À propos

Nous sommes Marion (Canard) et Quentin (Cochon), un couple de trentenaires d’origine auvergnate. Après une incroyable aventure en Amérique du Sud pendant 16 mois, nous voici désormais en Asie pour une durée indéterminée !

Nos premiers pas sur la Carretera austral

On en rêvait depuis longtemps : nous voici enfin sur la Carretera austral. On dit que cette route est l’une des plus belles du monde. Tous à bord d’Olinda pour vérifier cette réputation !
Janvier 2023
7 jours
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Un peu de contexte : la Carretera austral est une œuvre de titan. Débutée sous le régime de Pinochet en 1986, elle avait pour but de désenclaver les villes de Patagonie. En effet, ces dernières n’étaient alors accessibles que par la mer ou en passant par l’Argentine. À cette époque, le Chili connait des tensions avec son voisin, notamment sur fond de prétentions territoriales concernant des îles du sud. Le pays se lance dans les plus grands travaux de son siècle : pendant plus de 10 ans, 10 000 militaires tracent à la force du poignet 1 240 kilomètres à travers des montagnes, des fjords, des glaciers… Les derniers mètres sont achevés en l’an 2000 seulement !

Pour donner une idée...

Les portes du ferry s’ouvrent ; nous faisons nos premiers kilomètres sur cette terre mythique. On n’aurait pas pu faire une arrivée en Patagonie plus typique : c’est sous une pluie battante et avec une brume enveloppant les montagnes que nous nous enfonçons dans le parc de Pumalín, notre première destination. Après un bref arrêt sur la plage de Santa Barbara, l’humidité et le froid dans la voiture (nous n’avons pas de chauffage !) nous obligent à sortir polaires, gants et bonnets. Pour l’anecdote, sachez que la première voiture que l’on croise est un autre combi !

 Mister Freeze

Le parc de Pumalín a la particularité d’avoir été fondé par l’homme d’affaires américain Douglas Tompkins, créateur des marques de textile Esprit et The North Face. Lui et sa femme acquièrent en 1991 des hectares de forêt et de montagne pour les transformer en parc protégé. Au fur et à mesure des années, ils continuent d’acheter des terres aux alentours, pour atteindre une superficie totale de 3 250 kilomètres carrés. L’initiative rencontre d’abord de nombreuses oppositions des Chiliens, avant d’être acceptée puis finalement louée. Tompkins meurt dans un accident de kayak en 2015, à 72 ans. Conformément à son souhait, le parc est cédé à l’État qui en fait un parc national.

La route, plutôt bonne au départ, devient vite plus étroite et accidentée. Nous passons au milieu d’une dense forêt, longeant de temps en temps des rivières au débit puissant. Les cimes des montagnes sont cachées mais on devine leur grandeur. Tout autour de nous est immense ; on se sent comme absorbés par le paysage qui nous entoure.

On prend un auto-stoppeur qui attendait patiemment sous un abribus depuis plus de trois heures, au milieu de nulle part ! Il s’appelle Tahir et vient d’Israël. Tout en discutant de nos parcours respectifs, on jette un coup d’œil à droite, à gauche, pour graver dans nos mémoires la singularité de cette route qui nous fait souvent penser à un décor de Jurrasic Park.

D’un coup, nos essuie-glaces ne s’enclenchent plus. On essaie de comprendre d’où vient le hic : serait-ce à nouveau un problème de boulon ? Un fil mal connecté ? Pour le savoir, il faudrait que l’on s’arrête mais la route est si étroite qu’il est difficile et dangereux de stationner. Quentin sort en express à plusieurs reprises essuyer le gros des gouttes pour que l’on puisse continuer à avancer le temps de trouver un bas-côté correct (il a l’habitude, pensez-vous).

À peine garés, le destin nous fait signe : nous croisons encore un combi qui vient immédiatement à notre rencontre. Pour le conducteur, notre fusible a dû cramer. C’est effectivement le cas. Problème identifié, merci beaucoup ! Il faut en mettre un nouveau. Petit souci, on ne se souvient plus où l'on a rangé les fusibles… C’est ainsi que Tahir, Quentin et Marion se mettent à sortir les différents sacs de bricolage. Nouvel inconvénient, tout le bricolage est rangé sous les sièges avant, c’est donc sous la pluie que cette petite fouille s’effectue. Au bout de 10 minutes, nous trouvons enfin le sac salvateur. Délivrance. Marion positionne le fusible et range le surplus dans la boite à gants, ce sera plus simple pour les prochaines fois ! Bingo, ça refonctionne.

C'est par là, j'te jure, c'est par là ! 

Après cette petite aventure mécanique, on laisse Tahir sur le bord du chemin au départ d’une randonnée tandis que, pour notre part, nous continuons jusqu'au quai de Caleta Gonzalo. Nous finirons la soirée dans le van sur un parking du parc. C’est, bercés par les ploc ploc de la pluie sur la carrosserie, que nous nous endormons.

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Le lendemain, la pluie a cessé mais le temps est toujours au gris. On part tout de même faire une petite balade. Les sentiers à travers la forêt nous mènent à une passerelle suspendue qui débouche sur une jolie plage. La rivière rencontre les eaux salées d’un fjord. Au loin un ferry est à quai. La Carretera austral est en effet par endroit coupée par la mer, les visiteurs devant alors embarquer sur des navires pour continuer leur chemin.

Après cette petite mise en jambes, nous continuons notre découverte du parc de Pumalín en faisant la randonnée dite des alerces, du nom de ces arbres endémiques. Nous observons de nombreux spécimens ; tous sont immenses, certains sont multi-millénaires ! On imagine encore une fois tout ce qu’ils auraient à raconter s’ils pouvaient parler (« bah ici, tu vois, il pleut souvent ». Merci Michel). En vrai, ils nous diraient probablement à quel point ils ont été malmenés des siècles durant : leur écorce était en effet utilisée pour étanchéifier les navires. Surexploitée, l'espèce est aujourd'hui protégée.

"Je ne suis pas un arbre, je suis un Ent" 

De retour au van, on ouvre les portes et ça sent très fort l’essence, bizarre… On inspecte chaque placard et on se rend compte que l’un de nos bidons d’essence de secours est percé ! Un clou qui dépassait a en effet troué le récipient suite à de nombreuses secousses. Un peu de carburant s’est répandu, imprégnant au passage nos sacs de voyage et notre couverture, rangés à côté. Le bidon est fichu ; on déverse son contenu dans notre réservoir. On passe presque une heure à tout nettoyer : l’essence semble incrustée au sol et flingue au premier passage tout le papier qu’on utilise. Avec de la patience et beaucoup d’huile de coude, on revient à une situation quasi-normale. Vroum donc.

Mais nous ne sommes pas au bout de notre peine, le sort s’acharne. On vient en effet de rater le parking pour démarrer une nouvelle randonnée. Il faut faire demi-tour. Heu, sur cette route riquiqui, demande Quentin. Oui, sur cette route riquiqui, répond Marion. Cochon s’exécute, et bien entendu votre fou du volant préféré rate la manœuvre. Début de marche arrière. Voilà, pas trop… pas trop… STOP, STOP ! BROUM ! Zut, pas eu le réflexe du frein à main : Olinda a tout le cul dans le fossé. Quentin tente de redémarrer. Nada. Il descend : tout l’arrière est effectivement enfoncé dans un mélange de gravier, de pierres et de branches. On allume les warnings. Quentin sort notre pelette et se met à déblayer les roues et le pare-choc sous la pluie.

Sapeur comme jamais 

Une voiture passe et s’arrête. L’homme se met aussitôt à aider Quentin. Une seconde voiture arrive et le conducteur s’active aussi immédiatement avec sa propre pelle. Au bout de 10 minutes, on tente de redémarrer car plus rien n’obstrue les roues et le bas de caisse. Un, deux, trois, go : Marion appuie sur le champignon. On patine. Olinda n’a pas la puissance nécessaire… Il va falloir pousser. Tout le monde en position. Un, deux, trois, re-go : cette fois, la voiture avance et Marion finalise ainsi le fameux demi-tour. Ouf de chez ouf ! La carrosserie n’a pas un pète, alors qu’avec une voiture moderne, tout le pare-choc en plastique serait resté dans le fossé.

On continue la route en se disant qu’on a vraiment eu de la chance de tomber sur des gens sympas. Autant rentabiliser ce volte-face. On va donc faire cette fameuse randonnée, quand bien même il pleut et qu’on se remet à peine de nos émotions. Au programme : des escaliers taillés dans la végétation, des rondins de bois pour éviter les passages boueux et des passerelles pour traverser des rivières. L’épaisse forêt est splendide. On est frappés par l’humidité qui semble y régner en permanence. C’est le paradis des fougères et mousses.

On arrive en surplomb d’une belle cascade. Après quelques minutes de marche, nous en atteignons une seconde particulièrement haute. Enfin, nous descendons avec prudence un escalier fort pentu et glissant pour atterrir au niveau de la troisième et dernière cascade. Cette marche nous a oxygénés et nous a fait oublier nos mésaventures.

On reprend le van ; Marion conduit... Nous passons la soirée, seuls, sur un mirador donnant sur une lagune aux eaux noires.

Il manque juste un diplodocus 
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Gros dodo, petit-déj, vaisselle, préparation de sandwichs et attaque de taons : nous écoulons notre matinée de façon ordinaire. On décolle vers midi pour aller effectuer une nouvelle randonnée : l’ascension du volcan Chaitén. La route se fait cette fois sous le soleil. On peut enfin voir le sommet des montagnes, l’épaisseur de la forêt ou l’étendue des fjords que nous avons traversés la veille sous la brume. On ne rate pas le parking, haha… Alors qu’on se prépare, un Chilien qui se balade avec sa famille semble très intéressé par le combi. C’est encore un fan du modèle. On lui fait visiter en détail et il est ravi. Allez, c’est parti pour la montée !

Grâce aux panneaux qui jalonnent l’itinéraire, nous avons enfin le nom de ces énormes feuilles de chou que nous croisons depuis Chiloé : il s’agit de nalcas, végétation endémique du sud du Chili et utilisée depuis des temps anciens par les autochtones pour l’alimentation et la médecine (il parait même qu’aujourd’hui on en fait de la bière…).

Faudra goûter ! 

On en apprend également plus sur la dernière grande éruption du volcan. Le 2 mai 2008, ce dernier explose ! Il dégage un énorme nuage et une pluie de cendres s’abat sur la région. Le magma provoque la création d’un dôme qui ajoute 200 mètres de hauteur. La fonte des neiges fait déborder les rivières. Plus de 5 000 personnes sont évacuées. La ville de Chaitén, en contrebas, est complétement dévastée.

C'est avec cette terrible histoire en tête que nous nous approchons du sommet. Le dénivelé est rude. Il faut grimper de nombreux escaliers et enjamber des racines. Mais la récompense est vite là : les points de vue sur l’horizon s’enchaînent.

D'un côté, on peut admirer la végétation touffue et la rivière qui se déroule pour se transformer en estuaire. Le temps étant au beau fixe, on aperçoit même les côtes de Chiloé au loin !

De l’autre côté, les flancs sont désertiques et les arbres morts s’alignent, conséquences de la dernière éruption.

Les dernières montées sont encore plus difficiles, car le soleil tape fort et il n’y a plus d’ombre. Mais le sommet en vaut la peine. Escarpé, pelé et coloré, il offre un paysage complétement différent de ce que nous avons vu jusqu’alors. Deux lagunes trônent au pied de deux dômes.

Des fumerolles s’échappent à droite, à gauche, chatouillant les narines. En espagnol, Chaitén se prononce quasiment comme « shaytan », le diable en arabe. Quentin a cette image en tête tout le long de la randonnée. Après tout, ça sent le soufre du début à la fin…

 C'est la, c'est la, c'est la... salsaaaa du démon !

On se repose au sommet, avec ce panorama trois étoiles, avant d’entamer la descente. Krouic krouic les petits genoux de Cochon. Retour à Olinda pour la suite des aventures.

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En route pour la ville de Chaitén, nous en prenons encore une fois plein les yeux.

La bourgade, reconstruite en 2008, est étendue et agréable, avec un front de mer bien aménagé.

Quelques courses, un bon restaurant, et nous repartons pour nous poser un peu plus loin, au bord de l’estuaire. Nous profitons du coucher de soleil avant d’entamer un sommeil récupérateur.

Nous avons dormi sur un spot de pêcheurs. Le lendemain, quelques-uns montent à bord de leur barque. Un bateau dépose une touriste allemande qui continue sa route à pied. De nôtre côté, on se shampooine et on huile le moteur. Malgré le cadre reposant, il nous faut repartir.

Sur la route, nous recroisons la touriste allemande, que nous embarquons. Elle s’appelle Laura et a acheté un terrain en Patagonie avec des amis. Ils prévoient de s’y installer et de le transformer en réserve naturelle. C’est un travail de longue haleine mais elle semble particulièrement motivée par ce projet. Une nouvelle Tompkins à l'horizon ?

Les paysages sont somptueux et ont changé. Nous sommes sur une route qui serpente entre des montagnes escarpées et des rivières sauvages. Le climat est plus sec. On aperçoit à plusieurs reprises des glaciers sur les hauteurs. Le ciel est très dégagé et le soleil tape fort. Heureusement que Laura, qui connaît déjà bien la région, n’est pas pressée, car nous faisons de nombreux arrêts photo !

Au village de Santa Lucia, nos routes se séparent. Laura continue en effet sur la route principale, alors que nous faisons un crochet pour rejoindre Futaleufú. Situé à la frontière avec l’Argentine, ce village est accessible par une piste en mauvais état qui s’enfonce dans la cordillère. Olinda tient bien le coup malgré les nombreuses irrégularités du terrain.

 Agence tous risques

Pour reposer un peu nos fessiers qui subissent de sacrés soubresauts, on s'arrête au lac Yelcho entouré de hautes montagnes qui se reflètent dans les eaux. On pourrait y rester des heures. Marion y fera trempette.

Vers 17 h, on se pose au bord d'une rivière en installant notre système d’ombre. Et oui, il fait plus de 30° ! Jamais nous n’aurions cru avoir si chaud en pleine Patagonie.

À première vue tranquille, l’endroit est en réalité un terminus de parcours de kayaks ! Plusieurs dizaines d’aventuriers arrivent au compte-goutte, avant d’être rejoints par des vans qui embarquent leurs chaloupes en plastique. Vers 20 h, l’agitation est terminée. À nouveau seuls, on peut enfin se doucher et faire une lessive à la rivière.

On déguste une salade et des patates sautées, accompagnées d’un hydromiel que Miguel nous avait offert à notre départ de l'île de Chiloé. En lui envoyant une photo pour le remercier, nous recevons de lui une image toute mimi de ses canard et cochon sur sa terrasse. Sympa, le clin d'œil !

Malgré la proximité de l’eau, il n’y a ni taons ni moustiques, et on profite de la chaleur jusqu’à la tombée de la nuit. Quel calme. Quel plaisir.

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Il fait encore très beau aujourd’hui. C’est donc sous un grand soleil que nous finissons la route jusqu’à Futaleufú.

Quoi de mieux que de prendre un peu de hauteur pour admirer le village et ses alentours. Direction donc un premier mirador. De là-haut on surplombe la bourgade, le plan d’eau et l’aérodrome.

L'Argentine est à quelques minutes 

Une seconde balade nous conduit au sommet d’une montagne. Une autre rivière turquoise, l'Espolon, dessine un joli tracé dans un cadre champêtre.

Après l’effort, le réconfort. Nous nous posons dans un café pour y déguster des glaces et gaufres ! Marion y planifie la venue de sa mère et son compagnon qui nous rejoindront fin avril. En fin de journée, nous empruntons des petits chemins poussiéreux pour dormir au plus près de l’Espolon.

Nous reprenons le lendemain les 80 kilomètres de mauvaise piste dans le sens inverse, permettant d’admirer sous un autre angle tous les merveilleux paysages traversés. Que diriez-vous de quelques photos supplémentaires pour nous suivre au fil de l’eau ?

Et voilà, c'est déjà la fin de notre première semaine en Patagonie ! On a été vraiment surpris par la diversité des paysages. En quelques jours, nous sommes passés de la forêt humide à des montagnes sèches. Un seul point commun : une beauté à couper le souffle (au sens presque littéral). Autre choc : les contrastes de température. Nous avons enchaîné un climat hivernal à Pumalín et la canicule à Futaleufú.

Notre prochaine étape nous mène au plus près de fjords. Encore un changement d’ambiance en perspective !

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