À propos

Nous sommes Marion (Canard) et Quentin (Cochon), un couple de trentenaires d’origine auvergnate. Après une incroyable aventure en Amérique du Sud pendant 16 mois, nous voici désormais en Asie pour une durée indéterminée !

La province de Siem Reap

La région d’Angkor compte plusieurs merveilles éloignées qui méritent le détour. Suivez-nous en jungle, en montagne ou sur les flots pour découvrir d’impressionnants vestiges khmers.
Mars 2024
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Avant de vous abreuver à nouveau de photos de ruines, quelques mots sur notre petite vie à Siem Reap, la porte d’entrée des temples d’Angkor. C’est ici que nous avons séjourné pour réaliser nos visites de la région très riche en patrimoine historique. On vous l’a dit dans notre précédent carnet, nous avons fait le choix de prendre notre temps pour explorer sereinement la zone. Nous avons ainsi passé deux semaines complètes à Siem Reap.

Nous avons logé dans un appartement tout confort et avec piscine. Quel plaisir et quelle récompense de faire trempette à chaque retour de balade. Comme nous disposions aussi d’une cuisine, Quentin s’en est donné évidement à cœur joie et a testé de nouvelles recettes, comme des pains fourrés aux patates et à la mozzarella. Pour un tarif outrageant, il s’accordera même une bouteille de vin de Provence dégoté à la supérette du coin !

Même si la ville de Siem Reap n’a rien d’exceptionnel, elle se révèle agréable, avec ses bords de canal aménagés, son petit marché couvert, ses pistes cyclables et ses nombreux restaurants. Son musée est un excellent complément à la visite des ruines. Comme beaucoup de villes asiatiques, on y trouve également une grande offre de salons de bien-être : quoi de mieux qu’un petit massage après nos journées de pédalage dans les ruines ?

C’est aussi ici que nous fêterons nos 15 ans de couple. Pour marquer le coup, nous sommes allés dans un excellent resto spécialisé dans les « nems-fusions ». Nous y dégustons d’excellents rouleaux de printemps frais ou frits, garnis à l’italienne, à la grecque, aux fruits tropicaux, au chocolat fondu, à la pomme… Une vraie ripaille. Comme nous demandons une bougie sur un nem pour notre anniversaire, nous avons droit à une chanson de l’équipe… et à des nems au chocolat gratuits !

La ville est aussi réputée pour ses spectacles de danse Apsara. Également appelé « ballet royal du Cambodge », cet art existe depuis le VIIème siècle et raconte les épisodes de la version khmère du Râmâyana (la mythologie hindoue). Un soir, nous irons donc assister à un dîner-spectacle : que de contorsion et de souplesse !

Parfaitement incognitos

Enfin, Quentin testera l’hôpital de la ville. Et oui, suite à sa chute en moto au Laos il y a un mois déjà, il a malheureusement encore des douleurs et des blocages. Maintenant que nous sommes dans une ville qui dispose de l’infrastructure nécessaire, une petite radio de contrôle nous paraît tout indiquée. Ça ne rigole pas à l’accueil de l’hosto : prise de température, de taille, de poids, de tension… Il a droit à un check-up complet avant même la consultation. Verdict de la radio : les os sont intacts mais les ligaments sont abîmés. Le kiné préconise un maximum d’exercices de flexibilité pour détendre l’articulation. C’est donc parti pour des séances de krouik-krouik trois fois par jour à la maison.

Mais moi je suis venu pour le poignet…
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Après une première semaine à visiter les temples d’Angkor, nous n’en avons pas fini avec les ruines de l’empire khmer. La région étant l’ancien centre impérial, elle regorge de vestiges. Nous continuons donc notre exploration. Aujourd’hui, on laisse de côté nos vélos pour louer les services d’un tuk-tuk et visiter le Kbal Spean et le Bantey Srei. L’heure et demie passée à l’arrière du tuk-tuk nous permet de profiter d’une brise fort appréciable et de s’imprégner des campagnes cambodgiennes. À vrai dire, elles nous paraissent assez monotones : les champs de manioc et de choux alternent avec les rizières jaunies.

Nous voici arrivés sur le premier site. Unique en son genre, le Kbal Spean est un lieu sacré de l’empire khmer situé au cœur d’une forêt. Une petite balade dans la végétation tropicale débouche sur une rivière. Ici pas de temple : le sacré est dans l’eau à travers plusieurs pierres taillées, surtout des lingams représentant Shiva. Le cours d’eau irrigue la région d’Angkor, sanctifiant tout sur son passage. Le lieu vaut surtout pour son joli cadre, nous y pique-niquons d’ailleurs.

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Quelques minutes de tuk-tuk plus tard, nous entrons dans le temple du Banteay Srey. C’est l'un des rares monuments qui ne fut pas construit par un souverain. Il fut en effet édifié par un conseiller du roi à la fin du Xème siècle ; il est donc de plus petite taille. En grès rose, les ruines sont tout bonnement splendides. Les tours présentent des bas-reliefs d’une rare beauté. Le travail de la pierre est si minutieux qu’on dirait par endroit de la dentelle. Nous passerons de longues minutes à admirer les dieux ciselés de toute part.

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Dring ! Il est 5 h du matin, nous partons aujourd’hui visiter des temples encore plus lointains, dont l’un est à la frontière avec la Thaïlande. Comme il nous était impossible de louer un véhicule (la voiture ne pouvant quitter la province de Siem Reap), nous faisons appel à un chauffeur privé. Une grosse journée de route nous attend.

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Direction d’abord le Preah Vihear, situé à 4 heures d’ici. Nous finissons notre nuit confortablement installés dans notre taxi. Après une pause pour le petit-déjeuner, nous arrivons devant le site. Il a pour particularité d’être perché au sommet d’une montagne. C’est le seul temple en hauteur du Cambodge, connu pour être un pays très plat (le point culminant est d’ailleurs de 1 800 mètres). La route est tellement raide, que nous devons finir le chemin à bord d’un énorme pick-up.

Situé à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande, le temple fut au cœur d’une querelle violente entre les deux pays. À l’entrée du site, des vestiges des tranchées sont encore présentes. En effet, la propriété du temple fut disputée militairement à huit reprises entre 2008 et 2011, faisant des centaines de morts et de blessés ! L’affaire fut ensuite portée devant les tribunaux. Le 11 novembre 2013, la Cour internationale de Justice a conclu que le temple appartenait au Cambodge. La tension est en partie retombée et la zone est désormais ouverte au public.

Au moins la vue est top 

Notre chauffeur nous fait la visite du lieu. Dédié à Shiva, on trouve de longues allées, entourées de lingams. Les édifices disposent comme toujours de belles fenêtres et frontons. Par sa composition, le site nous rappelle énormément celui du Wat Phu au Laos. La visite vaut surtout pour sa situation en hauteur et sa très faible fréquentation (c’est l’un des sites les plus difficiles d’accès).

Après cette première belle visite, nous pique-niquons en compagnie de notre chauffeur-guide. Nous apprenons qu’il a grandi dans un camp de réfugiés à la frontière thaïlandaise du fait de la guerre civile durant les khmers rouges.

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Deux heures de route plus tard nous atteignons Ko Ker. Extrêmement vaste, le site s’étale en forêt sur 32 km². Ce fut la capitale de l’empire khmer lors d’un court moment, quand, au début du Xème siècle, un souverain décida de quitter Angkor pour ce lieu (on ne connaît pas la raison de ce déplacement). Nous ne visiterons aujourd’hui qu’une infime partie de cette immense zone.

Nous commençons par nous approcher d’un bâtiment spécial : de l’eau et du lait étaient déversés à l’intérieur de l’édifice puis canalisés jusqu’à un endroit précis pour y bénir les gens avec ce mélange. Nous passons également devant des tours en brique, complètement dévorées par des figuiers étrangleurs !

Le mélange était versé à gauche, pour sortir par l'orifice de droite

Nous nous dirigeons enfin vers le temple principal de cet ancien centre de pouvoir. Il s’agit d’une énorme pyramide de 36 mètres de haut. Face à cet édifice, nous ne pouvons nous empêcher de faire un parallèle avec Chichén Itzá au Mexique, construite par les mayas. Apparemment, se dressait un lingam géant à son sommet mais celui-ci n’a jamais été retrouvé. Ko Ker a en effet souffert de graves pillages avec de nombreuse sculptures arrachées au burin voire à la tronçonneuse !

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Nous terminons cette journée de visite aux ruines de Beng Mealea. Construit au XIIème siècle, ce temple à plat est en partie enseveli par la végétation. Nous y arrivons peu de temps avant la fermeture, nous nous retrouvons donc quasiment seuls sur le site.

Les restes de galeries et de tours sont peu restaurés, donnant l’impression de découvrir le site comme aux temps des premiers archéologues ou à la Indiana Jones. Nous parcourons les passerelles aménagées au-dessus des décombres dans une atmosphère vraiment envoûtante. Racines, figuiers, mousses s’entremêlent avec les vestiges en pierre. Canard et Cochon sont raccords : c’est l’un des sites khmers que nous avons préférés.

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La région de Siem Reap est connue pour abriter les ruines d’Angkor mais aussi le lac Tonle Sap. À son niveau maximal, c'est la plus grande réserve d’eau douce d’Asie du Sud-est. Environ 60 000 personnes résideraient dans des villages flottants. Dans cet univers à part entière, se dévoile un Cambodge aquatique où les gens vivent de la pêche et érigent de hautes maisons sur pilotis ou flottantes.

De plus en plus d’agences de Siem Reap développent des excursions vers ces villages étonnants. Le hic ? Les lieux perdent de leur authenticité et se transforment en « parc d’attraction folklorique ». Ne voulant pas soutenir ce type de tourisme, nous avons opté une agence qui pratique un tourisme social et solidaire. Cet après-midi, Canard et Cochon embarquent donc avec un petit groupe pour visiter la ville de Kampong Khleang.

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À deux heures de route de Siem Reap, nous partons en mini van par voie terrestre. Nous arrivons au cœur d’une ville de 10 000 habitants vraiment singulière ! Les maisons sont toutes perchées au sommet de très hauts pilotis. En cette période sèche, l’eau n’est pas encore arrivée jusque-là. Nous marchons donc sur la terre ferme. Les espaces sous les pilotis sont utilisés pour fumer les poissons et pour entreposer les filets de pêche. Avec 6 enfants par femme en moyenne, les rues sont occupées par les nombreux gamins qui jouent avec trois fois rien. Tous nous saluent, nous rappelant les ambiances rurales laotiennes qui nous ont tant plu.

Le Tonle Sap vit tous les ans un phénomène hydrique exceptionnel : à la saison des pluies, la superficie du lac quintuple ! Il passe de 2 700 km² à plus 16 000 km² et sa profondeur de 1 à 9 mètres. Le lac inonde alors les forêts et surtout les rizières ; il nourrit véritablement le pays. Comment les pluies peuvent-elles à ce point influer le système hydrique du lac ? Les crues du Mékong devenant trop importantes, une partie, au lieu de se jeter à l’océan, remonte le fleuve et trouve comme exutoire le lac, pourtant situé à plusieurs centaines de kilomètres du delta du Mékong. Incroyable ! C’est pourquoi en fonction du moment de l’année, les habitants vivent au choix entre les villages terrestres bordant le Tonle Sap et les villages flottants directement sur les eaux du lac.

Notre guide, originaire lui-même de la ville, nous détaille le quotidien des gens. L’agence reverse une partie de l’argent à une ONG qu’il a créée pour venir en aide aux familles. Avec les fonds issus des visites touristiques, il distribue des médicaments et apporte un appui ophtalmologique. Une fois par an, une excursion est proposée aux habitants pour visiter leur propre pays. Car oui, bien souvent, la majorité n’a jamais quitté les abords du lac. Surtout, il a créé une école facile d'accès. En effet, les enfants devaient précédemment rejoindre en bateau l'établissement d’un autre quartier. Ainsi, avant même d’apprendre à lire ou à compter, les enfants devaient savoir nager et manœuvrer des embarcations à moteur. Sur pilotis évidement, l’unique salle de classe est sommaire mais permet d’accueillir plusieurs dizaines d’écoliers.

Nous finissons notre visite de Kampong Khleang par un tour de bateau. Nous longeons les canaux qui font office de rues et débouchons sur l’immense Tonle Sap. Le ciel gris se confond avec l’eau. Seules les maisons qui flottent au loin nous donnent la ligne d’horizon. Le soleil se couche et nous gratifie, une fois encore, d’incroyables couleurs. Nous remercions notre guide pour cette magnifique journée passée en sa compagnie et saluons sa détermination à aider sa communauté.

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Et voilà, cette fois, la visite de la région d’Angkor est belle et bien terminée. Ce furent deux semaines magiques, extrêmement riches en découvertes et apprentissages culturels. Les temples plus excentrés nous ont beaucoup plu : moins fréquentés, très divers, ils donnent à voir que l’étendue de l’empire khmer est loin de se limiter à Angkor. Enfin, notre tour sur le Tonle Sap fut l’occasion de se figurer la vie quotidienne des villages sur pilotis, vivant au rythme de ce lac gigantesque.

À présent, direction l’océan pour notre dernière étape au pays des Khmers. En perspective : un séjour à la Robinson Crusoé sur l’île paradisiaque de Koh Ta Kiev, et du farniente dans la belle région de Kampot.