L'Egypte, Voyage dans le temps

Du 1 au 24 octobre 2019
24 jours
Dernière étape postée il y a 896 jours
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Publié le 23 octobre 2019

Après neuf heures et demi de vol, avec un stop à Addis-Abeba en Éthiopie, j’arrive à 1H du matin au Caire, mardi 1er octobre 2019. Depuis l’avion, juste avant d’atterrir, je pouvais déjà apercevoir les lumières de cette ville tentaculaire de quelques seize millions d’habitants qui en fait une des dix plus grandes agglomérations mondiales. Lorsque j’arrive à mon hôtel dans le quartier Downtown, j’ai l’impression de franchir le seuil de l’immeuble Yacoubian (édifice fictif et titre du roman de l'écrivain égyptien Alaa Al-Aswany), un immeuble ancien plein de charmes de la grande époque du Caire, avec son mobilier d’époque, son ascenseur avec ses portes en bois et fenêtre, et sa large cage d’escalier. Des immeubles comme cela, il en existe beaucoup dans le centre du Caire.

Pour ma première balade au Caire, j’explore les environs du quartier Downtown pour me rendre jusqu’à la gare. Je me heurte aux difficultés pour traverser les routes, faisant face à une circulation anarchique et dense des différents axes routiers s’entremêlant et se chevauchant. Heureusement, mes différents séjours en Inde m’auront initié aux traversées de routes au trafic dense et peu régulé pour donner voie aux piétons. Dans les rues, je croise beaucoup d’hommes et très peu de femmes. Ils sont assis au café, en train de fumer la chicha, à s’activer dans les magasins. Au fur et à mesure que je déambule dans la ville, je me sens observée. Est-ce parce que je suis une femme, européenne, seule de surcroit ? Arrivée dans une rue du marché, je retrouve plus de mixité. Les étales, dont certaines tenus par des femmes, sont remplis de fruits savoureux, bien murs, appétissants (mangues, grenades, multitudes de dattes, pêches, fraises, melons, petits citrons, goyaves).

C’est surprenant de voir ces grands immeubles mélangeant les styles, plutôt néo-classique et même haussmannien, qui à une époque devaient former un centre bourgeois et moderne. Certains de ces immeubles sont tant bien que mal entretenus ; pour certains, ils sont tout délabrés, des amas de pierre, des pans de murs écroulés jouxtant le reste de l’immeuble encore sur pied. Ces vestiges du passé me font penser aux immeubles colorés de Cuba, ou alors ceux coloniaux laissés à l’abandon en Inde, souvenir d’une période plus faste et qui malgré tout restent habités.

Balade architecturale dans les rues du Caire 

Quartier de Khan El-Khalili

Après un délicieux déjeuner au restaurant Naguib Mahfouz Café (portant le nom du célèbre écrivain égyptien ayant reçu le prix Nobel de littérature en 1988), je pars à la découverte du souk Khan El-Khalili, où l’on trouve une multitude de souvenirs, des bijoux, de la verroterie, des chichas, des figurines en tout genre des personnages des dynasties pharaoniques, objets en marqueterie, de belles reliures du Coran, des œuvres en papyrus, des épices, et même très souvent des statuettes de la très célèbre chanteuse égyptienne Oum Kalthoum. On arrive à se perdre dans ce dédale de ruelles, parsemées de mosquées, d’échoppes, d’ateliers, de cafés, de boulangeries. Le pain égyptien soufflé est une œuvre en soi avec un système de four très particulier. On croise souvent les livreurs de pain, chargés d’un nombre incalculable de pains posés sur une planche, elle-même tenant sur la tête du cycliste en équilibre ! Tout un spectacle !

Souk Khan El Khalili- Le Caire Islamique 

Mosquée El-Azhar

Après avoir quitté mes chaussures et enfilé ma djellaba synthétique type Kway format XXL, je peux partir à la découverte de la mosquée : sa grande cour de marbre blanc, ses rayons multicolores de Coran en reliure colorée, ses salles de lecture, de prêche et de discussions, où des hommes, des femmes de tout âge discutent ou écoutent attentivement les prêches. On peut croiser quelques touristes. J’écourte la visite, car je ne tiens plus sous le voile de la djellaba et de la capuche, subissant un effet de sauna, dans une chaleur avoisinant les 35 degrés dehors ! Je ne sais pas comment les femmes parviennent à tenir bon avec cette chaleur sous un tissu noir de surcroit.

Mosquée El -Azhar 

La mosquée Al-Azhar, fondée en 970, est une des plus anciennes mosquées du Caire et le siège de l'université al-Azhar, la plus ancienne université islamique encore active au monde après Quaraouiyine au Maroc et l'université Zitouna en Tunisie. Elle a été fondée lors de la conquête de la ville par les Fatimides et leurs troupes composées de Berbères Kutama.

Spectacle de Tanoura

Rendez-vous à 18H15 devant le Palais El-Ghuri pour faire la queue et pouvoir ainsi s’installer au premier rang pour admirer le spectacle de Tanoura qui commence à l’heure, à 19H30, et se termine vers 21h. Il vous en coutera 82 livres (l’inflation est bien présente, le Routard 2018/2019 indiquait un tarif de 30 livres égyptiennes). Les musiciens, chanteurs et danseurs sont époustouflants. Certains semblent rentrer en transe. Chronomètre en main, ils vont tourner pendant plus de 25 minutes et ils réussissent à s’arrêter net.

Spectacle de Tanoura au Palais El-Ghuri 

La tanoura est la danse traditionnelle égyptienne, qui tire son nom de la jupe colorée que porte le danseur. Le danseur de tanoura dispose d'accessoires (tambourins, parasols) avec lesquels il exécute différentes figures. Dans l'esprit, la tanoura est d'abord une danse festive, exécutée en Égypte lors de shows, concerts, festivals, ou à l'occasion de mariages. C'est un art qui se transmet de père en fils. Elle ne revêt pas la quête mystique de la samā‘ des derviches tourneurs de l’ordre mevlevi (ordre musulman soufi fondé au XIIIème siècle en Turquie).

Musée Egyptien

Je pars à la découverte du musée égyptien, qui se trouve à deux pas de la célébrissime place Midan El-Tahrir, Place de la révolution. Celle-ci apparaît si tranquille au regard de ces images diffusées à travers le monde en 2011, lors de la révolution arabe. Le musée égyptien est établi dans un bel édifice de couleur brique, orné de statuts égyptiennes à l’entrée. Construit sur les plans de l'architecte français Marcel Dourgnon, au cœur du Caire moderne, il fut inauguré le 15 novembre 1902, après cinq ans et demi de travaux.

A savoir, le musée comporte deux expositions permanentes : une générale et les salles des momies. Pour voir l’exposition générale, il vous en coutera 150 livres et le double si vous allez voir les momies. Prévoir de l’eau, car il fait une chaleur étouffante dans le musée et rares sont les salles qui sont équipées de ventilateurs ou d’air conditionné. Franchement, je déconseille d’aller voir les momies ; la visite est macabre, certains visiteurs poussent le vice jusqu’à prendre des photos alors que dans cette partie elles sont interdites. Les sarcophages ont été profanés et les corps momifiés sont exposés au public dans quel but : historique ou scientifique ?

Le musée qui se compose de deux niveaux (rez de chaussée et 1er étage) est relativement grand. Il faut compter environ trois heures pour le visiter et se replonger dans nos souvenirs scolaires du collège. Le rez de chaussée est consacré à la sculpture (statues, stèles, sarcophages, bas-reliefs…) classée chronologiquement de la période prédynastique à l’époque byzantine. On notera la beauté des statues représentant assis Rahotep et son épouse Nofret, en calcaire peint. Il s’agit d’un couple de courtisans dans une attitude figée exprimant la dignité et l'autorité. Les yeux sont en quartz opaque et cristal de roche. Mais aussi de la Triade de Mykérinos encadré de deux déesses, représentant Mykérinos encadré par Hathor et par la personnification d'un nome d'Égypte. Mykérinos porte la couronne blanche de la Haute-Égypte, la barbe cérémonielle et le pagne plissé chendjit.

Le premier étage est largement consacré à Toutânkhamon (né vers -1345, mort vers -1327) est le onzième pharaon de la XVIIIe dynastie (Nouvel Empire). Selon les dernières études génétiques, il est le fils d'Akhenaton et de la propre sœur de ce dernier.

Au premier étage, se trouvent également les deux salles des momies royales, la salle consacrée aux bijoux royaux, des plaques de calcaire appelées Ostraca servant de brouillon par les artisans qui décoraient la tombe de Ramsès IV dans la vallée des rois. Les salles de trésor de Toutânkhamon comprennent son masque funéraire (masque d'or avec incrustations de pierres semi-précieuses et de verre coloré pesant 11 kg), sa chambre funéraire, son sarcophage intérieur (110kg), le coffre à vases canope, son trône, son lit, la statue d’Anubis (Dieu Chacal), la statue du Ka de Toutânkhamon. Cette statue du Ka représente Toutânkhamon dans une posture de marche. Il tient dans son poing droit une massue à décor d'écailles, et de sa main gauche une longue canne garnie d'une ombelle de papyrus. Le pagne est orné d'un devanteau empesé projeté en avant, qui porte une inscription évoquant le dieu souverain accompli, le ka royal et Osiris. Il est représenté avec les oreilles percées, le ventre bombé et les jambes minces, héritage du style amarnien. Les sourcils et le contour des yeux sont soulignés à la feuille d'or. La statue est réalisée en bois bitumé et bronze doré.

Musée égyptien du Caire 

Les croyances de l’au-delà des dynasties pharaoniques dans l’Egypte antique, étaient très fortes, en témoignent les rites funéraires très complexes : le processus de momification, le masque du visage et des mains, les quatre vases canopes déposés près du sarcophage et destinés à recevoir les viscères embaumés du défunt. Chaque vase était associé à un génie (un des « quatre enfants d'Horus »), une déesse et un point cardinal, et son rôle était de protéger les organes qu'il renfermait : Le foie (le génie Amset à tête humaine ; la déesse Isis ; Le Sud) ; L'estomac (le génie Douamoutef à tête de chacal ;La déesse Neith ; L'Est) ; Les poumons (le génie Hâpi à tête de babouin (cynocéphale) ; la déesse Nephtys ; le Nord), les intestins (le génie Kébehsénouf à tête de faucon ou d'épervier (hiéracocéphale) ; La déesse Serket ; L'Ouest). Le coeur, lui, restait dans le corps momifié. Quand à Anubis, dieu funéraire et de la momification, il tenait le rôle de guider les morts vers l'autre monde et de les introduire auprès des juges pour la pesée des âmes.

Ponctuellement, on peut apercevoir une pancarte d’explication en trois langues au lieu de deux habituellement : arabe, anglais et le français en plus, témoignant de l’influence française dans le passé.

Jardin El-Azhar

Alors que beaucoup de sites touristiques ferment plus tôt les jours de week-end (vendredi et samedi), je me dirige vers le parc Al-Azhar, qui ferme à 22h. L’entrée du parc coûte 20 livres égyptiennes (soit quatre fois plus que le prix indiqué sur mon routard récent 2018/2019). Les prix ont généralement été multipliés par 2 au minimum. Cet immense parc, se situant légèrement en hauteur, offre une très jolie vue sur la ville du Caire et notamment sur la Cité des morts. Avec une telle chaleur (une trentaine de degrés en ce début d’automne, début octobre), je profite de cet espace vert, havre de paix et de tranquillité, pour déambuler à l’ombre des allées du parc, parsemé de fontaines et jeux d’eau et où se trouvent de bons restaurants. Le parc est d’autant plus animé qu’il s’agit du week-end ; les familles cairotes et des couples viennent s’y promener, profiter de l’ombrage et des terrains de jeux pour les enfants. Représentant un élément quelque peu exotique dans ce décors familial local, on m’invite pour faire des selfies avec la famille et les enfants. La communication est toutefois assez limitée, car je ne parle pas arabe et eux très peu anglais.

Un Samedi après-midi au parc El-Azhar 
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Il allait de soi que mon voyage en Égypte devait inclure une des nombreuses stations balnéaires de la mer rouge. Fuyant les grandes villes balnéaires telle que Hurghada, privilégiant une étape cohérente sur mon trajet jusqu’à Louxor, je choisis la petite ville de Marsa Alam, bien que très sinistrée par la chute du tourisme. Après avoir voyagé de nuit depuis le Caire avec la compagnie Go Bus, compagnie relativement récente et moderne, j’arrive donc à Marsa Alam vers 11 heures.

En termes d’organisation, si sur la côte on trouve toujours de nombreux resorts bien organisés, recevant notamment beaucoup d’italiens, il est en revanche beaucoup plus difficile d’organiser des excursions à un prix correct pour un voyageur seul. La logique pour beaucoup d’égyptiens travaillant dans le tourisme à Marsa Alam est de pratiquer des tarifs très élevés auprès des rares touristes venus jusqu’ici, pour maximiser les revenus et ainsi pallier au manque de touristes.

A peine arriver à ma pension à Marsa Alam, avant même de me montrer la chambre, l'employé s'empresse de me montrer la liste des activités que la pension propose. Les prix affichés sont uniquement en Euro et Dollar américain. Pour une journée sois-disant « entière » de 9H00 à 15h00, c’est 60 euros. Bref, je commence à chercher une alternative plus économique et trouve sur internet l’agence Marsa Alam Tours. Les tarifs sont nettement plus intéressants : une excursion pour voir Charm El Luli et El Culan à 70 euros. Mieux vaut contacter l’agence pour vérifier ce que l'excursion inclut et négocier aussi les tarifs. On n’est jamais à l’abris de surprise.

Sharm El Lulli dans la réserve Wadi El Gemal

Je pars donc avec mon chauffeur Assan pour la journée. Au programme, arrêt à la plage « Sharm El Luli », puis arrêt à El Culan, mangrove en bord de mer, se situant au sud de Marsa Alam.

Le site de Sharm El Luli se trouve dans le parc national Wadi El Gemal, d’une superficie de 7'450 kilomètres carrés dont 2'100 kilomètres carrés d’espaces marins. En faisant la recherche sur internet de « Wadi El Gemal », apparaît une photo de chameaux à un point d’eau au milieu de rochers. Il s‘agit en fait d’une photo de la Jordanie : la morale, se méfier des informations trouvées sur Internet ! Sur une toile de fond désertique et montagneuse qui longe toute la côte ouest de la mer rouge, et baignée dans des eaux bleues cristallines, la plage Sharm El Luli bordée d’un sable blanc offre une très belle baignade pour admirer les coraux et poissons de toutes les couleurs. Attention, ici aussi, on trouve des poissons pierres (venimeux). Ma hantise, marcher sur un !

Plage de Sharm El Luli 
Poissons multicolores et coraux de la plage Sharm El Luli 

A noter, la Plage de Sharm El lui, bien que sujette à un droit d'entrée, ne dispose d'aucune infrastructure (toilettes/ douches).

Wadi El Culan et sa mangrove

Puis on poursuit la route plus au sud à El Culan, où se trouve une sorte de lagune, bordée de mangroves, dont un arbre isolé comme régnant solitaire au milieu de l’eau. Après une petite balade et baignade, on part déguster un repas typique : poisson et poulet frits, aubergines, carottes, riz, pommes de terre dans un jus de tomates et oignons, et bien évidemment du pain égyptien.

Mangrove  Wadi El Culan 

Le chauffeur, parlant un anglais très approximatif et plein de bonnes intentions, tente de communiquer en français via le traducteur Google. Le résultat est très limité et parfois cocasse.

Plage Abu Dabab

Je retrouve Assan, mon chauffeur de la veille, pour aller jusqu’à la plage Abu Dabab, à 30 kilomètres au nord de Marsa Alam. Depuis la route, sur les rives de la mer rouge, on peut voir de très nombreuses constructions d’hôtels inachevés suite à la crise, sorte de resorts fantômes.

Il s’agit d’une jolie baie bordée de sable fin, privatisée (8 euros l’entrée / 150 livres égyptiennes), où la plage est aménagée : transats et parasols, paillote pour faire un peu d’ombrage à défaut de verdure, toilettes et douches, club de plongée, balade à cheval ou à dromadaire et à deux pas des resorts. Pour voir de nombreux poissons, pas besoin de partir en plongée, une sortie en snorkeling permet d'admirer un jardin de coraux multicolores dense et étendu, de très nombreux poissons, une raie à point bleue, et même des tortues dont deux géantes, en s’éloignant du corail vers les fonds plus profonds. Quel spectacle ! Jardin de corail, Poissons chirurgiens, poissons Balastre Picasso, des bénitiers gigantesques bleus et violets fluorescents, des tortues, une raie pastenague à point bleu, labres et poissons perroquets, poisson globe, poissons ange et poissons papillons, l’énorme Poisson Napoléon mâle (Cheilinus Undulatus), et même une rascasse volante venimeuse (surnommée scorpion des mers).

Plage privée d'Abu Dabab 
Jardin de corail et ses poissons multicolores 
Les tortues de la baie 
La raie à points bleus 

A noter, qu'il serait également possible de voir des Dugongs dans la baie.

Mais au fait, pourquoi la mer rouge porte-t-elle ce nom ?

La Mer rouge tirerait son nom d’un phénomène causé par un type d’algue appelé Trichodesmium erythraeum, qui se trouve dans la mer. A la fin de la floraison de ces algues, la couleur bleu-vert de la mer semble se changer en une couleur rougeâtre ou brune. Des températures relativement constantes de l’eau entre 20°C et 30°C, la sédimentation mineure en raison du manque de pluie et des courants faibles, un haut contenu de sel résultant d’un haut taux d’évaporation ainsi qu’un bas niveau d’humidité créent l’environnement parfait pour la croissance du corail. La mer Rouge est une des mers les plus salées du globe avec une salinité de 42 USP alors que de façon générale les océans ont une salinité de 35 USP.

Je garde en tête pour un prochain voyage en Égypte, la station balnéaire de Dahad dans la péninsule du Sinaï, dont tant de touristes m’ont parlé, notamment pour la plongée.

En route vers Luxor

Après avoir fait une courte escale à Hurghada pour couper en deux le long trajet entre Marsa Alam et Louxor, et emprunter les routes surveillées par la police, je pars depuis Hurghada pour Louxor. Départ 15H30 à la gare routière Go Bus. Il faut presque cinq heures pour parcourir les 310 kilomètres et rejoindre Louxor. Un seul arrêt, bref, sur la route rectiligne traversant le désert immense, le temps de faire une pause toilettes, se dégourdir les jambes et admirer le coucher de soleil.

Sur la route entre Hurghada et Louxor 
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Publié le 19 janvier 2020

Louxor et ses environs regorgent de vestiges datant du temps des pharaons. Sur la rive ouest du Nil, la très riche nécropole thébaine comprenant notamment la Vallée des reines, la Vallée des rois, la Vallée des nobles, le Temple d’Hatchepsout et le Temple de Ramsès III. Sur la rive est du Nil, le Temple de Louxor et son musée et les Temples de Karnak. Il s’agit d’une des régions les plus touristiques d’Égypte avec la région du Caire et par conséquent gare aux arnaques et préparez-vous au harcèlement de rue et à la négociation! Un conseil, si vous n’apprenez que quelques mots en arabe, retenez « La Choukran », qui signifie « non merci », cela permet de couper court plus rapidement.

Je réserve donc un taxi pour une demi-journée (500 livres égyptiennes/environ 28 euros) pour visiter quelques sites non compris dans la croisière sur le Nil programmé pour le jour suivant. Je commence par la visite du temple d’Hatchepsout, puis de la vallée des reines et notamment la tombe hors de prix de Néfertari, pour terminer par le Temple Medinet Habou (également connu comme Temple de Ramses III). Pour visiter les différents sites, il est possible soit d’acheter un billet pour chaque site, soit d’acheter le Pass Louxor valable 5 jours (prix compris entre 80 et 150 euros en incluant l’accès aux tombes les plus chères de Néfertari et Sethi Ier).

Petit rappel historique, Thèbes était le nom grec de la ville de Louxor dans l’Égypte ancienne. La nécropole thébaine, elle, se situe sur la rive ouest du fleuve, le Nil. A l’image du Dieu Ra, qui est né sur la rive Est et est enterré sur la rive Ouest, les Pharaons naissaient et vivaient sur la rive est du Nil et étaient enterrés sur la rive ouest du fleuve, dans la vallée des rois.

Temple funéraire d'Hatshepsout

A noter qu’Hatchepsout fut la seule femme pharaon dans l'histoire de l'Égypte antique (cinquième souveraine de la XVIIIe dynastie). Elle accéda au pouvoir au cours du Nouvel Empire après la mort de son père, Thoutmôsis Ier et de son beau-frère et époux, Thoutmôsis II, qui succéda à son père sur le trône. Elle endossa préalablement le rôle de régente du fils de son époux, Thoutmôsis III, qu'il eut avec une autre de ses épouses. Mais elle s’empara du trône vers -1478 et réussit à rester au pouvoir jusqu'à sa mort. Toutefois, le statut d'Hatchepsout comme unique femme dirigeante n'est pas le seul fait de sa célébrité. Elle fut également un pharaon qui connut de nombreux succès. Elle dirigea un pays où régnèrent la paix et la prospérité ; elle développa des routes commerciales très lucratives vers le pays de Pount, au sud. Ces réalisations sont immortalisées sur des bas-reliefs dans son de son temple. Elle contribua également au développement de nombreux temples, dont ceux de Karnak.

Temple funéraire d'Hatshepsout , unique femme pharaon de l'empire

Respectant la tradition des pharaons précédents, le principal monument construit par Hatchepsout est le grandiose temple funéraire construit à proximité de celui de Montouhotep II, à Deir el-Bahari dans une falaise de la montagne thébaine. Il est conçu par le Grand Majordome de la reine, Sénènmout qui en supervise les travaux. Le point focal en est le Djéser-Djéserou, le Sublime des sublimes, une colonnade d'une parfaite harmonie située au sommet d'une série de terrasses qui étaient autrefois des jardins luxuriants. Malgré les 120 sphinx qui montaient la garde devant l'entrée, son nom fut martelé après sa mort afin d'être effacé du monument, sans doute à l'instigation de son neveu et beau-fils, Thoutmôsis III. Le temple a été reconstitué par une équipe égypto-polonaise travaillant sur le site depuis 1961.

Visite de la Vallée des Reines

Appelé en arabe Bibân el-maleïkat, la vallée des Reines est la nécropole des épouses royales, des filles, parfois des fils des rois des XIXe et XXe dynasties. On en connaît aujourd'hui près de cent tombeaux (98 sont numérotés), dont celui de la reine Néfertari, la grande épouse royale de Ramsès II. Seules trois ou quatre tombes sont aujourd'hui ouvertes au public : les tombes de Khâemouaset et Amonherkhépeshef, deux fils de Ramsès III, la tombe de Tyti, épouse d’un Ramsès (peut être X) et la tombe de Néfertari, ouverte de nouveau au public en 1995 après une campagne de restauration.

Le billet d’entrée (100 EGP) à la Vallée des Reines permet d’accéder aux trois tombes, à l’exception de celle de Néfertari qui à elle seule, coûte la modique somme de 1’200 livres égyptiennes soit 66 euros pour dix minutes d’observation (le temps de visite dans les couloirs de la tombe étant limité à dix minutes) ! Mieux vaut être passionné d’histoire, un brin égyptologue, admiratif des temps antiques ou animée d’une infinie curiosité pour dépenser autant d’argent ! Je visite donc les trois tombes ouvertes au public, puis je pars patienter à l’ombre quelques minutes pour visiter la tombe de Néfertari (QV66) où il y a la queue et dont le nombre de visiteurs dans la tombe est limité.

Il fait une chaleur sèche en cette matinée d’automne ; on doit avoisiner les 40 degrés. Sous un soleil de plomb, je me liquéfie alors que je déambule entre les nombreux sites de la nécropole et cherche en vain un point d’ombre. Une fois passée la porte d’entrée de la tombe, on emprunte un couloir descendant jusqu’aux différentes parties de la tombe, dans une chaleur moite et on respire un air de renfermé. Les dessins colorés sont magnifiques. J’ai du mal à croire que ces dessins datent de plus de 3000 ans ! De façon générale, les tombes de la Vallée des Reines, sont plus colorées que celles de la Vallée des Rois.

Tombes de la Vallée des Reines 

Néfertari Meryenmout (« La plus belle de toutes, aimée de Mout ») est la principale Grande épouse royale du pharaon Ramsès II qui vécut sous la XIXe dynastie aux environs du XIIIème siècle avant notre ère. Elle est une des huit épouses connues de Ramsès II. On pense qu'il aurait, à l'âge de seize ans, épousé Néfertari, quant à elle âgée de quatorze ans, pendant la corégence avec son père Séthi Ier à Memphis. Elle fut toujours l'épouse préférée de Ramsès, bien que celui-ci eût avec Isetnofret un fils, Mérenptah, qui deviendra pharaon. Néfertari a été une figure importante de cette époque. Elle a eu une grande influence sur le monarque qui tint compte de ses remarques et de ses conseils. Elle le seconda dans toutes les fonctions royales et religieuses en tant qu'« Épouse du Dieu ».

Tombe de Néfertari 

Découverte en 1904 par Ernesto Schiaparelli, la tombe possède des fresques qui représentent le voyage de la noble défunte dans l'au-delà. Les scènes, qui s'inspirent du Livre des Morts (rouleaux de papyrus, recouverts de formules funéraires, placés à proximité de la momie), sont disposées de façon à retracer le parcours de l'âme de la reine. Après avoir descendu les escaliers et être parvenue dans la « salle d'or» (la salle du sarcophage), l'âme entre dans le royaume d'Osiris, où s'accomplit sa gestation. Ensuite elle subit les transformations de la transfiguration dans l'antichambre. C'est dans la petite salle annexe qu'est célébré le triomphe de la défunte qui, désormais, est prête à « sortir au jour», c'est-à-dire à ressusciter. Alors que les magnifiques peintures murales étaient menacées par l'humidité et l'infiltration de sels qui faisaient disparaitre les enduits, plusieurs interventions dans les années 1980/1990 ont été réalisées pour sauvegarder les enduits.

Medinet Abou ou Temple de Ramses III

À partir de Ramsès III, Médinet Habou devint le principal centre économique et administratif de Thèbes Ouest. Les ruines des monuments de Médinet Habou ont longtemps été utilisées comme carrière. Il y avait une quantité très importante de Prêtres et de fonctionnaires Égyptiens, qui résidaient sur place, pour faire fonctionner le site et pour assurer les rites quotidiens et les nombreuses fêtes de la région au cours de l'année. Selon l'égyptologue Pierre Grandet, il y avait environ 150 Prêtres alors que le temple avait à sa disposition plus de 60’000 ouvriers, paysans et travailleurs. À l'image de la société pharaonique, l'administration de Médinet Habou était complexe. Elle était placée sous la direction d'un Grand Intendant. Il appartenait à un conseil de direction du temple et des dépendances regroupant diverses hautes autorités. Cette administration s'occupait de prélever les taxes, de gérer le quotidien, d'assurer l'approvisionnement. De nombreux scribes s'occupaient des tâches subalternes. Médinet Habou par son importance et ses fortifications devint rapidement à partir de Ramsès III le centre névralgique de tout Thèbes Ouest, au détriment du Ramesseum. Lors de l’anarchie qui suivit la fin de la XXe dynastie, le temple et son enceinte fortifiée servirent de refuge au peuple de Thèbes en lutte avec des nomades venant du désert occidental qui pillaient la région.

Medinet Abou - Temple de Ramsès III 

Ramsès III, grand admirateur de son ancêtre Ramsès II, fut le roi guerrier de la XXe dynastie. Son temple à Medinet Habou est entièrement consacré au récit et à l'évocation de ses exploits. Sa plus célèbre victoire est celle qu'il remporta contre les Peuples de la Mer, venus de l'est, décrite en sept tableaux sur les murs de la première salle hypostyle. Les pylônes des salles hypostyles, les portiques et leurs piliers sont autant de supports gravés de scènes de batailles et de sacrifices de prisonniers.

Temple de Louxor

Le temple d'Amon à Louxor est un temple égyptien voué au culte d'Amon. Situé au cœur de l’ancienne Thèbes, il fut construit pour l’essentiel sous les XVIIIe et XIXe dynasties. Il était consacré au dieu dynastique Amon sous ses deux aspects d’Amon-Rê céleste et d'Amon-Min (divinité ithyphallique). Les parties les plus anciennes actuellement visibles remontent à Amenhotep III et à Ramsès II. Ramsès II, autre grand bâtisseur, ajouta le pylône, dont le parvis était orné de six colosses, quatre debout et deux assis, tous à son nom, ainsi que deux obélisques et une deuxième cour à portiques, d'un style typique de la XIXe dynastie, avec ses colonnes massives qui rappellent celles des bas-côtés de la salle hypostyle de Karnak.

Temple de Luxour de nuit 

Les deux obélisques furent offerts en 1830 au roi de France Charles X par Méhémet Ali, mais seul celui de droite (l'obélisque de Louxor) sera finalement abattu et transporté vers la France où il trône depuis 1836 sur la place de la Concorde à Paris. Le transport du monolithe ne se fit que longtemps après la mort de Champollion, puisque l’obélisque fut érigé en grande pompe à Paris le 25 octobre 1836 (soit quatre ans et demi après la mort du savant), à l'aide de dix gigantesques cabestans. En remerciement, Louis-Philippe offrit une horloge qui orne aujourd'hui la cour de la mosquée de Méhémet-Ali au Caire, mais elle fut abîmée pendant le voyage et ne fonctionna jamais au dire des Cairotes. Le second obélisque, qui n’avait jamais quitté l’Égypte, fut officiellement « rendu » par la France en 1981, au début du premier septennat de François Mitterrand.