Carnet de voyage

La Route de la Soie

10 étapes
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La première partie de 5 mois de road trip à travers l'Asie centrale puis l'Asie du sud est
Août 2018
60 jours
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Publié le 21 août 2018

Départ le 10/08 à 19h de Roissy par Air Astana jusqu’à Almaty (escale à Astana)

Etape 1 : Almaty (Sud Kahzakstan) puis Parc Altyn Emel (réserve Naturel). Durée approximative 1 semaine. Ensuite on descendra surement vers le Kirghizistan par l’A362 pour aller à Karakol.

Etape 2 : Karakol et les environs pour 2 semaines : Une partie à l’Est avec des montagnes et l’autre partie autour du Lac.

Etape 3 : Rejoindre la frontière Ouzbek via Och (On a compté 1 semaine de route) / On peut entrer en Ouzbékistan à partir du 01/09 (Visa valable 30 jours)

Etape 4 : Route vers la frontière du Tadjikistan par la vallée de Ferghana.

Entrée de frontière par Isfara.

Etape 5 : Le Tadjikistan (1 semaine)

Khodjent/Istaravchan/Douchanbé et Pendjikent

Etape 6 : L’Ouzbekistan vers l’ouest

Samarcande/Bouhkara/Khiva/Tachkent (2 semaines)

Etape 7 : Tachkent à Départ pour l’Inde le 01/10



Cartes Asie Centrale 
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Publié le 21 août 2018

Après un premier vol de 7h entourés par une famille de 17 chinois hurlant et se levant toutes les 8 minutes, une escale de 2h dans l'aéroport pittoresque d'Astana à tuer le temps entre le combat de Bibou et des 6 "bankomats" pour arriver à extraire des "Soms Kazakhs" qui auront eu la vertu de nous procurer un café. Anodin nous direz-vous, on ne le savait pas encore mais c'était le dernier café potable avant un long moment. On dort sur le deuxième vol et on arrive en fin de matinée à Almaty, deuxième plus grande ville du Kazakhstan.

Située à l'extrême sud du pays, la ville est un point d'entrée privilégié des touristes voulant découvrir les charmes divers de la nature Kazakhe car on y trouve beaucoup de connections, par bus notamment, vers tout le pays. Mais Almaty, c'est moche, et ayant la chance d'avoir Seb et son Dacia Duster de compétition pour les 5 premiers jours, on trace directement vers notre première étape : Le canyon de Charyn.


La route est assez longue, mais on constate rapidement en s'éloignant la beauté du vaste paysage. Des plaines désertiques, des montagnes à perte de vue, c'est superbe! On s'arrête manger dans un restaurant au bord de la route, et là surprise, c'est pas du mouton et c'est bon! Par contre, je déchante une nouvelle fois après avoir reçu un refus à ma demande de bière malgré l'utilisation de mon plus beau russe. Le pays étant à majorité musulmane, la plupart des endroits sont sans alcool. Une aubaine pour les quelques kilos que j'ai prévu de perdre.


Le Canyon est beau, et puis c'est notre premier donc on est forcément content :-). Après avoir mitraillé l'endroit de photos et marché une bonne heure dans les tranchés, on arrive à la rivière où on installe notre campement. Puis si on marche par mots clés ça fait : baignade - bout de pain - dodo - orage - dodo - repliage de tente - pluie - oublie de kawe ... ( Oui j'ai perdu mon kawe le deuxieme jour...) Et départ pour notre prochaine destination.


Nous allons ensuite vers les trois lacs Köl-Say. 3 jours de randonnée qu'on commence aux abords du premier lac. On essaie le Jibek Joly cottage. Malgré la route "Paris-Dakar" marrante pour y aller on constate que ce sont des voleurs alors nous campons 50m plus bas dans un spot avec vue de fou sur le lac. Les 3 jours qui suivent auraient pu tourner au vinaigre en partant juste avec 2 conserves de thon-sardines si on avait écouté l'homme dont je ne dirai le nom (mais qui habite rue fondary et travail chez Facebook). Heureusement, nous croisons un village de Kazakhs. Avec toute la gentillesse du monde, ils nous donnent en provision des brochettes d'agneau et des petits pains-beignets. La randonnée est dure mais superbe. C'est un bon entraînement en attendant ce qui suivra au Kirghizistan. Le deuxième lac est sublime. Le troisième bloqué par des militaires pour une histoire de frontière proche. On hésite, les hélicoptères volant en rase-mottes autour de notre bivouac le matin nous dissuadent. On s'en va refaire une nuit au bord du premier lac. C'est tout pour le moment.

En route sur les routes Kazakhes / trek aux lacs Köl-Say / dej Kazakh d'avant trek/ Canyon de Charryn
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Arrivée à Kegen, dernière étape Kazakhe, un dernier repas avant que Seb ne nous laisse à notre sort pour franchir la frontière. Une heure après on se met à faire du stop. 2h30 nous sépare de Karakol, notre destination, sachant qu'on est obligé de descendre de voiture entre les deux pays. Les Kirghizes ne laissant pas entrer les Kazakhs chez eux. On est bien loin d'une frontière franco-belge que tu traverses à 90 km/h.

Deux minutes de passe, une voiture s'arrête, le chauffeur ne nous prend pas mais appelle son pote d'en face qui se ramène pour nous proposer de nous emmener contre rémunération. Puis trois autres voitures viennent aussitôt avec le même but et au même prix. Paco négocie avec l'un deux et divise habilement le prix par 2 et pour environ 4euros on embarque pour la frontière. Après 30 min nous n'arrivons aux portes du Kirghizistan. La frontière est tout droit venue d'ex Union Soviétique, la porte est gigantesque avec plusieurs militaires des deux côtés. L'ambiance est quand même détendue, on a le droit à des "Champions", "Griezmann" ou encore "Pogba" de la part des douaniers. Plutôt cool. Personnellement ça m'a fait penser à mon voyage en Italie en 2006... J'aime la petite différence.

On pensait galérer une fois de l'autre côté, mais les types ont quand même prévu leur coup avec un chauffeur qui propose de faire les 110 kilomètres restant pour 60 dollars après négociations.

Le paysage est superbe. Des vastes plaines à perte de vue avec des centaines de chevaux en liberté. Par contre, la route n'est pas finie et on roule la plupart du temps sur des cailloux. 2h et une crevaison plus tard, on arrive enfin à Karakol, petite ville qui sert de base pour les différents Treks de la région. On séjourne à Teskey Guest house, chez Talaai. Suivant ses conseils, on décide de faire une randonnée d'un jour avant le trek de papa de 3 jours vers le lac Ala-Kul.

La marche fait tout de même 20 bornes et on peut ainsi voir la magnifique falaise rouge des sept taureaux, creusée par l'érosion, la vallée des dragons, et des panoramas grandioses sur des plaines et des petits villages de yourtes peuplés de nomades. Ce fut également la première expérience d'Aurore avec le koumis, lait de jument fermenté 6 mois, ça n'a pas fait fureur : - )


Passage de frontière / paysage Kirghize /Karakol / les 7 taureaux
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Publié le 30 août 2018

Levé Sept heure, je sors d'une sale nuit. J'ai dormi moins de trois heures et j'ai rendu mon dernier dîner, ma première bière et une partie de mes tripes en plusieurs fois. On hésite à partir mais finalement je sors mes fesses du lit et me déguise en trekkeur. Je suis encore palichon et ce n'est pas l'infâme porridge qui va me mettre de bonne humeur. Il n'y a pas de café. Un sale touriste français me fait remarquer que j'ai triste mine. Dans ma tête je lui crève un œil avec ma fourchette, en vrai je me contente de lui répondre "non". Le taxi bus arrive, je suis au fond et les suspensions sont très souples, ça fait remuer mon estomac. Une petite heure passe en prenant mon mal en patience. Je sors livide du véhicule et prends mon souffle, c'est parti pour 52km et 2700m de dénivelé.


La journée est dure, je traine mon gros poids et heureusement qu'Aurore m'encourage et me nourrit d'excellentes bananes. Il n'y a que ça qui passe pour le moment. La première demi-journée est plutôt cool pour tous les autres. C'est vrai que c'est beau ! Le Kirghizistan est magnifique et dispose de décors superbes et variés à condition de marcher. Nous y reviendrons. On prend des photos de montagnes, de ruisseaux, de vaches, de chevaux. On s'abreuve à même la rivière et je mange des bananes jusqu'à midi. À la première pause, on a rien grimpé et je suis déjà à bout de souffle. La première montée de 2,5km est apparemment gentille mais je sens mes jambes et mes genoux souffrir. Au déjeuner je me force à manger et je sens que l'appétit revient un peu. Pour les 3 autres, la promenade de santé continue. On a fait une quinzaine de kilomètres et on va attaquer la montée.

Ça va un peu mieux mais la pente est de plus en plus raide et les nuages arrivent. Après une heure de "grimpade" on a perdu en température et le vent commence à souffler. Puis la pluie arrive. Aurore tente de me faire accélérer mais je suis déjà à fond! La pluie s'intensifie, on commence à se les cailler sévère. On repense aux deux russes plus bas, un père et son fils qui étaient en train d'installer leur tente. On se dit que c'était une riche idée... Maintenant, avec les 40 % d'inclinaison on ne peut qu'aller en haut. On s'accroche comme on peut, la roche glisse. Je pense être au maximum de ma souffrance et puis la pluie se transforme en grêle, un peu comme une évolution pokémon. La sensation de se faire flageller par mille gosses armés de pistolets à billes. Ah oui, on est en short aussi! À ce moment je me dis que finalement je serais bien resté au lit un jour de plus. On croise Bruno et Maëva un peu plus haut qui nous invitent à nous abriter avec eux sous un rocher. Ça marche pas. On repart dix minutes plus tard en ayant encore plus froid. Après une dernière frayeur avec la glissade d'Aurore à 3200m au bord du vide et rattrapée par le sac à dos, on arrive au camp. Nous sommes au bord du lac Ala-Kul, on a réussi. Il fait super froid et le vent souffle fort. On sort la tente et on la monte. Le couple est en parfaite osmose, cinq minutes après, elle est montée. Du patinage artistique, on a jamais été aussi efficace. On se réfugie dedans pour se réchauffer. Un grand merci à celles qui nous ont offert des couvertures de survie, riche idée, c'est pas les pages du Lonely Planet qui auraient fait le job! À 18h on s'endort et on se réveille 12h plus tard.


Le soleil se lève sur le lac, c'est magnifique, un des plus beaux paysages que j'ai pu voir. Je vais carrément mieux même si ce n'est pas toujours la grande forme. On petit-déjeune et on se remet en marche. Ça monte encore sec pendant environ 3h mais il fait beau cette fois et on longe l'Ala-Kul dans un décor lunaire. Arrivés au sommet, on est à 4000m. On a d'un côté le lac surplombé par un immense glacier et de l'autre une vue sur toute la vallée. Non seulement c'est beau et en plus, à partir de maintenant, on va descendre. On arrive pour déjeuner dans un camp de Yourtes. Ça tombe bien il pleut de nouveau. On se réfugie et on laisse passer la pluie. La journée se passe tranquillement et s'achève à Altyn Arashan, petit village vers les 3000m d'altitude. Talaai nous a réservé une place dans une Guest house. La bas on rencontre plusieurs voyageurs, dont une famille et 2 jeunes filles, Marine et Edwige, tous français que nous recroiseront par la suite. On passe du bon temps, on boit beaucoup de thé, on mange du shorpo, une soupe chaude au mouton et légumes et du gyanfan, un riz aux carottes et jus de viande de bœuf, c'est pas mal et surtout ça réchauffe.


La troisième journée se passe bien. On fait une source d'eau chaude qui ne vaut pas la peine de s'attarder puis on descend les 20km restants. On rentre chez Talaai une dernière nuit, se faire un festin dans un restaurant zarina avant de partir vers l'Ouest du lac Issyk-Kul.




Trek Ala-Kul
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Après un premier trek fort en émotions et nous laissant quelques courbatures, nous faisons une pause bien méritée de 2 jours au lac Issyk kul (deuxième lac le plus grand au monde après le lac Titicaca). Première nuit dans une yourte pour moi au camp Meiman Ordo ou nous sommes reçus comme des rois ! Nous en profitons pour visiter les environs et aller au Canyon Skazka, magnifique Canyon avec de sublimes couleurs et des rapaces qui font le bonheur de Mathieu.


Après avoir repris des forces, nous partons pour Kotchkor, base idéale pour de nombreux treks et lieux de retrouvailles avec nos précédentes rencontres Françaises ... Nous retrouvons ainsi Anne et Simon (voisins du 15eme) et Edwige et Marine avec qui nous passerons 3 jours à cheval. Nous établissons notre QG dans le seul lieu potable de la ville : Le rétro 😉


Pour s'initier à l'équitation et éviter de marcher des kms et des kms, nous faisons un trek de 3 jours à cheval autour du lac son koul avec un guide Bekjan, il ne maîtrise certes pas l'anglais ce qui complique nos échanges mais il sait s'y faire avec les chevaux (ce qui va s'avérer utile). Le premier jour nous prenons nos marques petit à petit, le chemin est escarpé par endroit et les chevaux semblent craintifs dans certaines descentes et nous encore plus. Après s'être habitués aux mouvements de bascule et l'apparition des premières douleurs aux fessiers, c'est parti pour notre premier galop !!!! Quelle sensation, Mathieu semble serein et moi paniquée par mon cheval fou qui part en tête et décide de prendre une colline à toute allure !!! Je suis sauvée par Bekjan qui vient le maîtriser ! Belle première journée qui s'achève dans un sympathique camp de yourtes le kliemche.

Le second jour, nous atteignons les rives du lac son koul après une longue pause méritée en yourtes pour déjeuner car la pluie s'abat sur nous et nous essayons de nous réchauffer car nous sommes gelés (heureusement nous rencontrons 2 Allemands qui partagent volontier une tournée de vodka avec nous). Le soir nous sommes merveilleusement bien accueillis chez l'habitant, foot, volley et bien évidemment le thé sont au programme.

La dernière journée à cheval s'annonce au début difficile car l'idée de reposer nos fesses sur un cheval nous paraît impossible mais on s'éclate !! On a pris nos aises et on galope dans les prairies toute la journée à base de "Tchou Tchou" pour encourager nos chevaux à aller plus vite. Résultat de ce trek de 3 jours : des beaux bleus sur les jambes pour moi et une épilation des mollets pour mathieu.


À peine rentrés, on décide d'enchaîner avec un deuxième trek, encore deux lacs : Kyol-Ukyok et Kyol-Tor. Nous partons sous un grand soleil et plein d'entrain pour 2 jours de treks avec une quarantaine de kms au compteur. Après 4 heures de marche et un homme devenu récemment météorologue, nous plantons subitement notre tente pour se protéger de l'averse qui s'abat sur nous. Nous sommes bien au sec. Arrivés au premier lac Kyol-Ukyok, nius retrouvons Bruno et Maëva et plantons notre tente à proximité et partageons une bonne soupe lyophilisée. Le lendemain, l'ascension du second lac Kyol-Tor s'avère dure et de la neige tombe. On ne s'attarde pas et reprenons vite le chemin pour retrouver le soleil ...

Canyon de Charryn / lac Son-Koul / Kyol-Ukyok
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Après cette semaine de Treks, on retourne au bord du grand lac Issyk-Kul pour réparer les dégâts infligés à nos jambes et fessiers respectifs. Partie nord cette fois. Rien à dire sur ce stop à part une plage de cité balnéaire moche qui se veut branchée mais dont les attractions rouillées, les boutiques vides et les derniers touristes russes de la saison viennent confirmer que je n'irai jamais passer quinze jours là-bas. La seule attraction à nos yeux est un chameau. Il doit bien se demander autant que nous ce qu'il fait ici. On reste donc à la piscine de notre pension pendant une journée avant de faire route vers la capitale : Bichkek.


À la base, nos plans étaient de tirer vers l'Est pour se rapprocher de la frontière de l'Ouzbékistan mais il paraît qu'après-demain (31 Août) c'est grosse fête à Bichkek pour l'indépendance du Kirghizistan. Dans ma tête tout est clair : femmes à poil, shots de vodka, festival de musique, tournois de lutte, chasse à l'aigle et consorts ! Da! Ok pour le détour. Pour y aller, pas de galère, entre les dix taxis qui tentent des escroqueries tarifaires et la mashrouka (minibus) officielle pour 80 Soms par tête (environ 1 euro) le choix se fait rapidement. Quinze minutes plus tard, on part. Schumacher n'est plus un légume, il s'est réincarné dans chaque chauffeur Kirghize, l'esprit du moins, car niveau pilotage on est loin du style coulé et des trajectoires précises de l'allemand. On dépasse par la gauche, la droite, à deux ou trois voitures sur la même ligne. On a de la chance, cette fois la viande de mouton n'est pas posée sur nos sacs dans le coffre. Deux petites heures et on arrive à Bichkek. On jette un œil sur Maps.me, et notre itinéraire à pieds se dessine, il reste vingt minutes de marche. Maps.me, pour les personnes un peu limitées niveau technologie (PS: ne rigole pas, j'ai peut-être pensé à toi :-) ), c'est une application sur téléphone qui permet de te géolocaliser sans réseau. Je me rappelle des arrivées chaotiques dans des régions perdues il y a quelques années. Ça m'aurait bien aidé.


Première journée sympa, il fait beau, Bichkek est une ville étonnamment verte avec plusieurs parcs. On visite les quelques endroits, la place centrale Ala-too, les statues, on fait un tour dans le parc d'attractions et on monte dans la grande roue pour le panorama, on va manger une glace puis on visite le grand bazar de la ville. Journée très agréable, il fait beau et ce petit retour à la civilisation est appréciable après avoir vécu en montagne avec des températures proches de zéro sous tente, à manger les désormais sacrés thon/fromage/pain et soupe instantanée de nouilles. On a aussi trouvé un vrai café.

Deuxième jour, randonnée dans les alentours de Bichkek, au parc naturel Ala-Archa. C'est beau. On rentre en taxi partagé avec deux anglais qui sont dans les montagnes depuis un mois pour faire de l'escalade, ça avait l'air bien, c'est intéressant mais ils sentent l'oignon, le retour à la civilisation va leur faire du bien aussi.


Troisième et dernier jour à Bichkek, la grande fête a enfin lieu. Nous rejoignons Bruno et Maëva et partons pour le discours du président suivi de danses et musiques diverses. Ça dure deux heures et il n'y a pas beaucoup de monde mais les danses sont jolies. Nous partons ensuite nous promener dans le parc voir les démonstrations sportives. C'est fait par des enfants, comme un forum d'associations, c'est mignon. On assiste à un tournoi de bras de fer, beaucoup de russes, c'est un peu un sport débile mais ça nous fait rire. C'est agréable mais on est bien loin de la foule en délire que j'avais imaginé. La nuit tombe, avec les décorations et les effets lumineux, le centre-ville est superbe et il y a plus de monde. On rate le feu d'artifice à cause d'une brasserie artisanale qui faisait de l'IPA de qualité. Heureusement qu'il a duré moins de trois minutes, ça évite les regrets et renforce notre décision de favoriser le houblon. Belle journée encore :-)


Lendemain matin, départ pour Och, encore un trajet mouvementé. Plus d'une heure d'attente pour remplir le taxi, l'histoire de quinze taxis avec une ou deux personnes dans chaque véhicule mais qui refusent de se refiler les clients pour remplir les monospaces. À un moment on craque, je leur dis que si on est pas parti dans la demi-heure on partira pour l'aéroport prendre l'avion. Les choses s'emballent et peu de temps après on part enfin pour Och. Le Lonely Planet, guide aux informations parfois précaires, indiquait 7h, on en a mis 13 avec, une nouvelle fois, un Schumacher au volant. Cependant la route est encore une fois sublime. On voyage avec une tribu d'enfants laissée par leur famille. Le rapport à la confiance est différent de chez nous. Les gens sur la route sont amusés de nous voir. Ils veulent des photos. Bien sûr, on se prête au jeu. On sent qu'à partir de là on verra moins de touristes.

À minuit on arrive à Och. On y passe une demi journée pour visiter puis on part pour la frontière Ouzbèke.

Bichkek & Och
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Publié le 15 septembre 2018

Fin de matinée du deuxième jour de Septembre, le gros tampon Ouzbèk vient de percuter nos deux passeports à côté des visas pour nous accorder l'entrée dans le pays. Malgré la foule, nous n'avons pas fait la queue. Les directives sont claires, on doit laisser passer les touristes. À peine la frontière franchie, on se fait encercler par une dizaine de chauffeurs plus ou moins officiels proposant de nous amener à Fergana, première étape de notre parcours en Ouzbékistan. C'est un peu comme le Loto, toutes sortes de chiffres tombent dans différentes devises monétaires, ça va de 50 dollars à 40 000 Soms (un peu moins de 5 dollars). Après une petite heure on se retrouve dans la ville de Fergana avec un premier constat flagrant, les infrastructures sont beaucoup plus modernes, les routes sont belles et les bâtiments neufs.

Nous posons nos affaires à l'hôtel Sakura Inn en fin d'après-midi et partons nous promener dans la ville. Il n'y a pas grand chose à voir à part un grand parc et une fête foraine mais il fait bon, le soleil se couche doucement, donnant une couleur rouge aux murs blancs des maisons nous entourant. Il y a plusieurs cafés dans les parcs et différentes rues. La journée n'allant pas se finir bien tard pour nous, on décide de manger tôt et de se caler sur une terrasse. Au programme, un gros barbecue de rue. À côté un groupe d'ouzbeks a déjà bien entamé le repas ainsi que leur bouteille de vodka. Ma tête de touriste ne passe pas inaperçue et je me fais alpaguer à leur table pour une tournée de shots puis une deuxième, une troisième et une quatrième. Le traquenard. À mon retour à ma table, Aurore n'ayant pas été invitée, je prends une courte mais intense leçon de féminisme. À raison, bien évidemment. Si bien qu'au dessert, nous reprenons une tournée tous ensemble. Nous rentrons ensuite à l'hôtel. Le fin mot de cette histoire, c'est que j'ai fini un petit peu éméché pour la première fois du voyage. J'ai pensé à quelques vieux copains, avec qui ma soirée aurait très certainement eu une fin moins honorable.


Le matin suivant pique un peu, mon crâne est lourd et ça siffle dans les oreilles, maudite vodka. Nous avons deux objectifs aujourd'hui : voir des ateliers de poterie et céramique à Richtan puis voir une fabrique de soie à Marguilan. Les deux petites villes ne sont pas dénudées d'intérêt et on repart avec deux bols et deux écharpes en guise de souvenirs. C'est fou de voir que tout est encore très artisanale et façonné à la main, aussi bien la céramique que la soie. La charge de travail est très lourde et les quantités produites sont très importantes. Le lendemain on part pour Kokand, un peu plus à l'Est.


Le bus part vers les 9h30 et on met une bonne heure et demi à rejoindre la gare routière de Kokand. De là un deuxième bus nous amène au centre-ville et de là, s'aidant de notre application fétiche, on se dirige vers l'hôtel. Cependant, la location n'est pas fiable, nous laissant nous perdre dans les différentes petites rues de la ville. Après un bon moment d'égarement, un homme devant sa porte nous invite boire le thé chez lui, nos bonnes têtes de touristes et nos gros sacs à dos ne laissaient déjà personne indifférent dans le quartier. Nous acceptons l'invitation. Les familles Ouzbeks montrent leur richesse avec leur porte d'entrée, et la leur est flambant neuve, avec des sculptures magnifiques. La maison est immense et tous sont en costume. L'homme nous amène dans son bureau, et tout en servant le thé avec plein de fruits et divers gâteaux, nous explique que sa maison sert également de fabrique de chaussettes 100% cotons et qu'il est un des plus gros producteur de l'Asie centrale. D'ailleurs il me tend un paquet de six paires qu'il me force à accepter. Ces nouvelles chaussettes entrent immédiatement dans le club de mes préférées et rejoignent ainsi les rouges mises pour notre mariage et les bleus avec les rayures blanches reçues au mariage de Marine et Alexis. Après une présentation de toute sa famille et une visite rapide de son usine, nous repartons à la recherche de notre hôtel. Une heure d'errance plus tard, et grâce à l'aide d'une bande de jeunes, on se fait déposer en voiture à notre destination.


La conclusion de cette histoire, c'est que les Ouzbèks sont plutôt gentils et n'hésitent pas à t'aider, t'interpeler dans la rue pour entamer une conversation ou boire du thé avec de la chance. La ville est jolie avec le palais du dernier Khan mongol, Khudoyzr Khan, le bazar, les mosquées et le centre-ville. mais on fait le tour en une journée. On profite d'un barbecue de rue et des traditionnelles schaschliks et on rentre. Demain c'est déjà le Tadjikistan.


La vallée de Fergana / céramique / atelier de soie / palais et mosquées
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Publié le 21 septembre 2018

Notre premier passage en Ouzbékistan ne durent que quelques jours car nous avons décidé de passer par le Nord du Tadjikistan pour une semaine avant d'y retourner par la frontière de Penjikent-Samarcande ouverte depuis 2 mois pour les étrangers. Depuis peu, les démarches de Visa sont facilitées par le gouvernement, c'est désormais un e-Visa. Pour toi, devant ton pc et pas forcément à l'aise avec internet et les nouvelles technologies j'explique. Un e-Visa se fait uniquement par internet, tu renseignes tes dates de départ et d'arrivée, où tu y dors et ce que tu viens y faire, et tu payes avec tes codes de cartes bancaires. Tu laisses mijoter entre 48 et 72h sans lever ton fessier fatigué jusqu'à l'ambassade et puis c'est prêt, e-Visa validé et il ne reste qu'à l'imprimer (sauf si tu es un petit blagueur et que tu as mis "marchand d'armes" dans la case "but du séjour").

Donc on arrive tôt a la frontière car on pense que ça va durer un peu, à la façon soviétique, douche froide, entretien avec un militaire, menottes, cassage de cailloux au marteau et léger touché rectal, on sait jamais, si un de ces européens venait amener des trucs illicites. Mais encore une fois comme lors des précédents passages, c'est plutôt des grands sourires accompagnant des "Welcome to Tadjikistan" et des "France Champion". Promis, la prochaine fois j'arrête de me faire des films sur un passage de frontière.

On choppe nos sacs et on arrive donc au Tadjikistan. "Que fait-on en arrivant dans ce nouveau pays Cortex?

- La même chose qu'à chaque fois qu'on arrive dans un nouveau pays Minus, on se prend une majoration tarifaire de 123% par des chauffeurs de taxi malveillants?

- D'accord Cortex"

Après en avoir discuté dans plusieurs voyages et avec plusieurs personnes, la conclusion est sans appel, les chauffeurs de taxi sont des escrocs. On ne va pas généraliser et seulement parler de ceux des gares, des aéroports, des frontières et de ceux qui t'attendent en bas de chez toi avec déjà 10euros au compteur.

Celui-là, en plus de nous doubler le prix à 20 dollars, s'arrête à l'entrée de la ville de destination : Khodjent et voulait un supplément de 5 dollars par passager pour nous emmener au centre ville. On s'énerve et je commence à sortir en refusant de payer et le bougre repart nous déposer en ville.


Il est un peu plus de midi quand on arrive à Khodjent, deuxième ville la plus grande du Tadjikistan. On pose nos affaires dans l'auberge et on va visiter. Le type de l'accueil n'a pas l'air d'une flèche... On en reparle bientôt. On visite la ville. Il y a un parc entouré d'une vieille muraille, vestige d'une forteresse qui aurait tenu tête aux armées d'Alexandre le Grand. Mais vu que Genghis Khan est passé ensuite par là et a tout rasé, il a fallu attendre l'arrivée des russes pour qu'il reconstruise la muraille à l'identique pour en faire le musée d'histoire de la ville. On visite ensuite le Bazar et les diverses mosquées, minarets et autres mausolées qui nous donnent un premier aperçu de ce qui nous attend plus à l'ouest de l'Asie Centrale et notamment à Samarcande ou Boukhara. Le petit côté super sympa de Khodjent, ce sont les petits restaurants en extérieur avec des barbecues géants et les fameuses brochettes d'Asie Centrale : les Shashliks. Elles sont partout depuis le début du voyage mais celles-ci sont, pour le moment, les meilleurs que nous avons mangées. On s'est régalé! Mais aussi bonnes furent-elles, elles n'empêchent pas ma digestion accélérée et mon fort besoin d'aller ainsi aux toilettes. En rentrant à l'auberge, je me rends compte avec effroi qu'il n'y a plus de papier. Je préviens le maître des lieux, visiblement je l'emmerde, il devait être à la moitié de son 17ème film de la journée. Il part et revient bredouille cinq minutes après, m'expliquant qu'il y en a pas. Génial ! Heureusement qu'on a pris l'habitude d'en voler dans certaines auberges, habitude de trekking j'imagine. L'Histoire n'est cependant pas fini, le type revient et me tend une feuille A4, qu'il a dû sortir de son imprimante et me montre les toilettes du doigt! Je sens un air de satisfaction chez lui de m'avoir trouvé une solution. Le génie! Il m'a pris pour une photocopieuse ! Trop c'est trop, je m'énerve et l'envoie plus ou moins délicatement balader. Aurore, à côté, est pliée de rire. Le garçon aura gagné un jolie 1,6/10 sur Booking. Bisou génie.


Le jour suivant nous partons pour Istaravshan. Petite ville qui a aussi la particularité d'avoir eu un fort qui a résisté à Alexandre le Grand puis détruit par Genghis Khan avant d'être reconstruit par les soviétiques, un classique dans cette région j'ai l'impression. Là aussi, quelques jolies mosquées, et un centre ville très joli, typique, bâti de bois et de taule, dénué du moindre touriste. Ce n'est pas grand et nous pensons rester au maximum deux heures. Mais on y passe la journée, la ville est peuplée d'enfants en costard et tailleurs, bleues et blancs, tenues et couleurs obligatoires des étudiants. Quand on voit que les adultes sont en t-shirt/sandales ça laisse songeur. Il y a plus de quatre-vingt écoles ! Du coup on est envahie de gamins peu habitués à voir du touriste. Deux d'entre eux nous servent de guide et nous font rentrer dans des endroits où on ne serait jamais allé, comme le toit d'une mosquée ou l'intérieur du fort rempli d'étudiants répètant pour la fête d'indépendance tadjike dans deux jours.

Cependant, une fête d'indépendance, nous en avons déjà fait une, et ce trop plein de ville nous a donné envie de nature et d'évasion donc direction Penjikent puis les monts Fan, titillant les 5600m d'altitude à côté de la frontière Ouzbéke.

Pour résumé Penjikent, c'est une petite ville entourée de montagnes immenses et qui a la particularité d'avoir eu une citadelle qui a résisté à Alexandre le Grand avant d'être détruite par Genghis Khan sauf que là ça n'a pas été reconstruit et pour la première fois on peut voir des vestiges de ce qu'était une forteresse datant du troisième siècle avant le doux Jésus. L'ancienne citadelle surplombe Penjikent et on peut admirer les montagnes au loin, on a la chance d'y aller en fin d'après-midi, avec un soleil couchant, c'est surprenant.

Nous repartons le matin pour un trek de quatres jours dans les montagnes voir plusieurs lacs et en prendre plein la vue. C'est ressourçant! Ce voyage nous aura donné goût aux longues randonnées en montagne et nous commençons à être expérimentés. On plante une première fois la tente dans un premier camp de trekkeur au dessus du village d'artuch avant un deuxième jour de marche vers le lac Koulikalon où on plantera la tente tout au bord. On se fait cueillir par l'hospitalité de campeurs Tadjikes à coup de salade de crudités, de chocolat et de... Cognac, apparemment parmi les alcool favori du pays. On avale quelques verres en s'abstenant de leur dire que sans le village de Cognac tu peux pas faire du Cognac... Même combat pour le champagne Ouzbèk d'ailleurs. Le troisième jour on franchi un col à 4000m pour aller voir les lacs d'Alauddin puis on dort dans un camp de bergers Tadjikes avant de redescendre à Penjikent le ventre bien rempli car on s'est fait offrir de délicieux samoussas et des raviolis (montos en tadjike). Ces derniers jours en montagne nous ont ressourcés et en plus, j'ai maigri. On peut attaquer la deuxième partie de l'Ouzbékistan et la grande Samarcande.





Khodjent / Penjikent / Istaravshan / Monts Fan
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Publié le 25 septembre 2018

Aujourd'hui, nous allons changer le style. Les évènements ne seront pas racontés de façon chronologique. Ils ne seront pas au présent. Cette fois-ci, ils serviront à appuyer la description d'un pays et de ses traditions que peu d'occidentaux ne connaissent au final. La différence avec les autres histoires que nous avons écrites est sûrement le fait d'avoir plus de recul, plus de compréhension de l'Ouzbékistan et de cette région du globe. Le prochain récit sera également de cet aspect avec un regard plus global de l'Asie Centrale.

L'objectif est simple. D'une part, de partager avec les gens qui liront ces lignes le ressenti que nous avons eu, d'essayer de les convaincre intimement de venir découvrir par eux-mêmes la passionnante histoire d'une région qui a vu une multitudes de civilisations différentes, avec des cultures différentes, venir peupler ses terres. Aujourd'hui celà se ressent à travers les merveilles architecturales qu'on peut trouver dans les villes et les vestiges Ouzbeks, la beauté des plaines, montagnes et autres déserts qui te font perdre toute notion d'un "train-train" quotidien. Cela se ressent également à travers la gentillesse et la fierté d'un peuple désormais libre depuis 27 ans. D'autre part, à un niveau plus personnel, pour ne jamais oublier ce qu'on ressent actuellement. Parce qu'on est un peu bête et qu'on se laisse distraire, convaincre, influencer, détourner par les différentes choses qui se passent dans une vie.


Aujourd'hui, nous sommes dans le train pour Tachkent, la capitale Ouzbèke. Nous venons de visiter en une dizaine de jours les trois villes jadis au centre de l'ancienne route de la soie : Samarcande, Boukhara et Khiva. On est parti à 19h32 et on arrivera vers midi demain. Je n'ai pas d'heure exacte à communiquer, mes expériences polonaises et transsibérienne ne me laissent aucun doute, les trains de l'ancienne Union Soviétique ne sont jamais à l'heure. "Que vient faire l'ex URSS ici?"... Il faut savoir que l'Asie Centrale à un lien fort avec la Russie depuis le 18eme Siècle avec notamment du marchandage d'esclaves (spécialité de la région de Khiva). En 1918, toute la région (et ces petits pays que tu connaîtras bientôt comme ta poche) se fait bouffer par la révolution bolchévique et devient la RÉPUBLIQUE SOVIÉTIQUE ET SOCIALE DU TURKESTAN (RSS). Ils ont vécu sous tutelle russe pendant un moment, jusqu'en 1992 en fait, date de la création de la nation de l'Ouzbékistan. Ils se détachent petit à petit de la Russie mais aujourd'hui la plupart des infrastructures sont anciennement russes, les trains, les voitures et les immeubles principalement. La nourriture a également un accent russe avec ses soupes à l'aneth et à la pomme de terre ou ses raviolis. C'est grâce aux russes si on ne mange pas que de ce satané mouton. Plus important, les russes sont aussi responsables de la plupart des rénovations des sites plus ou moins anciens. Parmi eux, on peut citer le Registon de Samarcande, un des plus beaux monuments d'Asie Centrale et sûrement le plus impressionnant. C'est le truc musulman que tu verras sur la majorité des guides ou si tu tapes "Ouzbékistan" ou "route de la soie" sur Google.

Samarcande, Boukhara et Khiva sont, à l'image du pays, à forte tendance musulmane. On y trouve un patrimoine riche en mosquées de toutes les tailles, d'une multitude de minarets toujours plus haut et des madrasas plus ou moins récents. Pour expliquer brièvement, un minaret c'est une tour avec un mec en haut qui chantonne la prière, et un madrasa c'est une sorte de résidence étudiante Coranique. Je te vois venir avec des enfants-soldats dans ta tête, lâche TF1 et détends-toi, c'est un peu comme une licence avec une spécialisation Islam. Après tu peux continuer et faire médecine ou droit si tu veux. D'ailleurs on va tout de suite enlever les petites craintes qu'auront certains. La région est sûre! Ça finit en "Stan" mais ce n'est pas la guerre, le gouvernement bien qu'autoritaire et répréhensible sur bien des points, surveille fortement la montée de toute forme d'extrêmisme quelconque. Les frontières du pays sont grandes ouvertes désormais, les tensions avec les pays voisins se dissipent petit à petit. Notamment avec le Tadjikistan et le Kirghizistan. Personnellement, ce que nous retenons c'est surtout des gamins dans les rues, des fois plusieurs dizaines, de cinq, six, dix, quinze ans... Allant à l'école seuls, traînant dehors le soir, jouant sans soucis. Nous retenons également l'accueil des gens, chez eux, dans la rue, toujours à t'aider, t'aborder, rigoler, se moquer gentiment de toi. L'Ouzbèk n'est pas timide comme le Kirghize, il vient à ta rencontre, te sollicite, il fait sauter toute réticence ou hésitation en toi. Malgré le monde qui séparent nos vies, leurs visages marqués, ridés, usés par le vent, l'hiver glaçant et l'été brûlant, leur dents dorées, ils offrent tout ce qu'ils peuvent offrir, nourritures, trajet, hébergement, conseils et toujours avec le sourire. Un des regrets, pour nous, restera de n'avoir rien emporté de chez nous en retour, le crève-coeur! On a rencontré un voyageur au Kirghizistan qui avait acheté des replicas en porte-clé de la tour Eiffel pour offrir aux gens. Quelle bonne idée ! Je ne sais pas si je prendrai la même babiole mais l'idée très certainement.


"Mais si t'es en Asie et que les russes sont venus pendant quasi un siècle, pourquoi c'est l'Islam partout?"

Primo, il faut savoir que la région de l'Ouzbékistan et du Turkménistan sont différentes du reste de l'Asie Centrale, plus sédentaire, ce qui explique que ces deux pays ont plus de villes et de vestiges d'époque que leurs voisins. Une maison en pierre résiste mieux au temps qu'une tente en mouton. Implacable.

Deuxio, on est au cœur de la route de la soie, qui jadis reliait la Chine à l'Europe en passant par le Nord de l'Afrique et le Moyen-Orient. Chacun se retrouvaient vers Samarcande, Boukhara et Khiva pour échanger épices, soie, herbes, bijoux. Les arabes sont venus squatter aux 7eme siècles et ils ont apporté avec eux l'Islam, les mathématiques, l'alphabet et d'autres sciences avec eux. C'est à Samarcande qu'on a vu les plus beaux mausolées et mandrasas réservés pour les savants de l'époque, notamment au Registon. Concernant le marchandage, il y a encore quelques caravansérails, sorte de dôme où les marchands se retrouvaient.

Ces 3 villes sont le témoignage d'une histoire forte et enivrante. Semblables en bien des points et pourtant si différentes. Samarcande est un appel à la grandeur avec le Registon et la mosquée Bibi Khanoum encrées dans une ville plus récentes. Boukhara vit toujours des voyageurs dans son centre historique et ses dalles piétonnes. Des écharpes, des tapis, des bijoux.. Khiva est peut-être la plus romantique avec sa citadelle et ses petites ruelles, on s'y est perdu volontier. Malgré le fait qu'elles ont toutes été rénovées.


"Rénovées? Elles ont été détruites?" Oui, plusieurs fois, et pour plusieurs raisons! On commence par la plus importante avec l'invasion de Genghis Khan au 13eme siècle. Le mec a fait un carnage dans toute l'Asie centrale. C'était un tyran. Samarcande fût rasée et reconstruite à l'identique par Émir Timur avec quelques bâtiments en plus comme le Registon et la mosquée Bibi Khanoum, qui est au nom de sa femme pour sa femme. Ensuite, c'est une région propice aux tremblements de terre, ce qui a fait pas mal de dégâts, et là merci aux russes d'avoir rénovées et entretenues les fondations, surtout qu'elles ne sont pas très droites.


"Et maintenant?" Maintenant, ça devient peu à peu une usine à gaz touristique, même si on reste loin des masses de monde qu'on peut trouver dans d'autres régions. C'est beau, les sites sont préservés mais il ne faut pas oublier de sortir de ces zones pour aller voir le vrai style de vie des Ouzbèks. Peu de gens vivent dans ces lieux qui servent de vitrines du pays pour les étrangers, même si ce sont restés avant tout des lieux de culte oú l'on va prier de temps à autre. À Samarcande, les rues extérieurs étaient cachées par des portes en métal entourant les routes neuves. À Boukhara, il fallait marcher un peu avant d'apercevoir des locaux et à Khiva, les guides conseillent l'intérieur de la citadelle alors qu'en prenant nos vélos, on a pu voir de superbes petites maisons en terre, des écoles, des mosquées plus intimes. On se fait facilement inviter par l'habitant pour un thé comme à Kokand ou pour une voire (plusieurs) vodka, comme lors de notre escapade de 48h dans le désert au dessus de Nurata et au bord du lac Aydarkul.


Il est désormais 11h. Le train est censé arriver bientôt. On a été mangé un Plov dans le wagon restaurant hier soir. Un Plov c'est un gros riz légèrement épicé avec des bouts de carottes, d'oignons et de bœufs mijotés. Un mélange d'Europe de l'est et de moyen-orient. Simple et efficace. Le restaurant fait plus cantine populaire que bar TGV. On a ensuite regagné notre couchette pour rejoindre nos colocataires d'un soir. Une jeune famille Ouzbèke avec un marmot de six mois. Il nous a cassé les noix une bonne partie de la nuit. Les parents ont été gentils, on leur pardonnera facilement. Les enfants passent, les adultes plus ou moins vieux s'arrêtent dire bonjour, Aurore se fait prendre en photo avec des mecs du train, je suis un peu jaloux, pourquoi pas moi? on lit, on écrit, on regarde les divers paysages défiler sous les bruits des roues métalliques sur les rails en attendant d'arriver à Tashkent. C'est pour ça que j'aime les voyages en train. Les rencontres éphémères, le petit moment de ta vie que tu partages avec des gens que tu ne connais pas mais dont tu veux apprendre et découvrir le plus possible, le temps qui passe lentement, l'atmosphère qui s'en dégage est si particulière. Notre arrivée à Tachkent est proche et marque la fin d'une fabuleuse première étape en Asie Centrale qui en appelle beaucoup d'autres.


Samarcande / Boukhara / Khiva
10

Note "National Géographie" (paysages) : 9/10

L'ensemble de la classe est pourvu de qualités naturelles non négligeables et peut se baser sur ses acquis. Les bons elèves : le Kirghizistan et le Tadjikistan avec leurs chaînes de montagnes, leurs lacs, la route du Pamir qu'il nous reste à faire. Félicitations du conseil. Le Kazakhstan et l'Ouzbékistan sont aussi de bons éléments. On a pas pu faire la Mer d'Aral, dommage.


Note "Avé César" (villes et patrimoine) : 7/10

La classe est clairement tirée par Madame Ouzbékistan qui, moins nomade que ses copines, a su tirer profit de sa région Ouest avec Samarcande, Boukhara et Khiva. Monsieur Kazakhstan atteint également une jolie note de 6 avec Almaty que nous n'avons pas assez exploré et surtout Astana, sa grosse ville futuriste au milieu des steppes. C'est surprenant ! Le Tadjikistan flirte avec la moyenne avec une marge de progression. Un blâme et 100 pompes pour le Kirghizistan avec ses villes un peu pourries... On y allait pas pour ça, fort heureusement.


Note "Ceci est mon corps" (art d'aider son prochain) : 9/10

Bravo général à l'ensemble de la classe, madame Ouzbékistan la ramène un peu trop parfois mais elle n'est pas la dernière pour aider et partager ce dont elle dispose. Madame Kirghizistan est un peu timide mais se fait un plaisir de se mettre en quatre. Le conseil est séduit! Bravo!

Attention spoiler: en Inde on l'appellera la note "go fuck yourself"


Note "Roucoops" (art de pigeonner son prochain): 6/10

Si la classe était peuplée de taxis, y'aurait eu 10! Les brigands! Heureusement que la plupart des gens ne sont pas comme ça. Parmi les belles carottes on notera les pourboires allant parfois jusqu'à 20% inclus d'office dans les additions, la taxe des réservations Booking et les tentatives de vendre une écharpe à 90 dollars. Du bon et du moins bon donc.


Note "Jirai dormir chez vous" (hébergements) : 6,5/10

C'est propre et varié. On a pu voir des yourtes plus ou moins biens, des hôtels plus ou moins biens, des guest houses plus ou moins biens, des auberges plus ou moins biens mais toujours avec le minimum acceptable. Le bon élève est Madame Ouzbékistan avec des infrastructures un peu au dessus de ses camarades mais un peu plus onéreux.


Note "J'irai grossir chez vous" (nourriture) : 6,5/10

La bonne surprise ! Le conseil s'attendait à mettre un 3 difficilement gagné à coup de moutons à l'eau et de ragoûts de cailloux. Il faut avouer que nous avons été agréablement étonnés. On met tout ce beau monde dans le même sac car ils ont tous les mêmes spécialités : lagman (pasta épicée et viande de bœuf), Plov (riz avec essentiellement carottes, oignons et bœuf), les Shashliks (brochettes marinées aux épices locales), des soupes et raviolis en tous genres. C'est pas dingue mais loin d'être horrible. On survit aisément.


Note "Nicolas Hulot" ( respect environnement) : 3/10

La mauvaise surprise! Navrant de voir ça! Avec les merveilles naturelles et architecturales c'est tout simplement honteux! Non, le verre ne fait pas d'arbre en l'enterrant, jeter des canettes de bières dans l'eau c'est mal, brûler le plastique dans la forêt aussi. Il y a eu un oubli dans la sensibilisation de la protection de l'environnement ! Valable pour tous. Ca rappelle quelques endroits en Asie... Malheureux.


Note "Albatros" (transports) : 7/10

Satisfaisant pour l'ensemble de la classe. Il est extrêmement facile de se déplacer dans ces pays. Les bons élèves : madame Ouzbékistan et monsieur Kazakhstan avec leur réseau ferroviaire performant. Madame Kirghizistan se distingue également par ses bus qui desservent l'ensemble du pays. Sinon, les taxis partagés sont monnaie-courante, ils relient toutes les destinations facilement et pour des prix parfois incroyablement bas. Bon point pour les Matrouchkas (minibus).


Note "Schengen" (facilité d'accès) : 7/10

Grosse amélioration de l'ensemble des élèves sur les dernières années, toutes les frontières sont désormais ouvertes. On reparlera des cas de monsieur Turkménistan et madame Afghanistan plus tard. En progrès


Note "Euromillion" (le coût de la vie sur place) : 7

En moyenne, on en a eu pour 52euros par jour avec tout. On a fait une dizaine de jours en tente et ça prend en compte les trajets hors billet d'avion de départ. C'est plus cher que l'Asie du Sud et que certain pays de l'Est mais ça reste abordable.


Avis du professeur : Classe plaisante avec des choses à montrer un peu partout. Les qualités sont diverses et nous avons adoré passer ces moments avec chacun des élèves. Attention à ne pas gâcher les acquis dans le futur, les régions sont si belles.

Plus personnellement, merci pour vos messages, à travers ce blog ou par d'autres moyens. ça nous fait plaisir à chaque fois :-)

Ce carnet de voyage est désormais fini.

Pensez à vous abonner à nos deux autres carnets : Inde et Asie du Sud-Est.


Note : ceci n'engage que nous


Bisous/basgi/schmoutz