Par Attila
Une île, un volcan, une impression d'Amérique du Sud
Novembre 2019
12 jours
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Une douzaine de jours de congés en novembre, une envie de derniers instants de douceur, le souvenir d'un carnet de Vazyvite.

Je dépasse mes a priori - des plages étroites bordées de gigantesques tout inclus sans charme, de la viande saoule anglophone, des nordiques fuyant la nuit perpétuelle- et entame mes recherches.

Je déniche bientôt un vol aux horaires et au prix excellents au départ de la ville rose. Cela achève de nous convaincre.

Les deux billets en poche, se dessine le parcours.

Pas du tout envie de rester dans la pointe sud de l'île où se concentrent tourisme balnéaire et béton.

Pas envie non plus de multiplier les aller retour aux quatre coins de Ténérife.

Nous ferons donc une boucle : une nuit sur la côte est, 4 dans le nord, 2 à l'ouest et 4 sur les flancs sud du volcan.

A nous les forêts humides, les bananiers, le sable noir, les coulées de lave et des paysages qui ne sont pas sans me rappeler l'Amérique du sud ou la lune...

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Deux premières pour ce voyage : les Canaries et l'utilisation d'une compagnie low cost européenne.

Je me demande comment Easyjet fait pour gagner de l'argent en me vendant deux aller /retour accompagnés d'un bagage en soute à un prix inférieur à deux aller/retour Clermont-Ferrand/Parisdans la seconde classe fatiguée d'un wagon SNCF...

L'avion est neuf, le personne efficace, les horaires quasi respectés, le confort suffisant pour un vol moyen courrier.

Personnellement, je trouve le contrat parfaitement rempli et ne comprends pas bien les récriminations de certains voyageurs quant aux bagages.

La couleur est clairement donnée sur le site, sur le billet et pendant les annonces.

Un seul bagage à main (donc pas de sac à main, de sac à appareil photo etc en plus) qui doit respecter les dimensions du gabarit.

Le prix d'un bagage en soute n'est pas astronomique alors pourquoi chercher les ennuis pour quelques dizaines d'euros ?

Pourtant, plusieurs passagers essaieront de gratter un peu et en seront pour leurs frais...

Nous laissons les mauvais coucheurs à leurs récriminations et nous envolons vers l'archipel espagnol planté à l'ouest des côtes marocaines.

Le commandant de bord égrène les lieux survolés puis un superbe volcan émergeant des nuages se devine par delà le hublot.

Nous sommes arrivés !

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Aucun contrôle aux frontières, aucun temps mort, nous retrouvons rapidement la valise et cherchons le guichet de notre loueur.

Arghhhh ! C'est quoi cette foule en désordre ????

Les bureaux des différentes agences s'ouvrent sur le hall des bagages et c'est l'heure de pointe. De nombreux charters en provenance de toute l'Europe ont déversé leurs cargaisons de passagers et tous semblent avoir choisi la location de voiture comme moyen de transport...

Tu crois qu'on va attendre combien de temps ? 1heure, 2 heures ?

Ça n'avance pas, ça resquille, c'est le bordel entre ceux qui attendent et ceux qui veulent passer pour rejoindre la sortie...

Nous nous apercevons alors que l'officine possède deux ouvertures, l'une côté bagages, l'autre côté hall d'arrivée. Si nous tentions notre chance là-bas ?

Nous passons la douane et découvrons une nouvelle queue. Mieux organisée, plus courte, plus disciplinée. Ne reste plus qu'à patienter...

La nuit est tombée lorsque arrive notre tour.

Autant l'attente fut longue, autant les formalités sont rapides. En deux minutes nous avons nos clés, en cinq nous sommes dans la Corsa. Pas de tour du véhicule à faire, tout est inclus hormis l'essence.

L'air est doux, nous abandonnons la doudoune et filons sur l'autoroute direction Güimar.

L'hôtel réservé possède le charme des vieilles maisons canariennes et une bonne table.

Nous y arrivons pile poil pour déguster notre premier morceau de porc ibérique et notre première bouteille d'une production locale à base de raisin...

Bonne nuit !

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L'hiver pointait son nez à Clermont. En un coup d'aile, me voilà déjà au printemps.

Un tour de place, un bol d'air et la Corsa se glisse dans le peloton.

L'île n'est pas qu'un paradis pour amateurs de soleil à bas coût mais aussi celui des cyclistes, de quelques motards et des randonneurs.

Nous grimpons maintenant à travers l'immense forêt de pins qui cerne le volcan jusqu'à un premier point de vue sur le majestueux géant.

Ben, il est où ??? On ne voit rien ! C'est quoi ce panorama où l'on ne distingue que la pointe verte d'une myriade de conifères ???

Furieuse, je bascule un peu la tête vers la gauche...

Hum... Un rendez vous chez l'ophtalmo s'impose !

Nous tournerons autour du Teide quelques jours pour l'apprivoiser avant que de tenter de le dompter. Il faut savoir garder le meilleur pour la fin !

Nous redescendons donc au niveau du bord de mer pour un déjeuner de poisson en terrasse.

Peu de touristes à La Candelaria.

Ici, le gros des troupes sont des pèlerins venus rendre hommage à une divine apparition.

Une sobre basilique accueille les croyants dans un écrin de bleu. Si vous aimez les ambiances survoltées, il faudra plutôt venir un 2 février ou un 15 août !

L'intérieur du monument est aussi kitsch qu'il se doit mais l'ensemble ne manque pas de charme.

J'aime beaucoup ces statues ornant la place,

Les neufs rois guanches de Ténérife.

Changement d'univers pour la suite du programme de cette première journée, le parc rural d'Anaga. L'autoroute n'est plus qu'un souvenir, la deux voies et les lignes droites aussi. Nous pénétrons dans la partie la plus sauvage et arrosée de l'île et ça se voit !

Ici, la moyenne horaire frise le 30 kilomètres/heures. Ça tournicote, c'est étroit, un brumisateur géant arrose les sommets.

La laurisylve, forêt subtropicale humide, est quasi impénétrable que le chemin soit goudronné, pavé, de bois ou de boue.

Il faut s'imaginer la route comme un tunnel dans la verdure. Les branches se rejoignent, se croisent au dessus de nos têtes.

Les employés de la "DDE" locale sont en lutte permanente afin d'empêcher lianes, fougères, mousses et autres plantes d'envahir la chaussée.

Je voulais du calme, je voulais être loin du monde,

Je suis servie !

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La jolie maison louée est à côté du départ de l'une des randonnées les plus appréciées de l'île, la boucle Afur-Tamadiste-Taganana- Afur.

Le morceau est un peu costaud pour nos jambes, nous nous contenterons d'un aller-retour d'une dizaine de kilomètres avec pour objectif la partie côtière du parcours.

Le temps est mitigé comme souvent sur le nord de l'île et comme durant toute la durée de notre présence par ici. Nous oublions donc le maillot pour le poncho et partons à l'assaut du TF 8 !

Ça descend tout d'abord assez sec le long d'un ravin entre feuilleté volcanique et plantes grasses.

Puis la plage inhospitalière de Tamadiste se rapproche de plus en plus.

L'océan, très frais, bouillonne entre rochers et sable noir. C'est superbe mais pas vraiment une invitation à la baignade même par météo favorable !

Nous suivons alors la ligne agitée de l'Atlantique d'en haut...

Un brin de soleil nous tient compagnie quelques minutes puis s'éclipse. Malgré le gris, les paysages sont impressionnants. De sauvagerie !

Voilà maintenant deux heures que nous marchons. Nous déjeunons puis rebroussons chemin. Ça remonte aussi sec que cela ne descendait...

Je suis contente de poursuivre la journée en Corsa !

Direction l'autre côté du massif, la petite ville de San Andrés pour un plein de courses. Et de sable blond...

La plage de Las Teresitas est aussi inattendue qu'artificielle avec son sable provenant tout droit du Sahara. Dommage que des tankers stationnent au loin, elle serait parfaite pour quelques brasses !

Un autre jour, peut-être...

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Deuxième jour, seconde randonnée. Son point de départ n'est plus dans notre village mais à quelques milliers de mètres de là.

A vol d'oiseau.

En voiture, prévoir plutôt 25 kilomètres soit une heure...

Après de multiples lacets, quelques bouffées du brumisateur géant, un tunnel et une superbe descente, la route longe la grande plage de sable noir del Roque de las Bodegas où nous flânons le temps de quelques photos.

Un peu plus loin, le goudron s'achève. Nous abandonnons la Corsa sur l'une des rares places de parking du village et c'est parti pour une montée !

Le sentier est d'abord très facile. Il suit d'ailleurs une piste carrossable. Puis, la dernière résidence passée,

Nous progressons à travers un pierrier annoncé dangereux.

Comme la veille, la balade est sauvage et nous sommes quasi seuls au milieu des dragonniers.

Roques de Anaga et le petit village abandonné de Las Pamas sont maintenant en vue,

Si vous voulez fuir les folles nuits de Playa de las Americas, c'est ici qu'il faut bivouaquer !

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Dans l'après-midi, nos envies nous entraînent à Santa Cruz, la capitale de l'île. N'imaginez pas une grosse bourgade assoupie au milieu de l'atlantique mais plutôt une ville portuaire animée comptant plus de 200 000 âmes ! Le tourisme n'y est pas très présent, la visite s'avère donc agréable à défaut d'être inoubliable.

Je retiendrais surtout des lieux cette étonnante sculpture qui s'admire aussi bien de face que de dos !

Inspiré par l'opéra de Sydney, l'auditorium se mérite après une inintéressante marche à travers un quartier en devenir entre port, voie rapide et ville moderne.

Une rampe pour navette spatiale ?

N'oubliez pas de jeter un coup d'oeil à la digue qui le protège... Il y en a pour tous les goûts !

Vous pourrez même ajouter la silhouette de votre artiste préféré.

Personnellement, je ne m'y risquerai pas, le résultat ayant plus de chance de ressembler à l'oeuvre d'un enfant de 4 ans qu'à celle d'un Léonard...

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En ce nouveau matin, nous décidons de découvrir La Laguna. Cette ville, presque aussi peuplée que Santa Cruz, est le coeur universitaire de l'île. La vie n'y est donc pas non plus entièrement façonnée par et pour le tourisme.

Les rues piétonnes du centre ancien sont ponctuées d'églises et autres bâtiments religieux, dont les façades et autres tourelles en pierres noires,

Ne sont pas sans me rappeler quelque chose...

Contrairement à Clermont-Ferrand, les habitations revêtent en revanche une parure colorée,

Et s'ornent de magnifiques balcons en bois sculptés.

Qui dit université, dit étudiants, dit vie nocturne, dit bars, dit Espagne, dit tapear...

Je me laisserais bien tenter par un verre et quelques tranches de cet appétissant jambon mais pas à dix heures du matin ! Prévoyez plutôt une visite à l'heure de l'apéro...

Dans un peu plus d'un mois, c'est Noël. Comme ici, villes et villages rivalisent d'imagination pour offrir à leurs administrés un spectacle haut en illuminations ! Le concepteur des décorations de La Laguna ne manque pas d'humour ...

Ou d'intuition...

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Un coup de Corsa et nous quittons la ville pour retrouvez l'isolement de l'Anaga. Notre but : une courte randonnée depuis Punta del Hidalgo vers le mirador d'Aiguade.

Le sentier traverse tout d'abord une zone un peu défigurée puis grimpe dans un superbe décor de plantes grasses,

Certaines très classiques...

D'autres un peu moins...

De cactées en succulentes, nous atteignons bientôt le point de vue puis rebroussons chemin.

Une promenade plutôt facile à conseiller à qui voudrait goûter à l'Anaga sans peine...

Avant de retrouver notre logis, nous marquons une pause à Bajamar pour observer l'impétuosité de l'Atlantique. L'étroite plage a beau être protégée par une digue, je ne m'y risquerais pas à cette saison !

Pas plus que dans ces grandes piscines d'eau de mer pourtant un peu plus abritées des éléments...

Nous nous laisserons cependant hypnotiser de longues minutes par le flux et le reflux. La mer est certes belle quand elle s'étale turquoise sur un tapis de sable blanc mais elle ne manque pas non plus de charme noire ou grise pleine de furie.

L'air marin donne faim, paraît-il. Assez pour nettoyer cette copieuse assiette de puchero canario ?

Comme souvent sur l'île dans les endroits non destinés à l'usage exclusif des touristes, les portions sont généreuses et une "ración" pour deux s'avèrera amplement suffisante pour nos appétits moyens !

Bonne dégustation...

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Nous abandonnons aujourd'hui l'Anaga à ses nuages et à sa bruine pour longer la côte nord ouest.

Première étape, la maison du vin... Il s'agit plus d'une boutique que d'un musée mais ça donne une bonne idée de la production locale.

Je me demande s'il existe une bouteille de Châteaugay affichant sobrement le Puy de Dôme sur son étiquette ?

Je vous laisse résoudre ce mystère pendant que j'essaie de me diriger dans les rues fréquentées de la station balnéaire de Puerto de La Cruz.

Nous abandonnons la Corsa dans un parking et cherchons un restaurant pour déjeuner.Quelques produits de la mer dans l'assiette mais aussi la recette locale à se damner, de simples pommes de terre en robe des champs cuites à l'eau de mer, les papas arrugadas.

Pourquoi faire compliqué ?

Repus, nous entamons une promenade digestive dans les ruelles du coeur ancien de la ville ancré le long de son port.

Toujours de jolies maisons canariennes, d'invitants porches d'église en pierre volcanique, de superbes ouvrages en bois sculpté, ici un plafond.

Mais nettement plus de monde et de boutiques fléchées touristes...

Nous vient alors brusquement une envie de soleil.

Voilà déjà quelques jours que nous tournons autour de la bête sans l'approcher, il serait temps d'aller enfin l'admirer de très près ! Nous empruntons donc l'une des quelques routes menant au pied du géant assoupi.

Nous dépassons bientôt l'observatoire astronomique perché à quasi 2400 mètres,

Puis pénétrons dans le parc national.

Le bitume déroule désormais son ruban à travers l'immense caldeira.

J'espère que vous aimez ce genre de paysages car moi, oui...

C'est pas que je ne resterais pas des heures ici mais le jour s'achève.

Il faut maintenant retraverser les nuages pour espérer rejoindre notre hôtel avant son couvre feu !

La nuit est tombée depuis longtemps lorsque nous parvenons à la périphérie d'Icod de los Vinos, village au nom enchanteur...

Notre gps, persuadé comme toujours que le meilleur chemin est le plus court, nous invite alors à quitter la route principale pour de petites ruelles de plus en plus étroites, de plus en plus pentues. Heureusement que nous avons opté pour une Corsa et pas pour un camping-car !

Quelques sueurs froides plus tard, nous arrivons enfin là où devrait se trouver notre hôtel.

Tu l'as vu, toi ???

Et c'est reparti pour un tour puis un deuxième...

J'ai aperçu la pancarte ! Mais on ne peut pas se garer...

Quelques sens uniques, quelques tours et détours. Le temps file et l'hôtel ferme à 19 00 !

Nous finissons par échouer dans un parking public qui s'avère être aussi celui de l'hôtel.

Un peu de marche et nous atteignons enfin le seuil de l'Emblematico San Agustin.

La porte close s'orne d'une pancarte invitant le voyageur à téléphoner. Ce que nous faisons...10 minutes plus tard, l'employée arrive et nous confie notre clé. Ben, il se mérite ce logement !

Quelques instants de repos et nous filons au restaurant...

Bon appétit !

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Devant l'accumulation de gros nuages menaçants, nous renonçons à la randonnée prévue ce jour dans le parc de Teno. A la place, nous nous dirigeons tout d'abord vers Garachico, petite ville lovée autour de son port, port ruiné par l'éruption de 1706.

La coulée de lave a formé quelques bassins qui, à la belle saison, s'offrent en piscines.

Pas besoin de vous préciser que personne n'est dans l'eau à cet instant... D'ailleurs, c'est fermé !

Guère plus de monde dans le village aux belles demeures historiques, hormis quelques employés municipaux fort occupés à installer les décorations de Noël...

Nous suivons ensuite le bord de mer en Corsa puis à pied jusqu'au Mirador Punta del Fraile.

La région est agricole et d'immenses bananeraies s'étendent à perte de vue.

L'autre spécialité de l'île, l'éolienne, ne semble pas jalouse de partager son territoire

Avec ces multiples régimes principalement destinés à la consommation espagnole.

Le soleil pointe désormais à travers le gris. Si nous allions tout de même à Masca ?

La route aussi étroite que sinueuse balafre la montagne, s'insinue dans les ravines.

Le paysage est magnifique mais les bourrasques et la bruine perturbent quelque peu le voyageur comme le photographe... Une éclaircie, je sors. J'allume l'appareil, il pleut...

Je retourne à l'abri, il fait beau. J'ouvre ma vitre, un coup de vent...

En suivant l'arc en ciel, nous parvenons au hameau. Difficile d'affirmer qu'il n'y a pas un chat...

Mais les cars et les groupes ont apparemment choisi un autre jour pour hanter les lieux !

De retour à Icod de los Vinos, nous en visitons les merveilles. Le dragonnier s'affiche sur toutes les portes, mais où est-il ?

Difficile de rater ce géant multi-centenaire d'une vingtaine de mètres de haut...

Moins évident à trouver, ce joli cloître qui abrite la bibliothèque municipale !

Enfin, lever la tête peut s'avérer utile,

Ou pas selon la météo...

Nous testons ce soir un autre restaurant et concluons notre dîner sur une note locale, un délicieux barraquito, version canarienne de l'Irish Coffee. Ne nous reste plus alors qu'à battre le pavé

En guise d'ultime digestif ! Bonne nuit...

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Ce matin, un petit miracle, il fait grand bleu ! Un dernier regard sur la très cultivée côte nord ouest de l'île,

Et nous gagnons momentanément les non moins cultivées plaines entourant Santiago del Teide.Pourquoi ce nom, mystère...

Une pancarte nous rappelle bientôt que le mirador de Masca, que nous avions découvert hier sous la pluie par un autre chemin, n'est pas bien loin. Si nous y retournions ?


Nous reprenons l'étroite route descendant au village,

Mais cette fois ci, c'est le monde qui nous fait renoncer à la tentation d'une petite randonnée...

A la place, nous allons faire quelques pas sur la jolie plage de sable noire s'étalant aux pieds des falaises de Los Gigantes

De près, les lieux semblent idylliques. On chantonnerait presque Cha ba da ba da. Mais c'est sans compter l'envers du décor !

Je me demande si les propriétaires de cette piscine située juste sous l'esplanade accueillant des millions de touristes désireux d'admirer la vue l'utilisent souvent...


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Un excellent déjeuner tardif dégusté et nous nous dirigeons vers notre dernier point de chute, un confortable appartement idéalement situé pour profiter du soleil de la côte sud sans en subir l'agitation et l'environnement dégradé des immenses barres de bétons défigurant le bord de mer. La location est, par ailleurs, toute proche d'une des routes menant au volcan.

Le soleil se couche dans une heure, si nous allions admirer ses couleurs depuis là-haut ?

La TF 563 ne s'embarrasse pas vraiment de lacets pour partir à l'assaut de la pente abrupte.

Nous atteignons donc rapidement la forêt de pins cernant la caldeira puis nous nous élevons au dessus des nuages.

800, 1 000, 1 500, 2 000 mètres.

20, 15, 10, 5 degrés...

Le paysage a radicalement changé et seuls quelques véhicules hantent encore le parc.

Le Teide flamboie, rougeoie.

Pourquoi les amateurs de ce spectacle époustouflant ne sont-ils qu'une poignée alors que d'innombrables charters déversent à une heure de là des milliers de passagers chaque jour ?

Pourquoi la plupart de ces spectateurs ne prennent qu'une rapide photo et puis s'en vont ?

Une minute pour s'habiller chaudement, un quart d'heure pour sortir le trépied, l'appareil photo à quelques milliers d'euros, un clic et ça repart...

La Corsa règne désormais sur le parking. Le soleil achève son show, l'horizon rosit, pâlit, noircit...

Nous prenons difficilement congé du Teide à notre tour.

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Après la route du Teide à la tombée du jour, la même à 10 heures du matin...

Les nuages sont toujours accrochés aux pentes du volcan, les visiteurs semblent toujours peu nombreux.

Illusion...

Le parking du centre des visiteurs del Portillo est plein comme un oeuf et rares sont les endroits où se garer en bord de route. Nous échouons donc près d'un restaurant et devons entamer la randonnée prévue par un kilomètre de bitume...

Ah ! Ça y est, nous y sommes !

Un peu moins de 8 kilomètres, 250 mètres de dénivelée

Pour cette superbe promenade de trois heures

En direction d'Arenas Negras.

Cette randonnée circulaire offre de magnifiques vues, je ne sais laquelle choisir...

Nous arrivons maintenant en bordure de caldeira. Croiser une vigogne en ces lieux ne me surprendrait pas, mais non, nous ne sommes pas en Amérique du Sud !

Le temps d'un pique nique et nous dégottons un raccourci qui nous ramène sans goudron à la Corsa.

Nous continuons notre exploration du parc par une courte balade sur Mars qui s'atteint ici en voiture et sans équipement de spationaute...

Il suffit de trouver une place sur le parking de Las Minas de San Jose et nous voilà dans la peau de Matt Damon !

Certains robots en partance pour la planète rouge sont d'ailleurs testés ici.

Après avoir bien vérifié l'absence de petits hommes verts, nous quittons l'inhospitalier caillou pour de plus familiers paysages.

Tous les touristes semblent s'être donnés rendez vous à Roques de Garcia mais heureusement ne restent que le temps d'un selfie.

Nous empruntons donc quasi seuls le sentier qui contourne en quelques kilomètres les formations rocheuses qui ne dépareraient pas dans l'ouest américain.

Le Teide veille sur nous. J'espère qu'il ne se réveillera pas...

Ça paraît très facile comme ça mais nous sommes tout de même plus de 2 000 mètres d'altitude et ça descend !

Et quand ça descend, il faut remonter... 90 % de la promenade pour arriver au niveau de la caldeira, 10 % pour revenir au parking....Ce n'est plus un chemin mais un escalier ! Je crache mes poumons...

Je vous retrouve au niveau de la mer quand j'aurai repris mon souffle !

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2 100 mètres plus bas, changement total d'ambiance sur la plage de Los Cristianos.

Il est plus l'heure de l'apéro que celle du tournedos au soleil, le sable est donc quasi aussi désert que ne l'était Mars.

Vu comme ça, les lieux ne semblent pas si mal mais il vaut mieux ne pas se retourner...

La station balnéaire n'a rien de transcendant entre son béton, ses restaurants sans saveurs, ses nombreux bars et sa musique banale.

Les transats attendent sagement leurs vacanciers, les ferrys, impatiemment leurs passagers.

Au fait, j'ai pas parlé d'apéro tout à l'heure ? Nous prenons place à une terrasse où, pour la première fois de ce voyage, nous retrouvons des prix touristiques. Le temps d'un verre, nous découvrons ce à quoi nous avons échappé...

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Mon compagnon fête ses 42 ans aujourd'hui. Quelle meilleure façon de célébrer cet évènement que de grimper au sommet du volcan ?

Mes lecteurs qui voudraient faire de même seront bien avisés de réserver bien à l'avance leur accès au sentier voire leur ticket de téléphérique. En effet, seulement 200 personnes par jour peuvent découvrir le Saint des saints et la demande excède largement l'offre ! C'est gratuit (le sentier pas le téléphérique !)et très facile à organiser. Il suffit de se rendre ici !

Il existe cependant une façon de contourner cette limitation mais cette façon est elle-même très contraignante. Il vous faudra en effet grimper au refuge d'Altavista, y dormir (donc y trouver une place...) et redescendre avant 9 heures du sommet. Attention, cette solution est réservée aux randonneurs aguerris !

Notre benne part à 9 40, notre autorisation est valable de 11 00 à 13 00, il fait grand bleu, il n'y a pas de vent. Nous prenons chaussures, écharpe, doudoune et autres vêtements chauds et partons à l'assaut du Teide !

Environ 2300 mètres de dénivelé en Corsa. Peu ou prou 1200 en téléphérique. Un peu moins de 200 à pied !

Fastoche ?

Pas vraiment pour un sédentaire...

Nous voilà maintenant à un peu plus de 3 500 mètres au dessus de l'océan, quasi seuls. Il fait un temps superbe, peu de vent, du ciel bleu, du soleil. Je remballe la doudoune et contemple les quelques dizaines de mètres qu'il nous reste à gravir pour parvenir au toit de l'Espagne.

Comme nous avons prévu large, nous sommes pas mal à l'avance par rapport à notre créneau horaire d'ascension. Nous décidons donc d'effectuer les deux courtes randonnées possibles sans réservation qui partent de la gare d'arrivée du téléphérique, ies sentiers du Mirador de la Fortaleza et du Mirador du Pico Viejo.

Les deux chemins sont plutôt plats et très faciles.

Par delà les amas de lave,

Ils offrent une vue panoramique sur l'île, comme sur la caldeira.

Bon, c'est pas l'heure, là ??? Encore un quart d'heure ! Si on essayait tout de même ?

L'employé chargé de vérifier les autorisations nous autorise bientôt l'accès au nirvana malgré notre avance. Il n'y a plus qu'à grimper.

614 mètres en distance, 178 mètres de dénivelé, 40 minutes de marche selon le site du téléphérique, 2 heures selon la CGT, 10 minutes selon la police...

Vous êtes tous en forme ? On y va !

Dire que cette grimpette n'est pas à la portée de toute personne en bonne santé serait mentir mais dire que je l'ai faite les doigts dans le nez, aussi... La plupart des randonneurs seront heureusement de mon niveau.

Rien de plus exaspérant que de cracher ses poumons en se faisant doubler par un adepte de l'ultra-trail en promenade dominicale au petit trot !

Les marcheurs rythment donc tous leur chemin de croix de quelques stations. 14 pour les puristes, plus ou moins pour les autres...

Le raide escalier s'achève alors en un chemin escarpé qui nous permet enfin de dominer l'Atlantique.

J'ai appris dernièrement que certains occidentaux pensaient la terre plate. Pas un, ni deux mais un pourcentage significatif.

Pas si grave, me direz-vous sauf que l'un de ces énergumènes se serait tué en voulant prouver sa théorie.

Au lieu de s'envoyer en l'air par le biais d'une fusée de sa construction personnelle et exploser en direct, il aurait mieux fait de grimper au sommet du Teide...

L'horizon s'avère courbe de là-haut,

Non ?

Sur ces considérations hautement scientifiques, je regagne la caldeira et la foule.

Le parking, quasi vide à 09 00, est plein comme un oeuf à midi. C'est la foire d'empoigne pour se garer et les plus courageux devront parcourir quelques kilomètres à pied s'ils veulent accéder au téléphérique. Les plus chanceux prendront la place que nous libérons sous leur nez...

J'espère que l'aire jouxtant le départ de notre prochaine randonnée ne sera pas aussi bondée !

La voiture se glisse dans un petit coin du parking. Enveloppés d'une légère brume, nous entamons maintenant l'ultime randonnée du voyage, la boucle de Samara.

Les nuées se dissipent alors que nous traversons la pinède renaissante

Qui écharpe les flancs du volcan.

Nous grimpons désormais au milieu des cendres et des scories.

Avec le toujours aussi majestueux Teide en ligne de mire.

Où ont disparu les voyageurs ?

Ce n'est pas que la foule me manque mais je trouve tout de même assez surprenant de ne croiser que quelques personnes sur ce sentier à la portée du plus grand nombre.

5 kilomètres plus tard, nous retrouvons le vert,

Puis la route et notre logis !

8

La dernière journée complète du voyage s'annonce déjà.

Nous décidons d'aller voir de plus près à quoi ressemble la côte sud en dehors des stations balnéaires bétonnées.

Les plus téméraires pourront prendre l'air pour admirer cette vue là,

Les plus craintifs feront peut-être une halte ici avant de s'élancer...

Nous poursuivons notre découverte en arpentant la venteuse plage d'El Médano où virevoltent véliplanchistes et kitesurfeurs.

Un déjeuner, quelques pas dans le sable,

Et nous retrouvons notre appartement.

9

J'attrape une bouteille et deux verres et nous prenons la route du volcan pour siroter l'apéro aux dernières lueurs du jour.

C'est toujours aussi envoûtant !

Je ne pensais pas cette île aussi surprenante et programmerai volontiers Lanzarote dans quelques années.