Carnet de voyage

Cap autour du monde

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Dernière étape postée il y a 4 heures
Par Capart
365 jours de voyage, qui dit mieux ?
Du 8 janvier 2023 au 8 janvier 2024
366 jours
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Publié le 7 décembre 2022

Un an loin de cette petite vie parisienne... Un an loin de la maison, de la famille, des amis... Un an seule, avec mon sac à dos et mes deux paires de chaussures. Quelle idée ! Pourtant le 8 janvier décollage pour le Népal. Pourquoi le Népal ? Aucune idée. Je souhaitais commencer par la Mongolie mais les températures m'ont dissuadée. Et je n'ai jamais fait de treks. Et j'ai une forme physique pas au top. Et je détester porter un sac à dos. Et j'ai des chaussettes préférées qui ne sont pas compatibles avec la notion de prendre seulement l'essentiel. Mais bon, le billet est pris, l'employeur est prévenu, le camion de déménagement est loué, les au revoir ont commencé et il ne me reste plus grand chose à acheter avant de partir alors... Let's go !


C'est un voyage réfléchi sans l'être vraiment, c'est parti d'une envie lointaine, d'une petite provocation "de toute façon je vais partir !" pour se transformer petit à petit en un projet concret, réalisable et bientôt réalisé. Il fallait bien l'écouter cette petite voix qui me demandait "est-ce vraiment ça la vie que tu veux ? rester à Paris ? dans ces conditions ? ...", et ça allait faire deux ans au même endroit. Et qu'est-ce qu'on fait habituellement après deux ans à Paris ? On va voir ailleurs ! Et cette fois-ci pas besoin d'un VIE, pas besoin de rentrer régulièrement, pas de regrets sur ce qu'on laisse derrière... Car si on part, c'est pour une raison, non ?

Alors il est temps de partir, de ne pas vivre dans le passé et de profiter du moment ! Et comme dirait une nana/ ange dans un des pires films de Noël Netflix de cette année "worrying doesn't take away tomorrow's troubles, it takes away today's peace" : pas d'inquiétude tout va bien se passer !!

Mes plantes vont bien, merci 
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Publié le 9 janvier 2023

Après une semaine assez complexe émotionnellement, mélangeant excitation / appréhension / nostalgie et surtout beaucoup de déni… Il fallait bien le prendre cet avion (enfin ces avions) !

Décollage dans les larmes, mise en mode avion alors que je ne captais déjà plus, lancement d’un film et pouf j’étais déjà arrivée à Istanbul. J’ai commencé à réaliser que je partais, seule, à l’arrivée de cette correspondance. En effet, j’étais exactement au même endroit en novembre 2021 lors d’un voyage à destination de la Thaïlande. C’est en reconnaissant le hall, la borne internet et la porte d’embarquement où j’étais précédemment accompagnée qu’il y a eu un déclic : cette fois tu te débrouilles toute seule ma vieille, et tant pis si ton sac est trop lourd et que tu as envie de t’en plaindre ! (Il fait 12 kilos et j’espère vraiment ne pas devoir faire des treks avec).

L’arrivée au Népal s’est faite sans encombres, le visa obtenu très rapidement et un transfert de l’hôtel m’attendait devant l’aéroport (ce que je considère être un petit luxe, j’avais envie de commencer en douceur). Sieste de récupération dans un lit de bien 2m de large, je risque pas de tomber, puis achat d’une carte sim pour le mois.

Mes premières impression (très hâtives) du Népal, ou du moins de Katmandou, sont les suivantes : ville vivante, grouillante, bruyante. Des klaxons toutes les 5 secondes, une organisation entre les scoots / voitures / piétons qui n’est pas très claire au premier abord, des détritus un peu partout. Et pourtant, on sent qu’il se passe quelque chose… J’ai l’impression que ce bordel fait un peu écho en moi et me permettra d’apprécier d’autant plus la tranquillité prochaine des montagnes.

J’ai commencé dans l’avion le livre Kilomètre zéro de Maud Ankaoua (merci Agnès pour le conseil !). Histoire d’une femme devant se rendre au Népal un peu contre son gré et qui va s’y découvrir. J’ai donc l’intention de suivre les conseils prodigués dans le roman « Chaque instant que tu perds à être malheureuse ne te sera jamais rendu. Tu sais où commence ta vie, mais pas quand elle s’arrête. Une seconde vécue est un cadeau que nous ne devons pas gâcher. Le bonheur se vit maintenant. »

Alors direction le bonheur au Népal ! C’est à dire que je vais au resto goûter leur plat traditionnel héhé

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Publié le 11 janvier 2023

Je ne vais pas vous mentir : c’est une petite claque cette ville.

Si je m’étais un minimum renseignée avant de venir, je n’aurais pas été surprise, tout est déjà écrit dans les blogs et sites de voyages. Ne souhaitant pas me gâcher la « surprise » je suis partie avec pour seules connaissances les dires d’un YouTuber parti 3 semaines au Népal en 2020 et le film disponible sur Netflix « Aftershock: Everest and the Nepal Earhquake » (intéressant mais ne regardez pas avant mon départ du pays). Donc je n’y connaissais pas grand chose…

Aujourd’hui je peux dire que je comprends lorsque les gens disent qu’on adore ou qu’on déteste Katmandou, comme Marseille bébé (mes lectrices d’une autre génération n’auront pas la référence, désolée). Je n’ai pas détesté mais je n’ai pas eu le coup de cœur non plus.

Pour résumer : les temples/ lieux touristiques sont beaux mais pas toujours accessibles aux touristes, il y a finalement peu de choses à voir à Katmandou centre, c’est bruyaaant, on mange très bien.

J’ai fait peu de visites depuis mon arrivée, ayant privilégié une lente acclimatation (petite flemme j’avoue) et le fait de marcher d’un point à l’autre plutôt que de prendre un taxi car il parait qu’il faut se perdre dans les ruelles.

Les quelques visites :

Swayambunath, le Temple des singes, situé sur une colline, auquel on accède par un long escalier composé de 365 marches. J’ai du faire une pause en cours de route, autre que celles pour reprendre mon souffle, car des singes faisaient un blocus et que je n’osais pas passer. Après quelque temps un gentil népalais et sa femme m’ont dit de les suivre, sans ça je risquais de rester bloquée longtemps. J’avais en tête le souvenir d’autres singes d’un autre pays, un poil plus agressifs et l’idée de me faire mordre si tôt dans mon périple ne me plaisait guère.

Le Temple, au delà de ce qu’il représente religieusement (c’est bien expliqué ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Swayambhunath) a surtout été un petite respiration pour moi. Du calme, de la verdure, des petits singes, des plus gros singes, une vue sur la ville. On est loin des klaxons et de la poussière d’en bas.

Ensuite je me suis rendue sur la grande place de Katmandou, Durbar square (https://fr.wikipedia.org/wiki/Place_du_Darbâr_(Katmandou)) . C’est joli, il y a des monuments, des travaux (suite au fameux tremblement de terre de 2015), un ancien palais, des pigeons.

Souhaitant m’extirper de la foule j’ai suivi des ruelles au hasard pour, avec ma chance, tomber sur « Asan Bazar » c’est à dire une sorte de souk népalais… Je tourne à droite : des stands, à gauche : des stands, à droite : des stands… ça ne s’arrêtait pas. Et c’est pas comme si j’avais des choses à acheter (ils proposent plein de marques de sport pour pas cher !). Une expérience assez amusante car l’ambiance y est différente des rues plus classiques de Katmandou. Les scoots peuvent passer mais pas les voitures, ce marché étant situé dans des ruelles très étroites. Cela n’empêche pas le bruit mais cette fois il vient plus des voix des humains !

Autre lieu incontournable : le stupa de Bodnath (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bodnath), absolument immense. On tourne autour dans le sens des aiguilles d’une montre. Comme lors de toutes mes visites très peu de touristes occidentaux, j’ai du en croiser 3 ou 4.

Impossible de prendre une belle photo du stupa tellement c’est grand. À droite, le monde qui tourne autour. 

Et pour finir mes visites… Le temple de Pashupatinath (https://fr.wikipedia.org/wiki/Temple_de_Pashupatinath). Il s’agit d’un édifice religieux hindou situé au bord du fleuve Bagmati. J’avais lu qu’il n’ouvrait l’après-midi qu’à partir de 17h donc je me suis promenée dans les alentours. Suis tombée sur un parc, parc qui menait à un cours d’eau, cours d’eau que j’ai suivi, pour finalement tomber sur le temple. Donc j’ai pas payé l’entrée mais c’était pas fait exprès (et je suis pas tout à faire sûre que l’entrée soit autorisée pour les non Hindus mais trop tard…) !

C’est un temple où ils pratiquent des crémations. C’est à dire qu’il y a plusieurs plateformes sur lesquelles sont posés des morceaux de bois et où l’on va déposer la dépouille (on ne voit pas directement le corps car il est dans un draps blanc). Je ne suis pas restée suffisamment longtemps pour voir « l’allumage » (pardon j’ai pas trouvé d’autre mot…) mais des corps brulaient déjà lorsque je suis arrivée. J’étais préparée psychologiquement à la scène donc j’ai été moins impressionnée que ce que j’imaginais. Pour ceux qui se posent la question : non il n’y a pas d’odeur particulière, juste du bois qui brûle en plein air.

Et j’ai aussi eu le droit à une rencontre sympathique qui m’a détournée de la scène. Un jeune garçon m’a abordée pour discuter, savoir d’où je venais. On a papoté, il m’a un peu expliqué en anglais approximatif ce qu’il se passait et m’a demandé de prendre une photo avec lui pour les copains. Vu ma photogénie habituelle les copains vont être déçus mais si ça fait plaisir ! Sur le conseil de ma sœur je lui ai demandé sa chanson préférée, ou du moment, afin d’avoir un petit souvenir de chaque rencontre. Alors Suman Giri écoute « Perfect » d’Ed Sheeran… Je m’attendais à plus exotique !

Des vaches en liberté, un coucher de soleil et un bûcher (petit point orange).  

Demain départ 6h30 pour Pokhara, d’où nous débuterons le trek du sanctuaire de l’Annapurna. Je n’aurai peut-être pas l’occasion de publier d’ici là car moins de réseau / wifi, à dans 12 jours (approximativement) !

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- Temps de lecture estimé à beaucoup trop longtemps, désolée -

Comment commencer…. Ces 8 jours sont passés extrêmement vite et aussi au ralenti. Ce fut une expérience inoubliable.

A de très nombreux moments, pendant la marche, j’ai pensé à ce que j’allais écrire. A mes tournures de phrases, aux éventuelles blagues que j’allais pouvoir faire et pourtant je crois qu’il me sera impossible de rendre bien rendre compte de cette semaine écoulée.

Je vais tenter de commencer par le commencement et le pourquoi du comment.

L’idée en voyageant au Népal était de faire un trek, obligatoirement. J’hésitais entre Langtang et celui du sanctuaire. Après réflexion j’ai préféré faire le plus connu, plus fréquenté certes mais partant hors saison cela ne me posait pas plus de problème que cela.

Ensuite, il fallait régler la question du guide et / ou du porteur. N’ayant jamais fait de trek ni porté mon sac à dos (je me débrouille généralement pour faire porter mes affaires ou mon eau par mes compagnons de randonnée, quitte à ne pas boire du tout tellement je n’aime pas porter de sac), j’avais peur de ne pas avoir les épaules pour supporter plusieurs jours d’affilée une petite dizaine de kilos à porter.

La solution à la question s’est trouvée assez facilement : avant de partir j’avais publié sur un groupe facebook des français au Népal pour savoir s’il y aurait des personnes partantes pour partager un verre ou une sortie sur le mois à venir. Un français en particulier m’a répondu, Loïc, en tour du monde de 7 mois avec Rémy. Nous avons dîné ensemble et nous avions l’envie commune de faire le sanctuaire, avec des dates qui coïncidaient. Je n’étais pas très sûre de partir sans guide mais l’idée d’être avec deux français plutôt sympas me plaisait. Dans un premier temps nous avons convenu de faire le trajet en bus de Katmandu à Pokhara ensemble, puis j’aurais à décider sur place de les accompagner ou de faire le trek de mon côté.

La veille du départ j’ai loué un duvet et une doudoune bien chaude et acheté un bonnet pour tout matériel, ayant le sentiment que je partais avec très peu d’affaires pour affronter la montagne et le froid qu’il ferait en altitude mais pas le courage de porter plus. Ce trek arrivait bien tôt dans mon séjour et dans mon tour du monde en général, je ne me sentais pas prête et pourtant j’en avais terriblement envie après ces quelques jours bruyants dans la capitale. C’était l’appel de la nature, l’appel de l’air frais et du challenge à surmonter. RDV 6h30 à l’arrêt de bus qui se trouvait à 4min à pieds de chez moi, j’ai passé la veille au soir à faire ma première lessive à la main et à tenter de sécher au sèche-cheveux tant bien que mal les affaires afin de ne pas partir en trek avec des vêtements déjà sales…. La nuit fut courte, surtout qu’il m’a fallut attendre encore quelques jours avant de ne plus être sur le rythme français.

Le bus a été une expérience très amusante. J’avais lu que les conducteurs « arnaquent » les touristes en les faisant asseoir au fond du bus, les places les moins confortables, étant donné l’état de la route et des amortis des véhicules. Cela s’est effectivement vérifié, le conducteur nous a indiqué nos places fictives au fond, ce qui nous convenait très bien. La route étant bien défoncée, j’ai passé une bonne partie du trajet (de 8h) à faire des bonds sur mon siège, c’était assez amusant ! En revanche impossible de dormir.

A l’arrivée nous nous sommes directement dirigés vers le bureau délivrant les permis de trekker pour environ 40euros. Prise de photos, signature de documents, tout se fait minute. Ce permis en poche, nous avons tout ce qu’il nous fallait pour débuter le trek ! Nous passons une nuit à Pokhara puis nous partons en taxi tôt le matin suivant vers Nayapul, le point de départ des randos et treks. La nuit est fraîche, je m’étais réservé une chambre seule pour justement bien me reposer avant d’attaquer mais j’ai froid, c’est bruyant, je ne suis pas contente, toujours calée sur l’heure française je dors peu.

Et nous voilà sur le départ !! Excitation, peur, fatigue, de nouveau tout se mélange. Mais je prends le temps de regarder autour, tout est nouveau, je ne connais pas ce type de paysage. C’est beau, ce n’est que le début mais c’est déjà immense. Je sens mon sac à dos : c’est lourd (je l’avais allégé de quelques affaires laissées à l’auberge heureusement). La première partie est composée de marches, presque uniquement de marches. C’est d’autant plus difficile car il y a moins de plat et ça monte raide. De plus, certaines marches sont bien trop hautes pour mes petites jambes… C’est toute ma force que je dois mettre à chaque fois pour m’élever de mon poids et du sac à dos, je sens que j’aurais dû faire du sport les semaines précédentes !

Premiers jours  

Notre premier lodge est vide, nous avons une chambre chacun et aucun autre touriste avec nous. Il faut que je précise qu’il y a plusieurs itinéraires pour rejoindre l’ABC, par Poon Hill ou en direct. Nous avons choisi le parcours le plus long, par Poon Hill car la vue y est réputée très belle et l’acclimatation à l’altitude normalement plus aisée. Ce trek étant moins emprunté, ou avec des arrêts différents des nôtres, sur cette partie du parcours nous avons généralement été seuls dans les lodges pour dormir. Les températures commencent à chuter dès le coucher du soleil, le contraste est assez saisissant entre l’après-midi et le soir, et cela va aller en s’empirant. La nuit est donc fraîche et une fois encore il m’est difficile de dormir. Je suis dans ce lieu totalement inconnu, je regarde bien trop mon portable, je suis tracassée, j’ai déjà froid.

Poon Hill et moi avec mon sac à dos  

Le lendemain nous prenons notre petit déjeuner devant une vue magnifique, au soleil, la journée s’annonce belle.

Je déchante assez vite lorsque je me rends compte que les marches de la veille n’étaient en fait que le début… et que tout le trek sera en fait DES MARCHES. Mes petites jambes subissent, avec difficulté mais j’avance. Les garçons me distancent pas mal, je les vois au loin et ils m’attendent à des points stratégiques. Nous montons Poon Hill, première vraie difficulté pour moi. C’est plus d’une heure de montée de marches super raides et la sommet est à plus de 3000m d’altitude. Je finis par planquer mon sac dans des herbes pour monter plus légèrement, le trajet étant le même à l’aller et au retour.

Après Poon Hill nous déjeunons, egg veg spaghetti pour tous les trois : des spaghettis aux œufs et aux legumes, puis nous reprenons la montée.

ET LA C’EST LE DRAME. Je ne digère pas les pates et régurgite une partie de mon dejeuner. Il nous reste encore une demie journée de marche et je ne suis pas en super forme. Je laisse les gars partir devant et avance au ralenti. Mon état s’empire avec la montée. Mon ventre n’est pas content, la sangle du sac ne me fait pas du bien mais si je l’enlève tout est porté par mon dos et c’est trop douloureux… J’avance pas à pas. Je me fixe des objectifs qui se trouvent à 5m de moi. Je fais une pause à chaque virage. Je m’assoie dans les marches le souffle court, le cœur qui bat si vite. Je n’ai plus le contrôle de mon corps. J’ai de grande difficulté à faire redescendre mon rythme cardiaque après avoir monté 10 marches, je suis épuisée et inquiète. Je n’ai pas le choix que d’avancer, normalement le village que nous devons atteindre ne doit pas se trouver à plus d’une heure, peut-être deux avec mon rythme. Je me sens diminuée et il n’y a RIEN que je puisse faire, je suis seule face à moi-même et ma volonté. Chaque pas me pèse et j’ai peur que mon cœur me lache. Je n’ai pas supporté mon déjeuner / l’altitude / l’effort, j’ai du sommeil de retard, je n’ai qu’une seule envie : m’allonger sur une marche et y dormir. Y faire une bonne longue sieste, j’ai tellement besoin de dormir. Mes yeux se ferment… J’imagine que des animaux vont me trouver et me manger… Je reviens à la raison : si je reste trop longtemps en arrière les garçons vont s’inquiéter et je ne veux pas être un poids pour eux. Alors je continues malgré tout. Le jour commence doucement à décliner et je n’en vois pas la fin, le village devrait être bientôt là. Je me trouve sur une petite crete, je crois voir de la fumée mais en fait c’est un nuage qui passe…. Je fais des pauses encore et encore, c’est interminable et mon état ne s’arrange pas. Lors d’une énième pause je vois Rémy plus haut sur un rocher, je me dis que c’est bon je dois être arrivée ! Pas du tout, Rémy me dit qu’il n’a pas son sac et qu’il va prendre le mien. Je ne comprends pas tout de suite. Loïc est parti avec leurs deux sacs pour que lui-même puisse porter le mien… Je suis honteuse, énervée, mais aussi extrêmement soulagée. Sans sac je peux marcher et respirer sans que mon cœur soit au bord de l’implosion (et on marche dans une sorte de forêt donc plus de marches).

Je pense qu’il nous a fallut une heure supplémentaire pour rejoindre le village, les estimations données étaient peu fiables. Je suis arrivée, je suis allée me coucher, dans mon duvet et recouverte de deux couvertures supplémentaires. Mon état ne s’arrange pas, je me lève au bout de deux heures et finis de rendre mon déjeuner. Me sentant mieux, je rejoins les garçons dans la seule pièce chauffée par la poêle. J’essaye de m’hydrater au maximum. Mauvaise idée : l’eau ne passe pas non plus. J’arrive tout de même à boire un peu de bouillon pour le dîner. La nuit est difficile évidemment, je ne rattrape pas le sommeil manquant et n’ai pas l’impression de guérir.

Le matin je mange quelques cuillères de porridge puis nous repartons. Nous sommes en descente sur le début de la marche donc j’avance normalement. Je mange un demi sneaker avant d’attaquer la grande montée… Encore une mauvaise idée ! Je vomis de nouveau quelques dizaines de mètres plus tard. Les garçons sont dejà bien montés. Les sensations de la veille reviennent mais je me concentre : une respiration = une marche, je réduis excessivement mon rythme afin de m’assurer de ne pas trop pousser mon corps. A mi chemin, après de nombreuses pauses, je me rappelle les carambars que j’ai dans les poches. Je revois très clairement le moment où je les y est mis, et je bénis ce fameux jour. C’est que du sucre, ça m’aide à avancer. Les garçons sont de nouveaux venus à ma rencontre pour me porter mon sac mais cette fois je suis moins loin qu’ils n’imaginaient et je peux continuer sans aide. Nous nous posons pour déjeuner et décidons d’y rester la journée. J’en ai besoin physiquement, eux doivent faire leurs lessives et ça m’arrange énormément.

J’ai enfin réussi à faire une bonne nuit de sommeil, j’ai retrouvé l’appétit, je me sens mieux. Je décide de continuer le trek. J’avais eu peur de devoir abandonner aussi vite, nous en parlons avec Loïc et Rémy et nous convenons que mon état de santé et ma vitesse de marche ne sont plus un frein pour monter jusqu’à l’ABC avec eux. Les jours suivants se mélangent, c’est de la montée, on voit bien qu’on se rapproche de plus en plus du but. Les sommets sont de plus en plus visibles. Le Machapuchare (6993m) est à notre droite, nous le longeons pour atteindre le sanctuaire.

Lever du soleil  

En prévision de l’altitude je prends du Diamox, médicament permettant de réduire le risque de mal des montagnes. Je ne ressens donc pas d’effets particulier, si mon précédent épisode n’était pas justement un contre coup de l’altitude…

Pour le dernier jour d’ascension il est prévu peu de temps de marche, pour nous laisser le temps de nous faire à l’altitude. Nous atteindrons le camp de base du Machapuchare puis nous dirigeons vers notre destination finale, le camp de base de l’Annapurna. Je me sens bien, apaisée. Je sautille. Je prends des photos et cours pour rejoindre les garçons. Je sais au fond de moi que bien qu’il reste la descente c’est bon, j’ai réussi.

Approche du camp, vue du coucher du soleil et photo souvenir (j’avais froid) 

Et j’y arrive. J’atteins le camp de base. Je l’ai fait. Malgré les insomnies, l’intoxication alimentaire, la diet forcée. Je repense au livre Kilomètre Zéro que j’ai fini en cours de trek. En l’occurrence « Nous atteignîmes une heure plus tard le sanctuaire dans un cri de victoire. Je me sentis petite et grande à la fois, au centre de treize plus hauts sommets himalayens! Minuscule au milieu de ces montagnes imposantes emplies de certitudes, mais immense d’être arrivée jusque-là ».

Je me rappelle aussi qu’elle est aussi passée par une phase de maladie, de rejet. Ca me fait presque plaisir de me dire que si j’étais dans cet état c’est qu’il fallait que mon corps accepte la situation. Toute la situation. Moi, ici au Népal, dans ces conditions. Pas de retour en arrière. Maintenant on avance et on avance bien, on arrête de foncer dans le mur, ça empêche de dormir et ça fait mal au ventre. « Je lâche le contrôle, je fais confiance à l’univers. Nous sommes là où nous devons être. Il suffit d’être à l’écoute sans chercher quoi que ce soit, sans penser à l’avenir, parce que je crois que nous ne pouvons imaginer la grandeur du spectacle ».

Pano de l’ABC au lever du soleil, avec le glacier devant  

Pour être tout à fait honnête je suis fière de moi. Je suis fière de m’être lancé ce défi et d’avoir réussi dans ces circonstances. J’ai eu de l’aide évidemment (et je remercie chaleureusement mes deux compagnons de voyages pour cela !!), et j’ai beaucoup pensé à mon entourage, à ceux qui comptaient pour moi. Je me suis étrangement sentie aimée et portée, même loin de tous. Il est évident que c’est typiquement une experience de vie que j’aurais aimé partager avec ceux qui ne sont plus là mais je suis tout à fait persuadée qu’ils étaient avec moi tout du long. Et qu’ils auraient aussi été fiers parce que la petite Capu qui sort de sa zone de confort pour aller vomir aux pieds de l’Annapurna c’est pas tous les jours !!

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Publié le 25 janvier 2023

Le retour à la réalité a été un peu difficile. Redescendre de la montagne, retourner à l’activité humaine, sortir de sa bulle. Car pendant 8 jours c’est ce que c’était : une bulle d’inconfort, de nature et de bonne humeur.

Inconfort d’activité physique, d’hygiène (les douches à 40 degrés alors que la température de la pièce d’eau avoisine les 0 degrés, les seaux d’eau chaude lorsqu’ils n’ont pas de douche, les toilettes turcs sans réelle évacuation, les toilettes turcs sur lesquelles l’eau dispersée autour gèle rendant l’ensemble très très glissant, l’absence de savon pour se laver les mains, l’eau trop froide pour ne serait-ce que pour se laver le visage..). Nature évidemment car hors village où se situaient les lodges il n’y a rien, à part des marches et de la végétation (oui oui je ne me remets toujours pas de la quantité de marches montée).

Le premier jour à Pokhara a donc été éprouvant émotionnellement. Après avoir passé presque 10 jours avec mes deux compagnons français, qui m’avaient bien aisément fait oublier que j’étais bel et bien partie seule, c’est l’heure des au revoir. C’est de nouveau moi avec moi-même et c’est un peu déprimant. Heureusement après un appel à ma maman au bord du lac, ou plutôt un premier craquage au téléphone, et une bonne nuit de sommeil me voilà de nouveau sur pied ! Je décide de rester un ou deux jours à Pokhara puis de filer à Bardia, le parc National abritant des tigres.

5 jours plus tard je suis encore à Pokhara et je vais y rester encore 4/5 jours…

Cette ville incite à la paresse, à prendre le temps, à trainer, à lézarder. Il suffit d’un rien pour prendre des habitudes et c’est ce qu’il se passe ici. Je prends un rythme molasson, à base de réveil entre 8h et 9h, petit-déjeuner entre 9h30 et 10h, discussions avec les voyageurs présents à l’auberge, lecture, préparation (qu’est-ce que je fais de ma matinée, aucune idée réellement) puis décollage pour des visites vers midi. L’après-midi est dédiée à la découverte de la ville et de ses alentours, pour un total de 12 à 20km par jour (je rattrape ma flemme matinale) puis je rentre me reposer à l’hôtel avant de ressortir diner ou boire un verre.

Les visites ont été les suivantes :

  • World Peace Pagoda (https://www.tripadvisor.fr/Attraction_Review-g293891-d447149-Reviews-Peace_Temple-Pokhara_Gandaki_Zone_Western_Region.html), la pagode / le temps de la paix : on y accède en contournant le lac Fewa au bord duquel la ville est installée, en traversant des champs et en montant (encore !!) des marches. Je me suis évidemment un peu perdue en chemin, j’ai demandé à une mère et sa fille la route à prendre qui m’ont indiqué un chemin qui descendait au lieu de monter… J’ai fait demi tour après quelques mètres persuadée que je n’allais pas dans la bonne direction. Quelques minutes plus tard j’ai eu la surprise de voir que ces deux personnes étaient en fait derrière moi et s’arrêtaient aux mêmes endroits. Mon imagination s’est vite emballée, je m’imaginais qu’elles allaient me tendre un guet-apens et que j’allais devoir leur donner toute ma fortune. J’ai donc fait différentes tentatives pour voir à quel point elles me suivraient et même en contournant le chemin pour me rendre à un point de vue hors route principale elles se trouvaient toujours derrière moi…. Arrivée au temple j’ai laissé mes chaussures aux soins des gardes qui s’acharnaient à crier « chuuut » pour que les touristes (principalement népalais) respectent le silence du lieu et j’en ai fait le tour. Monument très grand, j’y ai surtout vu un intérêt dans la vue imprenable sur les montagnes qu’il offre. Chaussures remises (mes suiveuses avaient-elles fait tout cela pour me voler mes chaussures Salomon ? Absolument pas non), je reprends ma rando en direction de Pumdikot, où est érigée une statue géante de Shiva. Tout le long du chemin je suis accompagnée par un chien, qui semble me montrer la voie. Il faut savoir qu’il y a des chiens PARTOUT au Népal et qu’il est fréquent qu’ils fassent des petits bouts de rando avec les marcheurs (bon ok j’ai peut-être ouvert un paquet de gateau devant le chien, comme ici il n’y a pas de croquettes ils sont habitués à être nourris comme cela). Sur le retour je retrouve mes deux népalaises, qui ne m’ont pas détroussée mais qui ont seulement été au même endroit que moi toute l’après-midi…
Photo de gauche non retouchée, la chienne, la vue de la rando, Shiva et la pagode de la paix dans la descente 
  • Le musée international de la montagne : située à proximité de l’aéroport, ce musée met en avant les différentes ethnies népalaises, les monts les plus hauts (la majorité se trouvant dans l’Himalaya), des récits des explorateurs, de leurs équipements, des explications sur la formations des montagnes, la faune et la flore népalaise, les risques humains sur l’écosystème… Très complet, j’ai passé un bon moment dans ce musée et ça changeait des temples !
Le musée en intérieur et en extérieur  
  • Sarangkot, qui bénéficie d’un point de vue imprenable sur la ville et sur les montagnes. J’ai rencontré un français qui souhaitait faire la même rando le lendemain donc nous avons décidé d’y aller ensemble. Je laisse mon gros sac à l’hôtel, prends ma trousse de toilette et une tenue de rechange et c’est parti pour une rando de quelques heures puis d’une nuit à l’hôtel afin d’observer le lever du soleil sur les montagnes le lendemain matin. Pour ceux qui me connaissent il m’arrive assez régulièrement d’emprunter des chemins de rando peu commodes voire non conseillés, ça fait partie du charme Sgr. Malheureusement pour mon compagnon, Paul, ce charme n’a pas opéré… Moins d’une demi heure après notre départ nous nous retrouvons dans un passage étroit dont l’usage a l’air d’être un tout à l’égout / dépotoir / passage pour l’eau en temps de mousson. Un niveau est un peu trop haut à passer pour moi, Paul m’aide à monter et se tord la cheville en me tirant. Moment un peu gênant, je me sens responsable et je ne peux pas faire grand chose. Il souhaite continuer donc nous avançons tant bien que mal. Heureusement nous rencontrons très vite un Népalais qui nous accompagne et nous indique un chemin plus approprié. Il fait un bout de route avec nous et malgré un anglais approximatif nous échangeons un peu. Il recommande un chemin direct et assez pentu car nous avons l’air en forme. Il fait très chaud, beaucoup plus que pendant le trek. Nous sommes en plein soleil, il doit bien faire 25 dégrées. La rando est faite de marches, sinon ce ne serait pas drôle. Paul a plus de mal : la chaleur, sa cheville, un manque de pratique, le font souffrir. Pour ma part je me rends compte que tout va bien. J’ai chaud mais mon corps s’est habitué aux marches et je ne subis pas, j’en profite même ! Je me sens plus forte qu’auparavant et capable de bien plus. Nous rencontrons en cours de route un anglais / israélien / canadien avec qui nous finissons la rando. Arrivés en haut le paysage est très brumeux et nous ne voyons pas grand chose. En plus Paul a l’air de vraiment souffrir, nous prenons rapidement nos chambres afin de nous reposer pour la soirée.
Vues lors de la rando  

Le matin, lever 6h10 pour assister au lever du soleil à 6h55, ça pique ! Et la brume est encore au RDV donc impossible de voir le soleil sur les montagnes. On a quand même le plaisir de voir distinctement le soleil monter très doucement. Retour en cable car (téléphérique) et je retourne à mon hostel récupérer mes affaires.

Lever du soleil  

Ces quelques jours à Pokhara ont été doux, j’ai vite été gagnée par la langueur qu’il y règne. Cela m’a permis de bien me reposer, de faire le point suite au trek, à mes premières semaines népalaises et sur mes attentes / envies. Après 8 jours dans notre monde, loin de la réalité (encore plus lorsque nous avons coupé nos téléphones plusieurs jours de suite et que le rallumage a été pour moi une source d’appréhension et d’hésitation) il fallait un retour progressif, ce que cette ville offre aisément.

J’ai l’impression d’avoir déjà vécut plusieurs vies : celle d’avant mon départ, dont les dernières semaines s’estompent petit à petit, celle de Katmandou, celle du trek et celle-ci. Et ce n’est que le commencement…

Je vis de plus en plus dans l’instant présent, je ne dépends de personne et ait plaisir à partager des instants de vie avec des inconnus. L’expérience avec Paul m’a aussi fait prendre conscience que partir avec quelqu’un qui n’a pas le même rapport à l’activité physique, qui n’a pas non plus l’habitude de randonner (pas de chaussures adaptées par exemple) est un frein et je suis bien contente de ne compter que sur moi-même la plupart du temps !

Au programme du reste de la semaine : retraite de 4j de yoga / méditation sur les hauteurs de Pokhara ! Ils appellent ça retraite mais c’est plutôt un stage car accès wifi et droit de parler. Les deux français viennent de finir et m’indiquent que nous serons 3… Rien de mieux pour progresser ahah (je vais morfler)

Stay tuned 😉

(Et merci pour vos petits messages en commentaire, ça m’a fait très plaisir !!)

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Retraite de yoga et de méditation pendant quelques jours, encore une belle expérience. Ce fut en plus d’une réelle pratique du yoga et d’autres activités annexes, une intégration dans la vie d’une famille népalaise.

Je dis 4 jours mais c’est en fait deux demi journées et deux jours entiers. Pour faire simple, voici le programme suivi sur les deux jours pleins (avec un seul massage sur la totalité de la retraite) :

Le programme et le couple qui accueille  

Pour le premier jour, à l’arrivée une chambre est attribuée, je fais connaissance avec mes futurs compagnons de retraite et avec nos trois professeurs autour d’un thé et de pop-corn. Je suis donc avec un couple de norvégiens très sympathiques, venus découvrir le Népal lors d’une petite entorse à leur tour d’Europe en van. Il y a deux professeurs de yoga, le directeur de l’établissement et un plus jeune qui l’aide depuis deux mois, la prof de danse / masseuse qui est la femme du directeur.

Nous commençons notre premier cours avec le prof le plus jeune. Je ne suis pas très douée mais cela ne change pas beaucoup des cours que j’ai pu faire précédemment en France. C’est une toute première pour les norvégiens donc c’est assez drôle à voir (et à entendre !), l’ambiance est décontractée. Seconde activité de l’après-midi est la dance népalaise… Et là ça devient franchement drôle : nous devons suivre les mouvements de notre prof en ayant aucune idée de ce qu’elle fait réellement. On se regarde tous, on sourit et rit beaucoup, il n’y a aucun jugement sur ce que l’autre fait, on a suffisamment de mal à savoir quoi faire de son propre corps pour se soucier des mouvements de l’autre ! En tout ça ça détend et on sort de cette session avec la banane.

Vient rapidement le diner, tous les plats sont végétariens et excellents. Elle cuisine les plats typiques népalais, on sent que c’est totalement naturel, que c’est fait simplement et avec plaisir. Elle nous dit d’ailleurs que ça lui fait plaisir quand ses hôtes aiment sa cuisine, que c’est un peu comme si nous étions ses enfants et qu’elle est heureuse quand tout le monde mange bien. Les quantités sont importantes mais c’est tellement bon qu’on se ressert presque systématiquement.

Le soir, nous faisons de la méditation à la bougie. Le principe est simple : dans le noir une bougie est allumée, on fixe le halo sans cligner des yeux pendant quelques minutes puis on éteint la lumière et il faut lors se concentrer sur la trace laissée par la lumière lorsque nous fermons les yeux. J’avoue que la première partie de l’exercice m’est difficile et je cligne des yeux toutes les 10 secondes.

Nous nous couchons à 21h, selon le rythme népalais.

Le lendemain c’est réveil 5h50, départ pour la marche à 6h15. Bon en fait le vrai départ est à 6h25 mais personne ne me l’a dit la veille. Nous marchons une bonne heure sur le bord du lac Fewa, le temps de nous réveiller complètement et que cela nous serve de petit échauffement. La lumière est belle, nous assistons au lever du soleil sur le lac, accompagnés des nombreux chiens du voisinage. De retour c’est boisson chaude pour la pause intermédiaire puis de nouveau session de yoga et méditation. Cette fois nous avons le directeur de l’école, qui est plus expérimenté et qui corrige nos positions plus régulièrement. Il nous propose aussi régulièrement de nous aider à pousser un peu plus, aller plus loin dans le mouvement que ce que nous arrivons à faire naturellement.

Les journées passent vite, le petit déjeuner arrive tard pour nous, comme nous nous levons tôt nous avons l’impression qu’il est l’heure du déjeuner lorsque nous finissons le premier cours de yoga. Le rythme est assez intense et nous apprécions les pauses ainsi que l’excellente nourriture bien méritées.

Je ne vais pas rentrer dans le détails de toutes les activités, plutôt donner mon ressenti général sur cette retraite.

Ce fut de nouveau une parenthèse hors du temps, un espace de bien être et de découverte. On se sent bien avec cette famille, ils ne parlent pas tous bien anglais mais ce n’est pas grave, on en apprend un peu plus sur le Népal, sur sa culture, ses habitudes, les répercussions du covid… Le yoga fait du bien au corps, on pousse l’effort différemment que lors d’un trek, de nouveaux muscles sont sollicités et c’est de plus en plus agréable. J’ai l’impression que mon corps a été mis à rude épreuve sur les dernières semaines et c’est un réel bonheur de constater que c’est possible : qu’on peut faire beaucoup de choses avec de la volonté. Je ne dis pas qu’il suffit de vouloir pour pouvoir mais c’est en tout cas un bon début. Cette première étape, ce premier pays, m’aura donné confiance en mon corps. Cette confiance que j’avais perdue ces deux dernières années en pensant que je n’étais pas suffisamment bien. En fait si, ce corps ne correspond peut être pas à l’idéal masculin et il y aura toujours mieux ailleurs c’est vrai. En revanche il me supporte jour après jour, c’est avec lui que je passe mes journées et je dois le respecter, l’entretenir, sans écouter les voix intérieures et extérieures qui viendraient le comparer à d’autres. Chacun est unique et je sais que je suis bien telle que je suis actuellement et qu’à l’avenir si quelqu’un pense que je ne suis pas assez bien alors tant pis pour cette personne, je resterai fière de ce que nous avons accompli mon petit corps et moi. Je vais bientôt avoir 30 ans et je réalise que si je ne me respecte pas, d’autres se permettrons de faire de même.

La méditation a aussi aidé mon bien-être mental. Après le yoga on s’allonge sur les tapis, recouverts d’une couverture et on se laisse entraîner par la voix de notre instructeur. Le but est de ne pas nous endormir tout en nous détendant complètement, ce qui est très difficile (il arrive au norvégien de se réveiller au son de son propre ronflement, j’ai de la chance de ne pas faire de bruit : je me réveille aux sons plus forts de la musique). Il est facile de sombrer car l’anglais des instructeurs n’est pas parfait et lorsqu’ils nomment les parties du corps auxquelles nous devons penser il est fréquent de laisser son esprit dériver… L’importance est de pouvoir se concentrer de nouveau sur le moment présent. Alors on laisse venir les pensées intrusives et on les laisse repartir, sans les interpreter. Il s’agit de questionnements, de pointes de nostalgie parfois, de projection dans le futur, d’anticipation, de regrets. Et c’est pas grave, ça continuera d’arriver et tant que j’arriverai à retourner au moment présent, à ma propre réalité alors je crois que ça me permettra de prendre conscience que j’avance et que je continue de grandir.

Les concepts de notre instructeur sont simples et nouveaux pour personne :

  • go with the flow : ce qui est un peu synonyme de vivre dans le présent pour moi, de ne pas lutter contre notre propre nature
  • Trust the process : ayons confiance en la vie, en ce qui va nous arriver ; mais qui est très lié au suivant :
  • 3D : désir, détermination, discipline… savoir ce que l’on veut et faire ce qui est en notre pouvoir pour l’atteindre. Le but n’est pas tant le résultat, car tout ne dépend pas de nous, mais bien ce qui est réalisé pour l’atteindre et les efforts fournis.

Et bien qu’ayant lu ou entendu parler de tout cela précédemment, cela a pris une nouvelle signification pour moi. Il doit le répéter à tous ses élèves, cependant je crois que j’avais besoin de l’entendre à ce moment précis de mon voyage.

Je ne sais pas si je vais suivre les exercices de souplesse indiqués ; je suis sûre de souvent repenser à ses paroles et ses indications lorsque je suis submergée par les émotions. Car c’est un peu ça le yoga : avoir totalement conscience de son corps et de son esprit et surtout garder le contrôle. Réapprendre à se faire confiance, à faire confiance à son intuition et faire 1 entre ce qu’on ressent dans son corps et ce que dit la tête.

J’ai passé 4 jours avec cette famille et je me suis sentie bien. Ils étaient très prévenants sans être intrusifs et j’ai eu le droit à la marque rouge sur le front en partant. Je ne vous cache pas que je me suis sentie un peu bête et que j’ai même demandé au bout de combien de temps je pourrais l’enlever… Finalement je l’ai gardée pendant les 17h qu’ont duré mon trajet en bus de Pokhara à Bardia et ce jusqu’au lendemain matin 6h30 (elle a un peu subit pendant le repos du bus, heureusement j’avais le bonnet pour cacher!).


Trop de concentration  

Je vais peut-être devenir hippie à ce rythme… J’ai même acheté un pantalon en chanvre ! Promis je ne me mettrai jamais au thé matcha.

Je suis à présent à Bardia, au parc national, pour une durée indéterminée. L’objectif est de voir des tigres en marchant dans la jungle. Je suis morte de peur (de me faire attaquer, de ne pas en revenir) mais je vais appliquer mes propres leçons et ça va le faire !

« Je ne vous quitte pas, dit-il doucement. Je serai avec vous d’une manière différente », La clarté de la Lune, Clan des Otori (lecture du moment).

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Le plaisir d’aller de me rendre au parc national de Bardia au lieu de celui de Chitwan résidait principalement dans le fait que sa situation géographique le rendant difficilement accessible, les touristes y seraient moins présents et les infrastructures moins développées, donc les chances de voir des tigres plus élevées.

Mais qui dit moins accessible dit aussi bien relou, surtout avec les routes Népalaises.

En partant à 11h30 de la retraite de yoga j’ai eu le temps d’aller directement à la station de bus avec un petit bus local, de chercher avec difficulté le comptoir pour acheter un ticket pour Bardia, d’acheter un paquet de chips et une barre de chocolat en vitesse et de sauter dans le bus 15min avant son départ ! Je suis rassurée le bus n’est pas plein et il est plus moderne que celui pris pour faire KTM-Pokhara, les sièges peuvent s’incliner et je ne suis pas mise tout à l’arrière.

Petit à petit le bus se remplit, uniquement de népalais, je suis la seule européenne. Les bus touristiques ne se rendent pas dans cette région mais au moins c’est un direct ! Qui dit direct ne veut absolument pas dire rapide… Il faudra environ 17h pour faire les 430km. J’ai un gentil népalais à côté de moi, qui s’endort assez rapidement. J’essaye de faire de même mais ce n’est pas très confortable et ma tête à tendance à tomber sur l’épaule de mon voisin. A plusieurs reprises je me redresse en panique car je m’appuie sur lui ! C’est un trajet épuisant et plus d’une fois je me met à rêver de mon incroyable lit à Tours, sous mon velux, en écoutant la pluie, avec le gros chat noir. Mais non, je dois prendre mon mal en patience ! J’avais réservé un hotel pour qu’ils puissent venir me chercher à l’arrivée, peu importe l’heure. L’assistant du conducteur me tire donc du sommeil vers 6h du matin et 30sec plus tard je sors du bus, totalement désorientée. Un tuk tuk m’attend, il me prend mes affaires directement, je monte dedans sans réfléchir et me voilà à retenir mes sacs d’une main tout en essayant de mettre ma doudoune de l’autre. Il y a tellement de brouillard que je ne suis pas sûre que le conducteur y voit grand chose… 12km plus tard j’arrive enfin à destination ! J’engloutis un petit déjeuner copieux (pain perdu à la népalaise et muesli aux fruits) puis vais me coucher. Le reste de la journée je suis un peut décalée, je traine à l’hôtel, rédige l’étape précédente et, en fin de journée, le propriétaire de l’hôtel m’accompagne jusqu’au view point situé à 3/4 kilomètres. Je suis un peu inquiète car le parc naturel se trouve de l’autre côté de la route donc les animaux pourraient être très proches. Je ne sais pas à quel point c’est sécurisé et le fait que l’on me dise que des panthères viennent régulièrement près de ma chambre m’inquiète un peu.

Je dois normalement aller faire le safari à pieds le lendemain mais il est annoncé de la pluie, je décide donc de repousser d’un jour pour mettre toutes les chances de mon côté. J’en profite pour prendre mon petit déjeuner vers 9h, pancakes au miel, et de traîner avec les touristes présents. Je me balade dans le village, j’achète des petits gateaux et des clémentines… J’ai l’impression de faire mon marché du dimanche, c’est agréable. L’après-midi je fais un grand tour dans la campagne autour du village ; il fait beau, chaud, les enfants font des coucous de la main.

Le jour suivant, réveil 6h10 pour petit dej 6h30 et départ 7h dans la jungle ! La jungle n’a pas grand chose à voir avec ce que j’imaginais. Je pensais à une forêt tropicale mais c’est un raccourci de ma part. C’est en fait un mélange entre des plaines d’herbes hautes, des bosquets de fougères, des landes désertiques autour du cours d’eau… D’un premier coup d’œil on se rend vite compte que s’il y a besoin de courir se réfugier dans un arbre le choix de l’arbre sera problématique car parfois il y en a peu ou alors pas de ceux dans lesquels on peut monter rapidement. (Note à moi-même : apprendre à mes futurs enfants à grimper aux arbres juste au cas où, j’ai quelques années pour m’y mettre personnellement..) En entrant dans le parc je me dis qu’il aurait été préférable que mon guide me donne quelques instructions, des recommandations et des conseils au cas où nous nous trouvions à proximité d’un tigre. Car j’ai des notions du comportement à adopter suite aux différentes conversations avec les autres guides ou étrangers mais ce guide là ne communique pas avec moi. Comme nous devons nous montrer les plus discrets possibles nous évitons de parler au maximum. Ce sera silence pour la journée !

Arrivée dans le parc

Les premières minutes sont très tendues. Je suis aux aguets et j’ai peur au moindre bruit. Les tigres peuvent être partout !

Nous faisons plusieurs stops : un premier dans la plaine, dans une haute tour, de la taille d’un immeuble de deux ou trois étages. C’est fait en bois, lorsqu’on est en haut ça tangue et c’est pas très rassurant. Ca n’a pas l’air d’affecter mon guide. Il décide de ne pas rester et repart d’un coup, je dois suivre rapidement. Nous nous rendons dans une autre tour, qui a une vue plus précise sur une parcelle d’eau. Mon guide m’explique qu’un tigre a été vu la veille traversant dans un sens et il espère qu’il fera le trajet inverse ce jour-ci. Nous y restons assez longtemps, rien ne se passe. Nous repartons vers un autre point d’eau. Idem, mon guide s’assoit et attend. Il est souvent sur son tel, je ne comprends pas bien ce qu’il se passe. On repart vers la deuxième tour. Cette fois on s’installe pour plusieurs heures. Un couple de touristes nous rejoint avec leur guide. Nous déjeunons sur place.

Dej avec vue 

Il était prévu dans le package de la journée le petit déjeuner ainsi que le déjeuner. Pour le dej j’ai une gamelle de riz et une omelette. Au bout de 10min mon guide m’apporte en plus du chili et des légumes. Je ne comprends de nouveau pas : est-ce qu’il s’agit de son reste de déjeuner ou bien devait-il dès le début partager avec moi ? Dans un premier temps je me contente de chili car le riz est très sec. Évidemment mauvaise idée… C’est TRÈS TRÈS TRÈS épicé… Je me précipite pour y ajouter des légumes et espère que cela apaisera le feu dans la bouche. Malheureusement (encore !!) mon ventre n’y croit pas trop et n’est décidément pas content de devoir tolérer de tels ingrédients.

S’en suit une après-midi de bruits de ventre de l’extrême (sans que j’en sois particulièrement mal non plus), que mon guide entend parfaitement dans ce silence complet. Il finit même par me dire « the tiger will hear you » = le tigre va t’entendre…. Ajoutant un peu plus à mon malaise.

L’après-midi nous nous déplaçons plus, à travers des paysages très différents. Des forets, des plaines, le long de l’eau, dans le sable, sur les cailloux… Tout y passe.

Mon guide de dos ahah 

Je suis toujours aux aguets : lors des arrêts au sol nous tournons le dos à la jungle et je trouve l’attitude de mon guide suspecte. Il est trop détendu ! C’est une forêt avec des ANIMAUX SAUVAGES, lâche ton tel et protège moi !! Il se moque de moi parce que je me retourne à chaque craquement (il s’agit en fait des oiseaux qui soulèvent les feuilles pour fouiller le sol) et me dit que de toute façon si un tigre approchait réellement on ne l’entendrait pas car il poserait une patte après l’autre d’une façon si délicate que nous ne pourrions le percevoir. Ok merci, me voilà super rassurée. Sinon il reste encore les panthères et les rhinos et les éléphants qu’on peut entendre alors on peut être un peu plus attentif non…?

Finalement, mon moment préféré, est lorsque nous nous installons tout près de l’eau. On voit plus facilement les oiseaux et surtout les observer plonger, c’est impressionnant. Nous voyons aussi des loutres (bon ma traduction originelle était fausse, je pensais que c’était des otaries - ça m’a semblé étrange mais pourquoi pas, ils réintroduisent plein d’espèces par ici) et des biches venues s’abreuver.

Au total, nous avons marché 21km, mon guide dit 24, et j’ai trouvé la journée interminable. J’avais l’impression de passer mon temps à ne rien faire ou à courir derrière mon guide alors que je marche normalement rapidement, d’être bien trop bruyante dans tous mes mouvements, d’avoir le pas lourd, de trop me moucher … En fait, de l’empêcher de faire ce qu’il voulait. C’est bête, il est mon guide et je suis seule avec lui, il devrait se mettre à mon niveau et m’attendre lorsque je marche plus lentement parce que je ne suis pas habituée à me prendre des branches dans le visage ! Idem, je suis obligée de me démener pour le suivre tout en m’appliquant de la crème solaire d’une main et en tenant mon bâton de l’autre. Je pourrais me faire manger par un tigre à l’arrière qu’il mettrait 20m à s’en rendre compte.

Vous l’aurez compris, je n’ai pas vu de tigres. Sinon toutes ces contradictions seraient vite oubliées ! J’ai vu un chacal avec les jumelles et c’était trop mimi (« une sorte de renard » parce que je n’avais pas compris mon guide), des éléphants, des singes, des crottes de tigres, un serpent géant déchiqueté (on s’en rend compte à l’odeur tellement le truc empeste de loin), des biches…

Concrètement, je pense que les tigres du Bengale c’est comme le monstre du Loch Ness, le Yéti ou le Dahu… Ca n’existe pas. Les guides s’amusent à gratter la terre pour faire croire aux naïfs touristes qu’il s’agit des traces faites par les tigres pour marquer leur territoire, ils mettent des crottes à droite et à gauche en disant que ce sont celles des tigres (comment pourrait on savoir hein?!), des traces de griffes sur un arbre ou deux pour le côté Wahou et pour finir ils montrent des espèces en captivité à la sortie de la jungle… Le tour est joué !

Plus sérieusement cette dernière partie m’a assez dérangée… On tombe sur un préau avec trois éléphants enchaînés. Il ne faut pas s’approcher car ça peut être dangereux. Ensuite il y a un enclos avec un rhinocéros, allongé au sol. Il refuse de se lever malgré l’insistance de mon guide et l’offre de feuillage bien vert. Comme je fais une drôle de tête (ne sommes-nous pas dans un parc national protégé ?) le guide m’explique que cet animal a tué le moine du village et qu’il a été décidé de l’aveugler et de le garder en captivité. Puis il me montre un autre enclos, sur deux étages, où est enfermé un tigre. Il aurait tué trois villageois. Je ne vois qu’un pelage un peu caché. Donc les seuls animaux sauvages vus de relativement près sont des animaux en captivité, ok…

Vraiment pas fun 

Je finis ma journée fatiguée, un peu déçue, contente de l’avoir tenté mais aussi contente que ce soit terminé. J’aurais pu retenter le lendemain mais ça m’a demandé trop d’énergie, c’est bien trop d’attente, de patience et de tension ! Je veux bien être patiente pour quelque chose dont je suis sûre de voir le résultat mais moins pour des « peut-être », trop de perte de temps... Je sais qu’il pourrait s’agir d’une philosophie de vie mais clairement je ne suis pas encore prête !

De plus, ces quelques jours à Bardia ont été assez solitaires, je ne suis pas mécontente de repartir. Bien que je sois avec trois autres touristes, dont un couple de français, nous ne créons pas de liens particuliers passée la première journée. Nous nous levons tôt, les journées sont longues, les soirées fraîches (ET HUMIDES !!), tous au lit à 21h. J’ai aussi assez rapidement un peu de mal avec les français, qui ont pourtant exactement mon âge, et surtout avec la nana. Dans un premier temps j’ai des difficultés à comprendre l’antipathie que je ressens pour elle. Puis je repense à ce que j’ai lu récemment… Si je suis en colère, si j’ai des sentiments négatifs envers quelqu’un cela vient de moi, pas d’eux. C’est moi qui décide de réagir de cette façon, suite à leur comportement, parole ou action. Alors je creuse un peu la réflexion… Cette fille m’énerve car elle a déjà beaucoup voyagé, elle est pleine d’assurance, elle est très avenante, ils ont l’air bien avec son mec, ils viennent tous deux de recevoir leur PVT pour le Canada et font des projets pour les prochains mois. Bah ma vieille Capu t’es juste jalouse ! Quand je comprends ça je me rends aussi compte que c’est stupide. Je compare leur situation à la mienne qui est tout à fait incomparable. Je me sens bête mais au moins j’ai pu analyser rapidement et je trouve ca bon signe ! Toutes ces fois où j’aurais moi aussi aimé être tranquille, vivre sans pression, profiter sans penser aux conséquences, être ce que j’appelle souvent méchamment un peu « je m’en foutiste » alors que j’en suis actuellement incapable et que je le reproche facilement... Ce sont des rappels de nos propres manquements et chacun devrait agir librement sans être jugé. J’aurais dû ne pas être impactée par cette fille et ne pas comparer. Cette rencontre m’aide à y voir plus clair donc ce séjour à Bardia n’aura pas été totalement inutile !

Bon je sais que dans ce carnet de voyage vous ne vous attendiez pas à autant d’introspection, sachez que moi non plus ! Maintenant que j’écris, ce qui me fait du bien et me permet de pousser un peu plus mes réflexions, je pense que j’apprécierai de voir mon évolution dans quelques mois ou années.

Alors oui je tombe dans le « cul-cul » sentimental mais heureusement je ne force personne à lire 😉 Ce qui m’interpelle c’est que j’écris pour moi mais que j’ai bien conscience que des personnes me lisent, plus ou moins proches, dont certaines que je ne reverrai jamais ; c’est assez étrange. Je ne serai plus jamais employable au ministère ahah

Prochaine étape : Lumbini, ville de naissance de Bouddha !