L’Amazonie, troisième partie : de Belém à Marajo

Belém, l'autre grande ville d'Amazonie, et Marajo, surnommée "l'île aux buffles" : c'est la dernière partie de notre descente de l'Amazone, cette région vraiment extraordinaire !
Août 2022
7 jours
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La première chose qui frappe quand nous arrivons à Belém, il faut bien l’avouer, c’est l’odeur. Pour faire court : ça sent très fort l'excrément. Partout. Tout le temps. En débarquant, nous avons cru que ça venait de nos sacs (mais non), puis de nous (mais non plus), mais il faut bien se rendre à l’évidence : c’est pô nous. L’odeur est la même dans notre chambre, dans la rue, sur les quais. C’est le fruit du combo eau stagnante dans les rues, égouts qui débordent, poubelles éventrées…


Après notre long voyage en hamacs sur le ferry et un peu de repos à l’hôtel, nous allons à la gare fluviale pour consulter les horaires de bateau. En effet, nous ne restons à Belém que ce soir, et embarquons dès demain pour l’île de Marajo, que nous vous présenterons un peu plus en détail dans quelques instants. Il est 17h et toutes les billetteries sont déjà fermées, mais il est indiqué que le bateau part à 8h du matin.

Nous prenons le reste de l’après-midi pour visiter quelques rues du centre. Nous sommes dimanche et tout est absolument désert, donnant une impression de ville abandonnée. Nous retournerons dans ces mêmes rues quelques jours plus tard et le contraste sera impressionnant. N’ayant donc rien d’ouvert ou d’intéressant à cette heure dans l’hypercentre, on se dirige vers le front de fleuve.

Alone in the dark 

Depuis quelques années, la ville a rénové un pan de docks, nommé Estaçao das docas, pour le transformer en lieu de promenade qui abrite de nombreux bars et restaurants. C’est un endroit fort agréable et fréquenté tant par les touristes que les locaux. Il est situé en plein centre historique, juste à côté de notre hôtel. En plus, le port accueille ce soir-là un trois-mâts, visiblement une reconstitution historique. Il est ouvert au public et les gens font la queue pour monter à bord, rajoutant de l’ambiance.

Nous passons la soirée aux docas. D’abord, avec un petit jus avec vue sur le fleuve, puis une bière locale (à l’eau de l’Amazone et à l’açai). Pour le repas, nous mangeons des frites de manioc et la fameuse soupe de tacaca, spécialité de la région, composée de tucupi (jus laiteux de manioc), tapioca, crevettes séchées, coriandre, piment, sel, oignons, ail et jambu (sorte de cresson qui anesthésie légèrement la langue).

Pour conclure, Marion s’offrira une glace aux trois parfums : chocolat, fromage local et fruits tropicaux. Etonnant mais harmonieux. Nous aurons goûté beaucoup de spécialités amazoniennes ce soir. Nous passons la nuit dans un vrai lit (et … sans asticots !), pour la première fois depuis quatre jours.

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Le lendemain, nous nous levons tôt pour prendre le bateau de 8h pour Soure. Mais arrivés au port, il n’y a plus de place pour aujourd’hui ! Solution de secours : prendre à 14h30 le bateau pour Camara, la ville du sud de Marajo, puis prendre un minibus pour rejoindre Soure. Nous nous installons donc dans le terminal des navires, prenons un petit-déjeuner succulent (ironie) et profitons du temps libre et du wifi pour rédiger et poster des étapes sur le blog. Après un grignotage du midi, nous embarquons enfin pour rejoindre l’île. Le trajet en mer sera plus rapide que prévu.

Nous accostons au minuscule port de Camara et posons enfin le pied sur l’île. Les premiers paysages sont très beaux : c’est un enchainement de dense végétation au bord des rivages et de palmiers aux abords des chemins de terre qui font vraiment penser à une carte postale. A l’arrivée, des vans attendent les voyageurs. Nous embarquons dans celui pour Soure. Ça secoue énormément et ça nous rappelle nos grandes heures en voiture du Minas Gerais. Il faut dire qu’il n’y a pratiquement plus de route asphaltée ici. Ce sera moins long que ce que nous pensions. Arrivés à Salvaterra, tout le monde descend ! Devant nous : c’est le fleuve. Il faut prendre une petite embarcation pour traverser et rejoindre Soure, juste en face. C’est un trajet court mais typique, qui nous met tout de suite dans l’ambiance.

Nous arrivons enfin à notre Airbnb. Les occupants ont transformé les dépendances de leur maison en trois petits studios indépendants et bien équipés. Nous voici autonomes pour la durée du séjour.

Un petit tour en ville, quelques courses, un magnifique coucher de soleil sur le port. Et voilà, cette journée de transition est terminée. Demain, nous partons véritablement à la découverte de cette île qui se révèlera extraordinaire.

Mais alors, kezako Marajo ? Son nom signifie « la barrière de la mer » en langue amérindienne. Il s’agit de la plus grande île fluviale du monde : elle a une superficie supérieure à celle de la Suisse ! A proximité de Belém, elle subit le flux et le reflux de l’océan et du delta de l’Amazone. C’est une destination encore confidentielle qui est surnommée « l’île aux buffles ». Elle compterait en effet 600 000 buffles pour 250 000 habitants. Autre particularité : elle a abrité une civilisation antique et avancée, aujourd’hui complétement disparue, la culture Marajoara, dont nous avons admiré les vestiges dans des musées. Aujourd’hui, la plupart des habitants sont regroupés dans des petites villes sur la côte est, au bord du fleuve, laissant la vaste majorité du territoire vierge, recouvert de forêt quasi-impénétrable.

Le lendemain, après une bonne grasse matinée, nous partons à la découverte du village. Il ressemble à la plupart des petites villes brésiliennes que nous avons pu traverser jusqu’à présent, avec une particularité : ici, on croise les buffles en liberté dans la rue. C’est une drôle de sensation la première fois. Que fait-il là ? Est-il à quelqu’un ? Il ne risque pas de charger ? Comment il se repère au milieu des maisons et des voitures ? On se pose les mêmes questions en croisant le second, puis le troisième… puis on se rend à l’évidence. Ça fait partie du décor, et si c’est parfaitement normal pour les gens d’ici, ça le sera aussi pour nous.

L’artisanat de Marajo est également très réputé (céramiques aux motifs géométriques et sculpture du bois notamment). Nous visitons donc une boutique et il faut bien reconnaitre que les articles proposés sont superbes. Bols, couverts, meubles… on a envie de tout acheter pour redécorer notre cuisine, avant de nous rappeler que nous n’avons plus de cuisine. Tant pis, on touche avec les yeux (aïe !).

En début d’après-midi, nous marchons une petite heure, à travers le village puis des petits sentiers de terre entourés de buffles et chevaux, jusqu’à la plage de Barra Velha.

C’est parti pour une trempette au pied des palmiers et cocotiers, suivi d’un repas avec vue sur le fleuve (toujours aussi large qu’on se croit constamment à la mer !). Une bonne balade digestive le long du rivage et il est temps de regagner le centre-ville (il fait nuit à 18h ici, et il n’y a pas d’éclairage sur la route).

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Marajo a une dernière particularité : ce sont ses fazendas, immenses fermes principalement consacrées à l’élevage (buffles, chevaux, zébus…), et qui peuvent atteindre des milliers d’hectares. Plusieurs d’entre elles proposent des activités touristiques. Nous optons pour la fazenda São Jeronimo, dont le tour commence à 8h du matin.

Notre logeuse nous met en contact avec deux taxi-motos pour nous déposer à la ferme. C’est une première pour nous deux ! On grimpe à l’arrière du chauffeur et on s’accroche dans les virages et les dos-d’âne. Cette première balade nous permet déjà d’admirer une partie du paysage, la fazenda étant située dans les terres. Une fois déposés, nous sommes accueillis par le propriétaire. Il vit dans cette fazenda depuis toujours. Ce sont principalement des fruits qui sont récoltés ici. Les buffles sont peu nombreux, une dizaine qui ont tous leur petit nom et caractère nous dit-on !

On nous présente le programme de la matinée : d’abord une balade dans la forêt, avec des explications sur la faune et la flore. Ensuite, un tour de pirogue pour atteindre le bord de l’île. De là, nous traverserons une rivière à dos de buffle ! Puis ce sera une balade le long de la plage et au-dessus de la mangrove, avant de regagner l’entrée à nouveau à dos de buffle. Sacré programme en perspective.

La première excursion, avec notre petit groupe, est donc l’occasion d’en apprendre plus sur cet environnement. En fait, on retrouve beaucoup des informations que nous avait données notre guide à Alter do Chão. On reconnait même des arbres ou des plantes avant que le guide actuel ne nous en parle. Pendant la saison des pluies, la moitié de la fazenda est immergée.

Après avoir traversé cette jungle épaisse où le soleil peine à percer, nous débouchons sur une rivière. Tous en pirogue ! On remonte calmement la mangrove, admirant les racines semi-immergées, les oiseaux ou les troncs immenses. Comme lors de la balade dans la forêt enchantée, on pourrait rester indéfiniment sur cette barque. Mais nous voici déjà arrivés sur la plage, où les buffles nous attendent.

Cette fois-ci, tous en selle (bien qu’en réalité on les monte à cru) ! Après la moto-taxi du matin, c’est une nouvelle première expérience. Une fois tous posés sur nos fiers destriers, tanguant plus au moins selon l’habitude, nous nous enfonçons dans le sable mouillé puis dans l’eau. Petit à petit on s’éloigne du rivage et puis d’un coup, les buffles n’ont plus pied, ils se mettent à nager. On s’allonge alors sur leur dos et on s’accroche en formant un bourrelé de peau au niveau de la nuque de l’animal. Quelle étrange sensation de voir les buffles s’activer dans l’eau, de les entendre respirer fortement. La traversée ne dure que 15 minutes mais elle nous en parait bien plus !

D’autant que le buffle de Marion semble faire n’importe quoi. Même le fazendero (qui nage à côté) a du mal à le remettre sur le bon chemin. En fait, le buffle semble irrésistiblement attiré par Quentin. Il le pousse, le renifle, et tente même de lui grimper dessus, le faisant tomber à l’eau ! Voilà le pauvre Cochon qui remonte, un peu écrasé, sentant sur sa nuque le souffle chaud et humide de son nouveau copain, et tentant tant bien que mal de se tenir à l’écart des cornes. Finalement, la bestiole (à cornes, pas à groin) semble se ressaisir et nous parvenons à rejoindre le groupe de l’autre côté de la rivière. Le retour au point de départ se fait en pirogue, qui elle, ne tente de grimper sur personne !

Cochon a un nouveau copain 

Nous avons bien mérité une petite baignade accompagnée de noix de coco à siroter. Prélassement et décompression assurés à 100% dans ce cadre enchanteur. Nous longeons ensuite le littoral, complétement désert et tout aussi magnifique, sur près d’un kilomètre. C’est tout bonnement paradisiaque : on savoure ces instants, qui, on le sait déjà, resteront gravés dans nos mémoires.

Et glou, et glou, et glou ! 

Il est temps de regagner la ferme en traversant la forêt. La fazenda a fait construire ici une succession de passerelles en bois qui permettent d’enjamber la mangrove sans l’abîmer et de l’observer de très près. Nous n’avons jamais vu de racines aussi hautes et volumineuses. Certaines ressemblent parfois à des araignées géantes !

 L'arbre de l'amour : deux troncs ont fusionné

Et puis, une petite clairière se dessine. Mais qui voilà donc ? Nous retrouvons nos copains à cornes pour la dernière partie du chemin. Hop, on a pris le coup de main et on grimpe dessus (cette fois-ci on a des selles). Aucun ne cherche un rapprochement inapproprié avec Quentin, on est tranquille ! La dernière demi-heure s’écoule paisiblement au rythme de nos montures. Et voilà, nous sommes de retour à la ferme. On descend et on dit au revoir à bubuffle. Cette matinée était vraiment incroyable du début à la fin.

Nous déjeunons à la fazenda. En entrée, on nous offre un bol de turu cuisiné comme un ceviche. Il s’agit d’un animal qui ressemble à un gros ver de terre mais qui est en réalité un mollusque local, qui s’incruste dans les bois morts des mangroves, et qui a la consistance d’une huître. On goutte par politesse, mais il faut bien avouer que le goût et la texture nous écœurent assez. Heureusement, nous enchainons sur un « risotto de la forêt » : c’est un riz rouge accompagné de noix de coco fraîches, d’ananas grillé et de noix du Para concassées. C’est excellent, copieux et raffiné en même temps. On nous offre également une petite mousse du fruit tropical, le bacuri, pour finir sur une note sucrée.

Il est temps de quitter la ferme. Nos chauffeurs de moto-taxi repassent nous prendre et on négocie avec eux qu’ils nous déposent sur les deux plages du nord de l’île. Sur le chemin, nous traversons la fazenda do Bom Jésus, très différente de la première. Ici, pas de jungle ou de plage, mais à perte de vue des plaines semi-inondées, ponctuées de gigantesques arbres et peuplées de chevaux, de buffles, de grues et de flamboyants ibis rouges. C’est un paysage magnifique, qui nous fait plus penser à une savane africaine qu’à l’Amazonie.

Arrivés à destination, c’est encore une autre merveille qui s’offre à nous : la plage de Ceu totalement déserte. Bien que nous soyons sur une plage fluviale, l’océan se fait sentir : la marée basse a créé des bancs de sable et quelques bateaux de pêcheurs colorés se retrouvent posés sur le sol. On passe deux bonnes heures à arpenter la plage, multiplier les points de vue pour les photos et barboter. Comme à Alter do Chão, nous prenons soin de bien trainer des pieds dans l’eau pour ne pas se faire piquer par les raies qui, ici, ont un poison assez redoutable.

On rejoint à pied la plage de Caju Na et ses cocotiers biscornus dont les racines sont dans des petits trous d’eau. Un bras de rivière se jette dans le fleuve. Au loin des pêcheurs rentrent en barque.

C’est l’heure de retrouver nos chauffeurs. Ils nous proposent de nous arrêter à plusieurs endroits de la fazenda pour observer les animaux et le coucher de soleil. Ils ont l’œil ! Au-delà des ibis rouges qu’on repère assez facilement, ils nous montrent plusieurs caïmans dont seuls les yeux dépassent des étendues d’eau. Le chauffeur de Marion a repéré un bébé caïman sur une rive et s’en approche très près en moto jusqu’à que ce dernier, effrayé, replonge dans l’eau. Au loin des chevaux, zébus, buffles, grues et autres oiseaux font leur vie tranquillement sans se soucier de nous.

Le soleil décline et commence à faire scintiller les points d’eau, c’est encore plus beau avec cette luminosité. On s’arrête près d’un majestueux arbre pour observer le coucher de soleil. Des gros nuages (qui se multiplient, signe d’une pluie à venir) viennent donner encore plus de cachet à l’endroit. Le paysage est envoûtant. Nous sommes seuls au milieu de cette immense fazenda, jusqu’à ce qu’un fazendero vienne nous saluer à dos de cheval et coiffé de son chapeau de cow-boy.

 Nos guides nous racontent que la fille du proprio de la fazenda s'est mariée sous cet arbre il y a quelques années !

Le ciel se charge et s’assombrit de plus en plus. On nous dit qu’il faut partir avant que la nuit tombe trop. C’est reparti pour un tour de moto. Une goutte, puis deux. Et finalement la saucée ! A l’amazonienne, comme lors de la dernière fois. On est complétement trempé en quelques secondes. En plus, à moto, les gouttes fouettent encore plus fort. Impossible même de garder les yeux ouverts, on s’abrite comme on peut derrière nos chauffeurs. A l’entrée de la ville, ces derniers s’arrêtent au poste-essence pour s’abriter. La pluie semble s’arrêter, puis reprend de plus belle, plusieurs fois de suite. Tant pis, on ne va pas y passer la nuit. Profitant d’une énième accalmie, nos chauffeurs repartent. Heureusement, la pluie s’arrête complétement quelques minutes avant notre arrivée.

 "Alors, ces vacances ?"

On nous dépose devant notre hôtel. Nous n’avons plus un centimètre carré de vêtement sec, mais c’était vraiment une sacrée expérience. Un petit tour au supermarché, un repas, une douche chaude, et on se couche bien fatigués mais tellement heureux. C’était véritablement une journée mémorable, typique du début à la fin…

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Ce matin, c’est grasse matinée ! Après un réveil tardif, on rédige quelques articles, on trie des photos, on regarde les nouvelles… Le départ de la maison se fera vers 14h, pour rejoindre en moto-taxi la plage do Pesqueiro. C’est une plage au bord d’un village de pêcheurs. Elle est fréquentée surtout par les locaux qui viennent s’y restaurer, jouer au foot, se relaxer.

Nous prenons notre repas les pieds dans l’eau face à un match de foot endiablé. Dès l’arrivée de notre plat, sept chiens viennent se coller à la table, nous fixant avec leurs grands yeux suppliants. L’un d’entre eux donnera la patte à Marion à plusieurs reprises, histoire de bien appuyer sa demande. Pas embêtants, ils nous tiendront compagnie durant tout le déjeuner, et nous leur distribuerons équitablement les restes.

Nous nous promenons durant deux heures le long de cette plage à marée basse. Ici aussi, les bateaux de pêcheurs, colorés et typiques, sont posés sur le sable, appuyant singulièrement la beauté du paysage. Nous regagnons notre point d’arrivée en traversant le village constitué uniquement de maisons en bois sur pilotis.

Après cette journée tranquille, de retour au village nous nous arrêtons dans une pharmacie pour reprendre un antimoustique. C'est l'occasion de vous signaler que nous sommes étonnés par le grand nombre de pharmacies dans le pays et leur fonctionnement. En effet, le personnel s'apparente plus à de simples vendeurs qu'à des pharmaciens (pas de connaissance sur les produits) et l'endroit vend également des bonbons, des chips et même des glaces ! Nous ressortirons donc avec de l'antimoustique et un magnum au chocolat blanc. Une fois à la maison, nous préparons nos affaires car le lendemain notre bateau pour rejoindre Belém est à 5h30 du matin…

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Avant de lire les deux articles ci-dessous sur Belém, voici un petit résumé vidéo de Marajo :

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Le réveil sonne à 4h30 du matin. Ça pique un peu mais on refait bien sagement nos sacs avant de nous diriger vers le minuscule port de Soure pour être sur place à 5h. A vrai dire, il n’y a en guise de port qu’une cabane pour vendre des billets, une rampe d’embarquement et le bateau qui attend. Malgré cela, et l’heure matinale, c’est déjà l’activité ici ! Des dizaines de personnes attendent, des vendeurs ambulants font leur business, des voyageurs tardifs s’enquièrent des disponibilités… Après un trajet sans histoire (mais avec clim, encore et toujours !), nous voici de retour à Belém.

Nous prenons nos quartiers dans une auberge de jeunesse relativement délabrée et malodorante, avant de ressortir explorer la cité. Nous commençons par une visite guidée du théâtre, encore une énième folie des barons du caoutchouc de la Belle époque. A l’image de celui de Manaus, il est construit à l’européenne et nous y retrouvons tous les éléments copiés sur les bâtiments du vieux continent (escalier massif, lustres, mobiliers… et papier peint qui est en réalité une peinture tout court, le papier n’ayant jamais adhéré à cause de l’humidité !). En ressortant, on se rend compte que pendant la visite nous avions complètement oublié que nous étions au Brésil.

Nous voici ensuite de retour dans l’hypercentre, dans ces rues que nous avions arpentées complétement désertes. Le contraste est fulgurant ! C’est jour de marché. Toutes les devantures sont ouvertes, les stands envahissent la chaussée, les badauds sont innombrables et on a même du mal à circuler à certains endroits. A cela, il faut ajouter le bruit des musiques diffusées dans les magasins et les annonces au micro des vendeurs qui font leur pub toute la journée.

On tombe par hasard sur un resto au kilo… végan. Ça fait vraiment du bien de pouvoir varier et de découvrir de nouveaux plats. Il y a même de la mousse de chocolat à la maracuja, cachez-la, un addict rôde !

Après nous être rassasiés, on atterrit sur la place Pedro II, bordée d’anciens palais reconvertis en musées… qui sont malheureusement fermés pour rénovation. On passe devant la belle cathédrale toute blanche et le musée d’art sacré. L’ambiance est plus calme, endormie même. Normal, c’est l’heure de la sieste.

Ensuite, direction l’ancien fortin. Outre une belle collection de canons, il abrite un petit musée sur les premiers habitants de la région. On découvre des vestiges des indiens Tupinambas et également les très belles céramiques marajoaras. Quelques autres églises, et nous avons terminé la visite du centre-ville.

Du coup, on va au Mangal das Garças, sorte de parc avec de nombreux animaux en semi-liberté. En plein air, nous pouvons admirer les ibis rouges, des perroquets, des cygnes et des canards de Barbarie, des tortues, des iguanes…

Pour finir la journée, nous retournons aux docks, pour déguster un bon repas italien (risotto à la courge et des lasagnes aux courgettes).

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Pour ce dernier jour à Belém, direction ses quais. Nous commençons par le célèbre marché couvert aux deux tours fantaisistes qui sert d’image d’Epinal à Belém : le Ver-O-Peso. Il s’agit du marché aux poissons, un des plus grands du pays. Les produits de la mer s’alignent dans des conditions qui feraient… tiens, cette fois notre inspecteur d’hygiène et sécurité s’est juste enfui en dévorant sa propre jambe avec des incantations en moldave prémédiéval ! Nous enchainons en face sur le marché de la viande, à côté duquel la poiscaille semble satisfaire aux normes. De notre côté, on ne cache pas notre tristesse devant les têtes des congénères de Cochon qui s’alignent…

Pour finir ce tour des marchés colorés et odorants, nous voulions assister au marché de l’açaï. Mais celui-ci est déjà fini en ce milieu de matinée. Il est réservé aux lève-tôt, car il se déroule généralement entre 4h et 6h du matin. Il parait que des centaines de vendeurs et d’acheteurs se regroupent sur une petite place qui bouillonne d’activité, et que c’est ici même que se fixe, chaque matin, le cours mondial de ce fruit. Tant pis, ce sera pour notre prochain séjour en Amazonie. Le reste du marché présente comme d’habitudes des stands de fruits, de légumes, d’épices, de jus et de spécialités locales.

Nous prenons le petit-déj auprès d’une vendeur ambulant dans les rues de la veille, toujours aussi animées et commerçantes, avant de passer voir la place de l’Horloge, puis de repasser devant le port et la cathédrale.

Encore une fois, comme nous avons fini un plus tôt que prévu, nous quittons le centre pour visiter le musée des pierres précieuses. On y trouve des explications sur la géologie de la zone, l’exploitation des ressources minérales et d’impressionnants spécimens (dont un quartz de 2,5 tonnes !). Après une pause au resto vegan de la veille (on ne change pas une équipe qui gagne), nous nous posons à l’hôtel pour passer quelques appels et avancer sur le blog et le tri des photos.

Notre court séjour à Belém nous aura plus emballé que Manaus… même si ça sent le caca partout ! Le centre-ville est plus préservé et riche en monuments coloniaux, le fortin en bord de fleuve ajoute du cachet à la ville et surtout les quais sont très agréables.

Nous avons réservé pour ce soir un bus de nuit qui nous conduira jusqu’à Sao Luis, bien plus à l’est du pays. A notre réveil, nous serons dans une autre région. C’est ainsi que prend fin notre séjour en Amazonie. Depuis l’étouffante Manaus jusqu’à l’odorante Belém, le tout accompagné de balades inoubliables en forêt primaire, de baignades relaxantes et de couchers de soleil à couper le souffle, nous aurons parcouru une bonne partie de l’Amazone. Ci-dessous, une carte de notre parcours pour vous aider à visualiser et réaliser les distances.

Nous sommes un peu tristes de quitter cette région. Ces trois semaines étaient vraiment hors du temps, parfois éprouvantes, souvent merveilleuses. L’Amazonie, c’est un coup de chaud, mais c’est aussi un coup de cœur !