Découverte de la Nation Arc-en-ciel

Du 16 août au 30 septembre 2019
46 jours
Dernière étape postée il y a 876 jours
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Après quelques 8 heures de vol depuis Sao Paolo, parcourant 7’448 kilomètres et 5 fuseaux horaires, je retrouve le fuseau horaire français, à quelques 8'730 kilomètres de Paris. J’atterris à Johannesburg, capitale de la province du Gauteng, la plus riche d'Afrique du Sud. L'agglomération de Johannesbourg-Pretoria se classe parmi les trente plus grandes régions métropolitaines du monde, avec plus de 12 millions d'habitants, et est l'une des six villes mondiales d'Afrique. Avec ses 5,6 millions d’habitants intra-muros, Johannesburg s’étend sur 335 kilomètres carrés. Bien que n’étant pas la capitale institutionnelle (celle-ci étant Pretoria), Jo’burg est considérée comme la capitale économique du pays, se situant sur le gisement aurifère du Witwatersrand et abritant la bourse d’Afrique du Sud. La ville est marquée par son histoire politique : Township de Soweto où résidèrent Nelson Mandela et Desmond Tutu, de nombreuses marches de protestations dont la célèbre marche d’étudiants en 1976 eurent lieu à Johannesburg.

Sur le trajet depuis l’aéroport menant au Backpacker, je suis stupéfaite de voir défiler des foyers « bunker ». Quelque soit leur forme (maison, appartement), ils sont entourés de murs formant une enceinte surmontée par des barbelés, des fils électriques ou bien des tessons de verres. Cela traduit un climat pesant d’insécurité dont la renommée de la ville n’est plus à faire. Tous les gens ne cessent de nous répéter tout au long du voyage : « Ne sortez pas le soir », « Prenez un Uber plutôt que les taxis de ville», « Ne prenez que le minimum sur vous quand vous vous baladez ». Psychose ou réalité ? Pour cette raison, de nombreux touristes passent leur chemin une fois arrivée à Johannesbourg. Or la ville présente de nombreux attraits : l’incroyable musée de l’Apartheid, la maison-musée Satyagraha de Gandhi qui y vécut 21 années, une visite dans le centre CBD, un tour dans Soweto le plus grand township d’Afrique du Sud, la maison-musée de Nelson Mandela.

Musée de l'Apartheid

Première visite touristique à Jo'burg, l'incontournable musée de l'apartheid. Ouvert en 2001 à côté du parc d'attractions de Gold Reef City, le musée de l’apartheid retrace la période de l'apartheid entre 1948 et 1994. Dès la remise du billet d’entrée du musée, on ressent un malaise. On reçoit un ticket qui nous indique « Non-White » ou « White », afin de nous orienter sur l’une des deux portes d’entrée du musée ségrégant les touristes à l'image de la période de l'apartheid .

L’apartheid fut conceptualisé et introduit à partir de 1948 en Afrique du Sud (Union d'Afrique du Sud, puis République d'Afrique du Sud) par le Parti national, et aboli le 30 juin 1991. Le grand architecte de l’apartheid s’appelle Hendrik Verwoerd, ministre des affaires indigènes de 1950 à 1958, puis premier ministre de l’Afrique du Sud de 1958 à 1966. Les principaux actes fondateurs de l’apartheid sont : Le Population Registration Act et le Group Areas Act en 1950. Le Group Areas Act obligeait les différentes populations, définies deux mois plus tard par le Population Registration Act, à résider dans des zones urbaines d'habitation prédéfinies. Les centres-villes, ainsi que les quartiers les plus développés et les mieux équipés, étaient généralement interdits aux populations de races non-Blanches (les Noirs, les Métis et les Asiatiques). Le Population Registration Act visait à classer et enregistrer chaque habitant en fonction de ses caractéristiques raciales en quatre catégories : Blancs, Noirs, Métisse et Indiens. Cette loi obligeait toute personne âgée de seize ans minimum à détenir une carte d’identité que celle-ci devait présenter à la demande de tout officier de police, et sur laquelle était indiquée, entre autres sa race, ainsi que son numéro d’identité. À défaut, des sanctions pénales (cumulables) étaient prévues pour le contrevenant : 100 livres d’amende et six mois de prison.

Le musée rappelle également les massacres et protestations importantes dont le massacre de Sharpeville, township de Vereeniging dans le Transvaal, le 21 mars 1960. La répression policière lors de la manifestation non violente organisée par le parti PAC (Congrés Panafricain d’Azanie) pour contester les « pass » (passeport intérieur), demander leur abrogation et l’augmentation de la rémunération de base de la journée de travail, s’est soldée par la mort de 69 manifestants.

Entrée du Musée de l'Apartheid (pas de photos de l'intérieur celles-ci étant interdites) 

Dans son livre « Afrique du Sud : De l’apartheid à Mandela », le journaliste Frédéric Fristcher présente l’Afrique du Sud comme l’indique le titre du livre, depuis la période d’apartheid jusqu’à la venue au pouvoir de Nelson Mandela :

[Apartheid, d'abord. Le mot vient du français "à part" et signifie "séparation" en afrikaans, la langue des Afrikaners. Certains auteurs affirment qu'il est utilisé pour la première fois en 1917 par Jan Smuts, dans l'un de ses discours, bien avant qu'il ne devienne premier ministre, en 1919. Il s'agit d'une politique de développement séparé des populations, en fonction de critères ethniques et linguistiques, dans des zones géographiques choisies.

Cette politique est officialisée à grand renfort de lois et de règlements, à partir de 1948, par le Parti national, dirigé par le pasteur calviniste Daniel Malan. La population est classée en quatre catégories principales : les Blancs, les Indiens, les Métis et les Noirs. Les villes sont réservées aux Blancs, les autres communautés sont confinées dans des ghettos.

L'apartheid, terme générique, est divisé en deux branches : le "petit apartheid", qui limite les contacts des Blancs avec les non-Blancs, et le "grand apartheid", qui définit l'espace en zones géographiques séparées et ethniquement déterminées. Le "petit apartheid" concerne surtout les transports publics et plus généralement les lieux ouverts au public.

Le "grand apartheid" culmine avec le regroupement forcé des Noirs, en fonction de leur origine tribale et de leur langue, dans des bantoustans destinés à devenir des "pays indépendants". Résultat : un grand pays riche et prospère peuplé de Blancs sud-africains accueillant un grand nombre de travailleurs noirs immigrés, citoyens de bantoustans très pauvres "indépendants" ou "autonomes" ; ces derniers produisant les richesses dont les premiers profitent.

Aujourd’hui membre du G20, l’Afrique du Sud a longtemps été au ban des nations pour avoir érigé la discrimination raciale en système politique. L’apartheid, système de domination des Blancs sur le non-Blancs, a officiellement été aboli en 1991, en grande partie par la volonté de deux hommes, l’Afrikaner Frederik De Klerk et le leader noir Nelson Mandela.]


 Visite de Soweto

On poursuit la visite de Jo’burg ou plutôt de sa banlieue : direction le township de Soweto. Soweto, abréviation de South West Township, comme son nom l’indique se trouve dans la banlieue sud-ouest de Johannesburg et compte quelques deux millions d’habitants.

En 1951, en application des nouvelles lois d'apartheid, Soweto fut conçu pour recevoir des résidents uniquement noirs. À cette fin, des quartiers entiers, peuplés de Noirs ou racialement mixtes, assez proches des villes, furent classifiés comme zones blanches (ou zones pour gens de couleurs, métis ou indiens). En conséquence, les habitants noirs furent chassés de ces quartiers requalifiés comme à Sophiatown et envoyés à 15 km au sud-ouest de Johannesburg sur des terrains rachetés à des fermiers par le gouvernement et qui étaient connus sous leurs noms de Doornkop, Klipriviersoog, Diepkloof, Klipspruit et Vogelstruisfontein. Ces terrains allaient former l'ossature de Soweto. À l'origine, banlieue noire constituée de petites maisons alignées, Soweto allait connaître un accroissement démographique fulgurant, marqué par la construction de bidonvilles et l'insuffisance des services publics, incapables de s'adapter à la demande en électricité et en eau potable. Durant les années 1980, le township est le symbole de la résistance noire à l'apartheid.

La façon de visiter ce genre d’endroit est toujours délicate et peut s’apparenter à du voyeurisme. Toutefois, les tours organisés par le Lebo’s Soweto Backpacker, à vélo et tuktuk dans le quartier d’Orlando de Soweto, d'une durée de 2 ou 4 heures, permettent d’avoir un aperçu de la vie dans le township, mais aussi de découvrir les maisons de Nelson Mandela et Desmond Tutu, ainsi que se remémorer le début des manifestations de 1976 en passant devant le Mémorial Hector Pieterson.

 Balade à vélo à Soweto_ Quartier d'Orlando Ouest; Photo du Mémorial d'Hector Pieterson

Lors de la balade à vélo de deux heures, on passe dans les rues et routes qui quadrillent le quartier d’Orlando de Soweto, avec l’escorte de deux guides. On s’arrête dans la rue Vilakazi Street, qui présente la particularité d’héberger les résidences de deux Prix nobel dans la même rue: Nelson Mandela, prix Nobel de la Paix en 1993 pour avoir conjointement avec le Président Frédérik de Klerk et pacifiquement mis fin au régime de l'apartheid et jeté les bases d'une nouvelle Afrique du Sud démocratique, et l’archevêque Desmond Tutu, prix Nobel de la paix en 1984. La rue est très touristique et très animée par de nombreux bars et restaurants. Puis on poursuit notre chemin jusqu’au mémorial Hector PIeterson, où se trouve également un musée, relatant la manifestation non violente des étudiants du 16 juin 1976, suite à l’imposition de la langue Afrikaans comme langue d’enseignement : les cours d’Afrikaans devenaient obligatoires et l’Afrikaans, la langue des examens. La police ouvre le feu sur les étudiants désarmés. Hector Pieterson, 12 ans, est l’un des premiers à tomber. La photo du corps de l’enfant, porté par un de ses camarades, fait le tour des townships, puis du monde entier. Le mémorial se dresse à quelques centaines de mètres de l’endroit où Hector Pieterson est tombé sous les balles. A partir de 1976 et des émeutes de Soweto, le pays est en proie à la montée de la violence politique et de la répression policière dans les townships. Au bout de plusieurs mois d'émeutes, le bilan est de 600 morts. Le mouvement de la Conscience noire, à l'origine des troubles de Soweto, est décapité avec la mort de son chef charismatique, Steve Biko. L'émotion causée par la mort de ce dernier conduit le conseil de sécurité de l'ONU à imposer pour la première fois des sanctions obligatoires contre l'Afrique du Sud en décrétant un embargo sur les ventes d'armes.

Lebo's Soweto Backpacker, https://www.sowetobackpackers.com

Un charmant backpacker au coeur de Soweto, disposant d'un restaurant pour le déjeuner, et organisant des tours à vélo et en touk-touk à la découverte de l'histoire de Soweto.

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On récupère la voiture de location à l'aéroport de Jo'Burg, puis on part en direction de Graskop, village faisant partie de la province du Mpumalanga. Et c’est parti pour 3 semaines de conduite à gauche, à l’anglaise !

Sur les 400 kilomètres parcourus depuis Johannesbourg, le paysage qui défile est très changeant, à travers la région de Mpumalanga. Le long de cette route, on peut apercevoir de nombreuses mines, centrales thermiques de charbon, forêts vallonnées, champ d’orangers et plantation d’arbres (pins). En effet, l’Afrique du Sud et plus particulièrement cette région est très polluée : elle détient le triste classement de deuxième région la plus polluée au dioxyde de souffre au monde après la ville de Norilsk en Russie (http://www.rfi.fr/afrique/20190819-afrique-sud-2e-zone-plus-polluee-dioxyde-soufre-monde-kriel-mpumalanga).

Sur la route entre Jo'burg et Graskop

On arrive enfin à Graskop après 5 heures de route, à la nuit tombante. Le village de Graskop fut établi dans les années 1880 comme camp pour chercheurs d'or, mais est désormais essentiellement active pour l'exploitation forestière, l'agriculture et le tourisme. Graskop est un petit village ordinaire mais bénéficie de différents sites magnifiques dans un rayon de quarante kilomètres : la route des Cascades (au Nord les chutes Lisbon, Berlin, au sud les cascades de MacMac Falls et les introuvables et peu accessible falls de Maria Shire et Forest Falls), le Blyde River Canyon et ses fameux Three Rondavels (les Trois huttes en Afrikaner), Bourke’s Luck Potholes (marmites de géant) et le village d’anciens orpailleurs de Pilgrim’s Rest.

 Les chutes Mac Mac, de Lisbon et de Berlin

A haute altitude et bénéficiant d’abondantes précipitations, cette partie du Drakensberg où prospectèrent de nombreux chercheurs d’or renferme plus de chutes d’eau que toute autre région d’Afrique du Sud. Dans une région où les mineurs nommaient les sites d’après leurs villes d’origine, la Cascade de Lisbonne mesure 90 m. Quant à la Berlin Falls, l’eau s’infiltre dans un canal naturel avant de dévaler une hauteur de 80 m. Les chutes MacMac, une cascade de 70 m, doivent son nom à des orpailleurs écossais.

Lisbon Falls 
Berlin Falls et MacMac Falls

Blyde  River Canyon

On part en direction des Three Rondavels du parc. On commence par le point de vue panoramique qui offre une vue magnifique sur le canyon au fond duquel coule la Blyde River et les célèbres Three Rondavels. Mieux vaut ne pas trop s’attarder au point de vue panoramique pour réaliser une randonnée de quelques heures. On poursuit donc vers le Forever Resorts, à quelques kilomètres du point de vue panoramique, pour réaliser une randonnée. On opte donc pour le sentier « Guinea-fowl Trail (B1) », 4 kilomètres en 2 heures, sentier sillonnant la vallée et permettant d’admirer la rivière Blyde. A noter, qu'il est possible de s’avancer en voiture au point de départ de la randonnée, qui est un peu plus loin que l'entrée du resort.

Three Rondavels _Les trois collines doivent leur nom à leur silhouette de hutte traditionnelle xhosa ou zoulu. Leur forme est due à l’érosion d’une roche plus tendre sous un « chapeau » de quartzite, où poussent des buissons à feuille persistantes.

Point de vue panoramique sur Blyde River Canyon et ses 3 Rondavels 
Points de vue lors de la balade sur le sentier - Fleurs de l'arbre Erythrina

Le flot impérieux de la Blyde River a creusé une épaisseur de 700 mètres de schiste argileux et de quartzite, créant un canyon de 20 kilomètres de long où falaises, îles, plateaux et pentes couvertes de broussailles composent des paysages exceptionnels. Au cœur de cette gorge s’étend le Blydepoort Dam, un lac splendide. La Blyde river (« rivière de joie ») fut ainsi nommée après que le Voortrekker Hendrik Potgietrer et ses troupes rentrèrent sans encombres d’une expédition à Delagoa Bay en 1844.

Bourke's Luck Potholes

On finit la journée avec la visite des marmites géantes à Bourke’s Luck Potholes, sous un ciel gris. Attention à la route qui est en mauvais état ; de nombreux « potholes » (trous) sont présents sur la route.

Au confluent de la Blyde (« joyeuse ») et de la Treur (« triste ») Rivers, des tourbillons et les galets qu’ils entrainent, ont creusé de spectaculaires marmites de géants. Le nom de « Bourke’s Luck Potholes », littéralement les « marmites de géant de Bourke, le chanceux », vient de Tom Bourke, chercheur d’or, qui, selon la légende aurait trouvé ici une grosse pépite.

Bourke's Luck Potholes ou Marmites de géant

Pilgrim's Rest

On poursuit la visite de la région à Pilgrim’s Rest, un ancien site de campement d’orpailleur au Digging Site Museum. L’entrée du site est gratuite mais des guides proposent de faire des démonstrations de recherche d'or dans l’eau de la rivière. La découverte de l’exploitation aurifère peut se compléter par une visite des musées dans les villages de Pilgrim’s Rest Upper et Lower, mais attention au rabatteur qui nettoie les voitures à peine garées.

Visite du Digging site Museum et démonstration d'orpaillage

En 1873, un groupe de prospecteurs, dont un prétendu pèlerin (pilgrim), eurent enfin de la chance en arrivant dans la Valley of the Eastern Escarpement. Ils n’espéraient pas rester et se contentèrent de bâtir en bois et en tôle ondulée, mais le filon mis près de cent ans à s’épuiser. Situé à 15 kilomètres à l’ouest du massif du Drakensberg, leur village, entièrement restauré, est devenu un lieu historique, classé au Patrimoine mondial.

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Restaurant The Glass House, délicieux restaurant proposant des plats locaux ainsi qu'une très bonne carte de vins.

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Après 96 kilomètres, on arrive enfin à la porte d’entrée « Kruger Gate » du parc du même nom. Le Parc national Kruger est la plus grande réserve animalière d'Afrique du Sud. Il couvre près de 20 000 km2, est long de 350 km du nord au sud et large de 60 km d'est en ouest, ce qui rend sa superficie comparable à celle d'Israël. Le parc porte le nom de Paul Kruger (1825-1904), homme d’État boer et président de la République sud-africaine du Transvaal, qui fut à l'origine de la création de la Sabie Game Reserve à partir de laquelle fut constitué le parc national en 1926. Le parc Kruger est situé dans le nord-est du pays, dans l'est de l'ancien Transvaal (actuelles provinces du Mpumalanga et Limpopo). Il est bordé au nord par le Zimbabwe et à l'est par le Mozambique. Il a été également reconnu en tant que réserve de biosphère par l'Unesco en 2001.

On a réservé 3 nuits dans la moitié sud du parc pour profiter un maximum du parc et de ses activités : une nuit en tente aménagée dans le campement de Skukuza et deux nuits en hutte dans le campement de Pretoriuskop. Il ressort des guides et forum que la moitié sud du parc Kruger présente une concentration plus importante d’animaux. D’autant plus pendant la période sèche de l’hiver (juin à août), il est recommander de réaliser les safaris le long des rivières et points d’eau, et notamment entre Skukuza, Lower Sabbie et Crocodile Bridge, où se trouvent de nombreuses rivières.

La réservation des campements et activités à l’intérieur du parc se fait directement en ligne sur le site Sanparks (https://www.sanparks.org/parks/kruger/default.php/). Les campements comprennent différents types d’hébergement (espace camping, tente aménagée, hutte, cottage), qui sont très propres, spacieux et bon marché. Si l’on envisage de visiter beaucoup de parcs et réserve en Afrique du Sud (Kruger Park, Table Mountain National Park…etc) et au Swaziland, il peut être intéressant d’acheter le pass « WildCard » (environ 150 euros par personne). Contrairement aux safaris de Tanzanie, les safaris du parc Kruger sont très accessibles, le prix d’entrée du parc Kruger, parc le plus grand et réputé d'Afrique du Sud, s’élève à 25 euros.

Dès l’entrée du parc franchi, on aperçoit des éléphants se baignant au bord de la rivière et peu de temps après girafes et zèbres. La chasse aux trésors peut commencer, avec à la clé voir de nombreux animaux : éléphants, impalas, zèbres, girafes, singes, oiseaux, buffles, gnous, phacochères…etc. Il faut aiguiser son regard pour apercevoir les animaux. Heureusement, le safari africain comprend beaucoup d’animaux de grande taille, contrairement au safari du Pantanal où les animaux sont plus petits. Malgré tout, les jumelles demeurent indispensables pour profiter pleinement du spectacle animalier. Dans le parc, il existe deux types de chemins : les routes goudronnées et les pistes ; pour les premiers, la vitesse est limitée à 50km/h, pour les seconds, à 40 km/h. Pas question de conduire au-delà de 50 kilomètres, pour d’une part prendre le temps de repérer les animaux et d’autre part, par sécurité, car des animaux peuvent sortir des broussailles à tout moment et traverser le chemin. Lors du safari en voiture, il faut se méfier essentiellement des éléphants, des buffles, des rhinocéros et des hippopotames, qui peuvent charger. Les Règles d’or du safari dans ce type de parc sont : ne pas descendre de voiture en dehors des campements, ne pas faire de bruit, ne pas nourrir les animaux et rouler lentement pour éviter les animaux.

Tente aménagée- Campement de Skukuza et nos voisins les oiseaux Choucador (Cape Glossy Starling)
Huttes- Campement de Pretoriuskop peuplés de pintades casquées (Helmeted Guineafowl) 

Qui sont le Big Five?

Les big five sont un ensemble de cinq mammifères africains mis en avant par les autorités touristiques dans le cadre des safaris photographiques ou de chasse aux trophées. Les cinq animaux en question sont le lion d'Afrique, le léopard d'Afrique, l'éléphant d'Afrique, le rhinocéros noir et le buffle d'Afrique. Les big 5 ont été « choisis » par Ernest Hemingway dans sa nouvelle Les Neiges du Kilimandjaro. À l'exception du buffle, ces espèces animales sont très menacées depuis le XXe siècle.

Au milieu du XIXe siècle, les colons créent les premières « réserves » en Afrique de l'Est, surtout pour limiter la chasse « alimentaire » pratiquée par les habitants. Elles vont vite attirer les « vieux fusils » occidentaux de l'époque victorienne. Ainsi naît le mythe du grand chasseur blanc, immortalisé par Hemingway dans Les Vertes Collines d'Afrique (1935) et Les Neiges du Kilimandjaro (1936).

La faune d'Afrique fait les frais de cet abattage « sportif ». Entre 1860 et 1930, entre 25 000 et 100 000 éléphants sont chassés chaque année ; le nombre de rhinocéros et de lions s'effondre ainsi que celui des buffles et des léopards. Dans les années 1930, les autorités créent les premiers parcs nationaux où la chasse est strictement interdite. Cependant le déclin persiste, et un moratoire d'interdiction total de la chasse est adopté en 1973. Mais la raréfaction des grands chasseurs laisse le champ libre aux braconniers, et les années 1970-1980 sont marquées par la guerre de l'ivoire, le trafic de cornes de rhinocéros, de peaux de léopard, etc. Les « Big Five » sont décimés à grande échelle ; certains frôlent l'extinction. En Tanzanie, on voit 80 % des effectifs d'éléphants disparaître. Dans les années 1980, États et associations se portent au secours de la faune, sauvant même des espèces quasi-moribondes. Au début du XXIe siècle, l'avenir des grands animaux d'Afrique reste toujours préoccupant.

Pour les safaris de chasse, 16'400 étrangers sont venus en Afrique entre octobre 2006 et octobre 2008 dépenser plus de 70 millions d'euros selon l'Association des chasseurs professionnels d'Afrique du Sud. L'exportation des trophées de chasse a augmenté de 1'500 pièces en 2000 à 4'000 pièces en 2008. L'engouement pour la chasse au gros gibier a entraîné le développement d'enchères aux animaux sauvages (Wildlife Auctions) organisées par les réserves où les animaux sauvages sont vendus au plus offrant (un rhinocéros peut atteindre 42 000 euros).

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La savane et ses animaux

Dans le parc national Kruger, on dénombre 147 espèces de mammifères en 2004 dont à peu près 1'500 lions, 1'000 léopards, 200 guépards, 350 lycaons, 2'000 hyènes, 11'670 éléphants d'Afrique, 5'000 rhinocéros blancs, 350 rhinocéros noirs, 32'000 zèbres, 3'000 hippopotames, 3'800 phacochères, 9'000 girafes, 25'150 buffles d'Afrique, 300 élands, 550 hippotragues noirs, 5'000 grands koudous, 150'000 impalas…Depuis 1989, le parc n'abat plus les éléphants en surnombre mais tente de procéder à des délocalisations vers d'autres parcs. En 2004, la population d'éléphants a atteint cependant 11'670 individus alors que le parc Kruger n'est prévu que pour 8'000 éléphants. La contraception animale est utilisée depuis 1995. Le Kruger National Park détient plus de 48 tonnes d'ivoire. Il est autorisé à en vendre 30 tonnes.

Les buffles  (l'un des Big 5)
La savane et les hyènes
Les phacochères 
Les zèbres 
Les singes Vervet et babouins 
Les Koudou, Impala, Steenbock avec ses grandes oreilles  
Les Girafes 
Les Cigogne et Vautours

Alors qu’on était en train de rouler, on aperçoit à quelques mètres un troupeau d’éléphants traversés la route. Tant qu’ils ne font que traverser la route, tout va bien. Sauf, que l’un d’eux eut l’idée de continuer son chemin sur la route, dans notre direction. Commençant à paniquer, on commence à reculer la voiture. Dans la jeep arrêtée à côté de notre voiture, une guide accompagnée de touristes, nous informe calmement à voix basse, qu’on ne craint rien et nous indique d’éteindre le moteur et de profiter du spectacle. On se conforme aux recommandations et nous éteignons le moteur, sans une certaine appréhension face à l’imposante puissance des pachydermes à quelques mètres de nous. C’est vraiment impressionnant d'observer ce convoi exceptionnel si particulier, composé d'éléphants de tout âge.

Les éléphants 

Sunset Drive

Parmi les activités proposées par le parc, il y a notamment le safari en jeep du coucher du soleil de 3 heures (de 16H30 à 19H30), excursion très intéressante d’autant plus que les visiteurs ne sont pas autorisés à conduire dès la nuit tombée et que les campements ferment selon les horaires d’été-hiver du coucher du soleil au lever du soleil.

En plus du magnifique coucher de soleil sur la savane, on a pu admirer des impalas, des hyènes, des buffles, des éléphants et sur le chemin du retour de nuit des lionnes couchées sur la route et une chouette. Malheureusement aucun lion !

Sunset Drive 

Morning Walk

Parmi les différentes activités proposées par le parc, il y a également le Morning Walk, à réserver le plus tôt possible car les places sont limitées au nombre de 10. On réalise donc une randonnée à pied, tôt le matin dans le parc. Rendez-vous à 4h45 pour un départ en jeep à 5H00. L’excursion dure 4 heures dont 3 heures de marche environ. Accompagnés par deux rangers, Marina et Mose, armés de fusils avec des vrais balles, on se balade au milieu de la savane pour découvrir la flore et la faune. Alors que l’un des guides, alerte, fait le guet et scrute l’horizon, l’autre guide nous explique les différentes traces laissées par les animaux (leurs empreintes et déjections), et notamment les déjections blanches laissées par les hyènes qui sont capables de manger des os, les toiles d’araignées, les trous creusés par les éléphants pour chercher de l’eau…etc. Les guides, Marina et Mose, sont passionnés et passionnants. Cette découverte de la savane à pied permet d’explorer la savane d’une façon différente, loin du moteur ronronnant de la jeep, avec beaucoup d’humilité en tant « qu’invité des habitants du parc» , et de façon très discrète. En effet, des règles strictes doivent être respectées : on reste en file indienne, ne pas s’éparpiller et ne pas parler. On n’est pas dans un zoo. L’un des guides nous précise en préambule que depuis le début de l’année, ils n’ont jamais eu de problème lors de ces randonnées pédestres et qu’en cas de rencontres fortuites, à 99%, en agissant de façon adéquate, l’animal rebrousse chemin. Au final, on voit peu d’animaux, mais malgré tout un impressionnant rhinocéros blanc avec sa corne ! Fait notable, car dans certains parcs, pour dissuader les braconniers, on ampute les rhinocéros de leur corne. Les guides soulignent par ailleurs que le nombre de rhinocéros continue de diminuer suite au braconnage persistant et déclarent : « nous sommes en état de guerre ».

Balade au lever du soleil dans la savane - Rhinocéros blanc en vue!

Sur ses deux jours et demi passés dans le parc, on n’a pu voir de nombreux animaux dont éléphants, girafes, zèbres, phacochères, impalas, koudous, steenbock, hyènes, l’oiseau calao à bec rouge (Zazou dans le dessin animé le Roi Lion), vautours, rhinocéros, buffles, singes vervet et babouins, oiseau Choucador, pintades casquées. Sur les BIG 5, on aura réussi à en voir 3 : les nombreux buffles et éléphants et un rhinocéros, le lion et le léopard étant beaucoup plus difficiles à voir.

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En ressortant par le Numbi Gate du parc Kruger, on se dirige vers notre prochaine étape : le Swaziland, où plutôt Eswatini. En effet, le royaume du Swaziland a récemment été rebaptisé royaume d’Eswatini (Le 19 avril 2018), à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’indépendance de ce petit état d’Afrique, afin de reprendre son nom d’origine « Eswatini », qui signifie le pays des Swazis en langue Swazi. Le royaume du Swatziland a échappé aux invasions des Zoulous et des Boers, et après une période de protectorat britannique, le pays a obtenu son indépendance en 1968. Le Swaziland était alors le seul pays à avoir conservé son nom de l’époque coloniale. Depuis 1986, Mswati III règne sur une population de 1,4 millions d’habitants.

La monnaie locale est le Lilangeni (SZL), (1 euro est égale à 16,22 Lilengeni), qui a une parité fixe avec le Rand sud-africain (ZAR), monnaie de son pays voisin. Cette parité fixe s’explique par l’union monétaire, la MMA Multilateral Monetary Area qui a succédé à la CMA Common Monetary Area, zone monétaire regroupant depuis 1974 l’Afrique du Sud, l’Eswatini, le Lesotho, et depuis 1992 la Namibie. Le rand circule généralement librement dans ces pays. Des membres de l'Union douanière d'Afrique australe, seul le Botswana n'a pas adhéré à la CMA.

Les reliefs de l’Ouest du pays offrent de beaux parcours de randonnée. La région centrale bénéficie d’un climat tropical favorable aux cultures fruitières (l’ananas, la canne à sucre comme principale ressource du pays). Le pays est réputée pour son artisanat. Ce petit pays mérite de s’y arrêter plusieurs jours, voir une semaine pour visiter la réserve de Mlilwane Wildlife Sanctuary, Mkhaya et le Hlane Royal National Park.

Dernier monarque absolu d’Afrique, le souverain Mswati III gouverne le royaume d’Eswatini depuis 1986, alors âgée de 18 ans, mettant fin à la période de régence de 4 ans, exercée par deux reines depuis la mort de son père en 1982. Le roi Mswati III est réputé pour sa passion des voitures luxueuses : en 2004 et 2005, il a acheté pour lui et ses 13 femmes vingt voitures de marque BMW série 5 et 7, ainsi qu'une Daimler-Chrysler Maybach équipée à 500 000 USD. Sa fortune est estimée à 200'000'000 dollars américains en 2009. Les sommes qui lui sont allouées pour ses dépenses de fonction représentent 8 % du budget national.

Passage de la frontière

On s’arrête donc pour 24 heures au Royaume d’Eswatini, afin de faire un stop sur le long trajet Kruger Park- Hluhluwe. Le passage en douane côté sud-africain puis en Eswatini est relativement rapide. A noter, lorsque l’on loue une voiture en Afrique du Sud et prévoit de passer en Eswatini, il faut récupérer une attestation d’enregistrement de la voiture auprès de l’agence de location pour des raisons d’assurance. Mieux vaut l’anticiper au moment de prendre la voiture, pour ne pas perdre de temps par la suite pour récupérer cette attestation. Une fois les passeports estampillés de deux nouveaux tampons, on continue notre chemin vers la réserve de Mlilwane.

Frontière côté Eswatini 

Mlilwane Wildlife Sanctuary

On arrive donc au Mlilwane Wildlife Sanctuaryen milieu d’après-midi. Dès 1961, Mlilwane fut un des premiers sanctuaires de vie sauvage à être créé dans ce petit Etat enclavé dans l'Afrique du Sud. Le nom du parc veut dire : "petit feu" et fait référence aux nombreux incendies qui se propagent dans les collines les jours de foudre. La réserve se trouve à quelques 27 kilomètres de la capitale du royaume, Mbabane, dans la région de Lobamba, au bout de la vallée d'Ezulwini. Il propose différents types d'hébergements (huttes traditionnelles en forme de dôme, des bungalows et des chalets), une piscine extérieure, un restaurant et une aire de jeux pour enfants. Le délicieux restaurant Hippo Haunt donne sur un bassin où nagent des hippopotames.

Huttes du campement 

Après avoir déposé nos affaires dans les huttes, on part en balade autour du campement pour découvrir les environs avant que la nuit tombe. Dans le campement, on croise à toute heure, du jour ou de la nuit, de nombreux animaux : des nyalas, des impalas et des phacochères qui semblent avoir pris possession des lieux et s’installent au coin du feu pour dormir à la nuit venue. Attention où vous mettez les pieds !

Balade autour du campement au crépuscule - Nos voisins les phacochères

Puis on part assister au spectacle de danses et chants tradtionnels d'Eswatini.

Soirée de danses et chants traditionnels

La musique et la danse sont ancrées dans la culture traditionnelle swazie. Les femmes chantent ensemble dans les champs ; les hommes chantent ou louent la poésie en rendant hommage à leurs chefs ou à leurs rois. Il y a des chants traditionnels pour chaque occasion : mariages, rituels royaux, cérémonies de passage à l’âge adulte et festivals nationaux. La danse Sibhaca est la plus connue des différentes formes de danse. Cette danse est très intense : des équipes de danseurs font à tour de rôle donnent des coups de pieds, nus, en l’air, tandis que leurs compagnons derrière battent des tambours et chantent. A noter, la robe rouge et blanche des femmes arborant le portrait du roi Mswati III.

Randonnée avant le départ

La particularité du parc « Mlilwane Wildlife Sanctuary » réside dans le fait qu’aucun prédateur n’est présent dans le parc, et que par conséquent on peut le découvrir à pied, à vélo ou à cheval. Il faut seulement se méfier aux abords des rivières et lacs des crocodiles et hippopotames. Les randonnées sont magnifiques, au milieu d’un décors vallonné verdoyant, tapissé d’une terre ocre, et peuplé d’Impalas, de gnous, de phacochères et de Nyala. On réalise la randonnée « Hippo Trail » de 2H30, une des quelques randonnées partant directement du camp, avant de partir pour Hluhluwe. Ça permet de varier le type de safari, et de se dégourdir les jambes, après avoir passé deux jours cloitrées dans la voiture dans le parc Kruger. On peut apercevoir de nombreux animaux : zèbres, phacochères, un crocodile du Nil blessé, des gnous bleus, de majestueux Nyala, des impalas, des oiseaux et notamment les Guêpiers à front blanc (White-fronted Bee eater) nichés dans les parois, et sur le retour un Agama aux couleurs multicolores (Agame des colons).

 Balade sur le sentier de randonnée Hippo
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On arrive en fin de journée au village de Hluhluwe, au coeur de la province du Kwazulu-Natal. Le nom Hluhluwe se prononce « Chluchluwe ». Il est très drôle d’entendre ces nouveaux phonèmes, inconnus de la langue française. Le « Hle » de la langue zoulou se prononce « chle » à la française, qui peut s’apparenter à un cheveu sur la langue. Quant au « clic » phonétique de la langue xhosa, ce son est produit avec la langue ou les lèvres sans l'aide des poumons, sorte de claquement de langue contre le palais. Pour rappel, l’Afrique du Sud compte pas moins de onze langues officielles dont deux d’origine européenne (Anglais et Afrikaans) et neuf d’origine bantoue (Zoulou, Xhosa, Sotho du nord, Tswana, Sotho du Sud, Tsonga, Swati, Venda, Ndébélé du Transvaal).

Consignes et cartes du parc Hluhluwe-Umfolozi 

On part donc pour la journée explorer la réserve Hluhluwe-Umfolozi, en entrant par la porte nord du parc « Memorial Gate ». A l’entrée, sont affichées les recommandations habituelles (limitation de vitesse à 40 km/h, interdiction de sortir de la voiture sauf aire de piquenique et campement). Contrairement au parc Kruger, les informations disponibles sur le parc (distance et chemins) sont très limitées. La carte affichée du parc à l’entrée mentionne d'ailleurs uniquement la partie Nord du parc Hlhuhluwe. On commence donc par la visite du nord du parc (Hluhluwe), en s’arrêtant notamment un bon moment à l’aire de pique-nique « Maphumulo », en bord de rivière. On arrive à point nommé pour admirer le spectacle incroyable d’un troupeau d’éléphants de tout âge, venus manger et boire au bord de la rivière. Le spectacle est d’autant plus appréciable que la rivière qui nous sépare du troupeau est une barrière naturelle nous protégeant de toute animosité éventuelle.

A noter, il est possible de descendre du véhicule dans les airs de pique-nique de ce parc, fait assez étonnant, alors que le parc répertorie des prédateurs et notamment des lions. A priori, ils sont tellement difficiles à voir, que se dégourdir les jambes dans les aires de pique-nique ne devrait pas poser de problème! On poursuit notre chemin vers la partie sud du parc (Umfolozi), nous nous arrêtons au Centenary Center pour déjeuner, où se trouvent également un musée et un centre d’artisanat, le Vulamehlo Craft Center. On continue notre safari jusqu’au Mpila Camp puis repartons vers la porte Nyalazy Gate, au centre du parc. Il nous faut environ une heure depuis Nyalazy Gate pour retourner à Hluhluwe. Au final, on n’aura toujours pas vu de lion, mais des zèbres, girafes, buffles, singes vervet, babouins, nyala, phacochères, Impala et un spectacle incroyable d’éléphants paissant.

Faune de la réserve Hluhluwe-Umfolozi 

Hluhluwe Umfolozi était à l'origine composé de trois réserves aux gestions indépendantes, qui se rassemblèrent sous l'appellation Hluhluwe-Umfolozi en 1989. Le statut de réserve a d'abord été attribué en 1897 à la zone d'Umfolozi, au sud de l'actuelle réserve. Il s'agissait alors de protéger la poignée de rhinocéros blancs, redécouverte le long de la rivière Umfolozi, après que l'espèce fut crue éteinte. Depuis, les nombreux efforts de conservation de l'espèce (notamment l'Opération Rhinos dans les années 1940 et 1950) ont permis d'accroître leur nombre jusqu'à environ 14'530 individus, répartis principalement dans cette réserve avec quelques individus dans plusieurs autres pays. En 1958, un lion mâle solitaire descendit du Mozambique, traversa le Tongaland, continua encore sur quelque trois cent cinquante kilomètres à travers des régions aux populations relativement denses, tua quelques têtes de bétail au passage, et, poursuivi d'assez près par les fermiers et autres chasseurs de trophées, se retrouva à l'abri dans la réserve de chasse d'Umfolozi, peuplée d'antilopes bien nourries et n'ayant pas vu de lion depuis des générations. Quelques années plus tard, il fut rejoint tout aussi mystérieusement par une horde de lionnes. En 2011, environ quarante lions régulent les populations d'herbivores de la réserve.

Magnifique coucher de soleil sur le chemin du retour jusqu'à la ville de Hluhluwe
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Puis nous partons en direction de Saint Lucia, à quelques 80 kilomètres de Hluhluwe, toujours dans la province du Kwazulu Natal. En attendant de pouvoir faire le check-in au Cottage, on s’arrête à la jetée «Syabonga Jetty», où se trouve une très jolie boutique d’artisanat. Sur le parking, à notre grande surprise, on se retrouve face à face avec un hippopotame égaré. Dans la région de l’estuaire, où se trouvent de très nombreux hippopotames, il faut être vigilant lorsqu'on se retrouve à proximité de ces mammifères imposants, ceux-ci pouvant être très dangereux, d’autant plus la nuit car ils sortent pour manger.

Rencontre avec un hippopotame sur le parking au bord de l'estuaire,  à l'entrée de Saint Lucia 

Alors que les dernières croisières sur l’estuaire sont déjà parties (15H en hiver), on se lance à la découverte du village de Saint Lucia et son bord de mer. Sur le chemin, on croise de nombreux singes Vervet, des mangoustes, et sur les bords de l’estuaire on aperçoit des flamands roses. Puis on poursuit la balade jusqu’au bord de l’Océan Indien. On ne s’attarde pas trop car la nuit arrive.

Balade au bord de l'estuaire et de l'Océan Indien à Sainte Lucia 

Le lendemain, on poursuit notre découverte de la région en réalisant une croisière (Cruise Safari) dans l’estuaire de Sainte Lucia avec la compagnie « Heritage Tours & Safari » (Shoreline Boat & Walking Safaris). Le guide, alias le pilote du bateau, nous fait la visite pendant deux heures dans l’estuaire. Passionné et passionnant, ils nous abreuvent de mille et une informations sur les hippopotames et les crocodiles qui peuplent l’estuaire. Il s’agit de crocodiles du Nil. Les crocodiles peuvent mesurer jusqu’ à 6,2 mètres tel que celui découvert aux Philippines, quant au record en Afrique du sud il serait de 5,4 mètres. Ils peuvent vivre en moyenne 70 à 80 ans, voir plus lorsqu’ils sont en captivité. Quant aux hippopotames, mammifères herbivores, il s’agit d’une société patriarcale. Ils vivent en moyenne 40 ans et peuvent peser jusqu’à 4,5 tonnes pour les plus gros. À la nuit tombée, il quitte les plans d’eau et peut parcourir plusieurs kilomètres pour trouver de quoi se sustenter. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’il s’aventure à proximité des villages et ravage les cultures. Malgré leur apparence nonchalante, ils peuvent être très dangereux lorsqu’ils chargent. Chaque année, l’hippopotame tue 500 personnes en Afrique.

Les rives de l’estuaire, bordées de mangrove, sont peuplés d’oiseaux, tels que des aigles et martin-pêcheur et de lézards.

Safari Boat dans l'estuaire de St Lucia 

Puis, on part à la découverte du parc voisin, l’iSimangaliso Wetland Park, sans grande attente. Ce fut une belle surprise malgré un temps couvert : des paysages très variés (dunes de sable rouge, lacs, longues plages, plaines et le Cape Vidal) et de nombreux animaux (rhinocéros avec leur corne amputée, zèbres, phacochères, buffles, gnous bleus, singes, différents types d’antilopes). On suit la route pour aller jusqu’à Cape Vidal sur le bras est de l’estuaire, s’étalant entre le lac St Lucia et l’Océan Indien. Sur la route, plusieurs arrêts panoramiques sont signalisés : uMziki Lookout Trail, Catalina Bay Lookout, eMfabeni Lookout, Cape Vidal Beach, KwaLokothwayo Lookout, eZibomvini -Red Dunes Lookout. Fait notoire, on peut descendre de voiture dans les Points de vue, et même pour rejoindre certain point de vue à quelques centaines de mètres, alors qu’il existe des carnassiers dans le parc.

L’iSimangalo Wetland Park fut le premier site du pays à entrer au patrimoine mondial en 1999. Il est la troisième zone du pays en superficie (3'320 kilomètres), et la plus riche en biodiversité. Nelson Mandela le décrivit comme « le seul endroit sur terre où le plus vieux mammifère (rhinocéros) et le plus grand mammifère terrestre (l’éléphant) partagent le même écosystème que le plus ancien poisson du monde (coelacanthe) et le plus gros mammifère marin (la baleine) ».

Visite de l'ISimangaliso Wetland Park 

On poursuit notre route jusqu’au Cape Vidal où on se balade sur l’immense plage magnifique. On y croise quelques pêcheurs, une poignée de touristes malgré le temps gris et une bande de singes Velvet.

Cape Vidal 
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On finit à Durban notre première partie du voyage à travers les provinces du Gauteng, du Mpumalanga, du Kwazulu Natal et du Royaume d’Eswatini. On rend la voiture à l’aéroport « King Shaka International Airport » portant le nom d’un grand roi Zoulou, puis prenons un vol pour rejoindre le sud-ouest du pays, Cape Town.

Avec ses 3,3 millions d’habitants, Durban détient la place de la deuxième plus grande ville d’Afrique du Sud, derrière Cape Town. La ville de Durban, se situant en bord de mer face à l’Océan Indien, est le plus grand Hub de l'océan Indien et le plus grand port d’importation et d’exportation d'Afrique du Sud. Le port de Durban est le plus important terminal de transport maritime du continent africain. Il est opérationnel 24H/24H et 365 jours par an. Son emplacement stratégique sur des voies maritimes internationales lui a acquis une place de choix en tant que premier port d'Afrique du Sud pour le fret et les conteneurs. Chaque année, plus de 30 millions de tonnes de fret y transitent et 4’500 bâtiments commerciaux y jettent l'ancre. Située dans une région où sont cultivés de grands champs de canne à sucre, Durban est ainsi le plus grand port sucrier au monde.

Parmi ses attractions, on fera un tour rapide au Victoria Street Market , quartier populaire grouillant, puis au Waterfront (Golden Mile), promenade longeant la mer sur plus d’un kilomètre, bordée d'hôtels, de restaurants et de parcs d’attractions. On ne s'attarde pas trop sur le front de mer pour rentrer au backpacker avant la nuit. En effet, comme toutes les grandes villes d’Afrique du Sud, Durban est réputée pour son insécurité.

Le Victoria Street Market, se compose d'un dédale coloré de galeries, bordées d'échoppes proposant épices d'Orient, souvenirs et objets de la vie courante d'Afrique ou d'Asie et en particulier d’Inde. Une halle adjacente abrite un marché de poissons et de viandes qui vous transportera au cœur de l'Afrique profonde.

Promenade sur le front de mer

Sur le bord de mer, on trouve un panneau rappelant les interdictions et notamment celle du port d'arme. En effet, on a pu observer à plusieurs reprises ce type d'avertissement dans de nombreux endroits publics, ce qui rappelle que le port d'arme est légal en Afrique du Sud sous certaines conditions qui ont été durcies récemment (2018).

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Dans la ville, on croise beaucoup de visages indiens. En effet, 20% de la population de Durban serait d’origine indienne. Pour rappel, le gouvernement colonial anglais avait fait venir dès 1860 des hommes de Calcutta et Madras, autre grande colonie de la Couronne britannique, pour les faire travailler dans les champs de canne à sucre. Après cinq ans de labeur, ces ouvriers pouvaient choisir de rentrer en Inde ou de rester. Beaucoup sont restés, installant boutiques, cabinets de médecins et études d'avocats. Principale métropole du Kwazulu-Natal, la province zouloue, Durban porte ainsi la trace de son passé.

Un certain Mohandas Karamchand Gandhi a débarqué à Durban en avril 1893, après avoir accepté un contrat d’une société indienne d'un an dans la colonie du Cap englobant Durban à l’époque. C’est alors que se retrouvant confronté à la discrimination, le jeune avocat avait élaboré la Satyagraha, sa philosophie de résistance passive et de désobéissance civile non-violente, avant de fonder l’ashram de Phoenix en 1904, à Inanda, dans les faubourgs de Durban. Il aura passé plus de vingt ans de sa vie en Afrique du Sud. Une partie de sa descendance réside d’ailleurs toujours en Afrique du Sud. Sa petite-fille, Ela Gandhi, une fidèle de l’ANC (African National Congress), a d’ailleurs été députée au Parlement sud-africain pendant dix ans, de 1994 à 2004.

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Après deux heures de vol, parcourant quelques 1'270 kilomètres, on arrive à Cape Town pour commencer la deuxième partie du voyage : découverte de la péninsule, recherche des baleines sur la côte, balade dans la région des vignobles sur les traces des Huguenots, avant de finir par la visite de la ville de Cape Town.

La péninsule du Cap, délimitée au nord par la montagne de la Table et la ville du Cap, s'avance de 75 km dans l'océan Atlantique et forme la frange sud-ouest du continent africain avec ses deux promontoires Cape Point d’un côté et le Cap de Bonne espérance de l’autre côté (Cape of Good Hope). Le parc national de la péninsule (Table Mountain National Park) offre des vues spectaculaires sur l’océan atlantique et sur le littoral le long des routes et sentiers côtiers. Ici, la mer peut être déchaînée et les vagues se brisant sur les falaises sont impressionnantes. On peut également observer une flore riche et étendue, de nombreux animaux (des autruches, les antilopes du cap et les babouins Chacma dont il faut se méfier). Il existe deux phares, l’ancien qui avait été construit trop haut (249 m), les bateaux ayant par conséquent des difficultés à le voir par mauvais temps et le nouveau plus bas (à 87m) accessible soit par une rampe soit par une cabine.

Contrairement à ce qui est écrit et raconté, le Cap de Bonne Espérance n’est pas le point le plus austral du continent africain, il s’agit du Cap des Aiguilles (Cape Agulhas) qui marque le point de repère officiel du passage de l'océan Atlantique à l'océan Indien.

En raison de ses nombreux rochers escarpés, de ses courants agités et des bourrasques de vent qui soufflent presque continuellement, le Cap de Bonne-Espérance fut très longtemps redouté par les marins et navigateurs. Bartholomeu Diaz, premier explorateur ne parvint pas à le franchir et le nomma “Cap des Tempêtes”. Vasco de Gama fut donc le premier à le franchir en 1497.

Cap de Bonne Espérance (Cape of Good Hope)
La pointe de la péninsule du Cap (Cap Point)  et son Phare (nouveau)
Vue sur la péninsule 

Le parc national offre de nombreuses possibilités de randonnées pour profiter pleinement des paysages, de la faune et de la flore. A noter que très souvent il y ait la queue quand on arrive au parc.

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La ville de Simon's Town a été baptisée en l'honneur du gouverneur néerlandais de la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales, Simon van der Stel, elle est juchée sur les rives de False Bay, au sud-est du Cap au bord de l'océan Atlantique.

On marque un arrêt à Simon's Town pour faire une pause sur notre route jusqu'à Hermanus et on en profite pour voir la colonie de manchots. On peut même les approcher et les observer de très près. Eux aussi nous observent, et on arrive à se demander qui observe qui !

Colonie de manchots (Boulders Beach) 

Le manchot du Cap peut mesurer entre 60 et 70 cm et pèse entre 2 et 4 kg. Son plumage est noir au niveau du dos et blanc sur le devant. Ce dernier est moucheté d’infimes tâches noires, formant une constellation spécifique à chaque individu. À l’âge adulte, des glandes roses thermorégulatrices apparaissent au-dessus des yeux. Les petits ont le corps recouvert d’un fin duvet gris, lequel tombe durant la puberté (entre 12 et 22 mois) pour laisser place à leur plumage d’adulte.

Le manchot du Cap est une espèce endémique d’Afrique australe. Il se répartit en colonies sur 24 îles situées entre la Namibie et la baie d’Algoa, à proximité de Port Elizabeth. Deux colonies se trouvent également sur le continent : Boulder’s Beach près de Simon’s Town et Stony Point près de Betty’s Bay.

Le régime alimentaire des manchots du Cap se compose principalement de poissons (anchois, sardines…) et de petits inverterbés marins, comme des calmars et des crustacés. Ils les chassent généralement à la nage dans un rayon de 20 km autour des côtes. Le manchot du Cap est une espèce monogame. La saison de reproduction a généralement lieu entre mars et mai en Afrique du Sud.

Une espèce fragile et menacée d’extinction

Au début du XIXème siècle, on estime que la population de manchots du Cap était comprise entre 1,5 et 2 millions d’individus. Ils seraient à peine plus de 55'000 aujourd’hui, leur population ayant presque été réduite à néant par l’activité humaine. Il s’agit désormais d’une espèce protégée classée sur la liste rouge des espèces menacées par l’IUCN.

Considérés comme un met de luxe jusqu’au milieu du XXème siècle, l’œuf de manchot a été massivement récolté, accélérant le déclin des populations. Le guano, utilisé par les manchots pour construire leurs nids, a également été employé comme engrais par l’homme durant une très longue période. De nos jours, les manchots subissent la concurrence de la pêche industrielle, qui conduit à une raréfaction de leurs proies. Ils ont également été victimes de plusieurs marées noires. Les deux plus graves ont eu lieu en 2000, lors du naufrage du MV Treasure et en 1994, suite à celui du MV Apollo Sea.

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Publié le 19 avril 2020

La route côtière depuis Simon’s town jusqu’à Hermanus, longeant d’abord False Bay puis Betty’s Bay (R44) est tout simplement spectaculaire, avec d’un côté l’océan et de l’autre les terres et montagnes. Je réalise d’abord un arrêt pour déjeuner à Gordon’s Bay, dont les initiales sont inscrites sur le flan de la montagne, puis poursuit mon chemin sur la route R44 pour rejoindre Betty’s Bay et sa réserve naturelle de manchots de Stony Point. Beaucoup plus sauvage que Boulder’s Beach, la réserve de Stony Point se situe à proximité du village de Betty’s Bay, le long de la Route des Baleines. Sa localisation plus excentrée et sa population de manchots plus clairsemée en fond un lieu beaucoup moins fréquenté des touristes. C’est le lieu idéal pour prendre le temps d’admirer les manchots sans se sentir bousculé. Elle abrite par ailleurs de vastes populations de cormorans des bancs et de cormorans du Cap, deux espèces également menacées.

Gordon's Bay  et point de vue panoramique de la route R44
Colonie de manchots de Stony point National Reserve

Arrivées à Hermanus, on part faire un bout du sentier des baleines (The Cliff path), longeant la côte et traversant la ville d’Hermanus. A cette période (septembre), il est possible de voir des baleines depuis la côte. En effet, la saison idéale pour l’observation des baleines s’étend de Juin à Novembre. Elles viennent donner naissance par centaines dans les eaux peu profondes des côtes sud-africaines avant de retourner pour l’été vers le Pôle Sud. Il n’est donc pas rare de croiser la route d’une mère et de son petit. Malheureusement, pas le moindre signe de baleine à l’horizon ! A défaut de baleines, on peut observer sur le sentier de nombreux damans du Cap également appelés Daman des Rochers.

Sentier côtier des Baleines à Hermanus ("the Cliff path") et ses nombreux damans des rochers 

Hermanus est le point de départ de nombreuses croisières organisées pour observer les baleines. J’ai réalisé une croisière avec la compagnie « Whales Watchers », de deux heures pour 900 Rands (55 euros). A noter, que si on ne voit aucune baleine, la compagnie rembourse 50%. En cas d’échec depuis la côte, la croisière d’observation est souvent plus fructueuse. Personnes sujettes au mal de mer, s’abstenir ! Même quand le temps est calme, ça tangue fortement. Accrochez-vous à la barre ! Mais ça vaut la balade. On réussit à voir une baleine et son petit pendant quasiment une heure. Ces animaux pouvant rester longtemps immergés, il faut être patient et scruter l’horizon en permanence pour observer l'une des quatre apparitions magiques : 1) la queue en forme triangulaire pouvant atteindre 5 mètres de large, 2) les larges nageoires, 3) les callosités blanchâtres et 4) un jet propulsé de leurs nasaux en forme de V, en attendant le spectaculaire plongeon.

Les baleines observées sont les baleines franches australes (Eubalaena australis), The Southern Right Wales, espèce de baleine franche (Balaenidae) de genre Eubalaena. Elle est aussi appelée baleine noire australe ou baleine australe. La chasse aux baleines est interdite depuis 1966. Elles étaient chassées notamment pour leur graisse dont une des utilisations principales était l’industrie cosmétique. Sa population, estimée à 7’000 individus en 2001, croît de 7% par an.

 Croisière à la recherche des baleines - Vue de la côte au crépuscule 

On marque un arrêt à Grotto Beach, longue plage de sable blanc fin, léché par les vagues.

Grotto Beach et le Cliff Path

Inspirée par le blog de Sophie (https://poesybysophie.com/), je poursuis mon chemin jusqu’à De Kelders en espérant voir des baleines. A peine la voiture garée face à la mer, j’aperçois un jet d’eau : Bingo ! Des baleines ! C’est donc bien possible d’apercevoir des baleines depuis la côte. Un Spectacle magique ! Quel bonheur de voir tous ces animaux à l’état sauvage dans leur environnement, animaux dont nous avons appris les noms dans nos imagiers ou contes d’enfants.

Sentier Côtier De Kelders 

Restaurant Fusion, délicieux restaurant à Hermanus où déguster un Fish and Chips face à la mer. https://www.fusioncafe-hermanus.co.za


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Publié le 4 juillet 2020

Fini les routes et sentiers côtiers. On poursuit notre chemin à l’intérieur des terres, direction la région des vignobles (Stellenbosch, Franschhoeck et Paarl). Alors qu’on souhaitait commencer la visite par Franschoeck, on se retrouve bloqué une fois passée la petite ville de Grabouw : route fermée pour travaux, sans aucune indication sur la route ou sur le GPS. On change donc nos plans et nous dirigeons directement vers Stellenbosch. Sur la route, des paysages magnifiques : d’immenses champs colorés avec en fond les montagnes !

Sur la route jusqu'à la région des vignobles

Visite de Stellenbosch

La ville de Stellenbosch se situe dans la province du Cap-Occidental. Fondée en 1679 par le commandeur de la colonie du Cap, Simon Van der Stel dont elle tient le nom. Elle est la deuxième plus ancienne ville d'Afrique du Sud, après Cape Town. Située à une cinquantaine de kilomètres de la ville du Cap, au bord de la Eerste Rivier, la cité des chênes dont certains sont centenaires, est réputée pour son université, son architecture hollandaise, son industrie viticole et pour les Springboks (équipe de rugby à XV). Elle fut aussi un important foyer du nationalisme afrikaner durant le XXe siècle.

Une fois garée à deux pas de l’esplanade centrale Die Braak, on part à la découverte du centre historique de Stellenbosch pour découvrir les édifices du City Hall (Mairie), de la Library (bibliothèque) où figure à l’entrée une plaque commémorative relatant la vie des Huguenots français arrivés en caravelle au XVIIème sicèle, le Village Museum, la Grosgovernor House (maison du gouverneur), l’Eglise Moedekerk emblématique de Stellenbosch, les chênes centenaires sur Ryneveld Street, et terminer par l’épicerie dans un style victorien « Oom Samie se Winkel ». Quelle étrangeté que de retrouver les vestiges d’une architecture néerlandaise du XVII-XVIIIème siècle à quelques 10'000 kilomètres d’Amsterdam !

Ballade dans le centre historique de Stellenbosch - Sur la route jusqu'à Paarl 

Stellenbosch est devenue rapidement une des villes les plus afrikaners de la colonie du Cap depuis l'établissement en 1863 d'un séminaire protestant. Le Stellenbosch college ouvert en 1886 devint par la suite un grand centre universitaire avec en 1918 la fondation de l'Université de Stellenbosch (15’000 étudiants annuels). Elle rivalise aussi avec la ville de Paarl comme centre culturel des peuples de langue afrikaans. Au XXe siècle, la ville fut un bastion du Parti national et l'Université de Stellenbosch, un foyer des théoriciens nationalistes comme Hendrik Verwoerd (un des fondateurs du régime de l’Arpartheid). De nombreux hommes politiques afrikaners y ont été formés. Aujourd'hui, Stellenbosch University est le seul établissement d’Afrique du Sud à conserver une part dominante de son enseignement en langue afrikaans.

Visite de Franshhoek, le "coin des français"

Le lendemain, on part visiter l’autre ville emblématique de la région viticole, Franschhoek à quelques 50 kilomètres de Stellenbosch, et en particulier son centre-ville historique correspondant au quartier Huguenote.

On se gare à deux pas du musée des Huguenots (Hugenoot Museum), principal centre d’intérêt de cette petite ville aux origines afrikaners. Le musée, qui a été rénové récemment, raconte l’histoire d’émigrés huguenots européens fuyant les persécutions religieuses au XVIIème siècle et en particulier des huguenots français. A l’intérieur du musée, on peut admirer différentes reproductions de la croix huguenot (symbole d’engagement aux croyances et aux valeurs huguenotes), de nombreux exemplaires de bibles et psaumes qui constituaient l’un des rares biens emportés par ces émigrés pour ce long voyage, une reproduction miniature de la Caravelle Oosterland (la caravelle transportant 24 huguenots à bord et qui arrive la première le 26 avril 1688 dans la baie du Cap après 2 mois et 22 jours de voyage en mer), une carte des villes de France d’où étaient originaires les huguenots migrant.

Au cours de l’exposition, on peut découvrir que différentes personnalités sud-africaines ou européennes sont issues de cette vague de migration, les noms d’origine évoluant avec le temps. On peut citer : l’actrice Charlize Theron, l’ancien chef d’état FW De Klerk, le champion de tennis Roger Federer et le capitaine de l’équipe de Rugby Springbok Morné du Plessis. A noter que le musée est aussi un centre de recherche généalogique.

Juste en face du musée principal, en traversant la route, on trouve un musée exposant du mobilier d’époque du XVIIème & XVIIIème siècle, des outils, des vêtements, des portraits, et une magnifique horloge illustrant le voyage en caravelle et les moulins à vent de la terre natale.

Détails du Muséum à la mémoire des Huguenots - Huguenot memorial 

Pour la petite histoire, le gouverneur de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, Simon van der Stel, aurait fait venir les huguenots français pour fournir des experts vignerons et des spécialistes de l'olivier afin de cultiver des terres riches en alluvions de la colonie. Le 31 décembre 1687, un premier navire transportant des réfugiés huguenots d'origine française quitta la Hollande pour Le Cap. Ces Huguenots avaient fui la France et s'étaient retrouvés en Hollande à la suite de la révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV en 1685. Pour rappel, Henri IV, grand-père de Louis XIV, avait promulgué l’Edit de Nantes en 1598, qui accordait notamment des droits civils, politiques et de culte aux protestants, et mettait fin aux guerres de Religion qui avaient ravagé le royaume de France depuis 1562.

La compagnie néerlandaise offrait aux réfugiés un pécule et une terre à cultiver en Afrique du Sud pour une durée de 5 ans minimum. En tout, près de 277 huguenots s'installèrent dans la colonie néerlandaise, sur les terres de la vallée d'Olifantshoek, rapidement rebaptisé Franschhoek (littéralement « le coin des Français » en afrikaans) afin que ces derniers puissent y développer la culture de la vigne.

Le pasteur de l'Église huguenote, Pierre Simond, essaya en vain de préserver l'usage de la langue française bravant la politique d'assimilation du gouverneur. Il demanda sans succès en 1689 que le culte puisse être exercé dans cette langue. Une génération plus tard, l'assimilation était réussie et plus aucun francophone ne subsistait dans la colonie. Bien que le français ne soit plus parlé, de nombreuses indications en français dans la ville ainsi que des noms de vignobles rappellent l'influence des huguenots.

En se dirigeant vers le centre-bourg, on passe devant le mémorial aux Huguenots, dédié à la mémoire des immigrants protestants d’origine française (aussi dénommés huguenots) arrivés en Afrique du sud au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle.

Domaine de Babylonstoren - Wine Tasting

La visite de la région des vignobles, motivée entre autre par l’attrait historique nous engageant sur les traces des huguenots français du XVIIème siècle, ne pouvait se conclure autrement que par une dégustation de vins. On choisit le domaine de Babylonstoren (https://babylonstoren.com) pour réaliser notre wine tasting après une ballade des jardins.

Le domaine de Babylonstoren, au pied des montagnes de la Drakenstein Valley, est l’une des plus anciennes fermes hollandaises. Le dessin du jardin est très structuré et son axe principal est orienté est-ouest. Le jardin s’étend sur un terrain en pente douce de 3,5 ha, qui suit le cours de la rivière. Des axes secondaires se croisent en angle droit dessinant une multitude d’enclos de plantations de forme carrée ou rectangulaire. En se baladant au grès des allées, on peut admirer les plans d’eau, les haies, les pergolas, les merveilleux rosiers grimpants qui prennent d’assaut les pergolas, une serre tropicale, une collection de cactus et des potagers. Les jardins comprennent plus de 300 plantes comestibles, des arbres fruitiers, des plantes potagères, des herbes médicinales et de nombreuses fleurs : plus de 7’000 Clivia orangés tapissent le sous-bois offrant un spectacle magnifique en septembre. L’endroit est également réputé pour son restaurant, cuisinant les légumes du domaine.

Jardins de Babylonstoren - Ses cactus, parterres de Clivia et rangs de vignes

Il existe plusieurs formules de dégustation de vins. On opte pour la formule de 3 verres : Blanc-Rosé-Rouge (Chenin Blanc, Mourvèdre Rosé, Babel Red).

En repartant, on s’émerveille devant le paysage grandiose : cette vallée quadrillée par les rangs de vigne sur des étendues immenses, avec en fonds les montagnes, baignée par la lumière du crépuscule.

Restaurant Noop, délicieux restaurant se situant dans la ville de Paarl, au coeur de la région viticole. https://www.noop.co.za/

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Publié le 4 juillet 2020

La Ville du Cap, capitale de la province du Cap-Occidental, est une ville magnifique de par la topographie du site, un amphithéâtre naturel surnommé le City Bowl situé entre la baie de la Table, les montagnes de Signal Hill, de Lion's Head et de Devil's Peak, et pour son somptueux jardin botanique (le Kirstenbosch); une ville incontournable pour comprendre l’histoire du pays et notamment le début de la colonisation, le quartier musulman de Bo’Kaap, l'ancien quartier "District 6" et l’île-prison « Robben Island », bagne réservé essentiellement aux opposants politiques, et la ville-capitale législative du pays.

La ville du Cap constitue le point de départ de la colonisation néerlandaise. En effet, la Compagnie hollandaise des Indes Orientales (la VOC Verenigde Oost Indische Compagnie), de conquête en conquête, va créer le deuxième empire colonial du monde après l'empire britannique (en termes de richesse) en colonisant notamment l’île de Java au XVII ème siècle. La VOC établit ainsi au Cap un comptoir commercial de réapprovisionnement, géographiquement situé à mi-chemin entre l’Est et l’Ouest. Le 6 avril 1652, une flottille de trois navires (le Drommedaris, le Reijger, le Goede Hoope), commandée par le capitaine Jan van Riebeeck pour le compte de la VOC, débarque dans la baie de la Table. La station de ravitaillement du Cap doit ainsi servir à réapprovisionner les bateaux en fruits et en légumes frais naviguant sur l'itinéraire commercial vers l'Indonésie, à soigner les équipages atteints de scorbut et à permettre la réparation des navires endommagés. Le site a été choisi pour sa baie abritée qui forme un port naturel et qui protège les bateaux contre le vent dominant du sud-est. Le Cap ne devait pas être une colonie. Cette intrusion sur les territoires poussa les peuples locaux (les San chasseurs-cueilleurs et les Khoi, des pastoraux semi-nomades) à partir ou à abandonner leur mode de vie autonome.

Ainsi Cape Town fut la capitale de la colonie néerlandaise du Cap de 1652 à 1910. A partir de 1910, date de la création de l’Union d’Afrique du Sud, marquant la fin de la seconde guerre de Boers entre les Britanniques et les Boers, elle devint la capitale de la province du Cap et la capitale parlementaire du pays, aux côtés de Pretoria la capitale administrative et de Bloemfontein, capitale judiciaire. Avec ses 4,5 millions d’habitants en 2019, l’agglomération du Cap est la deuxième du pays, juste derrière Johannesburg.

Le Jardin Botanique de Kirstenbosch

Le jardin botanique de Kirstenbosch fait partie des visites incontournables de la ville du Cap. Ce jardin botanique est l'un des plus renommés au monde grâce à ses collections et sa situation exceptionnelle, sur le flanc oriental de la Table Mountain et dominant le City Bowl.

Le domaine de Kirstenbosch s’étend sur 528 hectares et comprend un jardin aménagé et une réserve naturelle. Même dans les époques préhistoriques, cette zone était habitée, des haches de pierre néolitiques y ont d’ailleurs été retrouvées. Cette terre faisait partie du territoire de deux clans Khoikhoi. Puis, au cours des années 1700, la Compagnie hollandaise des Indes orientales s’appropria cette terre et l’utilisa pour son bois. Pendant les années 1800, Kirstenbosch était une ferme, propriété de la famille Cloete, qui cultiva le secteur et planta des chênes, des arbres fruitiers et des vignes. En 1895, un certain C. Rhodes achète la propriété et nomme un gardien pour ces terres qui sont utilisées pour l'élevage de porcs qui se nourrissent de glands. Cecil Rhodes est un homme d’affaire britannique, magnat des mines et philanthrope, premier ministre de la colonie du Cap de 1890 à 1896 qui donna son nom, la « Rhodésie », à des colonies britanniques (actuels Zambie et Zimbabwe). Il est le fondateur de la British South Africa Company et de la compagnie diamantaire De Beers. En toute simplicité, une avenue dans le domaine actuel porte son nom, l'avenue de Rhodes, également connue sous le nom d'Allée des Camphriers, plantée en 1898. Rhodes meurt en 1902 en léguant le domaine de Kirstenbosch à l'État et le 1er juillet 1913, le domaine devient un jardin botanique pour préserver et promouvoir la flore indigène d’Afrique australe. https://www.sanbi.org/gardens/kirstenbosch/

Au hasard des allées, on découvre le Jardin des Parfums abritant des fleurs parfumées et plantes aromatiques, l’Amphithéâtre des cycadées, le Sentier du Fynbos offrant des vues panoramiques sur la ville du Cap, l’Avenue C. Rhodes rebaptisée Avenue des Camphriers, l’Arboretum, le « Centenary Tree Canopy Walkway » passerelle surélevée à travers et sur les arbres de l’Arboretum avec vue panoramique, le Jardin des sculptures, un parterre de becs orangés des « Strelizia reginae ou Crane Flowers », fleurs plus connues sous le nom d’oiseaux du paradis, le Jardin des protéacées et son magnifique arbre d’argent (Silver Tree ou Leucadendron argenteum) habillé de feuilles argentées, le Jardin des Fynbos, et en particulier les somptueuses fleurs Pincushion qui attirent pour leur nectar de nombreux oiseaux tels que les Long-tailed Cape Sugarbird et Orange-breasted Sunbird.

Balade à travers le Jardin botanique de Kirstenbosch

A noter que de décembre à mars, des concerts en plein air, principalement de musique classique et jazz, y sont organisés.

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Le quartier de Bo'Kaap

Parmi les sites incontournables de la ville du Cap, je noterai également la visite du quartier Bo’Kaap.

Le nom du quartier Bo’Kaap signifie « Au-dessus du Cap » en Afrikaans et se réfère à la situation du quartier sur les flancs de la montagne de Signal Hills, se situant dans le City Bowl. Ce quartier abrite une forte concentration de Musulmans du Cap, qui sont les descendants de populations originaires de l’actuelle Malaisie, d’Inde et d’Indonésie et qui furent déportés par la Compagnie des Indes Orientales (la VOC) afin de servir de main-d’œuvre dans la colonie à partir du XVIIIème siècle. En effet, lors de l’arrivée des hollandais en 1652, la VOC ne voulant pas entrer en conflit avec la population locale les Khoi San, a commencé à faire venir des esclaves. Les premiers esclaves à arriver au Cap venaient d’Afrique de l’Ouest et d’Angola, ensuite tous les esclaves « importés » venaient d’Afrique de l’est principalement du Mozambique et Madagascar et ensuite d’Inde, du Sri Lanka et d’Indonésie. Après l'abolition de l'esclavage en 1834, les malais du Cap demeurèrent au Cap, principalement dans les quartiers actuels Bo-Kaap et De Waterkant, où ils formèrent une communauté à part entière, principalement peuplée d’ouvriers et d’artisans.

Bo-Kaap est aujourd'hui l'un des quartiers les plus pittoresques de la ville en raison de la persistance de nombreuses ruelles pavées, de maisons peintes de couleurs pastels et de mosquées dont l'architecture rappelle celle de l'Asie du sud-est. A noter qu’il existe un musée dans le quartier, aménagé dans une maison de style Cape Dutch datant de 1760, qui présente des objets et des photographies en rapport avec la vie des Malais du Cap durant le XIXème siècle.

Les maisons seraient peintes de couleurs vives, récemment, puisque, depuis le retour à la Démocratie dans le pays. Il s’agirait d’un symbole car à l’époque de l’esclavage ils avaient interdiction de porter des vêtements de couleur et étaient toujours en blanc.

Balade dans le quartier de Bo'Kaap au milieu des maisons colorées
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Robben Island, ancien bagne du régime de l'Apartheid

Je ne pouvais imaginer la visite de Cape Town sans la visite du bagne historique, où Madiba (nom du clan tribal de Nelson Mandela) avait vécu 18 de ses 27 années d’emprisonnement (de 1964 à 1982), avant d’être transféré à la prison de Pollsmoor près de Paarl.

En termes d’organisation, il faut savoir qu’une visite à Robben Island s’anticipe. Il faut réserver ses billets quelques jours avant la visite, les billets étant limités et très souvent pris d’assaut. La visite étant soumise aux conditions climatiques pour la traversée en ferry, mieux vaut regarder les prévisions météorologiques avant la réservation, qui sont d’ailleurs disponibles sur le site officiel de réservation (http://www.robben-island.org.za). Le ferry part de la porte d’entrée Nelson Mandela au V & A Waterfront.

Robben Island, l’île aux phoques en néerlandais/afrikaans, a été utilisée tour à tour comme prison, léproserie, hôpital psychiatrique et poste militaire de défense. L’île devient en 1961 une prison de sécurité maximale pour des condamnés à de longues peines (de dix ans à perpétuité), notamment pour les membres de l'ANC et les mouvements de lutte contre l'apartheid. Trois futurs présidents sud-africains (Nelson Mandela, Kgalema Motlanthe et Jacob Zuma) y seront internés. En 1996, Robben Island cesse toute activité de centre pénitentiaire, devient musée national et est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1999.

Après 30 minutes de traversée en ferry, on arrive sur l’île de Robben Island. L’île offre des vues imprenables sur la ville et les montagnes du Cap. A notre arrivée sur l’île, nous sommes accueillies par notre guide, qui n’est autre qu’un ancien détenu de la deuxième génération de prisonniers ; Mandela faisait partie de la première génération de détenus. Notre guide nous accompagne jusqu’au bus qui nous attend devant l’entrée de la prison. Nous franchissons alors le portail de l’ancienne prison, où l’enseigne « We serve with pride » (Nous servons avec fierté) domine, et débutons notre visite guidée de l’île qui s’étend sur 3,3 km de long pour découvrir les endroits-clés de l’île : les bâtiments pénitentiaires, le village et son église « Church of Good Sheperd », la carrière de chaux où les détenus cassaient des cailloux et la « Maximum Security Prison » avec notamment la cellule de Nelson Mandela.

Robben Island - Ile prison de haute sécurité  de 1961 à 1996

Le Procés de Rivonia

En guise d'introduction à la visite de la prison, je parlerai du procès de Rivonia. Celui-ci porte ce nom en référence à la commune du même nom, se situant dans la banlieue de Johannesburg et où furent arrêtés le 11 juillet 1963, les 11 dirigeants de l’ANC grâce à un agent infiltré de la police de sécurité. Le procès eut lieu entre octobre 1963 et juin 1964 devant la haute cour du Transvaal, à Pretoria. Il impliquait une dizaine de dirigeants d’Umkhonto we Sizwe, « le fer de lance de la nation », branche militaire du Congrès national africain (ANC), jugés pour 221 actes de sabotage, complots et trahisons. Ces dirigeants étaient Nelson Mandela, Walter Sisulu, Ahmed Kathrada, Govan Mbeki, Dennis Goldberg, Raymond Mhlaba, Lionel Bernstein, James Kantor, Elias Motsoaledi et Andrew Mlangeni. Les faits reprochés sont : sabotage, destruction de biens, violation de la loi sur l’interdiction du communisme. Ils plaident tous non coupable. Les accusés sont conscients qu'ils risquent gros car depuis une loi de juillet 1962, tout acte de sabotage est passible de la peine de mort.

Le plaidoyer de Nelson Mandela est l'un des temps forts de ce procès. Il plaide sa cause et celle de ses coaccusés pendant trois heures. S'il reconnaît être un des fondateurs de l'Umkhonto we Sizwe, il réfute l'idée de l'accusation selon « laquelle la lutte en Afrique du Sud serait dirigée par des étrangers ou des communistes ». Il expose aussi le combat de l'ANC, « une lutte nationale», et termine son discours par une vibrante conclusion: «Toute ma vie j'ai lutté pour la cause du peuple africain. J'ai combattu la domination blanche et j'ai combattu la domination noire. J'ai adopté pour idéal une société démocratique et libre où tout le monde vivrait ensemble dans la paix et avec des chances égales. J'espère vivre pour le conquérir, mais c'est aussi un idéal pour lequel je suis prêt, s'il le faut, à mourir. »

Le 9 juin 1964, deux jours avant le jugement, les Nations unies appellent le gouvernement sud-africain à ajourner le procès et à remettre les accusés en liberté suite à l'adoption par sept voix contre zéro (Taïwan, URSS, Bolivie, Côte d’Ivoire, Maroc, Norvège, Tchécoslovaquie), et quatre abstentions : (Brésil, USA, France, Royaume-Uni) d'une résolution du Conseil de sécurité de Nations unies (N°190).

Après huit mois de procès, le 12 juin 1964, Mandela, Sisulu, Mbeki, Motsoaledi, Mlangeni, et Goldberg sont finalement reconnus coupables et condamnés à la prison à vie. Le gouvernement sud-africain souhaitait la peine de mort. Deux hommes sont acquittés : James Kantor et Lionel Bernstein. Le 13 juin 1964, les condamnés sont conduits à la prison de haute sécurité sur l'île de Robben, sauf Denis Goldberg -prisonnier politique blanc qui est incarcéré à la prison centrale de Pretoria. Ils sont détenus une vingtaine d'années.

Des conditions de vie très dures

Notre guide de la prison nous raconte tout au long de la visite, au pas de course, les conditions extrêmement difficiles auxquelles étaient soumis les détenus. On visite quelques bâtiments des 8 sections, où furent confinés les détenus politiques et notamment la Section B, encore appelée « The Maximum Security Prison », où étaient isolés une trentaine de prisonniers. La visite du couloir avec ses cellules vétustes, des cuisines, des cours, reflète les conditions de vie inhumaines qu’ont subies les prisonniers soumis à l’atrocité des autorités durant l’Apartheid. On passe également devant la baraque de Robert Sobukwe, compagnon de route de Nelson Mandela, transféré en 1963, qui fut placé à l’isolement total, n‘eut droit à aucune visite et surtout, à aucun échange verbal avec les autres prisonniers. R. Sobukwe fut condamné à 3 ans de prison, mais une loi spéciale (Clause Sobukwe) fut votée pour prolonger son séjour de 6 ans !

Les conditions de vie étaient très dures. Les prisonniers étaient confinés dans des petites cellules avec seulement un matelas et un sceau d’eau froide pour la toilette. Chaque matin, ils étaient réveillés à 5h30 pour vider leurs sceaux et commencer une autre journée de travaux forcés. Les prisonniers noirs recevaient un bol de porridge en guise de petit-déjeuner, et de façon générale une alimentation inférieure par rapport à leurs homologues blancs et colorés. Le couvre-feu était à 20 heures, mais les cellules étaient éclairées toute la nuit par une ampoule de 40 watts. Le guide nous raconta que les box des chiens entrainés pour être agressif, bénéficiaient de cellules plus grandes que certains détenus.

Dès janvier 1965, les prisonniers furent contraints de travailler dans une carrière de calcaire, dans une chaleur écrasante et une lumière aveuglante. Les prisonniers devaient casser des cailloux jusqu’au sommaire repas de midi, et recommencer jusqu’à 16 heures. Ils durent attendre trois ans pour avoir droit à des lunettes noires, et la vue de plusieurs d’entre eux, dont Mandela, en souffrit.

Encore plus cruel, ils étaient privés de tout contact avec leurs proches, limité à une demi-heure de visite par an d'un seul membre de la famille, et seulement deux lettres, qui, bien évidemment étaient lues et censurées avant de parvenir aux destinataires.

Sous la pression internationale et notamment celle de la Croix-Rouge, les conditions de vie des prisonniers s’améliorèrent par la suite. Un nouveau directeur, le colonel Willie Willemse, nommé en décembre 1971, reçut de Pretoria l’ordre de « changer l’atmosphère ».

Le rassemblement de prisonniers politiques sur l’île, favorisant ainsi les échanges entre les groupes rivaux (ANC, PAC, marxistes, Indiens, Métis), allait leur permettre de s’entendre sur un front commun. Robben Island s’est transformée en laboratoire politique et en université.

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Table Mountain

Comme pour la visite de Robben Island, il est préférable d’anticiper sa visite si l’on souhaite se rendre en haut de la Table Mountain en utilisant le téléphérique et de réserver sur le site officiel (https://www.tablemountain.net/content/page/rates ) en contrôlant les conditions météorologiques. Lors de notre première réservation, nous sommes arrivées au point de départ du départ du téléphérique (Lower Cable Station) , sans avoir vérifié sur le site internet avant, et nous avons eu la mauvaise surprise de découvrir que le téléphérique était à l’arrêt, car le vent soufflait très fort. Heureusement, le jour suivant, les conditions climatiques s’étaient améliorées et nous avons pu changer nos tickets et monter au sommet (sans effort, seulement la peur du vide à surmonter !). Le deuxième rendez-vous était le bon. Et c’est parti pour quelques minutes d’ascension pour rejoindre le sommet de la Table, à pas moins de 1'085 mètres d’altitude au-dessus du niveau de la mer.

Si nous avons choisi l’option de facilité et rapidité (l’ascension par téléphérique), il est également possible de rejoindre le sommet à pied, en empruntant un sentier qui peut être raide et parfois étroit, en 2H/ 2H30 environ. Pour les courageux, il faut bien vérifier la météo, prendre suffisamment d’eau avec soi et ne pas partir trop tard, pour avoir le temps de revenir avant la nuit, à moins d’emprunter le téléphérique pour le retour.

Le parc de la Montagne de la Table (Table Mountain National Park) est un parc national qui a été créé en 1998 afin de protéger la montagne de la Table et son finbos endémique du pays.Au sommet, un plateau aride, souvent balayé par les vents, contraste avec les pentes du massif à la végétation luxuriante. De nombreux sentiers de randonnée offrent l'occasion de parcourir la montagne de la Table, au pied de laquelle s'étend la ville du Cap.

Au fur et à mesure de l’ascension, on s’émerveille par la vue à 360 degrés, la cabine du téléphérique tournant sur elle-même, sur la baie, le City Bowl et le parc de la Montagne, qui offre des paysages magnifiques d’en bas comme d’en haut. Les vues panoramiques sont époustouflantes et la vue de ce mince câble tractant la cabine sur une pente si raide me donne une sensation vertigineuse ! A noter qu’au sommet, il existe plusieurs points pour se restaurer tout en admirant la vue. Au loin, on peut voir les montagnes du Drakensberg, tandis que la ville se dessine autour des monts de Signal Hill et Lion’s Head. Au nord, Devil Peak est un pic souvent encerclé d’un petit nuage. Au Sud, les « 12 apôtres » au-dessus de Camps Bay sont majestueux, on aperçoit au loin la pointe de Cape point. De nombreux dassies également appelés Daman du Cap vivent là-haut.

Vues panoramiques de la ville du Cap depuis la Table Mountain  et coucher de soleil 
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L'ascension du Lion's Head

Si la Montagne de la Table arrive en tête des espaces sauvages visités et de randonnées de la ville du Cap, il existe d’autres endroits à explorer, tels que les collines de Lion’s Head, Signal Hill, Devil's Peak, qui font partie du même massif que la Montagne de la Table qui se prolonge vers le cap de Bonne-Espérance par les collines de Constantiaberg, de Chapman's Peaket de Swartkop. Tous ces sommets, dominant l’agglomération du Cap et ses baies environnantes, offrent de magnifiques points de vue panoramiques en journée, mais aussi aux moments charnières de la journée (au lever et coucher du soleil) ou pendant la pleine lune.

Départ 5H30 au parking du Lion’s Head pour commencer la randonnée. On se lance donc à l’assaut du rocher aux aurores, l’objectif étant d’atteindre le sommet pour le lever du soleil prévu à 7H00. On compte 1h30 pour réaliser les 369 mètres de dénivelés et atteindre la cime. La météo est capricieuse, des voiles de brume et nuages intempestifs obstruent notre horizon. Le sentier se transforme par endroit en une partie d’escalade. Bien que le soleil ne soit pas au rendez-vous, la vue panoramique sur la ville du Cap et ses baies environnantes est saisissante.

Ascension du Lion's Head au lever du soleil 

Lion's Head, la tête de lion, est une formation géologique haute de 669 mètres et doit son nom à sa forme caractéristique qui évoqua une tête de lion aux premiers colons néerlandais. Il s’agit d’un espace préservé sillonné par plusieurs sentiers de randonnée (Lion's Head Walk notamment). Ses flancs sont couverts d'une flore typique de la région du Cap, le Fynbos, sorte de lande dominée par la bruyère et les protées.

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City Tour

Comme dans beaucoup d’autres villes dans le monde, il existe à Cape Town des Free Tours (visite guidée d’1H30 rémunérée sur la base de dons) pour visiter la ville sous différents angles : historique, de l’Apartheid à la Liberté et le quartier de Bo’Kaap. J’ai réalisé deux visites avec Cape Town Free Walking Tours (http://freewalkingtourscapetown.co.za), avec des guides passionnés et passionnant pour le « Tour Historique » et le « Tour de l’Apartheid à la liberté ». Parmi tous les monuments historiques de la ville, c’est l’occasion de découvrir :

- « The High Court Civil Annex » où siégeait dans les années 1960 les bureaux d’enregistrement de la race de chaque personne conformément au Population Registration Act, avec devant l’entrée les bancs ségrégant la population selon leur couleur, toujours là et témoignant de cette époque;

- le Parlement d’Afrique du Sud, où fut poignardé à mort Hendrik Verwoerd, le grand architecte de l’Apartheid, le 6 septembre 1966, alors qu'il assistait à une séance de l'Assemblée nationale et avait échappé à une première tentative d’assassinat en 1960;

- l’Hôtel de Ville, City Hall, où Nelson Mandela fit son premier discours à sa libération, en homme libre, le 11 février 1990 après 27 ans, 6 mois et 6 jours d'emprisonnement. L'événement est retransmis en direct dans le monde entier. Il y déclare son engagement pour la paix et la réconciliation avec la minorité blanche du pays, mais annonce clairement que la lutte armée de l'ANC n'est pas terminée. Une statue de Nelson Mandela a récemment été installée au balcon de l’hôtel de ville ;

- la Cathédrale Saint George, où prêchait l’archevêque Desmond Tutu. Auréolé de sa nouvelle stature internationale (ayant reçu le prix Nobel de la Paix le 16 octobre 1984), il est nommé archevêque du Cap le 7 septembre 1986, pour l'Église anglicane d'Afrique du Sud, devenant le premier Noir à occuper cette fonction,

- et le Green Market.

Et si vous avez le temps, vous pouvez compléter la visite de Cape Town par la visite de musées (Iziko Slave Lodge, District 6, etc).

Free Tour historique dans les rues de la ville du Cap

Atlantic Point Backpacker, superbe auberge de jeunesse dans le quartier central de Greenpoint, à deux pas du V&A Waterfront (https://atlanticpoint.travel)

Restaurant Mano's, délicieux restaurant dans le quartier de Green Point https://manosrestaurant.business.site