Bahia, ou la douceur de vivre

L'île sauvage de Boipeba puis Salvador, surnommée la "Rome noire" : visitons ensemble l'état de Bahia sous le rythme endiablé et permanent des tam-tam de la capoeira.
Septembre 2022
2 semaines
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Pour rappel, on s’est laissé dans un bus frigorifique au départ de la Chapada Diamantina. Avant de nous endormir, on prend soin de mettre un réveil à 4h du matin. En effet, à cette heure-là, on est censé avoir notre première correspondance. Dring ! Après cette courte nuit dans le bus, nous voilà à la gare routière, étonnamment remplie de voyageurs en cette heure bien matinale. On profite de l’attente pour acheter nos billets pour le prochain bus et de quoi petit déjeuner. 5h30 du matin : notre carrosse arrive, c’est reparti pour un tour !


Vers 11h, nous arrivons dans une autre ville où cette fois, nous devons prendre un bateau. Direction donc le port : c’est parti pour 20 minutes de marche, bien chargés avec nos sacs à dos jusqu’à atteindre le fleuve. Nous rencontrons plusieurs bateaux de marchandises qui chargent inlassablement des dizaines et dizaines de caisses. On leur demande où sont les bateaux pour l’île de Boipeba : « Vous pouvez monter avec nous. On part à 12H30, laissez déjà vos sacs si vous voulez. C’est 3h de trajet et ça coute 20 Reais (4€) ». On s’exécute en se disant toutefois que cela ne ressemble pas aux speed boats décrits dans les guides qui durent une heure et coûtent le triple. On comprendra par la suite que l’on a « raté » le port touristique (sur l’autre rive du fleuve) et que ce sont en fait des marchands qui nous ont embarqués contre quelques piécettes. Après un bon petit repas dans un resto au kilo géré par une dame adorable, nous grimpons donc à bord de notre embarcation remplie de bric et broc (packs de boissons, sacs de farine, viandes congelées, matériaux de construction, lavabo, etc.) et les sacs de courses des six autres passagers (tous des locaux).

Le trajet, bien plus long que par la voie plus touristique, s’avère toutefois très agréable. On a le temps d’apprécier d’abord l’agitation le long du fleuve puis, les rives désertes de mangroves avec quelques palmiers et cocotiers qui se détachent au loin. L’arrivée sur l’ile est superbe : on longe des villages flottants spécialisés dans la production d’huîtres. Après ces multiples heures de transport à n’en plus finir (pour rappel on est parti la veille à 20h…), Quentin fera un somme allongé à même le sol au milieu du fret !

Après ce trajet on ne peut plus atypique, on pose enfin le pied sur l’île de Boipeba qu’on dit paradisiaque et peu fréquentée. Tout de suite, comme lors de notre arrivée à Ilha Grande vers Rio, on se sent dans un environnement tranquille et relaxant. Les chemins en sable essentiellement, les maisons basses, les petits bateaux colorés et les fleurs partout y jouent pour beaucoup.

Un peu de repos à l’hôtel en cette fin d’après-midi, suivi d’une exploration à pied des environs. Le village principal est tout petit et c’est bien agréable. On se renseigne à droite à gauche sur les incontournables.

Le dîner se fera dans une pizzeria où le serveur, qui a vécu quelques mois à Montmartre, devisera un peu en français avec nous. Les pizzas seront, elles, malheureusement assez médiocres, à la fois plates et molles. « C’était bon ? » demande le gentil serveur. On n’osera pas lui dire la vérité…

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Après une longue nuit de récupération, nous décollons pour la plage de Moreré, au sud de l’île. Nous traversons le village par un sentier de sable perdu dans les collines verdoyantes agrémentées de quelques chevaux. On entend petit à petit le ressac de l’océan, avant que ce dernier ne se dévoile derrière la végétation.

La plage de Cuiera s’étend devant nous, gigantesque et bordée de cocotiers géants. Elle est quasi déserte, à l’exception de quelques promeneurs et d’un singulier stand de cocktails. On se demande un peu ce que fait cette petite cabane ici, toute seule, coincée entre l’océan et les arbres, et qui affiche malgré tout une impressionnante variété de boissons locales.

Les mètres parcourus les pieds dans l’eau s’enchainent jusqu’à tomber sur l’embouchure d’un fleuve. A marée basse à cette heure, nous pouvons le traverser à pied pour continuer notre tour de l’île. La couleur est encore une fois singulière : elle tire parfois sur l’orange, parfois sur le violet.

Nous traversons un nouveau champ de cocotiers avant d’atteindre la plage de Moréré, plus biscornue que la première. Elle est un peu plus fréquentée, notamment par les bateaux qui amènent une poignée de touristes dans les piscines naturelles qui se forment à marée basse. Pour notre part, on s’allonge dans l’eau peu profonde et chaude. Le couple pas très loin de nous s’affole d’un coup : ils ont vu un serpent dans l’eau ! Ni une ni deux, Marion se relève et courre vers la plage. Elle ne remettra plus les pieds dans l’eau de la journée !

Après nous être remis de nos émotions, nous continuons notre balade en direction du petit village de Moreré à travers un beau sentier côtier. Il comporte plusieurs gargotes et quelques beaux hôtels parfaitement intégrés au cadre. Le petit tour du village fini, nous dégustons de bonnes pâtes aux olives à la crème de parmesan ainsi qu’une poire à la glace au caramel, le tout face à la mer.

Il nous faut désormais reprendre la direction de notre village. Nous passons par l’intérieur de l’île à travers les sentiers de sable empruntés par les quads, tracteurs et mules.

On retombe sur la première plage visitée le matin et on décide de finir notre tour par l'océan bien que la marée monte. On reste prudent à chaque passage un peu difficile vu la force des vagues. C’est magique de jouir de ce front de mer sauvage pour nous tous seuls. En chemin, on découvre d’autres plages toutes aussi belles les unes que les autres.

Nous arrivons au rivage de notre village au soleil couchant : l’occasion d’admirer les magnifiques couleurs orangées dont se pare ainsi la baie. A la différence du repas de la veille, qui était fort décevant pour des pizzas, cette soirée-là on mange de succulents tacos végétariens sur la place centrale du village bien animée.

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Aujourd’hui nous allons faire une autre boucle sur l’île. Nous rejoignons la pointe sud en quad : on s’équipe de nos casques et nous voilà tous les deux à l’arrière du bolide conduit par le sympathique Alexandre. Nous arpentons pendant une heure les différents chemins entre le sable, la boue et les flaques d’eau géantes. On est impressionné par notre chauffeur qui manie à la perfection le quad dans les passages difficiles.

Nous voici déposés à la pointe dos Castelhanos sur une plage qui s’avère être, à notre heure d’arrivée, absolument déserte. Nous la parcourons sur plusieurs kilomètres, un coup les pieds dans l’eau, un coup dans le sable chaud ou encore à l’ombre des arbres. Encore une fois on est émerveillé devant tant de beauté : les multiples teintes de bleu de la mer, les cocotiers ployant sous le poids des noix, les palmiers biscornus, les arbres ennoyés. Pour seule compagnie : des crabes jaunes qui détalent dès qu’ils nous aperçoivent et des chevaux sauvages…

Après une pause pique-nique sous l’ombre des grandes feuilles d’un cocotier, nous repartons vers le début de la plage. Elle est désormais un peu plus fréquentée : un mariage se prépare sur une pointe de sable et quelques touristes sont arrivés en bateau. On se prend un cocktail typique de l’île mais dans sa version soft : un mélange de cacau (la pulpe sucrée du fruit) et de biribiri (un fruit étonnant qui ressemble visuellement à un piment vert).

Notre objectif pour la suite est de rejoindre à pied Moreré. Mais pour cela il nous faut trouver un bateau pour traverser le fleuve devant nous. On demande au serveur où trouver une embarcation et, ni une ni deux, le jeune homme se propose contre une petite obole, de nous trouver un bateau et de nous guider à travers la mangrove jusqu’à la prochaine plage. On embarque donc dans la pirogue d’un pêcheur du coin qui nous fait traverser le fleuve puis nous dirige entre les arbres habités de milliers de gros crabes rouges et noirs.

Alors que nous sommes au milieu de nulle part, notre guide nous dit de descendre. « Heu, là vraiment ? – Oui ! » On passe les jambes par-dessus bord et on se retrouve avec de l’eau à mi-cuisse. Sous nos pieds les énormes racines de la mangrove omniprésente autour de nous… et probablement des crabes qui nous fuient ! L’eau est trouble, donc impossible de voir sur quoi on marche et le sol est mou. Marion qui n’a jamais été très à l’aise avec l’eau, surtout quand on ne voit pas le fond, n’est pas très rassurée mais profite tout de même de cette expérience assez incroyable. Il faut dire que depuis le voyage, nous sommes bien moins peureux qu’avant. Nous avons fait des choses que jamais nous aurions cru faire dans notre vie. Alors cette petite traversée de la mangrove est une nouvelle expérience. Après le passage dans la mangrove, nous passons dans des petits bancs de sable très mous colonisés par des centaines de crabes riquiquis sur lesquels on est tout bonnement obligé de marcher ! Et c’est ainsi que s’enchainent ces différents passages. D’un coup le guide devant Marion sursaute ! « Qu’est-ce qu’il y a ? - Non, rien, juste une bête. - Ha une bête… - Oui un serpent d’eau. - Humpf ! » Bon, il n’a pas l’air plus effrayé que ça alors on passe assez vite à autre chose.

 On tente de passer inaperçus...

Après une petite demi-heure ainsi en pleine nature (heureusement que ce jeune serveur est là pour nous guider, sinon impossible de deviner le chemin !), nous arrivons sur la plage de Bainema. Le guide nous laisse là tous seuls et rebrousse chemin. On peut désormais longer la côte jusqu’à retrouver Moreré. C’est marée haute, donc on avance le plus près possible du rivage, régulièrement fouettés par les vaguelettes qui nous atteignent les cuisses. Encore une fois nous sommes seuls et c’est splendide.

On passe sur un petit pont en bois au-dessus d’une mini rivière qui nous fait déboucher sur un chemin bucolique à souhait : la végétation omniprésente autour de nous forme un tunnel fleuri. On multiplie les photos des magnifiques fleurs de toutes les couleurs.

Arrivés au village de Moreré nous reprenons un quad pour retourner à l’hôtel. Le repas sera raffiné : des pâtes japonaises au gingembre et légumes croquants et, pour finir sur une note sucrée, un succulent dessert de chocolat et maracuja. Miam !

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Avant de lire la suite plus bas, on vous invite à regarder cette petite vidéo sur l'île de Boipeba

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Après un réveil en douceur, il est temps de rejoindre Salvador da Bahia, la capitale régionale. Pour cela, direction bien évidement le port de Boibepa pour notre premier transport. Cette fois-ci, nous tombons bien sur le speed-boat qui nous amènera au continent en une heure. Sur le chemin, nous croiserons un autre speed-boat de locaux, en panne sèche en plein milieu de la mangrove. L’angoisse !

Rebelotte pour rejoindre la gare routière avec nos gros sacs à dos, et embarquement dans notre bus pour le terminal maritime de Bom Despacho. Tiens, dans ce bus-ci, pas de clim ! On dirait presque qu’on a un peu chaud, mais on va se retenir, sinon d’aucuns maugréeront que nous ne sommes jamais contents ! Nous voici au terminal maritime, où l’on déguste une crêpe de manioc gluante cuite dans une feuille de bananier et une sorte de galette de cacahuètes grillées agglomérées par du caramel (une nouvelle addiction !).

Le ventre bien rempli, nous embarquons dans un gigantesque ferry pour rejoindre Salvador. Le trajet s’écoule paisiblement, agrémenté par les annonces des vendeurs ambulants (oui, dans un ferry aussi !). Alors que nous arrivons, nous pouvons déjà admirer depuis le bateau les clochers des multiples églises qui se dessinent au loin. Débarquement, taxi, et voilà ! Après un speed-boat, de la marche à pied, un bus, un ferry et une voiture, nous voici enfin à Salvador de Bahia.

Salvador a été fondée par les Portugais en 1549, c’est donc l’une des plus anciennes villes coloniales d’Amérique, et première capitale du Brésil. Elle est aujourd’hui divisée entre de nombreux quartiers qui possèdent chacun leur identité et est l’une des capitales culturelles du pays (notamment pour la fameuse capoeira et les étonnants cultes afro-catholiques). Salvador est très renommée pour sa gastronomie, mélange des traditions autochtones, européennes et africaines, et croyez nous que Canard et Cochon s’attacheront consciencieusement à vérifier cette réputation ! Enfin, peuplée à 80% d’afro-descendants et possédant près de 365 églises (« une église pour chaque jour » dit-on), elle est en conséquence surnommée « la Rome noire ». Aujourd’hui, l’agglomération compte plus de 3 millions d’habitants, ce qui en fait la 3ème ville après São Paulo et Rio de Janeiro. Voici pour un rapide tour d’horizon. Nous reviendrons un peu plus en détail sur tous ces éléments au gré de nos pérégrinations.

Notre périple au Brésil touche à sa fin. Nous avons prévu de rester plusieurs jours dans les environs de Salvador pour pouvoir ralentir le rythme et ainsi cumuler tant des visites que des préparatifs pour la suite de l’aventure qui nous amènera au Chili. Nous avons donc réservé un AirBnB pour 10 jours en plein centre-ville. Si notre immeuble ne paye pas de mine (beaucoup de bâtiments sont délabrés voire à l’abandon), nous avons une vue magnifique sur le port et le coucher de soleil. Même la douche donne sur la vue ! C’est probablement la première fois qu’on pourra se décrasser en regardant simultanément un clocher, un fortin marin, quelques yachts et le rougeoiement du soir. Bienheureux Canard et Cochon.

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Pour prendre le pouls de la ville nous avons commencé nos visites par le quartier historique et la ville basse, quartiers centraux de cette mégapole. La place piétonne Tome de Souza nous offre une première vue sur la baie de Salvador. C’est l’endroit où la ville haute et la ville basse sont reliées par le célèbre ascendeur de Lacerda. Nous nous rendrons par la suite régulièrement sur cette place qui permet de jouir d’un magnifique coucher de soleil, le tout au pied du palais Rio Branco (ancienne résidence du gouverneur).

On emprunte l’ascenseur pour atterrir 30 secondes plus tard dans la ville basse. C’est un changement d’ambiance assez brusque par rapport à l’ambiance colorée et rythmée de la ville haute : si on croise quelques touristes et locaux affairés, il faut bien avouer que les environs du port sont fréquentés par un nombre conséquent de marginaux, drogués, sans-abris… Des vieilles femmes voulant nous vendre leur camelote nous agripperont même férocement le bras pour ne plus nous lâcher, nous obligeant à leur crier dessus pour repartir. Ce quartier de commerces et d’affaires, qui nous paraissait assez désaffecté vu de haut, est en effet assez peu agréable. Il se révèle sans intérêt si ce n’est le marché artisanal -mais qui était en réfaction- et le mini port avec le petit fortin rond. En revanche, nous sommes davantage enchantés par l’église dite « de la plage » (car à l’époque l’eau arrivait jusqu’à l’entrée) aux tours octogonales.

Nous revoici dans le centre historique sur l’une des places les plus charmantes et animées du centre : le Terreiro de Jesus pour visiter la cathédrale. L’intérieur est bien chargé et nous sommes particulièrement impressionnés par les retables et sculptures sur bois. La sacristie est en travaux mais nous pouvons tout de même admirer cette salle couverte d’azulejos et de meubles en bois imposants.

Nous arpentons ensuite les nombreuses ruelles toutes très colorées. Les façades de maisons en parfait état donnent un sacré cachet à ce quartier. Quelques monuments plus imposants ornent les placettes.

Après un bon repas, dont des succulentes bananes plantins, nous nous dirigeons vers deux églises magnifiques. Celle de São Francisco est tout bonnement dorée à 100% : elle incarne l’idéal baroque de l’époque. La façade de style churrigueresque de la seconde église, dite da Ordem Terceira de São Francisco, est particulièrement impressionnante tandis que l’intérieur est étonnement sobre.

L'église São Francisco 
L'église da Ordem Terceira de São Francisco 

La place du Pelourinho est on ne peut plus photogénique, surtout depuis les balcons du musée de l’écrivain Jorge Amado.

Pour finir en beauté, nous assistons à une messe à l’église dos Pretos. Construite par les esclaves après leurs dures journées de travail, ce lieu de culte illustre le syncrétisme entre catholicisme et croyances dans les orixas (divinités originaires d’Afrique de l’Ouest). La messe se révèle particulièrement étonnante et joyeuse. Chants, percussions africaines et prêches catholiques classiques se mélangent. Les gens dansent et chantent, bref l’ambiance est festive !

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Après une matinée tranquille, nous prenons un transport pour rejoindre le marché São Joaquim, le plus grand du Brésil, et probablement d’Amérique du sud, qui s’étend sur tout un pan du nord de la ville. Il comprend notamment une gigantesque structure couverte, à l’intérieur de laquelle les stands, parfois en pierre, parfois en bois, dessinent des ruelles de différentes tailles. Le sol y est souvent inégal, il n’y a pas de quartiers suivants les spécialités. Bref, c’est un colossal foutoir. Des nombreux marchés que nous avons visités, celui-ci est le plus insalubre. L’empilement chaotique des produits de toutes origines, couplé à la chappe métallique sans aération, fait planer des odeurs de chair pourrie et de fruits avariés : nous sommes plusieurs fois écœurés, à la limite de la nausée. Si nous avons, dans le passé, acheté de quoi grignoter ou boire dans les marchés locaux, on passe notre tour pour cette fois ! Notre pauvre inspecteur d’hygiène y serait mort, tout simplement.

 En chemin encore deux belles églises

Nous rejoignons à pied deux quartiers bien préservés du centre-ville que sont Santo Antonio et Carmo. Nous nous baladons d’abord autour d’un fortin avec vue sur le port industriel. Puis, nous passons encore devant bien des églises et demeures aux tons pastels qui rendent les rues particulièrement belles. Le quartier est peu fréquenté ce jour là, nous pouvons enchainer les photos et flâneries à volonté.

Un ancien collègue de Marion qui a vécu longtemps au Brésil et notamment dans la région de Bahia lui avait donné beaucoup de conseils pour les visites et lui avait partagé des bonnes adresses de restaurants. On teste donc l’un des cafés qu’il nous avait recommandé : le Cafelier. Le café, de style européen du 20ème siècle, est charmant et la terrasse offre une vue plongeante sur la baie. Une pause bien ressourçante et gourmande en somme !

Pour suivre les conseils de notre logeur qui nous a envoyé beaucoup d’informations sur l’agenda culturel, nous nous rendons dans un bar local, l’Aboca, pour grignoter et écouter un concert. On s’enfile une bonne pizza avant d’assister à un spectacle étonnant et détonnant : les musiciens, au look scandinave, jouent un mélange de rock et de métal, sur lequel se greffent deux chanteurs noirs travestis qui font un show, ainsi qu’un vieil homme tapant sur un tambour traditionnel ! C’est un mélange inattendu, inclassable, mais étrangement harmonieux. La clientèle est tout aussi éclectique que le groupe. Après deux heures, nous regagnons notre logement, avec des paillettes dans les yeux et du boumboum dans les oreilles.

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Aujourd’hui nous partons nous promener le long de la mer. Nous commençons notre balade au Solar da Unhão, qui est une ancienne demeure coloniale posée au bord de l'océan au pied d’une grande falaise. On déambule dans les divers espaces que comportait cette maison de maitre : maison principale, maison des esclaves, église, petite usine de sucre. Les bâtiments sont aujourd’hui des musées d’art contemporain. Le cadre est très reposant.

Voulant continuer à longer la mer, nous nous perdons ensuite dans des ruelles au-dessus de la falaise, dans ce qui ressemble à une mini favela avec vue imprenable sur la petite plage aux eaux turquoises. L’endroit est étonnement pimpant et calme. Nous y croisons une dame secouant ses tapis, des enfants réparant un vélo, un jeune femme faisant une lessive... Après quelques minutes, on se rend compte que cette “favela” ne débouche pas, nous faisons donc demi-tour. Nous nous engageons sur une portion de trajet bien moins intéressante : nous suivons un gros axe routier qui se révèle être rempli de déchets et fréquenté par les sans-abris et drogués. On rebrousse vite chemin.

Optant pour la facilité, nous gagnons donc la prochaine étape en Uber. Nous voici dans le quartier résidentiel de Barra où les grandes tours de luxe s’enchainent. Certaines affichent des prestations impressionnantes avec jardin privé, terrain de tennis, salle de sport, piscine sur le toit, etc. On est loin de la misère du bord de route de tout à l’heure !

Nous débouchons sur un premier fortin, tout petit et blanc, au pied d’une belle plage (quoi que bondée alors que nous sommes en semaine !). Encore une fois, c’est étonnant de constater que se trouvent en pleine ville de nombreux îlots de tranquillité.


Après une longue balade le long de la plage en dégustant une bonne glace (chocolat-acerola), nous arrivons sur un deuxième fortin, propriété de l’armée mais ouvert aux visiteurs. L’ensemble, tout petit, fait penser à un bâtiment en Lego. Notre tour s’achève par un troisième fortin, agrémenté d’un phare. Ce fut le premier fort construit par les Portugais au Brésil. Aujourd'hui, c'est un musée nautique que Quentin visitera.

Pour terminer la journée, nous nous rendons dans le quartier de Rio Vermelho, un peu plus excentré encore. On y trouve, soit disant, les meilleurs acarajés de toute la ville. C'est la spécialité culinaire de Salvador : des beignets de farine de haricot assaisonnés d’oignons, plongés dans de l’huile de palme, le tout garnis de salade et d’une purée de mie de pain/crevettes/lait de coco/gingembre et noix de cajou. C’est gras mais très bon ! Et on finit par des crêpes sucrées.

 Boa noite Salvador !
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Découvrons ensemble les points d’intérêt du nord de la ville. Nous atterrissons ce jour sur la place Divina, pour commencer à longer la plage de Ribeira. Elle est immense, calme, et fréquentée par quelques familles et d’inévitables barques de pécheurs. Le soleil tape dur, et seuls le frichti des barbecues improvisés et l’agitation de quelques bambins rompent avec la tranquillité ambiante. L’ambiance générale est un peu étonnante : avec toute cette nonchalance, on se croirait dans un petit village de bord de mer, et aucunement au cœur d’une métropole de trois millions d’habitants. Même la visite de la petite église qui clôt le rivage ressemble à une promenade à la campagne.

Cette balade se conclura à la Sorveteria da Ribera, célèbre glacier de Salvador, dont la terrasse ne désemplit pas. Marion se laissera tenter par un chocolat-amandes, tandis que Quentin (le croirez vous ?) optera pour de la maracuja.

 Tout en légèreté

Bien repus, et alors que le soleil entame son déclin, nous rejoignons l’église de Bonfim, la plus connue de la ville. Elle est posée sur une colline, et nous pouvions l’apercevoir depuis le ferry. Elle a été construite spécialement pour abriter un Christ en ivoire et en argent apporté du Portugal en 1745. Les grilles de l’églises sont envahies de fitas, petits bracelets colorés vendus partout ici. La tradition veut que l’on en passe un à son poignet en faisant un vœu : quand il se rompra, le vœu s’exaucera. A l'intérieur de l'église, on trouve une salle remplie d'ex-voto, symbolisant des parties de corps ayant guéri suite à des prières. Un peu glauque !

Deux salles, deux ambiances... 

Nous terminons la journée en nous baladant le long du bord de mer, dans un petit quartier qui abrite un phare, un fortin, et une église. Le coin est visiblement propice aux promenades. Nous croiserons de nombreux locaux venus -comme nous- admirer le coucher le soleil.

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Dring, il est 6h, aujourd’hui direction Praia do forte, pour voir la plage, un château, et des tortues ! Un premier trajet nous amène à la gare routière, où on attrape de justesse (à quelques secondes près) un bus qui nous dépose deux heures plus tard dans cet ancien village de pécheurs, aujourd’hui transformé en station balnéaire.

A une demi-heure à pied du centre, se trouve le Castelo da Torre de Garcia D’Avila. Il s’agit d’une ancienne demeure ayant appartenu à une illustre famille de colons qui a traversé les siècles. L’histoire de son fondateur a tout de l’histoire du self-made man américain, mais tropical : ce dernier est arrivé au pays avec seulement une paire de vaches, pour construire un empire foncier monumental (jusqu’à 1/10 du territoire national !) et finir comme l’homme le plus riche du Brésil. Le château restera pendant trois siècles propriété de la plus puissante famille de conquistadores portugais, abritant dix générations de seigneurs jusqu’à l’abolition du système féodal en 1835.

Ca veut dire "bienvenus" en portugais colonial 

Aujourd’hui, le site a été transformé en musée national. Une première maison présente l’histoire de la famille, de l’économie coloniale, des reconstitutions et des résultats de fouilles. Plus loin, une estrade a été montée en extérieur pour accueillir des concerts et des évènements culturels. Et puis, tout en haut de la colline, se dessinent enfin les ruines de la propriété : une église baroque accolée à une superstructure ruineuse, dont la vue donne sur la baie et permet d’admirer les rivages cerclés de cocotiers.

 Bien, posé, tranquille

Retour en ville pour déambuler dans les rues, à l’ambiance très estivale, et déguster une moqueca végétarienne (encore ? oui, encore ! et c’est pas fini). Et bien évidement, ENCORE un peu de MARACUJA !

 A taaaable ! 

Et puis, direction l’autre grande attraction de Praia do forte : le projet Tamar. Fondé en 1980, c’est une grosse association brésilienne qui s’est donné pour but de protéger les tortues marines. Des bénévoles récoltent les œufs pondus par ces dernières pour les mettre à l’abris le temps de l’éclosion, prendre soin des bébés si nécessaire, et soigner les adultes. Pour faire connaitre le projet et récolter des fonds, l’association a ouvert une petite attraction en bord de mer où l’on peut venir admirer différentes espèces de tortues, mais aussi des raies et des requins !

Longeant les différents bassins, nous découvrirons cinq espèces différentes, à des âges variés. Cela ira de la vieille baroudeuse faisant la taille d’un homme (impressionnante !) à des bébés éclos il y a trois semaines (on sera baba devant ces p’tites choses tout choupi et tout riquiqui). Enfin, on fait un stop devant le bassin des requins, qui nous lorgnent d’un œil rond et peu rassurant. Brr, on préfère les carapaces aux ailerons.

 Ca donne une idée...
 Trop mimi !
 Là par contre, j'y fous pas les pieds !

Le reste de la journée est consacré à une balade sur la plage. Une église bleue posée sur le rivage, des barques de pécheurs affairés, quelques baigneurs avec leur stéréo, des palmiers élongés, et du bleu à perte de vue…

Petit coup dans le cœur au moment de repartir, alors que nous réalisons que c’est la dernière fois que nous voyons l’océan Atlantique au cours de ce voyage… On prend le temps de lui dire au revoir… Voilà, il est temps de rentrer à Salvador…

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Dix jours, c’est long ! En fait, nous ne sommes jamais restés aussi longtemps quelque part depuis notre départ de France. Plusieurs matinées ou après-midi ont ainsi pu être consacrées au repos et aux préparatifs pour la suite.

 Petit zoom sur le fortin depuis la chambre

Marion profitera de ce temps pour couper la barbe et les cheveux de Quentin, habitude prise il y a quelques mois en prévision du voyage. Bien dégagé autour des oreilles, svp ! Ci-dessous un petit avant/après. Elle s’est aussi coupé les cheveux elle-même (Quentin a fait l’arrière tout de même).

Voulant partir au Chili avec nos vêtements propres, on fait également nos lessives un peu tous les jours. C’est l’occasion de vous dire que c’est sacrément cher de faire laver ses affaires au Brésil, que ce soit à l’hôtel ou dans une laverie classique ! Ce sera, avec les commissions de retrait bancaire, le seul poste de dépense qui se révèlera plus élevé que prévu. Pour l’heure, on frotte, on gratte et on rince dans une bassine, avec des copeaux de savon et de l’eau bouillie dans une casserole, toujours avec une vue imprenable sur la baie depuis la salle de bain (c’est toujours ça !).

Home sweet home

Vous vous en doutez, nous avons aussi un gros travail de tri de photos, rédaction de blog, mise à jour de budget ou de programme. Avec l’excellent wifi du AirBnB, on en profitera également pour mettre à jour le Drive sur lequel nous stockons les photos et les vidéos depuis le début du voyage.

Régulièrement, des cercles de capoeira se forment dans les rues pour improviser des danses. D'ailleurs, à Salvador, la musique est permanente ! Tous au long de nos dix jours, nous pouvions constamment entendre depuis notre appartement des rythmes de tambours ou d'autres instruments typiques (dont quelqu'un qui jouait du triangle à longueur de journée !).

En bas, c'est capoeira !  

Durant ces jours dans notre Airbnb, nous avons profité pour cuisiner de bons petits plats et gouter de nombreuses spécialités. C’est ainsi que nous nous sommes littéralement gavés d’acarajés, d’abaras (version cuite à l’étouffée et non frite des acarajés) et des cocadas (ces fameuses galettes de cacahuètes grillées agglomérées de caramel). Et avant de partir nous avons mangé à nouveau les excellentes moquecas (ces grosses marmites de légumes à l’huile de palme, citron et coriandre) car c’est un plat originaire d’ici. Bref, on en a bien profité culinairement aussi.

Quand les produits sont bons...  

Concernant les préparatifs pour le Chili, nous avons de nombreux échanges avec les parents de Quentin pour nous faire envoyer un colis, planifié de longue date, qui contient les guides touristiques des pays du cône sud latino-américain, ainsi qu’une conséquente palanquée de vêtements d’hiver et de randonnée. Cette histoire de colis se révélera au fur et à mesure des semaines comme une boite de pandore, mais ne divulgâchons pas. Nous regardons également des conférences sur l’histoire du Chili, des documentaires et des interviews pour comprendre au mieux ce pays que nous traverserons du nord au sud. Enfin, on échangera beaucoup avec Josefina, notre première hôtesse au Chili, qui est la mère d’un ancien collègue de Marion. On vous en dira plus au prochain épisode !

Snif, c'est fini... 

Pour l’heure, chers tous, il est temps de quitter le Brésil. Le réveil sonne une dernière fois, et nous jetons un dernier regard sur la Baie de Tous les Saints. Direction l’aéroport pour rejoindre São Paulo. Nous y ferons escale avant d’enchainer sur un autre vol le lendemain. Et ce même lendemain, le voici. Nous sommes au terminal. On patiente. On traine un peu le long des boutiques, en regardant pour une dernière fois des menus ou des annonces en portugais. On surveille régulièrement l’écran des portes d’embarquement. C’est affiché ? Non, pas encore. Alors on retraîne un peu. Ça y est : notre vol s’affiche. On embarque. Un ultime coup d’œil sur le tarmac. On accélère. On vrombit. Puis on décolle. Au revoir, querido Brésil. Prochain arrêt : Santiago du Chili !