Carnet de voyage

Oh Beyrouth !

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"Le voyage est un retour vers l'essentiel" Proverbe Tibétain
Du 27 octobre 2019 au 27 janvier 2020
93 jours
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Publié le 31 octobre 2019

En cette belle journée d’automne, fraîche mais ensoleillée, je me suis rendue à l’aéroport pour repartir dans ce pays qui me fait tant de bien : Le Liban. Une journée partiellement calme, car en quinze minutes, je me trouva devant la porte d’embarquement B33. Arrivée devant cette dernière, quelle fut ma surprise de constater que je faisais partie des vingt premiers passagers (en règle générale je cours pour ne pas rater mon avion! 😀). Quelques minutes passèrent, et voilà qu’un homme faisait l’appel pour que nous puissions embarquer. A ce moment là, j’ai compris que je ne faisais pas partie des vingt premiers, mais des derniers. En effet, nous étions une vingtaine de personnes à occuper le vol Genève – Beyrouth. Un avion vide mais non pas dépourvu d’émotion, car là-bas, nous le savions tous, c’était la Révolution.


"Rester c'est exister mais voyager c'est vivre." Gustave Nadaud

Le vol fut agréable, mais accompagné de beaucoup de questions. C'est en regardant les sièges vides, et en constatant le silence des passagers, que j'ai compris que ce voyage sera marqué par un tournant historique.

Le vol vide reliant Genève à Beyrouth  (27.10.19)

Le plus souvent, l'Aéroport de Rafic Hariri est bondé, il y a du bruit, des rires, et nous pouvons percevoir l'émotion des gens arrivant enfin à destination pour retrouver leurs familles. Cependant, cette fois-ci l'atmosphère fut étrange: privé de joie, de mouvements, de bruits. Un policier avec qui j'ai noué une amitié à force de m'y rendre me reconnu et me cria au loin " Ahla w sahla Blue!" (Bienvenue Blue!) . Il me sourit puis disparu dans une petite salle à côté de la zone de contrôle. J'attendais mon tour dans la file des " passeports étrangers", nous étions cinq.

A la sortie de l'aéroport, mon meilleur ami Alaa était là, il m'attendait avec un grand sourire, je le pris dans mes bras et reconnu son parfum. J'ai l'impression de ne jamais l'avoir quitté, et pourtant six mois s'étaient écoulés. C'est bon, je réalise enfin que je suis là où je dois être.

Ma belle Beyrouth, je suis revenue à tes côtés.

Beyrouth  
Aéroport Rafic Hariri à 16h25  
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Publié le 31 octobre 2019

A peine sortie de l'aéroport, que les klaxons ont remplacé le silence de l'aéroport. Je me suis vite adaptée à la façon dont conduisent les libanais, la règle est simple " il n'y a pas de règles". Les libanais sont descendus dans les rues et agitent fièrement les couleurs de leur pays : Le blanc, le rouge et le vert ! Je n'avais jamais connu Beyrouth aussi agitée et pourtant, Dieu sait à quel point cette ville ne dort jamais!

Les routes étaient bloquées, Alaa emprunta donc un autre chemin que je ne connaissais pas encore pour nous rendre à Achrafieh où nous habitons. Si j'avais eu quelques doutes sur ma destination, la voilà anéantie par ces centaines de drapeaux libanais suspendus aux fenêtres. J'étais bel et bien à Beyrouth.

Je suis enfin arrivée à mon nouveau chez moi. C'est au rez-de-chaussé, il y a une jolie terrasse, avec des habits suspendus qui sèchent, un canapé en cuire et une belle plante. Je fis la connaissance de mon colocataire Bassem, il m’accueillit avec son plus beau sourire, beaucoup de tendresse et de bienveillance. Je me suis sentie immédiatement à la maison.

Home is not a place. It's a feeling"


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Cette première soirée ne fut pas de tout repos, mon meilleur ami m'entraîna directement au coeur de la Révolution, en face de la Mosquée Mohammad Al Amine, sur la place des Martyrs. J'ai rarement senti autant d'énergie, autant de force. J'étais touchée, émue et révoltée. L'ambiance était belle, il y avait de la musique, des stands de nourritures mais surtout des milliers de drapeaux aux couleurs du Liban qui flottaient au-dessus de ma tête. Au milieu de la place se dressait un gigantesque bras, le poing fermé, levé en direction du ciel. Sur ce dernier on pouvait apercevoir ثورة qui signifie "révolution".

Le symbole de la Révolution aux côtés de sa sublime Mosquée Mohammad Al Amine 

Quelques minutes plus tard, nous avons rejoins des amis d'Alaa. L'une d'entre eux, Rim, une jeune femme souriante, douce mais qui pourtant reflétait parfaitement cette jeunesse révoltée exigeant ses droits. Je l'admirais. Cette dernière me donna soudainement son drapeau libanais accroché à un long bâton en bois. A cet instant là, une forte énergie s'empara de mon corps et de mon esprit et Alaa me dit " Tu pourras dire à tes petits enfants que tu as participé à la Révolution Libanaise en 2019". Il avait raison. J'étais devenu acteur de ce mouvement pendant quelques minutes et je me senti très fière d'être à leurs côtés. Quelques instants après, les amis d'Alaa quittèrent le lieu où nous étions. Nous les rejoignîmes quelques minutes plus tard. En effet, Rim et des centaines d'autres personnes bloquaient un pont à Beyrouth. Passivement et en faisant acte de présence, je bloquais moi-aussi le pont "General Foaad Chehab".

Il était 23h quand je suis rentrée à la maison. Je m'assis au salon où se trouvait Bassem, mon colocataire. Quelques instants après, nous entamâmes une longue discussion jusqu'à 3h du matin. Cette nuit là, Bassem allait devenir bien plus qu'un colocataire, il devint mon grand frère, une Lumière qui éclaira beaucoup de mes questions.

General Foaad Chehab (gauche)

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Pluie du matin n'arrête pas le pèlerin

Ce matin, ce sont les trombes d’eau qui m’ont réveillée … et pour être honnête je les préfère à mon réveil. La matinée fût grise et pluvieuse, mais ces matinées-là je les aime. L’odeur du goudron mouillé, le bruit de la pluie qui tombent, bref toutes ces choses que nous oublions d’apprécier parce qu’elles nous gênent souvent dans nos activités. Mais aujourd’hui, je n’avais justement rien de prévu, j’avais tout simplement le temps d’apprécier la pluie. J’étais en paix avec moi-même et cela méritait bien un bon thé chaud.

Lorsque le ciel cessa de pleurer et que les nuages décidèrent de coloniser d’autres terres, j’en ai profité pour aller au supermarché. Tout au long du chemin, j’esquivais les flaques d’eau, et pour être franche, ce ne fût pas une mince affaire. Les routes sont dans un état si désastreux que par moment, la route elle-même est une flaque d’eau 😀

Ce qui me plaît le plus lorsque je me rend au supermarché, c’est la route que j’emprunte. Une route que je ne connais que trop bien parce que je l’empruntai déjà lors de mon dernier voyage au Liban. J’aime y retrouver les habitués, ces vieux messieurs assis sur des chaises en plastique, prenant toute la place sur le trottoirs à l’angle de la rue Atallah. Un peu plus haut, il y a la buanderie de François, mais il a l’air d’avoir mis la clé sous la porte. Sur cette route, on y trouve également la dame du magasin de téléphone, lorsqu’elle me voit passer elle me fait de grands signes pour me dire bonjour. Cette femme fait toujours preuve de patience avec moi, car j’ai beau renouveler mon abonnement chaque mois chez elle et ce, depuis le mois de février, je ne comprends toujours pas comment fonctionnent leurs lignes téléphoniques. Je finis toujours par lui dire « Khalas! Khalas ! » puis nous rigolons.

Khalas est un de mes mots préférés, il me semble tellement familier, que par moment je me surprends à l'utiliser au milieu d'une conversation. 😀 Bien que son sens littéraire soit « stop », il est souvent utilisé dans mille autres contextes.


En rentrant à la maison, j’ai remarqué que j’avais oublié de mettre un post-it sur la porte! Depuis le 31 Octobre, je mets chaque jour un post-it avec une petite phrase positive dessus. Je ne suis pas encore levée lorsque Bassem, mon colocataire part au travail, c’est donc ma façon de lui souhaiter une bonne journée. Aujourd’hui, il aura le droit à « Be the energy you want to attract » et un «welcome back home » 😀


"Be the energy you want to attract" 


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Cette soirée-là, nous sortîmes dîner à Gemmayze avec Bassem. Une fois arrivés à la route principale « Armenia Street », Bassem me dit « Ok nous allons attendre ici », je lui demanda donc ce que nous attendions, et il me dit « Le Service ». Ahhhh le Service! j’étais tellement heureuse qu’il en rigola ! Je n’avais jamais pris le Service auparavant et je me réjouissais vraiment d’essayer. Il faudrait peut être que je vous explique ce que c’est non ? Le Service est tout simplement le transport publique libanais, mais attention pas n’importe lequel, pas de grands bus avec des arrêts bien précis… non non… surtout pas. Le service est une voiture aux plaques rouges, il faut arrêter la voiture si elle ne vous a pas klaxonné avant (en général elle vous klaxonne et ralentit lorsqu’elle arrive à votre hauteur). Avant de monter dans la voiture, qui en règle général est déjà occupée par d’autres personnes, vous leur annoncez le quartier dans lequel vous voulez vous rendre. Le chauffeur décide si oui ou non il va passer dans les alentours. C’est en quelque sorte un taxi qui vous dépose approximativement là où vous voulez.

Le chauffeur, un grand gaillard aux épaules larges mais au regard innocent était parfaitement concentré sur … son téléphone pendant qu’il conduisait. Après avoir envoyé quelques messages, il fit un appel, un appel important je crois. Cela fait partie des autres facultés invraisemblables du libanais : Un oeil sur le téléphone, l’autre sur la route. Mais nous étions arrivés au restaurant sain et sauf.

Bassem commanda pour nous, nous partageâmes nos assiettes, les desserts, puis nos anecdotes! Pour rentrer à la maison nous avons marché tout au long de Gemmayze et Mar Mikhael, les routes étaient bondées mais pas autant qu’avant. Les gens participaient à la Révolution et cela se ressentait.

Bassem, un colocataire devenu un ami, puis un grand-frère
Bassem durant notre dîner au Swiss Butter  à Gemmayze 


Une fois arrivés à la maison, je prépara du thé chaud au gingembre et nous prîmes place au salon, chacun sur un canapé. Nous étions l'un en face de l'autre comme ainsi dire prêt à passer aux aveux. Cette nuit là, il me raconta son histoire. Derrière la douceur de son regard, et son charmant sourire, Bassem avait traversé beaucoup d’épreuves. Je l’admirai chaque jour un peu plus, et je vis en lui, ce que la vie ne m’avait pas offert, un grand frère.

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Le lendemain matin, je végéta de longues heures dans mon lit, Bassem finit par venir me chercher. Il compris vite que j’étais très mal réveillée, cela pouvait surtout se lire sur mon visage: je fixais le vide, les cheveux en bataille, et dépourvue d’expression. Il me tendis un verre d’eau, puis je me dirigea à la salle de bain me débarbouiller un peu. J’enfila mon débardeur, mon pantalon de sport, mes baskets et une jacket. Fin prête, il me tendit une pomme sur le seuil de la porte, nous étions prêts pour une marche et une course de 11km. Sur le chemin du retour, nous nous arrêtâmes à la place des Martyrs. La Révolution se faisait timide en cette fin de matinée, mais les caméras, les journalistes et les manifestants étaient tout de même présents. Cette nuit là, la Révolution réunira des milliers de personnes, des milliers de drapeau, mais une seule patrie...un seul peuple.


Marcher, courir et découvrir  
Dimanche matin, lorsque la Révolution se faisait encore timide