Almuerzo pour moi dans le patio d'une maison ancienne. Petit tour dans la ville. Je vais au musée, assez limité. Il y a de jolies boutiques artisanales, des fresques murales, un côté un peu Bohème.

Grande animation ce soir sur la place: demain c'est le rallye de Samaïpata. Voitures, buggies... Frédéric obtient d'un conducteur de me prendre en photo à la place du pilote!

Samedi 30 septembre: c'est le mariage de ma filleule, fille du meilleur ami de Frédéric. On regrette vraiment de ne pouvoir y être mais il y avait trop de planètes à aligner pour notre voyage. Tous nos vœux de bonheur pour les jeunes mariés! Nous allons à 8H00 sur la place, pensant voir le départ du rallye. Mais en fait ils partent d'ailleurs. Excursion dans le PN Amborro. Nous sommes 11, c'est beaucoup. La piste monte de façon très raide. Nous n'avons pas pu prendre le chemin habituel à cause du rallye.

Forêt primaire et fougères géante. Les plus grosses poussent de 2 à 4 mm/an et sont originaires du carbonifère (en gros 360 à 300 millions d'années). Les autres, plus fines, datent du Crétacés et du Jurassic (comme les dinosaures pour ceux qui auraient oublié) et poussent d'1 cm/an. On n'en trouve qu'en Colombie, au Costa Rica, en Australie et en Nouvelle Zélande. Les arbres ne sont pas très grands et vivent 80 à 100 ans, "pompés" par les lichens et la mousse.

Nous sommes dans les Yungas, contreforts montagneux avant l'Amazonie. C'est "el bosque" opposé à "la selva" amazonienne (Jalely en parle avec un peu de condescendance!). Le temps est nuageux. D'habitude le silence règne, mais là on entend le vrombissement du rallye. Peu de fleurs visibles. On suit un petit ruisseau sous les fougères.

Arrivés en haut de la montagne, la vue s'étend très loin. Le temps s'est levé. Nous regardons le vol d'un couple d'éperviers, noir, gris et blanc. De retour dans la forêt, Frédéric voit deux dindes sauvages dans un arbre.

On rentre au village. Le week-end, on fait rôtir des cochons à la broche dans tout le village (Chancho al palo). C'est un croate qui a importé la tradition en 1920. C'est servi surtout le midi et ça nous avait fait saliver ce matin. Mais nous pouvons encore avoir deux parts. On se régale! Pour la première fois depuis longtemps, on nous sert à nouveau de la yuca.

Dimanche 01 octobre. On débute notre 3ème mois de voyage. Frédéric a passé une très mauvaise nuit pour cause de troubles digestifs. Il vient quand même à l'excursion à Codo de los Andes (le coude des Andes). Cette partie des contreforts de la Cordillère est constituée d'incroyables pains de sucre. Le nom de Codo vient du fait qu'à cet endroit, la cordillère des Andes change d'orientation. Comme hier, le ciel est gris.

Nous sommes avec trois jeunes allemandes et suisse qui font du volontariat comme dentistes à Cochambamba et une australienne. Nous nous faisons un petit sommet en sus, histoire d'avoir une vue à 360°. Le paysage est vraiment incroyable. Ça doit être splendide au coucher du soleil.

Peu d'animaux ici: puma la nuit, zorros, condors (mais on n'en verra pas).Le temps se lève, comme hier, en milieu de journée. Au fur et à mesure que l'on descend, les bromélias se font plus nombreuses. Quelques fleurs, des papillons, surtout près du ruisseau. Quelques arbres aux fleurs jaunes éclatantes. La roche (du grès) est ocre ou lie de vin. On remarque des grottes.

Les vallées sont très vertes. On retrouve l'arbre aux grosses feuilles à dessus argenté qu'on avait vu à Mindo en Equateur. On arrive à deux séries de cascades. l'endroit est très fréquenté le week-end par les gens de santa Cruz (la plus grosse ville du pays, à 3H de route d'ici). On se baigne dans l'eau fraîche et se fait masser le dos et les épaules par les cascades. En sortant, on retrouve nos vêtements envahis par de grosses fourmis noires. Brrrr...

Dîner pizzas. Coucher tôt.

Dernier jour à Samaïpata.

Nous prenons le petit-déjeuner chez la charmante restauratrice/boulangère. Elle a ouvert 15 jours plus tôt. Elle est de ces personnes au sourire qui vous donne chaud au cœur. Sur la place, des écoliers vont attacher aux arbres des messages écologiques. Il semblerait que ce soit la journée de l'arbre.

Ce matin il fait grand beau pour la première fois, mais les lointains sont brumeux. Excursion au "fuerte" de Samaïapata. Ce sont les Espagnols qui ont donné ce nom à ce rocher qui était en fait un sanctuaire entouré de maisons de dignitaires. Les Incas y ont succédé aux Chane , les faisant esclaves et tuant ceux qui résistaient en 1470. les Guaranis y ont fait des passages. Vingt ans après leur arrivée, les Incas ont été tués par les Espagnols qui ont établi un fort avant de quitter les lieux assez rapidement. Les prêtres et les dignitaires étaient momifiés et mis dans des niches. Un puma, un jaguar et un serpent sont gravés dans le grès. Ce site a été déclaré patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO en 1998.

Un mur en L sert de calendrier astral. On peut voir les bases de maisons Chane, Inca, et Espagnoles.

Retour à Samaïpata. Bière sur la place et Almuerzo chez notre hôtesse favorite.

la rue piétone et le patio pour l'almuerzo - la place 

Nous retournons pour la troisième fois chez une dame qui peut vendre de façon officielle des tickets de bus pour Sucre. Samaïpata a beau être touristique, il est difficile de s'y rendre et d'en partir autrement que via santa Cruz que nous voulons habiter (la plus grosse ville du pays, sans intérêt et peu sûre). Le deux premières fois elle nous a dit de revenir plus tard...C'est ouvert mais elle n'est pas là. je fais un petit tour dans la ville pendant que Frédéric patiente. Au marché on vend beaucoup de plantes grasses et de nombreux balcons sont ornés de cactus. Certains en particuliers, appelés "cola de mono" (queue de singe) sont assez amusants car ils pendent de partout.

Nous passons l'après-midi dans le jardin de l'hôtel. Je fais le blog. Repos avant une nuit de bus avec arrivée nocturne, comme je les aime... Mais on n'a pas le choix. Il n'y a pas de bus de jour pour les longs trajets. De plus on va enchaîner sur une deuxième nuit semblable pour aller à Tupiza. Espérons qu'on pourra laisser les gros sacs au terminal...

La journée à Sucre va s'avérer une véritable réussite. Début difficile comme prévu: arrivée à 4H00. Tout est fermé. On patiente sur les sièges en pastique du terminal. J'achète un café au lait instantané à une marchande ambulante, faisant le bonheur de l'une et de l'autre. C'est chaud, ça fait du bien. A 7H00, le terminal commence à s'animer. On peut laisser nos gros sacs à la consigne. A 8H00, on peut enfin aller acheter nos tickets pour le bus pour Tupiza? Départ 20H00, arrivée...4H30.Nous retournons au Grand Hôtel où nous avions séjourné, prendre le petit-déjeuner et surtout avoir du WIFI. Le monsieur, qui nous avait accueilli au petit matin la première fois de façon un peu bourrue, nous accueille cette fois chaleureusement en nous reconnaissant. Nous réservons notre hôtel à Tupiza. Elle pourra nous accueillir de nuit. Ouf! Visite de la cathédrale où se trouve le sanctuaire de la vierge de Guadalupe. Seuls le visage et les mains sont peints. Le reste est un vêtement triangulaire couvert de pierres semi-précieuses, brodé de perles et orné de... petites montres. Les gens ont du offrir ce qu'ils avaient de précieux.

Dans la crypte se trouve le cercueil ouvert d'un archevêque mort en 1905 à la fois momifié et moisi. beurk. Nous patientons sur la place. Une manifestation de personnel hospitalier en fait le tour à plusieurs reprises. Je ne suis pas dépaysée!

Puis nous allons à notre RDV de 11H00. Frédéric avait eu le contact, part les gens avec qui il avait discuté de Samaïpata de Christian. Ce jeune homme, né en Bolivie, avait rejoint sa mère partie faire des études en Suisse à l'âge de 7 ans, a la double nationalité mais est revenu dans son pays d'origine retrouver sa famille et ses racines. Il me fait penser à Alex. Il est devenu guide touristique et organise des food-tour. Nous allons donc passer 5-6 heures avec lui à déguster des spécialités locales dans différents lieux. Le tout entrecoupé d'explications culturelles. La journée va s'avérer au-dessus de nos attentes. Nous commençons par le marché où nous dégustons des fruits, du fromage de chèvre frais et des jus de fruits. Nous avions déjà testé ces jus mais là il nous fait goûter des fruits ou des associations que nous ne connaissions pas.

Puis nous montons à l'étage pour une soupe à base de cacahuète. Celles de la région de Sucre sont les meilleures du pays. Nous en achetons pour la site du voyage. Arrêt pour des explications sur les piments. En cuisine, ils sont utilisés épépinés, cuits puis moulus afin de donner du goût et non du piquant (contrairement à la sauce piquante où ils sont utilisés crus). Il existe différentes spécialités, rouges ou jaunes. Sucre en exporte dans tous le pays car c'est sa deuxième spécialité. Dernier arrêt aux fruits secs, en particulier une petite pêche qui sert à faire une boisson.

Puis nous allons déguster une des deux spécialités de la ville: le chorizo. La saucisse a été importée par des allemands, qui ont aussi implanté des brasserie. Les boliviennes ont ensuite ajouté leurs épices. Petite marche dans les rues coloniales, passage devant santa Barbara, le premier hôpital de la ville, pour arriver au parc de la "tour Eiffel". C'est en fait une tour construite initialement pour servir d'observatoire astronomique au siècle dernier et offerte ensuite à la ville.

Etape suivante dans un restaurant bien caché où les boliviens aiment se retrouver pour discuter et goûter une cuisine traditionnelle de qualité. On boit de la chicha (alcool de maïs) en dégustant un mondongo. Ce plat a été inventé par les esclaves africains pour assaisonner les restes de leurs maîtres (bas morceaux). Actuellement il est fait avec du porc et une sauce aigre douce au piment, très goûteux mais pas trop fort. On goûte aussi un plat de poulet.

Nous retournons dans le parc. Christian nous explique que Sucre tient son nom du maréchal Sucre, bras-droit militaire de Bolivar. Evidemment, ça ne vient pas du sucre, qui se dit azucar en espagnol! Par ailleurs, la capitale de la Bolivie n'est pas la Paz mais Sucre selon leur constitution, même si le gouvernement est à la Paz (ce qui en fait la capitale d'après le Petit Larousse). Ça énerve beaucoup notre guide qu'en France on ne respecte pas ça. De ce fait, la capitale la plus haute du monde devient Quito, suivie de Sucre puis de Bogota. Pour terminer, nous goûtons aux brochette de cœur de bœuf émincé et mariné en faisant une dégustation à l'aveugle de différentes boissons: cacahuète, graines de lin, maracuya (fruit de la passion) et d'un dernier vu au marché (liane avec de jolies fleurs que j'ai souvent mise sur ce blog). Et comme dessert, une sorte de galette frite avec du sucre glace. On n'était pas à jeun à la fin! Nous avons donc goûter beaucoup de mets tout en nous instruisant avec un guide très agréable et compétent. Pour finir la journée, nous allons dans un parador (hôtel de luxe dans une maison ancienne) voir le coucher de soleil sur la terrasse en dégustant un cocktail Api (boisson traditionnelle du petit-déjeuner à base de maïs) passion (avec du rhum vieux) et une bière.

Changement de décor en retournant à la gare routière. Nous avons réservé les deux places en haut à l'avant mais n'arrivons malgré tout pas à dormir. Chaleur écrasante au début nous faisant transpirer puis froid nécessitant la sortie des vestes et de la couverture piquée dans l'avion. A 4H30, le bus s'arrêt. Frédéric craint que nous n'ayons dépassé Tupiza mais ce n'est pas le cas. par contre, nous n'irons pas plus loin: la route est bloquée par des manifestants pour une durée supérieure à 24H. Nous apprendrons ensuite que c'est le cas dans beaucoup de villes du pays. Nous n'arrivons pas à savoir pourquoi. Nous attendons le lever du jour puis partons à pieds comme tout le monde. la ville de Tupiza est à 3 km mais nous arriverons à prendre un tuk-tuk avant. Bon accueil à l'hôtel. La dame ne nous fer pas payer la nuit et nous préparera le petit-déjeuner. Nous réservons une ballade à cheval pour le lendemain avec un indépendant conseillé par Christian de Sucre. Tupiza est le far-West bolivien, connu pour ses roches rouges. C'est là que sont morts et enterrés Butch Cassidy et le Kid. Ça donne envie de revoir le film! Puis nous organisons notre excursion dans le Sud Lipez et au salar d'Uyuni. Nous retrouvons un couple de Français rencontrés via le site des "français de Bolivie" qui cherchent des compagnons pour le programme dont je rêve: cinq jours avec une ascension de volcan. Top! Stéphane et Mélanie ont 29 ans, sont programmeurs informatique et voyage depuis 1 an en Amérique du sud. Ils sont plus habitués à voyager en solo mais cela diminue le prix de l'excursion d'être plusieurs. L'agence a bonne réputation sur les réseaux sociaux et le Lonely mais impossible de négocier alors qu'à priori ils ont tous les mêmes prestations. En fin de journée, nous montons au cerro (mont) de la Cruz admirer un point de vue sur la ville et les environs. C'est un calvaire au sens propre (chemin de croix). la montée prend environ 1h00.

Après une bonne nuit, nous retrouvons Eddy pour la randonnée à cheval de 3H00. Il travaillait pour des agences mais pendant la pandémie, il a dû continuer à payer une redevance alors qu'il n'avait pas de clients! Il s'est donc mis à son compte et possède 6 chevaux. Nous partons voir les portes du Diable, fines lames de roches rouge qui malheureusement commencent à s'écrouler (les portes se touchaient encore il y a 25 ans). De grands cactus ornent le site ainsi que des acacias. Ces cactus poussent de 1 cm par an; On imagine leur âge!

Nous rencontrons une famille française en voyage longue durée avec une adorable Chloé de 8 ans. Nous poursuivons jusqu'au canyon de l'Inca, impressionnante gorge où nous poursuivons à pied (il faut faire un peu d'escalade). Si on la parcourt en totalité, la ballade dure 7H00. Nous remontons sur les chevaux et rentrons.

mobilier en bois de cactus 

Cela m'a tellement plu que Frédéric me propose de repartir, seule cette après-midi. j saut sur sa proposition. Eddy me promet des galops. Nous déjeunons sur le marché campesino, où les paysans des environs viennent vendre leurs produits trois fois par semaine. Des grossistes viennent s'y fournir. Au menu, chicharrones de lama accompagné de mote (maïs jaune, plus ferme que le choclo), bananes et granadilla. Le tout arrosé d'une bonne bière.

Je retourne chez Eddy. mais finalement, il doit entrainer l'équipe de saut à cheval d la ville (lui-même a été champion de Bolivie l'année dernière dans la catégorie 1M25) et c'est un ami/employé qui m'accompagnera, mais surtout il y aura un autre français qui n'est monté à cheval qu'une seule fois, il y a 5 ans. Adieu les galops. Mais je ne venais pas pour ça mais pour profiter des paysages grandioses tout en étant à cheval. Philippe vient de Toulouse et s'avèrera un compagnon très agréable que tout enchante. Nous allons cette fois à l'autre bout du canyon de l'Inca, à la porte du Duende. Le paysage est différent mais tout aussi beau. Je n'ai pas pris l'appareil photo, qui n'a pas apprécié les cahots du trot et la poussière du matin.

Je retrouve Frédéric. En centre-ville, nous ne trouvons que des pizzas. Nous refaisons le plein d'argent liquide en prévision de l'excursion à venir.

Départ pour l'excursion de cinq jours. Nous chargeons le 4X4 en faisant la connaissance de René, notre chauffeur/guide. Premiers arrêts pour des points de vue sur les formations géologiques des environs.

Puis nous essayons d'approcher un troupeau de lamas.

Nous avons aussi la chance d'être survolés par un couple de condors. Les vigognes sont revenues depuis notre premier séjour en Bolivie.

Arrêt pour le déjeuner dans le village natal de René qui en profite pour aller voir sa maman. Il est venu à Tupiza pour chercher du travail et un climat plus agréable. Il a 3 enfants de 13, 11 et 7 ans. Les villages ont tous une église, une école et un centre de santé. es unités dentaires mobiles interviennent dans les villages.

Prochaine étape: la cité enchantée. Ce sont d'incroyables créations dues à l'érosion. Certaines de ces flèches de pierre sont creuses. On ne se lasse pas d'explorer tous les recoins, grottes de ce lieu magique.

On poursuit par le village fantôme. Cette fois, il s'agit d'une vraie ville qui a abrité 4000 habitants et 12 églises au temps de la colonisation espagnole. Les préhispaniques exploitaient des mines à ciel ouvert. Les espagnols sont arrivés et leur ont appris à exploiter les mines souterraines en... les réduisant en esclavage. Ils ont aussi fait venir des esclaves africains qui ne résistaient pas au climat. On descend quelques mètres dans un souterrain, vite oppressant à 4855 m d'altitude. Pauvres mineurs! Une légende dit qu'après un souci avec le diable (je n'ai pas tout compris), les habitants ont été décimés les uns après les autre. Epidémie? maladie due au mercure nécessaire pour isoler l'or et l'argent? Il ne reste plus que des ruines. Un mince torrent coule en contrebas. D'où venait l'eau pour une telle population? Les survivants se sont repliés sur la grande ville de Potosi qui était plus peuplée que Londres ou Madrid à l'époque!

René, qui connait parfaitement sa voiture repère une fuite au niveau d'un amortisseur. il met sa combinaison de mécanicien, se couche sous la voiture, et répare ça en 2 temps 3 mouvements. Impressionnant!

Coucher de soleil sur le lac de Morejon. Nous découvrons la passion de nos compagnons pour les couchers et levers de soleil. 30 min après que le soleil ait disparu, ils continuent à prendre des photos. Nous nous impatientons et René s'énerve car nous devons entrer dans le parc national avant 19H00. Altercation ave Frédéric qui met les choses au point. Arrivée à l'hôtel à 20H00... René doit encore faire de la mécanique.


Le lendemain, lever 4H30 pour voir le lever de soleil sur le lac Hedondia à 6H00, après une heure de route. René s'énerve car ça lui fait des journées à rallonge à conduire sur piste; mais ç'est ce qui avait tété négocié avec l'agence. Ambiance...

Il fait très froid: -3° au thermomètre mais avec un vent glacial. Atmosphère de premier jour du monde. Les flamants sont pris dans la glace. Il dorment, la tête sous l'aile. Ils ne peuvent bouger qu'après le dégel sous peine de se briser les pattes. Je suis congelée mais le spectacle en vaut la peine.

René se venge de l'attente et du lever avant l'aube en nous privant de confiture. le pain (sec comme toujours) ne me tentant pas, je me contente d'un Nescafé au lait. Heureusement, Frédéric est très complice avec lui et détend l'atmosphère. Deuxième arrêt au lac Kollpa , merveille de bleu, de blanc et de flamands. Ce lac produit un shampoing naturel.

Traversée du salar de Chalviri. Peu de sel et beaucoup de borax. Baignade aux termes de Chalviri. L'eau a une température idéale (probablement 38°). Gare aux coups de soleil car on s'y prélasse un bon moment. On guette un affaiblissement du vent pour sortir (plusieurs serviettes sont d'ailleurs parties à l'eau!). Cette fois, j'ai enlevé mon bracelet en argent pour qu'il ne s'oxyde pas.

Frédéric discute avec une guide qui accompagne un groupe de La Paz à Buenos Aires en 17 jours. Elle nous conseille , après Uyuni, de retourner à Tupiza puis aller en Argentine puis que d'aller à San Pedro de Atacama au Chili. On regrettera juste l'observation des étoiles avec l'ancien astronome, qui nous avait tant plu il y a 20 ans.

Nous reprenons la route dans un paysage de volcans aux multiples couleurs. De gros cailloux disséminés dans un désert de sable ont fait nommer le lieu "désert de Dali" en référence au tableau.

Nous arrivons à ce qui est resté un de mes plus beaux souvenirs: la laguna verde (en fait elle est plus bleue que verte) au pied du volcan Licancabur, à la frontière avec le Chili. Vous les reconnaissez? Je les ai choisis pour la couverture de ce blog. Ce lac est gris le matin et vire au vert (ou bleu) ensuite. Cela a donné lieu à une discussion interminable entre nos compagnons qui voulaient un départ à 5H00 et René qui ne voulait pas attendre 14H00 pour être sûr que le lac ait sa belle couleur, ce à quoi je tenais absolument. En fait, cela dépend du vent. Comme il s'est levé tôt, le lac a viré tôt mais il moutonne et cela le blanchit. Enfin, cela reste grandiose. On ne se lasserait pas de l'admirer, ne serait le vent glacial. Un adorable Zoro (renard) nous attend au bord de la route; Il doit espérer qu'on lui donne de la nourriture. Ce n'est pas une bonne chose, mais ça nous permet de le regarder tranquillement.

Nous retournons vers les termes. Un jerrican d'essence vide s'est envolé du toit. les recherches pour le retrouver s'avèrent vaines. Déjeuner. Les repas ne seront pas le point fort de ces 5 jours. Nous piquons un avocat et du fromage laissés sur une autre table par un groupe de Français. Comme souvent (déjà à Sajama), on trouve un tatou empaillé porte-bonheur...

Nous allons voir ensuite des geysers. Il s'agit de boues bouillonnantes au sein d'un sol multicolore; Ca ne pue pas trop et nous nous réchauffons au sein des émanations. C'est le point le plus haut de notre route, à 4950 m.

Dernière étape de cette journée fabuleuse: la laguna colorada. des algues donnent une coloration rouge à l'eau. Les zones rouges, bleues, blanches et rouges et les flamants roses font un tableau extraordinaire. Un sentier en hauteur permet de l'en profiter pleinement. il n'existait pas il y a 20 ans. Je ne me lasse pas de l'admirer. Un maté (infusion) de coca et d'eucalyptus me permet de résister au froid. Frédéric préfère une barre chocolatée.

Nous allons à l'"hôtel", baraque de béton au bord du lac. Il fait très froid. Après une boisson chaude, je repars comme nos deux compagnons voir le coucher du soleil. Les reflets dorés ou argentés sur l'eau sont splendides. Mais qu'est-ce qu'il fait froid.

Nous obtenons de notre hôtesse qu'elle mette en route un chauffage à gaz que nous tournons alternativement vers nous et vers l'autre tablée. Heureusement qu'il y a a toujours de la soupe le soir. Nous mettons un peu de chauffage en douce dans notre dortoir avant de nous coucher. Les couvertures sont les mêmes qu'à Sajama: en lama, chaudes mais extrêmement lourdes! Entre l'altitude, le nez bouché par la poussière et ce poids sur la poitrine, on étouffe un peu. Les nuits sont mauvaises. Finalement, vive les horribles couvertures chinoises synthétiques, chaudes, légères et douces...Nos compagnons se lèvent à nouveau à 5H30 pour le lever de soleil mais nous restons au lit jusqu'à 6H15 pour un départ à 6H30. Nous les rejoignons au point de vue sur le lac.

Puis nous admirons un arbre de pierre sculpté par le vent. Stéphane et Mélanie se photographient sous toutes les coutures à son pied. Difficile de prendre ses propres photos sans les avoir dans le champs de vision!

Petit déjeuner au pieds de galettes de pierre dans lesquelles caracolent des viscachas peu farouches. on peut enfin les admirer de près!

Les volcans ont des couleurs incroyables.

Poursuite par la laguna Honda aux jolies couleurs bleue et blanche, entourée de volcans. Puis par la laguna Charcota, trop asséchée pour qu'on puisse admirer l'habituel reflet du volcan qui la surplombe.

Et enfin, la laguna Hedionda, la seule où il est possible d'approcher les flamants à quelques mètres. Nous ne nous lassons pas de les admirer. Il y en a 3 sortes. Des mouettes des Andes et des avocettes leur tiennent compagnies. Un hôtel a installé 3 chambres bulles qui permettent aux hôtes d'admirer les flamants. Heureusement qu'ils se taisent la nuit, car de jour, ils font un sacré boucan!

Nous reprenons la route et déclenchons la fuite de perdrix. Point de vue sur un dernier lac. Ce n'est pas pour rien que nous avons choisi "la route des lagunas"!

Nous allons déjeuner au sein de formations rocheuses (je crois que c'est du granit érodé mais de loin on dirait une coulée de lave...), avec vue sur un volcan actif, l'Ollague (5850 m) qui fume. Le paysage est magnifique mais les propriétaires du refuge peu accueillants. on aurait pu acheter du saucisson de lama mais leur peu d'amabilité nous en dissuade.

Cette fois, nous faisons fuir des nandous (version sud-américaine de l'autruche africaine). J'ai beau savoir que c'est un oiseau coureur, leur vitesse 'impressionne. Leur nom local est "suri" (souri). Traversée du salar de Chiguana avec arrêt près d'une voie ferrée qui relie la Bolivie au Chili pour le transport de minerai.

Nous arrivons au bord du salar d'Uyuni. Des champs sont labourés. A la saison des pluie, il pousse de la quinoa. Mais l'exploitation du lithium, future richesse de la Bolivie, présent en grande quantité dans le salar, pompe beaucoup d'eau et les paysans ne peuvent plus irriguer leurs champs. Nous goûtons une bière au cactus et une à la quinoa. Elles me plaisent mais Frédéric ne les aime pas. Celle à la quinoa doit avoir un problème de fermentation car elle n'en finit pas de mousser et déborder de la bouteille après ouverture. Elle laisse une odeur de céréales sur les doigts.

Différentes sortes de quinoa 

D'énormes cactus poussent sur la place. Nous retrouvons la famille française rencontrée à Tupiza.

Nous arrivons à notre hôtel, à Chuvica au bord du salar, fait de briques de sel. Même le sol est en gros sel et le mobilier (lits, tables, sièges) en sel. C'est bien isolé et il fait bon à l'intérieur. Il y a un hôtel à la Pachamama sur une des décorations.

Nous roulons un peu sur le salar pour admirer le coucher de soleil.


René nous fait la surprise de fêter ça avec un verre de vin Bolivien, du fromage de chèvre et des chips. Très agréable moment!

Nouvelle dispute à propos du programme entre nos compagnons et René. Frédéric est de plus en plus complice avec lui. Heureusement! Sinon l'ambiance serait infernale. il sympathise avec la cuisinière/guide de l'autre groupe. Elle nous fait des frites mais les sert froides comme souvent en Bolivie; moment délicat pour lui expliquer que nous aimons beaucoup ça mais chaudes... René les fait réchauffer et le plat se vie rapidement. Lever à 5H15 pour aller voir le lever de soleil sur le salar. J'admire les étoiles avant de partir. Comme les couchers, les levers sont peu colorés.

Nous roulons jusqu'au village au pied du volcan Tunupa. La légende dit que Tunupa était une très belle jeune femme qui avait un fils. En apprenant que son mari la trompait, elle versa des larmes et lacéra sa poitrine, créant le salar (lait et sel). En cours de route, nous faisons un arrêt photo de "notre" volcan, car nous allons en faire l'ascension! Enfin, d'un des sommets du cratère, à 5 200m, car le vrai cratère est à 5 400 m environ mais sans neige, il n'est pas accessible, car fait de pierriers instables. Ce sera notre deuxième 5000m après l'Illiniza avec Johanna en Equateur.

Petit-déjeuner sur la place du village: pancakes préparés avant l'aube par la gentille cuisinière avec du dulce de leche. De quoi prendre des forces. Guide local obligatoire. Nous rencontrons Mario (à croire que tous les guides s'appellent Mario...) et avons un petit choc: il a 70 ans! C'est le doyen des 8 guides du village. Mais la suite de la journée nous montrera qu'il a encore la forme: il mettra un point d'honneur à arriver le premier des trois groupes en route ce jour-là. Nous montons en 4X4 à 3 800m. Nous marchons au sein d'une végétation d'altitude: herbes jaunes et piquantes, acantutas roses, fleurs jaunes à épines, yareta vertes (mes "coussins verts") et rares quenuas (surutilisés pour faire du feu), cactus fleuris


A 4 200m, vue époustouflante sur ce volcan: multicolore à l'ouest, cratère éventré avec à pics blancs vertigineux et tours noires. Le chemin se fait plus raide et plus instable, fait de gravillons.

Nous montons sur du rouge, du jaune, du rose et arrivons au bord du cratère à 4 900 m. Pause pique-nique. Nous avons des hamburgers à la milanesa de pollo: une fine tranche de poulet pannée, grasse et non croustillante, froide. Un vrai régal! Cette fois nous utilisons mes feuilles de coca et avons prévu de la boisson du même nom.

Nous repartons pour les derniers 200 m de dénivelé. Frédéric souffle un peu mais s'en sort bien. Le spectacle en haut est époustouflant.

avec le 2° drapeau officiel de la Bolivie, hérité des Incas 

Je continue avec Stéphane et Mélanie jusqu'à un col un peu en contrebas, au niveau des premières aiguilles. Pendant ce temps, Frédéric joue les photographes pour beaucoup de couples/ groupes.