L’Amazonie, première partie : de Manaus à Santarem

Compte-rendu de notre première semaine en Amazonie, entre les vieilles demeures des barons du caoutchouc, des balades pieds nus dans la jungle et la descente d'un fleuve mythique.
Août 2022
7 jours
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La première journée d’adaptation est particulièrement rude. Dès la sortie de l’aéroport, pourtant à 3h du matin, on est frappé, quasi-giflé, par la chaleur qui règne dans cette région. Les avions décollant et atterrissant tout au long de la nuit ici, nous n’avons aucun mal à trouver un taxi qui nous déposera au AirBnB. L’installation faite, et après cette interminable journée de trajet, nous avons bien mérité quelques heures de sommeil, que nous obtiendrons péniblement, tant la chaleur ne se dissipe pas. On est obligé de mettre la clim à 30°, « pour rafraichir » sans risquer le choc thermique rien qu’en allant aux toilettes dans l’appartement ! Le lendemain, les draps seront trempés de sueur, et le mercure aura encore grimpé au réveil. Quentin attrapera un coup de chaud -le premier de sa vie- rien qu’en allant faire les courses. Manger à la cuisine du logement sera une épreuve. Bon, on dirait qu’on exagère, mais en vrai, croyez nous on a douillé ce jour-là ! D’ailleurs, quand dans le futur, on dira à n’importe quel brésilien qu’on était à Manaus, la première réaction sera toujours : « ha oui, il fait chaud là-bas ». Sans blague.

Après une tentative de sieste et une douche, nous partons faire un premier tour de ville. Outre la chaleur (promis, on ne revient pas dessus), c’est la saleté et le délabrement qui frappent à Manaus. Si les autres villes que nous avions visitées pouvaient présenter deçà delà des poches de déchets ou de bâtiments en ruines, la situation semble malheureusement généralisée ici. On marche constamment sur des ordures, des égouts débordent, le centre-ville est passablement sinistré et des vieilles maisons coloniales sont aussi ruineuses que des immeubles relativement récents. Dommage, on n'a pas eu le réflexe de prendre en photo ce qui était moche pour illustrer. Cet état est lié à l’histoire de la ville sur laquelle nous reviendrons plus tard.

 A droite, notez les sacs poubelles qui s'entassent au pied des fenêtres. Les ordures semblent jetées directement de l'immeuble. 

Nous partons au port pour acheter dès à présent nos billets de ferry pour descendre l’Amazone et rejoindre notre prochaine étape, la ville de Santarem, plus en aval du fleuve. Sur le chemin, Quentin fait tomber ses lunettes de soleil et les casse ! Un automobiliste, qui assiste à la scène, s’arrête aussitôt et nous indique une boutique de lunettes où le tenancier les lui réparera pour quelques reais. Sympa ! Au port, après avoir pris nos billets, un vendeur extrêmement sympathique et serviable nous accompagne au bazar pour nous aider à choisir nos hamacs dans lesquels nous dormirons sur le bateau. En repassant à l’hôtel, Marion achète de l’eau dans un mini-market, et apprend en causant avec le gérant que ce dernier va bientôt partir en vacances avec sa famille à Paris ! O mundo é pequeno, verdade ? On avait pu remarquer la gentillesse des Brésiliens mais ici en Amazonie c’est encore plus notable.

On grignote à l’hôtel et on se repose (heu, à cause… du froid, hein, bien sûr…). On ressort en fin d’après-midi, alors que la température devient presque humaine. Nous nous baladons dans le vieux centre, particulièrement dans des ruelles commerçantes et agitées, qui nous rappellent le quartier de Saara à Rio (quoi, t’as pas lu le carnet sur Rio ? Nan mais allô quoi).

Puis on fera une pause avec des jus de cupuaçu et d’açai, deux des fruits amazoniens les plus typiques. Sur la place de la cathédrale, nous rencontrons un Brésilien, qui a manifestement envie de discuter avec nous. Il parle 17 langues ! Nous échangerons en français, anglais, espagnol, portugais, ainsi qu’un peu en russe et en finnois. Après une ultime pause sur la place principale, en face du théâtre que nous visiterons le lendemain, nous rentrons à l’hôtel pour le repas et le dodo !

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Après les premières impressions et les flâneries de la veille, il est temps d’explorer plus en détail cette étrange métropole, îlot de béton au milieu de la plus grande forêt du monde, et porteuse d’une histoire tragique et singulière.

Au XIXème siècle, Manaus a bénéficié du boom du caoutchouc qui a développé la ville de façon fulgurante. Des milliers de travailleurs sont venus s’installer, des grandes fortunes sont apparues, et les « barons du caoutchouc » ont couvert leur cité de demeures luxueuses à l’européenne, de palais, et d’un énorme théâtre en partie copié sur l’Opéra Garnier. Bref, au début du XXème siècle, Manaus est connue comme la « Paris des tropiques ». Mais les Anglais, qui ont dans le même temps volé des graines pour les acclimater en Asie du Sud-Est, vont provoquer le déclin de Manaus et sa région, au profit du précieux « or blanc » asiatique qui sera moins cher. Sans le caoutchouc, Manaus n’a plus guère de raison d’exister et sombre dans la misère et dans l’oubli. Dans les années 1960, pour faire face au déclin, le gouvernement transforme la ville en zone-franche : des centaines d’industries s’y installent, propulsant Manaus en première zone économique du nord et troisième pôle industriel du pays, derrière Sao Paulo et Rio ! On y trouve désormais les principaux fabricants nationaux d'électroménager, électronique, montres, vélos, ordinateurs, jouets, motomarines, lunettes et motos. Le port sert également d’importante plateforme d’échange pour tous les produits de la forêt, notamment les fruits et les poissons. Enfin, le tourisme axé sur la jungle s’est développé, et vos deux serviteurs en prendront leur part. Malgré cela, le centre-ville n’a jamais retrouvé sa superbe d’antan : les zones industrielles et les nouveaux buildings s’étant développés en banlieue ce qui laisse une impression certaine de décadence et de nostalgie dans le centre historique…

Bref ! Ce matin, nous longeons les quais pour atterrir dans le quartier des marchés. On commence par la feria das bananas. Comme vous l’aurez deviné, il s’agit du marché aux bananes, et aux fruits plus généralement. Des milliers d’entre eux s’alignent ou s’entassent dans des conditions qui feraient s’évanouir un IHS (inspecteur hygiène et sécurité). C’est une explosion de couleurs et d’odeurs. Certains fruits nous sont clairement inconnus, mais nous aurons l’occasion de les goûter dans des boutiques de jus du coin. A peine plus loin, nous traversons la feira moderna (marché moderne), qui propose des poissons, des viandes, des légumes ou des épices, mais notre bon IHS y ferait une syncope derechef. Les carcasses s’entassent à même les tables ou crochets sans aucun froid ou glace… Les poissons sont particulièrement impressionnants, certains sont gigantesques, dont le fameux pirarucu.

Enfin, nous voici devant le marché métallique, dont les halles sont inspirées des marchés européens de la belle époque, tout en fer forgé. On se balade au milieu des bouis-bouis, des boutiques d’artisanats et de quelques autres touristes. Notre pauvre IHS -encore tout pâlot- y reprendrait quelques couleurs car les stands ici sont un peu mieux tenus. On décide donc de s’y arrêter pour manger, dans un petit kiosque style art-nouveau qui propose des tables en extérieur. Ce sera une farofa de crevette et une crêpe de tapioca aux fruits (fruit d’un palmier et banane plantain), accompagné d’un demi-litre de jus de maracujua, pour le plus grand plaisir de Cochon qui ne cache pas son addiction ! Notre bon inspecteur aurait un peu râlé : comme ils n’ont plus de table, on nous installe sous un autre kiosque. Marion a vue sur le marché, Quentin sur les poubelles.

Direction le théâtre de Manaus, symbole du destin contrasté de la ville. Ce dernier est très fortement inspiré de l’Opéra Garnier et la quasi-totalité des matériaux ont été importés d’Europe. Le théâtre, laissé à l’abandon pendant la période de crise, a été rénové il y a quelques années. Tout y est splendide : la salle principale, les salons d’étage, les meubles et la décoration… et il faut bien avouer que, dans cette ambiance, on oublie pendant un temps qu’on se trouve en réalité au cœur de l’Amazonie. Anecdote savoureuse : le goudron sur la piste d’entrée était mêlé à du caoutchouc pour que le bruit des carrosses des retardataires ne dérange pas les spectateurs !

Juste derrière le théâtre, nous visitons le Palais de justice. Il s’agit d'un énorme édifice néo-classique, également restauré et aujourd’hui transformé en musée. On y découvre l’histoire de la justice locale, d’autres informations sur la ville et même un mini-musée du crime !

Enfin, nous terminons les visites de la journée par le Palacio Rio Negro. C’est une magnifique maison bâtie par un baron du caoutchouc, qui reflète parfaitement la folie de l’époque : double-escalier en bois massif sur trois étages, mobilier, lustre et parquet européens, alignement de pièces au haut plafond… On s’accordera une pause au balcon du premier étage, confortablement installés dans un canapé avec vue sur le jardin.

En fin de journée, nous referons un tour dans le centre, en prenant au passage un jus melon-citron. Nous souhaitions réserver une excursion pour le lendemain mais nous avons du mal à trouver quelque chose en accord avec nos valeurs. La majorité des tours ici combinent des visites de zoo ou activités avec des animaux (nage avec les dauphins roses notamment) et de la folklorisation autochtone (danses et cérémonies pour les touristes), ce qu’on veut éviter. Finalement, alors que la plupart de agences sont désormais fermées et qu’on n'a plus trop d’espoir de trouver, un vendeur nous alpague. On se laisse tenter, on discute un peu (le vendeur parle espagnol et québécois), puis on réserve pour un tour dans la jungle demain matin. Au programme : de la marche, des grottes et des cascades. On aura tout cela, avec en prime de la boue et de l’orage !

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Le lendemain, nous prenons un petit-déj en extérieur en attendant le chauffeur de l’agence, qui aura beaucoup de mal à nous trouver ! On embarquera avec une heure de retard, après avoir autant tourné que lui dans le centre de Manaus. C’est parti pour une 1h40 de route, tout en ligne droite, le long de l’unique piste terrestre de la région qui remonte jusqu’au Venezuela (d’ailleurs, nous y passerons trois jours clandestinement. Non, c’est pas vrai, c’est pour voir si vous suivez ! Bref…). La route traverse la forêt, bien souvent inondée, qu'on appelle igapo.

Notre premier stop se fera avant le village de Presidente Figueiredo, pour se baigner dans les eaux noires- orangées d’un affluent du Rio Negro et ses cascades. Malheureusement, à notre sortie du van, une pluie diluvienne s’abat sur nous. La bonne grosse pluie d’Amazonie, bien chaude et qui fouette le corps, qui donne tout son sens à l’expression « pleuvoir des cordes » et transforme instantanément le sol en bouillie. Impossible d’avancer, même avec nos k-way et nos chaussures de rando. Seule solution : tous en slip. Nous posons toutes nos affaires à l’abris sous une paillotte pour continuer pieds nus et en maillot. Nous voilà littéralement à poil dans la jungle !

Nous déambulons alégrement sous la pluie en s’éloignant du reste du groupe. On se retrouve tous seuls à marcher pieds nus sur des énormes lianes, dans la gadoue en espérant ne pas marcher sur des bestioles. Mais on finit par se détendre et profiter de l’instant présent, jusqu’à atteindre une belle rivière. On hésite un peu à se baigner. On a entendu tellement d’histoires sur les bébêtes dans l’eau ici (caïmans, poissons électriques, anacondas, piranhas…) ! Cependant, puisque notre guide nous a certifié que cette portion était sûre, nous faisons trempette. Nous pataugeons un petit moment, sans même nous rendre compte que la pluie a cessé. Nous faisons ensuite demi-tour pour admirer la cascade qui se trouve maintenant en plein soleil. On passera même dessous ! C’est vraiment un endroit magnifique.

Il est temps de reprendre des forces ! Tout le monde en bus pour rejoindre le comedor du village. Nous nous installons sous une grande paillotte, accompagné de quelques autres touristes et d’une classe de collégiens brésiliens. C’est un buffet avec les sempiternels riz-haricots-spaguetti, agrémenté de salade et de viande/poissons à la braise. Il retombera des cordes pendant qu’on engloutit tout ça, avant que le soleil ne revienne, puis la pluie en regagnant le bus. Monsieur Météo aurait du mal à suivre…

Notre deuxième promenade nous amène véritablement en pleine jungle dans un espace protégé, pour atteindre d’autres cascades qui ne sont accessibles qu’après une petite marche accompagnée de guides locaux. Suite à la pluie, le chemin s’est transformé en Jumanji grandeur nature et on nous propose des bottes, que nous refusons comme nous avons pris nos chaussures de rando. Haha, les idiots ! Dès les premières minutes, ça fait splocht-splotch jusqu’aux chevilles, et on se dit qu’on finira avalés par la gadoue, encore plus vite d’un brésilien ne descend une assiette de feijoada. Heureusement, on marque peu à peu le pas et on trouve notre rythme. Premier arrêt au pied d’une grande cascade où l’eau est selon les endroits orange ou translucide, révélant un sable plus blanc que blanc.

Cette fois, pour continuer, il faudra avancer dans ces eaux transparentes pieds nus et en maillot puisqu’on a de l’eau jusqu’aux cuisses. Sensation magique que de marcher dans ce sable fin et mou entouré d’une végétation exubérante et des bruits de la forêt. C'est d'autant plus agréable que le Rio Negro étant acide, il n'y a pas de moustiques ici. La balade nous amène à une grotte surplombée d’une cascade encore plus haute sous laquelle nous nous baignons (massage assuré ! ). Puis c’est reparti pour un tour de splocht-splotch pour atteindre notre point de départ. Bien fatigués mais bien contents, nous nettoyons alégrement nos pauvres petites chaussures avant de remonter en bus et de rouler jusqu’à la tombée de la nuit à Manaus, pour une bonne (et chaude… oups, on avait dit stop) nuit de sommeil. Demain, on embarque pour notre "croisière de luxe" !

Comme d'habitude, nous terminons cette étape par un petit résumé en vidéo :

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Notre ferry est censé appareiller à 11h du matin, mais on nous a conseillé d’arriver dès 7h pour avoir de bonnes places ! En effet, ici on dort en hamacs et il faut idéalement s’installer sur le pont du milieu (bar-musique sur le pont supérieur, bruit des machines sur le pont inférieur), pas trop à l’avant (vers les escaliers), pas trop à l’arrière (vers les toilettes et le réfectoire), pas trop sur les côtés (à cause de la pluie et du vent, comme il n’y a pas de fenêtre) … et pas trop sur le ferry tant qu’on y est ? T’avais qu’à prendre l’avion !

Bref, nous arrivons à 8h30 (hého, c’est qu’on a randonné dans la jungle la veille, nous, m’sieur-dame !). Heureusement, deux bonnes places s’offrent à nous dans le carré central. Les voisins nous aident à ajuster la hauteur de nos hamacs en nous montrant comment agencer les fils. Et nous voici dans notre minie-maison !

A bord du navire, ce sont essentiellement des locaux (beaucoup de familles et quelques couples) qui voyagent pour rejoindre leur village ou rendre visite à des proches (plus quelques touristes qu’on repère vite). Certains font visiblement leurs achats à Manaus : plusieurs personnes transportent des téléviseurs, des ventilateurs, des stocks de nourriture… Et tous sont globalement chargés comme des mulets. A côté nos deux sacs à dos et nos deux gros sacs semblent ridicules !

Une fois installés, il n’y a plus qu’à attendre plusieurs heures le départ du bateau. On fait d’abord le tour du ferry pour connaitre un peu mieux notre nouveau chez nous pour les prochaines 32 heures. On a les différents ponts : le pont supérieur duquel on jouit d’une belle vue sur la ville et le port, le bar, le réfectoire, les sanitaires et les cales avec les camions et marchandises. On se pose dans nos hamacs qui s’avèrent très confortables et on assiste, assez abasourdis, à l’agitation qui règne sur le bateau de bon matin : les gens arrivent et s’installent, font des va et viens sur les ponts, des enfants jouent par terre et d’autres sont derrière leurs écrans, et puis des dizaines de vendeurs crient pour tenter de vendre des chips de bananes, des fruits, des jus, des repas… Sachant qu’on est parti pour deux jours de bateau et qu’on a lu que les repas étaient assez basiques, on fait quelques réserves de nourriture. On profite aussi de l’internet, étant encore à quai, pour appeler les parents avant la déconnexion qui s’annonce durant la descente de l’Amazone.

 On embarque aussi trois camions

Après avoir mangé nos repas sur le pont face à la ville, on largue enfin les amarres avec une heure de retard. On monte d’emblée sur le pont supérieur pour admirer la ville depuis le fleuve. Manaus s’éloigne devant nous, c’est immense. Nous sommes impressionnés par son port qui n’en finit pas et qui est rempli de centaines de containers, de grues et de gros cargos.

Et puis les rives deviennent sauvages, on a quitté la mégalopole. Très vite, nous allons assister à un spectacle surprenant et inoubliable : la rencontre des eaux du Rio Negro (eaux noires) et du fleuve Solimoes (oranges). Sur 15 kilomètres, les deux eaux, aux températures et densités différentes, ne se mélangent pas et forment une véritable fracture. Notre bateau navigue entre les deux, c’est magique. Et puis le mélange se fait petit à petit et c’est ainsi que nait l’Amazone. On est en train de réaliser un de nos rêves depuis qu’on prépare ce voyage : descendre ce fleuve mythique !

On regagne nos pénates et on se repose : un peu de lecture et beaucoup de flânerie à simplement observer le paysage. Marion passera plus d’une heure sur un banc plongée dans ses pensées et à scruter du regard les rives. Ici le fleuve est très large alors on distingue parfois à peine les rives ! Mais il n’empêche que la magie opère : au loin de la forêt à perte de vue et de-ci de-là des pirogues de pêcheurs, des maisons sur pilotis. Le soleil décline, c’est l’heure d’admirer un magnifique coucher de soleil.

A 19h pétantes on se dirige au réfectoire pour le dîner. A 19h50 les lumières du bateau s’éteignent : extinction des feux ! A 21h après un premier arrêt pour embarquer d’autres passagers, on se couche. C’est notre première nuit au milieu de la forêt amazonienne. La nuit sera calme, pas de bruit à bord, un léger vent pour nous bercer. Après quelques tentatives de positions diverses et variées dans les hamacs, nous voilà plongés dans un sommeil profond.

Bananas ! Sucos ! Bolos ! Nous sommes réveillés par les cris des vendeurs qui viennent de monter à bord depuis le port où nous venons d’accoster. Il est 6h. On achète des gâteaux à la patate douce et des pains au fromage pour la journée puis on file dans la queue pour prendre notre petit-déjeuner composé de riz au lait, café, gâteaux, pain au lait.

La journée sera une fois de plus consacrée au repos : on lit, on somnole, on regarde défiler le fleuve … bref, on glande et ça fait du bien ! A 11h, c’est déjà l’heure du déjeuner, et nous retrouvons notre inaltérable assortiment riz-spaguetti-haricots rouges. Petite sieste. Les heures passent. On observe aussi la vie quotidienne des gens : des ados font leurs devoirs, une fille se fait tresser des nattes, des enfants jouent avec les déchets au sol, les femmes défilent aux sanitaires pour se doucher et embaument le pont d’odeurs de gels douche et de shampooing… Le balancement des hamacs nous berce. Le temps nous parait long mais tranquille, on ne s’ennuie pas. On est un peu nulle part aujourd’hui, comme si ce bateau pouvait naviguer encore pendant des siècles. Finalement, nous atteindrons Santarem à 19h30.

 Santarem

Alors que nous remballons, un Brésilien avec qui nous avions un peu causé nous informe que le navire était en réalité à moitié plein d’où le trajet assez calme et confortable selon lui. Nous, on trouvait que les hamacs étaient tout de même très proches les uns des autres… Mais ce n’est rien en comparaison de ce qu’on vivra dans le second bateau quelques jours plus tard où nous tournerons à plein régime et redécouvrirons le sens du mot « promiscuité ».

Après avoir débarqué, nous passerons la nuit dans un petit hôtel excentré, assez délabré. Le quartier est quasi-désert : on trouvera quand même un troquet pour grignoter des frites et quelques beignets au fromage, avant de regagner nos pénates. Aux toilettes, Quentin hurle quand une énorme cucaracha lui tombe dans le slip en prenant le rouleau de PQ. Ce n’est pas encore un aventurier...

 Bob Morane contre tout cafard

Demain on quitte Santarem pour le village d'Alter do Chao sur les rives du fleuve Tapajos. On dit que ses plages sont parmi les plus belles du Brésil, voire du monde...