Par Attila
Un voyage, trois îles, Java, Florès et Bali
Août 2014
4 semaines
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1

18 30 à Saint Exupéry.Les passagers du vol Lyon Francfort regardent avec impatience montre et tarmac.


L'avion devrait décoller dans 30 minutes mais où est-il ?...

Une voix annonce timidement qu'il y aura du retard.

Une foule quasi résignée s'empresse bientôt au guichet. Rares sont ceux qui choisissent la capitale de la saucisse pour leurs vacances estivales...


Et ma correspondance pour Chicago ? Et ma correspondance pour Berlin ? Et ma correspondance pour Kuala Lumpur ?

Un orage a retardé tous les vols ! Ne vous inquiétez pas !

Même si le temps de correspondance n'est que de 70 minutes ?

Euhhhhhhhhhhhh... Faudra voir à Francfort...


Une heure passe. Juste une petite heure.

Un cygne jaune et bleu se pose délicatement sur la piste.

90 minutes plus tard, il regagne son nid.

Une volée de moineaux se précipite alors vers les tableaux d'affichage...

Vol LH 782 pour Kuala Lumpur : Take off !


Le pauvre voyageur oublié se perd puis se trouve dans l'aéroport et apprend au comptoir que les vols du lendemain sont complets, qu'il ne peut récupérer ses bagages mais que Lufthansa lui offre une merveilleuse nuit et un gueuleton dans un des palaces deux étoiles du secteur...

Une habile négociation plus tard, le voilà muni d'une brosse à dent, d'un peigne, d'un déo et d'un superbe T Shirt Blanc taille XXL (Allemande qui plus est...).

Bonne nuit...

2

Le soleil se lève sur Francfort. Il faut regagner l'aéroport.

La redoutable efficacité germanique peine à trouver une solution pour acheminer les voyageurs.

D'autant plus que ceux-ci avaient prévu une correspondance pour l'Indonésie à Kuala Lumpur.

Et 24 heures de battement pour assurer cette correspondance...


C'est bon ! s'exclame l'employé. Je vous ai trouvé 2 places sur le vol de 14 00 pour Dubaï ! 4 heures de connexion plus tard, vous prendrez le vol Emirates pour Kuala Lumpur ce qui vous fera arriver 1 heure 15 avant le vol que vous deviez prendre pour l'Indonésie !


C'est pas un peu juste pour récupérer les bagages, changer de terminal et s'enregistrer ?


Tous les autres vols arrivent encore plus tard... Mais attendez que je passe un coup de fil...

T'es sûr ?

J'ai une bonne nouvelle, mon collègue va encoder vos bagages jusqu'à Yogyakarta ! Vous n'avez pas à vous en occuper. De toutes façons, je ne peux pas faire mieux...


Les heures passent. Embarquement, Débarquement, Errance dans l'aéroport de Dubaï, Enregistrement sur le vol Air Asia depuis un business center...

Il est plus de minuit quand les naufragés du ciel se présentent à leur pénultième correspondance.

L'employé Emirates trifouille dans son ordinateur, déchire les cartes d'embarquement et nous tend deux nouveaux sésames.


6 E...

Bonne nuit !

3

Le soleil a depuis longtemps traversé les nuages.

Le voyageur défraîchi suit sur l'écran la progression de son vol, les minutes qui défilent, les mètres qui le séparent du sol.

Le signal lumineux s'éteint, c'est le début du marathon de la dernière chance.


H-1 heure 20

La porte de l'appareil s'ouvre. Juste devant nous. Merci pour le surclassement en Business qui nous a permis de sortir les premiers !

H-1 heure 05

Quelques tapis roulants ont été empruntés puis un petit train. Le passeport écope d'un nouveau cachet.

H- 1 heure

Il faut rejoindre le terminal low cost à 3 kilomètres de là...

Le bus tarde, prenons le taxi !

H- 45 minutes

Le chauffeur n'a pas apprécié la course, trop courte pour son porte monnaie. Il a donc décidé de promener ses clients un bon quart d'heure et de leur faire croire que le prix affiché au compteur était par personne.

Il aura 10 MYR et quelques compliments...

H- 43 minutes

Le tableau des départs indique que l'enregistrement du vol pour Yogyakarta est terminé.

Les voyageurs tentent tout de même leur chance.

H- 42 minutes

L'employé consulte sa montre, regarde le numéro de la porte d'embarquement et acquiesce.

H- 40 minutes

La foule est dense au contrôle des passeports.

Quelques sourires, quelques excuses et le passeport est bientôt visé.

H- 35 minutes

La foule est dense à la fouille des bagages.

Quelques sourires, quelques excuses et les portiques sont franchis.

H- 30 minutes

L'embarquement n'est même pas commencé...

Nous avions largement le temps !

Bon vol...


Le voyageur exténué foule enfin le sol de l'IndonésiePlus que les bagages à récupérer !

Tous les passagers sont partis, le tapis tourne à vide.

Air Asia n'a pas d'accord avec les autres compagnies. Les valises sont restées à Kuala Lumpur.


Bonne nuit...

4

Il y eut un soir, il y eut un matin...


La cruciale question existentielle "Qu'est ce que je vais bien pouvoir me mettre aujourd'hui ?" trouve sa logique réponse.

Un unique haut achève de sécher sur un cintre coincé dans le climatiseur, un unique pantalon trône sur le dos d'une chaise, une unique paire de chaussures gît sur le plancher.

Le tout plus adapté aux frimas du lyonnais qu'à la touffeur javanaise.


J'ai plus rien à me mettre ! souffle le voyageur en programmant une virée shopping à Borobudur ...


La ville connaît une affluence touristique certaine mais les visiteurs ne font souvent que passer.

Les boutiques sont donc aux goûts (et aux mensurations...) de la clientèle locale.

Une recherche intensive me permet cependant de dégoter une seyante paire de sandalette taille 39 mais la recherche d'une jupe s'avère plus problématique.

La coupe aux genoux voire à mi mollets est réservée aux moins de 10 ans...

Il n'y a donc en rayons que d'affriolantes tenues qui balayent le plancher le tout en taille unique et élastiquée. Les couleurs sont plus vives les unes que les autres : brun, noir, bleu et le tombé du tergal achève de me désespérer.

10 magasins plus tard, une robe me fait de l'oeil. Vu l'endroit, je pense qu'il s'agit pour les indonésiennes d'une robe d'intérieur mais bon, au moins, ce n'est pas trop long, trop chaud et d'un bel orangé.

Je teste l'objet et le miroir me renvoie direct aux années 70. Je pourrai reconvertir la chose dans une soirée déguisée... (Si quelqu'un est intéressé, je solde cet objet collector pour 1 euro.)

Ravie de mes achats, je retourne à l'hôtel pour essayer de joindre le service des bagages égarés.


Il s'agit maintenant de savoir où téléphoner !

Lufthansa en Indonésie ? Le numéro indiqué n'est pas attribué...

Lufthansa à Kuala Lumpur ? De la tonalité mais pas d'interlocuteur...

Lufthansa à Francfort ? Guten Tag aboie le disque avant d'inviter l'appelant à taper 1, 2, 3...

Puis 3, 2, 1... Mais encore 2, 3, 1...

Chou blanc sur toute la ligne !


Essayons Emirates.

Le site internet me propose de déposer un message ce que je fais sans convictions...

10 minutes, après une réponse !

30 nouvelles minutes, les bagages sont localisés !

Il faut venir les récupérer à Kuala Lumpur...

Heureusement, les reçus Lufthansa indiquent une livraison en Indonésie et le problème trouve une solution.

Rendez vous demain après midi à l'aéroport, vos valises devraient arriver par le vol Garuda...


Les problèmes administratifs et d'intendance temporairement résolus, nous pouvons enfin (re)découvrir le fameux temple bouddhique qui fait la célébrité des lieux !

5

Je quitte les jardins de l'hôtel pour gagner l'entrée du temple.

Je croise bientôt d'autres visiteurs, qui à cheval, qui en train, qui à pied.

Une file patiente se forme pour pénétrer dans le saint des saints.

Le nirvana est au bout du chemin, paraît-il.

Encore faudrait-il pouvoir l'atteindre ou s'en détacher.

Imperturbables, les statues de pierre contemplent dédaigneusement les visiteurs

Même les plus effrontés...

Les apsaras d'aujourd'hui mitraillent celles d'hier, puis rejoignent la pelouse pour un déjeuner.

Les heures passent, le soleil décline, les visiteurs regagnent leurs foyers.Bouddha retrouve sa sérénité.

Nous aussi...

6

BIP BIP BIP BIP05 30 sonne le réveil.05 30 indique une lueur rosée qui filtre à travers les voilages.

Je quitte les jardins de l'hôtel pour gagner l'entrée du temple.

Je devine bientôt une silhouette, puis 2.

Quelques noctambules ou insomniaques me précèdent à la découverte d’un temple déserté

La brume se lève alors lentement de la plaine, c’est stupafiant ...

Bouddha cherche vainement du regard ses admirateurs.Personne ici, personne là .

Une triplette de concours quadrille vainement l’horizon.

C’est à en perdre la tête, c'est à en perdre la face.

Où ont donc disparu tous les voyageurs ?

7

Nous laissons dernière nous stupas et bouddhas et gagnons la gare routière de Borobudur.

Un bus est à l'arrêt en attente de passagers.

L'aide chauffeur fait la retape et crie avec enthousiasme la destination finale : JOMBOR ! JOMBOR !

Parfait, c'est notre but.

Nous grimpons dans l'autocar et prenons place sur l'étroite banquette en tissu éponge dont la couleur fut bleue.

La climatisation naturelle d'un courant d'air nous rafraîchit en même temps qu'elle nous évite l'intoxication tabagique...

Les kilomètres défilent, le véhicule passe en surcharge.

Voyageurs, bagages, sac de riz, oiseaux encagés.

L'espace libre se fait rare...

Les quelques occidentaux égarés dans cette caverne d'Ali Baba sont bientôt mitraillés de questions. Age, religion, travail, nationalité. C'est un véritable interrogatoire qui se conclut par une vigoureuse poignée de main et une photo souvenir...

Le barrage de la langue ne décourage pas les tentatives et la rencontre vire parfois au dialogue de sourds.

Reste alors l'universel langage du sourire.


Les maisons font place aux immeubles, nous sommes dans les faubourgs de Yogyakarta.

Nous changeons de bus, une, deux, trois fois et arrivons enfin à l'aéroport.

Le bureau Garuda, s'il vous plaît ?

Juste en face !

L'endroit est encombré de valises mais pas les nôtres...

L'employé lève les yeux de son ordinateur et s'enquiert du but de notre visite.

- 2 valises en provenance de Kuala Lumpur ? Je ne suis pas au courant !

Il part aux nouvelles et nous le voyons vainement errer de bureau en bureau.

Il finit par rejoindre son poste et interroger son écran.

Votre nom, s'il vous plaît ?

Je décline mon identité, son visage s'illumine.

Vos bagages doivent arriver par l'avion de 14 20 ! Celui qui vient d'atterrir !

Nous nous précipitons alors vers le carrousel où la livraison s'achève.

Un trolley marron puis un trolley noir poussent les lanières en plastique...

Allah Akbar ! Alléluia ! Om Namah Shivaya ! Nous sommes sauvés !


Il faut maintenant refaire tout le chemin parcouru (et plus encore...) pour gagner l'étape suivante : le plateau de Dieng.

L'heure est trop avancée pour prendre le bus, nous choisissons donc d'essayer de gagner quelques heures en prenant un taxi.

Les 60 premiers kilomètres se font à la vitesse habituelle en Indonésie et deux heures s'écoulent...

La circulation s'intensifie à l'approche d'une ville puis se bloque. Une longue file de bus, de voitures, de mobylettes et de camions occupe l'horizon...

Chaque kilomètre se gagne maintenant mètre après mètre, les heures défilent.

Le soleil fait place aux étoiles, les estomacs grondent, les paupières se ferment, le chauffeur s'impatiente.

Il est 21 00 quand nous parvenons enfin à Wonosobo. Presque 6 heures pour moins de cent kilomètres...

L'hôtelier est couché quand nous sonnons à sa porte et ne peut nous proposer qu'une ration de pop mie (le bolino local...) pour dîner.


Bon appétit...

8

Je dors profondément quand un cri déchirant brise mon sommeil.

Une seconde plus tard, un autre cri transperce la nuit puis un autre et encore un autre...

Les minces cloisons en vannerie de la chambre forment une barrière impuissante à contenir ces hurlements dissonants qui semblent provenir de tout horizon et faire caisse de résonance dans mon lit.

Les suppliciés font en vain appel à la clémence d'Allah dont le nom est pourtant invoqué à tout bout de

chant...


Le silence revient, je pose ma tête sur l'oreiller.


Les bourreaux reprennent malheureusement bientôt coeur à l'ouvrage et poussent la cacophonie à son paroxysme.

Je m'empare des boules quies généreusement offertes par Lufthansa et les enfonce au plus profond de mes oreilles.

Le discordant concert fait alors place à une mélopée murmurée.


Je me rendors en maudissant l'inventeur du haut parleur.

Et de la prière...

Et des dieux...

9

Après un bon petit déjeuner de riz, de bananes et de café, il est temps de prendre la route.

Un rapide arrêt à la pompe à essence,

Et la mobylette entame une rude grimpette vers le plateau de Dieng.

Tiens, ces paysages me rappellent quelque chose...

Des pédalos ? De l'accrobranche ?

Serais-je déjà de retour en Auvergne ?

Une fête foraine, une allée de temples, et quelques télétubbies plébiscités

Me font douter de ce possible saut dans l'espace...

Nous quittons alors tous ces promeneurs du vendredi et entamons la lente, la très lente descente vers Wonosobo.

La mobylette se faufile entre bus, camions et voitures quand, au sommet d'une côte, plus possible d'avancer.

Le pilote rétrograde puis, pensant chevaucher la 103 de son adolescence, donne un puissant coup d'accélérateur quand la file redémarre.

L'engin entame alors une splendide figure acrobatique connue sous le nom de soleil et le passager, surpris, réussit un élégant salto arrière qui finit brusquement sur le bitume.

La zone du coccyx vire au noir et je m'inquiète pour les nombreux kilomètres restant à parcourir sur les rudes banquettes de bus, scooters et autres véhicules au confort improbable...

10

Un nouveau jour se lève...

L'hôtelier nous dépose à l'agence de taxis collectifs à destination de Purwokerto et, après une brève attente, nous prenons la route.

Les embouteillages de ces derniers jours semblent se tasser et nous arrivons à l'hôtel pour le déjeuner.


Les millions de roupies retirés à l'aéroport de Yogyakarta s'épuisent. Il faut renouveler le stock.

Des distributeurs sont judicieusement installés à quelques pas de là.

Première tentative, néant...

Deuxième tentative, pas mieux...

Troisième tentative, votre carte est bloquée - veuillez contacter votre banque...

Un petit tour au business center pour trouver le numéro de la banque et c'est reparti pour la valse à mille temps des plateformes téléphoniques...


Vous voulez un crédit, tapez 1...

Vous voulez des renseignements sur l'assurance vie, tapez 2...

Vous voulez...

Des mots doux que je ne reproduirai pas ici s'échappent du gosier des voyageurs désargentés.

Va pour le 3 !


4 interlocuteurs s'enchaînent. 15 minutes se déroulent. Nous apprenons alors qu'il est suspect de retirer de l'argent en Indonésie sans en avoir préalablement informé son banquier et que ce dernier a jugé préférable de nous couper les vivres.

Le risque zéro semble à sens unique pour nos amis de la finance...


Une vive explication plus tard, nous retournons au distributeur qui consent cette fois-ci à nous délivrer une grosse liasse de billets.


(Prévoir un porte monnaie taille XXL pour l'Indonésie, la plus grosse coupure-qui n'existe pas dans tous les distributeurs- est de 100 000 roupies soit un peu plus de 6 euros...)


J'vous laisse. L'après midi à Purwokerto était prévue repos. Je vais bouquiner !

11

Requinqués par un bon dîner, un bon cocktail et une bonne nuit de sommeil sans un bruit, nous nous présentons à la gare routière pour dégoter un bus pour notre prochaine étape : Garut.


Il est 09 00, c'est le chaos. La moitié de la ville semble avoir décidé de la quitter...

Les véhicules sont pris d'assaut, de longues files se forment.

Devant notre mine désemparée, une famille nous prend en pitié et ne nous lâche pas avant d'avoir réussi à nous caser dans un vieux bus bringuebalant mais dont le départ est imminent !


Je cale mon postérieur endommagé sur une banquette rembourrée aux noyaux de pêche, mes genoux touchent le siège précédent...

J'entrouvre la fenêtre et glisse mon sac à dos sous mes jambes. Je ne peux plus bouger...

Toutes les places sont maintenant occupées, les vendeurs ambulants font une dernière tentative pour écouler bouteilles d'eau, nourriture et éventails.

Le chauffeur se glisse derrière son volant, il est 10 00, nous partons.

11 heures, kilomètre 20

12 heures, kilomètre 40

14 heures, kilomètre 60

C'est pas l'heure de la pause, là ?

Ben, non...


16 heures, kilomètre 10017 heures, kilomètre 12019 heures, kilomètre 160

Toujours pas de pause...

Tu veux de l'eau ?

Ah, non! Je crois qu'il ne vaut mieux pas...


21 heures, kilomètre 180.

Le véhicule s'arrête. Le chauffeur descend et s'en va manger.

Tous les passagers se précipitent alors dehors à la recherche d'un endroit isolé...


21 heures 30, le bus redémarre.

23 heures, kilomètre 200. Nous arrivons à Garut.


Gare routière indique un panneau. Le chauffeur ne marque pas l'arrêt et continue sa folle course à travers la ville...

Euhhhhh... C'était là que nous descendions...

Le bus s'arrête finalement devant une station service et se débarrasse des 2 étranges étrangers...


Minuit, kilomètre 220.

Un taxi nous dépose à notre bungalow perdu au milieu des fleurs et des abeilles butinantes.

Bonne nuit.

12

Aujourd'hui, je vous préviens, c'est un peu sportif.Nous partons à l'assaut du volcan Papandayan !

L'usage d'un ojek (moto taxi pour les non-initiés) permet de raccourcir la durée des efforts à fournir et c'est bien assise que je commence à me rapprocher du sommet.

Le bitume laisse vite place à un chemin quelque peu raviné mais le conducteur évite habilement pierres et trous d'eau et dépose sans encombre son passager au guichet d'entrée.

La suite de programme se déroule à pied, en moto cross ou à vélo...

Je choisis la première option et suis le sentier qui de fumerolles en fumerolles me fait traverser un paysage désolé où le souffre et les coulées de lave ont anéanti la vie.

Mais pas le petit commerce !

13

Une nouvelle journée, un nouveau bus...

La poisse (qui se conjugue avec les vacances indonésiennes de la fête d'Idul Fitri) semble enfin nous abandonner et nous parvenons en une matinée à notre étape suivante, Bandung.

Nous prenons alors nos quartiers sur les hauteurs de la ville et décidons de fainéanter entre lecture et contemplation du paysage qui nous entoure.

Je referme bientôt le lugubre bouquin de Mankell et, déprimée, choisis de me diriger vers le bar, pour une fois bien pourvu, de l'hôtel afin de noyer ma peine dans un long island iced tea, nom bien innocent pour une redoutable combinaison alcoolisée...

J'accompagne le tord- boyaux de quelques brochettes nappées de sauce à la cacahuète et retrouve enfin goût à la vie...

Bon appétit !

14

Aujourd'hui, une nouvelle promenade, un nouveau volcan sont au programme.

Le Tangkuban Perahu, proche de Bandung, est un lieu très prisé des indonésiens.Une route impeccable mène donc à son cratère, route que nous emprunterons en taxi à la montée et à pied pour redescendre. (Pas folle, l'abeille...)

Le chauffeur nous dépose au pied du sentier aménagé qui suit le chemin de crête.

Nous comprenons bien vite que les lieux ont légèrement perdu de leur naturel...

Et que les boutiques rivalisent d'imagination pour faire dépenser quelques milliers de roupies aux visiteurs.

Vous auriez peut-être préféré des batiks et autres souvenirs estampillés "authentique" mais je suis désolée, y en avait pas...

Un repas et une prière plus tard, je me décide enfin à contempler ce paysage

Qui devait être plus serein autrefois...

Nous abandonnons sans regret le bord du cratère et regagnons Bandung pour déambuler dans cette ville où s'alignent les vestiges d'un glorieux passé Art déco.

(Faut quand même pas mal d'imagination pour qualifier cette ville de Paris de l'Orient)

15

Une nouvelle journée, une nouvelle île...

Adieu Bandung !

Bienvenue à Bali.

Je vous attends au dernier warung sur la plage de Jimbaran pour un festin de gambas grillées !

Oups... Trop tard ! J'ai déjà tout mangé...

16

Une autre journée, un autre vol...

D'autres volcans à grimper...

D'autres tarmacs à fouler...

D'autres couchers de soleil à contempler...

D'autres spécialités à déguster...

Bienvenue à Florès !

17

Aujourd'hui, je vous emmène faire du snorkeling au large de Maumere.

Ne pas oublier, le maillot, la crème solaire, le masque, le tuba, l'appareil photo.

Et les boules quies...

Dépêchez-vous, les bateaux n'attendent plus que vous pour partir !

Nous laissons bientôt derrière nous Florès et son relief escarpé pour gagner la barrière de corail.

Il ne nous reste alors plus qu'à nous jeter à l'eau .

Bonne baignade !

18

La navette de l'hôtel nous dépose à la sortie de la ville, là où patientent les taxis collectifs en quête de clients.

7 volontaires pour Moni, le Toyota affiche complet, nous allons bientôt partir.

Nous laissons alors les Indonésiens se précipiter à bord du véhicule.

Grave erreur !

La place royale se situe à l'avant du véhicule : de l'espace, une fenêtre, une vue dégagée. Un petit bémol cependant pour les anxieux si le chauffeur se décide à transformer son trajet en étape de rallye automobile...

La rangée du milieu possède un espace plus restreint en largeur mais la place pour les jambes reste bonne et il est aussi possible de profiter du paysage et des courants d'air.

La rangée du fond est prévue en Europe pour des enfants ou pour des courts trajets...

Devinez où nous sommes assis...


Nous calons nos jambes en biais et ajustons la position des corps pour éviter le pointu des coudes et des hanches.

Ça va, t'es bien ? On ne bouge plus !

Et voilà le taxi qui démarre pour quelques heures de route...


Contrairement à Java, la circulation est très fluide et les kilomètres pourraient s'enchaîner rapidement.

Mais, c'est sans compter le relief tourmenté de l'île qui transforme chaque tronçon en montée au Ventoux ou à l'Alpe d'Huez...

Les épingles à cheveux succèdent aux descentes vertigineuses. Le ravin n'est jamais bien loin.

L'effet est radical pour les non habitués qui, comme dans les avions, ont à leur disposition de petits sachets souvent utilisés...


Nous représenterons dignement l'Etat Français et c'est le front haut et l'haleine fraîche que nous quitterons, au pied de notre prochaine étape le volcan Kelimutu, cette boîte à sardines !


Rendez-vous demain à 0530 pour la visite...

19

05 30, il fait encore nuit noire.2 ojeks attendent les voyageurs pour les déposer au quasi sommet du mont Kelimutu

Nous sommes en altitude, le fond de l'air est frais.

Les chauffeurs se sont emmitouflés dans une couverture, les visiteurs, dans leurs plus chauds effets.


20 minutes après, délestés de quelques dizaines de milliers de roupies, nous entamons notre montée au septième ciel.

Le soleil est encore assoupi et seules les étoiles éclairent maigrement le chemin.

La pente douce cède bientôt la place à une rude montée, plus un arbre ne nous protège du vent.

La bise s'engouffre dans les minces polaires, nous sommes gelés.

Nous nous abritons des rafales derrière un muret et attendons patiemment que débute le Grand Lever du Roi Soleil !

L'aurore éclaire alors les lacs volcaniques aux couleurs changeantes qui font la renommée des lieux tandis que crépitent les éclats des inutiles flashs censés immortaliser ce fragile instant.

1, 3, 8 kilomètres plus tard, les promeneurs découvrent le patchwork de rizières qui s'étalent...

Au pied du volcan bienfaiteur.

Les marcheurs du dimanche sont maintenant épuisés et décident de terminer le trajet en minibus.

Oups ! Attendons le suivant...

Moni est en effervescence. C'est jour de marché !

Les villageois des environs ont revêtu leurs plus beaux ikats pour arpenter les allées encombrées d'alléchants étals proposant au chaland légumes et protéines à l'unité comme en gros.

Je vous laisse le temps de faire quelques achats mais n'abusez pas trop du shopping car il n'y a plus beaucoup de place pour les surplus de bagages !

20

Nous poursuivons la traversée de Florès et gagnons, confortablement et sans encombres, la prochaine étape de ce voyage, Bajawa, petite bourgade nichée au pied du volcan Inerie.

Une bonne nuit lovée au milieu des couvertures et une douche bouillante plus tard (fait pas très chaud à 1000 mètres d'altitude, même sous les tropiques...), je suis fin prête à découvrir la culture du peuple Ngada, dont les maisons aux toits de chaume ou de tôle affichent à leur sommet le symbolisme de l'éternel féminin ou masculin.

Pas de surprises quant au sort réservé à Madame, le foyer...

Un foyer défendu par Monsieur à grand renfort de lances ou de machettes.

L'arc et les flèches ne font apparemment pas partie de l'appareil guerrier...

Laissons là ces figures totémiques et intéressons nous à la décoration intérieure.Des crânes, des gravures, des tissus...

(On me souffle à l'oreille que ces derniers objets sont plus destinés à la vente qu'à la décoration...Désolée !)

Quelques éléments donnent à penser que ces villages sont toujours habités, mais par qui ?

Personne ici, personne là. Ngada, où êtes-vous ?

Nous admirons une vierge Marie prodiguant sa divine protection aux habitants des lieux quand, soudain, une musique tonitruante s'élève de la place centrale du village.

Tambours et gongs appellent au rassemblement.

Nous apprenons bien vite que le fondateur d'Ikea devait avoir de lointaines origines Ngada puisque la cérémonie qui débute consiste à monter une maison en kit.

Les participants ont revêtu leurs plus beaux atours et imbriquent dans la bonne humeur les premiers éléments du puzzle.

Le plan fourni semble, une fois n'est pas coutume, d'une clarté limpide et nous voyons rapidement s'élever les murs de ce futur foyer.

Un dernier coup de marteau, et le tour est joué !

Nous entendons alors une cavalcade qui s'achève dans un bain de sang.

Ça se passe pas comme ça, chez Ikea...

21

Nous laissons là ces étranges chrétiens et retrouvons la foi lors de l'étape suivante, une chambre immaculée (logique...) au coeur d'un couvent de Ruteng.

La décoration de cette ancienne cellule de moniale, dont le côté gore est finalement plutôt raccord avec les rites Ngadas, n'invite pas à la bagatelle...

Et c'est bercés par d'hypnotiques cantiques en provenance des jardins que nous nous endormons.

22

Aujourd'hui, nous partons en taxi collectif pour Labuan Bajo via le pays Manggarai.

Les leçons du trajet Maumere-Moni ont été tirées et nous partageons avec deux américaines les places VIP d'un véhicule dont le chauffeur semble avoir plus envie de tenir à l'oeil ses ouailles que d'observer la route à travers un pare brise rafistolé...

Un nouveau passager est cueilli au bord de la route puis un autre.Le taxi fait quelques tours et détours pour trouver l'ultime occupant puis paraît renoncer.

Quelques dizaines de minutes plus tard, l'engin s'arrête au sommet d'une colline et, après un court effort, nous pouvons admirer les rizières en toile d'araignées habilement dessinées par les artisans paysagistes des lieux.

Les vingt minutes généreusement accordées aux visiteurs sont rapidement écoulées et le taxi reprend son parcours de montagne russe en montagne russe.

Nous traversons alors un gros bourg spécialisé dans la pêche en rivière.

Le véhicule y trouve deux autres passagers, un nouveau chauffeur et une cargaison de poissons plus très frais dont l'emballage laisse échapper, goutte à goutte, un odorant parfum.

Nous voilà donc maintenant à 9 dans le taxi et 1 dessus... Bon voyage !

L'air s'assèche, la température monte.Une dernière montée, une ultime descente et nous apercevons la mer au lointain.

Ne reste plus qu'à louer un scooter et réserver l'expédition Varans avant de rejoindre le bungalow pieds dans l'eau où nous nous poserons les quatre prochaines nuits.

Et les quatre prochains couchers de soleil...

23

Il est huit heures au clocher de l'église. Dans le port, les voyageurs se mobilisent...

C'est le grand départ pour l'expédition Varans !

Le frêle esquif se faufile parmi les élégants voiliers qui peuplent la superbe baie de Labuan Bajo.

Nous longeons bientôt la mangrove, d'où surgit, çà et là, la présence de l'homme.

Apparaît alors l'un des derniers refuges de La Bête, l'île de Rinca !

Plus qu'un petit coup de rame, et à nous l'aventure...

A peine le pied posé au sol, nous sommes pris en charge par deux guides qui nous protègent des incessantes attaques du géant préhistorique grâce à leur armement redoutable : un long bâton fourchu !

Le programme de la visite : une randonnée, plus ou moins courte selon les appétits...

Une étonnante pancarte nous invite alors à ne pas nous sacrifier...Mais qui aurait donc l'idée saugrenue de s'offrir aux mâchoires avides du monstre ?

Puisque nous parlons de nourriture, voici le menu de la bête :Quelques singes, quelques cerfs, ou bien encore la tendre chair d'une fesse rebondie d'un buffle d'eau.Celui-ci n'en a plus pour longtemps d'ailleurs avant de succomber à cette morsure fatale...

C'est un peu angoissés que nous poursuivons notre chemin entre savane et forêt.

Le guide s'arrête soudain.

Un nid de varans !

Glups...Où sont les habitants des lieux ?

Le varan n'est pas stupide.

Pourquoi marcher des heures sous le chaud soleil des tropiques alors que les habitations humaines offrent à la fois gîte et couvert ?

Et c'est donc au camp des guides que nous découvrons le photogénique varan de Komodo ...

Personne n'a été mordu ?Parfait !Dirigeons-nous donc vers le spot de snorkeling.

Le bateau lève l'ancre et reprend son cabotage le long des côtes tandis que ses passagers se partagent le frugal repas mis à leur disposition.

Tout d'un coup, changement de direction !

Voilà l'embarcation qui se met à tournoyer follement dans les eaux limpides.

Oups, semble dire le capitaine...


La barre s'est barrée !

C'est donc à la corde que se manoeuvre désormais le gouvernail...

Une secousse à droite puis une secousse à gauche, une secousse à gauche puis une secousse à droite.

Je tiens le cap !

On pourrait presque se croire dans un conseil des ministres...

Un appel téléphonique plus tard et les secours arrivent.

Une barge vient se coller puis se lier à la barcasse endommagée et c'est de conserve que nous poursuivons notre navigation.

Nous atteignons bientôt une plage de sable blanc aux eaux translucides

Il n'y a plus maintenant qu'à jeter l'ancre et à mouiller le maillot !

Bonne baignade !

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Les derniers jours sur Florès se suivent et se ressemblent.

Aux plaisirs de la table,

S'intercalent un brin de lecture, un brin de natation.

Et, bien entendu, de nombreux accrocs au programme Santé Sobriété !

Longue vie au farniente...

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Une dernière vue plongeante sur Florès,

Et nous voilà de retour à Bali.

La haute saison est terminée et le comptoir des taxis prepaid a revu ses tarifs à la baisse.

Nous optons donc pour le confort d'une limousine pour gagner notre dernière étape : la côte sud est.

Le chauffeur n'a pas vraiment foi en ses talents et confie son véhicule à la protection des dieux devant lesquels il dispose une roborative offrande de riz dont le parfum entêtant nous poursuit durant tout le trajet.

L'odeur du riz me rappelle d'ailleurs encore aujourd'hui les taxis balinais...

Dès la sortie de l'aéroport, nous retrouvons les embouteillages et la surpopulation, fléaux du Bali des stations balnéaires plus ou moins branchées, plus ou moins tape à l'oeil, plus ou moins sportives.

Mais, au fur et à mesure de notre progression vers l'est, la circulation se fluidifie et se devinent entre les villages, volcans embrumés, rizières luxuriantes et océan agité.

Nous quittons alors la "nationale" et atteignons le petit port de¨Padangbai qui nous avait laissé un bien agréable souvenir 7 ans auparavant.

Bonne installation !

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Aujourd'hui, c'est activité massage...

Je vous laisse le choix : sur la plage au tarif imbattable de 50 000 roupies (3,5 euros ) ou au spa de l'hôtel pour 250 000 roupies (17 euros, une fortune...).

Personnellement, j'ai opté pour la version luxe...

Les massages pratiqués sur un coin de sarong au milieu des autres vacanciers, avec une huile au parfum un peu rance et par une autodidacte multi-cartes - ne pensez pas vous en tirer sans l'achat d'un tissu, d'un bijou ou d'un quelconque souvenir estampillé made in Bali...-ne m'ont pas convaincue même si, vu le prix demandé, on en a forcément pour son argent.

De plus, il est difficile de ne pas finir en bonhomme de sable sous l'action conjuguée du vent et du dépôt graisseux laissé sur la peau...


Je consulte donc les différentes formules proposées par le salon de bien être et choisit un massage oriental qui me promet drainage du système lymphatique, souplesse et circulation du sang...

Quel programme !

La praticienne me conduit alors dans un espace dont les murs en voilages ondulent sous la caresse des vents puis m'invite à m'allonger sur sa confortable table de travail.

Elle s'empare bientôt de mon pied qu'elle manipule en rotation avec d'attaquer de vigoureux palper rouler sur mes jambes.

Je comprends mieux le sens des mots drainage et circulation...

Je vais finir avec tous les adipocytes au niveau des fesses !

Le pétrissage va en s'intensifiant alors que je me demande dans quel piège je suis tombée !

C'était pas du tout comme ça sur la plage !

Tout à coup, ma jambe retrouve le moelleux du matelas. Sauvée !

Faux espoir.

La masseuse soulève mon membre endolori et le tire de toutes ses forces.

Je pense alors à ce pauvre Ravaillac écartelé en place de grève...

J'essaie de me concentrer sur le clapotis des vagues que je distingue au lointain tandis que mon bourreau se décide à entamer un nouveau supplice : faire toucher le haut de ma fesse par le plat de mon pied.

Ehhhh ! J'ai plus 20 ans, moi !!!!

Les malaxages et étirements n'épargnent aucune partie de mon corps et c'est vidée que je regagne, 60 minutes plus tard, la quiétude de ma villa.


Massage est désormais un mot rayé de mon vocabulaire...

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Après la tonicité d'un massage, essayons la tonicité d'un bain de mer...

Un chemin escarpé nous conduit à l'étroite crique que surplombe l'hôtel : le lagon bleu.

La mer est tapissée de coraux que balayent de puissantes vagues soutenues par un fort courant.

Allons voir ces fonds marins de plus près !

Une étroite bande de sable forme un sentier entre les récifs et permet aux explorateurs de s'engager dans l'eau tiède sans endommager flore et faune mais aussi sans entailler la tendre chair de leurs pieds de citadins...

Une première vague fait trébucher le baigneur, une seconde l'engloutit.

Je recule prudemment de quelques pas puis ajuste masque, tuba et surtout maillot de bain dont le tissu résiste mal aux assauts des éléments déchaînés.

Je m'élance alors dans les flots et quitte la surface démontée des océans pour en explorer les silencieuses profondeurs.

Je me laisse bercer par le courant qui m'entraîne vers le large aux milieux de bancs de poissons aux noms évocateurs : Pierre, Clown, Papillon, Ange, Empereur...

Les étoiles de mer ont revêtu une splendide parure bleu pétrole, le corail forme d'étranges parasols multicolores.

Ça et là quelques colonies d'oursins aux piquants aussi longs qu'acérés servent de refuge à de minuscules alevins virevoltant habilement parmi cette forêt de poignards.

Un serpent ondule sur la roche. Je m'éloigne...

J'ai désormais rejoint un banc de sable. L'eau qui m'encercle hésite entre le vert et le bleu. Je suis en apesanteur dans un autre monde loin du tumultueux vacarme de mon quotidien.

Je rêve quelques instants dans cette bulle qui ressemble tant à celle quittée il y a 46 ans...

Ma tête heurte un balancier. Je retrouve mes esprits et entame la longue nage qui me ramènera, exténuée, sur la plage.

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Histoire sans paroles...

Deux jours pour recharger les batteries avant de retourner au boulot !