À propos

Nous sommes Marion (Canard) et Quentin (Cochon), un couple de trentenaires d’origine auvergnate. Après une incroyable aventure en Amérique du Sud pendant 16 mois, nous voici désormais en Asie pour une durée indéterminée !

Kampot et le sud du Cambodge

Plages paradisiaques, fermes de poivre, marais salants et campagnes paisibles... le sud du Cambodge est une région à la fois dynamique et tranquille. Un cadre parfait pour clore notre séjour.
Avril 2024
7 jours
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Nous nous sommes laissés dans la ville de Siem Reap. Direction le sud du pays pour de nouvelles aventures. Nous devons prendre un bus de nuit pour atteindre Sihanoukville, la grande cité balnéaire de la côte. On appréhende un peu le trajet, ayant en tête le précédent bus de nuit laotien. Mais encore une fois, nous avons droit au confort made in Cambodge : il s’agit d’un véritable bus couchette avec un matelas double confortable au sol, une couverture propre, des rideaux et même des oreillers avec taies ! C’est, bercés par ce luxe bienvenu, que nous nous assoupissons pour la nuit.

Ha oui, on n'est pas mal… 

Dring, il est 7 h, et nous arrivons à l’heure prévue. Sous une pluie battante (la première de notre séjour), un taxi nous dépose à notre hôtel, un peu à l’écart du centre. Ce sera pour nous simplement une étape de transition avant de rejoindre une île au large. Et heureusement ! L’ambiance ici n’est vraiment pas à notre goût ! Sihanoukville est en effet une station balnéaire lardée de buildings et de casinos. Elle est principalement destinée à la clientèle chinoise et russe, dépensière et peu regardante sur les questions éthiques ou environnementales. On ne fait que supposer, mais il nous semble que plusieurs jeunes dames de notre hôtel, qui accompagnent des messiers d’un certain âge, ne sont ni des employées ni des touristes, m’voyez ?

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Nous quittons les environs de Sihanoukville sans regret pour rejoindre une petite île au large : Koh Ta Kiev ! L’endroit est peu fréquenté en comparaison des deux autres îles qui font la réputation de la côte cambodgienne. En fait, Koh Ta Kiev n’est pas faite pour tout le monde : pas de ville ni même de village, peu voire pas de réseau internet, aucun magasin et pas de plages aménagées. On n’y trouve que deux campings rustiques et surtout de beaux sentiers de randonnées qui serpentent dans la jungle. C’est le lieu idéal pour déconnecter.

Pour nous y rendre, il faut rejoindre en tuk-tuk une petite jetée : de là, un bateau nous dépose sur la plage de Koh Ta Kiev. Pas de ponton, il faut directement sauter à l’eau et porter les sacs au-dessus de la tête. Nous prenons nos quartiers au bien-nommé « Crusoé », camping les pieds dans l’eau, à l’ambiance familiale et décontractée.

Au loin Sihanoukville
Sur le chemin, le célèbre rocher dit de "l'éléphant"

Nous passons la première après-midi à profiter du lieu : déjeuner face à la mer, sieste dans les hamacs, lecture au son des vagues, petite baignade post-digestive, farniente au bungalow, beau coucher de soleil et dîner sous les étoiles. Notre cabane, faite uniquement de planches de bois et sans aucune porte, donne directement sur la plage. On s’endort ainsi avec le bruit du ressac. Vraiment, quel bel endroit !

Le lendemain, nous hésitons à faire une grande randonnée, mais nous sommes happés par la décontraction ambiante. Finalement, on décide de passer une nouvelle journée au camping, histoire de renouveler l’expérience de la veille. L’un des employés (français) nous montre un énorme barracuda pêché il y a une heure, qui sera servi au dîner. De notre côté, on se contente des excellents plats végés du resto (soupe aux œufs, nouilles sautées, amok, curry…) Comme nous n’avons pas de réseau internet, on en profite pour se couper un peu du monde et vivre de lectures et de baignades. Marion avancera aussi grandement sur sa mission en tant que freelance : analyser des données face à la mer, y’a pire comme cadre de travail…

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Le jour suivant, on se réveille tôt ! Cette fois, nous allons faire un grand tour de l’île. Les premiers mètres qui longent la plage du camping donnent vraiment une image d’Épinal du paradis. Mais il faut avouer que plus on s’éloigne, plus les rivages sont pollués. Des milliers de détritus en plastique jonchent le sable. Et oui, malheureusement ici aussi, nous sommes confrontés à ce problème environnemental. Aucun endroit en Asie ne semble épargné…

On bifurque ensuite dans la forêt. On retrouve aussitôt la chaleur moite caractéristique des jungles tropicales. Adieu le petit vent frais de la côte, bonjour à Canard et Cochon dégoulinants ! Partout autour de nous, sur le sol, les branches et les arbres, on trouve des scolopendres géantes qui se baladent. Il peut y en avoir une dizaine au mètre carré. Elles sont assez impressionnantes. On s’efforce de ne pas les écraser et surtout on garde un œil attentif aux potentiels serpents… Sur le sentier, on tombe également sur une vision saugrenue : placardé sur un arbre, tout seul dans l’épaisse végétation, un panneau nous indique une pizzeria au feu de bois. Qui aurait imaginé tomber sur un tel établissement, ici et maintenant !

On débouche finalement de l’autre côté de l’île, sur une nouvelle plage. Au bout de cette dernière, on trouve le deuxième camping, le célèbre Kactus où Fred et Josy ont séjourné il y a plusieurs jours. Nous nous y posons pour déjeuner et passer l’après-midi sur la jolie terrasse qui surplombe la mer turquoise.

On rebrousse chemin en essayant de retrouver le sentier de l’aller, mais il n'est pas très bien démarqué. On se perd dans la jungle ! On tourne en rond pendant plus d’une heure, avant de tomber sur une nouvelle route qui débouche sur une plage. En la longeant, on finit par retrouver notre établissement, ouf ! Mine de rien, la balade aura été bien fatigante par cette chaleur !

C’est bon, c’est par là !

La dernière soirée est évidement passée à se régaler au resto et à traîner dans les hamacs. Le lendemain, il nous faut quitter cet endroit si paradisiaque. On reprend le bateau, direction la ville de Kampot.

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Après nos nuits à la Robinson Crusoé au bord de la mer, nous voici désormais installés dans une petite tente dans le jardin d’une famille qui vit dans les hauteurs de Kampot. Nous passerons plusieurs jours en la compagnie de ce jeune couple et de leurs trois enfants. Très attentionnés et gentils, et avec un bon niveau d’anglais, nous avons pu échanger avec eux durant notre séjour, entre deux plongeons dans leur sublime et immense piscine.

La région de Kampot est la plus jolie que nous ayons traversée. Tout d’abord, quelques montagnes, et notamment le célèbre plateau de Bokor, apportent un peu de reliefs et viennent casser la monotonie des paysages. Ensuite, la présence de forêts et de palmiers donne un cachet certain au cadre. Enfin, il règne une ambiance bien plus calme que du côté de Sihanoukville.

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Entre rues coloniales, marais et rizières

Kampot est connue pour son petit centre ville qui abrite quelques restes d’architecture coloniale et son célèbre rond-point au milieu duquel trône une énorme statue de durian ! Hormis quelques mignonnes rues, la ville ne nous emballe pas plus que cela excepté le front de fleuve bien aménagé, qui permet d’apprécier le défilé des barques de pêcheurs en fin de journée.

Nous prenons un tuk-tuk pour rejoindre une grande île au sud de la ville, une campagne comme on les aime. Vaches, buffles, chiens se promènent sur les chemins de terre rouge. Des rizières apportent une touche de vert et des marais salants le gris. Le ciel se couvre d’épais nuages menaçants, on se croirait face à un tableau.

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Kayak dans une dense végétation

Nous partons aujourd’hui découvrir plus encore la zone autour de notre camping. Au programme : du kayak sur la rivière Teuk Chhou. C’est Fred et Josy qui nous ont partagé ce bon plan. Au niveau d’un petit hôtel perdu dans l’intérieur du territoire, on peut louer des kayaks et suivre un joli parcours au fil de l’eau. Canard et Cochon pagaient sur cette rivière qui offre de beaux points de vue.

On oblique ensuite vers un bras plus étroit qui s’avère très photogénique. Dans ce secteur, peu, voire pas, de passage. On trouve des maisons et hébergements charmants les pieds dans l’eau et surtout une végétation abondante. Ici, les palmiers se reflètent dans l’eau, créant une sorte d’illusion d’optique. D’ailleurs, au moment du tri, notre ordinateur n’a pas compris dans quel sens présenter certaines photos !

Après deux heures passées sur l’eau en plein soleil, nous sommes bien contents de nous poser à l'ombre de la terrasse du restaurant. Nous dégustons un excellent repas, devant une superbe vue sur le fleuve et les montagnes au loin. Comme le patron du resto est français, on opte pour un camembert au four, servi avec des patates à l’ail.

Après l'effort...
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Et maintenant… détente !

Pour bien conclure la journée, nous gagnons un centre de massage dans un coin encore plus isolé. Là encore, c’est Fred et Josy qui nous l’ont recommandé. Le cadre est magnifique : on se fait masser sous de grandes tentes individuelles, le tout face à la rivière. Quel bonheur de se détendre les muscles, par des mains de maître et avec une légère brise. C’est, tout huileux et particulièrement détendus, que nous empruntons le traversier qui nous amène de l’autre côté de la rivière où se trouve notre hôtel.

Il faut attendrir tout ça !
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La région de Kampot est réputée pour deux produits phares : le sel et le poivre. Aujourd’hui, nous louons donc les services d’un tuk-tuk pour explorer ses marais et ses plantations. Notre premier arrêt se fait devant un marais salant, où des ouvriers récoltent consciencieusement leur or blanc dans des paniers. Le tout est acheminé et entreposé dans une vieille baraque à proximité. Malgré une forte production nationale, le sel cambodgien est devancé sur les tables locales par le sel vietnamien, de meilleure qualité et moins cher.

Deuxième arrêt dans la Sothy’s Farm, une petite exploitation, créée il y a seulement quelques années et dont la production est encore confidentielle. Sur place, nous avons droit à une première dégustation et des explications sur le cycle du poivre. Les propriétaires produisent également de nombreux fruits tropicaux, le tout sans produit chimique. À la boutique, nous achetons un sachet de thé aux branches de poivre, de quoi nous réveiller à coup sûr les matins !

Des ramboutans et des jacquiers
Et le poivre bien sûr !

Pour la suite, direction « la Plantation », un établissement fondé il y a presque 30 ans par un couple franco-belge, qui est aujourd’hui devenu la référence du poivre de Kampot. Ce couple a en effet acheté un petit terrain pour le transformer, au fil des décennies, en une ferme haut-de-gamme, qui propose des visites, des dégustations, un excellent restaurant et même un hôtel. Ils se sont aussi diversifiés dans les épices et les plantes aromatiques. Aujourd'hui, le poivre de Kampot est une IGP, reconnu mondialement et présent sur la table des grands chefs. Sur place, le menu du midi est d'ailleurs grandiose : salade de mangues vertes au poivre frais, lok lak d'aubergines au poivre noir, glace au chocolat et au poivre rouge… Un régal !

Ensuite, tous dans les champs pour observer cette fameuse liane. Pour ceux qui se posent la question, il n’existe qu’une seule variété de poivre. La couleur dépend du degré de maturation, qui change selon la saison de récolte (à la main). Le grain récolé de janvier à mars est vert. Il peut se consommer soit frais avec du sel, soit séché, auquel cas il devient le fameux poivre noir. De mars à mai, le grain est rouge. Il peut se consommer tel quel, ou pelé, auquel cas il devient le poivre blanc. Vous avez suivi ?

Bien entendu, une nouvelle dégustation nous attend. On y croque toutes les couleurs, en s’amusant à comparer les saveurs et les parfums. Le vert séché se rapproche de la menthe, tandis que le frais à un goût d’artichaut. Le rouge embaume les fruits rouges et le bois. Le blanc possède des notes d’agrumes et d’herbes de Provence. Le noir, enfin, nous rappelle l’eucalyptus. On est surpris de sentir autant de différence entre les différents grains. Bien entendu, nous avons commencé par le moins fort. À la fin de la dégustation, qui va crescendo, il faut bien avouer qu’on a la bouche en feu ! Un peu de thé (au poivre, what else ?) fera un peu tomber la température.

Après toutes ces découvertes, nous et nos papilles incandescentes regagnons notre magnifique camping, pour piquer une tête dans la piscine. Nous bien contents d'avoir découvert, et dégusté, tout ça !

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C’est la fin de notre mois de visite au Cambodge. Contrairement au Laos, que nous avons parcouru dans presque toute la longueur, nous avons fait le choix de cibler trois régions seulement pour ce pays, pour prendre notre temps, alliant détente et découverte. Alors, quel bilan ?

Alors que tout le monde nous avait dit que la capitale Phnom Penh était peu attrayante, elle fut pour nous une excellente plongée dans l’histoire du pays et l’occasion de passer de très bons moments avec Fred et Josy. Nous avons surtout été émerveillés par les ruines d’Angkor, encore plus belles et plus impressionnantes que nous l’imaginions. Deux semaines n’étaient pas de trop pour apprécier ces merveilles à notre rythme. Le sud, quant à lui, est une région agréable où il fait bon vivre. Nous y avons découvert un Cambodge plus rural et tourné vers la mer. Bien que la côte se bétonise à grands pas, nous avons réussi à trouver de jolis coins encore préservés et loin du tourisme de masse.

Nous ne retiendrons pas du Cambodge ses paysages, qui, il faut bien l’avouer, sont très plats et monotones. Ces immenses plaines sèches nous ont paru fades après les superbes campagnes laotiennes. En revanche, la cuisine fut loin d’être fade, elle. Nous nous sommes régalés de plats en sauce. C’est aussi un territoire agréable à parcourir en transport public (exit les trajets de la mort) et plus ouvert que le Laos.

Les Khmers nous ont donné l’impression, dans leur globalité, d’être un peuple « qui en veut » : beaucoup de projets, d’entreprenariat, de débrouille, de curiosité et d’ouverture sur l’extérieur. Le Cambodge est un pays en pleine mutation qui nous a marqués par la gentillesse des gens et leur grande sociabilité. Ici, les habitants parlent volontiers avec les touristes. D’ailleurs, nous avons été agréablement surpris par le très bon niveau d’anglais de la plupart des personnes croisées dans les zones touristiques où nous avons séjourné. Nous avons trouvé les Cambodgiens très joviaux et rieurs. On admire d’autant plus ce trait de caractère quand on a en tête les atrocités vécues par beaucoup d’entre eux il y a quelques décennies à peine.

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C’est sur ces impressions que nous quittons ce pays pour nous diriger vers une nouvelle étape de notre périple en Asie du Sud-Est : direction le Vietnam, à la découverte du delta du Mékong !