Voyage en Terres Incas

Du 16 juin au 8 juillet 2019
23 jours
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J’arrive à Lima, capitale du Pérou et mégalopole de quelques neuf millions d’habitants, à deux heures du matin, après une correspondance à Santiago de Chile depuis l’île de Pâques. Avec sa réputation de ville dangereuse et de faux taxis, j’avais réservé un taxi avec l’hôtel pour être sûre d’arriver à bon port en pleine nuit. J’arrive donc dans le hall de sortie de l’aéroport et admire mon affichette où est indiqué mon nom, sans une seule faute ! Fini les beaux ciels bleus ensoleillés de la Polynésie, ici, c’est l’hiver australe (fin juin). Le temps est humide et couvert en permanence. Sur les cinq jours passés à Lima, pas un seul ciel bleu en vue, et même aucun aperçu de ciel ! La déprime totale !

Ponctuellement au cours du voyage, je réalise quelques ajustements de mes bagages pour envoyer quelques souvenirs et les vêtements et accessoires dont je n’ai plus besoin: mon superflu. Je me lance donc dans l’aventure « Envoyer un colis par la poste péruvienne ». Je me rends une première fois à la poste pour avoir les recommandations pour préparer mon colis. Il suffit juste d’apporter ses affaires dans un carton ouvert pour que la postière puisse inspecter le contenu. Ça me coutera quelques 157 soles (environ 47 euros) pour 2.2 kg ! Le délai me direz-vous ? Un mois pour traverser l’Atlantique, si tant est qu’il arrive ! Ce n’est pas une question de distance, car mon voisin dans la queue, qui envoyait un colis au Mexique, bénéficiait du même délai ! Délai standard d’un mois pour les envois à l’étranger ! Finalement, le colis sera arrivé à bon port. A deux pas de la Poste, se trouve le quartier des boutiques de souvenir en tous genres (bijoux en argent et nombreux tissages en poils d'alpagas) : the Indian Market. Je suis déjà assaillie par les vendeurs, alors que je n’ai même pas encore commencé ma visite du pays.

Mon hôtel se situe dans le quartier de Miraflores, à deux pas de l’Avenida del 28 Julio. Le quartier de Miraflores, jouxte le quartier Barranco, tous les deux étant des quartiers chics de Lima, où se trouvent de très bons restaurants et cafés. Ah, quel bonheur, le loisir de pouvoir enfin à nouveau manger au restaurant de bonnes choses pour pas trop cher ! On peut trouver des menu (entrée, plats, dessert, boisson) pour 20 soles (6 euros) et même des chaines de restaurant telle que « La lucha sangucheria criola », de très bonnes bières, du bon café et du chocolat !

En me baladant dans ces quartiers, je suis surprise de voir autant de casino et de machines à sous et aussi, que toutes les habitations sont protégées par un mur, et parfois même par des fils barbelés en haut des murs. Ça interpelle sur le niveau de sécurité même dans ces quartiers chics. Je passe par le parc Kennedy, où de nombreux chats se lovent. Une association propose de les recueillir, avec un contrôle post-adoption sur le niveau de soin apporté au nouveau compagnon.

Quartier de Miraflores, Parc Kennedy et grandes artères congestionnées de la ville 

Je pars donc explorer mon nouveau quartier et parvient au front de mer, près du centre commercial « Larcomar ». La vue est spectaculaire sur la côte péruvienne, face à l’Océan Pacifique : des « falaises » de terre- graviers, de couleurs noires, qui donnent accès à quelques plages où une poignée de surfeurs prennent plaisir à dompter les vagues, malgré le froid et le ciel grisâtre.

Bord de mer de Lima 

Je suis très agréablement surprise par cette ville immense, propre, quadrillée de routes à l’infini, sans un métro et par conséquent un trafic routier intense. Le trafic semble incessant. Pour prendre un bus, il faut s’armer de patience et se mettre dans la queue pour attendre le bus. On ne sait pas trop quand il va arriver. Après 40 minutes d'attente et autant de temps pour arriver dans le quartier Centro, j’emprunte la rue « Jiron de la Union », passe devant la place San Martin (José de San Martin étant un général et homme d'état argentin ayant conduit le Pérou à l’Indépendance en juillet 1821), m’arrête visiter l’Eglise de la Mercéd, arrive à la Plaza des Armas où se trouve la Cathédrale. Je me retrouve bloquée autour de la Plaza de Arma, car une manifestation est en cours. La police m’informe que les manifestants sont actuellement à la Plaza San Martin, place historique et se dirige vers la Plaza de Arma, où se trouve le siège du gouvernement. Ils protestent contre le gouvernement qui prévoit de supprimer des allocations. Fait étrange, je n’aperçois aucune femme dans le cortège !

Je contourne donc la place, et me dirige vers le monastère et la basilique de Saint François d’Assise où se trouve également des catacombes. Le complexe religieux a été achevé en 1774, et s’inscrit dans un style baroque espagnol.

Visite du Quartier Centro (Plaza de Arma, Plaza San Martin, Basilique de Saint François d'Assisse) 
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Si à l’origine je prévoyais de rejoindre tranquillement Cusco depuis Lima par voie terrestre, je change mes plans afin de pouvoir assister à la grande fête inca du soleil : l'Inti Raimi, le 24 juin. Après quelques jours de visite à Lima, je pris donc un vol pour Cusco (1H10 pour parcourir quelques 1’000 kilomètres). Une fois décollé et percé le voile de nuages épais, je retrouvais enfin le soleil et une vue splendide sur la cordillère andine. On peut apercevoir quelques cimes enneigées, voir même le Machu Picchu si on est du bon côté de l’appareil. L’atterrissage à Cusco fut épique. Le pilote doit œuvrer entre les montagnes et négocier son virage rapidement pour se mettre face à la piste. La période du virage est très mouvementée, le tout dans une inclinaison abrupte. C’est fou comme on devient croyant dans ces moments-là, à prier Dieu, Ganesh, Allah tout puissant ou Yahvé !

Enfin, arrivée à Cusco, à pas moins de 3'300 mètres d’altitude, je commence à ressentir un mal de tête. Le chauffeur de taxi, très attentionné, me recommande ne pas faire trop d’effort, marcher très lentement et dîner léger pour cette première soirée en altitude; recommandations que j'applique très naturellement. Je suis accueillie chaleureusement par les propriétaires de la Guesthouse "Casa Rivero", Jackie et Carlos, qui m’offrent un « coca tea » (maté de coca) afin de faire passer le mal des montagnes.

Je me sens enfin arrivée en Amérique du Sud, dans une ville, certes très touristique, mais néanmoins très authentique. Ici, en plus de l'espagnol, on parle Quechua. Avant d’être une marque de grande distribution française, il s’agit bien d’une langue.

Visite de la ville

Avec ses quelques 430'000 habitants, Cusco se situe parmi les plus grandes villes péruviennes. La ville très animée offre de nombreux attraits : un très joli marché local (Marché San Pedro), un charmant quartier bohème (San Blas), de nombreux musées (Musée Inca, Musée du Machu Picchu, Musée régional historique, Coricancha/ Convento de San Domingo, Musée du chocolat, Musée pré-colombien …etc), ses multiples églises, quelques fêtes traditionnelles authentiques (Inti Raymi, Corpus Christi) et de nombreux vestiges incas à proximité.

Cusco- Sa Plaza de Arma et la statue de l'Inca, sa Cathédrale,  ses ruelles pentues et ses écoliers en uniforme

Le marché de San Pedro

Le marché de San Pedro est très un joli marché local. On y trouve du fromage de vache, de nombreux fruits avec possibilité de déguster sur place un délicieux jus de fruits, l’agua florida pour le mal des montagnes, des tablettes de chocolat en forte teneur en cacao et parfumée à différents goûts tel le maracuja (fruit de la passion), des légumes et notamment le maïs violet foncé qui est utilisé pour fabriquer la Chicha morada (sorte de jus de fruits sucré), de la viande, des feuilles de coca et bien évidemment tous les souvenirs typiques tel que les bijoux en argent, les vêtements et accessoires en poil d'alpaga et mouton. La légende urbaine raconte que le toit de ce marché fut conçu par Gustave Eiffel, comme dans certains autres marchés péruviens.

A noter, pour prendre ma charmante vendeuse de fromage en photo il m’en aura coûté quelques soles, pratique courante pour avoir le droit de prendre des photos.

 Cusco- Marché San Pedro

Le Pérou peut être considéré comme le grenier du monde par la richesse de ses ressources naturelles : pas moins de 36 variétés de maïs, 15 variétés de tomates, 2'500 variétés de pommes de terre (sur 4'000 dans le monde), 150 variétés de patates douces, 650 espèces de fruits endémiques. Si nombre de nos légumes préférés d'aujourd'hui (la pomme de terre, le maïs, la tomate, l'arachide...) ont débarqués, entre le XVème et le XVIème siècle, en Europe mais aussi en Afrique (manioc, banane, cacao, patates douces...), on le doit aux conquistadores espagnols et aux explorateurs comme Christophe Colomb ou Magellan.

Concernant le maïs, il est présent au Pérou depuis des millénaires et constitue l'un des aliments de base de la cuisine péruvienne, considérée pour sa variété comme une gastronomie majeure au plan international. Il existe 36 variétés de maïs au Pérou, dont le célèbre maïs violet, variété unique au monde utilisée massivement dans la cuisine péruvienne depuis l'époque précolombienne. Ce maïs est consommé sous toutes ses formes : cuits en épi ou égrainé, grillé, sous forme liquide ("Chicha Morada") et en dessert ("Mazamorra"). Plus de 99% des exportations de cette variété sont destinées au marché japonais.

Quant à la pomme de terre, elle a vu le jour dans les Andes, à la frontière entre la Bolivie et le Pérou, où elle poussait à l’état sauvage. Les premières traces de culture que l’on a retrouvées datent d’il y a 7'000 ans. Seule culture résistant bien à la rudesse du climat péruvien jusqu’à plus de 3'000 mètres d’altitude, sur les abords du lac Titicaca, des communautés de chasseurs cueilleurs domestiquèrent les nombreuses espèces qui y poussaient.

Autre mets typique à noter le Cuy ou cochin d’Inde géant. Dans les Andes centrales, le cochon d’Inde, ou Cuy comme on le nomme au Pérou en référence à son couinement, domestiqué il y a près de cinq mille ans, est considéré comme un mets de choix. Dans la cathédrale de Cuzco, l’ancienne capitale de l’Empire Inca ainsi que dans le monastère San Francisco de Lima, des tableaux datant de la période coloniale dépeignent le Christ et ses apôtres se régalant d’un plat de Cuy rôti. Le rongeur est d’ailleurs quasiment toujours réservé au menu des jours de fête dans les Andes.

Ses musées

Parmi les nombreux attraits de Cusco, on pourra noter la multitude de ses musées. Les principaux musées sont le Musée Inka, le Musée du Machu Picchu, le Musée Pré-Inca, le musée régional historique et le musée du chocolat.

Le Musée Inca présente non seulement l’Empire Inca sous différentes facettes telles que les métiers du tissage, l’architecture, l’agriculture, l’apogée de l’empire mais aussi les périodes pré-Inca tels que le peuple de Nazca et de Pukara ( -400 av. JC), le peuple de Mochica (-100 av. JC), le peuple de Chankay (800 ap. JC), le peuple de Chimu (1'100 ap. JC).

Musée du Qoricancha et Musée Inca (cartes représentant l'empire Inca à son apogée)

La célèbre tablette dorée, que l'on peut admirer dans le Musée du Qoricancha ou Temple du soleil, représente les cultes du temple du soleil au temps de l'empire Inca. On y retrouve les références à la Pacha Mama (terre mer), aux différents mondes (le divin, le terrestre et le sous-terrain), le soleil (Inti), la lune, la mer, l'arbre, le jaguar.

Quant au Musée du Machu Picchu, qui se trouve dans la magnifique demeure « Casa Concha », il présente le site du Machu Picchu grâce à des maquettes, la découverte en 1911 par le jeune historien états-unien Hiram Bingham alors âgé de 35 ans, la vie à l’époque de la cité du Machu Picchu, son agriculture en terrasse, le tissage, la métallurgie, la pratique de sacrifices humains et d’animaux, les objets en céramique.

Musée du Machu Picchu 

L'Empire Inca apparut au XIIIe siècle et disparut en 1532 après J.-C. Les Incas sont les contemporains des Mayas. Selon la mythologie, les incas descendent de Manco Capac, le premier roi inca. Inti, le dieu du Soleil, l'aurait fait sortir du lac Titicaca avec sa soeur Mama Ocllo, envoyé par Viracocha, le dieu créateur, pour apporter la civilisation aux hommes. Arrivés dans la région de Cuzco, la capitale du futur empire, les incas ne sont qu'une tribu parmi d'autres. Ce furent les rois Yahuar Huaca et Viracocha Inca qui étendirent la domination inca.

En 1532, des conquistadors espagnols, menés par Pizarro, débarquèrent. Les Incas, les voyant sur leurs chevaux avec des montures de fer qui brillaient au soleil, les prirent pour des dieux. Les conquistadors profitèrent de la situation et persuadèrent les Incas qu'ils étaient des dieux. Puis ils sortirent leurs armes et massacrèrent tous les Incas qui leur opposaient une résistance. Ils pillèrent tout l'or et toutes les pierres précieuses qui se trouvaient dans les villes. Il y en avait tellement qu'ils durent faire fondre l'or pour le transporter. Les Incas racontèrent aux conquistadors qu'ils avaient trouvé leur or dans une ville qui en était remplie. Ainsi est né le mythe de l'Eldorado. Aucun explorateur n'a jamais retrouvé trace de cette ville. Les conquistadors profitèrent de luttes internes entre les 2 frères héritiers du trône de l'Inca et le peuple fut bouleversé lorsqu'il découvrit après la mort de l'Inca que celui-ci pouvait être vaincu, compte tenu du fait qu'il pensait que l'Inca était le fils du Dieu soleil. Les espagnols ramenèrent aussi avec eux le choléra et la variole, 2 maladies qui tuèrent énormément d'incas.

Visite des alentours de Cusco

Afin de visiter la plupart des sites autour de Cusco et de la Vallée Sacrée, il faut au préalable acheter le « Bolleto turistico », billet d’entrée touristique globale. Il englobe de nombreux sites et musées dont Tambomachay, Pucapucara, Qenqo, Saqsayhuaman, Ollantaytambo, Pisac, Moray, Chinchero, le Musée régional et même un spectacle de danses traditionnelles.

Je pars pour une visite d’une demi-journée des principaux sites incas de Cusco et de ses environs. On démarre avec la visite du Qoricancha, temple du soleil pendant la période inca qui a été converti en Couvent de San Domingo par les colonisateurs. Le guide assure la visite en langue espagnole. Sa connaissance historique n’a d’égale que son débit de paroles. J’ai du mal à le suivre alors qu’il essaye de donner le maximum d’informations en peu de temps. Il souligne le fait que le Coricancha, désormais Couvent de San Domingo, s’est retrouvé la propriété du Vatican sur la base d’une règle de propriété après deux ans d’usufruit. Il précise qu’aujourd’hui, les touristes locaux péruviens déboursent donc 15 soles, qui vont directement dans les poches du Vatican. Le guide met en avant les talents d’architecte des Incas, qui construisaient des édifices antisismiques et nous montre quelques-unes des principales caractéristiques de l’ingénierie civile inca : l’inclinaison des murs (entre 8 et 13 degrés, la base des murs étant plus large que le sommet afin d'en améliorer la solidité et la résistance aux tremblements de terre) et l’assemblage de pierres pour édifier des murs sans mortier apparent. De même que dans le film « Carnets de voyage » de Walter Salles, il distingue les murs édifiés par les Incas et ceux par les « Inca-paces » (incapables en espagnol) en parlant des murs réalisés par les colonisateurs espagnols.

Puis nous partons vers le site de Tambomachay, le temple de l’eau datant de 1350. Le guide nous explique que la société inca avait développé une ingénierie hydraulique très avancé. Au vingtième siècle, ce site était considéré comme source de fertilité pour les femmes souhaitant avoir des enfants. Le site suivant est Pucapucara, qui offre une vue splendide de la vallée et des sommets (notamment le Mont Ausangat, s’élevant à plus de 6'370 mètres d’altitude). Quant au site de Quenko, il s’agit d’un important sanctuaire aux autels sacrificiels de lamas et alpagas, mais aussi un site de momification. On y trouve la représentation des trois mondes : Le Ciel, le Terrestre et le Sous-terrain, auxquels correspondent respectivement le Condor, le Puma et le Serpent.

Tombomachay et Qenqo 

Sacsay'huaman

On termine la visite par le site le plus imposant, le site de Sacsayhuaman, caractérisé par ses blocs cyclopéens, symbolisant la tête d’un puma, animal sacré dans la tradition inca. Il s’agit du plus grand site de monolithe. Plus de 20'000 ouvriers travaillèrent pour construire ce site, en utilisant le système de percussion pour sculpter ses monolithes. Le plus grand monolithe mesure six mètres de haut pour cent-vingt-huit tonnes.

Site de Sacsay'huaman 

Construite par l'inca Pachacutec vers le milieu du XVe siècle, à la suite de l'attaque de Cuzco en 1438, elle fut finalement achevée par les incas qui suivirent (Tupac Yupanqui, Huayna Capac). Il s’agirait d’une forteresse inca ou un centre religieux dédié au soleil et à d'autres dieux incas, située à deux kilomètres de la ville de Cuzco. Elle a la forme d'une tête de puma, animal sacré dans la tradition inca.

Spectacle de danses traditionnelles andines

A noter le Bolleto Turistico inclut l’entrée pour assister au Centre des arts natifs de Cusco, à un spectacle de danses traditionnelles andines. Le « Centro Qosqo de Arte Nativo » est le premier regroupement de musique et danses folkloriques du Pérou. Fondé en 1924, autour de 70 artistes, son répertoire actuel compte plus de 60 danses andines et des centaines de mélodies traditionnelles. Toutes les danses et musiques présentées sont originaires de la région de Cusco. Certaines, comme le « carnaval cusqueño » remontent à des siècles. Toutes les danses sont interprétées par des hommes et des femmes aux rôles, costumes et accessoires bien définis. Chaque danse raconte une histoire, une légende et exprime un sentiment ou une idée précise.

Spectacle de danses traditionnelles andines au Centre des arts natifs de Cusco

La fête Inti Raymi, chaque 24 juin

Inti Raymi, la fête du soleil (en langue Quechua : Inti–Soleil et Raymi–fête ou cérémonie), est à l’origine une cérémonie religieuse Inca en l’honneur de l'Inti, père soleil. Il marque le solstice d'hiver dans les pays andins de l’hémisphère Sud. Le centre de la cérémonie est la forteresse de Saqsaywaman (à deux kilomètres de la ville de Cuzco), le 24 juin de chaque année. Il existait en réalité deux fêtes du soleil, le wawa inti raymi (fête du Soleil enfant) au solstice d'hiver, et le capaq inti raymi (fête du grand Soleil) au solstice d'été. La célébration la plus importante est celle du soleil naissant, on y célèbre la renaissance du Soleil pour un nouveau cycle, le début de l'année Inca. Héritage de ce Dieu soleil, la monnaie péruvienne s'appelle "sol" depuis 1991, soleil en espagnol, et a succédé à la monnaie Inti.

Cette fête indiquait le début de l'année ainsi que l'origine mythique de l'Inca et durait 9 jours durant lesquels avaient lieu danses et sacrifices. Le dernier Inti Raymi en la présence de l'empereur Inca s’est tenu en 1535. Il a été par la suite interdit en 1572 par le vice-roi Francisco de Toledo étant considéré comme une cérémonie païenne contraire à la foi catholique, mais a cependant continué à être célébré clandestinement. En 1944, une reconstitution historique de l'Inti Raymi est organisée à l'initiative de Faustino Espinoza, sur la base des chroniques de Garcilaso de la Vega, lesquelles se référent aux seuls aspects religieux de la cérémonie. Depuis cette date, la cérémonie annuelle est à nouveau un événement public et de grand attrait touristique dans la ville de Cuzco.

Fête de l'Inti Raymi dans Cusco et Sacsay'huaman

Deux événements se déroulent durant le jour de l'Inti Raymi. Le matin, une parade avec accès gratuit a lieu jusqu'à la Plaza Del Arma, où les locaux et les touristes étrangers affluent tôt le matin (dès 7H00) pour assister au spectacle qui débute vers 9H30 et dure environ deux heures. Puis, s'ensuit un spectacle payant, de 13H30 à 18h (jusqu'à 156 USD pour certaines places) sur le site historique de Sacsay'huaman. Les locaux, eux, grimpent dans les vallées environnantes afin d'apercevoir le spectacle théâtral, sorte de reconstitution historique accompagnée de danses et chants pendant toute l'après-midi. Les processions représentent les quatre suyos (région de l'empire inca). On peut y apercevoir "l'Inca" et sa femme.

Quelle tristesse de voir que le spectacle de l'après-midi n'est plus désormais un spectacle pour "le peuple", mais pour les riches uniquement, vu le prix exorbitant des places!

Cérémonie du Corpus Christi

A quelques jours d'intervalle avec la grande fête d'Inti Raymi, Cusco reste animée grâce à l’effervescence des célébrations du Corpus Christi dans les différents quartiers de la ville. Des statues de saints et de vierges en provenance de différents quartiers arrivent en procession jusqu'à la cathédrale pour saluer le corps du Christ, représentée par l'hostie consacrée gardée dans le magnifique ostensoir en or massif qui se trouve dans la cathédrale. Les cortèges sont accompagnée de fanfares, danseuses et selon les quartiers se terminent par l’embrasement de grandes structures décorées de pétards.

Procession des saints et défilé de danseurs et fanfares dans les différents quartiers de la ville 

Le Corpus Christi est la cérémonie catholique dédiée au corps et au sang du Christ présents dans l’eucharistie, qui se fête le jeudi 60 jours après Pâques. C’est le vice-roi Francisco de Toledo qui a instauré ce rituel en 1572, pour supplanter les vénérations de momies héritées des Incas. Selon la tradition de Cusco, la veille de la fête religieuse, les quinze saints de la ville descendent de leur hôtel pour se réunir autour du Seigneur des Tremblements qui n’est autre que la représentation de Jésus en croix la plus vénérée en Amérique latine.

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Un peu plus loin, au-delà de la périphérie de Cusco, se trouvent de nombreux sites incas, regroupés sous le vocable marketing de « Vallée sacrée » : Ollantaytambo, Pisac, Chichero, Moray.

Afin de gagner du temps, je décide de m’adresser à une agence, Agence Aita Peru, pour visiter sur une journée quelques sites de cette vallée : Pisac, Ollantaytambo et Chinchero, se limitant à trois sites au lieu de cinq comme le proposent certaines agences, afin de bénéficier d’une visite approfondie des trois sites.

1 er site : les ruines de Pisaq

Dès l’entrée en matière du guide, je sens un malaise et émets des réserves sur la qualité du guide (réserves confirmées par la suite). Il commence par s’adresser au groupe d’une vingtaine de personnes, comme à des enfants, en rappelant de façon très lourde le besoin de respecter les durées de temps libres. Puis, il annonce le programme de la journée, qui, à ma grande surprise ajoute deux étapes dont l’agence ne m’avait pas parlé : un marché de souvenirs et une boutique artisanale travaillant et vendant des bijoux d’argent. Je lui signale au premier arrêt, au marché, que je suis surprise de ces arrêts supplémentaires, qui n’étaient pas au programme. Il m’interpelle en me disant que je peux changer de groupe si ça ne me convient pas. Je reste interloquée. En fin de matinée, après les deux arrêts shopping, on arrive enfin au premier arrêt officiel de mon programme :Pisaq. Un sketch ! Alors qu’on dispose d’une heure sur place uniquement, le Guide, qui se fait appeler Ever comme forever, dispensent dix minutes d’explication dont la moitié pour dire en anglais et espagnol qu’on ne pourra pas se rendre sur une partie du site qui nécessite une heure trente juste pour l’aller ! On ne l’aurait pas deviné ! Puis il insiste lourdement sur le fait que son boulot de guide bilingue anglais et espagnol (sa langue maternelle) est vraiment complexe à gérer, où l’art de parler pour ne rien dire ! Au bout de dix minutes, notre cher guide nous libère pour nous laisser quartier libre, en signifiant qu’il n’y avait rien à ajouter sur le site. Un cador du pipotage ! Le site de Pisac offre la possibilité de découvrir un village, d’apercevoir des tombes cachées dans la montagne et une vue magnifique sur la vallée.

Ruines de Pisaq

Les ruines sont réparties le long de la crête en 4 groupes : P'isaqa, Intiwatana, Qallaq'asa et Kinchiraqay. Intiwatana comprend plusieurs thermes et temples, dont le Temple du Soleil ;Qallaq'asa, qui est construit sur un éperon rocheux dominant la vallée, est aussi appelé la citadelle. Le versant de la colline est strié de terrasses agricoles construites par les Incas et toujours utilisées, montrant comment les incas ont réussi à mettre en culture les pentes abruptes des montagnes. Avec ses constructions militaires, religieuses et agricoles, le site avait une triple fonction. On pense que Písac défendait l'entrée sud de la Vallée Sacrée, tandis que Choquequirao défendait l'ouest et la forteresse d'Ollantaytambo, le nord.

2ème site : les ruines d'Ollantaytambo

Après la pause déjeuner, on poursuit notre tour à Ollantaytambo, site à mon avis le plus impressionnant. Il daigne enfin nous fournir des explications sur le site. J’écoute en parallèle dès que possible les guides environnants pour voir s’il ne raconte pas trop de bêtises. Ses explications tiennent la route, même si très limitées. Entre deux explications, il se permet de donner des leçons de moral au groupe. Dans le bus, les pages de réclame s’enchainent : après le démarchage de livres sur Cusco, on a droit à la dégustation de liqueur à base d’anis et de muña qui ont des vertus aphrodisiaques.

Les ruines du site d’Ollantaytambo sont les vestiges d’une ancienne forteresse inca. C'est l'un des seuls vestiges de l'architecture urbaine inca avec ses bâtiments, ses rues et ses patios. Dans la partie haute se trouvent les vestiges du temple, tout en porphyre rouge, les plus remarquables étant six blocs assemblés entre eux avec une grande précision par des blocs plus minces. Elle fut le siège de combats acharnés entre Incas et Espagnols, Manco Inca s'y réfugiant pour tenter de fédérer la résistance inca après la chute de Cuzco. La taille des pierres est impressionnante. Le porphyre qui a servi à la construction de la forteresse d'Ollantaytambo est plus dur et plus difficile à travailler que le calcaire des remparts de la ville du Soleil (Cusco). Parmi les blocs de pierre, on remarque à plusieurs endroits qu’ils sont travaillés afin de recevoir la pince d’arrêt en « T », comme cela existe dans les restes de Tiahuanaco. La carrière d'où les Incas ont tiré leurs matériaux pour construire les fortifications est située de l'autre côté d’un torrent, à une hauteur prodigieuse (des blocs taillés et prêts à être enlevés attestent que la forteresse est restée inachevée). Le site d’Ollantaytambo, avec sa vue panoramique sur la vallée, ses nombreuses terrasses, ses celliers ventilés naturellement et construits à flanc de montagne, son temple du soleil, son temple de l’eau en font un site archéologique majeure.

Site d'Ollantaytambo - écoliers préparant une cérémonie sur le site

Je m’attends alors à terminer par la visite du site de Chincheron. Il est déjà 18h00 et il fait nuit. Etrange, comment va-t-on pouvoir visiter le site de nuit? On arrive alors… au marché de Chincheron. J’interpelle le guide en lui demandant quand doit-on aller visiter le site de Chinchero. Il s’énerve et me rétorque : « à vous, les français, vous êtes vraiment exigents ! Tu aurais dû prendre un guide privé ». Alors que tous les autres touristes sont installés docilement dans la boutique pour écouter parler de tissage en laine d’alpaga et de lama, classique transition avant la vente, il me traîne dans le minibus. Le chauffeur démarre au quart de tours, direction des ruines de Chinchero, en me rétorquant qu’il ne souhaite pas que j’aille me plaindre à l’agence. Je me retrouve donc seule avec le guide dans une nuit noire, la pluie commençant à tomber, à arpenter des vestiges. Lesquels ? car le site officiel doit est fermé à cette heure. A la lumière de son téléphone portable, il commence à me montrer un mur de pierre et me débiter le refrain classique sur l’art architectural Inca des pierres pyramidales et inclinées. Je mets rapidement un point à cette mascarade et nous rejoignons les autres touristes au marché. Je patiente dans le bus, le temps que les autres touristes fassent leur visite guidée de shopping. En tant que française authentique, je suis la seule dans le groupe de touristes péruviens, états-uniens, mexicains, polonais, à me plaindre d’avoir passé plus dans de temps dans les marchés que sur les sites incas…Oui, nous sommes vraiment exigeants, nous les Français ! Heureusement, sur les trois sites, Chicheron était le moins intéressant.

Il s’avère que les agences qui proposent ce type de tour, ne connaissent absolument pas les guides contractés ; elles ne font que transmettre la demande à une agence centrale qui gère les tours. L’agence Aita Peru a été correcte et commerciale en me remboursant une partie de l’excursion, mais cela dénote un manque de professionnalisme. De même sur l'excursion "La Montagne aux sept couleurs", bon nombre de tours opérateurs proposent de visiter la vallée rouge voisine. Or une fois sur place, il arrive très souvent, à moins d'insister, qu'ils omettent la visite de la vallée.

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Après un peu de repos et s'être renseigné sur le trek, je me lance dans l’aventure du Saltkantay Trek avec l’agence Extreme Tourbulencia. Il existe un grand nombre d’agences à Cusco qui propose ce type de trek, mais les prestations ne sont pas toutes du même niveau. Mieux vaut se renseigner et se faire recommander une agence. Quelques 74 kilomètres à parcourir en quatre jours, traversant des paysages aussi différents que des montagnes enneigées (Humantay et Salkantay) et notamment le passage d'un col à 4'600 mètres d’altitude, avant de redescendre dans la jungle (la Selva) jusqu’à Hidroelectrica, et terminer en beauté le cinquième jour par la visite du Machu Picchu.

Afin de préparer au mieux le trek, il est préférable d'arriver à Cusco quelques jours avant le début du trek pour s'acclimater progressivement à l'altitude. Concernant la trousse à pharmacie, je me suis approvisionnée dans la petite boutique de produits locaux naturels « La Tortuguita » (Calle Carmen Alto #270), qui se trouve dans le quartier bohème San Blas. Dans la trousse, pour lutter et prévenir le mal d’altitude des bonbons à base de muña (plante péruvienne aidant à prévenir le mal des montagnes et les problèmes de digestion) et de l’essence de coca à diluer dans de l’eau, une pommade multi-usage à base de muña (pour les lèvres gercées suite au soleil qui tape fort en altitude et pour d'autres maux dermatologiques), une pommade de Molle (Arbre du Pérou) à utiliser en cas de douleurs musculaires et articulaires. Tout ceci vient bien évidemment compléter l’utilisation régulière de maté de coca (Coca Tea) et/ou des feuilles des coca à mâcher. On peut compléter la trousse à pharmacie par une petite bouteille d'Agua de Florida, que l'on trouve au marché San Pedro. L’Agua de Florida contient des essences d’agrumes comme celles de Fleur d’Oranger, de Bergamote et de Néroli, du Clou de girofle, de la Cannelle, de la Lavande et de la Rose. Son parfum très fort réveille les sens, aide à calmer les maux de tête, la tension nerveuse, les chocs, les coups de froid, la fatigue, les piqures d’insectes, rafraîchir le corps ou les muscles échauffés et apaiser les nerfs.

Les préparatifs - Plan du Trek et Pharmacopée de trek de haute montagne

1er jour  : De Mollepata (2'877m) à Marcoq'asa (3'400m)

Départ aux aurores de Cusco, vers 4h30 du matin. Je devais faire partie d’un groupe de trois, mais le couple de français ayant eu des soucis de santé, je me retrouve toute seule avec le guide, Angel, pour faire le trek. Après un peu plus de deux heures de route, on arrive à Mollepata (2'877 mètres) pour prendre le petit déjeuner vers 7H30. On arrive enfin vers 9H00 à Marcoq’asa (3'400 mètres), où débute le sentier du trek. On longe des canaux d’irrigation construit par les Incas et entretenus depuis. On peut admirer la vallée et apercevoir les sommets enneigés des montagnes : un spectacle de toute beauté ! On arrive au campement de Soraypampa (3'900 mètres), vers 11H50, où nous attend un délicieux déjeuner préparé par notre cuisinier : poisson accompagné de maïs et d'une salade d'avocat. Après un temps de repos digestif sous le soleil, on part à l’assaut de la lagune Humantay qui se trouve à 4'221 mètres d’altitude. La distance est courte (seulement 3 kilomètres), mais la pente est abrupte. La vue éblouissante de la lagune entourée de monts enneigés et dont les eaux sont alimentées par le glacier, vaut tous ces efforts accomplis.

1er jour : Arrivée au campement de Soraypampa et balade jusqu'à la lagune Humantay  

Au total, quelques seize kilomètres de randonnée pour la journée. Pour cette première nuit, l’hébergement est un dôme vitré avec une vue imprenable sur la voie lactée depuis mon duvet grand froid, pouvant supporter une température extérieure de -15°. La nuit s’annonce très fraîche à presque 4'000 mètres d’altitude. Je cumule les couches thermiques de vêtement, l’enveloppe additionnelle en polaire, le duvet grand froid et même la couverture de survie ! C’est un peu trop, je me réveille dans la nuit pour enlever une couche. Mieux vaut prévenir que guérir.

2ème jour : Le col de la montagne Salkantay (4'600m)

Lever 4H50, pour un départ vers 6H00. Le réveil est glacial. Sortir de son duvet constitue une véritable épreuve. Le cuisinier prépare, comme chaque matin, un maté de coca bouillant (infusion de feuilles de coca) pour aider à supporter l’altitude. Après quatre heures d’ascension dans l’ombre de la montagne, on parvient au col de la montagne Salkantay, à 4'600 mètres d’altitude. Le soleil sublime les cimes enneigées dont celle du Mont Salkantay culminant à 6'271 mètres et celle du Mont Humantay à 5’650m, de leurs glaciers sur un fond de ciel bleu, dans un froid glacial malgré tout vue l’altitude. Dans la montée, on se fait doubler par des mules chargées de touristes de tout âge, peu convaincus de leur capacité à relever le défi des 4'600 mètres, du matériel des cuisiniers et des bagages de randonneurs comme moi, ne portant que le strict minimum dans mon sac à dos pour la journée. Une fois passée le col du Salkantay, on commence à descendre la montagne pour atteindre l’Altiplano, où l’on s’arrête pour déjeuner à Wayracmachay (3'900 mètres). L’Altiplano, qui signifie « plaine d’altitude » en espagnol, se situe au cœur de la cordillère des Andes; elle est la plus haute région habitée au monde après le plateau tibétain. Il s'étend sur près de 1’500 kilomètres de long, à une altitude moyenne de 3’300 m. Le long du chemin, il faut être attentif au bruit des mules arrivant au trot et veiller à se placer du côté de la montagne, car sur le sentier parfois très étroit, les convois de mules revenant à vide passent leur chemin au trot et risquent de vous bousculer.

Puis, on continue la descente tout l’après-midi, alors que le paysage change complètement pour devenir plus verdoyant, plus chaud et moite, pour arriver finalement à notre campement à Chaullay vers 17H30, à seulement 2'800 mètres d’altitude, soit quelques 23 kilomètres en 10 heures et un dénivelé de +700 mètres pour atteindre les 4'600 et -1'800 mètres !

2ème jour  jusqu'au col de la montagne Salkantay puis redescente 

3ème jour: Dans la Jungle, de Chaullay à Lucmabamba

Réveil vers 5H30, presque une grasse matinée ! On part après le petit-déjeuner vers 7h00 de Chaullay, petit village peuplé par les randonneurs. Le paysage continue de changer de celui des deux premiers jours : verdoyant et fleuri ; les montagnes sont sillonnées par une rivière, affluent lointain du fleuve Amazone. Sur le chemin, on traverse de nombreuses cascades. Après 5H30 de marche, on arrive pour l’heure du déjeuner à Lucmabamba, à 2'000 mètres d’altitude, où se trouve notre campement de chosas, huttes traditionnelles à l’intérieur desquelles on installe des tentes pour les protéger du vent et de la pluie. Au programme de l’après-midi repos, douche (enfin une bonne douche bien que froide, après deux jours sans douche !) et visite à la voisine du campement, Felicitas, qui cultive du café et le vend à la coopérative Huaquiña. Dans sa maison très simple, j’aperçois ses animaux domestiques : de nombreux « cui », cochons d’inde énormes, qui jouent à l’intérieur de la maison. Elle nous montre ses équipements rustiques lui permettant d’extraire les deux noyaux de la cerise de café.

3ème jour - Randonnée dans la jungle au milieu des montagnes; Campement et ses  Chosas
Exploitation artisanale caféière- Démonstration par Felicitas de dépulpage des cerises de café, séchage des noyaux

4ème jour: Arrivée à Aguas Calientes

Réveil aux aurores pour arriver avant midi à Hidroelectrica, déjeuner puis prendre le train pour Aguas Calientes. Depuis Lucmabamba (2’000 mètres), on part environ vers 7h00 pour réaliser l’ascension et atteindre le point de vue panoramique de Llactapata à 2'600 mètres. Sur le chemin, on peut apercevoir la cité du Machu Picchu, un avant-goût avant le grand jour ! Puis on commence la descente vers Hidroelectica, qui se trouve à 1'950 m, soit -650 mètres de dénivelé très raide. La fatigue se fait sentir sur ce quatrième jour. La descente en zigzag incessant, bien qu’aidée de mes bâtons de marche, me semble interminable. On arrive enfin au bout de la descente, traversons le pont suspendu au-dessus de la rivière Urubamba, avant d’arriver quelques kilomètres plus loin à Hidroelectrica (1’800m). Le plus dure est fait : quatre jours pour parcourir quelques 70 kilomètres, et le demain la consécration, la visite de la cité du Machu Picchu !

4ème jour : arrivée à Hidroelectrica , puis Aguas Calientes

Pause bien méritée à Hidroelectrica pour déjeuner après ses quelques 14 kilomètres parcourus, où l’on retrouve un grand nombre de touristes randonneurs. Vers 15h, je me sépare de mon guide pour prendre le train à destination d’Aguas Calientes (2’000m) où je le retrouverai directement, l’agence ayant choisi pour des raisons économiques de le faire voyager sur le train destiné aux locaux. En effet, il existe deux types de train pour rallier Hidroelectrica à Aguas Calientes : un pour les touristes (spacieux, confortable, fenêtre dans le toit du train pour admirer pleinement le spectacle, plus cher bien évidemment, place réservée) et un train pour les locaux (bondé et moins cher).

A savoir, depuis Hidroelectica, il existe seulement deux options pour rejoindre Aguas Calientes, à 10 km : soit le train de touriste à 30 USD environ, ou alors parcourir à pied la voie ferrée.

J’arrive enfin à Aguas Calientes, le Disney village du Machu Picchu, également appelé village du Machu Picchu (Machu Picchu pueblo). Le village s’est construit et développé avec l’essor touristique de la cité Inca la plus célèbre, autour de la voie ferrée qui traverse le village de part en part. C’est vraiment surprenant de voir les trottoirs longeant la voie ferrée tellement proches des rails, que les rabatteurs des restaurants situés de chaque côté des rails, n’ont qu’à sortir du restaurant au passage du train pour faire leur publicité.

La voie ferrée au coeur du village du Machu Picchu

C’est le grand luxe pour cette quatrième nuit : un hôtel avec un vrai lit et une douche chaude !

5ème jour : Exploration du Machu Picchu

L’agence a réservé les billets du Machu Picchu pour 6h00 du matin, à l’ouverture du site, avec une montée en bus (ouf, car sinon il aurait fallu environ une heure et demi pour monter à pied jusqu’à l’entrée du site !). On se retrouve donc avec l’équipe complète, mon guide et mes deux compagnons du trek m'ayant rejoint, à 5H15 pour prendre le bus. Bien qu’étant à l’ouverture du site, il y a déjà foule à l’entrée !

A noter, il est possible de combiner la visite de la citadelle du Machu Picchu avec l’ascension de l’une des deux montagnes, la montagne Waynapichu ou la montagne Machu Picchu. Mieux vaut anticiper au maximum pour ce combiné et réserver sur le site officiel (http://www.machupicchu.gob.pe/) car les places sont plus limitées que celles pour la visite de la citadelle.

On reste environ 4 heures à explorer le site mythique et s’émerveiller devant la grandeur de la cité construite à quelques 2'430 mètres d’altitude au milieu des montagnes au XVème siècle. Arrivée au lever du soleil, la cité est voilée par des nuages de brume qui, le temps passant, défilent pour finalement disparaître et laisser place à une chaude lumière révélant l’imposante cité et ses contours escarpés. On peut admirer la vue panoramique sur les montagnes et sur la rivière Urubamba, le Temple du Soleil, le Temple des trois fenêtres, l’Intiwanata au sommet du quartier sacré, le Temple du Condor, le miroir d’eau, les canaux d’irrigation, les terrasses de culture et l'architecture typique des constructions incas.

Cité du Machu Picchu

Puis, on redescend à pied jusqu’au village du Machu Picchu en moins d'une heure, où l’on se pose pour déjeuner et se reposer avant de prendre le train en fin d’après-midi pour Ollantaytambo, où nous attend une navette nous ramenant à Cusco.

Le Machu Picchu (du quechua Machu : vieille, et Pikchu : montagne/sommet) est une ancienne cité inca du XVe siècle, perchée sur un promontoire rocheux qui unit les monts Machu Picchu et Huayna Picchu (« le Jeune Pic » en quechua) sur le versant oriental des Andes centrales. Depuis 1983, le site est sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO.

La citadelle du Machu Picchu a été construite autour de 1450, à l’apogée de l’empire inca. La construction du Machu Picchu semble dater de la période de deux grands Incas : Pachacutec Inca Yupanqui (1438-1471) et Tupac Yupanqui Inca (1472-1493). Il a été abandonné un peu plus de 100 ans plus tard, vers 1572, à la suite de la conquista espagnole. Il est possible que la plupart de ses habitants soient morts de la variole introduite par les voyageurs, peu avant l’arrivée des conquistadors dans la région. Les roches sacrées, qui ont été défigurées par les conquistadors dans d’autres endroits, sont restées intactes au Machu Picchu. Bien que la citadelle soit située à seulement 80 km de Cuzco, la capitale inca, les Espagnols ne l’ont jamais trouvée et par conséquent, ils n’ont jamais eu l’opportunité de la piller ou la détruire, comme cela s’est fait ailleurs.

600 à 700 personnes vivaient dans la cité. Les habitants appartenaient probablement à une élite religieuse et/ou politique. Les constructions étaient réparties entre des habitations pour 50% et à des centres d’éducation et de formation pour les 50% restant. Le travail agricole était effectué par des travailleurs mitmaqkuna amenés des différentes provinces de l’Empire, et notamment de la vallée sacrée où l’agriculture était très développée.

La zone sacrée est principalement dédiée à Inti, le dieu soleil, divinité principale du panthéon inca, après Huiracocha le dieu créateur. C’est ici que se trouvent les trésors archéologiques les plus importants : le cadran solaire ou astronomique (Intihuatana) et le Temple du Soleil.

Si la citadelle alors recouverte par la végétation a été découverte en 1911 par le jeune historien états-unien, Hiram Bingham, en un peu plus d’un siècle, la cité Inca est devenue un site touristique mythique, classée parmi les sept nouvelles merveilles du monde depuis 2007. Le nombre de visiteurs est passé de 200’000 en 1987 à 1,5 million, soit deux fois plus que les recommandations de l’Unesco pour sa préservation. Menacé par le tourisme de masse, le ministère de la Culture péruvien continue de prendre des mesures de restriction limitant l’accès des touristes aux temples du Soleil et du Condor, ainsi qu’à la pyramide d'Intiwatana (à 3 heures par visiteur depuis mai 2019). Toutefois, les mesures semblent paradoxales avec l’autorisation accordée en 2019 pour construire un aéroport international entre Cusco et le Machu Pichu, à Chinchero, l’aéroport de Cusco desservant uniquement le Pérou.

Le Salkantay Trek constitue une alternative au sentier Inca (Inka Trail), qui comporte un nombre limité de visiteurs (500 personnes par jour, dont les porteurs) et nécessite de réserver six mois à l’avance. Le Salkantay Trek, sans limite de fréquentation par jour, est considéré comme le meilleur itinéraire alternatif vers le Machu Picchu et est légèrement plus difficile que le Chemin Inca, selon les dires. L’empire Inca, à son apogée en 1450, avait développé tout un réseau de chemins sur 42'000 kilomètres, pour relier toutes les cités de l’empire qui s’étendait de l’Équateur au Chili (soit une superficie d'environ 1 ,8 millions de kilomètres carrés). L’Inca Trail et certains chemins du Salkantay Trek empruntent ces sentiers historiques. Mon guide quechua, précisait que l’Empire Inca, s’était constitué par la conquête (fédération des peuples) et non par la soumission et insistait sur le fait que cette civilisation n’avait pas d’esclaves. À leur arrivée dans la région de Cuzco, les Incas n’étaient qu'une tribu parmi d'autres. Ces petites puissances régionales s'affrontèrent dans des guerres locales. Les Incas participèrent à une confédération avec d'autres groupes en occupant dans un premier temps un rang subordonné et non dominateur. Ils adoptèrent la langue quechua, devenu alors la lingua franca du plateau andin, ils la propagèrent ensuite sur tout le territoire.

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Après 15 jours passés dans la région de l’ancienne capitale inca, je rejoins Arequipa en bus de nuit. En 10 heures de route avec la compagnie de bus de haut standing « Cruz del Sur » (siège semi-cama, équipé d’écrans, bagage enregistré, chauffage), je rejoins Arequipa, distante de quelques 611 kilomètres. J’arrive aux aurores à la gare routière d’Arequipa, puis prend un taxi pour aller dans le centre jusqu’à l’auberge de jeunesse, à deux pas de la Plaza de Armas.

Je commence par me balader dans la ville, repérer les lieux et les excursions. Je prévoie pour le lendemain un tour pour aller découvrir le canyon de Colca et ses environs sur une journée, un des tours classiques depuis Arequipa. Toutes les agences proposent le même type de tour. Je passe finalement par l’agence Continents insolites Peru (calle La Merced 113 Arequipa pour 80 soles).

Avec un départ très matinal (3h00 du mat) depuis Arequipa, on part pour 3 heures de route, parcourant quelques 160 kilomètres pour rejoindre le village de Chivay, située à 3'600m d’altitude, où l’on prend notre petit-déjeuner face à la vallée du canyon. On poursuit le tour, traversant le paysage pittoresque des champs agricoles, Antahuilque, des terrasses appelés « Andenes » utilisées pour cultiver et contrôler l’érosion, puis le village de Maca et son église de style coloniale en direction du point de vue la Cruz del Condor. Le guide mentionne que les trois principales cultures sont : la pomme de terre, le maïs et le quinoa. Concernant la petite église, il précise que la présence des nombreux miroirs pouvant refléter le Soleil, soit le Dieu Inti important dans la culture Inca, était une façon d'asservir la culture indigène.

Vallée de Colca 
Village de Maca, son église coloniale aux miroirs, sa place et son marché, 

Une fois arrivé au mirador de Cruz del Condor, on peut observer planer de très nombreux condors des Andes de différentes couleurs : marrons, blancs et noirs. Il est en effet plus facile de les voir le matin en raison des courants ascendant dans le canyon. Le grand condor des Andes vit en Amérique du Sud, tout le long de la Cordillère des Andes et des côtes du Pacifique. Par son envergure de 3,20 mètres, parfois jusqu'à 3,50 mètres, il est le plus grand rapace et le deuxième plus grand oiseau volant terrestre du monde, n'étant dépassé que par l'Albatros hurleur, qui est pour sa part un grand oiseau marin pélagique avec une envergure pouvant aller jusqu'à 3,70 mètres.

Vivant à des altitudes de 3’000 à 5’000 m généralement sur des rochers inaccessibles, le condor est essentiellement charognard. Il préfère les grandes carcasses, telles que celles de cerfs, de bovins ou de camélidés des Andes (le lama et ses cousins). Ils peuvent vivre jusqu’à 50 ans en liberté et 70 ans en captivité. Une des particularités des condors, réside dans le fait qu’ils sont monogames. Comme l’albatros et le cygne, une fois accouplé, il restera avec sa compagne la vie entière, indifférent aux tentations qui pourraient briser son couple.

Les grands condors du Mirador Cruz del Condor 

Le canyon de Colca, profond de 3'400 mètres, fait partie des plus grands canyons au monde. Il est possible de réaliser des treks de plusieurs jours pour découvrir plus largement le canyon, avec ou sans agence.

On s'arrête aux eaux thermales de La Calera, pour ceux qui souhaitent prendre un bain chaud, avant de partir déjeuner au village de Chivay. Une fois déjeuné, on commence le chemin du retour vers Arequipa et on s’arrête au point de vue de Patapampa à pas moins de 4'910 mètres d’altitude pour admirer la vue panoramique sur la Cordillère de Chila avec une belle vue sur le glacier Ampato (6’288 m, où la momie Juanita a été découverte), Sabancaya (5’976m) volcan actif Sabancaya dont on voit s’échapper des fumerolles , Hualca Hualca (6’288 m), Misti (5’825 m), Chachani (6’075 m). A presque 5'000 mètres d’altitude, on ne s’attarde pas longtemps au point de vue panoramique car le manque d’oxygène se fait sentir, même sans effort.

Puis on marque un dernier arrêt au parc national Pampa Cañahuas, où nous pouvons observer des lamas, des alpagas et des vigognes. A noter que les vigognes sont très réputées pour leur fourrure soyeuse. Parmi les quatre camélidés (lama, alpaga, vigogne, et guanaco), seules les vigognes et guanaco vivent à l’état sauvage. Les Lamas et alpaga en revanche sont domestiqués. Le nom de Lama aurait été donné à l’animal suite à un malentendu entre les Incas et les espagnols, les Incas auraient répétés le mot Llama, à la question des espagnols « como se llama ? ».

Point de vue de Patapampa  (4'910m) et Parc national Pampa Cañahuas

Le chauffeur et le guide montrent un certain empressement sur le chemin du retour, très probablement du fait que l’équipe nationale péruvienne de foot joue en finale contre le Brésil de la Coupe d’Amérique ( 7 juillet 2019) en fin d’après-midi ; une grande première pour les péruviens qui n’ont pas été en finale depuis 1975!

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La ville d’Arequipa est la capitale de la région portant le même nom. Elle est la deuxième ville du pays par le nombre d'habitants (1,3 millions d’habitants) après Lima. La ville se située à 2’335 mètres d'altitude, au pied des volcans Misti et Chachani, dans les Andes péruviennes. Elle est surnommée la Cité Blanche car la plupart de ses monuments du centre historique sont construits en pierre volcanique blanche : l'ignimbrite communément appelé sillar, ce qui lui donne son cachet si particulier. A noter que la ville a vu naître un des auteurs péruviens les plus célèbres : Mario Vargas Llosa.

Comme beaucoup de grandes villes au Pérou et dans le monde, des « Free walking tours » à thématique historique principalement et en anglais généralement, sont organisés à Arequipa; la rémunération étant le pourboire laissé au guide à la fin du tour. Je me lance donc à suivre un Free walking tour pour découvrir Arequipa. Notre point de départ n’est autre que la Plaza de Armas, nom donné à la place principale dans de nombreuses villes d'Espagne et de l''Amérique latine. Elle est souvent située près des bâtiments gouvernementaux, des églises, et des autres structures importantes culturelles ou politiques. En effet, à Arequipa, la Cathédrale Notre Dame borde l’un des côtés de la place carrée. La Cathédrale a été maintes fois reconstruite. Construite en 1656, puis détruite par un incendie en 1844, puis reconstruite, elle a été de nouveau détruite par un tremblement de terre en 1868, puis de nouveau rebâtie, dans un style néo-Renaissance. Le séisme de 2001 a renversé l’une des énormes tours qui fut réparée fin 2002. Puis, on poursuit notre visite dans les ruelles du centre historique, typiques de l’architecture andalouse. On s’arrête devant le Couvent de la Recoleta puis l’Eglise San Francisco. On finit par la visite du marché couvert de San Camillo, Calle San Camillo dont la légende urbaine raconte que la structure du toit est signée Gustave Eiffel, de même que le toit du marché de Cusco.

Arequipa, sa Plaza de Arma, son Marché et ses ruelles 

La ville regorge d’édifices religieux et civils coloniaux, ainsi que d’intéressant musées. On peut citer la Casa del Moral, remarquable pour son architecture civile baroque andine, son mobilier d’époque et une rétrospective sur la monnaie péruvienne, le musée Santuarios Andinos qui présente des artefacts incas (céramiques, textiles, métaux, figurines et autres) trouvés durant les expéditions menées par l’anthropologue Reinhard et l’archéologue Chavez. L’attrait principal de ce musée n'est autre que Juanita, «la fille des glaciers». Il s'agit du corps momifié, incroyablement bien conservé, d’une jeune fille d’environ 13 ans qui aurait été amenée jusqu’au volcan Ampato, comme offrande aux dieux Apus, les dieux des montagnes. Avec ses 6'300 d'altitude, le volcan Ampato est le plus haut sommet du Pérou et le 4ème mondial.

Le Mirador du Quartier de Yanahuara constitue un des meilleurs points de vue de la ville pour admirer la ville et ses volcans environnants : le Misti culminant à 5'822 mètres soit 1'500 mètres au-dessus de l’altiplano et dont la dernière éruption date de 1985, entouré par le volcan Chachani (6'057 mètres, soit le plus haut) et le volcan Pichu Pichu (5'664 mètres).

 Point de vue panoramique sur Arequipa depuis  le mirador de Yanahuara

Enfin, un des sites incontournables d’Arequipa est le Monastère Santa Catalina (Monasterio de Santa Catalina), aussi appelé couvent de Santa Catalina. Entouré de hauts murs, ce monastère de 20’000 m² est une véritable ville dans la ville, construit en sillar. Le style architectural est principalement colonial bien qu'on y trouve de nombreuses influences locales. Le Couvent fut fondé par les dominicains le 10 septembre 1579 et sa première "habitante" fut María de Guzmán, veuve de Diego Hernández de Mendoza, qui céda tous ses biens pour vivre recluse dans cette enceinte. Mais en parcourant les ruelles de cet ensemble religieux on se rendra vite compte que le Couvent Santa Catalina était une prison dorée avec des cellules richement meublées, des cloîtres et des cours fleuris et arborés, une grande cuisine et un grand lavoir où s'affairaient les domestiques des recluses. Beaucoup de ces femmes qui "peuplèrent" le Couvent Santa Catalina étaient issues de la noblesse et de la bourgeoisie espagnole même si les métisses étaient aussi acceptées. On estime qu'au 18ème siècle le Couvent Santa Catalina comptait plus de 300 habitantes, incluant les recluses et leurs domestiques. La sœur Anne (Sor Ana de Los Angeles), connue pour ses prédictions et béatifiée en 1985 y vécut.

Monastero de Santa Caterina 

C'est en 1970 que le Couvent ouvrit ses portes au public qui peut désormais découvrir les lieux que fréquentèrent les religieuses dans le plus grand secret durant quatre siècles. En avril 2019, environ 25 nonnes, âgées de 18 à 90 ans, y vivaient encore. La majorité du monastère est ouvert au public, avec visite possible le soir à la nuit tombée à la lueur des bougies, comme les sœurs à l'époque. Le calme qui y règne et les couleurs des murs, bleu électrique et rouge sienne, créent une atmosphère singulière et intrigante.

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Après 3 jours passés à Arequipa, je me dirige vers ma dernière étape péruvienne : la ville de Puno, pour découvrir le lac Titicaca. Après quelques 7 heures de bus avec la compagnie de haut standing « Cruz del Sur », traversant des paysages grandioses tels que la Reserva Nacional de Salinas y Aguadas Blancas, j’arrive en début de soirée à Puno.

La ville de Puno ne présente aucun intérêt si ce n’est d’être le principal point d’entrée du lac Titicaca, côté péruvien. Cette ville de 100'200 habitants, capitale de la région et de la province de Puno, s’est développée de façon anarchique et sans charme avec la croissance du tourisme. Je reste donc à peine plus de 24 heures à Puno, le temps réaliser une excursion permettant de découvrir une île flottante de l’archipel d’Uros, ainsi qu’une des îles montagneuses côté péruvien, l’ïle de Taquile. Certains touristes s’attardent un peu plus afin de dormir sur une des îles et découvrir ainsi le mode de vie et traditions locales.

L'Archipel des Uros, îles flottantes

La particularité du côté péruvien du Lac Titicaca réside dans l’existence d’îles flottantes, les îles Uros. Ces îles, installés à six kilomètres de la ville de Puno, auraient été initialement bâties par le peuple Uros au XIII ème siècle. Ils essayaient d'échapper à la tribu des Incas en construisant des radeaux en Totora, un roseau qui pousse en grande quantité sur les bords du lac Titicaca. Ils les attachèrent ensemble et la plante se désagrégeant petit à petit, les embarcations s'agglomèrent pour constituer de grands îlots. Les îles flottantes ont ainsi pris le nom de ses premiers occupants. Le peuple Uros vivait sur un archipel de 40 îles flottantes. Toutes les habitations, mobiliers et embarcations étaient fabriquées à partir de ce matériau: le Totora. Le peuple Uros s’est finalement éteint dans les années 1950, abandonnant leur archipel de roseaux aux indiens Aymaras. Ces derniers occupent les îles flottantes à des fins touristiques, en y perpétuant les traditions Uros.

Ïle flottante de l'archipel Uros 

Sur l’île visitée, le guide nous explique comment les îles de Totora sont construites et entretenues et la multitude d’utilisation du roseau Totora. En effet, la tige, qui peut mesurer jusqu’à quatre mètres de hauteur, est utilisée pour la construction, l’artisanat et de fourrage pour les animaux domestiques. Enfin, l’intérieur de la tige est comestible et peut être mangé comme légume ! Les habitants de l’île nous montrent leur artisanat et notamment les tissages, nous invitant à entrer dans leurs humbles foyers et voir même à essayer une de leurs quelques tenues.

La façon de vivre sur les îles continue de se moderniser avec notamment l’utilisation du gaz, de panneaux solaires…etc. Pour ma part, je reste dubitative devant cette vitrine touristique de la culture du peuple Uros, celui-ci s'étant éteint dans les années 50.

Visite de l'île de Taquile

Puis nous partons pour l'’île de Taquile. Celle-ci est située à 45 kilomètres de la ville de Puno; elle est vallonnée et mesure 5,5 sur 1,6 km dans sa longueur maximale. Sur cette île, il n’y a ni voiture, ni moto et c’est donc à pied que se font la plupart des trajets. Cette île abrite entre 2’500 et 3’000 habitants quechuas repartis en 6 communautés, ici, les valeurs, coutumes et traditions sont très fortes et prononcées. Les Taquileños vivent de l’agriculture en terrasse et avec l’afflux important de touristes les Taquileños ont réveillé leur tradition textile. Ici, que ce soit les femmes ou les hommes tout le monde tricote. Les hommes font leurs propres bonnets dès le plus jeune âge : rouge pour les célibataires, blanc et rouge pour les mariés. Les femmes, quant à elles, tricotent la ceinture-calendrier pour leur nouvel époux, elle marque les évènements importants, les loisirs, les faits remarquables de leur homme. Les hommes importants, eux, portent une sorte de chapeau melon noir.

Le bateau s’arrête au Puerto Chilcano, à partir duquel il faut gravir 532 marches pour un dénivelé de 240 m autant dire que ça pique à près de 4’000 m d’altitude. Arrivés en haut, nous sommes récompensés par une vue magnifique sur le lac et sur les terrasses de l’île. On poursuit la balade le long de sentiers bordés par des petits murets, pour visiter des ruines Incas avant d’aller déjeuner dans un petit restaurant. Au menu la célèbre truite du lac.

Île de Taquile et vue sur le lac depuis le port de Puno 

Puis nous repartons pour Puno. La croisière du retour est assez longue, vue la lenteur du bateau (entre 2H30 et 3H00), ce qui laisse le temps d’admirer le paysage et même de s’assoupir !