Un Landrover, une tente de toit, à nous la Zambie

Par
Une virée au fil de l'eau de Joburg à la Zambie
Août 2015
4 semaines
1

Ou pas, c'est la saison sèche !

Olifants, Limpopo, Zambèze, Kariba, Kafue, Kwando, Chobé.

Je vous propose maintenant d'embarquer dans ce petit carnet et de voguer entre sable, roches et eau.

Tous les moyens de transport seront mis à votre disposition : ferry, pont, canoë, bateau, barcasse, saut à l'élastique, à gué, à pied...

Les plus téméraires s'essaieront à quelques brasses en la douce compagnie des hippopotames et crocodiles.

Les plus prudents me rejoindront à l'arrière de ce vaillant véhicule successivement surnommé Le Tracteur puis Le Camion, certes peu dustproof mais assurément passe partout !

2

Lyon (Au nom prédestiné ?) St Exupéry, 19 00.

Nous quittons Saône, Rhône et Tiretaine pour aller baguenauder entre Zambèze et Limpopo. (Je laisse aux spécialistes de la comtesse le soin d'insérer ici leurs glissants jeux de mots..)

La rigueur germanique n'est, cette année, pas prise en défaut et c'est sans retard ni anicroches que nous atterrissons à Johannesburg.

Un vent frais nous surprend à la sortie de l'aéroport. Après des années de séjour en été austral, nous avions oublié que l'Afrique du Sud pouvait être glaciale...

Avec un peu d'angoisse, nous inspectons les noms sur les pancartes.

Le véhicule sera-t-il au rendez vous ?

Le loueur nous accueille à l'heure dite et le 4x4 n'attend que nos bagages pour démarrer !

Le Tracteur s'élance alors sur l'autoroute puis s'enfonce dans les montagnes. 100-110 km/h, ce n'est pas une voiture de course...

Une poignée d'heures plus tard, nous arrivons à Dullstroom, capitale de la pêche à la mouche perchée à 2097 mètres d'altitude.

Le logis réservé est bien au calme et confortable mais la température ambiante commence à me faire douter de mes choix vestimentaires...


Un petit goûter, une petite sieste, une truite, un Savanna et voici l'heure de se plonger sous les couvertures chauffantes !

Bonne nuit...

3

Le soleil se lève au delà des sapins, les têtes émergent du nid chaud et douillet formé par couette et mohair.

Une bonne douche bouillante et nous voilà prêts à affronter les frimas australs !

Enfin presque...

J'ai faim ! Pas vous ?

Un salon de thé nous propose d'alléchantes crêpes à la cannelle. Quoi de mieux pour emmagasiner quelques calories...

Nous nous installons donc au coin d'une cheminée judicieusement allumée et dévorons les pancakes en quelques bouchées.

Un puis des lions nous observent...Seront-ils les derniers ?

La livraison de bois pour les futurs braais est sur les rails, le 4x4 piaffe d'impatience d'arriver !Je vous laisse vous installer et vous dis à plus tard pour un court safari ...

C'est le silence absolu dans le 4x4, la quête animalière occupe les esprits.

Rien sur la route, rien sur la piste.

Rien dans les buissons, rien sur les branches déplumées des arbres.

Rien sur terre, rien dans les airs, rien dans les eaux...

Qui a dit que cette saison était la meilleure pour observer les animaux ?

Le paysage est désolé. Pas d'herbes folles, pas de fleurs, pas de verdure.

C'est l'hiver et c'est quelque peu déprimant...

Bonne fille, une girafe finit par assurer le spectacle, accompagnée de quelques zèbres.

Un pâle soleil disparaît alors à l'horizon, il faut regagner Tamboti !

Le Camion se gare sagement près de la tente aménagée.

Tiens, c'est bizarre, il y a un de nos paquets de biscuit à terre !

Le bas de la tente est entrebâillé !

J'ouvre la porte et découvre le carnage.

Une bande de vervets a reniflé de bonnes odeurs et cherché la faille. Le pain a disparu, le paquet de Muesli est éventré, les raisins et abricots secs parsèment le parquet...

Les voleurs ont abandonné la place avec leur butin. Certainement en quête d'un autre mauvais coup à réaliser !

Heureusement, ils n'ont touché ni les boissons, ni la viande, ni le bois !

La cérémonie du braai peut donc commencer...

Bon appétit !

4

05 45, le réveil sonne.

Ma tête repose sur un oreiller glacé, les quelques cheveux qui dépassent de l'édredon m'annoncent une température ambiante qui n'incite pas à quitter ce cocon de chaleur.

J'ouvre quand même un oeil, m'empare du réveil et le colle à mon regard myope.

10 degrés indique la station météo intégrée.

Glups !

Ce premier safari aux aurores sera quasi le dernier...


C'est l'hiver, les portes du camp n'ouvrent qu'à 06 00.

Le Camion s'ébroue, chauffe puis s'élance sur la piste.

Une hyène tente de lui barrer le chemin puis s'enfuit dans les fourrés, trop rapide pour le photographe aux doigts gourds.

Une girafe fait de l'auto stop. La même qu'hier ?

Un babouin profite de l'aubaine laissée par quelque éléphant, géant gris qui restera invisible.

Comme la veille, les animaux se cachent, se terrent. Hibernent ?

Nous rentrons donc au camp prendre un solide petit déjeuner.

Deux heures passent, nous reprenons la route pour notre prochaine étape, Letaba.

Notre premier Big Five fait une fugace apparition,

Suivi d'un second.

Les pauvres lions interloqués observent le triste cirque offert par leur seul prédateur, l'être humain.Les voitures sont garées en tas, les unes bouchant consciemment la vue des autres, les plus petites se faufilant parmi les plus grosses, les plus malotrus grillant l'ordre d'arrivée.

Des cris se font entendre, une main ouvre une portière et tente d'agripper un conducteur indélicat par le col.

J'étais là avant, tu m'as pris ma place, pousse toi de là que j'm'y mette !

Le spectacle est gâché.

Nous abandonnons donc la représentation et poursuivons notre quête à la recherche du paradis perdu.

L'embouteillage est maintenant derrière nous et nous croisons les doigts dans l'attente d'autres élégantes rencontres.

Un mammifère est bientôt au rendez-vous mais pas l'élégance...

La fée Beauté ne s'est décidément pas penchée sur le berceau des hippopotames.

Des yeux en bouton de bottine, deux minuscules oreilles, un large sourire encombré d'une énorme paire de canines, un corps en forme de tonneau, des courtes pattes, un grognement de stentor, une démarche lourdaude et un tempérament de cochon...

Pas étonnant que le cheval de mer ait été éjecté de la très sélecte liste des big five pour échouer dans le quintette des ugly.

Le prochain animal rencontré aurait pu l'y rejoindre mais un je ne sais quoi dans le battement d'oreille, l'agilité de la trompe, la maladresse des nouveaux-nés, la puissance dégagée, le spectacle offert par les troupeaux ont permis à l'éléphant de gagner ses galons de star du bush.

Le bar est plein, les invités ont soif. Nous les abandonnons à leur potomanie...

Une dernière piste, un dernier point d'eau et Letaba s'offre à nous.

Avant de sortir les provisions, je vais vérifier si le coin est exempt de vervets... !

Pas de singes à l'horizon.

En revanche, les disciples du comte Dracula occupent les lieux...

Je déplie un premier rideau, une petite boule marron tombe à mes pieds.

Je m'accroupis et inspecte la chose qui, éblouie par l'éclat d'un soleil au zénith, se recroqueville et transforme ses ailes en parasol improvisé.

Je déplie prudemment un second rideau, une autre boule marron s'accroche à la toile et refuse de quitter son diurne refuge.

Un troisième rideau, une troisième boule.

Un quatrième, rien. Je suis presque déçue.

Le camp de Letaba porte le nom de la rivière qu'il surplombe.C'est un camp assez vaste mais plutôt agréable avec ses antilopes résidentes et son sous-bois ombragé.

Pas besoin de faire des kilomètres pour le safari vespéral.Il suffit de se poster sur la berge et patienter.

Pas besoin de faire des kilomètres pour dîner.Il suffit de se poster près du braai et espérer...

Espérer que la braise sera assez chaude pour caraméliser ces quelques côtelettes dont nous ne ferons bientôt qu'une bouchée.

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Les vervets et chauve-souris nous ont laissés dormir en paix !Le Camion attend ses passagers qui sirotent leur café en profitant de la douceur d'un réveil plus tardif...

Nous quittons enfin Letaba pour suivre le cours de la rivière dont les eaux ne paraissent pas sans danger.

Un peu plus loin, un bouchon bien organisé se forme sur la route. Nous soupçonnons rapidement que l'animal objet de toute cette attention n'est pas une impala.

Toutes les jumelles et objectifs sont braqués vers les arbres.

Bien prometteur tout cela !

Nous constatons alors que nous fûmes mauvaise langue.

Une antilope est bien à l'honneur : un superbe léopard et son déjeuner apparaissent dans mon viseur...

Le repas est déjà largement entamé. Les derniers morceaux sont engloutis en quelques claquements de quenottes.

Qu'ont-ils tous à me regarder ainsi ? Pourrait-on déjeuner en paix ?

Le léopard tourne bientôt le dos à ses admirateurs, nous partons vers de nouvelles aventures...

Une rivière presque à sec, un troupeau de buffles...

Une petite pause, une ligne imaginaire...

Un tueur redoutable, un bouquet de fleurs...

Un point d'eau, une meute d'assoiffés, un impatient...

Un logis à portée de main, des voyageurs qui s'installent...

Le comité d'accueil !

Ce n'est pas parce qu'on est en vacances qu'il faut négliger son poil !

Je vous propose donc un rendez-vous séance tenante au bord de la Shingwedzi

Avec une esthéticienne hautement qualifiée...

Pendant votre soin, je prépare le braai en rêvassant sous la voute étoilée.

(Faudra pas m'en vouloir si le steak est carbonisé...)

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Les portes du camp sont ouvertes depuis quelques temps quand nous nous décidons à les franchir.

Et, comme sur le périphérique, après l'heure, c'est plus l'heure, nous tombons dans les bouchons...

La silhouette fantomatique d'un troupeau de buffles surgit d'un nuage de poussière.

10...

20... 30...J'ai cessé de compter...

Nous choisissons de faire demi-tour pour reprendre le goudron, goudron où nous attend l'arrière garde de la joyeuse bande des puissants herbivores...

Plus que quelques bêtes et la voie est libre !


Nous pouvons maintenant poursuivre notre chemin vers les confins nord du parc.

Petit point sur le Kruger et les animaux.

Si vous voulez voir des rhinocéros, il faut visiter la partie sud du parc.

Si vous voulez voir des buffles, il ne faut pas aller beaucoup plus bas qu'Orpen.

Les éléphants sont présents un peu partout avec peut-être de plus grands troupeaux vers la partie centrale du parc.

Les lions sont censés être plus visibles autour de Satara.

Les léopards sont partout et nulle part... Ils sont en tête de liste des Invisible Five...

Les êtres humains sont concentrés autour des grands camps tout confort, particulièrement à Lower Sabie, Skukuza et Satara à l'heure du déjeuner.

Quelques éléphants, quelques calaos et une hyène se montrent furtivement dans un paysage où les arbres remplacent la savane.

Des feuilles mordorées s'accrochent aux branches, c'est un hiver aux couleurs de l'automne.

Les baobabs déploient leur ramure dénudée vers le ciel sous l'éclairage cru d'un soleil au zénith.

Les ventres gargouillent dans l'habitacle, ne serait-il pas l'heure de pique-niquer ?

Quelques tables sont dressées le long de la Luvuvhu, paisible rivière dont les eaux ne sont pas toujours si dormantes.

Un vervet déguste le produit de ses rapines, un oiseau, celui de son habilité.

Des braaieurs du dimanche tentent d'enfumer les lieux, fuyons !

Nous sommes à présent à la limite nord du parc.

Quelques kilomètres nous séparent du Mozambique comme du Zimbabwe.

Il est possible de passer vers l'un alors qu'il n'existe pas de poste frontière vers l'autre.

Le fleuve Limpopo sépare les trois pays, barrière naturelle fragile et perméable aux trafics de toutes sortes dont le braconnage.

Si vous franchissez cette clôture et continuez tout droit sur environ 500 kilomètres, vous découvrirez émerveillés les fabuleuses plages de Vilanculos. Si vous bifurquez à gauche et sur à peu près la même distance, vous pourrez rendre visite à l'increvable Robert Mugabe dans sa modeste demeure d'Harare.

Pour notre part, nous restons en Afrique du Sud et mettons le cap vers le camp de Punda Maria !


C'est le Grand Soir !Il faut déplier la tente pour la première fois...

Le camp est plein comme un œuf, trouver un emplacement plat tient de la gageure.

Surtout quand on arrive les derniers...

Bon, là, ça devrait aller !

Gare Le Camion un peu plus à droite...

Recule un chouïa !

Stop, c'est parfait.

L'un grimpe acrobatiquement sur le toit pendant que l'autre se poste sur le côté, prête à retenir l'échelle pour ne pas qu'elle heurte le blanc carosse.

Quelques lanières à dénouer, une protection poussiéreuse à ôter.

Mon conjoint déploie la tente, je déploie l'échelle.

Le résultat ne semble pas si mal, non ?

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Déplier la tente était relativement aisé, la replier demande plus de doigté...

La toile dépasse de tous les côtés, l'échelle mal huilée refuse de se rétracter, la protection menace de rompre sous le volume supplémentaire apporté par duvets et oreillers.

Dix minutes de bagarre plus tard, tout est en place.

J'ai 3 ongles de cassés, la corne attaque mes phalanges, le pantalon du grimpeur est maculé de poussière...

Le défilé de mode sera pour un autre jour.


Nous quittons aujourd'hui le Kruger, rendez-vous à Mapungubwe.

La route traverse tout d'abord une succession de villages puis s'enfonce dans les collines recouvertes de théiers.

Des monticules d'avocats sont proposés à la vente à quelques rands le seau.

La marchande éclate de rire quand nous lui demandons s'il est possible de n'en prendre que 2...

Les oranges et les tomates sont emmaillotées en filets et attendent sagement le client, pendues à la barre de petites échoppes.

De nombreux piétons attendent le minibus qui les amènera, mais quand ?, qui au boulot, qui à l'école, qui à la maisonnette au toit de tôle.

Quelques véhicules doublent Le Camion assoiffé...

Le 4x4 étanche sa pépie de diesel à la pompe, des représentants de commerce essaient de nous refourguer leur nettoyant miracle.

Ils s'enquièrent de notre nationalité et s'exclament Congo ! Congo !

L'un des leur s'avance alors et nous salue dans un impeccable français.

La folie xénophobe qui touche les townships de Johannesburg ou d'ailleurs ne semble pas avoir cours en ces lieux...

Nous longeons maintenant la frontière avec le Zimbabwe et chaque tour de roue nous rapproche de notre destination.

Nous pénétrons dans le parc avec la clé du bungalow numéro 1 en poche.

Un bon lit, un braai avec vue, une boisson bien fraîche nous tendent les bras

Pour la première et unique fois de ce voyage, je prends le volant du Camion à la recherche de Régis et de sa charmante fille.

Je laisse chauffer le moteur comme préconisé, j'enclenche difficilement la marche arrière, je cale...

Je laisse chauffer le moteur, je réenclenche la marche arrière, je m'épuise à tourner le volant...

Je fais le tour du camp pour trouver un Fortuner, je bute sur la seconde, je tombe en rade plusieurs fois...

Je maîtrise à peine la bête quand un véhicule s'arrête à mon niveau :

Bonjour Agnès ! Je te cherchais !

Rendez vous est pris pour dîner au bungalow numéro 10.

Une bouteille de vin, des superbes steaks, quelques tomates, un pot de moutarde (qui me vaudra quelques moqueries...) et en route pour le bungalow 10 !

Nous nous installons près du braai (pour une fois alimenté au charbon...) et partageons vin, victuailles et anecdotes de voyage.

Le repas est bien entamé lorsque mon œil est attiré par deux demi-cercles de fourrure qui dépassent de la grille du barbecue.

Les boules de poils se déplacent puis un corps souple apparaît.

Un serval bondit délicatement sur le muret et se met à lécher le sang laissé sur le plâtre à l'ouverture des paquets de viande.

Nous bondissons sur les appareils photos mais trop tard, l'animal nous fausse compagnie.

Nous nous rabattons alors sur une insoutenable scène de chasse : un gecko affamé se jette sur un papillon presque plus grand que lui et l'engloutit en quelques bouchées.

La scène amuse les cruels adultes mais beaucoup moins les sensibles enfants...

Nous laissons Charlène se remettre de ses émotions, remercions Régis pour ce sympathique dîner et regagnons nos foyers.

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Aujourd'hui, excursion dans le parc. Le 4x4 va enfin trouver son utilité !

Nous prenons tout d'abord la piste qui serpente entre baobabs et blocs de grès rouges puis décidons de nous dégourdir les jambes sur le long chemin de bois aménagé en bord de Limpopo.

Le lit du fleuve n'est pas plus en eau qu'il ne l'était au Kruger, nous devrions pouvoir demain le traverser sans peine pour rejoindre le Botswana !

C'est d'ailleurs par ce même chemin que les victimes du régime de Bob tentent de gagner un monde meilleur.

En cette heure avancée de la matinée, pas un être vivant ne fréquente les lieux. Ce qui ne doit pas être tout le temps le cas comme nous l'indiquent ces nombreuses traces.

Le 4x4 prend alors un peu de hauteur et nous sortons admirer le point de vue offert sur l'intérieur du parc comme sur le fleuve asséché.

Un couple sort de son 4x4 dernier cri et nous demande où se trouve le Zimbabwe.Nous pointons l'horizon et suivons le regard ému de l'homme.

Il a quitté la terre de ses ancêtres et semble avoir réussi sa nouvelle vie.

Nous le laissons à ses souvenirs...

Je vous laisse maintenant le soin d'imaginer l'histoire qui se cache derrière ces quelques photos !

La réponse se trouve certainement ici : http://www.tourdetuli.com/...


La piste suit bientôt tortueusement le fleuve puis s'enfonce dans le bush.

Les baobabs balisent le chemin, les éléphants saluent la progression du Camion.

Le plat cède la place à une pente de plus en plus abrupte !

C'est parti pour le grand huit !

Terminus, tout le monde descend !

Un autre tour ?

Mapungubwe n'est pas qu'un parc.C'est aussi un site historique, celui d'un ancien royaume.Un musée retrace son histoire.

Des travaux d'amélioration du réseau routier ont troublé le copilote qui n'a jamais réussi à trouver son entrée...

Nous quittons donc la partie est du parc pour rejoindre sa partie ouest, des propriétés privées le séparant en deux zones.

Une heure plus tard, nous nous installons confortablement au Limpopo Forest Tented Camp pour reprendre quelques forces avant d'aller explorer les environs.

Dirigeons-nous maintenant vers la cachette qui domine le point d'eau.

Le paysage est ici totalement différent.Pas de roches de grès rouge, pas de relief tourmenté, pas de végétation clairsemée.Du plat, du vert, des arbres, de l'eau !

Les animaux sont à poil mais surtout à plumes !

Retour au logis...

Un verre à la main, je contemple le bois qui achève sa combustion.Je m'empare alors du steak et le couche sur les braises...

Bon appétit !

9

Un nouveau jour se lève, nous quittons l'Afrique du Sud.

Le poste frontière de Pont Drift n'est qu'à une piste et un peu de goudron.

Les formalités sont vite expédiées, le client est rare.

Nous dépassons la guérite et plongeons dans le Limpopo...

Pas un filet d'eau ne coule dans le lit du fleuve.Peut-on encore parler de traversée à gué ?

Nous atteignons donc sans ambages l'autre rive où, contre paiement d'une légère dîme, le Camion est autorisé à circuler.

Et ses passagers à pénétrer sur le territoire des Tswanas !

Je n'ai aucune idée du chemin à suivre pour rejoindre notre campement du soir.Je branche donc le GPS et tapote le nom du bush camp.

La machine réfléchit quelques instants puis me demande de retourner sur mes pas.

Le trajet indiqué fait une grande boucle en Afrique du Sud, passe par le seul poste frontière muni d'un pont et finit par suivre les rives du Limpopo côté Botswana.

Juste un petit détour de quelques centaines de kilomètres...

Je savais que rien ne valait l'expérience d'un copilote muni d'une bonne carte mais pas à ce point là !

Je coupe donc le sifflet à l'engin et reprends mon road book...

Arrivée prévue dans 36 kilomètres !


La piste empruntée traverse une réserve animalière renommée pour ses éléphants.

On se demande bien pourquoi...

L'humeur semble belliqueuse.

Les égos s'affrontent, s'affrontent comme sur un plateau de télévision à l'heure d'une soirée électorale...

La piste s'enfonce maintenant dans le sous-bois.

Un dernier cours d'eau à franchir et nous voilà arrivés !

Je vous invite à me rejoindre au coin du feu ou au coin du bar...

Tchin !

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Le Botswana n'était pas le but de ce voyage. Mais pour passer d'Afrique du Sud en Zambie sans rendre une petite visite à Bob, il fallait bien le traverser du Sud au Nord puis du Nord au Sud.

C'est là que le Camion montre sa principale faiblesse.

Autant les chemins perdus ne lui font pas peur, autant il regimbe devant la facilité...

Nous nous traînerons donc à une vitesse de Chico sur le bitume. Et encore, il me semble me souvenir que cette Golf africaine dépassait allègrement le 100...

Je ne sais si le modèle est en cause ou son âge ou l'entretien effectué par le loueur. Peut-être avons-nous aussi été trop tendre avec le moteur.

Je laisse aux spécialistes le soin d'en disserter.

Quelques autres petites critiques en vrac : le rétroviseur côté photographe (Tout en hauteur donc souvent dans l'axe pour certaines photos), le pare soleil qui ne se rabat pas sur le côté, l'étanchéité plus qu'incertaine de l'habitacle et la boîte de vitesse très dure (ces derniers points me semblent en grande partie imputable à l'usure)

Les points positifs : la consommation (je m'attendais plutôt à une moyenne de 15 litres alors qu'elle fut d'un petit 11), la hauteur sur pattes (le plus haut véhicule et de loin loué jusqu'ici), la facilité de conduite sur le sable (bon, y a quand même aussi le talent du chauffeur !) et la reprise en côte (le Hilux Bushcamper a bien eu du mal à grimper certains cols en février...)

On discute, on discute et nous voilà déjà arrivés à l'étape du soir.

Bonne installation !

Attention, chemin réservé au 4x4 !

Le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt.

Nous déchiffrons le panneau sans regarder le terrain où nos roues s'aventurent et nous nous enlisons dans les sables du camping de Nata...

Quelques manœuvres, un coup de low range et nous quittons les lieux la tête haute !

Ce sera le seul pépin automobile de ce voyage.

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07 00, branle-bas de combat sous la tente !

Une longue ligne droite nous attend jusqu'au poste frontière de Kazungula.

La route autrefois parsemée de nids de poule est maintenant aussi lisse que la peau d'un brugnon.

Il reste cependant prudent de ne pas faire les fous du volant car éléphants, zèbres ou girafes sont toujours susceptibles de la traverser sans se soucier d'une quelconque priorité...

Nous observons ça et là des campements précaires.

Quelques huttes de paille, quelques planches, quelques tôles.

La frontière avec le Zimbabwe est toute proche. Sont-ce des réfugiés ?

Ou bien les ouvriers agricoles de cette immense exploitation surgie de nulle part ?

La circulation s'intensifie puis c'est l'arrêt.

Nous sommes arrivés aux confins nord du Botswana et une interminable file de camions bouche l'horizon.

Le goudron s'achève au bord du Zambèze qui, lui, est bien en eaux.

Aucun pont ne permet de franchir l'obstacle et seuls quelques ferrys assurent la traversée.

Une ou deux voitures et un camion à chaque passage...

Les routiers patientent donc des heures, certainement des jours, pour arriver en tête de file et passer.

Nous serons plus chanceux.

Les véhicules ont leur propre file, bien peu garnie.

Je vais procéder aux formalités de sortie du territoire et vous attends près du fleuve.

Dépêchez-vous, le bac arrive !

Les faciliteurs de frontière aussi...

Le Camion grimpe prudemment sur le ferry suivi d'un autre. Les piétons se précipitent, les faciliteurs aussi...

Nous voici au milieu du fleuve.

Les pluies d'été ont gonflé le Zambèze mais nous apprendrons par la suite que le niveau des eaux est, cette année, bien bas.

Trop bas.

Les centrales hydrauliques peinent à fournir de l'électricité et chaque quartier se voit privé de courant tour à tour.

Je me dirige alors vers le guichet (Les faciliteurs aussi...) pour payer la traversée : 20 dollars, 150 kwachas, 200 pulas ou 220 rands.

Va pour les rands, le taux semble bon.

Nous arrivons maintenant à quai, les faciliteurs aussi...

Nos deux faciliteurs attitrés nous indiquent, malgré notre volonté clairement exprimée de nous débrouiller seuls, qu'il faut d'abord se rendre au bureau des visas.

Le poste frontière est constitué de plusieurs cabanes, cabanons, entrepôts, bicoques...

Sans indications...

Il est où le bureau des visas ?

Les deux gaillards nous attendent un peu plus loin en faisant de grands signes.

Ça doit être là.

Un guichet est dédié aux hôtes payants. Le prix s'affiche clairement : 50 $ le visa simple entrée.

Le fonctionnaire nous fait bon accueil, encaisse l'argent, farfouille dans son coffre, fait une page d'écriture puis colle le sésame.

Nous savons qu'il nous faut maintenant déclarer le véhicule et acquitter diverses taxes mais pas un panneau, pas une affiche n'indique comment procéder...

Nous cédons donc à la facilité.

La facilité nous entraîne dans un autre bâtiment, passe quelques portes et se dirige vers un bureau entrouvert.

Un homme remplit un grand cahier sous l'œil vigilant d'un autre confortablement assis derrière son clavier.

C'est maintenant à notre tour.

Nom, prénom du chauffeur, numéro du passeport, numéro d'immatriculation, numéro du chassis, numéro du...

Plus qu'une case et une signature. Ouf !

L'homme ne jette pas un œil au cahier puis nous brandit un formulaire carboné où les demandes se corsent.

Prix du véhicule, nom du propriétaire, adresse, nom de l'assureur...

Nous comprenons rapidement pourquoi le loueur nous a fourni une grosse pochette remplie de toute une masse de documents alors que, pour d'autres frontières, une simple autorisation à circuler suffit.

La dernière ligne remplie, la dernière signature apposée, nous rendons à l'employé le fruit de notre labeur.

Quelques tapotis sur le clavier et une attestation sort de l'imprimante.

L'homme écrit quelques mots, ajoute quelques coups de tampons et nous indique que l'ordinateur qui délivre la taxe carbone est en panne et que nous la paierons donc en sortant.

Nous pensons en avoir presque fini...

C'est sans compter le petit bureau à 100 mètres à droite où nous serons délestés de 30 kwachas, kwachas que nous ne possédons pas et que nos faciliteurs nous fourniront aimablement en échange de quelques pulas et d'une commission de 10 %...

C'est aussi sans compter l'indispensable road taxe dont le montant s'acquitte, en dollars cette fois-ci, dans un préfabriqué situé un peu plus loin.

20 dollars.

Nous nous en tirons à bon compte au vu du billet de 100 dollars que doivent donner les routiers...

Nos deux accompagnateurs nous invitent alors à récupérer notre véhicule, passer la douane et les attendre à la sortie de la frontière devant le bureau des assurances.

Aussitôt dit, aussitôt fait !

Nous montrons tous les documents accumulés au douanier qui se contente de vérifier que nous avons tout payé mais qui se moque royalement de contrôler si les données rentrées correspondent bien à nos papiers et au numéro gravé sur le moteur du Camion...

Nos bagages et leur contenu ne l'intéresseront pas plus et c'est en 3 secondes que nous franchirons la dernière barrière qui nous sépare du territoire zambien !

Bon, allons nous assurer maintenant.

Nous nous garons sur le parking où taxis et minibus attendent leurs passagers puis entrons, suivis de nos faciliteurs, dans le cabanon d'un assureur.

Nous papotons pendant que les papiers se remplissent puis demandons le prix de l'assurance.

391 kwachas, nous annonce le courtier avec un grand sourire.

Vous remarquerez le 1 qui donne au chiffre annoncé tout son poids. Un tarif pareil ne peut s'inventer...

Je quitte alors ma casquette de copilote pour endosser ma féroce tenue de cost killeuse.

391 ? C'est trop cher. Les tarifs devraient tourner autour de 150 rands !

Je me souvenais du prix des assurances au Mozambique et me doutais qu'il fallait bien que les faciliteurs se paient quelque part...

L'homme n'en démord pas.

Je lui assène donc mon dernier argument : nous allons dans la boutique d'à côté.

L'assureur regarde sa police remplie jusqu'à la dernière ligne, jusqu'au dernier chiffre et lâche dépité : 116 kwachas.

C'est justement le nombre confusément perçu lors de l'irruption d'un autre client quelques minutes auparavant...

Nous sortons quelques billets et le certificat rejoint la précieuse pochette de documents.

Comme certaines personnes l'ont indiqué ici et ailleurs, il faut bien que tout le monde vive. Nous ne tiendrons donc pas trop rigueur aux faciliteurs de leur arnaque et les paierons 20 pulas, sermon compris, chacun pour le service rendu.

Nous pouvons maintenant poursuivre notre route, direction Livingstone.

Du bitume et des arbres, des arbres et du bitume...

Un barrage de police.Le premier d'une longue série...

Le policier nous souhaite le bonjour, s'enquiert de notre santé.

Puis demande le permis de conduire du chauffeur.

Mon conjoint lui tend l'international puis le national.

Seules les photos semblent l'intéresser, bavarder aussi.

Les journées doivent être bien longues au bord de cette route...

Le véhicule sera ainsi arrêté à de multiples reprises à ces barrières qui jalonnent les routes zambiennes.

Particulièrement sur la portion Livingstone-Lusaka.

Généralement, il suffit de présenter la road taxe et l'assurance pour passer.

Tous ces contrôles routiers ne sont pas au faciès et jamais il n'y aura intention de nous piéger pour obtenir quelques kwachas.

Sauf par une autre sorte de police mais ceci est une autre histoire...


Une heure passe, Livingstone se profile à l'horizon.

Une rue commerçante traverse la ville du nord au sud, de Lusaka aux fameuses Chutes Victoria, Mosi-oa-Tunya, la fumée qui gronde.

Il nous faut trouver de l'argent, les quelques kwachas échangés à la frontière ne tiendront pas plus que le temps d'une bière ou d'un Savanna.

Ça tombe bien, il y a plein de distributeurs dans le coin !

Je reste dans le véhicule, j'attends, j'attends, j'attends...

Trouver une banque acceptant la Mastercard tient de l'exploit !

Je conseille aux futurs voyageurs de mettre directement le cap sur les DAB de la Standard Chartered ou, à défaut, de la Barclays...

Le distributeur pillé, le porte monnaie ne ferme plus.

Même s'il existe un billet de 100 kwachas, la grosse coupure la plus fréquente est celle de 50.

Je vous laisse maintenant le soin de calculer l'épaisseur d'une liasse correspondant à un retrait de 4000 kwachas ainsi que de convertir ce montant en Euros, Dollars et Tugriks pendant que nous recherchons le Maramba River Lodge !


Le Camion tourne sur la piste qui mène au lodge puis trouve sa place sur la verte pelouse du camping.

La tente est montée en un clin d'oeil, nous sommes devenus des professionnels...

La luminosité décline, l'envie d'une boisson fraîche à contempler les bords de la Maramba me tenaille.

Des feus sont bientôt allumés, à la fois pour réchauffer l'atmosphère mais aussi pour éclairer les lieux.Ce soir, l'électricité sera coupée de 17 00 à 22 00 pour cause de pénurie tournante.

La soif repue, c'est aux estomacs de gronder.Quelques pas nous séparent du restaurant, quelques lignes de lecture, du repas.

Je vous souhaite un bon appétit et gare aux hippopotames sur le chemin du retour !

12

06 30, un hélicoptère tourne autour de nos têtes.06 35, un autre le rejoint.06 40, un troisième les rattrape.06 45, un ULM vrombit.06 50, un Cessna tente un vain solo.

Un air d'opéra résonne alors dans ma tête...

C'est pas fini ce bordel !

Le ballet des bruyants engins durera quasi toute la journée avec des pics à l'aurore et au coucher.

Pour dormir à Livingstone comme à Victoria Falls, il est donc recommandé de s'équiper d'une bonne paire de boules quies ou d'un casque de chantier...


Puisque nous sommes réveillés autant se lever !Quelques vervets Apparemment peu impressionnés par la signalisation s'offrent en spectacle.

Ça court, ça tombe des arbres, ça se chamaille, ça s'épouille, ça grignote . Quelle vitalité !

Encore engourdis par le sommeil et la fraîcheur matinale, nous ne pouvons rivaliser...

Je bavarde, je bavarde mais vous voudriez peut-être plutôt admirer les fameuses chutes Victoria ?

Qu'à cela ne tienne...

Les voici !

Impressionnant, non ?

Pour ne pas vous perdre sur les chemins du parc, je vous ai préparé un petit plan. (Critiques de ce chef d'oeuvre non autorisées)

Nous commencerons par suivre le premier sentier, puis le second et enfin le troisième pour celles et ceux qui ne seront pas tombés dans l'eau bouillonnante lors de la précédente promenade...

Je ferai ensuite un petit voyage dans le temps pour vous faire (re)découvrir les chutes du côté Zimbabwe !


Nous garons maintenant le 4x4 aux côtés d'un étrange véhicule,

Puis payons notre écot.


Nous évitons alors habilement les boutiques de souvenirs et plongeons au coeur de la forêt vierge.

Les oiseaux chantent, les babouins guettent le moindre faux pas.

Il est 14 00, le soleil est au zénith, la sueur s'insinue sous les T shirts.

Au détour d'un sentier, nous tombons sur un explorateur disparu.

Dr Livingstone, I presume ? murmurons nous en lui tendant la main.

Nous laissons bientôt l'homme à ses conquêtes et poursuivons notre chemin.

Le rideau des arbres s'écarte, nous sommes au bord de la falaise.

De l'autre côté de la faille, le Zambèze dévale en petits ruisseaux les cent mètres de roche.

Rapprochons nous...

Au pied des chutes, un canoë tourbillonne dans les flots tumultueux.Ses passagers, minuscules points rouges détrempés, ne savent plus où donner de la rame.

Nous traversons la passerelle et atteignons l'ultime point de vue.

Au delà de la gorge, nous apercevons les frêles silhouettes des hôtes de Bob noyées dans la brume dégagée par la force des flots.

Nous rebroussons alors chemin remontant le courant formé par une troupe de joyeux écoliers engoncés dans leur uniforme violet.

La promenade numéro 1 s'achève.

Quelques pas sur le nouveau sentier et nous découvrons le panorama le plus complet des chutes.

D'anorexiques cascades forment le premier plan tandis que se devine au lointain le tumulte des flots se déversant du côté zimbabwéen.

Le chemin s'achève bientôt mais, comme c'est la saison sèche - d'autant plus sèche que les pluies se sont faites rares quand elles devaient tomber-, le niveau du fleuve est bas.

Il est donc possible de s'aventurer au plus près de la cataracte.

Nous marchons dans le lit caillouteux du fleuve.

Seules quelques flaques et ruisselets rappellent que cette terre est eau.

Quelques enjambées plus tard, les choses se corsent.

Les promeneurs sautent de rochers en cailloux.

Un arbre s'accroche à la paroi.

Nous funambulons jusqu'à lui.

Un coup d'oeil en face, un coup d'oeil en bas.

Les flots et le vide.

Nous optons pour un prudent demi-tour...

Nous choisissons maintenant de découvrir le cours du Zambèze après sa chute.

Quelques marches puis un sentier plutôt raide nous amènent sur les rives basses du fleuve, au pied du pont reliant Zimbabwe et Zambie.

Soudain, nous apercevons une silhouette accomplir le saut de l'ange, un fil élastique à la patte.

Le fil joue les ressorts, la silhouette valdingue.

Le fil se tend, crucifiant l'ombre...

Un sauveur est rapidement dépêché sur les lieux.

Plus que quelques centimètres et les deux silhouettes s'enlacent...

Même si c'est le dieu Eros en personne qui me récupère, je me refuse à tenter l'expérience !

Et vous... ?

La remontée fut assoiffante.Si nous allions nous désaltérer au bar du Royal Livingstone ?

Petit voyage dans le temps et l'espace...

Nous voici en février 2008, de l'autre côté du pont, chez Bob !

Le chauffeur du taxi réservé à Kasane nous dépose à l'entrée des chutes.

Nous payons notre écot, refusons la location d'un poncho ou d'un parapluie et nous engageons sur le sentier qui longe la cataracte.

Un bruit assourdissant nous avertit que nous touchons au but.

Un mur d'eau se dresse alors devant nous...

Un point de vue, deux points de vue.C'est bizarre, on dirait qu'il pleut ?

La fumée qui tonne est aussi une fumée qui mouille...

Je prends une dernière photo et range l'appareil.

100 mètres, 200 mètres, la brume s'épaissit.Les cheveux sont trempés, les Tshirts et pantalons aussi.

Le sentier est devenu une douche italienne.

300 mètres, 400 mètres.

T'es où ? J't'vois plus ?

Le sentier s'est transformé en hammam.

Dégoulinants, nous opérons un repli stratégique en direction du Victoria Fallshôtel. Vous devinez la suite...

Retour dans le présent et à notre logis.

J'ai faim !

Trop tard...Une bande de morfales a déjà réglé son compte à cet appétissant pimoc'h.

Restent steaks et spécialités indiennes...

Bon appétit !

13

On n'a rien oublié ?

Top départ pour la prochaine étape !

La grande route qui file vers Lusaka est déserte.

Quelques camions, quelques voitures particulières, quelques mini et autobus.

Quelques barrages, quelques villages plus tard, nous bifurquons sur le réseau secondaire.

Le bitume est encore de mise mais les nids de poule se succèdent.

Les véhicules sont moins conventionnels, les vélos se multiplient.

Les habitations sont désormais de bois, de terre ou de paille.

A chaque case, son utilité : chambre, grenier à provisions, enclos pour les bêtes, latrines.

Des panneaux nous rappellent que le sida reste un fléau majeur dans cette partie du monde.

Le Sida existe ! proclament les plus sobres.

L'abstinence est La Solution ! mentent les plus religieux.

Les supermarchés offrent une alternative plus pragmatique.

Là, où en France sont placés bonbons et autres friandises, trônent de multicolores capotes.

Il n'y a plus qu'à en glisser discrètement à la caissière puis rejoindre l'objet de sa passion...

Le Camion abandonne maintenant le goudron pour une piste irrégulièrement entretenue.

Le 4x4 cède le passage aux nombreux troupeaux de vaches ou de chèvres et ralentit pour ne pas noyer piétons et cyclistes dans une nuée de poussière.

Cela surprend d'ailleurs, vu que la conduite locale est plus du style "A fond! A fond ! A fond !"...

Le campement du soir est en vue !

Une grande pelouse, une piscine, quelques chaises longues au pied desquels se déploie le Lac Kariba.

C'est pas tout ça mais il faut tout ressortir maintenant !

Le campement installé, allons voir à quoi ressemble le fameux lac.

Ce lac artificiel, résultant d'un barrage hydroélectrique édifié sur les puissantes eaux du Zambèze dans les années 50, est le deuxième plus grand lac artificiel du monde après le lac Nasser.

Si la vaste opération Noah a empêché la noyade certaine des quelques 6000 animaux sauvages qui vivaient sur ces terres maintenant inondées, le déplacement des 57 000 êtres humains dont c'était le berceau ancestral fut nettement moins bien organisé...

Le lac est aujourd'hui une zone touristique en devenir aussi bien qu'une immense zone de pêche.

Nous nous installons maintenant sur une agréable terrasse surplombant les eaux qui virent du rose au plomb.

Les oiseaux entament une sarabande dans un ciel qui s'éteint.

Les pêcheurs se faufilent entre les cimes des arbres, squelettiques témoins d'une époque révolue.

Le soleil joue à cache cache entre les branches d'un rescapé puis disparaît.

Il est temps de rejoindre notre feu.

Le bois achève de se consumer, les pommes de terre s'attendrissent sous le feu du réchaud.

Je sors l'énorme steak de son emballage et le dépose sur la grille.

Quelques minutes après, une odeur faisandée m'assaille les narines.Je m'approche de la viande, l'ôte des braises et l'inspecte.

Contrairement au filet vendu à la boutique de Punda Maria, elle ne semble pas avariée.

D'où proviennent donc ces relents nauséabonds ?

Le fumet se dissipe.

Nous dînons.

Le fumet se rediffuse.

Mon conjoint se remémore alors la terre de ses ancêtres et trouve la source des putrides émanations.

Tu m'as pas dit qu'il y avait une ferme aux crocodiles dans le coin ?

Les futurs sacs à main, pâtés et rôtis sont, tels des cochons en Armor, parqués dans de vastes enclos dont il convient d'ôter régulièrement le lisier...

Pourquoi pas en début de soirée ?


Les vents étaient-ils défavorables ?

Une opération de nettoyage vigoureuse avait-elle été menée ce jour-là ?

Je ne sais pas mais, en l'état, il m'est difficile de conseiller ce lieu.

14

Le jour s'est levé sur les bords du lac Kariba. Nous aussi...

Le petit déjeuner des voyageurs est servi.

Celui des timides gazelles, aussi.

Le parfum des fleurs qui s'entrouvrent sous les rayons du soleil a agréablement remplacé la délicate senteur d'un jus de crocodile...

Je vous laisse profiter des chaises longues et vous donne rendez-vous dans l'après midi pour une petite croisière !

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Le moteur gazouille, le pilote s'impatiente, nous n'attendons plus que vous !

Le bateau s'éloigne de la rive et esquive les assauts féroces des affamés de tout cuir.

Le capitaine scrute l'horizon.Un mouvement attire bientôt son attention.

Vous voyez droit devant ?

Oui, là ! Sur les berges de l'île !

Vite, les jumelles !

Un éléphant s'éloigne...

Le bateau ralentit alors à chaque bruissement d'ailes, à chaque claquement de sabots.

Aigles pêcheurs, cormorans, ibis, hérons, gnous, élands, nyalas, phacochères défilent sous fond de bleu, d'ocre ou de vert.

Le soleil est désormais bas dans le ciel, les pêcheurs s'activent.

Une pirogue s'essaie à la course et nous mettrons un temps certain à semer ses trois vaillants rameurs.

Le soleil achève maintenant sa dure journée de labeur...

Nous aussi...

15

Au matin, le Camion et ses occupants reprennent la route, direction Lusaka.

La même piste, la même route trouée, les mêmes points de contrôle...

Nous traversons maintenant les faubourgs de la capitale.La nationale s'est faite double voie, la circulation s'intensifie.

Le chauffeur regarde attentivement devant lui, le copilote a le nez plongé dans son smartphone pour suivre la progression du 4x4 sur sa carte.

Dans 500 mètres, nous tournons ! préviens-je en levant la tête.

Mon regard croise alors l'oeil de chouette d'un radar mobile...

Le policier à la manoeuvre a déjà stoppé deux Mercedes mais son carnet de bal ne lui semble pas assez rempli.

Il agite donc le bras en direction du Camion qui s'arrête sur le bas côté.

Nous apprenons bientôt que cette portion de route est limitée à 40 alors que nous roulions à 60.

Cette limitation ne semble concerner que les véhicules de marque ou les véhicules conduits par des blancs vu le flot de tacots hors d'usage nous doublant depuis des kilomètres mais, comme les propriétaires des Benz, nous ne discuterons pas ou si peu...

1000 est le prix de départ.

300 est le tarif immédiatement accordé.

200 est la douloureuse finale, le zambien corrompu étant dur en affaires.

Nous repartons, le porte monnaie un peu plus vide; les policiers lèvent le camp, les poches un peu plus pleines...

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Nous roulons désormais à 40. Vitesse que nous conserverons jusqu'à la sortie de Lusaka.

L'hôtel repéré possède des chambres de libre.

Voici la notre...

Je n'ai aperçu aucun félin dans ma chambre, aucun félin sur le balcon...

Alors j'ai fermé les yeux, fait jouer mon imagination, compté les lions s'attaquant aux radars mobiles et me suis endormie.

C'est bien agréable un lit douillet de temps à autre...

Bonne nuit !

16

Une longue journée nous attend aujourd'hui !

Il nous faudra tout d'abord remplir le frigo puis dénicher une banque et enfin nous extirper de Lusaka.

Je trouve un itinéraire bis pour éviter la route mal famée de la veille.

Le Camion s'engage donc dans une longue avenue où se succèdent les dos d'âne.

Les maisons cèdent bientôt la place à de nombreux étals bringuebalants.

Piles de chaussures, piles de vaisselle, piles de vêtements.

Pyramides de tomates, pyramides d'oignons, pyramides de patates

Nous traversons alors un immense marché dans la cohue des vendeurs, des acheteurs et des minibus.

Le Camion slalome entre les obstacles puis c'est l'accalmie.


Plus qu'un pâté de maison et nous devrions rejoindre Cairo Road, l'un des principaux axes de la ville.

Mais c'est sans compter une immense montagne de déchets ménagers qui trône sur la chaussée...

Un éboueur juché sur tractopelle tente d'évacuer ou plutôt d'étaler les détritus odorants.

Le Camion entrevoit une issue dans laquelle il se glisse.

Les sacs s'écrasent sous ses pneus.

Je ne sais si cette sorte de tout terrain est enseignée lors d'un stage d'apprentissage à la maîtrise d'un 4x4...


2 feux plus tard, 300 mètres plus loin, nous arrivons au parking d'un centre commercial.

Pas un papier ne traîne, plus un bruit ne siffle à nos oreilles, les véhicules sont rangés au cordeau.

Nous entrons dans la galerie commerçante.

Le sol brille, la climatisation ronronne, les clients sont tirés à 4 épingles, les magasins offrent tout ce que la société de consommation a à offrir...


Une ville, deux mondes.


Le véhicule maintenant rempli de victuailles, nous longeons à petite vitesse Cairo Street à la recherche d' une des rares banques affiliée au réseau Mastercard.

Banque bidule, pas bon !

Banque truc, pas bon !


Tiens, tu as vu ce 4x4 ?

Un magnifique objet jaune orne sa roue arrière et ses occupants ont l'air de discuter ferme avec la police !


Banque machin chose, pas bon !

Banque schmilblick, pas bon !

Standard Chartered, alléluia !!!


Le Camion se gare près d'une station service, le chauffeur descend.

2 mètres plus tard, un passant le prévient aimablement de retourner rapidement à son volant et d'aller se garer ailleurs.

Au parking de la banque, par exemple...

La spécialité de Lusaka est le sabot de Denver.

Vous vous garez quelque part et dès que vous avez le dos tourné, pim, pam badaboum, on vous colle un sabot !

L'engin sera bien évidemment retiré en échange d'une ou deux centaines de kwachas...

Le Camion redémarre indemne.

Nous n'allons pas arrondir les fins de mois d'un policier aujourd'hui...


Nous laissons Lusaka derrière nous et voguons plein ouest en direction du parc de Kafue.

Comme partout, les habitants affichent un sourire ; comme partout, des tas de charbons de bois attendent preneur.

Le pays n'est pas à sang mais il est à feu.Les forêts sont brûlées pour redonner vie à la terre, le bois se consume pour alimenter les foyers.

Nous quittons bientôt le bitume pour une mauvaise piste de sable.

Des camions foncent en crabe sur la chaussée, des sueurs froides coulent le long des colonnes vertébrales...

Les bières émettent de drôles de son dans le frigo, les chaises et la bouteille de gaz s'entrechoquent.

Une pancarte nous annonce alors que nous pénétrons dans le parc tandis qu'une autre nous indique l'étroit chemin du lodge.

Une mouche voltige puis une autre...

Aie !

La nuée de tsé-tsé attaque les voyageurs qui se défendent vaillamment à coup de plan de Kruger et autres parcs...

La sentier débouche enfin sur une plaine.

Nous sommes arrivés au camp !

Nous rassemblons du bois mort avant que ne tombe la nuit puis je prépare le dîner !

Bon appétit !

17

Debout là-dedans !

Ce matin, morning walk au programme, rendez-vous devant le lodge pour le départ.

J'espère que celui qui va tenir ceci est bien réveillé ...

Chris Mc Bride, septuagénaire haut en couleur à l'humour très british, s'empare du fusil et prend la tête du petit groupe de voyageurs.Un lion a été entendu cette nuit, nous partons à sa recherche !

Les randonneurs tournent alors le dos à la rivière Kafue, aussi embrumée que ne l'est mon cerveau à cette heure matinale et s'engagent dans le bush asséché.

Nous croisons les toilettes puis les empreintes d'une civette.Nous évitons les bouses abandonnées par quelque géant gris.

Les traces du lion se contredisent.

A-t-il viré à gauche ou à droite ?

A défaut de mammifères, nous prenons un cours de botanique, entre arbres à saucisses et cactus vénéneux.

Quelques pukus dressent l'oreille en entendant Chris faire la démonstration convaincante du rugissement d'un lion.

Le roi des animaux résiste cependant à cet appel et nous poursuivons notre quête.

Notre marche s'achève en aval du camp.

Un bateau va venir nous récupérer, d'ailleurs, le voici !

Faites attention à ne pas piétiner cette libellule en montant à bord !

Merci.

En regagnant notre emplacement, nous croisons le charmant hippopotame qui a trouvé refuge dans l'enceinte du camp.

Le pauvre animal a fui son troupeau natal à l'âge de la puberté.Le mâle dominant avait une dent contre lui et une dent d'hippopotame, ce n'est pas rien !

Depuis, il erre parmi les humains le jour lorsque ses congénères barbotent et profite des bienfaits de l'eau la nuit lorsque ses semblables dévastent les prairies.

La bête n'est cependant pas domestiquée.

Il convient donc d'opérer un prudent détour...

Les dix degrés du petit matin ne sont plus qu'un lointain souvenir.

Une petite sieste sous la toile de tente semble une mauvaise idée.

Peut-être fera-t-il moins chaud sous le gazebo ?

La table est branlante.Je cherche puis trouve une cale improvisée...

Je m'assieds alors confortablement et profite du concerto en piaf mineur offert par quelques joyeux siffleurs.

Quoi ?Il est déjà 16 00 ? Vite, préparons-nous pour un nouveau game walk !

Deux fusils, cette fois-ci ? Cela semble prometteur.

Pas de lion caché dans ce repaire à porc-épic, pas de lion dissimulé dans ces sous-bois, pas de lion planqué dans ces hautes herbes .

Les randonneurs cheminent, cheminent, cheminent. Toujours rien !

Quelques pukus surgissent avec grâce et posent pour la postérité.

Le soleil rougit puis se mêle aux branches avant de disparaître.Il faut rentrer !

La rivière est déjà dans son lit, regagnons le notre...

Demain matin, nous partons de bonne heure.Nous demandons donc à Chris de nous préparer la note pour le régler.

Les camps se chargent de collecter les fonds pour la Zambian Wildlife Authority.

Le reçu sera à montrer au garde barrière en sortie.

20 USD par jour et par personne pour l'entrée, 15 USD par jour pour le véhicule et 5 USD par jour et par personne pour avoir le droit de passer la nuit à l'intérieur du parc.

130 USD au total...

L'emplacement de camping est à 20 USD par jour et par personne.

Chris nous regarde alors.

Bon, le game walk du matin et celui du soir ne font qu'un soit 20 USD.

Mais comme nous n'avons pas vu de lions, je vous le compte à 15 ! C'est bon ?

Euhhh, ben oui...


C'est étrange ce pays où tu ne demandes rien et où l'on te fait quand même des ristournes !

(Il en sera de même à KaingU...)

18

Nous levons le camp de bon matin pour notre nouvelle étape.

Un animal, qui me rappelle étrangement quelqu'un -mais qui ? -, s'enfuit dans les hautes herbes au passage du Camion.

Les tsé-tsé sont moins craintives et coursent le 4x4 à travers les sous bois.Quelques cadavres jonchent rapidement l'habitacle tandis que les cartes et autres plans s'ornent de pattes, d'ailes et de sang...

Nous rejoignons maintenant la mauvaise piste 2x4 puis le goudron.

Je regarde alors la jauge d'essence.

Peut-être aurions-nous du refaire le plein dans la dernière ville traversée ?

Nous nous engageons ensuite sur ce qui fut une route au vue des quelques ornières de bitume.

Un peu plus loin, un panneau nous invite à tourner dans un nouveau territoire à tsé-tsé.

Vannés par cette longue journée de route, nous trouvons à peine la force d'allumer ce petit feu...

.. autour duquel je vous propose de me rejoindre pour boire l'apéro !

19

Aujourd'hui, c'est grand luxe !Nous sommes confortablement installés sur une belle pelouse au bord de l'eau.

Le donkey boiler est en chauffe, le petit déjeuner se prépare.

Les éléphants comme les vervets sont à l'affût !

Une bonne douche bien chaude et à tout à l'heure pour une petite balade !

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Le but de notre promenade est une cachette aménagée au bord de la plaine.

Guidés par un employé du lodge, nous suivons un petit sentier dont la trace est à peine visible.Au retour, il faudra se débrouiller seul.Pensez donc à bourrer vos poches de petits cailloux...

Nous entrons maintenant dans l'abri, sortons les jumelles et patientons.

Le nom du lieu semble avoir été choisi à très bon escient !

Madame Puku pointe bientôt le bout de son museau suivie de Monsieur qui sent être le sujet d'une intense observation.

Les antilopes broutent, cabriolent puis se retirent.Nous aussi...

Dis, nous venions de la droite ou de la gauche ?

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Mesdames, Messieurs, le commandant vous souhaite la bienvenue à bord...

Au programme, quelques heures de navigation sur la rivière Kafue suivies d'un apéritif servi sur le pont principal !

Euhhhhhhhh....Je crois que je me suis emmêlée les pinceaux !

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Recommençons...

Le zodiac attend ses passagers au ponton.

Nous enfilons le gilet de sauvetage et écoutons religieusement le guide nous expliquer les consignes de sécurité.

L'embarcation suit maintenant les courbes de la rivière, le pilote évite rochers de granit et hippopotames.

Les pêcheurs attendent patiemment, qui en position dominante, qui les pieds dans l'eau.

Bingo !

Les berges se font falaises ou nids d'oiseaux.

Des craquements se font entendre dans les arbres ! Approchons-nous...

Un éléphant a traversé la rivière et se régale d'un tendre feuillage.

L'oeil exercé du guide distingue alors la dentition éclatante d'un jeune crocodile puis les griffes acérées d'un varan.

Tandis que le soleil illumine une dernière fois le granit, nous accostons pour contempler la fin de sa course en dégustant l'apéro...

A plus tard pour le dîner !

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Un chemin de bougies nous guide vers une table joliment dressée sur la terrasse.La cuisinière nous annonce le menu du soir, le serveur nous apporte des boissons.

De petits pains chauds tout droits sortis du four n'attendent que le fondant d'un morceau de beurre.

En deux bouchées, ils sont engloutis par les affamés.

Nous nous réchauffons ensuite le palais avec un onctueux potage puis dégustons un poulet aux herbes bien parfumées.

Un crumble achève ce dîner aux chandelles, j'espère que, vous aussi, vous l'avez apprécié !


Repus, nous quittons le théâtre de nos agapes pour papoter au coin du feu en sirotant un dernier verre.

Les hippopotames cheminent silencieusement autour du camp, les vervets rêvent à leurs prochaines rapines.

Bonne nuit...

20

Le porte monnaie délesté de quelques dollars et de quelques liasses de kwachas, nous reprenons la route.

Les tsé-tsé se regroupent pour une ultime attaque mais font chou blanc, notre tactique d'évitement étant enfin bien rodée !

Une piste 4x4, une piste 2x4, le goudron.

Je regarde la jauge de gasoil.

Le niveau me semble bien bas pour les nombreux kilomètres restant aujourd'hui à parcourir...

Je demande donc au chauffeur d'adopter une conduite moins nerveuse pour économiser le carburant.

Le chauffeur sourit.

T'inquiète pas ! On peut encore faire 300 kilomètres !


La nationale transperce maintenant le parc d'est en ouest.

A chaque point d'eau, une multitude de ralentisseurs tente de protéger l'éventuel passage d'animaux.

Nous éviterons ainsi pukus,

Cobes à croissant,

Et échassiers.

Tatayoyo Gate nous indique bientôt une pancarte signifiant ainsi la limite occidentale du parc.Annie Cordy serait-elle célèbre en Zambie ?

La route cesse alors de ressembler à une route pour devenir un patchwork de macadam, de nids d'autruche et de terre.

Un village, deux villages.

La jauge est au quart et toujours pas de pompe à essence...

Je regarde la carte.

Un autre village est annoncé dans 60 kilomètres.

Le dernier avant le no man's land qui nous sépare de notre but, la ville de Mongu !

Glups...

J'ouvre mon Southern & East Africa road atlas page 69 et pointe les villes et villages traversés par la M9.

Kaoma est notre seul espoir !

Les premières constructions sur la route ne sont guère engageantes.

T'es sûre que c'est une ville, ça ?

Cent mètres, 200 mètres, 500 mètres...

La silhouette tant attendue d'une station service se devine à l'horizon !

Des ouvriers coulent le béton, un ingénieur chinois supervise les travaux.

L'établissement est en construction...

Entre engins de chantier et terrassiers, des véhicules s'aventurent cependant vers des pompes dont l'installation semble achevée.

Nous questionnons alors le conducteur d'un Hilux :

- Il y a du gasoil ?

- Oui, bien sûr !

Un plein plus tard, les voyageurs repartent sereins en direction de Mongu...


L'après midi touche à sa fin.

Chacune...

Comme chacun...

Regagne ses foyers.


Les villages autrefois si pimpants avec leurs cases bien alignées sur le toit desquelles se devinaient quelques panneaux solaires offrent un visage moins carte postale.

Nous découvrons alors une Zambie de misère qui s'était jusqu'alors quasi refusée aux yeux des voyageurs.

Le ciel s'obscurcit brusquement tandis que nous pénétrons dans les faubourgs industrieux de Mongu.

Un pâle soleil peine à transpercer la brume qui étouffe la ville lui donnant une atmosphère de film catastrophe relatant la fin de notre monde...

Plus nous progressons dans cette cité peu radieuse, plus nous prend l'envie de la fuir.

L'heure tardive aura raison de nos désirs d'ailleurs et nous nous installons au Country Lodge pour la nuit.

A demain !

21

Nous avions prévu de visiter les palais du roi des Lozi mais l'ambiance de la ville comme la fatigue des longues journées de route nous fait renoncer à cette excursion.

A la place, je vous propose un peu de shopping au Shoprite...

En pénétrant dans un supermarché zambien, botswanais ou sud africain, le voyageur a tout de suite connaissance du niveau de richesse du quartier dans lequel il se trouve.

Particulièrement au rayon viande et céréales.

Du filet de boeuf, du poulet frais, de l'agneau, des côtes de porc dans des rayons réfrigérés et 50 sortes de muesli sur les étagères ?

Les environs possèdent une clientèle fortunée...

Juste des saucisses, de la tête de cochon, des tripes, des pattes de poulet ?

Des congélateurs remplis d'immenses sachets de cuisses de poulet surgelées ?

Des rayons qui regorgent de paquets de corn flakes XXL (La moitié de la taille d'un être humain...), de sacs de pommes de terre ou de céréales ?

Pas de doute, peu de millionnaires ni même de classe moyenne dans le coin...

La sécurité du magasin est un autre indice :

Sortie libre à contrôle systématique des tickets de caisse et des marchandises.

Sac à dos permis ou sac à dos consigné.

Les larcins semblent plus courants dans certains lieux que dans d'autres...


En tant qu'étrangers blancs, nous ne serons jamais soumis à la consigne de nos affaires et nos tickets de caisse comme nos sacs ne feront l'objet que d'une vérification de principe.

Le contrôle au faciès existe donc également outre méditerranée...


Je vous laisse faire quelques provisions et vous donne rendez-vous sur le parking !


Derrière la grille de barbelés qui encercle le Shoprite, 4 enfants fouillent les poubelles à la recherche de leur déjeuner.

Nous quittons la sinistre Mongu.

---/---

Une belle route neuve file vers la Namibie.

Rien n'a été oublié par le concepteur chinois ! Pas même le quasi unique rond point et la quasi unique pancarte du pays...

Gros bémol, cependant...

Il est où le pont qui permettrait de franchir le Zambèze ?

Demi tour en direction du ferry...

Le Camion attend patiemment l'arrivée du bac sous les regards énamourés de son fan club...

Tiens ! Le voici !

Le bac surchargé tangue, gîte et peine. Les secours sont à pied d'oeuvre...

Le rafiot débarque cependant sa cargaison indemne.A notre tour de l'emprunter !

Le moteur crache et hurle dans un nuage de fumée puis la barcasse se laisse porter par le courant.L'autre rive du fleuve se devine...

Nous touchons bientôt terre !

Rendez vous aux chutes de Sioma...

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Après quelques tâtonnements et interrogations, nous trouvons l'entrée du parc.

Le ranger nous déleste de quelques kwachas puis nous guide vers les chutes.

Le sentier mal balisé dévale entre les arbres puis bute sur une belle dune de sable blanc.

Une grimpette plus tard, nous aboutissons sur un plateau rocheux.

Le murmure des eaux devient fracas tandis que nous approchons de la falaise.

Une enjambée, deux enjambées et un fougueux Zambèze cascade à nos pieds !

Une heure de macadam s'écoule, la route longe le Zambèze au lointain.

Nous rejoignons alors le fleuve pour notre dernière nuit zambienne,

Bienvenue au Kabula Lodge !

Le sympathique réceptionniste boite jusqu'à notre rencontre.Un jardinier claudique et s'empare d'un tuyau d'arrosage.Un client progresse clopin-clopant jusqu'au bar.

Personne ne lit donc ici les panneaux ?

Un livre et des jumelles à portée de main, nous paressons maintenant sur la terrasse de notre bungalow.Les yeux puis les dents d'un crocodile apparaissent brièvement à la surface de l'eau tandis que les hippopotames entonnent un bruyant concerto en grognement majeur.

Une employée installe deux tables d'écolier autour de l'âtre, un employé dépose un tas de bois à la portée des pyromanes.

Le feu dispense une douce chaleur, les voyageurs peinent à quitter leur fauteuil...

Qui va se dévouer pour préparer le dîner...

Et chercher le tire bouchon... ?

22

Je serais bien restée une nuit de plus au Kabula Lodge mais malheureusement mon employeur ne veut pas m'accorder plus de 4 semaines consécutives de congés...

Le Camion poursuit donc son chemin parallèlement au Zambèze.

C'est jour de lessive, les tshirts, culottes et jupettes sèchent dans les buissons tandis que les enfants font des cabrioles dans l'eau.

C'est jour de transhumance, il y a foule au poste frontière...


Un homme nous indique de doubler la longue queue qui ne concerne que les travailleurs transfrontaliers et, délestés de nos derniers kwachas en règlement de la taxe carbone, nous franchissons rapidement les quelques mètres qui nous séparent de la Namibie !


L'affluence est toute aussi forte de l'autre côté de la frontière.

Ni une, ni deux, nous doublons la file sans nous poser de questions.

Hep !

Une agente nous interpelle et nous signifie, peu aimablement, que tout le monde, ici, doit attendre...

Nous prenons donc rang.

Les formalités doivent être longues, 10 minutes ont passé et nous n'avons toujours pas bougé...

Nous demandons à notre voisin d'infortune s'il en est toujours ainsi.

Ah non ! C'est parce que c'est lundi !

Un autre quart d'heure, un mètre de gagné...

Nous nous remémorons alors les files de fans d'artistes capables de patienter des heures durant l'ouverture des portes de la salle du concert de leur vie !

Comme eux, nous décidons de poireauter confortablement et sortons chaises de camping, livres et thermos de café.

D'autres clients captifs choisiront de payer quelqu'un pour faire le pied de grue à leur place...

90 minutes plus tard, nous parvenons au guichet.


Votre ticket, hurle l'employé !

Euh ??? Quel ticket ?

Ezegjrkpoktphjcgtrycbrnb, une phrase incompréhensible...

L'homme agite alors un jeton de bois, s'avance et prononce ce mot : Ebola !

Il faut se rendre à un point de contrôle sanitaire où, après visite médicale, nous sera délivré le sésame...

Il y a quand même une bonne nouvelle : pas besoin de refaire la queue...


Le poste médical consiste en une grande tente verte.Nous entrons.Personne !

Un employé arrive alors et nous dit :

C'est l'heure de déjeuner, tout le monde est parti manger.

Vous n'avez qu'à prendre un ticket et c'est bon !


Rassurés de ne pas avoir été contaminés par la terrible fièvre Ebola durant notre séjour en Zambie, nous retournons au bureau de douane en serrant dans nos mains le précieux viatique...


Nous voilà enfin en Namibie !

Un plein de courses au Pick n Pay de Katima Mulilo et nous empruntons la longue route goudronnée qui transperce de part en part la bande de Caprivi.

Les villages entr'aperçus ça et là ressemblent trait pour trait à leurs homologues zambiens.

A un détail près...

Les enfants ne sourient plus aux passants, ils font le geste de ceux qui ont faim et mendient.

Que se passe-t-il donc par ici ?


Nous quittons le goudron pour une route en travaux longeant la Kwando, rivière qui méandre entre Namibie et Botswana.

Un panneau nous indique alors la proximité de notre logis du soir, tandis qu'un second nous remémore que nous n'avons plus de bois.

Nous nous installons maintenant sur l'emplacement privé numéro 4, le meilleur du camp point de vue isolement !

Je vous laisse un instant, interruption technique...

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Nous avons résisté au charme des bungalows avec vue sur le Botswana,

Mais nous ne résisterons pas à l'appel d'une boisson gazeuse ambrée au bar...

N'abusez pas de ce produit car il faudra tout de même réussir à grimper là-haut pour sombrer dans les bras de Morphée. (Ou de qui vous voulez...)

J'ai chaud ! Fait combien là-dedans ???

Il est trois heures du matin, la couette valdingue, le thermomètre indique 20 degrés...

J'avais oublié combien il était agréable de ne pas avoir à se recroqueviller sous les duvets !

Douce nuit...

23

Nous prenons notre petit déjeuner sous le regard envieux de toute une volière plus ou moins chamarrée.

Nous céderons quelques miettes aux quémandeurs qui n'en feront qu'une becquée.

Avant d'aller arpenter le parc de Mudumu, il va falloir dégonfler les pneus.

Nous y avions échappé jusqu'alors mais il parait que les pistes de ce parc sont encore plus traîtres que celles du camping de Nata...

Aussitôt dit, aussitôt fait.

Nous appliquons les conseils du loueur et dégonflons de 20 %.

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Les bureaux du parc sont vides, c'est l'heure de déjeuner...Un enfant finit par nous apercevoir puis un employé pointe le bout de son nez.Nous sommes les premiers, et sans doute les derniers, visiteurs du jour...

Le Camion s'élance maintenant sur les pistes sableuses de Mudumu.

J'te préviens ! Même si nous voyons un lion, j'm'arrête pas pour que tu puisses prendre une photo ! s'exclame le chauffeur devenu très attentif à la configuration du terrain.

Heureusement, la situation s'améliore peu à peu...

Défilent alors sous l'objectif du copilote, graciles gazelles,

Peureux pachydermes,

Babouins assoiffés,

Chevelus phacochères,

Arc en ciel emplumés,

Et nyalas interloqués !

La piste s'achève le long de la rivière, que nous laissons derrière nous pour regagner la sortie comme la terre ferme !

Fiers de ne pas avoir eu à utiliser pelle et sangles, nous regagnons le lodge et fêtons cette victoire contre les éléments autour d'un verre...

Il faut dire que le véhicule loué est bien plus adapté aux terrains sablonneux qu'un Hilux de base ou pire un Xtrail...

Nous sommes donc désormais plus confiants quant à nos capacités de conduite en milieu hostile.

Reste qu'il ne faudrait toujours pas que nous aillons à changer une roue ou tout autre petit bricolage...

24

Un braai, un coucher de soleil, une nouvelle aurore.Nous replions tente, chaise et duvet puis nous reprenons la route en direction du Botswana!

Le passage de la frontière namibienne se fait toujours aussi aimablement...

Nous franchissons maintenant le pont sur la rivière Chobé avant de tremper les roues du Camion puis les semelles de nos chaussures dans une mixture noirâtre et magique censée éradiquer le vilain virus de la fièvre aphteuse.

Le douanier Botswanais travaille pianississimo mais avec le sourire. Ne reste alors plus qu'à convaincre l'officier en charge du contrôle sanitaire que nous sommes en règle avec l'obscure règlementation en vigueur.

Vous avez des fruits et légumes ?

Oui.

Un large sourire s'affiche sur le visage de l'homme qui pense avec délectation à son prochain dîner.

Je lui tends un sac dans lequel finissent de sécher quelques pommes de terre rabougries et un vieil oignon.

Le masque de la déception remplace celui de la gourmandise...

C'est bon ! Vous pouvez circuler !

Le Camion s'engage sur le bitume, rendez-vous dans quelques kilomètres à l'entrée du parc de Chobé !

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Ngoma Gate, 5 minutes d'arrêt !

Le copilote se précipite aux guichets du parc et, contre la très modique somme de 290 pulas, obtient le blanc seing de la Wildlife Conservation Authority. A nous les délices de Chobé !

Délices que je développerai en 2 services...

Chobé au coeur de l'hiver, Chobé au coeur de l'été.

C'est tellement différent que je n'ai rien reconnu !

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Premier service : Chobé au coeur de l'hiver.


Le Camion s'élance sur une piste de sable profond qui serpente parmi les arbres aux feuilles jaunies.

Au détour d'un virage, s'ouvre bientôt un vaste panorama sur le lit de la rivière quasi asséché.

Une immense prairie s'offre ici à la voracité des troupeaux : zèbres, koudous, nyalas, éléphants mais aussi vaches namibiennes profitant de la très faible profondeur des eaux pour s'infiltrer clandestinement au Botswana.

Que fait donc la police aux frontières ?

Notre arrivée laisse de marbre zèbres,

Girafes,

Et cobes à croissant.

Ils en ont vu d'autres...

L'hippotrague rouan se souvient, lui, qu'un Discovery a failli l'écraser quelques jours auparavant et préfère prendre la fuite.

Nous longeons maintenant cette plaine nourricière en suivant des sentiers parfaitement balisés.

Nous croisons alors de vastes hordes d'Attilas locaux,

Auxquels pas une herbe tendre, pas une branche goûtue ne résistera.

Arghhhhhh ! Ils se rapprochent ! Fuyons !

De nombreux témoins assistent au sauve-qui-peut du Camion.

Heureusement pour nous, pas un seul ne possède de compte sur MyAtlas. Notre débandade restera donc un secret bien gardé !

Quoique...Cette tête me rappellerait bien quelqu'un !

Vite rattrapons-la et proposons lui un pot de vin en échange de son silence.

Notre arrangement scellé, nous nous dirigeons, tête basse,

Vers la sortie du parc !

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Second service : Chobé au coeur de l'été.

Je vous invite à remonter le temps.2015, 2014, 2013, 2012, 2011, 2010, 2009, 2008 !

Le carrosse Land Rover s'est transformé en citrouille Chico.

La tente sur le toit a disparu, les voyageurs doivent se résoudre à dormir entre quatre murs...

L'hôtel organise des virées dans le parc, nous lui réservons donc deux places pour une croisière, un safari à la demi journée et un autre sur la journée complète.

Voici le très vert résultat

De ces diverses escapades !

Je vous laisse prendre une dernière bouffée d'humidité et de verdure et vous redonne rendez vous dans quelques instants à la saison sèche.

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Nous quittons le parc puis remplissons le frigo dans un supermarché de Kasane.

Le ciel commence à s'obscurcir quand nous laissons derrière nous les dernières maisons de la ville.

Je guette alors les possibles traversées d'éléphants d'un oeil tandis que je cherche l'embranchement pour le lodge de l'autre.

Dans cinq cents mètres, tu prends la piste sur ta gauche !

Le Camion s'engage bientôt sur un chemin étroit et sablonneux.

Nous apercevons les lumières d'une maison mais aussi quelques masses grises...

Un petit groupe d'éléphant dîne au milieu de la route.

Nous patientons et regardons quelques arbustes disparaître, victimes de la gloutonnerie des pachydermes qui semblent vouloir camper là...

Je regarde mon plan et découvre une autre voie d'accès.

Le Camion opte donc pour un prudent demi-tour et regagne le goudron.

Un kilomètre, un autre groupe d'éléphants...

Deux kilomètres, l'itinéraire bis !

Le Camion suit la piste, dévale une colline et prend à droite.

Il fait presque nuit.

Des craquements se font maintenant entendre de tous côtés.

Des trompes, des oreilles, des défenses forment une infinité d'ombres chinoises...

Il n'y en a pas sur la piste, fonce !!!!!!!!!!!!!!

Deux minutes plus tard, nous voici à l'abri.

Enfin, c'est vite dit...

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La réceptionniste nous indique nonchalamment le chemin de l'emplacement de camping numéro 1.Nous nous y installons.

De multiples barrissements nous indiquent vigoureusement qui sont les vedettes des lieux.

Nous décidons d'aller à leur rencontre.

Nous grimpons donc sur deux tabourets de bar et commandons nos boissons préférées tout en observant l'animation au point d'eau.

Chuttttttt...

Un spectacle pareil,

S'admire en silence...

Divers groupes d'éléphants se disputent la mare, plus particulièrement là où une belle eau fraîche et limpide jaillit.

Nous découvrons alors qu'une cachette a été aménagée au plus près du spectacle.

Nous nous y glissons.

Les plus proches pachydermes sont maintenant à quelques centimètres de nos yeux ébahis. L'ouverture laisse filtrer la charmante odeur qui se dégage des puissants herbivores ainsi que des senteurs d'eau croupie.

Un éléphanteau curieux entend les sons émis par les voyageurs.Il approche sa trompe et renifle le fumet émis par toute cette concentration de carnivores...Sa mère l'éloigne puis piétine la boue, nous aspergeant quelque peu.

Une nuée de moustiques assoiffés aura enfin raison de notre fascination.

Nous regagnons nos foyers.

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Le dîner (léger) est servi.

Les voyageurs se régalent d'une omelette, les éléphants des tout proches arbres...

Nous les surveillons du coin de l'oeil à moitié rassurés.

Tant qu'ils s'attaquent au buisson à 10 mètres de là, tout va bien mais que se passerait-il s'ils se décidaient à grignoter le feuillage qui ombrage la tente ?

Le troupeau s'éloigne peu à peu, nous rejoignons notre lit.

Et ne dormirons que d'un sommeil saccadé...

25

L'aube se lève sur Senyati, le réveil s'invite dans les cauchemars des dormeurs.Pas un éléphant n'a finalement osé s'attaquer aux voyageurs.La féroce réputation d'Attila a dû parvenir jusqu'à leurs vastes oreilles...


Une longue route nous attend maintenant : 660 kilomètres de bitume jusqu'à Palapye, dernière ville d'importance avant la frontière sud-africaine.

Que faire durant ces longues heures ?

Les comptes ?

Allons-y donc pour quelques chiffres...


J'avais budgété 5000 euros par personne dans un premier temps puis 4500.

Le résultat final sera nettement en deçà.

3700 euros pour un voyage de 26 jours dont 1050 de billet d'avion et 1350 de location de voiture.

14 nuits sous la toile de tente, 3 nuits dans des bungalows avec commodités à partager et 7 nuits dans le confort d'un lit douillet...

Un voyageur qui réserverait son transport plus à l'avance et qui ne cèderait pas aux sirènes de la premium économy sur l'un des trajets pourrait accomplir le même séjour pour 3400 euros.

Si ce même voyageur ne peut résister à l'attrait d'un survol des chutes en Hélicoptère plus deux ou trois safaris guidés supplémentaires, son budget devrait s'équilibrer avec le mien.


Je vais faire quoi maintenant des 800 euros qu'il me reste ?

Retourner en Afrique Australe ?

Acheter 40 kilos de rillettes ou 20 boîtes des meilleurs chocolats de Clermont ?

Acheter une caisse de bon vin et inviter mes lecteurs à une dégustation ?

Bon, c'est pas le tout de rêvasser mais nous sommes arrivés à Palapye !

Cherchons un logement...


Les hôtels qui bordent la nationale ne nous inspirent pas.Trop Hollywood en carton pâte, trop Mac Do ou pas finis...

Nous poussons vainement nos recherches au coeur de cette ville minière puis tombons sur une affiche nous vantant les mérites d'un établissement multicarte : camping, bungalows, restaurant, bar...

Les chambres sont toutes louées, nous nous résolvons donc à déplier la tente une dernière fois.

Aujourd'hui la cuisinière comme le pyromane sont de repos et leurs grandes carcasses rouillées par les centaines de kilomètres de l'étape s'affalent sur les bancs disposés autour des tables du restaurant.

Il y a de l'animation ici !

Serait-ce le repaire de la jeunesse du coin ?

Des minets sirotent une bière, d'autres disputent une partie de billard.

L'ambiance est arc en ciel.

Tant au niveau de la couleur des participants que de leur orientation sexuelle supposée.

Nous dînons en musique puis partons ronflotter...


Bonne nuit !

26

Voilà, cette fois, c'est bon, je replie définitivement tout le bazar !

Rendez-vous dans quelques heures en Afrique du Sud, aux portes du parc de Marakele.

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Vous avez remarqué comme les autorités sud africaines étaient encore plus efficaces que celles de Namibie ?

Le gars du bureau santé à la frontière ne nous a même pas jeté un regard mais il savait déjà que nous étions indemnes de toute maladie !

En 1 seconde, le volet médical de l'autorisation d'entrée dans le pays était tamponné...

Franchement, je ne regrette en rien ce mois en Afrique Australe.

J'ai tout d'abord appris que je n'avais pas Ebola et je sais maintenant que je n'ai aucune autre maladie contagieuse.

Les médecins français ont du souci à se faire si cette concurrence débarque demain dans notre pays...

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Je récupère la clé du bungalow à la réception du parc puis le Camion prend la piste en direction du camp.

Les animaux demeurent cachés dans les buissons.

Pas une autruche, pas un rhinocéros, pas un éléphant !

Des excréments en revanche truffent la chaussée...

Nous quittons bientôt la plaine pour grimper à l'assaut des montagnes.

Un dernier raidillon, une dernière descente, une dernière bouse de pachyderme et nous voilà arrivés !

Je ne sais pas ce que vous voulez faire des quelques heures de jour qui restent mais moi, je ne bouge plus !

Un peu de lecture, un paysage apaisant, je n'en demande pas plus !

Quoique...Un dernier steak, un dernier verre et un dernier braai ne seraient pas de refus...

Les vervets entament un concours de trampoline sur le toit de notre logis.

La pleine lune éclaire le lac et fait scintiller ses eaux.

Les dernières braises achèvent de s'éteindre dans l'âtre.


Je sirote un dernier verre de vin puis, enfouie sous les couvertures, compte les steaks pour m'endormir...

Je rêve que je m'inscris aux viandards anonymes lorsqu'un coup sourd porté sur la toile bien tendue de la tente ébranle mon lit et me réveille.

Qui va là ?

Les singes auraient-ils programmé un raid sur nos poubelles ?


Armé d'une puissance lampe torche, Monsieur Attila se décide à chasser les importuns.

Rien sur la terrasse, rien en cuisine, rien autour de la tente.

Un bruit léger se fait entendre près du Camion.

Le faisceau lumineux balaye les roues, les portes, puis le toit.

Toujours rien !

Les lumens éblouissent alors un éléphant solitaire bien occupé à déguster le feuillage protégeant le 4x4 des rayons ardents de la lune.

Le pachyderme interloqué braque son regard sur son tourmenteur puis abandonne son casse croûte.

Un pas puis deux et le voilà qui se fond silencieusement dans la nuit.

Un bâillement puis deux et je me rendors...


Bonne nuit !

27

La balade s'achève aujourd'hui.


Un dernier tour dans le parc, un dernier zèbre, un dernier éléphant.

Le rhinocéros joue les coquettes et se refuse.

Une autre fois, peut-être...


Un dernier kilomètre, un dernier tour de roue, un dernier regard sur le Camion...

Le long vol du retour nous attend maintenant.

Mais puisqu'il reste une heure à perdre avant de décoller, je vous propose de la consacrer à mon activité favorite...

Bon appétit et à bientôt pour un autre carnet !