Carnet de voyage

Voyage de noces en Papouasie Nouvelle-Guinée

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Dernière étape postée il y a 1338 jours
Pour notre voyage de noces, nous avons décidé de choisir une destination qui restera gravée dans nos mémoires... la Papouasie Nouvelle Guinée!
Du 20 juillet au 23 août 2017
5 semaines
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Pas de Guide du Routard, le guide Lonely Planet disponible seulement en anglais et un Petit Futé minimaliste... voici à première vue les éléments dont nous disposons pour organiser notre voyage de noces en Papouasie Nouvelle-Guinée!

Aujourd'hui, le jour de l'anniversaire de Jean, nous venons de prendre une décision: nous n'allons prévoir que 5 jours avec une agence pour le passage le plus critique du voyage, la pirogue sur le fleuve Sépik. Le reste du voyage se fera comme à notre habitude, au fil de l'eau et avec nous-même pour guide. C'est que les agences françaises demandent quasiment 400€/jour/personne... à ce prix, on peut se payer un hôtel de luxe et un déjeuner à l'Arpege 3 étoiles d'Alain Passard tous les jours au lieu de marcher 8 heures par jour, dormir sur une natte à même le sol chez l'habitant et manger du taro pilé à la sauce de tapioca...

Betterave en croûte de sel d'Alain Passard, c'est comme le taro papou mais en ultra luxe
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Arrivée en Papouasie: le pire jour de notre voyage de noce (en tous cas nous l'espérons).

Après 2 jours à Singapour et à Kuala Lumpur à arpenter les rues commerçantes, monter sur les gratte ciels, visiter des jardins enchanteurs, hésiter entre un wok malaxiangguo chinois, un riz à la coco malais et un curry d'Inde du Sud, nous avions hâte d'arriver à notre destination finale: la Papouasie Nouvelle Guinée.


À l'aéroport bien avant l'heure, nous nous sommes rendus compte que la compagnie Air Niugini (qui a le monopole de l'entrée sur le territoire Papou) avait des avions, même pas en carton. Genre, de vrais avions. Genre Boeing, avec de beaux sièges, un repas végétarien ou carnivore au choix et des hôtesses sympathiques. Seul petit hic, Jean ne se sentais pas très bien depuis une heure. Genre, il ne fallait pas se retrouver très loin des toilettes qui ont servi de réceptacle final a son déjeuner. Genre, heureusement que l'on est à Changi airport, le bel aéroport Singapourien tout confort qui sent la rose et le luxe.

Le petit hic continue dans l'avion... où Jean continue à demander sac en papier sur sac en papier pour se précipiter de les remplir. Avant le décollage, pendant le décollage, 5min après le décollage... Heureusement nos voisins d'avions ne semblaient pas incommodés. Et cela a duré quelques heures, la moitié du trajet, jusqu'à ce que Jean puisse avaler une gorgée de coca de manière durable.

5h40: Jean et moi arrivons à Port Moresby, lui exsangue et moi quand même un peu fatiguée. Aéroport propret (contrairement à nos attentes), et heureusement car nous avons attendu debout 1h pour avoir nos visas et avons attendu plus de 3h pour notre vol en correspondance.

Jean à la sortie de l'avion à Rabaul, pressent-il déjà ce qui l'attend? 
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11h30: départ pour Rabaul (haut lieu de la seconde guerre mondiale en Asie) avant de changer d'avion en 30minutes (pas vraiment un challenge vu la taille de l'aéroport pour notre première destination: Kavieng, sur l'Ile de Nouvelle Irlande).

15h15: arrivée magnifique au dessus des lagons et des cocotiers...

Petit hic 2: le sac en soute de Jean ne nous a pas suivis (finalement le changement a Rabaul était peut-être un challenge pour certains...).

L'employé de l'aéroport pense qu'il va arriver par le prochain vol, d'ici 2h. Nous lui demandons de livrer à notre hôtel au nom original le «Kavieng Hotel».

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Nous marchons jusqu'à l'hôtel que nous avions contacté par mail il y a 2 semaines mais n'avait pas jugé bon de nous répondre. 1,2km de marche seulement jusqu'au centre ville, cela renseigne sur la fréquence des vols et la taille de la mégalopole Kavienguienne.

Petit hic 3: l'hôtel en question ne propose pas les mêmes tarifs que sur notre guide. la chambre double est à 160€ au lieu de 30€ ... pourtant, rien ne laissait penser de l'extérieur que nous avions affaire à un hôtel de luxe. Nous essayons de ne pas nous étrangler en entendant le prix et refusons aussi poliment que possible (même si l'on a un peu l'impression que l'on nous prend pour des pigeons parisiens). Dommage, c'était l'adresse que nous avions laissée à l'aéroport pour nous livrer le sac de Jean.

Jean était bien fatigué, avec une forte envie d'enfin pouvoir s'allonger après ses soucis de santé de la veille. Nous poussons un peu plus loin jusqu'au«Kavieng Club», une sorte de taudis où trainaient des hommes torse nu en train de fumer. On nous montre une chambre infâme, salle, aux lits ramollos avec une salle de bain sûrement pas lavée depuis le dernier hôte il y a probablement 6 mois à 220 Kinas (60€). Bon, non merci, on a besoin de récupérer, on va chercher ailleurs.

Prochaine destination sur le guide, «Kavieng Guesthouse» (ils n'ont vraiment pas retenu la leçon pour avoir un nom marketing: la différentiation!) Qui est malheureusement un peu plus loin, vers l'aéroport. Heureusement, il n'y a qu'un sac à porter, le mien, donc ça fait moins lourd pour Jean.

L'endroit est situé dans un jardin bien tenu et pour la modeste somme de 300 Kinas (84€), nous pouvons avoir une chambre avec salle de bain et air conditionné, le sol a l'air assez propre, le bac à douche correct. On a de la chance, les prix ont baissé car la cuisine est en maintenance et il n'y a plus possibilité de prendre nos repas sur place. Ok, quand bien même, c'est parti! (Même si ça fait mal de lâcher ce prix pour un chambre qui coûterait 10€ max en Indonésie, le pays voisin).

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16h30: Ouf!! Enfin! Nous nous effondrons simultanément dans le lit, soulagés d'avoir trouvé un toit mais inquiets pour les prix pour le reste du séjour. Jean finit par se lever pour aller aux toilettes. Je me prépare en vitesse à partir pour l'aéroport indiquer que nous sommes dans un autre hôtel que prévu avant que la nuit tombe.

Petit hic 4: Jean m'appelle des toilettes pour me dire que quand-même, la lunette est très sale et qu'il se demande si ce qui flotte dans la cuvette n'est pas un préservatif... je viens me rendre compte par moi-même: la lunette des toilettes est effectivement digne des toilettes publiques de Calcutta et oui, c'est bien un préservatif utilisé qui marine dans les toilettes. Mais où avons-nous atterri en voulant payer aussi peu notre chambre? Une maison close? Que font les propriétaires de cet endroit?

Bon, réglons cela plus tard, il y a toute la vie de Jean pour le prochain mois à aller récupérer pendant que lui se repose. Je pars alors bravement pour mon petit quart d'heure de marche. En chemin, alors que le soleil commence a décliner, on me salue, surtout les hommes et surtout avec un peu trop d'insistance pour mon état de fatigue et de nervosité.

Petit hic 5: Je me remémore alors ce chiffre fatidique : 1 femme sur 2 se fait violer au moins une fois dans sa vie en Papouasie. Avec la chance que l'on accumule, il ne manquerait plus que ça! Je marche à toute allure, ignorant les salutations et essayant de me contrôler pour atteindre l'aéroport au plus vite.

L'aéroport de Kavieng 

Là-bas, le nouvel avion est arrivé... mais pas avec le sac de Jean. L'agent de l'aéroport me demande pourquoi je ne suis pas avec mon mari. Je réponds qu'il est malade et doit se reposer (pourvu qu'il ne cherche pas à profiter de l'absence de Jean et de ma position de faiblesse d'une façon ou d'une autre). Je lui donne mon numéro pour qu'il me prévienne dès qu'il aura des nouvelles du sac (pourvu qu'il n'y voit pas d'invitation cachée).

Je sors alors en trombe de l'aéroport, courant presque pour rejoindre la guesthouse avant que la nuit ne soit totalement tombée. La lumière a bien décliné, je discerne mal les figures des personnes qui arrivent en face de moi et je commence a avoir sérieusement peur. Des voitures remplies d'homme s'arrêtent a côté de moi pour me saluer longuement. Je me maudis d'avoir été seule à l'aéroport.


Petit hic 6: Finalement, il fait nuit lorsque j'arrive saine et sauve à la guesthouse. Jean est allongé dans la chambre, sans lumière, sans clim par une chaleur d'enfer. Et pour cause, il n'y a plus d'électricité...

Je décide de prendre une douche dans le noir presque complet pour essayer de me remettre de mes émotions. On n'y pense pas souvent mais ce n'est pas évident de se doucher sans lumière! Je suis à cran.

Jean file à son tour à la douche pendant que j'utilise les derniers % de ma batterie de téléphone pour regarder avec nostalgie mes photos de Singapour tout en me faisant piquer par les moustiques (hé oui, le répulsif était dans le sac perdu!).

Petit hic 7: Jean m'appelle pour me demander de vérifier si le lavabo a de l'eau car lui n'en a plus sous la douche. En approchant mon téléphone, je me rends compte qu'il est entièrement savonné mais qu'il n'y a plus d'eau nulle part. Je descends demander de l'aide a notre hôte qui me promet d'apporter un seau d'eau pour que Jean finisse sa douche... et cela arrive seulement 5 minutes après, trop la classe!

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18h30: Bon, Jean n'a pas mangé depuis 24h, il est temps de trouver un resto... il n'y en a qu'un, celui du fameux «Kavieng Hotel». Nous y revoilà! Nous choisissons la salade de homard (parce que nous le valons bien!) pour 25 Kinas (7€). Les prix en PNG sont à n'y rien comprendre! Mais pour une fois, c'est bien.

Dîner de homard au Kavieng Hotel après nos mésaventures 

Petit hic 8: nous nous rendons enfin compte que la perte du sac de Jean peut être bien plus problématique que nous le pensions:

Pas d'habits: tout a racheter dans ce lieu perdu où l'on ne trouve presque rien.

Pas de sac à viande: difficile d'aller dormir dans les villages.

Pas d'antibiotiques: pas de filet en cas de problème de santé.

Pas de malarone: trouver rapidement un traitement anti palu dans un pays où personne n'en prend ou raccourcir nos vacances net tenant à 2 sur mes pilules de malarone pour ne courir aucun risque.

Pas de lentilles de contact: pas de plongée a Kimbe, le point d'orgue du voyage... pas même de snorkeling! Ou alors en mode taupe.

Pas de carnet de plongée: la preuve des 60 plongées de Jean perdues et pas de quoi justifier son niveau pour accéder aux belles plongées.

Pas de chargeur de batterie d'appareil photo: pas de photos de notre voyage mais 5kg d'équipement photo a porter...

Sans compter la perte de son ordinateur de plongée.

Si nous ne retrouvons pas son sac nous allons devoir renoncer à plusieurs parties de notre voyage...


Nous revenons à la guesthouse le coeur lourd: de loin nous apercevons de la lumière, bon signe! L'eau et l'électricité sont revenues, nous allons pouvoir passer une bonne nuit!!

Et nous avons passé une bonne nuit! Et notre situation s'est améliorée: la preuve, nous postons sur le blog!

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Publié le 27 juillet 2017

Lever un peu difficile après une nuit un peu angoissée sur la suite des aventures. La perte du sac remet en question la plongée fabuleuse d'ici 1 semaine à cause de l'absence des lentilles... Mais au moins Jean va bien, il a bien récupéré et n'a plus de symptômes inquiétants.

Alors, devons-nous comme prévu aller faire du vélo jusqu'à Namanatai avec notre unique sac à dos pour traverser ensuite en banana boat (3h) jusqu'à Kokopo? Le sac nous serait-il transféré dans un village à 40, 80 ou 260km de Kavieng (nos étapes prévues)?

Devons-nous attendre gentiment à Kavieng que le sac vienne à nous? Peut-être mais alors certainement pas dans cette guesthouse bizarre...

Nous sommes assaillis de doutes lorsque nous partons à 8h pour trouver:

- L'office du tourisme: soit-disant sur la rue principale mais introuvable. Finalement trouvé avec l'aide de locaux coopératifs. Fermé jusqu'à nouvel ordre.


- Lentilles: introuvables, l'on nous dit que l'on en trouve qu'à POM (Port Moresby), la capitale à plus de 3 h d'avion

- Un caleçon et un tee-shirt pour Jean: pas évident et plutôt cher, prix français alors que l'on voit bien que la qualité n'est pas là.

- Où louer des vélos pour continuer notre périple comme prévu.

Nous avons le moral dans les chaussettes, ne sachant pas quoi faire... et en plus il pleut un véritable déluge, difficile de se déplacer. Nous attendons sous les auvents des magasins avec les locaux.

Finalement nous tombons sur un lieu magique: Knoxie's place. Dedans, un magicien: John Knox.

Contre toute attente pour ce lieu qui a l'ai d'une maison sans prétention, nous trouvons LE businessmen de Kavieng.

Une guesthouse propre remplie d'employés, un circuit vélo tout organisé, un ami manager à l'aéroport qui a vite fait de localiser le sac de Jean...

14h: Nous avons enfin décidé de rester une nuit chez notre nouvel ami John Knox qui nous donne une grande chambre air conditionné à l'étage pour le prix d'une chambre plus simple (280Kinas=78€) en nous offrant dîner maison et petit dej.

Nous attendons le sac pour demain matin. Livré à la maison à 7h30 si tout se déroule comme prévu! Houra! Nous allons perdre un jour complet mais nous allons passer une suite de voyage normale!

Lorsque la pluie cesse, nous nous rendons au marché, près de la mer où nous trouvons des gens très sympathiques et des vivres bien méritées!

Le marché de Kavieng 

Le soir, dîner gargantuesque et excellent chez John Knox! Ribambelle de homards, moitiés de crabes, légumes à profusion, riz, taro et plantains bouillis, ananas en dessert!


Bonne literie, soirée passée à discuter avec deux anglaises étudiantes en médecine en stage a l'hôpital de Kavieng. Nous nous couchons ravis, le coeur léger pour passer une nuit excellente !

La chance a presque officiellement tourné! (Voyons si le sac arrive demain).

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Le 3e jour fut le jour des promesses tenues.

Promesse du retour de mon sac le matin d'abord, livré à notre hôtel pendant notre petit déjeuner, avec son contenu intact que je retrouvai avec plaisir: les médicaments et le sac à viande qui nous seront sans doute indispensables pour sortir des sentiers battus plus tard dans notre voyage, mais aussi les lentilles de contact et les documents de plongée indispensables, eux, à l'exploration plus confortable mais non moins désirée --et accessoirement payée d'avance-- des épaves et récifs coralliens papous.


Jean est ravi de réceptionner à 7h30 précises à la guesthouse son précieux sac qui assure la suite de tout notre programme 

Promesse ensuite que nous nous étions faite d'explorer la Nouvelle Irlande à vélo: l'affaire du sac sitôt réglée, nous avions nos vélos, casques et notre plan de route.

Promesse enfin de notre guide de voyage que la météo en Papouasie-Nouvelle-Guinée, malgré les théoriques saisons sèches et humides des régions tropicales, pouvait être assez imprévisible: le temps d'aller acheter un peu d'eau et des billets d'avion chez nos bons amis de PNG Air --ils ne peuvent pas nous faire deux fois le coup du sac quand-même-- le ciel gris s'abattait sur Kavieng en une intense et interminable averse, sur le même modèle que la veille mais quand on vient de louer des vélos et qu'on s'apprête à passer deux jours dessus, on ne voit pas les choses de la même manière…

Chien gardant nos vélos sous la pluie. Ce service ne nous a rien coûté.

Pas grave, la liste de courses préparatoires s'allonge d'un grand parapluie, bien plus facile à trouver ici qu'un caleçon étiqueté XL qui soit plus grand qu'un S, et le départ est retardé d'une petite demi-heure pour laisser le temps à la pluie de se changer en bruine.

Nous partons donc enfin, libres, libres d'aller tout droit sur la seule bonne route de l'île certes, mais libres d'avancer à notre rythme, de nous arrêter dans les nombreux villages qui bordent notre chemin, et de profiter de la côte paradisiaque.

La pluie se fait vite oublier, puis laisse carrément la place à un soleil qui me refait en un clin d'œil le bronzage camionneur qui commençait à peine à disparaître deux mois après notre dernière rando vélo. Nous ne sommes pas les seuls à faire ce chemin à vélo, loin s'en faut, mais il n'y a pas non plus chaque jour un groupe de touristes qui passe. Nous sommes donc la plupart du temps salués avec un grand sourire à notre passage, voire harangués d'un sonore "Morning!". Les enfants sont bien sûr les premiers à nous courir après et à s'amuser des quelques mots que nous leur adressons en passant. Enfants comme adultes nous tendent parfois la main pour qu'on la tape au passage, façon relais. Parfois même ils nous passent à cette occasion un petit cadeau: une fleur, ou une plante bicolore rouge et vert pâle, peut-être comestible mais on n'a pas essayé!

Les villages s'enchaînent, tous à peu près selon le même modèle: une suite d'espaces à peu près rectangulaires entre la côte de sable blanc et la route. Sur ces espaces se trouvent une ou plusieurs maisons, généralement sur pilotis -- sans doute pour parer aux grandes marées. Le jardin est toujours très bien entretenu. Côté route, les propriétés sont délimitées par une haie de plusieurs sortes d'arbustes, mais toujours les mêmes d'une propriété à l'autre, aux feuillages rouge, jaune et verts.

Haie typique de Nouvelle Irlande, sous un ciel grisâtre apparemment typique aussi

Ma mémoire incomplète du Lonely Planet m'a laissé un vague souvenir d'une conception papoue très stricte du territoire, aussi nous hésitons à rejoindre les plages idylliques que nous apercevons parfois pour une petite pause. Nous faisons notre premier arrêt sur une petite plage qui nous semble être un espace "public" car on y entre par un chemin assez large, il n'y a pas de haie visible, et près de l'entrée se trouve un panneau insolite "Kavieng Dojo".

 Un dojo au milieu de la jungle papoue! Ils ont vraiment fait la paix avec les japonais! 

Manqué! Deux personnes que nous prenons pour des curieux s'approchent bientôt, et salutations et présentations faites, il s'avère que l'un d'eux est le propriétaire de ce terrain et vit ici avec sa communauté. Bon, pas grave, il est souriant, on présente nos excuses et il ne nous en veut pas, on en profite plutôt pour en savoir un peu plus sur ce fameux dojo. Il est animé bénévolement par un jeune garçon de 16 ans, qui a passé 3 ans au Japon et qui donne des cours de karaté à la communauté gratuitement 3 fois par semaine, en plein air en fait, le dojo n'étant qu'un projet pour l'instant. "Communauté", c'est le maître mot de la vie ici, comme on le comprend au fur et à mesure de nos échanges et comme Kathy, dont je reparlerai, nous l'expliquera plus en détail.

Après quelques centaines de "hello" et "afternoon" supplémentaires, nous echouons à trouver un déjeuner... Un petit tour joué par notre guide vieux de 7 ans, le seul endroit pour manger indiqué par le guide, une magnifique guesthouse installée autour d'une impressionnante maison de plusieurs étages dans un arbre, étant fermé.

Jean devant le Treetop House d'un Australien qui a voulu vivre le rêve «Robinson Crusoe» 

Du coup, après un déjeuner fait de barres de céréales, de chips et de boissons tièdes pour cause de panne d'électricité dans l'improbable "Kavieng Beach resort" à l'activité et à l'offre pas vraiment débordantes où nous nous arrêtons, et après quelques coups de pédale, nous atteignons notre destination du jour, Lossuk, où nous sommes accueillis avec une bouteille d'eau bienvenue et une papaye fraîchement coupée par la femme de John Nox: Connie. Le coin est calme et beau, sans électricité --les pylônes ont disparu quelques kilomètres avant déjà-- et parfait pour un petit dîner romantique de voyage de noces sous une petite cahute en bord de plage, où l'on nous sert du homard en masse ainsi que plusieurs légumes locaux et viandes en sauce tous délicieux.

Romantisme échevelé, plage paradisiaque, coquillages qui nous laissent des messages célébrant notre amour 
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Bisou spontané avec retardateur 

Le deuxième jour de vélo est un peu plus difficile. Les 40 kilomètres de la veille se font vite sentir, et la succession de villages laisse peu à peu place à d'immenses plantations de palmiers à huile de part et d'autre de la route, qui nous coupent de la côte. La route, plate hier, devient une succession de longs faux plats montants suivis de courtes descentes. Evidemment la lassitude et la faim s'installent au pire moment, en plein milieu d'une plantation interminable.

Quand nous croisons enfin un village, nous annonçons à ses occupants que nous avons besoin d'un peu de repos (malolo liklik en tok pisin, le créole anglo-allemand parlé dans toute la Papouasie-Nouvelle-Guinée). Rien pour acheter de l'eau, on nous apporte gentiment des bouteilles d'un mélange d'eau de pluie et de rivière… qu'on accepte avec un grand sourire et qu'on ne boira bien sûr jamais, n'ayant pas pris de Micropur avec nous.

Nous arrivons de toutes façons rapidement à notre lieu de destination. On avait en fait enchaîné 45 de nos 50 km du jour sans pause, ce qui explique peut-être la fatigue au moment du déjeuner… Nous arrivons à Kathy's Eel farm (ferme d'anguilles), un peu dubitatifs mais suivant les conseils de John Nox sur les choses à faire. Nous nous attendions à une installation plutôt imposante, où des dizaines d'anguilles sortiraient leur tête d'une eau douteuse dans un bouillonnement infernal lorsqu'on leur jetterait le contenu de la boîte de maquereau achetée en chemin, toujours selon les conseils de John.

Rien de tout cela: pas de signe à l'entrée, nous traversons une grande communauté jusqu'à "Laraibina", "le bout du village" en nalik, la langue locale. On trouve là Paula, une femme sympathique et un peu barbue qui prend notre boîte de maquereau et nous emmène quelques mètres plus loin à une belle rivière, peu profonde, à l'eau claire, où elle jette plusieurs fois quelques giclées d'un mélange d'un peu de maquereau et d'eau. Quelques secondes plus tard, 4 anguilles énormes arrivent et viennent manger le reste de maquereau directement dans sa main, puis dans le seau. Un spectacle qu'elle peut offrir plusieurs fois par jour à des touristes, étrangers ou locaux, mais finalement assez amusant et émouvant.

En revenant de la rivière, nous trouvons Kathy, une femme très âgée, qui marche difficilement avec une béquille mais à l'esprit affûté et qui a fait plusieurs fois le tour du monde comme hôtesse de l'air, fonction qu'elle a occupée depuis les tout débuts de Air Niugini vers 1975 jusqu'à la fin des années 90. Nous attendions une exploitation un peu triste d'anguilles à des fins culinaires, Kathy nous parle écotourisme, rigole quand nous lui demandons si elle mange les anguilles, nous explique qu'alors qu'elle demandait à des Japonais des renseignements sur la biologie des anguilles, ils lui avaient répondu avec une liste de recettes de cuisine.

Nous avons passé plusieurs heures à discuter avec Kathy, qui nous a conseillé d'appeler John pour arranger notre retour, qui aura finalement lieu dans 1 heure "PNG time" comme disent les néo-guinéens, c'est-à-dire 3 heures. L'occasion de mieux comprendre le système des communautés et la fonction sociale essentielle qu'elles continuent de remplir.

Chaque propriété est occupée par une famille au sens assez large, grands-parents, parents, oncles et tantes, cousins etc. Les gens y vivent principalement d'agriculture de subsistance, de troc avec les communautés voisines et vente de quelques produits sur les marchés ou dans des petits kiosques situées en bord de route devant leur terrain. Comme souvent on nous parle d'un membre de la famille parti travailler ou ayant travaillé à Port-Moresby ou dans une autre ville du pays, j'imagine qu'il y a aussi des revenus de transfert. Ceux qui développent une activité touristique font aussi profiter la communauté du revenu généré, par une contribution plus importante à certaines charges de la communauté ou par l'emploi de membres de la communauté pour assurer le service.

Apparemment, il y a absence totale de système de retraite en Papouasie. La solidarité traditionnelle au sein des communautés est donc le seul recours. C'est ainsi qu'une femme comme Kathy, qui a vécu 22 ans à Port-Moresby, qui a travaillé en Angleterre et en Allemagne, revient passer ses vieux jours dans son village natal.

Nous avons droit de sa part à un coaching sur la réalisation de soi, sur l'indépendance des femmes grâce à l'éducation, à un encouragement à l'entreprenariat pour Aurélie… Petit bémol quand Aurélie demande quand les femmes se marient ici:

Aurélie: "A quel âge les femmes se marient-elles ici en général?"

Kathy: "A tout âge."

A: "A tout âge?"

K: "Oui, à tout âge: 12, 13, 14, 15 ans…"

En poussant un peu plus, elle déplore tout de même que les femmes se marient trop jeunes, et nous avons croisé ailleurs une femme mariée à 27 ans (pas en Nouvelle Irlande, certes).

Après quelques anecdotes croustillantes sur les hôtes qu'elle a pu recevoir, entre membre de secte suicidaire et linguiste parlant le nalik mais à la peur paranoïaque des germes, notre transport arrive et nous retournons chez John à Kavieng pour notre dose de homard quotidienne.

Pas besoin de canoë gonflable dernier cri: 3 bambous et des herbes pour attacher le tout suffisent sur la plage devant chez Kathy
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Arrivée à l'aéroport de Rabaul après avoir survolé l'ile de Nouvelle Irlande avec un lever de soleil magnifique.

Lever de soleil sur la Nouvelle  Irlande depuis l'avion PNG Air, parfaitement à l'heure et avec tous nos bagages à l'arrivée

L'aéroport de Rabaul nous accueille avec une fresque trônant au dessus du tapis à bagages: les masques et habits traditionnels des trois ethnies principales de Nouvelle Bretagne Orientale Tolai, Baining et Sulka (de gauche à droite).

 Masques traditionnels des trois ethnies principales de Nouvelle Bretagne Orientale Tolai, Baining et Sulka (aéroport de Rabaul)

C'est de cet aéroport que le sac de Jean était parti pour une mine d' or sur l'ile de Lihit, au large de la côte est de Nouvelle Irlande en service spécial pour les gens de la mine. Le sac n'a pas été débarqué lors du transfert vers Kavieng (alors que le mien l'a été) et les mineurs ont mis du temps à réaliser que ce sac n'était pas le leur.

En tous cas, arrivée à Kokopo où nous prenons nos marques. Plutôt facile car il y a plein de petits bus pour aller dans de nombreuses directions. Tout à l'air tellement plus facile que marqué dans le guide, nous nous sentons parfaitement libres d'aller et venir à notre guise, par nos propres moyens et en toute sécurité! La preuve, nous prenons déjà un bus local à la sortie de l'aéroport parce que notre hôtel a oublié de venir nous chercher!

Nous explorons la ville de Kokopo dans laquelle nous séjournons pour la modique somme de 186.9 Kinas (52€) au Vavagil ( qui veut dire Auberge dans la langue locale, le Tolai). Nous avons un prix raisonnable pour cette chambre à salle de bain partagée mais nous avons un voisine peu amicale qui ferme à clé de l'intérieur un verrou inaccessible de l'extérieur. Dommage pour elle, nous la dérangeons régulièrement!

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Petit Tour au marché où nous découvrons les produits locaux

De haut en bas et de gauche à droite: noix de betel, patates douces, tomates, bananes jaunes, bananes vertes, taro et arachides.
Le marché de Kokopo 

La péninsule Gazelle abrite deux villes principales: Rabaul la resplendissante, ensevelie par les cendres du volcan Tavurvur en 1994 et Kokopo, la capitale de la région créé après la catastrophe.

J'avais un attrait tout particulier pour la ville de Rabaul et son histoire de la guerre du Pacifique. Et l'on peut dire que je fus servie! Cette période de l'histoire est omniprésente dans toute la baie, sur terre comme en mer.

La plongée étant un des points d'orgue de notre séjour, et ayant beaucoup souffert pour valider mon niveau PADI open water entre mon retour du Pérou (7h de décalage horaire) et notre départ en Asie 2 1/2 jours après (pour ajouter 7h de décalage supplémentaire de l'autre côté de la planète) , nous profitons d'être dans cette baie connue pour ses beautés naturelles et son histoire guerrière pour visiter depuis les fonds marins ses merveilles insoupçonnées depuis la surface. Nous en profitons notamment pour nous adonner a une discipline spécifique en plongée, le Wreck diving (plongée sur épave).

Le Ropopo beach resort nous a affrété un bateau pour nous deux afin de plonger sur un barrière de corail mou et au dessus d'une épave d'avion Kamikaze japonais de la seconde guerre mondiale. C'était une véritable croisière Lune de Miel dans notre lune de miel, avec notre bateau privé, un ciel sans nuages, un soleil rayonnant et des cocotiers le long de la côte: mise en abime de Honeymoon.

Plongée dans la baie Kabakaul pour voir la barrière de corail. A l'horizon, le volcan Tavurvur domine la baie.

Deux superbes plongées où, grâce à mon niveau Open Water très récent je peux plonger avec mon "dive buddy" (et accessoirement mari) Jean Macher.

Pas de photos du requin que nous avons croisé ou des bans de thons, des limaces de mer fluorescentes, des rascasses, des poissons némo dans leurs anémones ou des magnifiques poissons perroquets... on n'a que 3 appareils photos réflexe et deux smartphones 10Mpixels après tout, pas super équipés.

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Le Rabaul de la guerre du Pacifique

Pour mon anniversaire en 2016, alors que nous avions pris la décision d'aller en Papouasie pour notre lune de miel, Xavier (mon frère) m'a offert un manga autobiographique hors du commun qui n'a fait que confirmer mon envie d'aller en Papouasie Nouvelle Guinée: La vie de Mizuki. Le héro un peu rêveur et paresseux est envoyé au front Japonais de Papouasie lors la guerre du Pacifique (WWII pour ceux qui auraient un doute). Posté en planque dans la jungle papour aux environs de Rabaul avec des milliers d'autres soldats japonais éparpillés, Mizuki subit 1000 morts, attrape la malaria, reste «alité» (a-natt-é devrais-je dire) pendant des mois, survit aux crocodiles et aux soit-disant «sauvages» qu'il fini par adorer et fini par perdre son bras à la fin de la guerre. Tout ce qu'il faut pour arriver à redonner vie et reconstituer une histoire vibrante derrière les épaves, tunnels et bunkers japonais encore visibles a Rabaul et le reste de la péninsule Gazelle.

Carte peinte sur le plafond du bunker de Yamamoto, Rabaul. 
Reliques de la seconde guerre mondiale à Rabaul  

Pour la petite histoire, les japonais ont attendu indéfiniment les troupes alliées planqués dans leur forêt à mourrir de faim ou de maladie tropicale alors que ces dernières n'ont pas posé le pied en Nouvelle Bretagne.

Musée de Rabaul en face du bunker de Yamamoto, fameux général japonais défait en mer par les alliés. 

Le Rabaul volcanique du Tavurvur

Rabaul est connu pour son Volcan qui a détruit la ville en 1994... il en reste des images sombres, des cendres encore recouvrant les rues... Voici l'atmosphère irréelle de Rabaul:

Vue des docks de Rabaul, encore en activité bien que toujours entourés des cendres des derrières éruptions. 
Vues de la ville de Rabaul encore noire des cendres de l'éruption
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Pour découvrir le volcan Tavurvur sous tous ses angles, nous avons donné du notre: 17km de marche, 900m de dénivelé positif, 1h de bateau...

Les bases sur le Tavurvur ou l'histoire d'un volcan petit mais costaud

Ce volcan capricieux de quelques 220m a enseveli la ville de Rabaul en 1994 alors qu'elle était au sommet de sa gloire: aéroport, resorts luxueux, yacht club, industries, meilleure scène musicale de PNG, visite de personnalités...

En 1996, coulée de lave importante et création d'un second cratère.

Explosions régulières mais pas meurtrières car la ville et les villages alentours ont été évacués de nombreuses fois entre 96 et 2014.

2014: explosion du volcan filmée par un touriste depuis son embarcation.

Dépôts de cendres réguliers depuis.

Joli petit contexte à aller explorer de plus près.

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Découverte du Tavurvur depuis le point culminant de la péninsule ou l'histoire du guide inutile

Pour mieux voir le Tavurvur, il nous fallait grimper plus haut que lui, et donc escalader le volcan (éteint!) le plus élevé à proximité, le Mont Mother (pour ses deux sommets qui font penser à une poitrine féminine qui aurait été amputée partiellement d'un sein. Genre le poitrail d'une amazone qui se serait un peu loupée en coupant son sein droit). Par contre, notre Lony préféré ne donnait pas le lieu du commencement de la rando. Donc, comme d'habitude en Papouasie, il a fallu se renseigner auprès des locaux et des hôtels. Notre hôtel à Rabaul, le Hamamas (qui veut dire heureux en Tolai) nous a alors donné le numéro d'un guide pour que nous traitions directement avec lui! Quelle heureuse surprise, ce serait bien le premier hôtel à notre connaissance en papouasie qui ne se prenne pas 50% de marge sur le dos des touristes!

Mais en face à face avec le guide ce ne fût pas non plus facile... il voulait nous faire payer 50Kinas (14€) pour 3km de voiture pour nous amener au départ de la rando, nous faire payer un transport privé exclusif supplémentaire alors qu'il y a des bus publics... nous avons du passer 40 minutes a lui expliquer et argumenter que l'on voulait marcher, pas se faire trimbaler comme des pigeons... Mais nous avions besoin de lui, nous avions peur de ne pas trouver le début de la rando, se perdre et arriver chez un papou coupeur de tête (ou pas) un peu hostile.

Vue de la baie de Rabaul depuis Mont Mother


Ascension du Mont Mother, vue de la baie et sécheur de noix de coco pour fabriquer la copra, élément de base de l'huile de coco

Nous apercevons une araignée très laide de 15cm de diamètre et nous demandons au guide si elle est dangereuse. Il semble très surpris qu'une araignée puisse être dangereuse et nous assure que celle-ci ne l'est pas... on a un peu de mal à le croire, ou alors les japonais planqués dans la jungle en 39-45 étaient en fin de compte des mauviettes.

Mais ces diversions sur les araignées ne sont que des excuses pour notre guide afin de se reposer... il ne tient pas notre rythme! Il n'a pas le pied sûr de l'homme de la montagne, ni le souffle du sportif... C'est dommage pour un guide de randonnée qui veut se reconvertir dans le tourisme sportif incluant du vélo!

Il est d'ailleurs persuadé qu'à l'étranger, le gouvernement fait pousser l'argent sur les arbres pour donner gratuitement aux habitants... "Free Money" comme il dit! On dirait qu'il ne rêve que d'une chose, gagner beaucoup d'argent sans rien faire

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You know, it's hard to be a guide as well... you have to work at least once a week!

Isaac, notre guide pour escalader Mont Mother

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Ascension du Tavurvur par la coulée de lave de 1996 ou l'histoire de la famille matupit qui demande 100€ pour 30min de bateau

Notre guide nous a plus ou moins laissé tombé pour la seconde partie de la journée, le tour en bateau pour observer le volcan Tavurvur depuis la mer... en fait, heureusement, nous commencions à en avoir mare de payer pour rien!

Du coup, nous avons enfin volé de nos propres ailes, décidés à aller trouver nous même un bateau dans un village de pêcheur pour aller narguer le volcan depuis la mer... Petit passage obligé en PMV pour aller jusqu'au village de pêcheur.

En cours de route nous rencontrons des locaux sympas qui s'inquiètent de nous voir seuls, sans guide, il y aurait des gens qui pourraient en profiter pour nous arnaquer... donc ils nous renvoie dans le circuit touristique local! celui-là même que nous cherchions à éviter... là, une gentille dame, July, nous accueille chez elle, arrange le bateau, nous prépare des noix de coco pour déguster sue le bateau et envoie ses deux enfants nous escorter... avant de finir par nous dire que le prix serait 350 Kinas! soit 200 Kinas de plus que ce que l'on nous avait dit la veille pour prix de base... Comme elle a dit Three fifty, sur le coup j'ai cru que c'était seulement 3,5 Kinas... hé bien non! c'était de la vrai arnaque! 100€ pour 30 minutes de bateau, normal... pourquoi les touristes ne payeraient-ils pas ce prix-là?

Nous avons finalement pu nous entendre sur le prix de 150 Kinas en incluant la fameuse et unique... ascension du volcan Tavurvur lui-même!!!

Certes encore en activité mais pas du tout dangereux selon eux car pas trop pentu côté mer... Nous voici partis en bateau pour conquérir ce Volcan et braver les éléments! Un moment épique...

Petit tour finalisé par la découverte de nid de mégapodes qui laissent de gros œufs tout chauds dans le sable... vendus plus de 5vKinas la pièce au marché, c'est un business lucratif!

Volcan Tavurvur, nous voilà: par la mer, par la terre, nous aurons tout essayé!

En cumulé, nous avons bien trotté dans cette journée et avons même gravi un volcan en activité alors que nous ne l'avions pas prévu au programme!

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Kimbe ne fait pas rêver. En arrivant en PMV de l'aéroport sur la place principale, on découvre une ville assez sale, qui ressemble plutôt à une ZAC. De très nombreuses personnes désœuvrées attendent un bus qui partira peut-être quelques heures plus tard. Les alentours de la place sont saturés de supermarchés et de bus qui, pour certains, sont venus le matin de villages assez reculés (compte tenu de la vitesse moyenne sur les routes défoncées du coin) et ne repartiront que le soir avec leurs passagers chargés des achats du jour au marché.

Le chauffeur nous avait assurés qu'il pouvait nous conduire à notre auberge, mais une fois arrivé à son terminus habituel il nous avoue ne pas savoir où elle se trouve. Il n'y a de toutes façons que 2 km à marcher pour la rejoindre, donc nous partons pour un de ces périples piétons si dangereux selon les opérateurs touristiques et les policiers locaux. Nous croisons effectivement de terribles étudiants et de terribles femmes portant de lourds sacs de course à grande anse, des "bilum" qu'elles suspendent à leur front, le sac pendant dans leur dos. Le taux de "morning!" souriant chute de 100% à 80% par rapport à Kavieng. Le chemin n'a rien de folichon et nous longeons entrepôts, cuves de pétrole et quincailleries géantes avant d'arriver à destination.

A Manaia Guesthouse comme ailleurs, les Papous ne rigolent pas avec l'entretien de leur jardin... 

Manaia Guesthouse est un petit paradis au milieu de containers rouillés, un jardin superbe et une maison impeccablement bâtie, meublée, équipée et entretenue, assiégée de fac-similés en tôle de maisons traditionnelles, installées là depuis plusieurs années par des populations d'autres provinces de Papouasie-Nouvelle-Guinée ayant migré ici et pris possession de terrains appartenant à la province.

...mais à Kimbe on ne peut pas en dire autant de l'entretien de la plage. 

Une petite balade sur la plage que bordent ces habitations de fortune nous permet de constater à la fois les dégâts, la plage étant couverte de déchets, et la vie qui s'est développée comme elle sait toujours le faire, dans ces conditions peu enviables: les enfants jouent sur la plage souillée et les habitants vaquent à des occupations diverses ou à ne rien faire entre les pilotis de leurs maisons, rien de très différend en façade de ce que nous avions vu en Nouvelle-Irlande.

Dans quelques années pourtant, ils seront sans doute chassés de ces terres: notre hôte Alise nous apprend qu'une mise en demeure leur a déjà été adressée par le département provincial du logement, pour la libération des terrains. Apparemment, les habitants ont engagé un avocat qui encaisse sans doute une grande partie des liquidités dont ils disposent, pour une cause perdue d'avance, mais il leur fera peut-être gagner quelques années. Etant donné l'absence de moyens et de système social, on imagine mal un plan de relogement comme on pourrait le faire chez nous, donc tout cela risque d'être assez laid le jour où le gouvernement local décidera de passer à l'action. Alors que je l'interroge sur l'amoncellement des déchets autour de ce village sauvage, Alise nous apprend encore que l'enlèvement des déchets est payé individuellement en Papouasie. Les habitants de ces villages n'ayant pas les moyens de payer, ils n'y a aucun service de collecte. Alise est agréablement bienveillante dans ses propos, malgré tout ce qu'on imagine qu'elle aurait à gagner si la plage pouvait être nettoyée et les abords de son auberge rendus plus accueillants.

Enfants de la "jungle" de Kimbe et influence orientale inattendue sur une maison de fortune

Alise et son mari Elvis nous emmènent un peu partout ce jour-là, car une consultante australienne en développement du tourisme, habituée à travailler au niveau gouvernemental mais qui se lance depuis quelque temps dans le développement de projets individuels, est chez eux pour les aider à développer leur entreprise. Nous la suivons donc à Walindi Plantation Resort, là où nous avons réservé un jour de plongée le lendemain, et où nous pourrons peut-être trouver quoi faire pour notre 3e jour à Kimbe.

Autant on paie très cher la plongée à Walindi, autant une fois sur place on est bichonné gratuitement: café, thé et wifi fonctionnel gratuits dont on profite tranquillement sur les transats de la terrasse; deux kayaks à disposition que l'on s'empresse d'emprunter une fois les cafés sirotés. D'ailleurs cela nous permet de trouver un peu d'eau profonde entre deux récifs coralliens pour nager un peu, ce qu'on n'avait pas pu faire jusque-là car il est extrêmement difficile de trouver des fonds de plus de 25 cm à moins de 500m des plages dans ce pays. Bref, un après-midi tranquille et tout confort.

On a aussi le droit de se la couler douce parfois 

En début de nuit, nous allons voir au cœur de la plantation de palmiers un arbre où des lucioles ont établi résidence. Les vers luisants clignotent presque tous de façon synchronisée et l'arbre a des airs de sapin de Noël. Je m'essaie à quelques photos sans trépied, sans grand succès. L'accompagnateur papou me propose d'utiliser sa tête comme support. Je trouve la proposition bizarre et le préviens que 2 minutes de temps de pause ça va faire long pour pas bouger, mais il insiste et je tente. A part 2 minutes de malaise où l'on sent tous les deux immédiatement que c'était une mauvaise idée et que l'objectif roule doucement sur sa bague de mise au point posée sur le crâne de ce monsieur, cela ne donne strictement rien.

Retour à l'auberge pour un dîner préparé par Alise. En revanche, pas de plan digne de ce nom pour le jeudi: soit on refait une ascension de volcan, soit on va observer les oiseaux, tout cela dans un cadre ultra-organisé par Walindi et au prix fort. D'autres excursions plus amusantes, qui nous amèneraient voir des épaves d'avions de la 2e guerre mondiale coincés dans les arbres depuis des décennies, ou vers un lac tout au bout de la péninsule du Talasea où il y a paraît-il des crocodiles de bonne taille, nous sont interdites car des villages s'y font paraît-il la guerre après la défaite du candidat local aux élections…

On verra ça plus tard, car demain c'est plongée dans un site réputé être l'un des plus beaux du monde!

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Que dire? Des coraux somptueux, un banc d'énormes barracudas, des roussettes, des requins gris tournant quelques mètres en dessous, des requins à pointe blanche se reposant tranquillement sur un replat d'un "mont de mer", sans compter les innombrables poissons habituels, perroquets, murènes etc. Un requin à pointe blanche a tout de même eu l'outrecuidance de faire peur à Aurélie en tournant à quelque mètres devant elle et de lui faire boire la tasse à 15 mètres de fond.

Est-ce le plus beau site de plongée du monde? J'ai vu aussi bien à Oman, des plongeurs chevronnés sur le bateau avaient vu mieux. Mais ce furent certainement 3 plongées belles et mémorables, suivies d'une petite bière sympathique au resort, le tout me laissant béat et brûlé dans le dos.

A défaut de pouvoir montrer les requins on vous montre notre déjeuner sur le bateau 
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Publié le 10 août 2017

Pour ce 3e jour à Kimbe, un peu las des activités pré-mâchées de Walindi, nous avions prévu d'aller faire trempette dans la Garu Hot River, une idée d'ailleurs un peu saugrenue dans un pays où il fait aussi chaud.

Mais quand on demande à nos hôtes comment on y va, ils trouvent évidemment que c'est dangereux et qu'il faut qu'ils demandent le matin même aux chauffeurs de bus et à leurs amis si quelqu'un peut nous accompagner etc.

Résultat, on attend jusque 9h30 pour apprendre qu'il n'y a plus de bus à cette heure-ci, qu'ils partent tôt le matin, reviennent chargés de gens et de leurs victuailles à vendre au marché de Kimbe et n'y retournent ensuite que le soir. Bien sûr un membre du conseil du village voisin de la rivière peut nous y accompagner si on loue un véhicule privé à la journée pour 100€.

Après un échange interminable pour expliquer qu'on souhaite absolument faire quelque chose seuls, nous allons avec eux à la vaste blague qui sert d'office du tourisme local. Le même échange interminable se répète pour un plan B, aller voir les geysers de Koimumu assez loin vers l'Est. Au bout de vingt minutes, on nous lâche enfin le numéro de bus qui se rend à Valoka, d'où il faudra prendre un autre PMV pour aller jusqu'aux geysers. Deux heures de route sans compter les attentes de bus, c'est à peine encore faisable, alors on se précipite pour prendre enfin le large, débarrassés des palabres infinies et répétitives qui rendent complexe la plus simple des entreprises!

Sauf qu'une fois à Valoka, on nous dit que oui c'est possible d'aller là on l'on veut, mais seulement tôt le matin, car un peu comme pour Garu River, les bus y restent ensuite la journée et ne reviennent que le soir. En se levant tôt et en partant directement avec le bon bus de Kimbe, c'était faisable sans problème (personne ne nous dit que c'est dangereux, c'est dire!), mais si on doit d'abord convaincre dix papous qu'on n'a pas les moyens de payer un véhicule privé et que de toutes façons on ne veut pas, ça ne passe pas…

Qu'à cela ne tienne, on se contentera de Valoka où l'aventure nous a portés! Le terrain de jeu est limité: c'est un gros village, avec une école privée franciscaine, des centres médicaux ou de logement d'étudiants subventionnés par des organismes australiens, mais rien qui promette une plongée dans la culture papoue authentique. En revanche, notre présence ne reste pas inaperçue des jeunes filles en pause avant leur après-midi de cours et des enfants qui jouent sur la plage.

 Malgré les apparences, pas sûr que le pendu devienne un jeu phare à Valoka

On discute un peu avec eux, Aurélie leur apprend le pendu qui les captive le temps de 3 ou 4 parties, puis la curiosité retombe, ce qui nous permet de manger assez tranquillement nos plats préparés achetés au supermarché avant de partir.

Avant de reprendre le bus pour Kimbe, le mari d'une prof de l'école locale nous explique un peu le système scolaire papou et nous dit, lui aussi, qu'il faut faire attention aux Highlanders, que les gens des côtes sont plus avancés car ils ont été exposés plus tôt aux blancs (sic!).

Une journée inoubliable? Sans doute pas! Mais c'est le prix de la liberté et c'est sans regret que nous rentrons à Kimbe nous préparer à notre immersion plus profonde, dans la région du Sepik, la région où le crocodile est dieu, mais un dieu mortel.

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Publié le 15 août 2017

Notre voyage sur le Sepik commence!

Vue du fleuve Sepik depuis Ambunti 

La partie encadrée de notre voyage est arrivée et finalement, nous sommes bien contents de ne pas avoir a galérer pour tout pendant quelques jours. Mais bien-sûr, tout va dépendre de la qualité de notre guide. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il à l'air excellent!

Un jeune français de 31 ans, Brice, qui a choisi de vivre en Papouasie, dans les highlands après avoir vadrouillé sur la planète et effectué 3 voyages en Papouasie. En l'occurrence, il s'est fait adopté par une famille papoue, dans un clans des highlands près de Goroka. Il a donc un papa papou, une maman papoue, des frères et sœurs papous et un nom papou: Kotopi. Tout cela est d'autant plus normal en PNG que l'adoption est monnaie courante (même si ce sont des bébés qui sont donnés d'un membre du clan à un autre) et que l'on ne peut vivre dans un village que si l'on fait partie d'une famille au sein de laquelle s'exerce le Wantok System (One talk system), un système d'échange de bons procédés et de réciprocité. Il parle Tok Pisin et connaît le pays de l'intérieur tout en gardant un certain recul de par sa culture française et ses expériences à l'étranger. Très cool, à la papoue, réglé sur le «PNG time» (doucement le matin, pas trop vite l'après-midi), il nous explique tout ce que nous souhaitons savoir sur le pays et ses habitants.

En plus, notre groupe à l'air bien sympathique:

- Thierry: un prof d'anglais retraité qui a visité tous les pays du monde et cherche désormais à compléter sa liste en visitant tous les "territoires". Ferrus de sarbacanes, il nous fera un excellent invités pour nos dîners du mercredi soir ;).

- Annie à la retraite, toujours de bonne humeur, et son fils Sébastien, passionné de charançons, papillons et autres insectes. Il est à la recherche d'un charançon turquoise magnifique, unique au monde et qui se trouve en Papouasie.

- Gaétane, codeuse pour Thalès qui reste discrète et se protège beaucoup du soleil.

- Christophe, un jeune banlieusard qui travaille dans le digital et se fait un trip de 3 mois en Océanie. Il s'intéresse aux pratiques des ethnies papoues.

- Françoise Angrand, une mathématicienne à la retraite qui voyage par monts et par vaux a doit avoir 10kg de matériel photo dernier cri avec elle.

- Catherine qui adore observer les mœurs les papous.

C'est dans ce nouveau groupe que nous nous installons dans le bus puis dans la pirogue pour arriver tardivement à Ambunti où se tiendra demain le festival du crocodile.

Départ de Pagwi sur notre pirogue 
Notre groupe de français à la queue-leu-leu  dans la pirogue
Aurélie a toujours la classe, même en pirogue sur le fleuve Sepik 
Jean et son nouveau chapeau d'explorateur 

A la queue-leu-leu dans notre pirogue avec un coussin chacun et un petit espace vital personnel, nous naviguons plusieurs heures, fascinés par l' immense fleuve Sepik.

Nous croisons des oiseaux sombres, des hérons, des maisons en bambou et tout le monde nous salue au passage. Mais la question que nous nous posons tous est la suivante: va-t-on croiser des crocodiles?

La réponse va venir très vite, c'est oui!

En chemin nous croisons un énorme crocodile mort, dérivant sur le dos... il ne fait pas bon se baigner dans le Sepik! 

Est-ce que le Sepik est vraiment notre seule possibilité pour se laver après 4h de route et 4h de pirogue sous un soleil de plomb?

La réponse est oui!

Baignade quotidienne dans le Sepik pour se débarrasser des 3 couches de crème solaire et 2 d'antimoustique mêlé à la sueur! 

Attention aux crocos!

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Pourquoi nous sommes-nous donné autant de mal pour arriver à Ambunti (cf étape précédente)?

Pour passer une journée au Puk-puk festival (festival du crocodile) qui a lieu 1 fois par an et recense les danses traditionnelles du Sepik, et notamment la danse du crocodile!

Une journée haute en couleurs, riches en costumes traditionnels, mascottes, danses et crocodiles quoique parfois perturbée par des touristes turbulents!

Touristes turbulents et un peu sans gêne au festival du crocodile d'Ambunti
Danses d'un des villages du clan Iatmul 

Nous nous demandons quelle est la part de tradition dans ces danses, chants et costumes et la partie réactualisée pour le touriste ou pour des questions pratiques.

Par exemple, les femmes portent parfois des caleçons sous leur pagne et, ceux-ci sont réalisés en fibres de sagou teints à la teinture industrielle importée.

D'autre part, il y a plusieurs clan du crocodile qui font un singsing lors du festival. Si tous ont la même base de costume, certains poussent le show jusqu'à avoir chacun leur propre petit crocodile en bandoulière... on dirait qu'il ont rivalisé d'imagination pour plaire aux touristes! C'est d'ailleurs un peu gênant que ce festival soit organisé avant tout pour les touristes... car les blancs sont clairement d'un côté, sous un auvent avec des chaises et le papous de l'autre. Et bien que beaucoup plus nombreux que les touristes, il n'y a pas de sièges pour eux ou d'abri pour les protéger du soleil.

Le crocodile fait d'écorce se plait a faire peur aux enfants et aux touristes...
Les artistes se préparent dans leurs loges 
Valeureux guerriers en herbe qui miment la chasse au crocodile pratiquée dans leur clan 
Un chef de clan passe au micro expliquer leur danse en tokpisin aux spectateurs
Divers groupes de danseurs 

Difficile de donner ici les noms des clans présents car personne n'arrive à nous dire cela avec précision...

Fin de la journée de performances artistiques, c'est l'heure de danser librement!

Cette bonne ambiance est stoppée nette par deux papous avinés qui commencent à se battre à la machette. Gros mouvement de foule: nous nous refugions dans le stand touriste en attendant que le chahut retombe et que les belligérants aillent se couper en morceaux ailleurs (pas devant chez nous j'espère). Et oui, c'est aussi ça la Papouasie!

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La partie culturelle du voyage commence enfin de manière très sérieuse!

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Palembe, la plus ancienne maison des esprits

Chez les peuples du Sepik, les hommes se réunissent dans des maisons qui leur sont réservées afin d'initier les jeunes hommes et prendre des décisions concernant le village. Ces lieux se nomment "haus tambaran" ou maison des esprits. Au village de Palembe, deux maisons des esprits sont nécessaires pour abriter les nombreux clans: celui du crocodile, de l'aigle, de l'oiseau, etc. L'une d'entre elles est la plus ancienne du fleuve Sepik et l'autre, plus petite, a été plus récemment construite en remplacement de celle bombardée après la seconde guerre mondiale.

Maison des esprits de Palembe 

Au rez-de-chaussée se trouvent des plateformes surélevées de chaque côté pour accueillir les membres des différents clans. Dans l'allée centrale, plusieurs feux sont allumés, un par clan. Aux piliers sont suspendus des crochets cérémoniels plus ou moins ouvragés destinés à recevoir des objets utilitaires ou des offrandes comme des noix de betel, des bilums (sacs traditionnellement tressés avec des fibres naturelles) ou du sagou, la nourriture de base dans cette région de Papouasie. On trouve plusieurs instruments de musique typiques de la région, des tambours imposants façonnés dans un tronc d'arbre: les garamuts.

De gauche à droite: Tabouret,  détail de garamut et Jean à l'initiation.
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Dans ces maisons se célèbre l'initiation des jeunes hommes pendant plusieurs mois. On leur apprend à manier les instruments de musique, à sculpter des masques sacrés, à tailler des flèches, à cultiver leur champs. Puis vient le rite d'initiation pour devenir des hommes crocodiles. On leur scarifie le dos, les bras et le torse. Puis on enduit leurs plaies d'huile de l'arbre tigaso et d'argile blanche et on les fait s'étendre à côté de feux pour que les plaies s'infectent et permettent de fermer des boursoufflures. Des croutes finissent par se former et vient alors la difficile étape du raclage avec un bambou pour les enlever. Il faut alors les rouvrir au couteau pour créer le relief ressemblant à la peau du crocodile. D'après les initiés que nous avons rencontré, c'est l'étape la plus douloureuse du processus.

Notre homme crocodile préféré: notre membre d'équipage de pirogue. Les plus belles scarifications du Sepik!

Le jeune homme passe au statut d'homme grâce aux saignements lors de sa scarification qui sont assimilés à ceux de la femme lorsqu'elle lui donne le jour. Il renaît ensuite dans la peau d'un homme, homme du clan de son père, guidé par son oncle maternel durant toute son initiation.

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Les haus Tambaran sont toujours empruntes de symboles féminins: comme au premier étage, on trouve l'effigie d'une femme accouchant d'un crocodile, symbole de la renaissance de jeunes garçons comme hommes à part entière, hommes-crocodiles.

Sculpture en bois sur la haus tambaran de Kanganamun 
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Atelier ouverture de noix de coco et fabrication du sagou

Sur les coups de midi, la chaleur est écrasante… il est temps de consommer une petite kulao fraîche! C'est une noix de coco que les habitants de Palembe vont nous chercher directement dans l'arbre! Nous nous essayons à les ouvrir à la machette avec moins de dextérité que les locaux. Puis nous allons voir comment les habitants du village se nourrissent dans ce lieu marécageux. Toute leur nutrition repose sur l'amidon du sagoutier qui est un arbre ressemblant à un palmier pour un œil occidental. Son tronc est très imposant et ses branches massives mesurent 2 à 4m. Les locaux préparent leur nourriture de chaque jour à partir de cet arbre.

Découpe du tronc du sagoutier 

Voici la recette pour obtenir un farine de sagoutier (Sak-sak en tok pisin) prête à l'emploi:

Recette de la farine de sagoutier

1. Couper le tronc à la base et le coucher afin de pouvoir le découper au fur et à mesure des besoins.

2. Détacher la chair d'une portion du tronc à la herminette.

3. Hacher menu à la machette en se servant de l'écorce du tronc comme récipient

4. A proximité de l'eau, laver la chaire finement découpée dans de l'eau et bien malaxer les copeaux de bois à travers de l'eau courante

5. Filtrer l'eau blanchâtre ainsi obtenue pour éliminer les copeaux de bois

6. Laisser décanter cette eau chargée d'amidon

7. Récolter au fond du récipient à décanter la pâte moelleuse que forme l'amidon agglutiné

8. Mettre cette pâte dans un sac poreux (typiquement à l'heure actuelle un sac de jute ou un sac en plastique tissé avec des inscriptions chinoises) et le suspendre à une branche d'arbre pour que tout le jus s'écoule

9. La farine obtenue est encore humide mais peut être directement utilisée pour faire des galettes par exemple

Les copeaux du sagoutier sont lavés avec de l'eau qui est mise à décanter dans un grand sac. 
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Des singsings en masse à Kanganamum

Pour bien illustrer la culture ancestrale locale, le mieux, c'est de la voire en pleine action. Nous assistons à d'excellente représentations a Kanganamun, un village où l'on trouve de superbes maisons des esprits.

A l'intérieur, tout est sombre, car le casoar (Muruk en tok pisin) est un animal nocturne.

Petite maison des esprits de Kanganamun. On nous accueille avec la danse du Casoar
La danse du Casoar devant la petite maison des esprits à Kanganamun 

Une seconde surprise nous attendait dans le village: une autre danse!

Mais avant d'arriver à la seconde maison des esprits, nous croisons une étrange pierre...

Pierre devant la maison des esprits où étaient entreposées à la vue de tous les têtes coupées des ennemis. 

Celle qui servait a entreposer la tête des ennemis vaincus. Cela donne le ton !

Cette danse est une célébration des guerriers victorieux. Les magnifiques hibiscus rouges portés sur le masque représente le sang des vaincus.

Photo de voyage de noces entourés de guerriers coupeurs de tête. 
Grande maison des esprits de Kanganamun 
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Le soir, les hommes du village nous ont un petit concert de Garamut, instrument de musique monumental réalisé dans le tronc du palmier dit «kapokier». Un des thèmes qui nous a été joué parle du palmier et du sagoutier dont les feuillages papotent entre eux. Très poétique!

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Un soir, à la nuit tombée, sur les bords du fleuve Sepik, un groupe de touristes carnassiers s'embarquent sur une pirogue pour chasser le plus gros animal recensé sur ces terres marécageuses: le Puk-puk. Mentionné dans les légendes ancestrales, à la fois craint et adoré, le puk-puk est dangereux pour l'homme, surtout quand le puk-puk a faim. En cette pleine lune, ces intrépides étrangers accompagnés de fiers guerriers scarifiés à l'image du puk-puk s'en vont trouver le féroce animal aquatique. Ils ont encore plus faim que le puk-puk lui-même et sont armés de harpons acérés. Ils sont bien décidés à nourrir toutes les huttes alentours de la filandreuse chaire du puk-puk.

Ils scrutent les berges, la lumière de leurs torches rasant les clapotis de l'eau à la recherche de l'effrayante bête. A l'affût, ils assourdissent leur respiration et tentent de progresser icognito sur l'eau. Un mouvement à gauche! À flots de velours, ils s'approchent: ce n'étaient que quelques grenouilles. Au loin! Ne serait-ce pas un puk-puk qui s'est faufilé dans l'eau? Trop tard, ils ont perdu sa trace… Ces cuirassés hydrophiles se savent trop visibles à la pleine lune et se méfient de chaque bruit.

Tous les sens en éveil, les courageux marins d'eau douce ont enfin repéré quelques épines dorsales qui ne font pas mine de plonger dans l'eau. Avec une stratégie coordonnée d'approche lente et silencieuse suivie d'une attaque au harpon fulgurante, grâce au mouvement brutal et précis du plus fier guerrier, la bête est transpercée et maîtrisée. Les torches se braquent alors sur le spécimen qui promet d'être impressionnant: un bébé crocodile transpercé par plusieurs pointes du harpon! Quelle horreur, les touristes écervelés ont tué un joli petit puk-puk qui n'avait pas pu fuir à temps!

Le petit puk-puk  harponné par le fier guerrier sacrifié

Recueilli par les piteux chasseurs comme seul et unique butin de cette épopée qui s'annonçait pourtant épique, tous rentrent au bercail, la queue entre les jambes. Ils recueillent le bébé reptile dans l'espoir de le voir se rétablir. Le lendemain matin, Ô joie! Le bébé puk-puk qui avait seulement 2 semaines a survécu! Que voilà une bête résistante!

Il a été traversé de part en part à plusieurs endroits et pourtant il vit toujours!

Malheureusement, le lendemain, délaissés des touristes qui avaient fini de s'amuser avec lui, il est mort de ses blessures. Paix à l'âme de ce petit puk-puk.

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Après 3h de navigation en pirogue et 3h de bus, nous arrivons dans un petit village spécialisé dans la culture de la vanille. Et, O joie, après plusieurs jours de baignade dans le Sepik en guise de toilette, nous apercevons notre toit pour ce soir: une guesthouse en bonne et due forme avec un jardin propret, de l'électricité et même de l'eau courante! Nous nous préparons impatiemment pour notre seule activité sympathique de la journée: un "Singsing" dans le clan des Abelams. J'espère y trouver la fameuse maison des esprits au toit en pente que j'ai vu en photo dans un de nos guides de voyage. Direction Apangai à 45minutes de route pour visiter la "haus Tambaran" (maison des esprits) du peuple Abelam. Jean et moi ne savons pas du tout à quoi nous attendre et nous sommes très agréablement surpris en arrivant devant une superbe maison des esprit peinte de motifs de têtes géométrisés aux nombreux coloris ocre, rouge, jaune, blanc et noir.

Maison des esprits d'apangai 

Au cœur de la fête de l'igname le plus long 

Nous sommes invités à pénétrer dans la sacro-sainte enceinte réservée aux hommes initiés du clan. Le cœur battant, nous entendons depuis l'extérieur des chants joyeux et le son des kundus (tambours). Une porte s'entrouvre par laquelle nous apercevons un masque de d'oiseau (hibou?) surmontant un corps recouvert d'une cape de feuillages.

Nous pénétrons un à un dans la pénombre de ce lieu sacré, entourés de part et d'autre par une haie d'honneur constituée des hommes en parures de cérémonies. Ornés de peintures corporelles sophistiquées, de couleurs de perles naturelles, de couronnes de fibres tressés et de plumages, ils chantent et dansent comme lors de leur fête annuelle en l'honneur de la récolte de l'igname. Cette entrée mystique dans ce lieu ne laisse aucun de nous insensible.

Accueil cérémonieux dans la maison des hommes 

Au fond de la pièce sombre, un mur entier est recouvert de peintures, de bas reliefs en bois et de sculptures sur bois peintes de motifs complexes. Au sol, sont allongées de grandes sculptures en bois peint de leur dieu Wangi. Elles sont transportées vers les autres villages du clan Abelams lors des grandes réunions annuelles pour l'élection du plus grand igname. Le clan ayant produit le plus grand igname jouit d'un grand prestige pendant toute l'année qui précède la prochaine élection. Il est indispensable que le dieu Wangi soit présent lors de ce concours mais attention, les femmes et les jeunes hommes non initiés ne doivent pas voir cette représentation Tambu (taboo). Elle est donc transportée dans un brancard, enroulée de sacs plastiques, sous des feuillages et portée jusqu'au village choisi pour accueillir la célébration. Lors de ces danses, les hommes se peignent le visage et le corps, de manière à ne pas être reconnus par les femmes.

Détails de l'intérieur de la maison des esprits d'Apangai 

Une pièce secrète dans la maison des esprits

Nous n'étions pas au bout de nos surprises car cette maison des esprits ne possédait pas de deuxième étage comme certaines que nous avions visité mais recélait ses propres secrets. Après l'entrée en fanfare que nous avons eu et à cause de la pénombre ambiante, nous n'avions pas vu qu'il restait encore une pièce à visiter derrière le mur décoré. Derrière ce mince mur se cachaient le dieu Ampunti et ses deux gardiens, les Bigmen (chefs) du village. Depuis le début ils étaient là, debout, impassibles, les yeux mi-clos dans leurs habits de cérémonies, encadrant le dieu. Des raies de lumière passant à travers la toiture illuminaient le dieu représenté assis au milieu de coquillages-monnaie énormes disposés sur le sol. Nous nous serions cru dans une reconstitution pour un film d'Indiana Jones ou dans Tintin pénétrant dans un temple péruvien. Nous étions tout simplement en Papouasie-Nouvele-Guinée dans un village tranquille et sans histoires.

 Le dieu ampunti

Le dieu Ampunti a pour rôle de conseiller le village depuis la partie la plus sacrée de la haus Tambaran: notamment en temps de guerre. Il était invoqué pour communiquer avec les esprits et donner de la force et du courage aux guerriers, ramener les membres du clan vivants et bien sûr pour revenir vainqueurs. C'est par cette pièce secrète que pénètrent les jeunes garçons qui doivent être initiés, en passant à travers une minuscule porte par laquelle ils se faufilent. Puis s'ensuivent des combats à mains nues ou à la lance entre hommes où les jeunes gens doivent se défendre pour devenir des hommes. Ceux qui sont mis KO sont considérés comme initiés. Ils peuvent alors ressortir par la porte principale, fiers de leurs exploits et de leur rang d'homme initié durement acquis.

Un de nos plus beaux échanges avec les Abelams d'Apangai

En sortant de ce lieu magique, le village entier s'est rassemblé, femmes et enfants compris, pour nous danser un Singsing traditionnel, sûrement amélioré année après année.

Les danses se terminent par une photo de groupe de tous les danseurs devant leur maison des esprit. Ce moment un peu embarrassant où certains regardent ailleurs, tout à fait indifférent d'être là, où d'autres ont l'air de franchement s'embêter et où les derniers prennent plaisir à parader dans leurs atours ou pouvoir scruter des blancs se termine par un présentation des bigmen. On nous demande alors de former une ligne de touristes pour que tous les danseurs puissent venir nous serrer la main et nous remercier d'être venus dans leur village. Nous sommes tous gratifiés un à un avec un "maole" (je vous porte dans mon cœur) souvent très chaleureux et sincère, parfois très timide mais rarement indifférent. Cette initiative a réussi à briser la distance qui s'était instaurée en nos deux groupes alors bien distincts dans l'espace de la place du village. Au cœur de cette foule de papous, nous posons des questions sur les coiffes portées par les femmes ce qui vaut à Annie, une femme d'âge mûr de notre groupe, de se retrouver affublée du chapeau traditionnel féminin des Abelams. De très bonne humeur, celle-ci se livre à une séance photos avec les femmes du village. Inspirés par cette expérience, les hommes du village cherchent un bon cobaye pour orner un touriste de leur décoration buccale. C'est au tour du fils d'Annie de tenir entre ses lèvres la corde de la parure masculine aux contours élaborés faite de coquillages cauris et de perles rouges. Nous lui proposons d'enlever son tee-shirt pour faire plus authentique (et pour faire rire les papous avec son bronzage de camionneur) en il trouve qu'il a suffisamment donné de se personne en tenant dans sa bouche la corde qui a servi au bigman du village pendant l'heure précédente! Notre guide Brice profite de la bonne humeur ambiante pour demander aux papous de chanter avec lui l'hymne national de PNG car il n'osait pas la chanter tout seul comme nous le lui avions demandé quelques heures auparavant. Après quelques palabres, une volontaire a rejoint notre ligne de touristes pour guider le chant de manière solennelle. Tout le village chanter alors pour nous de manière parfaitement improvisée cette fois l'hymne de leur pays qui parle de ses richesses naturelles et du sentiment national mais absolument pas de guerre tribales. Nous avons alors un peu honte des paroles de notre propre hymne national qui ne parle que de guerre, de sang et d'égorgement. Quelle ironie alors que l'on pense tant de mal de la sécurité en Papouasie depuis la France. En tous cas, pour ne pas être en reste, nous rassemblons nos talents pour chanter la marseillaise à tue-tête (il faut dire que nous sommes 9 et aux 60!) en mettant bien l'accent sur "aux armes citoyens" en levant des bras guerriers. Mais pour ne pas avoir l'air de vilains cannibales, nous enchainons avec un frère Jacques chanté en canon avec un "Ding Deng Dong" final agrémenter d'un hochement de tête qui fait éclater de rire tout le village. Nous retournons dans notre guesthouse de "luxe", enchantés par notre rencontre avec les Abelams!

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Depuis le début de notre voyage, nous croisons des gens dont l'activité principale est «I just stay in a village» (je reste au village). Ceci est très énigmatique pour nous... mais que font-ils toute la journée puisque les bananes et les patates douces poussent presque toutes seules?

Nous avons eu des éléments de réponse sur la vie au village version Sepik.

Villa sur pilotis au village

Les maisons sont construites par les habitants eux-mêmes, ils les refont tous les 5-10ans lorsqu'elles sont trop vieilles.

Nos guesthouses sur le Sepik, pas d'eau, pas d'électricité mais du bambou et des moustiquaires, ça c'est vraiment l'exotisme!

Pour aller aux toilettes, c'est toujours un peu compliqué car soit elles sont infestées de cafards qui grouillent au sol, sur les murs et la «cuvette», soit elles sont perchées très en hauteur.

Échelle d'accès au toilettes à Palembe 

Les enfants s'amusent au village

Ils ne vont pas beaucoup à l'école car le prof n'est pas toujours là et qu'il font ce qu'ils veulent!

Les enfants s'amusent au bord du Sepik 

Ils receuillent des animaux par exemple.

Couscous recueilli par un enfant du Sepik 

On cultive tranquillement son jardin

Tout pousse facilement mais pour l'igname, on prend plus de soin... notamment pour faire de grands ignames, mieux vaut laisser grimper la plante sur un piquet.

Champ d'ignames  avec des piquets pour récolter de plus beaux ignames.

On se lave dans le Sepik

Comme tous les soirs, on se lave là où il y a de l'eau, c'est à dire, le fleuve Sepik!

Dîner traditionnel au village

Notre guide Brice est en fait un cuisinier! Il décide de faire un break un soir et de laisser les villageois chez qui nous logeons cuisiner pour nous... et nous avons droit à un festin traditionnel! Galette à la farine de sagou fraîche ment fabriqué et poisson au curry cuisiné au feu de bois dans un bambou, un mode de cuisson très traditionnel.

Poisson de fleuve Sepik cuisiné dans un bambou sur un feu de bois 

Je n'ai pas pu résister à l'envie d'apprendre a cuisiner tout cela!

Voici la recette de galette au sagou qui n'a pas eu un franc succès auprès des français mais dont la texture m'a rappelé le mochi japonais ou le rice cake chinois. Avec du sel, c'est un excellent accompagnement de poisson ou légumes.

Je vous l'accorde, la couleur grise fait triste mine, mais cela vient simplement du type de sagoutier. Il peut y en avoir qui donnent de la farine blanche ou rouge.

Mes galettes de farine de sagou. On dirait de la lave solidifiée mais en fait, c'est un peu comme un mochi japonais tout plat!

Recette de la galette à la farine de sagou

1. Faire chauffer une poêle à feu vif

2. Frotter la farine de sagou entre les paumes de main pour en faire une farine homogène et fine

3. La saupoudrer sur une épaisseur de 2-

3 mm dans la poêle et tasser avec une spatule

4. Attendre quelques minutes que la farine coagule. Soulever les bords légèrement pour vérifier si la crêpe est suffisamment saisie pour être retournée

5. Faire tomber des gouttes d'eau sur toute la surface de la crêpe pour éviter que la farine ne tombe lorsqu'on la retourne

6. Retourner la crêpe et attendre 1 à 2 minutes pour cuire l'autre côté

7. Servir les crêpes à découper à la main et à tremper dans du sel Concert de musique le soir

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4h15

Lever dans notre beau boutique hôtel de wewak. Nos habits sont secs de la lessive de la veille, une immense satisfaction après autant de tee-shirts moisis au fond du sac.

4h45

Départ pour l'aéroport qui est magnifique avec de belles peinture dans le style des haus tambaran du Sepik.

6h35

Arrivée à Madang, nos sacs sont là et les «dog guard» nous escortent en fourgon blindé en centre ville jusqu'à nous mettre dans un mini bus à destination de Goroka

7h-10h15

Une fois dans notre bus, le chauffeur nous fait tourner dans le parking comme un poisson dans son bocal à la recherche de personnes intéressées pour aller a goroka et compléter son bus. Le rabattteur demande a chaque personne assise dans un coin si elle veut aller a Goroka. Est-ce vraiment possible de venir au marché pour trouver un bus qui va dans une ville à 7h de route et rester assis sur le côté sans se préoccuper de trouver un bus? Le rabatteur espérait-il vraiment trouver des badauds pour s'engager dans un tel périple sans avoir prévu leur coup (bagages, nourriture, argent...)? Apparemment, en Papouasie, c'est possible comme nous l'apprendrons par la suite! nous ne fonctionnons vraiment pas de la même façon... enfin, pas grand monde sur la planète ressemble à un papou sur ce plan!

10h15 -12h

Stop pour déposer des gens

Warning: sur «l'autoroute», si l'on doit s'arrêter, fermez les fenêtres

Stop pour prendre des paquets

Changement de conducteur

Stop pour l'essence

Stop pour acheter des noix de betel

Stop pour que la police vérifier le permis de conduire et carte grise (bien sûr notre chauffeur n'a pas de licence pour le véhicule alors ça dure un peu)

12h

Stop pour que la police vérifie si nous ne transportons pas des plantes ou des graines dans les montagnes

Stop pour récupérer ceux qui étaient allé se rafraîchir les pieds dans la rivière

Un homme crie des histoires dans le bus pour éviter que les personnes s'endorment

SlaLom entre les nids de casoar

13h30

Stop pour aller dans la rivière

Checking pinis! Dernier check de la police!

Nous faisons connaissance de notre voisin qui ramène un paquet de betel dans la montagne. Il s'appelle Dickson et est pasteur de l'Eglise de UPC (United Penticoastal Chruch)

15h: un camion passe et soulève un épais nuage de poussière, j'essaie​ de fermer la vitre du bus en vitesse mais je suis prise de cours par ma voisine de derrière qui a rabattu de son côté à temps la l'unique fenêtre... je mange la poussière. Une bataille sans merci se déroule coup sur coup pendant les heures à venir pour récupérer la fenêtre pour se protèger du vent, de la poussière, du soleil et puis plus tard du froid... Heureusement que l'on nous a mis en garde pour fermer la fenêtre à chaque stop du bus...

16h30

Nature call (c'est à dire pause pipi)

17h

Il reste 1h de route selon notre ami dickson

18h

Nous sommes apparemment toujours à 1h de Goroka... la nuit va bientôt tomber, il faudrait assurer nos arrières en réservant un hébergement. Mais comment? Nous n'avons plus de crédit téléphonique... pas question de s'arrêter sur la route pour trouver un hypothétique stand de recharge. Heureusement, digicel a tout prévu. Nous décidons d'activer le crédit d'urgence (car nous commençons à ressentir l'urgence de la situation) pour prévenir une guesthouse de notre arrivée. Manque de chance, pas de réponse ou le numéro fourni est erroné. La tension monte.

18h30

La nuit est tombée... Heureusement que l'on voit écrit dans nos guides et que tous les français qui organisent des tours en papouasie nous ont dit de ne jamais sortir la nuit...

18h40

Pause achat de betelnut. Oui, oui, c'est sérieux: il fait nuit, nous sommes depuis 8 heures et trente minutes dans le bus, si proche de notre but, nous nous arrêtons pour acheter quelque chose qui parait aussi dérisoire et insignifiant voire franchement nocif a nos yeux d'occidentaux. Au moins, nos voisins papous seront détendus pendant le trajet qu'il reste...

19h45

Arrivée à Goroka! La maison d'hôtes des luthériens est-elle toujours ouverte? Nous sommes prêts à réciter 10 notre père devant eux pour qu'ils nous acceptent dans leur humble demeure s'il le faut.... mais rien de tout cela, les luthériens sont toujours debout et il n'y a quasiment personne dans la guesthouse. Nous sommes dans notre chambre 10min après notre arrivée!

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Publié le 21 août 2017

Bienvenue dans les Highlands

Une nouvelle phase de notre voyage commence, à deux titres. Premièrement, après un concentré de danses, chants, masques, informations sur les pratiques culturelles dans le Sepik, nous souhaitons nous immerger un peu plus dans la vie quotidienne des papous, dans les villages. Avec les contacts donnés par notre guide, nous organisons donc un itinéraire en sauts de puces de village en village depuis Goroka jusqu’à Hagen, où nous conclurons notre voyage par l’un des plus grands festivals du pays. Deuxièmement, nous passons dans une aire différente, celle des Highlands, région explorée par les frères Leahy en 1930 seulement, et que les colons croyaient inhabitée jusque-là ! Un climat sec et frais et des jardins fertiles lui donnent des produits bien plus variés que sur la côte. Au marché de Goroka, les bananes côtoient maintenant des choux, des salades, des carottes, des patates douces, des grenadiers, des oignons… Aurélie bave devant toutes les possibilités culinaires offertes par ces bons produits. Des cochons s’y reposent aussi au milieu des déchets qui jonchent une partie non négligeable du marché.



Les Highlands produisent bien plus de choses que la côte (marché de Goroka)

Cette région a aussi dû s’adapter à la modernité beaucoup plus rapidement que le reste du pays. Certaines traditions et comportements que l’on pourrait juger archaïques, notamment les guerres tribales pour manque de soutien au candidat local aux élections, la mort d’un chef que l’on pense due à la magie noire, ou pour un conflit territorial, y sont plus fréquents qu’ailleurs. De fait, les guerres post-élections ne sont pas encore terminées à cette heure et plusieurs endroits des Highlands nous seront inaccessibles. Chez les Asaro, un peu à l’Ouest de Goroka, les gens sont raisonnables et les troubles sont terminés après quelques maisons brûlées et quelques morts à la machette il y a 10 jours, donc tout va bien, nous pouvons aller passer 2 nuits chez notre contact Tiger.

Bienvenue chez les Asaro

Le village de Tiger s’appelle Gere Miaka. C’est l’un des 10 villages de la tribu des Asaro. L’organisation est la même que dans l’essentiel du reste du pays : un village est essentiellement peuplé d’une grande famille, un clan. La loi coutumière a toutefois ici la particularité d’interdire formellement les mariages au sein de la tribu. Les jeunes doivent trouver leur compagne ou compagnon dans un village plus éloigné. Les amoureux se rencontreront typiquement à l’école, qui mélange les tribus, ou lors de grands événements, sportifs par exemple, ou organisés dans les villages. Le système d’achat de la femme à son clan a cours ici aussi, avec toutes les contraintes associées. Chaque village a ici une centaine d’habitants environ, ce qui fait tout de même 1000 locuteurs pour la langue des Asaro, le tokano, un score assez faible par rapport à la moyenne nationale de 7600 environ. Le tok pisin domine d’ailleurs très largement dans les échanges à Guere Miaka. Il y a fort à parier que le tokano est assez haut sur la liste des langages papous voués à disparaître. L’initiation locale pour devenir un homme, racontée par le vieux chef (77 ans) d’un village voisin, n’est pas des plus plaisantes.


Le café, très peu consommé sur place, est une source de revenu importante pour les Asaro et dans tous les Highlands

Emmenés au fin fond de la forêt, à l'abri du regard des femmes et des enfants, initiés pendant un mois aux arts de la guerre, de l’agriculture, de l’élevage de porc, de la construction d’une maison, de la fabrication des armes, de la magie, les jeunes hommes doivent ensuite s’enfoncer dans la gorge, parfois par le nez, le plus profondément possible (les frères Leahy ont rapporté des records autour de 70cm), une canne souple pliée en deux, probablement en bambou ou en canne à sucre. La canne est enfoncée du côté des deux extrémités. Le coude, resté à l’extérieur, sert ensuite de poignée pour retirer la canne d’un coup sec. Les muqueuses arrachées et le sang recraché sont vus comme les restes de femme restés dans l’enfant après la naissance, qu’il s’agit d’expulser pour devenir un homme un vrai. La finalité est donc la même que chez les Iatmuls, mais la manière est un peu moins symbolique. En revanche, contrairement aux Iatmuls qui pratiquent encore quasi-systématiquement leur initiation, l’avalage de canne a quasiment disparu depuis les années 60, suite à l'interdiction des missionnaires. Le chef lui-même ne l’a pas subie. Romax, neveu de Tiger me confie tout de même son admiration pour ceux qui le font encore et m'assure avec des étoiles dans les yeux que les femmes sont sensibles à la force presque surhumaine prêtée à ceux qui ont surmonté cette épreuve.

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Publié le 21 août 2017

Bienvenue chez les Mud Men (hommes de boue) et l’homme-esprit Nokondi

Les Asaro sont renommés pour leur spectacle des Mud Men, qui fait même l’objet de grandes affiches promotionnelles à Goroka et dans ses environs : le seul exemple de publicité touristique que nous ayons vu jusque-là --et qui ne dit d’ailleurs pas où se rendre ni qui contacter… C’est la première chose que l’on nous montre une fois installés chez notre hôte. Le spectacle recrée, en mettant l’accent essentiellement sur les costumes, la légende d’une poignée de guerriers Asaro vainqueurs d’une tribu entière au début du siècle dernier. Les hommes Asaro avaient été décimés par une tribu voisine qui leur enviait leurs terres. Seule une dizaine, laissés pour morts dans un marécage, avaient survécu. Ils s’enduirent de boue et se coiffèrent de masques de glaise effrayants, et s’en allèrent affronter l’ennemi. Les vainqueurs d’hier les prirent pour des fantômes, et ne sachant comment tuer un peuple qui ne mourrait pas, s’enfuirent sans demander leur reste.

Le spectacle est plein d’humour, un mud man peut vous saisir à travers la barrière de bambou à laquelle vous êtes adossés, un autre vous pointer sa flèche de palmier acérée entre les yeux et faire claquer bruyamment la corde de son arc… Difficile de ne pas avoir un peu peur. Difficile aussi de résister à se faire photographier avec un masque de mud man en fin de représentation !

Les Mud Men vainquent leurs ennemis par la peur

Mention spéciale aussi à l'acteur qui, en guise d’introduction et pour signaler aux autres l’emplacement de l'ennemi, allume un feu avec un bout de palmier, une languette de bambou frottée dessus et quelques feuilles de bananier bien sèches, plus sûrement et plus rapidement que moi avec un briquet et du papier journal.

L’autre légende, recréée plus récemment par le jeune Elijah, étudiant en tourisme à l’université de Goroka, concerne Nokondi, très littéralement mi-homme, mi-esprit : une moitié de son corps est esprit, l'autre est de chair. Nokondi se promène dans les villages où il vole et tue. On peut imaginer qu’il a pu servir d’excuse à quelques meurtres et cambriolages en son temps. Mais, sans qu’il soit facile de distinguer le premier degré du marketing de leur spectacle, on nous explique que Nokondi a désormais honte de sa dualité quand il se promène dans des endroits modernes, et qu’il est donc réfugié au fin fond de la jungle. La danse de Nokondi que l’on nous présente et qui n’a d'ailleurs rien d’une danse est censée être ce que les Asaro faisaient pour appeler Nokondi. Les acteurs sont déguisés en Nokondi, avec une moitié du corps peinte en blanc représentant la moitié esprit, l’autre en noir pour représenter la chair. (Chez nous ce serait sans doute l'inverse!)

Ce n'est pas Fantasia mais la danse de Nokondi

L'ensemble est assez redondant avec les Mud Men et notre ami Elijah va devoir travailler encore un peu pour développer son idée ! En tout cas son village se prête bien au jeu et l'âge des participants va de très jeune (3 mois) à “très vieux” selon les mots de nos hôtes, c’est-à-dire 45-50 ans.

La représentation est suivie d'un déjeuner cuit au mou-mou, four à vapeur traditionnel creusé dans la terre: des pierres chaudes sont déposées au fond du trou, couvertes de feuilles de bananier. La nourriture est déposée, couverte à son tour de feuilles de bananiers. Un trou est laissé au centre de chaque couche, par lequel de l'eau sera versée sur les pierres chaudes du fond avant de déposer la dernière couche de feuilles de bananier et d'enfouir le tout sous la terre pour le temps de la cuisson.


Dejeuner au mou-mou

Tous ces spectacles, présentés chaque fois dans une petite arène aménagée au bord d'un village, peuvent paraître artificiels et laisser au touriste en quête d'authenticité le sentiment de n'avoir pas plus pénétré le monde des Papous. En fait il n'en est rien, comme nous l'ont expliqué plusieurs personnes ayant passé beaucoup de temps dans des villages et ayant vu de "vraies" fêtes papoues (circoncision, inauguration d'écoles etc). L'inauguration d'une école dans la vallée Asaro peut par exemple donner lieu à une représentation des Mud Men identique à ce qui nous a été présenté.

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Une petite partie du clan de Gere Miaka

Le principal but en venant ici était surtout de mieux comprendre la “village life” --ou "willage life" selon la prononciation locale--, celle de plus de 80 % des Papous, et d'avoir le temps de discuter plus avant avec les habitants du village de Tiger. On est évidemment très loin des standards de chez nous et on fait quelques erreurs, qui ne génèrent toutefois jamais une plainte ou un reproche et sont pardonnées avec le sourire. Par exemple, la famille de Tiger ne mange pas tant que nous n'avons pas mangé. N'ayant pas faim, nous les avons donc involontairement fait attendre plusieurs heures au-delà de leur heure normale pour dîner. Les jeunes hommes célibataires doivent se procurer leur propre nourriture. S’ils ne le font pas, ils doivent compter sur le fait qu’une famille voudra bien cuisiner pour eux ou sur les restes. Le deuxième soir, affamés cette fois et ne sachant pas cela, nous avons mangé goulûment presque tout ce qu’on nous a apporté et ainsi privé de dîner deux jeunes hommes du village. La solidarité communautaire est forte mais pas absolue et tout le monde ne mange pas à sa faim tous les jours !

Le village n'a évidemment pas d'eau courante et l'électricité n'est là que quand Tiger fait tourner son générateur, ce qu'il fait de la tombée de la nuit jusque 2h du matin pour jouer aux cartes et regarder le rugby avec les autres hommes du village. Les toilettes, comme dans les villages du Sepik, sont un simple trou dans le sol surmonté d'une petite cabane de bambou tressée. Si les toilettes d'Ambunti étaient infestées de grosses blattes tropicales, on est ici plutôt tranquille, à condition de ne pas se lever de tout son haut sous peine de plonger la tête dans les toiles d'araignées au plafond. Tiger et sa femme nous laissent leur chambre, une pièce à peu près carrée au fond de leur maison (et à côté du générateur…). Les lits sont des plateformes à 80 cm du sol, soutenues par une ossature de bois recouverte de bambou tressé, comme les murs de la maison. Comme nous avons la chambre de Tiger, il y a un matelas, mais ce n'est que rarement le cas. Les gens dorment souvent sur une simple couverture épaisse. Les maisons dans les Highlands sont souvent sans aucune fenêtre pour garder la chaleur, et beaucoup y font du feu, mais pas chez Tiger. Le toit est ici de tôle, mais il est encore souvent de chaume et en double pente. Les maisons ont une durée de vie de 7 à 10 ans. Elles sont ensuite détruites et reconstruites, en un mois environ.

Maisons traditionnelles et à toi de tôle des Highlands et taille de pieux pour les haricots

Les Asaro voient défiler pas mal d'étrangers qui viennent voir les Mud Men depuis Goroka. Les personnes parlant un anglais très correct chez Tiger sont assez nombreuses, surtout chez les hommes, qui fréquentent plus directement les touristes. Mais ces derniers ne restent en général pas la nuit et les habitants du village manifestent une réelle envie d'échanger avec nous, de répondre à nos questions, de perfectionner leur anglais à notre contact. Aussi, après une première journée un peu embarrassante, la deuxième journée est très agréable.

Les conversations diverses permettent de cerner un peu les mentalités, avec des choses attendues (homophobie féroce -- au-delà de l'excuse religieuse, leur système de propriété, d’achat des femmes pour le mariage et d’héritage ne peut pas du tout s’accommoder d’unions de même sexe et je doute que la cause homosexuelle progresse vite), ou moins attendues, comme le rapport trouble à la magie. Romax, neveu de Tiger, adepte de l’église des adventistes du septième jour, la plus radicale concernant le renoncement aux traditions (ses fidèles ne doivent pas mâcher de buai, c’est dire ! ), nous explique ainsi que croire à la magie et aux esprits est contraire à la croyance en un seul dieu. Mais il nous explique aussi que la police ne peut intervenir dans les villages voisins en cas de guerre car les locaux vont chercher dans la jungle une plante spéciale, la fument et répandent autour d’eux une fumée qui enraye les armes à feu : c’est le sort du “triga lok”. Si on le pousse un peu et qu'on lui demande de confirmer que lui ne croit pas que ça empêche effectivement les armes de fonctionner, on obtient une réponse assez floue.

Romax m'en dit plus sur le cursus à l'école, où 7 matières sont étudiées jusqu'en 10e, puis 4 en 11e et 12e, les dernières classes avant l'université. Bizarrement, il est difficile d'avoir une liste très claire des 7 matières, mais l'anglais est la plus importante, loin devant les mathématiques. On y trouve aussi l'agriculture, où l'on aimerait savoir ce qu'ils apprennent de plus qu'à la maison, et le "développement personnel", joli nom pour le sport et quelques conseils de vivre-ensemble. Histoire, géographie, économie sont regroupées sous le nom de sciences sociales. Romax me dit qu'il ne démarrera les sciences que l'année suivante, soit en 11e seulement. D'autres nous ont dit faire de la biologie et de la chimie dès le 7e grade.

Il m'éclaire aussi sur la vision fin du mondiste des adventistes du 7e jour dont les orateurs, apparemment doués d'un charisme et d'une clairvoyance particuliers conférés par l'étude assidue et répétée de la seule Bible et par la prière, démontrent prêche après prêche que les événements du présent sont prédits par la Bible, reflètent une dégradation absolue de l'état général du monde et que le retour du créateur est proche. Mieux vaut donc se tenir à carreau et nous avons de fait rencontré plusieurs personnes, dont Romax, qui ont trouvé chez les adventistes un cadre très strict qu'ils recherchaient et qui les a sorti de vies sérieusement dissolues.

J'apprends à Hess, qui semble fasciné par le monde sous-marin, que nager dans la mer n'est pas différent de nager dans une rivière et l'incite à explorer un récif corallien avec une paire de lunettes de natation la prochaine fois qu'il passe à Lae.

Aurélie apprend à tricoter un bilum, le sac que tous les Papous ont avec eux. Les femmes du village décident, sous l'impulsion de Tiger, qu'Aurélie ne doit surtout pas quitter Gere Miaka sans que son bilum ne soit terminé et elles passent avec Aurélie des heures et une partie de la nuit pour le terminer! On repartira finalement avec le bilum terminé et deux autres en cadeau, ainsi qu'un masque de Mud Man miniature confectionné par Romax.

La femme de Tiger apprend l'art du Bilum à Aurélie

Au bout du compte, une excellente expérience, pleine d'enseignements, d'échanges ouverts et agréables, et les adieux sont ne sont pas dénués d'une émotion sincère de part et d'autre!

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Après notre séjour chez les Asaro et un bref passage à Goroka pour retrouver, le temps d'un soir, des conditions d'hygiène et des médicaments plus adaptés au soin de nos blessures surinfectées et autres désagréments mineurs, nous avançons sur la route de Hagen. Notre prochaine étape est un village proche de la ville de Minj, dans la province nouvellement créée de Jiwaka. Notre guide du Sepik, Brice, nous envoie en fait étrenner la guesthouse du village de Koken, décédé mais dont la quasi dernière volonté a été que son fils Raymond reprenne le business là où lui l'avait laissé, en partenariat avec Brice. Koken a ressuscité la culture locale avec l'aide d'un ancien, Ben, dont le père avait encore grandi dans la tradition. Raymond porte désormais le costume à la coiffe imposante de son père dans le singsing que le village présente aux touristes et aux locaux qui s'y rendent. Comme il ne parle presque pas anglais, il nous reçoit à la sortie du bus accompagné de Ben.

Les heures chaudes de la journée  sont volontiers passées à jouer aux cartes

La guesthouse est une grande maison traditionnelle sans fenêtre ou nous nous installons sur la plus grande plateforme-lit et où nous dormirons seuls. Des bâches en plastique ont été maladroitement tendues à l'extérieur pour créer un coin douche où l'on nous apporte de l'eau chaude dans un seau. L'eau étant récupérée à un point d'eau à 20mn de marche et bouillie au feu de bois, nous sommes franchement gâtés et on n'en demandait pas tant! Le lendemain on se baignera avec les Papous dans la rivière en contrebas, à 30mn de marche mais beaucoup plus amusant.

Les terres de Koken sont grandes et les jardins s'étendent sur une belle colline qui surplombe la rivière Minj, et encore au-delà jusqu'au bord de la rivière. Ben et Raymond nous les montrent lors d'une balade autour de la vallée de la rivière Minj à l'itinéraire fluctuant.

Les terres de Raymond surplombent la vallée de la rivière Minj 

Le chemin initialement prévu nous aurait en effet fait traverser les terres d'un clan ayant des prétentions sur les terres de Koken. Ben a témoigné contre eux au procès qui s'est tenu en janvier, et bien qu'un verdict ait été rendu en faveur de Koken, le tribunal a demandé que le clan de Koken paie 5000 kina de dédommagement au clan adverse, que Raymond n'a pas encore pu payer compte tenu de la mort de Koken et des frais d'enterrement notamment. Il y a donc un risque d'être attaqués si nous allons là-bas… Ben et Raymond se ravisent à temps mais se perdent un peu, ce qui nous vaut une balade bien plus longue et amusante que prévue, dans le bush, avec Raymond en ouvreur à la machette et pour nous aider à passer sans heurts les quelques passages fort glissants et au bord d'une falaise que la végétation luxuriante cache d'un voile pudique mais qui est bien là à quelques centimètres de nos appuis.

De retour sur les terres de Koken, quelques personnes pêchant dans la Minj river du mauvais côté de la rivière que l'on aperçoit au loin déclenchent l'ire de Ben: "Quoi! Ils viennent sur nos terres? This is ridiculous!"

Petit tour des environs 

Les repas sont les meilleurs que nous ayons mangés jusque-là dans les villages, avec des broccolis et autres légumes revenus et assaisonnés avec un peu de sel. On nous fait goûter la canne à sucre, friandise des Highlands, épluchée avec les dents, machouillée pour en extraire le jus sucré puis recrachée. Un plaisir modéré pour nous… Pas de viande car Brice a prévenu qu'Aurélie n'en mangeait pas. Ben nous résume sa conversation avec Brice de façon un peu énigmatique: "Kotopi m'a dit que vous ne mangiez pas de viande. Je lui ai dit "this is ridiculous!". Puis il m'a dit que vous étiez végétarienne et alors j'ai compris."

Mâchouillage et recrachage de canne à sucre 

Malgré plusieurs bons moments, ce séjour à Minj est resté emprunt d'un certain malaise qui ne s'est pas dissipé comme à Asaro. Le décès de Koken est bien plus récent que ce que nous pensions, un mois à peine, et Raymond est encore évidemment très marqué. A notre arrivée, en bas du chemin qui monte au village, on nous a montré cérémonieusement la tombe, et une fois en haut, après un accueil surprenant par les femmes, qui nous ont salué par des cris de loup et dont l'une nous déroula un tapis de fleurs, nous avons appris que Koken n'avait pas laissé derrière lui une, mais trois veuves, entre lesquelles il y a encore des conflits larvés, et de nombreux enfants sans éducation. Les restes du repas d'accueil préparé pour nous ont été engloutis par les femmes. Le prix du séjour est abordé maladroitement par Ben, qui répétera de nombreuses fois que la vie est très dure ici, que les femmes n'ont plus d'argent depuis la mort de Koken. Mais il ne veut pas qu'on le paie devant les femmes, qui sinon nous réclameraient constamment de l'argent selon lui. Nous craignons plutôt que ce soit pour qu'elles ignorent les sommes en jeu et pour redistribuer chichement. Il demande d'ailleurs d'abord que nous payons directement les femmes pour la nourriture, l'eau pour la toilette et que sais-je encore, mais il nous est parfaitement impossible de gérer l'équilibre entre toutes ces personnes dont nous ne connaissons rien et aux relations complexes, et nous insistons lourdement pour que le prix convenu d'avance, généreux selon nos références jusque-là, inclue tout, et plus lourdement encore pour qu'il redistribue équitablement ce que nous lui donnons. Cette atmosphère de grande détresse et de cachotteries est restée pesante tout du long, renforcée par les épreuves extrêmement dures, de notre point de vue d'occidentaux, traversées par beaucoup de femmes du village (voir étape suivante).

Nous souhaitons vivement à la famille de Koken de pouvoir développer leur entreprise touristique. Leur singsing particulièrement impressionnant, que notre groupe du Sepik a vu et dont nous avons vu les atours et la préparation, est un atout immense, mais pour recevoir au village il leur faudra plus de professionnalisme et de transparence dans la fixation du prix et la distribution de l'argent, ou bien il faudra que le voyageur qui s'y rend soit prévenu de la situation complexe et agisse en conséquence dès son arrivée. On aimerait aussi que Raymond, de plus en plus sympathique au fur et à mesure que les heures passaient, apprenne à parler anglais pour qu'il puisse échanger plus avec ses hôtes.

Tout le village se prépare pour un sing sing à destination d'un groupe de papous 
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Être une femme, dans beaucoup de pays dans le monde, ce n'est pas facile.

Et en Papouasie, même si la vie n'est pas facile pour grand monde, elle est particulièrement difficile pour les femmes!

En discutant avec de nombreuses femmes dans les villages, à Asaro ou à Minj que je me suis rendue compte de la situation des femmes dans le pays et de la force quasi-surhumaine qu'elles ont par rapport à leurs consœurs occidentales qui font figure de fillettes en comparaison.

Jeune femme portant un collier en "Kina shell", la monnaie d'échange traditionnelle pour acheter les mariées lors du "bride price"

"Bride price" ou comment acheter sa compagne

On ne le dira jamais assez, la Papouasie recèle une mosaïque de peuples avec des cultures diverses. Mais s'il y a un point qui reste relativement constant sur l'ensemble de la plus grande île, c'est bien le "bride price". Pour trouver femme, le jeune homme a traditionnellement le droit d'aller voir à droite, à gauche, de fréquenter les femmes qu'il veut et inversement. Par contre, pour fonder officiellement un foyer, c'est autre chose! Il faut avoir de l'argent pour acheter la femme qu'il souhaite épouser. En l'épousant, elle quittera son foyer pour venir habiter avec lui sur ses terres. Dès lors, de foyer de la jeune femme sera privée de la force de travail qu'elle représentait. Aussi, la famille de la fiancée exige une compensation pour cette perte sèche. Dans le passé, on utilisait les "Kina shell", des sections de coquillages brillants qui servaient de monnaie pour le prix de la mariée. Maintenant, on y rajoute de l'argent sonnant et trébuchant, des cochons, des animaux comme des casoars, des couscous, ...

On a joué devant nous une cérémonie de mariage qui consiste en l'échange de la mariée contre toute cette nourriture ou cet argent et le partage d'un bon repas. Plus la future mariée est instruite et douée, plus son père exigera une quantité importante d'argent. Vu de l'extérieur, avec ses tenues folkloriques, c'est vraiment sympa! Par contre, quand on y regarde de plus près, c'est moins sympa.

La fille a le droit de dire non et d'ailleurs avant de procéder à la cérémonie les futurs partenaires se connaissent souvent déjà. Par contre, une fois qu'elle a quitté sa famille, c'est pour toujours, elle "appartient" véritablement à son mari et au clan de son mari. D'un point de vue purement occidental, être un bien de consommation que l'on "achète" n'aide pas vraiment à avoir une vie facile.

Mon amie abandonnée par son amant. Elle participe aux représentations des danses de son clan pour les touristes 

Pourtant, pour une papoue, mieux vaut être achetée que vivre en "union libre" car au moins le mari a le devoir de pourvoir à ses besoins.Je m'en suis rendue compte en rencontrant une jeune femme très sympathique qui avait toujours le sourire et un petit garçon de 2 ans accroché à ses mollets. Après quelques minutes de discussion, elle m'explique sans aucun signe de tristesse et sans retenue devant l'étrangère que je suis pour elle, qu'elle a rencontré un homme qui l'a mise enceinte rapidement. Ils ont vécu chez lui pendant sa grossesse mais dès que l'enfant est né, il l'a chassée pour aller payer le prix de la mariée d'une autre femme. Bien sûr (sinon c'était trop facile), elle était sans éducation particulière qui aurait pu lui donner un boulot (bien que ce soit la femme qui parlât le mieux anglais au village de Minj) alors elle a du revenir chez ses parents. Manque de chance, son père, le fameux Koken, qui l'a ré-acceptée dans son foyer est mort 1 an après son retour. Elle n'a pas de terre à cultiver et dépend alors de sa famille élargie pour subsister. Heureusement, il y a le"Wantok" système, un système de don/contre-don et de solidarité entre les membres du village.

La propriété, ce n'est pas pour les femmes...

Le problème dans l'exemple de mon amie de Minj, c'est qu'à la mort du père, ses terres sont séparées entre ses fils car les filles n'ont pas le droit à la propriété. Du coup les terres ne sont pas allées aux 3 femmes de son père mais à leurs fils. Manque de chance, elle n'a pas de frère qui lui aurait pu avoir des terres à cultiver à lui prêter, ce qui lui aurait permis de faire pousser de quoi les nourrir elle et son fils. Du coup, personne parmi ses oncles ou demi-frères ne lui a donné une terre a cultiver. Elle n'a aucune chance de pouvoir subvenir elle-même à ses besoins dans son propre village, alors elle traîne dans le village et aide lorsqu'on lui demande, gagnant ainsi son pain du jour.

Un bel ananas qui forme les haies devant les maisons et se cultive facilement dans tous les jardins des papous de Minj.

Il ne lui reste qu'une option pour assurer sa stabilité, trouver un mari qui paiera le prix de la mariée à son clan. Ainsi elle aura les terres de son mari à cultiver. Par contre, elle a un peu peur pour l'instant de retrouver quelqu'un car son mari était apparemment violent. Mais le fait qu'elle aie déjà un enfant n'est pas un obstacle à trouver un mari, je lui souhaite de retourner à l'école et d'avoir plus d'éducation pour l'aider à surmonter ces épreuves te faire augmenter son "bride price"!

... par contre le sale boulot c'est pour elles!

Quand on passe dans la montagne, on voit des gens affairés aux champs. On voit surtout des femmes et une légende urbaine dirait qu'il y aurait aussi parfois des hommes... mais nous avons du en voir qu'un ou deux dans tout le voyage. Parce qu'en fait, les terres ne leur appartiennent pas, mais les femmes sont celles qui se lèvent tôt le matin pour aller travailler au champ, désherber, récolter, semer, porter l'eau. Elles sont fortes comme des bœufs, portent de lourdes charges (30 noix de coco bien juteuses) dans leur bilum accroché sur le front, ont des plantes de pieds de hobbit, marchent vite et ont une poigne d'enfer! A côté d'elle, même si je suis plutôt du côté des sportives en France, je suis une vraie chiffe molle.

Une jeune femme travaillant aux champs dans la région de Minj 

La troisième épouse du foyer dans lequel nous avons logé à Minj m'a bien montré la force d'une femme papoue grâce à sa vie dure. Alors que nous allions à la rivière pour nous baigner (une futilité selon elle, et puis pas besoin de savon!), au moment de rentrer dans l'eau, elle m'a vu ralentir. Evidemment, l'eau est super froide, les cailloux piquants et les pierres glissantes comme la peau d'une anguille. Alors elle m'a empoigné par le bras pour me faire remonter le courant. J'essayais de la freiner car j'avais super mal aux pieds mais elle pensait que c'était son devoir de me mener dans la rivière comme elle aurait mené un enfant hésitant. Elle, c'est une vraie dure, il n'y a pas de place pour prendre son temps pour rentrer dans l'eau même si l'on n'a pas vraiment les mêmes dessous de pied! D'ailleurs, elle va aux champs et cultive pieds nus.

Joséphine, la 3ème épouse de Kokken qui a un sacré caractère et sait se faire respecter. Elle doit encore le deuil pour 2 ans!

Se faire battre, tromper, menacer ou rejeter

Ma copine 3ème épouse m'a un peu raconté sa vie et j'ai trouvé que moi aussi, j'aurais beaucoup aimé être 3ème épouse dans les conditions qu'elle avait. Son premier mari l'a trompée alors elle l'a menacé de mort avec un couteau (elle m'a mimé l'attaque pour que je comprenne mieux, et je n'aurais pas du tout aimé être son 1er mari à ce moment là). Il ne n'est pas excusé alors elle est partie. Elle a trouvé un deuxième homme qui a accepté les deux filles de son précédent mariage. Mais il a été muté à la capitale alors elle a du laisser ses filles à leurs grands parents au village pour le suivre. Là-bas, elle n'avait pas de job, vivait dans des conditions misérables et son mari, qui avait un emploi stable dans un journal national, ne lui donnait pas d'argent pour qu'elle achète à manger. Pour améliorer la situation il la battait et elle devait vivre recluse dans une pauvreté extrême. Un jour, après 5 ans de difficultés, elle a réussi à fuir pour revenir dans son village lointain. Elle s'est mis à dos tout le clan de son mari qu'elle a quitté sans son accord: sa tête est mise à prix à quelques dizaines de kilomètres de chez elle, dans le village natal de son ex-mari. Puis elle a rencontré un autre homme, K.T. d'après le tatouage "maison" que j'ai aperçu sur son bras. Mais elle avait trouvé meilleur parti, un homme qui avait deux femmes adventistes et qui en voulait une plus jeune et pas Adventiste (ils ne sont pas rigolos selon les standards papous: pas d'alcool, pas de cigarette, pas de machonnage de noix de betel). Il lui a "donné" un jardin à cultiver et de l'argent pour acheter des choses. Au final, elle a 3 huttes dans le village grâce à lui car elle l'a aidé dans son idée de faire des représentations de chants traditionnels pour les touristes alors que ce n'était pas le cas des deux autres femmes. 5 ans plus tard, cet homme est décédé... Maintenant, que va-t-il lui arriver?

Lorsqu'elle m'a raconté tout cela, elle n'avait pas l'air d'être triste ou d'être accablée par le poids de son passé. Elle m'a dit que son cas n'était pas isolé et que beaucoup de femmes en Papouasie avaient plusieurs maris dans une vie et souvent le même genre de problèmes. Alors que tout ce qu'elle a traversé me semble être un scénario catastrophe, je me dis qu'être une femme en Papouasie, ce n'est pas facile du tout.

Coiffe de l'habit cérémoniel du chef de village. Les femmes adventistes ne veulent pas les toucher, c'est l'oeuvre du diable. 

Gérer la polygamie au féminin

Avoir plusieurs femmes peut s'avérer complexe pour un homme. Notamment lorsqu'il en a 3 et une dizaine d'enfants au total. Elles sont jalouses les unes des autres et suivant qu'elles ont des fils ou pas, peuvent trouver qu'elles sont traitées de manière différente. En plus il faut subvenir aux besoins de la femme la plus ancienne même s'il ne partage plus sa couche. Sinon il faudrait qu'il rembourse le "bride price" à sa famille d'origine pour la renvoyer chez elle. Hé oui, hé bien j'ai envie de dire à ces messieurs papous qu'ils s'éviteraient aussi des problèmes en respectant un peu plus le genre féminin! Ceci dit, comme elles ne connaissent que cela, elles ne souffrent pas vraiment de la situation comme une occidentale pourrait en souffrir. Et puis, pour avoir de l'argent pour faire étudier les enfants ou acheter des biens pour la maison, avoir un bout de jardin à cultiver, comme mon amie 3eme épouse, il vaut mieux être 3ème femme d'un homme reconnu que 1ère et unique femme d'un soûlard.

Le cas à part des hommes Huli qui vivent séparés des femmes car elles sont trop impures

Les Hulis vivent vers la ville de Tari et, bien que nous ne les avons pas rencontrés, il me semble que leur mode de vie surprenant dévoile une des nombreuses facettes de la Papouasie pour le thème des femmes.

Ceux-ci considèrent qu'elles sont impures et doivent vivre séparés d'elle. La population d'un village est alors complètement scindée en deux: les femmes et enfants d'un côté dans leurs propres maisons et les hommes et jeunes hommes initiés de l'autre dans leurs propres maisons. Les hommes et les femmes ne communiquent que lorsqu’un homme veut emmener sa femme ou une autre femme dans le bush pour assouvir ses besoins. Mieux vaut ne pas trop traîner dans le bush du côté de chez les Hulis...

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Le but d'un voyage en Papouasie est bien sûr de mieux appréhender les coutumes locales à travers les chants, danses et costumes. En allant aux festivals Paya et Hagen, nous en avons eu plein les yeux!

dans une grande enceinte de verdure, les groupes culturels rentrent un à un et défilent devant les spectateurs étrangers qui les photographient sous toutes les coutures.

Place aux images des "culture groups"

Les Melpa en rang
Des hommes Melpa issus de plusieurs villages
Tribu Cillimuli de la région de Enga. Leur chant vante le prix peu important de leur "bride price" (cf étape 23) 
Mudmen au Hagen show 
Huli wigmen dont la coiffe est réalisée avec leurs propres cheveux qui'ils ont laissé poussé pendant de longues années de célibat.
Femmes Melpa. Leur chant est doux et suave contrairement aux hommes de leur tribu qui préfèrent les chants guerriers 

Les femmes Melpa portent de lourd colliers de coquillages très reconnaissables.

Skeleton man 
Mitnande culture group 
Le clan des noix de betel 
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Publié le 11 septembre 2017

1. Une explosion de couleurs et de textures

Danses et Sing-sing sur le fleuve Sepik 

2. Un pays fascinant plein de contradictions et d'inattendu

Les bidonvilles se distinguent peu des vrais villages, si ce n'est par la propreté des plages
Le Parlement, exemple unique de synthèse entre architecture moderne et traditionnelle 

3. Des paysages variés à couper le souffle

Paysages de jungle le long du Sepik, berceau de la culture Iatmul (étapes 12-17) .  Même les nuages ressemblent à des crocos!
Le Tavurvur, bourreau de Rabaul 

4. Des gens d'une gentillesse sans égale au pays des guerres tribales

Brochette d'enfants le long du fleuve Sepik
Ce gentil papou utilise son arc pour les festivals pour touristes et pour la guerre

5. Une faune et une flore exceptionnelles encore à découvrir

Le fameux charançon que cherchait Sébastien le passionné des insectes (cf étape 12) 

6. Une tradition culinaire encore à inventer sur la base de superbes produits locaux

Vanille papoue de la région de Maprik, séchée pour être vendue en Indonésie à 1000 Kinas le kilo