Par Attila
Quelques jours en pays niçois à l'arrière saison
Octobre 2017
10 jours
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1

Pour confectionner ces quelques salades à déguster sous un étincelant soleil d'octobre, il vous faudra :

- un fil

- une grande muette

- un cocktail rafraîchissant

- des bleus

- quelques anges

- une rencontre

- encore du bleu

- un melon

Et un bouchon.


Je vous laisse rassembler ces ingrédients,

Et vous retrouve très bientôt...

2

La Scirocco grimpe l'étroite route qui part à l'assaut de l'arrière pays niçois.Virage à droite, virage à gauche, joli village endormi sous le soleil de midi, épingle à cheveux.

Quelques sacs à dos abandonnés au pied d'un rocher attirent l'oeil qui repère alors une corde, une corde qui enlace étroitement la pierre avant de se tendre sur l'abîme.


L'oeil suit le fil, l'oeil découvre l'acrobate, l'oeil remonte le fil, l'oeil cherche l'arrivée...

100, 200, 300 mètres de vide ?

Qu'importe, j'ai le vertige !

Je m'approche de la corde, j'en estime la largeur.

2, 3, 4 centimètres ?

Qu'importe, j'ai le pied bien plus large !

J'observe l'équilibriste évoluer à pas prudents sur le délicat chemin qu'il s'est choisi.

Le pied s'avance, les bras balancent, 50 centimètres de gagné.

Le pied s'avance, les bras moulinent, l'homme tombe.

Assuré, il ne risque pas grand chose mais le spectateur n'en vit pas moins l'action au plus profond de ses tripes : Crispé, soulagé, ébahi...

Le bras se tend, le torse se redresse, une jambe enlace la fibre, l'homme se relève.

Le bras se tend, le torse se redresse, le poignet tourne la clé, la voiture file...

3

Qui s'avère cependant quelquefois très bavarde...

1929Un ministre imagine protéger la France et finance la construction d'une ligne de fortification censée être infranchissable.

1932

Un fort souterrain est aménagé en bordure d'un éperon rocheux perché à presque 800 mètres au dessus de la baie de Menton.

2017

Deux voyageurs observent le demi cercle bleuté qui scintille de Vintimille à Nice en dégustant leur pique nique.

Repus, ils entament une petite promenade digestive bientôt interrompue par la découverte d'une pancarte.

Qu'est ce donc ? Si nous allions visiter ?

Le guichet vient d'ouvrir, les lieux ne sont ouverts que les après midi du week end hors saison.

Un ticket, une brochure explicative, une lourde porte, nous entrons.

Le long couloir s'enfonce dans la montagne desservant lieux de vie et infrastructures nécessaires à une totale autonomie : générateurs, réserves d'eau, purificateurs d'air, cuisine, chambrées, toilettes, douche froide...

Le confort est aussi minimaliste que l'ambiance est lugubre.

Une bifurcation, des bureaux, des canons.

D'étranges machines transmettent les ordres sur le pas de tir, les lieux étant trop bruyants pour que les transmissions s'effectuent par téléphone.

Des escaliers, des toboggans à bombes, des coins sombres qu'on hésite à explorer...

Et puis, après tous ces obscurs boyaux, une petite ouverture dans la montagne, un carré noir sur fond bleu.

J'imagine le soldat guettant l'envahisseur italien depuis cette meurtrière des temps modernes, j'imagine le bruit des canons, j'imagine la bataille.

Je me rappelle alors que l'Italis est maintenant l'une des étoiles de mon drapeau et qu'ici la guerre ne se vit plus que dans les musées.

Jusqu'à quand ?

4

Les coulisses du bar ou l'envers du décor...

Un coup de baguette magique et nous revoilà presque à l'endroit...

Bienvenue à Monaco !

5

La scirocco se glisse sur l'autoroute surchargée.

La méditerranée à gauche, les derniers plissements alpins à droite, une mince bande de terre surexploitée au milieu.

Les HLM des terres, Marina, baie des Anges, comme ceux des mers, paquepasbeaux, défigurent l'horizon.

Une sortie, une immense zone commerciale, un ensemble Leroy Merlin, cages à lapins, et...

Plus rien !

Juste une petite route qui longe le massif de l'Esterel avant de pénétrer en son sein.

Le vert des pins, le rouge de la roche, des senteurs de maquis...

Le bleu du ciel se reflète dans la mer donnant tout son sens au nom des lieux,

La Côte d'Azur...

6

Et quelques anglais...

Que d'eau, que d'eau,

Mais aussi une mystérieuse Agnès dans cette ville haute en couleurs,

Dont l'attrait...

M'avait autrefois échappé...

7

La ligne droite n'est pas souvent la plus rapide pour rejoindre deux points des Alpes Maritimes, surtout depuis les accords de Schengen.

Nous effectuons donc un crochet par l'Italie.

La Scirocco quitte maintenant la botte et s'enfonce dans le massif alpin.

Une camionnette bleue, deux képis, un arrêt.

Pas de clandestins glissés dans le coffre, nous repartons.

Quelques villages dépeuplés, une gare monumentale en déshérence, nous enfilons quelques lacets.

Un parking désert, un sentier, c'est l'heure de quelques efforts...

Nous partons à l'assaut de la vallée de Fontanalba.

Le chemin pavé traverse une forêt puis s'agrippe à la pente jusqu'au refuge.

Une demi heure jusqu'au point suivant, nous continuons.

Un arrêt pique nique avec vue, un premier lac, un second.

Le ciel est bleu, l'herbe jaune, la température douce, l'odeur champêtre, le silence profond.

Pas assez peut être car mon compagnon me fait signe de me taire.

Et pointe une silhouette à l'horizon.

Je crois que nous sommes repérés...

8

Les parfums de Grasse encore dans les narines, la fadeur du sur léché St Paul de Vence encore dans les rétines, nous parvenons à notre ultime étape de cette journée consacrée à l'arrière pays niçois, la petite ville de Vence.

Nous suivons alors les petits cailloux semés à l'intention des voyageurs à l'heure pré GPS (des panneaux de signalisation pour les non poètes...) qui nous guident jusqu'à l'entrée d'un paradis.

Un paradis payant gardé par une ou deux soeurs en guise de Saint Pierre mais qu'importe...

Un peu de lecture, une étonnante collection d'habits sacerdotaux et nous pénétrons dans le sein des seins, euhhhh le saint des saints.

Une simplissime chapelle dotée de quelques bancs illuminée par quelques vitraux d'un bleu Matisse...

9

Aujourd'hui, au menu, promenade et pique nique !

Cette journée d'arrière saison est radieuse, le dernier melon de la saison plein de parfum.

Après une sinueuse autant qu'étroite montée, la Scirocco nous dépose au départ de la randonnée et c'est parti pour 650 mètres de dénivelée !

Une première pente plutôt douce, une forêt parsemée de châtaignes, une descente, une nouvelle pente bien plus ardue cette fois ci.

La silhouette du sanctuaire se rapproche enfin, plus qu'un faux plat goudronné à parcourir !

L'estomac dans les talons, nous prenons à peine le temps de rendre hommage à la madone d'Utelle et nous nous installons face au grandiose paysage qui s'étale sous nos pieds pour déguster les merveilles cachées dans notre sac à dos.

Je pose le melon pour m'emparer du Laguiole quand soudain la boule charentaise se fait la malle profitant de la déclivité du terrain.

Arghh !!!! Mon repas !!!

Je me précipite à la poursuite de l'objet de ma gourmandise mais la cucurbitacée s'avère plus véloce.

Elle dévale le pré et fonce vers le petit bois nous séparant d'une route en contrebas.

J'imagine alors la rencontre du légume avec un véhicule passant malencontreusement par là au même instant.

Une décapotable ? Le melon finit sa course sur la tête du conducteur qui perd et la conscience et le contrôle de son véhicule.

Une voiture classique ? Le ballon vert s'écrase sur le pare brise, l'éclate et achève sa lancée en bouillie de chair et de verre sur l'automobiliste stupéfait.

Avec un peu de chance, peut-être arriveront-t-ils à s'en sortir ?

Les pires scénarios s'enchaînent dans mon esprit tandis que j'accélère le rythme.

Je ne vois maintenant plus l'objet de mes tourments qui continue sa folle échappée dans la forêt.

Je décide tout de même de continuer un peu quand soudain...

Un buisson a plaqué la balle au sol l'emprisonnant dans son feuillage!

Je m'empare de mon déjeuner et regagne mon point de départ où je découvre mon compagnon hilare en train de filmer la scène...


Vidéo que vous ne verrez pas !

10

Si nous prenions les petits routes via Digne Les Bains, Sisteron, le Vercors et Grenoble pour rentrer ?

Aussitôt dit, aussitôt fait.

Les départementales et nationales taillent un joli ruban de bitume à travers les montagnes. Ce n'est certes pas la manière la plus rapide de regagner Clermont-Ferrand mais quels paysages !


Que se passe-t-il là-bas ?

Pourquoi ce bouchon ?

Une marée laineuse et bêlante a envahi la chaussée prenant en otage les usagers de la route...

C'est quoi ce bordel !La prochaine fois, je prendrais le train !