L'Amazonie, deuxième partie : de Santarem à Belém

Les plages immaculées d'Alter do Chao, des balades en pirogue ou à pied en forêt primaire, et trois jours de ferry pour finir la descente de l'Amazone. Bienvenus dans cette semaine hors du temps.
Août 2022
7 jours
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Ce matin, sans avoir rencontré d’impétueuses cucarachas, nous quittons notre hôtel pour passer au port de Santarem, acheter nos billets pour le ferry que nous prendrons dans quelques jours jusqu’à Belém. Le Brésilien d’hier, qui nous avait dit que le premier bateau était à moitié plein, nous avait également conseillé de réserver un « gros » bateau pour le trajet suivant, car les « petits » ferry sont visiblement beaucoup moins confortables et tanguent davantage. Du coup, on s’y emploie. C’est un gros, votre ferry, monsieur ? Sim, sim senhor, c’est un gros. Vous êtes sûr ? Sim, sim, promi youré ! Bon, ok, deux places por favor. On découvrira plus tard qu'on n'a pas le même sens de "gros"...

Le taxi, qui nous a déposés au port et nous a attendus le temps d’acheter nos billets de bateau, nous laisse à l’arrêt de bus. Nous attendons trente minutes au milieu d’autres touristes brésiliens qui vont visiblement passer la journée aux plages d’Alter do Chão. Ce trajet de bus s'avère horrible. Une heure et demie, debout, avec peu de possibilités de s’accrocher correctement, écrasés par nos propres bagages, le tout dans un bus surpeuplé et caniculaire. En sus, le trajet est assez chaotique : freinages soudains, dos d’âne, virages… On aurait vraiment dû accepter la proposition de notre chauffeur de taxi de nous déposer jusqu’à notre hôtel plutôt que de prendre ce maudit transport. Le bus nous laissera en plus assez loin de l’hôtel. Nous entreprenons d’y aller à pied mais nous sommes épuisés du trajet et les sacs sont lourds désormais avec le poids de nos hamacs… On s’arrête donc manger dans une gargote pour reprendre des forces et se rafraichir. On a du mal à trouver notre AirBnB , assez excentré, et notre hôte ne répond pas à nos messages… Aïe Aïe Aïe, on n’avait pas besoin de ça ! On arpente les rues, on toque aux portes. Finalement on trouve. Délivrance ! Nous nous installons dans ce qui sera notre petit chez nous pour plusieurs jours : une maisonnette très sympa, tout équipée et avec une belle terrasse. Ouf. Repos.

On ressort une heure plus tard pour explorer Alter do Chão, entre l'Amazone et le Tapajos, dans un sacré dédale d'affluents, lacs et rivières. Ce sera notre point de chute pour plusieurs jours et l'occasion de partir à la découverte de plusieurs endroits, tous plus beaux les uns que les autres (en jaune sur la carte ci-dessous).

Une bonne photo valant un long discours, on vous laisse admirer l’endroit. Particularité du lieu : en ce début de saison sèche, des ilots et plages commencent à se former mais ils sont encore en grande partie immergés. On voit ainsi poindre au loin au milieu des eaux les toits des paillottes de la célèbre plage de « l’île de l’amour » qui fait la popularité du lieu. C’est une vision étrange mais magnifique.

Autre vision étonnante : le bar de la plage dans la ville est vraiment les pieds dans l’eau. On peut même dire le corps complet dans l’eau ! On s’arrête justement là pour nous baigner. L’eau est ultra-chaude, au point qu’on se réchauffe presque en y entrant. Et puis ici, c’est de l’eau douce ! Après le trajet de ce matin, voilà une baignade bienvenue. On barbotte plus d’une heure dans cette eau transparente à observer tantôt l’animation de la plage, tantôt au loin l’île de l’amour.

Signalons qu’Alter do Chão, en pleine Amazonie, partage malheureusement certaines caractéristiques de Manaus. Nous sommes loin des plages immaculées de la Costa verde. Nous retrouvons dans ce lieu pourtant paradisiaque les sacs poubelles jetés en bord de route et éventrés par les vautours, les canettes, gobelets plastiques et papiers gras sur le sable, et des bouteilles flottant de-ci de-là sur les rivages. Malgré cela, nous passons un très bon moment en cette fin d’après-midi à déambuler le long du fleuve, entre pontons, mangrove et maisons cossues, avant de regagner notre logement.

Etre sur les rives du Tapajos est particulier pour Marion. En effet, en 2015, elle défendait ce fleuve aux côtés du peuple autochtone Munduruku contre un projet de barrage hydroélectrique. Elle avait accompagné le représentant Munduruku, Ademir Kaba, ainsi que le procureur brésilien impliqué, Felicio Pontes, à l'ONU à Genève. On serait bien passé leur rendre visite mais leur réserve est très isolée et donc difficile d'accès.

Pour finir cette journée, nous dînons au bungalow en compagnie des geckos et grenouilles et passons la soirée à réserver les hébergements pour la suite du périple.

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Après un petit-déjeuner au bungalow, nous partons pour notre première excursion à la journée : la « Floresta encantada », la forêt enchantée dans la langue de Loana. Nous partageons l’expérience (et les frais) avec un couple de Brésiliens très sympas, et -chose assez rare pour qu’on le signale- calmes et silencieux. On commence par trente minutes de bateau vers le Lago verde.

On embarque ensuite sur une pirogue sans moteur pour se balader dans les igarapés (petits cours d’eau au cœur de la jungle). C’est, menée d’une main de maître par son pilote, que la pirogue avance dans ce labyrinthe d’épaisse mangrove et au milieu des arbres en partie ennoyés. Le soleil peine à percer l’étouffante canopée, on a parfois du mal à distinguer l’émergé de l’immergé, et notre seul bande-son est celle de la faune environnante, cachée mais bien présente. Nous sommes comme envoutés par la beauté du lieu de cette forêt véritablement enchantée. On pourrait passer la journée entière sur cette pirogue sans se lasser du paysage.

Retour sur le speed-boat pour gagner désormais la plage de Pindobal. Assez isolée, c’est une grande plage magnifique avec un restaurant et ses quelques paillottes qui ont la vue imprenable sur le fleuve Tapajos. Ce dernier est tellement immense qu’on se croit constamment à la mer, et qu’on peine à distinguer l’autre rive ! On comprend le surnom d’Alter do Chão : c’est véritablement une ambiance de Caraïbes ici. Nous déjeunons des frites de manioc… évidement arrosées d’un demi-litre de maracuja. Nous profitons du panorama et du timide réseau wifi du restaurant pour passer quelques appels à la famille et leur faire profiter du paysage. Plusieurs heures s’écoulent au calme, on cause avec nos compères brésiliens, on se re-baigne…C’est vraiment paradisiaque.

 Cochon a peut-être un problème de maracuja

Nous réembarquons pour une troisième plage, en réalité une fine langue de sable entre le fleuve et un lac, dans lequel notre guide nous interdit de nous baigner car, en attendant que le niveau de l’eau baisse, « on ne sait pas ce qui s’y trouve ». Sympa ! Vivant de danger et d’eau chaude, Cochon y trempera crâneusement un orteil, avant de se rabattre sagement vers la zone autorisée. Nous sommes seuls au monde dans cette eau toujours aussi chaude et transparente.

 Au loin, en bleu profond, le lac "interdit" !
Pour rappel, ce n'est pas la mer ! C'est le Tapajos, un bras de l'Amazone

Notre ultime étape nous amènera sur une autre plage, elle aussi déserte, pour admirer le coucher de soleil qui colorera magnifiquement l’horizon. Quelques courses, un dîner au bungalow, et une nuit avec plein de belles images dans la tête.

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Ce matin c’est grass mat’ et avancées des préparatifs de la suite du voyage. Vers 14h, nous rejoignons le port du village pour qu’un taxi-boat nous dépose sur la plage du lagon d’en face, la Ponta do Cururu, voisine de la plage de l’amour. Ces trois dernières ne forment normalement qu’une seule en saison basse, mais pour l’instant on ne se sent pas de traverser le Tapajos à la nage ! Durant la traversée c'est l'occasion de voir de plus près les paillotes inondées.

Et puis, pour varier, nous avons envie de rando. Ça tombe bien : l’unique sommet du coin se grimpe assez facilement. La balade nous fait traverser la forêt sur une petite demi-heure. Les lézards, les criquets et les libellules nous tiennent compagnie. Du pied de la colline, la montée se fait en quinze minutes, mais ça cogne ! On sue comme nous n’avons pas sué depuis les randonnées dans le parc de Tijuca à Rio. On irait presque jusqu’à dire que ça nous avait manqué.

Au sommet, nous avons une vue imprenable sur tous les environs : le village d’Alter do Chão, le Lago Verde, l’Amazone, le Tapajos… A part les quelques maisons et les plages d’Alter do Chão, la végétation s’étend à perte de vue.

 A gauche le Lago verde, à droite le Tapajos

Une fois redescendus et un pique-nique avalé, nous faisons trempette. Voilà une baignade bien méritée après la balade en plein soleil. Nous sommes à côté des paillottes de l’île de l’amour qui pointent le bout de leur nez. C’est trop tentant d’aller explorer. On décide donc de s’en approcher en marchant dans l’eau en suivant ce qu’on devine être la future bande de sable qui reliera l’île de l’amour à la Ponta do Curucu. C’est ainsi qu’on marche avec de l’eau jusqu’aux cuisses en plein milieu du fleuve. Et puis, on arrive au niveau des paillottes inondées, qui semblent définitivement abandonnées, alors qu’elles seront en réalité utilisées dans quelques mois. Sensation étrange que cette promenade : autour de nous le fleuve profond et un peu plus loin le va et vient des bateaux touristiques et taxi-boats. On passe plusieurs heures ici à passer de spots en spots. Quentin part même découvrir la fin de l’île et s’arrêtera dès lors qu’il aura de l’eau au niveau des aisselles.

Cochon, aka Dora l'exploratrice 

Nous assistons au coucher de soleil les pieds dans l’eau et une noix de coco à la main. La routine métro-boulot-dodo est bien loin derrière nous !

Avant de rentrer au AirBnB, nous réservons une excursion pour demain. Nous choisissons la randonnée de 11km dans le parc protégé Flona do Tapajos plus au sud encore, plus perdu encore. On nous dit de porter des chaussures de rando et un pantalon long. Ha oui, à cause des moustiques ? Non, à cause des serpents, ils sont attirés par la chaleur. Youpi. Marion n’aurait pas dû poser la question. J’en connais une qui va rêver de gros lézard rampant cette nuit…

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Finalement Marion n’a pas rêvé de serpent cette nuit ! Après un réveil assez matinal, on part pour la communauté de Jamaraqua qui vit au bord du fleuve Tapajos dans une portion de forêt protégée. C’est parti tout d’abord pour une heure de speed-boat avec notre chauffeur de la veille, Raimundo, très sympathique, toujours le sourire aux lèvres et qui ne semble pas se lasser des paysages. Et nous non plus ! Les rives du Tapajos sont tellement magnifiques : de la forêt à perte de vue, des bancs de sables qui émergent de l’eau par endroit pour former des plages paradisiaques et désertes et une sensation d’être en pleine mer tellement le fleuve est large (plus de 20 kilomètres par endroit).

Et puis quelques maisons se dessinent à travers les arbres, nous arrivons à Jamaraqua. Le hameau est calme. Seuls les oiseaux brisent le silence comme pour l’embellir. C’est un guide très jeune, de 20 ans qui s’appelle Renha, qui va nous accompagner pour la randonnée dans la forêt. Il prend d’abord le temps de nous expliquer notre itinéraire sur une carte. On quitte le village et on s’engage par un très étroit sentier dans la forêt. C’est parti pour 11 kilomètres !

On parcourt d’abord la forêt secondaire où était auparavant cultivé du manioc. Ici, les arbres sont bas et le sol sableux. Surtout, il fait très chaud, on sue à grosses gouttes et on boit sans cesse. Notre guide, lui, semble ne pas être du tout atteint par cette chaleur moite, après tout c’est son quotidien. Sur le chemin, il nous explique les propriétés de plusieurs plantes. Certaines guérissent la toux, les maux de gorge ou la diarrhée, d’autres atténuent les effets du paludisme ou nettoient le système digestif. Pour la plupart il faut extraire la sève et la mélanger avec de l’eau, mais il ne faut pas se tromper dans les dosages… Il y a aussi des arbres dont l’écorce est utilisée comme pâte pour stopper un saignement, soigner une blessure ou cicatriser. C’est tout un ensemble de savoirs que les habitants apprennent dès leur plus jeune âge en se baladant régulièrement en forêt. La forêt est leur pharmacie.

Notre guide nous demande de ne pas sortir du sentier car les serpents sont nombreux dans le coin et pour la grande majorité venimeux. D’ailleurs, dès le début de la randonnée, il nous a montré une sorte de tige qu’il faut sucer en cas de morsure de serpent. Cela ralentit la progression du venin et laisse une heure pour rejoindre un centre de santé pour prendre l’antidote. Mais en fin de compte on ne verra pas de serpent.

En revanche, à peine sortis du village, notre guide repère une trace, puis une autre plus loin : c’est un jaguar. Ces derniers s’approchent régulièrement de la communauté où vivent des chiens, poules et autres animaux qui les attirent… On rencontre trois types de jaguars ici : le tacheté, le blond et le noir. Avant de pénétrer en forêt primaire, on passe devant les fameux arbres Seringal desquels l’on extrait le latex.

 Donne la papatte !

Nous voilà désormais en forêt primaire. Il y fait d’emblée moins étouffant. Les arbres sont plus hauts et rapprochés, le sol est argileux. On s’arrête à plusieurs reprises admirer des immenses Piquiazeiro qui donnent des fruits en janvier. C’est d’ailleurs pour la récolte de ces fruits que ce sentier a été créé par la communauté, et non pour le tourisme. Et puis, nous voici devant un majestueux Sumauma de 290 ans environ. Nous passons plusieurs minutes à l’admirer et en faire le tour. C’est un des plus beaux spécimens du coin. Il est même indiqué sur notre application GPS, la star !

On arrive ensuite à un très beau belvédère où nous mangerons nos sandwichs. On se sent bien petits entourés de ce tapis verdoyant à perte de vue. Ici selon le guide impossible de se perdre : on se repère grâce au soleil qui se couche toujours sur le fleuve, au vent qui souffle toujours vers le fleuve, à la différence entre forêt primaire ou secondaire… Toutefois, si l’on est perdu, une des possibilités est de se rendre au pied d’un arbre (dont nous avons malheureusement oublié le nom) et de taper très fort son tronc avec un bâton. Le bruit s’entend jusqu’à 3 kilomètres.

 J'aime les panoramas
Cependant, ne tapez pas n'importe où ! 

La prochaine étape est la pause baignade tant attendue. On n’a jamais autant transpiré ! Nous sommes seuls devant une sorte de petite rivière perdue dans la végétation. C’est dans cet igarapé qu’on va se rafraichir. Notre guide nous certifie que les piranhas, anacondas et caïmans ne viennent pas là, qu’ils sont plus loin quand la rivière s’élargit et devient igapo. Pile quand il nous dit ça, Marion voit dans l’eau quelque chose de long qui ressemble à un serpent ! Pas d’inquiétude, c’est en fait un poisson. Le guide nous explique que ce poisson va faire des allers-retours entre ses deux « maisons ». Ok, bon ben quand faut y aller, faut y aller ! Quentin se jette à l’eau en premier, pas très rassuré au départ puis un peu plus décontracté. C’est tout bonnement magique que de se baigner dans cette eau turquoise, fraiche et en pleine forêt. Puis d’autres groupes arrivent et se baignent également. D’un coup affolement général ! Le poisson qui ressemble à un serpent vient de passer entre les jambes de plusieurs personnes. Les autres guides viennent voir et leur disent « ce n’est pas un serpent, c’est un poisson » sauf qu’ils précisent, ce que n’avait pas fait notre guide, que « c’est un poisson électrique » ! Oups ! Mais les guides tentent de rassurer : ici les poissons électriques n’attaquent pas à moins de les embêter ou de chercher à les attraper par derrière… Ok, on saura pour la prochaine fois !

Sur le retour, on discute avec notre guide de la vie quotidienne au village. On apprend qu’en plus d’être guide touristique, il étudie l’informatique. Marion le lance sur la faune du coin et il se met à nous raconter des histoires autour des caïmans et anacondas, deux des animaux les plus redoutés. Il nous parle par exemple de la fois où son oncle pêchait et a vu une grosse masse avancer vers lui. En réalisant que c'était un anaconda, il s’est enfui. Mais l’anaconda l’a poursuivi, il est donc monté dans un arbre. Autre anecdote : une personne de la communauté partie pêcher trouve soudain son bateau très lourd et qui avance difficilement : normal, à l’arrière du bateau commençait à grimper un anaconda…C’est avec ces images en tête qu’on finit par retrouver la chaleur du village. Marion s’achète un porte clé en bois en forme de pirogue et un bijou réalisé avec des graines.

Puis nous repartons en bateau avec Raimundo qui nous propose de faire des arrêts « plages ». On accepte volontiers après ces kilomètres assez fatiguant dans la jungle. Il nous laisse d’abord sur une plage déserte en plein milieu du fleuve avec des paillotes en partie immergées. Puis nous passons plusieurs heures sur longue plage de sable blanc fin. Comme toujours, nous sommes seuls !

La soirée sera comme souvent consacrée au tri des photos, mise à jour du budget réel, réservations pour la suite et avancées sur le blog. En allant étendre nos maillots de bain, Quentin pousse un cri : une mygale lui a rendu visite… Il essaie de la chasser avec un balai mais elle n’a pas l’air de comprendre et court vers nous au lieu de déguerpir ! On ferme la porte et on espère qu’elle ne passera pas entre les planches de bois du bungalow comme les autres animaux qui nous rendent visite tous les jours tels les lézards sur le lavabo, les grenouilles au WC…

Avant l'étape du ferry que vous trouverez ci-dessous, une petite vidéo qui résume Alter do Chão :

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Dernier réveil à Alter do Chão. C’est, un peu tristes, qu’on quitte cet endroit qui nous a vraiment enchantés. On rejoint Santarem en taxi, étant donnée l’expérience dans le bus de l’enfer à l’aller. C’est reparti pour un tour à bord d’un ferry pour finir la descente de l’Amazone. Nous avons 3 heures d’avance. Pourtant le ferry qu’on voit au loin nous semble déjà bien rempli. Et en effet, il est plein à craquer. Et surtout il est petit, bien plus petit que celui de la dernière fois… Le réfectoire, riquiqui, sert un plat unique (le tragique riz-haricot-spaghetti avec du poulet), il y a peu de toilettes, peu d’endroits pour se dégourdir les jambes… Bref, on se dit que le trajet risque d’être assez long. Mais c’est ce qu’on est venu chercher dans cette expérience alors on reste heureux d’embarquer et de vivre cette nouvelle aventure.

Mais on tourne, un peu inquiets, pour trouver deux places acceptables. On finit par s’incruster entre plusieurs personnes. Notre voisin nous apprend à faire des nœuds pour fixer le hamac sur les barres du plafond (le précédent ferry avait des crochets). On est les pieds dans la tête des uns et des autres ou épaules contre épaules, au choix ! A 13h, les moteurs se mettent à ronronner, les derniers vendeurs ambulants quittent le pont, les derniers hamacs s’accrochent. C’est parti…

Le bateau plus petit nous fait aussi davantage ressentir les vagues. Le moindre tangage fait un effet domino. Le propos du Brésilien du précédent bateau (« c’était espacé et confortable ») prend tout son sens. Tout comme le mot « promiscuité » ! Allez, c’est l’aventure. Et puis, trois jours de bateau pour 35 euros, nous ne nous attendions pas au Club Mer On The Sea de toute façon.

A nos côtés, deux hommes originaires de Belém nous conseillent sur les visites à faire et les endroits où manger. Les premières heures s’écoulent assez semblablement à celles du précédent ferry. C’est du repos, de la lecture, les paysages qui défilent… A 18h30, c’est déjà l’heure du repas : on se force un peu mais on commence à saturer du riz-haricot-spaghetti.

En fin de journée, nous nous arrêtons au port de Monte Alegre pour charger des citrons verts. C’est visiblement la spécialité du coin. Le spectacle est impressionnant : des centaines et des centaines de caisses s’empilent sur des dizaines de mètres au quai. Il doit y avoir des millions de citrons ! Les dockers chargent non-stop pendant une heure, deux heures, trois heures… sous l’œil attentif des passagers qui assistent à la scène. Des citrons tombent parfois dans l’eau. Ça sent le citron sur tout le pont inférieur. De temps en temps, les marins lancent des citrons aux gens du pont supérieur, qui tentent de les attraper au vol. Au bout de la sixième heure de chargement de citrons, on va se coucher. Il ne nous reste plus qu’à faire des beaux citrons… heu, des beaux rêves !

Le lendemain, nous sommes comme d’habitude réveillés, lors d’une escale, par les vendeurs ambulants à qui on achète des gâteaux et des chips. Notre voisin nous informe que le chargement de citrons la veille aura finalement duré plus de 8 heures, et que nous sommes repartis à minuit ! Ce n’était visiblement pas prévu, on sait donc qu’on aura déjà autant de temps de retard.

Marion profite du temps libre pour monter la vidéo sur les chutes d’Iguaçu, Quentin pour lire. Dring, 11 heures ! C’est le moment de se (re)farcir du riz-haricot-spaghetti. On mâchonne. On déglutit. Mais on peine. Nous n’arrivons même pas à finir un plat pour deux. On conclura le repas par nos salvatrices chips de banane. Marion expérimente la douche à bord qui se prend dans les WC qui sont tous équipés d’un pommeau fixé au plafond. Puis sieste et encore du repos. Nous sommes comme « hors du temps ».

Dans l’après-midi, nous constatons que d’innombrables asticots blancs, visiblement échappés d’un sac de nourriture avariée, se répandent sur le sol et rampent allégrement tout autour de nous. On est bien content d’être en hamacs, mais on s’inquiète un peu pour les bagages. On gardera un œil sur la situation, écrasant les malandrins qui s’aventurent trop près de nos effets personnels.

 Sur le bateau, des buffles !

En fin de journée, on assiste à un spectacle assez incroyable : plusieurs pirogues s’attachent à notre ferry pour tenter de vendre des crevettes, de l’açai ou des cœurs de palmier. Marion passe presque une heure à regarder ce trafic. Certaines pirogues sont pilotées par des enfants. Tous manient à la perfection leur embarcation pour se mettre à la même allure que notre ferry puis l’accrocher aux bouées du ferry et enfin escalader les ponts avec, dans les bras, des paniers de crevettes ou bocaux de palmiers. C’est assez effrayant de les voir faire, à tout moment ils peuvent faire un mauvais mouvement et tomber à l’eau ou sur leur moteur… Notre voisin nous explique que cette zone de l’Amazone est connue pour la qualité de ces produits. C’est ainsi que la plupart des gens à bord vont effectivement se ravitailler.

Puis nous assistons encore à un merveilleux coucher de soleil comme tous ceux qu’on a pu voir depuis qu’on est en Amazonie. La nuit, on se cogne un peu les uns aux autres mais on finit par s’endormir, bercés par le vent et le ronronnement des machines.

Voici le troisième jour de bateau qui pointe le bout de son nez. Les asticots sont toujours là. Les paysages commencent à changer : on a quitté le très large fleuve Amazone pour prendre une multitude de petits affluents. On regarde d’ailleurs sur notre application GPS où l’on est tellement on semble perdu dans un dédale de cours d’eau. Les rives ici sont par conséquent pus proches, ce qui nous permet de mieux les admirer. Quelques maisons sur pilotis en bord de fleuve, quelques pirogues parties pêcher, quelques lagunes ou lacs qui se forment, des envols d’oiseaux, etc. Le paysage est toujours aussi captivant.

Mais au bout d’un moment, cette journée finit par nous sembler un peu longue. On a hâte d’arriver et on commence à s’ennuyer. Des enfants jouent vers nos bagages sous nos hamacs et se servent de la valise de notre voisin comme table pour faire de la pâte à modeler. C’est l’animation de notre journée ! A 11h, on manque de mettre un coup de boule à une gamelle de riz-haricot-spaghetti qui nous passe sous le nez. On préfèrera manger les quelques fruits qu’on avait apportés (des fruits de la passion et des pommes) et se gaver de chips et de biscuits industriels au sirop de glucose et à l’huile de palme, c’est dire notre état d’écœurement !

Finalement, des grues et des gratte-ciels se dessinent au loin. Le port de Belém est enfin en vue. Il est presque 14h et nous avons 6h de retard. Nous aurons passé 56 heures sur ce bateau.

Arrivés à l’hôtel, on se douche en profondeur et on vérifie qu’aucun asticot ne s’est glissé en douce dans nos sacs. La ville de Belém et l’île fluviale de Marajo nous attendent. L’aventure continue…