Découvertes polynésiennes

Du 18 mai au 16 juin 2019
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Le Jour où je remonte le temps _ Je quitte donc la Nouvelle-Zélande, au départ d’Auckland le dimanche 19 mai à 16H10 pour arriver 4H30 plus tard à Papeete le samedi 18 mai à 23h. Du fait de voyager d’est en ouest dans ce tour du monde, je me retrouve dotée du pouvoir de remonter le temps grâce à la magie des fuseaux horaires! Dès mon entrée dans l’avion à destination de Papeete, je ressens l’ambiance polynésienne : on vous accueille à bord en vous offrant une fleur de Tiaré accompagné d’un « Ia orana » (bonjour en tahitien), la couleur des sièges de la Compagnie Air Tahiti est bleu turquoise faisant écho au bleu des lagons alors qu’une musique exotique mélangeant Yukulélé et chants polynésiens vous berce jusqu’au décollage, le tout dans une ambiance parfumée fleurie. Il n’y a pas de doute, cet avion est à destination des îles polynésiennes. Les consignes de sécurité sont données en français, tahitien et anglais. Après avoir parcouru la moitié du globe (plus de 18'0000 kilomètres), il est très surprenant d’entendre parler la langue française aux accents si doux (notamment le « r » roulé) à l’autre bout du monde, étrange constat rappelant l’histoire coloniale de la France, ainsi que de retrouver le Franc pacifique « CFP » (1 Euro= 119, 3 CFP). Une fois arrivée à Papeete, capitale de l’île de Tahiti, je prends quelques jours pour visiter Papeete, prendre quelques cours de danse Ori’Tahiti et organiser mon voyage en Polynésie Française.

La Polynésie française, qui regroupe quelques 120 îles pour 276'000 habitants, est divisée en cinq archipels : L’archipel de la Société (le plus important et qui est réparti en deux groupes les Iles du Vent et les Iles sous le Vent), l’Archipel des Tuamotu, l’Archipel des Australes et l’Archipel des Marquises. Vu les contraintes de transport, de temps et les prix élevés, je me résous à ne visiter que l’Archipel de la Société (Tahiti, Moorea, Huahine et Tetiaroa). Si le tourisme de luxe est très bien rodé et développé dans les îles, il en est tout autrement pour le tourisme en mode « Backpacker », peu développé et nécessitant beaucoup de recherches pour trouver les bons plans pas trop chers et développer le système « D ».

Visite de la ville

La ville de Papeete (prononcé Pa-pa-et-té) compte quelques 27’000 habitants. Contrairement au décor de carte postale typique de la Polynésie (villas sur pilotis au-dessus du lagon aux eaux turquoises), on peut observer beaucoup de pauvreté et son lot d’insécurité le soir.

La ville de Papeete présente quelques sites intéressants à visiter : le Parc Pa’ofa’i où l’on peut admirer de très beaux couchers de soleil sur l’île de Moorea, le Temple protestant de Pa’ofa’i et notamment les vahinés (femmes) avec leurs très jolis chapeaux lors de la messe tous les dimanches, le Musée de la Perle de Robert Wan, le Parc Bougainville abritant deux canons provenant de la « Zélée », navire de guerre de 1914 et le buste de Bougainville, la Cathédrale « Notre Dame de Papeete » fief de la communauté catholique de l’île achevée en 1875, le Marché municipal Mapuru a Paraita, l’hôtel de Ville de style colonial, la Place Vaiete et son kiosque à musique où tous les soirs les roulottes s’installent, les œuvres de Street Art d’artistes locaux et internationaux, et le quartier des institutions localisées en face de la place Taraho’i, à deux pas du Banian de Paul Gauguin, autour de la Marae historique dont l’Assemblée de la Polynésie française.

Balade dans les rues de Papeete  (Temple de Pa'o'fai, quartier des institutions, Banian de Paul Gauguin, Hôtel de ville)
Coucher de soleil sur Moorea depuis  le parc de Pa'o'fai
Jeu de piste dans Papeete pour découvrir les oeuvres impressionnantes de Street Art 

Le Marché municipal de Mapuru

Sur plus de 7'000 m2, le marché de Papeete offre une grande diversité de produits et objets de la culture polynésienne. On peut y trouver des fruits et légumes (uru, igname, bananes, ananas, citrons, mangues, pastèques, ramboutans…), des poissons du lagon ou du large (thons, mahi mahi, espadons et paithere/carangue, perroquet), des fleurs (Tiare tahiti, taini, tipanie, pitate/ jasmin local, et orchidées en bouquet ou composition…), l’artisanat de toutes les îles (vanneries des Australes, sculptures marquisiennes, tifaifai/patchwork, bijoux de perles, nacres, os…), de la vanille, du monoï, de l'huile de tamanu ayant de nombreuses vertus dermatologiques, des vêtements et tissus aux motifs polynésiens.

Marché municipal Mapuru

Le marché est ouvert toute la journée, tous les jours de la semaine à l'exception du dimanche où il n'est ouvert que de 3h à 9h du matin.

Gala de Danse et compétition du Heiva

La danse Ori’Tahiti est au cœur de la culture polynésienne tahitienne. Chaque année, elle est célébrée lors du Heivai Tahiti, qui existe depuis 125 ans et qui consiste en une compétition de danse et de chants mais aussi régates de Va’a Taie (sorte de pirogues) parcourant de 2'600 mètres à 24 kilomètres, concours de sports traditionnels (grimper de cocotier, lancer de javelot, décorticage de coco, coprah, lutte traditionnelle, courses de porteurs de fruits) se déroulant de fin juin au 20 juillet. La cérémonie authentique de la marche sur le feu ou Umu Ti ouvre les festivités du Heiva. Cet évènement est réputé dans toute la Polynésie géographique. La compétition de danses et de chants se déroulent sur la scène mythique de To’ata, à deux pas de la Maison de la culture, en tahitien « Te fare Tauhiti Nui ». (www.heiva.org)

J’ai pu assister au gala de danse de fin d’année de l’école Manohiva. J’ai été impressionnée par le nombre important de danseurs, le niveau avancé de ses danseuses et danseurs en tant qu’amateurs, des costumes époustouflant, et une ambiance très animée dans la salle. J’ai également assisté au spectacle de Heiva des écoles de l’école Heiragi et été charmée par les petites vahinés qui débutaient en Ori’tahiti.

Gala de fin d'année Ecole Manohiva - Papeete 

La participation au Heiva représente un investissement personnel considérable, pendant des mois. C’est ainsi que cherchant un groupe de danseurs en répétition, je suis tombée au hasard des rues sur un groupe de musiciens professionnels qui répétaient pour le Heiva : Impressionnant !

« Chaque groupe va ainsi porter à la lumière des mois de travail et de recherches, du premier mot écrit par l’auteur au premier son des «’aparima », jusqu’à la dernière petite graine enfilée pour parfaire le costume et donner corps à ce rêve, à cet effort acharné, porté par des milliers d’artistes. »

Le vainqueur du Heiva n’est pas le meilleur techniquement, mais le groupe de danseurs qui cumulent les talents de danseurs du point de vue technique, la qualité des costumes végétaux et leur cohérence avec le thème choisi, la pertinence du thème choisi et la façon dont il est développé dans les textes des chansons et musiques, ceux-ci allant puiser dans les légendes polynésiennes. A noter que les coquillages sont importés de l’archipel des Tuamautou, les autres îles n’ayant pas les coquillages requis. Mieux vaut avoir de la famille là-bas, pour pouvoir se les faire envoyer.

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Me voilà donc partie pour l'île de Moorea, en à peine 40 minutes de ferry depuis Papeete. Moorea, très proche de Tahiti, est une île très convoitée par les tahitiens pendant les week-end et périodes estivales. Cette île offre de nombreuses possibilités d’activités : de très jolies plages se situent tout autour de l’île alors que l’intérieur offre des terrains de randonnées entre montagne, vallées, cascades.

Je réside à la pension Painapaopao, dans le village de Pihaena, qui se situe entre les deux magnifiques baies : la baie de Cook et la baie d'Opunohu. Pas très loin de la pension se trouve la fabrique de jus de fruits et d’alcool de la célèbre marque Rotui. J'en profite pour la visiter et faire une dégustation en fin de visite. On peut y découvrir le cocktail Mai Tai, le Daiquiri fraise ainsi que le mousseux d’ananas. Il s’agit d’une fabrique de jus de fruits en brique, à base d’ananas Queen Tahiti, de Pamplemousse Citrus Grandis, Bananes Giant Cavendish, Mangue Ohurepio et Mangue Carotte, la Goyave Rose, le Noni Morinda Citrifolia mais aussi d’autres fruits importés.

Sur le chemin du retour, je m’arrête pour admirer la baie de Cook, entourée de montagnes très découpées où viennent mouiller de grands paquebots de croisière et des yachts. En se baladant dans les environs, on peut admirer de très belles fleurs : Hibiscus, Bougainvillier, fleur de bananier et bien évidemment la fleur de Tiaré. En tahitien, "tiaré" signifie fleur et ce qu'on appelle fleur de Tiaré s'appelle la "Tiaré Tahiti".

Balade dans le village de Pihaena et borne PK 14 de la route faisant le tour de l'île

Plage de Temae

Puis, je visite la plage Toatea de Temae qui se situe au nord-est de l’île. Il s’agit d’une très longue plage de sable blanc, où il est possible de faire du snorkeling comme dans de nombreux lagons. Pour arriver à la plage, à défaut de transport en commun fiable, avec une amie de l'auberge de jeunesse, on s'en remet à la gentillesse des automobilistes et nous nous installons sur le bord de route pour faire du stop. La pratique est courante dans les îles. En dix minutes à peine, on trouve un charmant chauffeur qui nous emmène à bon port.

Alors que le temps se dégrade et qu’il se met à pleuvoir violemment, on se réfugie au Sofitel pour prendre une bière locale, une Hinano, en attendant que le soleil revienne. Dans tous ces hôtels de luxe (Sofitel, Hilton, Intercontinental), on retrouve toujours les mêmes structures de villas sur pilotis ayant un accès direct à la mer. Pour le retour, on réussit à prendre le bus, qui circule de façon très aléatoire, mais à priori de façon sure calé sur les horaires des quelques arrivées et départs des ferrys faisant la liaison Moorea- Papeete.

Plage Toatea de Temae et sa vue sur l'île de Tahiti

Soirée de danses et chants traditionnels au Hilton

Dans beaucoup d’hôtels de luxe, des spectacles de danse et chants traditionnels polynésiens sont organisés régulièrement, ce qui permet d’avoir un aperçu de la culture polynésienne : ses chants, ses danses, ses costumes et ses instruments de musique. A Moorea, le Hilton en organise un tous les samedis et mercredis. A défaut d'être client du Hilton, il est possible d’y assister à condition de consommer un verre au bar. Alors que je pensais déjà à un bon cocktail alcoolisé à siroter en admirant le spectacle, la serveuse nous confirma qu’il ne vendait pas d’alcool aux clients externes en ce jour d’élection européennes (Samedi 25 mai), tout en étant à plus de 18'000 kilomètres de l’Europe. Quel dommage ! De même, la vente d'alcool était interdite pendant tout le week end prolongé du lundi de pentecôte.

Soirée de danses et chants traditionnels polynésiens au Hilton de Moorea - Danse du feu

Le groupe de danseurs et chanteurs est éblouissant. Ils réalisent notamment de réelles prouesses de jonglage avec le feu sur la plage. Il est surprenant de voir qu’une des magnifiques danseuses s'avère être une Rae Rae.

Les Rae Rae (prononcé réré), désignent des travestis en Polynésie. Ils peuvent également être désignés par le vocable de Māhū (signifiant « au milieu »), personnes du troisième genre qui ont des rôles spirituels et sociaux au sein de la culture traditionnelle, semblable au Tongien fakaleiti, au Samoa fa'afafine, dans les cultures Kanaka Maoli (Hawaïenne), Maohi (Tahitienne). À l'époque des rois Pomare, elles étaient surnommées arii oi. L'une d'entre elles fut le conseiller et le confident de la reine Pomaré. Plus tard, au XIXème siècle, Paul Gauguin en peindra à plusieurs reprises.

Plage des Tipaniers

Je me lance à nouveau à faire du stop pour rejoindre cette fois la pointe nord-ouest de l’île, direction le village de Tiahura. A peine dix minutes plus tard, je suis en route pour la plage des Tipaniers. Arrivée sur place dans le complexe hôtellier des Tipaniers, je loue un kayak pour aller voir les requins à pointe noire et les raies pastenague, qui se trouvent pas très loin de la plage. Ici ils pratiquent le raies-feeding, c'est à dire qu'ils appâtent les raies, ce qui a pour conséquence d'attirer également les requins. Ici, il ne s’agit pas de Sharkfeeding, contrairement à d’autres endroits en Polynésie où ils attirent les requins en les nourrissant (Shark-feeding), ce qui en principe est interdit. C’est impressionnant de voir les raies pastenagues d’aussi près, se laisser approcher et même toucher. Les requins pointes- noires, eux, se promènent au milieu de cette faune de touristes et de raies, imperturbables. Par ce temps magnifique ensoleillé, la couleur cristalline du lagon est juste fascinante et hypnotisante. Le temps change très vite, et des averses arrivent de nouveau.

Plage des Tipanniers- Tour en kayak pour voir les requins pointe noire et les raies pastenagues 

Plage de Ta'ahiamanu

La plage publique de Ta’ahiamanu se situe pas très loin de la pension : une jolie plage ombragée pour les jours ensoleillés et le snorkeling y est très intéressant. On peut observer de nombreux poissons mutli-colores : Poisson Papillon typique des mers tropicales, l’Idole Maure (famille des chirurgiens nommés ainsi car ils possèdent deux épines tranchantes au niveau de la caudale), Bénitier, Concombre des mers, Poissons Balistes tel que le Baliste Picasso (humu humu nuku nuku āpua'a en hawaïen). Le seul danger dans les lagons est le poisson pierre ( « noho », rascasse tropicale), dont la piqure est très douloureuse et peut s’avérer mortelle pour des personnes fragiles (enfants, personnages âgées). Il faut donc éviter de marcher pieds nus sur le corail ou dans les lagons sauvages. Ils sont généralement présents dans les lagons aux saisons les plus chaudes.

Plage de Ta’ahiamanu 
Snorkling à la plage de Ta’ahiamanu 

Après 5 jours passés sur l'île avec une météo mitigée, et malgré le sentiment d'avoir encore beaucoup d'endroits à explorer sur l'île, je repars sur Papeete afin de prendre mon vol pour Huahine.

Départ du port de Moorea et Arrivée sur Papeete 

Le Painapaopao Backpacker est un backpacker très agréable, bien situé, pas très loin de la plage Ta'ahiamanu. http://www.painapaopao.com/


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En une demi-heure d’avion depuis Papeete, j’arrive sur l’île de Huahine, située à 170 kilomètres au nord-ouest de Tahiti, faisant partie des îles Sous le Vent et comptant quelques 6'075 habitants. Elle se compose de deux îles (Huahine Nui « la Grande » et Huahine Iti « la Petite ») reliées par un pont surplombant le chenal qui fait communiquer les baies de Maroe et de Port Bourayne. Huahine se compose de 8 villages, 4 sur la grande île (Maeva, Fare, Fitii et Faie), 4 sur la petite île (Maeva, Parea, Tefarerii, Haapu). Huahine signifie « femme enceinte » de Huah signifiant « Sexe de la femme » et « Hine », signifiant femme. Il s’agit d’une île ancienne, née de trois volcans distincts. Le point culminant de l’île est le Mont Turi (669 mètres), qui se localise sur la grande île (Huahine Nui). Les îles de Huahine possèdent de nombreux charmes : montagnes mystérieuses et élégantes, marae et vestiges archéologiques, lagons calmes et idylliques.

Visite de Huahine Nui

Je commence ma visite des deux îles par la ville de Fare, chef-lieu des îles de Huahine. Il s’agit d’un charmant petit village, sur la côte ouest, où se situe le cœur économique et administratif des îles : le supermarché Super U, une charmante poste aux couleurs tropicales jaune et bleu, des restaurants en bord de plages et les incontournables roulottes pour dîner. En me promenant dans le village le dimanche après-midi, je m’arrête pour visiter l’église et tombe sur la kermesse paroissiale qui anime la grande cour devant l’église. Les gens se sont mis sur leurs 31 : les femmes sont habillées de robes fleuries et coiffées de couronnes de fleurs multicolores. Le déjeuner se déroule sur fond de musique polynésienne, dont l’instrument principal est le yukulélé.

Balade dans le village de Faré un dimanche 

Puis je pars me baigner dans la petite baie de Fare et nager avec les poissons multicolores (tétrodon moucheté et Idole Maure), une murène pailletée de violet, et même des raies léopard, également surnommées « raie oiseau » en raison de la forme oblongue et proéminente de sa tête prolongée par un museau étroit.

Fare : Sa plage et sa faune sous-marine

Je termine la journée sur la plage pour admirer par temps clair à l’horizon trois autres îles Sous le vent (de droite à gauche : Bora Bora, Tahaa et Raiatea) ainsi que la silhouette de la femme allongée enceinte sur la presqu’île de Fitii, qui fait échos au nom de l’île. L’île Huahine Nui et sa légende a inspiré l’histoire du dessin animé de Vaiana, connu sous le nom de Moana hors de l’Europe, car le nom de Moana est une marque déposée dans de nombreux pays en Europe. A l’exception près italienne, où l’héroïne ne s’appelle pas Vaiana mais Oceania, une célébrité du cinéma porno italien portant le nom de Vaiana. Quand pour les femmes, la silhouette du visage se révèle époustouflante de détails au premier abord (la paupière, le nez, la bouche), les hommes noteront plus facilement le dessin du bout des seins de la silhouette (les titis en tahitien) !

Vue de la plage de Fare sur les îles voisines et sur la presqu'île de Fitii 

Concernant cette silhouette de femme allongée, la légende raconte l’histoire d’une princesse et d’un amour interdit. D’un côté, la colline prend des airs de femme alanguie. Son visage, sa poitrine, son ventre rond porteur de vie, ses genoux repliés. La princesse Hotu Hiva est enceinte de son amant, le dieu Tane, qui quant à lui dévoile ses attributs sur la montagne de l’autre côté de la baie. Punie par les dieux, la femme fut changée en montagne, et l’île, qui ne formait qu’un territoire, fut séparée en deux par le dieu Hiro, dont on devine la pagaie dans une autre falaise. Huahine Nui, la grande ile, et Huahine Iti, la petite.

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Puis je pars à la découverte du nord de Huahine Nui, en enfourchant mon vélo. Premier stop : le Marae Fare Potee dans le district de Maeva, où se trouve un petit musée du marae historique. Un marae est un lieu sacré qui servait aux activités sociales, religieuses et politiques dans les cultures polynésiennes précédant la colonisation. Maeva, était la capitale de fait des temps anciens de Huahine. Avant l’arrivée des européens, le village de Maeva et ses alentours comprenant les abords du lac Fa’una-Nui ainsi que la colline de Mara’irea, constituaient les lieux de résidence des familles ari’i de Huahine. D’après la tradition orale, il y eut 8 familles dominantes issues d’une même lignée et toutes implantées dans cette partie nord de Huahine-Nui. Chaque chef de ces unités siégeait sur le marae de Matai’rea-rahi sur la colline de Mata’irea où un ensemble unique de vestiges fut découvert.

Je m’arrête ensuite au niveau du pont pour observer les parcs-pièges à poissons ("aua i’ a") qui se situent dans la partie du canal la plus proche de la lagune. Les poissons entrent à marée montante et descendante avant d’être capturés avec des épuisettes. Ils auraient été construits en des temps reculés, lorsque régnaient les huit chefferies à Maeva. Dix-Huit de ces pièges dateraient de cette époque et auraient fonctionné jusqu’au début du XIXème siècle, plus ou moins entretenus du fait des rivalités entre les descendants des huit chefferies qui les exploitaient. Ils ne furent réellement restaurés que vers 1880 lors des règnes de Te-ha’apapa et de Teuhe qui se les approprièrent. L’établissement progressif de l’administration française à partir de 1890 entraîna le passage du lac et de son rivage dans le domaine public. Les pièges furent laissés à la disposition des habitants mais l’entretien du dispositif ne fut pas effectué correctement et il se détériora. Aujourd’hui, les pièges sont de nouveau opérationnels.

Maeva : son mare , ses pièges à poissons et sa plage 

Je continue la balade en prenant le sentier, bordé d’un côté par l’océan pacifique et de l’autre côté par la lagune, en passant près de l’aéroport. Sur le chemin du retour, je m’arrête à la galerie de coquillages qui fait également office de bijouterie « Motu Tresor ». Frank, le bijoutier et savant guide passionné de coquillages me présente les principales pièces de sa magnifique collection, comprenant plus de 500 espèces (Bijouterie Motu trésor). Je découvre alors que parmi les mollusques avec coquille, certains sont venimeux tel le cône tueur (par exemple les Marmoreus, Aulicus et Tulipa). Carnivores, ils utilisent pour capturer leurs proies, un véritable dard venimeux. Le venin assez proche du curare dans sa composition chimique, entraîne en atteignant les centres nerveux une paralysie totale ou partielle quasi-immédiate. Il ne reste plus au prédateur qu’à ingérer sa proie immobile en l’engloutissant dans sa trompe dilatée.

Collection de coquillage dans la Galerie de Coquillage/ Bijouterie Motu Trésor 

Pour ma troisième journée sur l’île, j’ai réservé un tour-croisière sur une journée, avec la compagnie Poetaina Cruisepour faire le tour quasi-complet des deux îles en pirogue. Au programme : snorkeling, rencontre avec les anguilles sacrées aux yeux bleus de Faie, arrêt à la ferme perlière et déjeuner "à la polynésienne". L’animatrice, Maruia, accompagnée du capitaine et du chanteur et joueur de Yukulélé, s’est avérée être une guide et animatrice fantastique grâce à ses talents de chanteuse, danseuse et communicante hors-pair. Quelle chance, il fait un soleil radieux pour cette journée de découverte de Huahine !

On passe en pirogue sous le pont reliant les deux îles pour atteindre Faie, village où se trouve les fameuses anguilles sacrées aux yeux bleus. Notre guide a apporté quelques sardines pour les attirer et les faire sortir de leurs cachettes dans le lit de la rivière. Elles sortent petit à petit. Grâce aux rayons de soleil qui percent la végétation, on arrive à voir leurs yeux bleus. Elles se laissent toucher mais gare à celui qui présente ces doigts un peu trop près de leur gueule ! Puis, on repart alors pour visiter la ferme « perlière » ultra touristique qui s’avère être plus une boutique de perles et de poteries. Les explications sont très sommaires et on nous oriente rapidement vers la boutique.

Faie et ses anguilles sacrées - La ferme perlière de Huahine 
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Sur toutes les îles de Polynésie, on retrouve des boutiques et stand de vente de perles noires de Polynésie. Le secteur de la perliculture en Polynésie s'est développé à partir des années 80-90 et a très vite créé une pénurie de greffeurs qualifiés. Les exportations de perles brutes au premier rang des exportations polynésiennes sont passées de 86 kilos en 1980 à environ 10 tonnes en 2003, pour une valeur de 85 millions d’euros. Cette activité, essentielle d’un point de vue socio-économique génère environ 5'000 emplois dans plus de 800 fermes productrices réparties dans 30 îles et atolls.

Pour rappel, la greffe perlière consiste à introduire un nucléus et un greffon à l’intérieur de la gonade (glande sexuelle) d’une huître. Le nucléus est une bille de nacre fabriquée à partir de la coquille de bivalves d’eau douce provenant du Japon et du Yang-Tsé Kiang en Chine, mais aussi du Mississipi pour la perle noire de Tahiti. Le greffon est un morceau du manteau interne d’une huître saine. 30% des mollusques opérés meurent des suites opératoires, 30% des greffons introduits ne recouvrent pas correctement le noyau de nacre, un tiers des huîtres seulement donneront des perles de culture commercialisables.

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Puis on reprend la pirogue pour aller jusqu’au motu Murimahora où l’on s’arrête pour déjeuner « à la polynésienne ». En effet, la table et les chaises sont installées au bord du lagon, les pieds dans l’eau. Pour compléter l’expérience locale, au menu : thon blanc cru au lait de coco et dessert à base de banane et noix de Coco râpée, mangue, pastèque : un vrai délice !

La Balade en pirogue et le déjeuner à la polynésienne

Au cours de l'excursion, on s'arrête à deux reprises pour faire du snorkelling. Le premier endroit de snorkeling se situe en face du motu Vaiorea : une eau cristalline et des poissons multicolores à perte de vue et notamment poissons perroquet, bénitiers aux couleurs bleu électrique, poisson Peau de citron, poisson Papillon.

Snorkeling près du motu Vaiorea 

Le deuxième arrêt de snorkeling se situe dans le jardin de corail du motu Murimahora. On peut y admirer de nombreux concombres de mer, coraux violet et blanc, coquillage aux sept doigts, poissons multicolores comme le poisson Labre échiquier.

Snorkeling dans le jardin de corail de Murimahora 

Huahine Iti

Puis je me transferts dans la petite île (Huahine Iti), dans le village de Parea. Le temps changeant est devenu pluvieux et des bourrasques de vents agitent les palmiers et la mer. Un brouhaha résonne la nuit. Une des alternatives par temps maussade dans les îles reste le squat dans un hôtel de luxe, avec vue sur la baie, tout en sirotant une bière ou déjeuner. Je m’en fus donc au « palace » voisin, le Mahana, qui plus est, disposait d'une bonne connexion wifi.

En allant me balader, je m’arrête devant un attroupement qui n’est autre que le convoi officiel du concours organisé dans toute la Polynésie française « J’embellis ma commune ». Le jury, constitué de représentants des différentes îles de Polynésie, vient découvrir et noter la création du district de Parea : un magnifique endroit boisé, offrant un panorama incroyable sur le lagon. Une très belle initiative au sein de la Polynésie ! De nombreux habitants du district sont également venus découvrir l’endroit, et tout ça, toujours sur un fond de musique, le yukulélé, n’étant jamais très loin.

Inauguration du site de Parea dans le cadre du concours "J'embellis ma commune" 
Balade à vélo jusqu'au point de vue panoramique de Parea 
Raies pastenagues et décors du restaurant Chez Tara 

Restaurant Chez Tara à Parea, un délicieux restaurant en bord de mer, sur Huahine Iti.

Au menu, du thon à la sauce vanille accompagné de riz, tous les produits frais de l’île bien évidemment : un vrai délice !

A noter, qu'il est possible de se faire faire un massage traditionnel "Taurumi" Chez Tara. Le massage, « Taurumi » en tahitien, fait partie intégrante de la culture polynésienne. Au sein des familles, il y a souvent un membre plus doué qui devient le masseur de la famille. Les gestes et techniques sont généralement transmis par un grand-parent ou un oncle. Le taurumi est généralement pratiqué par un Ta’hua. Le taurumi peut être une activité « dangereuse », ainsi les anciens considèrent qu’il faut être formé et surtout investi par le mana’ pour pouvoir exercer. Le massage polynésien traditionnel est un massage thérapeutique. Il est fait pour soigner les maux physiques, psychologiques, conscients et inconscients. A l’origine, le Tahu’a ne se fait pas rémunérer.

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Tetiaroa est l’unique atoll (île corallienne en forme d’anneau, entourant un lagon) de l’archipel des Iles sous le Vent à 57km de Tahiti. Son lagon cristallin, encerclé par 13 motu au sable immaculé est totalement fermé, son récif n’offrant pas d’accès navigable au lagon depuis la haute mer. Un des motus a été autrefois une ferme de cocotiers (coprah).

Un des motus de l’atoll constitue une réserve d’oiseaux, surnommé l’île aux oiseaux, que l’on peut approcher en faisant le tour depuis la mer. On peut notamment y observer : le fou brun et le fou à pieds rouges, la sterne à bec noire et la sterne huppée à bec jaune, le noddi et la grande frégate.

A moins d’avoir quelques milliers d'euros en poche pour s’offrir deux nuitées dans le resort « Le Brando » (deux nuits minimum requises, à raison de 2’900 euros la nuit en saison basse), l’une des alternatives pour visiter l’atoll privée de Tetiaroa consiste à réaliser une excursion d’une journée en catamaran, en partant à l’aube. Plusieurs compagnies organisent ce type de croisière, voir même sur plusieurs jours. J’ai donc choisi l’option « low cost », visite d’une journée avec la compagnie Poecharter. Pour rejoindre l’atoll de Tetiaroa en catamaran depuis Papeete, il faut en moyenne trois heures, selon la houle et les vents.

Départ de Papeete à l'aube, direction Tetiaroa 
Balade sur l'un des motus (Bernard l'hermine, fruit du Pondanus, Fleur de tiaré)
L'île aux oiseaux (réserve protégée) 
Rencontre (de loin) avec les requins citrons! 
Retour sur Papeete, Marina de Papeete

Pour la petite histoire, l’atoll Tetiaroa accueillit trois déserteurs du Bounty en 1789. En 1904, la famille royale de Pomaré de Tahiti donne l'atoll au seul dentiste de Tahiti, Johnston Walter Williams, un canadien qui devint plus tard Consul d'Angleterre de 1916 à 1935. Par la suite, il en fit une plantation de Copra. C'est à la suite du tournage du film Les Révoltés du Bounty en 1960, tourné à Tahiti et dans les environs de Moorea, que Marlon Brano découvrit Tetiaroa. Marlon Brando est finalement en mesure de contracter en octobre 1966 un bail emphytéotique de 99 ans, couvrant d'abord 440 hectares, puis 587 hectares en 1967. Il y vivra jusqu’en 1990.

L’Hôtel « Le Brando », géré par ses descendants, est un hôtel hors normes, relativement récent, qui date de 2014. La particularité de ce palace réside dans sa conception écologique : l’établissement est rafraîchi grâce à l’eau fraîche des profondeurs de la mer, des panneaux solaires fournissent l’électricité, et l’île est quasi-autosuffisante grâce à son potager. Seul bémol, pour construire ce palace étiqueté « vert », il aura fallu créer une passe dans l’atoll, celui-ci n’en n’ayant pas, en dynamitant le récif pour que les gros bateaux puissent passer pour apporter le matériel.