Par Attila
Un road trip de l'Amazonie au Pacifique en passant par la Cordillère des Andes.
Juin 2018
4 semaines
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Aujourd'hui, je vous propose un long tour de manège dans un petit pays d'Amérique du Sud coincé entre la Colombie et le Pérou : l'Equateur !

Les montées seront aussi impressionnantes que les descentes et nécessitent d'avoir et du coffre et le coeur bien accroché.

(Altitudes en ordonnées, lieux en abscisses, j'ai oublié la légende...)

Les wagonnets du grand huit traverseront successivement Quito, la forêt Amazonienne puis la cordillère des Andes avant d'achever leur folle course sur les rivages du Pacifique.

Plus que 82 minutes avant la première descente,

Je retiens mon souffle...

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Le signal "Attachez vos ceintures" s'éteint. Les passagers, impatients de se dégourdir enfin les jambes, rassemblent leurs affaires et se précipitent vers la sortie de l'appareil.

Quelques couloirs, un coup de tampon sur le passeport, un rapide passage au tourniquet des bagages et nous gagnons le comptoir des taxis.


La Rabida ? C'est 26 dollars. Voici un ticket, vous paierez directement la course au chauffeur.


Les valises prennent place dans le coffre, les voyageurs exténués se vautrent sur la banquette arrière.

Dites, Monsieur, vous connaissez bien notre destination ?

Le jeune homme esquisse un non et se renseigne.

Nous voilà maintenant partis !


Nous profitons du trajet pour essayer de comprendre le code de la route équatorien.

Apparemment, doubler à droite est autorisé tout comme les dépassements de vitesse...

Faut pas non plus trop traîner quand le feu devient vert ou freiner brusquement quand il vire au rouge.

Les piétons ne sont pas prioritaires, les camions et les bus sont nombreux.

Le parc automobile est assez récent et Chevrolet truste les premières places dans toutes les catégories. Je n'ose en déduire que les équatoriens ont mauvais goût...


Tiens, c'est bizarre, on quitte l'autoroute pour une petite voie à sens unique !

Ça descend, ça monte, ça tournicote puis nous nous retrouvons au coeur de la ville moderne.

La suite du voyage nous prouvera que l'autochtone qu'il conduise une voiture, un taxi ou un bus adore les chemins de traverse qui s'avèreront souvent des raccourcis.


Le chauffeur se faufile dans la circulation, j'essaie de repérer le nom de la rue.

J'ai trouvé ! Nous ne sommes plus très loin ! Je pense d'ailleurs qu'il aurait dû tourner avant...

La berline jaune stoppe. Son conducteur s'empare de sa cb (citizen band pas carte bleue...) et entame une discussion animée.

Señor Supervisor, j'suis perdu !

Derecha, Izquierda, Avenida Colon....

J'essaie de capter l'attention du novice et lui montre mon Gps. Son regard s'illumine, nous sommes sauvés.


Quelques minutes plus tard, nous arrivons à notre hôtel, un BB relativement calme pour Quito et plutôt bien situé. Pour le charme, ce n'est pas tout à fait ça mais c'est propre et le personnel est serviable.

A 70 USD la double petit déjeuner compris, le rapport qualité prix reste correct.

Je vous laisse vous installer, je vais choisir un restaurant pas trop loin pour le dîner...

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Il est 19 00, 2 heures du matin à Clermont Ferrand. Je sens que nous n'allons pas trop traîner au dîner...

Un restaurant se trouve à quelques pas de là. Malgré son nom fort peu exotique, Crêpes and Waffles, nous nous y risquons.

Le soleil est couché depuis un moment, nous sommes à 2850 mètres d'altitude, il ne fait pas bien chaud. Je sors la polaire de la valise pour la première fois...

Arrivés à la porte, nous nous rendons compte que nous ne sommes pas les seuls à avoir eu envie de manger ici.

Une bonne partie du Quito à la bourse bien garnie est attablé et déguste crêpes, glaces, salades. Un anniversaire, des familles, des amoureux, une poignée de touristes.


Plus de tables à l'intérieur ! La terrasse, ça vous ira ?

Ben, c'est que...

On a des radiateurs !

Et la serveuse d'allumer des sortes de grille pains accrochés au mur qui me font furieusement penser au chauffage de la salle de bain de ma grand-mère... C'est kitsch mais finalement efficace.


Nous commandons maintenant nos boissons et nos plats. Pas envie de crêpes, pourquoi pas une pita ?

Au vu des assiettes qui arrivent, pita signifie pizza à Quito... Et c'est quoi ce gros machin noir sur ton assiette ?

Un champignon géant au goût de coulemelle.

Bon appétit !

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Une première nuit plutôt bonne malgré le décalage horaire, un premier réveil, un premier petit déjeuner aux senteurs de fruits exotiques...Il est 08 30, il fait bon et sans trop de nuages, notre premier 4000 nous attend !

Nous rejoindrons notre camp de base en bus et à pied.

1,6 kilomètres dans les rues désertes de la ville, 10 minutes de bus au tarif imbattable de 0.25 dollars le ticket et finalement un autre kilomètre de balade en rude montée.

Nous sommes maintenant à 3127 mètres d'altitude et c'est parti pour le premier tour de manège de ce voyage !

Comme ailleurs, les sensations fortes ne sont pas gratuites même si beaucoup plus abordables qu'en Norvège ou en France, moins de 10 dollars l'aller/retour.

Attention tout de même à vous si vous n'êtes jamais monté à 4000 mètres ou si vous subissez déjà des impressions désagréables en arrivant au sommet des pistes d'une station de ski française car cette sensation forte pourrait vous être fatale. (voir ici)

Comme ailleurs, les lève-tôt ne sont pas très nombreux en ce samedi matin et nous ne ferons que 3 minutes de queue avant de monter dans une cabine. Rendez vous dans 18 minutes, 900 mètres plus haut !

Le temps de grimper, les premiers nuages arrivent,

Et, si la vue sur la ville reste superbe,

Nous ne verrons pas les volcans. Un lama en remplacement ?

Les sportifs pourront ici s'adonner aux joies du VTT ou de l'équitation.

Pour notre part, nous nous contenterons d'une courte randonnée de décrassage jusqu'à la tour à haute tension perchée 200 mètres plus haut.

Le début de la balade est facile, ça descend...Puis les choses se corsent. Le beau chemin laisse place à un sentier pentu et friable et chaque pas nous rappelle bientôt que marcher à plus de 4 000 mètres d'altitude demande un effort certain.

Une pause, je reprends mon souffle. Une autre pause, je me demande si je parviendrais au but fixé.

Le stent tient bon, merci à l'équipe de cardiologie du CHU Gabriel Montpied, me voilà arrivée.

Je laisse les courageux poursuivre jusqu'au sommet noyé dans les brumes, je vais déjeuner !

Que proposent les stands de restaurations installés près du téléphérique ? Pas grand chose...

Va pour un empanada au poulet !

En échange de quelques dollars, je me retrouve bientôt avec des milliers de calories. Ça nourrit mais je n'en ferais pas mon quotidien...

Les visiteurs sont maintenant plus nombreux et les randonneurs ont laissé place aux promeneurs du dimanche. Madame est en robe moulante, bras nus et chaussure à talons. Il fait 10 degrés...

Nous les laissons à leur future angine et redescendons.

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De retour en ville, nous décidons d'explorer les salles du Musée National.

Dites, Madame, c'est bien ici l'entrée ?

Les lieux, gratuits, retracent l'histoire du pays à travers quelques chefs d'oeuvre d'hier et d'aujourd'hui.C'est à taille humaine et bien présenté.

Trois attractions principales :

- Les oeuvres préhispaniques

- Les masques de carnaval

- Les visiteurs...

Les gardiens ont bien du mal à éviter que les objets laissés sans protection soient manipulés, les appareils photos crépitent qui en selfie, qui en portrait de famille. Un entresol a heureusement été prévu pour la présentation de créations interactives et l'interaction ne manque pas...

Repus de nourritures spirituelles, nous nous dirigeons maintenant vers un café pour déguster quelques nourritures terrestres. Adossée au bistrot, se trouve une boutique de souvenirs plutôt hauts de gamme. Nous flânons bientôt parmi ses rayons...

Un mur rempli de plaquettes de chocolat nous fait alors saliver.

L' Equateur produit en effet des fèves de grande qualité et quelques sociétés locales se sont lancées dans la fabrication de cet or noir savoureux. Leur créneau est le chocolat de luxe et le prix s'en ressent : quasi 4 dollars la plaquette de 70 grammes. Ce produit figure ainsi rarement en supermarché, pas plus que les grandes marques habituelles d'ailleurs. On n'y trouve que de l'industriel bas de gamme genre crunch et autres mars.

En parlant de supermarché, il ne faudrait pas faire quelques courses pour notre longue journée de bus d'après-demain ?

Les poches pleines de Pacari, nous prenons donc le chemin du plus proche Supermaxi.

Vite, dépêche-toi ! On n'a plus que 8 secondes pour traverser cette 6 voies !

Pratiques, les petits bonhommes verts équatoriens. Non seulement il y a le décompte du temps mais aussi le son, un bip bip qui s'accélère au fur et mesure que le sablier s'approche du zéro tandis que les jambes de la silhouette marchent à pas de plus en plus pressés. Faut vraiment le vouloir pour se faire écraser par les véhicules trépignants !

Une dernière photo, et nous voilà arrivés.

Le panier restera bien vide. Si le rayon des fruits et des légumes est alléchant (et très bon marché...), celui de la charcutaille et des fromages s'avère déprimant.

Retour maintenant à l'hôtel pour un peu de repos avant le dîner !

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Nous sommes samedi.

Nous choisissons donc le quartier le plus animé de la ville pour manger : La Mariscal.

Se décider pour un restaurant est difficile: notre guide en indique peu et leur description n'en fait ressortir aucun; les sites internet noient le voyageur sous une tonne d'adresses.

Un mexicain, ça te dirait ? Va pour le mexicain !

Nous quittons maintenant l'hôtel et le calme pour trouver quelques centaines de mètres plus loin une agitation grandissante, la foule et des cars de policiers...

Le restaurant se situe à un carrefour au premier étage. Nous avons une vue dominante sur l'animation et les caméras de surveillance...

Le cuba libre est bien dosé, le guacamole savoureux et l'assiette de fajitas débordante.

La soirée avance, le nombre de promeneurs augmente. Des jeunes filles, des jeunes gens, des familles, un peu d'étrangers. Nous les rejoignons.

La musique s'échappe des bars, les discothèques essaient de remplir leurs établissements à grand renfort de " Hola Caballeros" tonitruants. Un quartier idéal pour les fêtards, un quartier à fuir pour les amateurs de silence...

Nous laissons bientôt les premiers et retrouvons les seconds. Bonne nuit !

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Le programme du jour réside en la visite du Quito historique, aujourd'hui fermé à la circulation pour le plus grand bonheur des cyclistes et des piétons.

Prêt(e)s pour arpenter places et ruelles ? C'est parti !

Si, en Europe, la religion a perdu tant de parts de marché qu'elle en devient quasi invisible, ce n'est pas le cas ici. Nous sommes dimanche et les églises font le plein !

Pendant l'office, certaines demeurent ouvertes aux touristes, d'autres non.

Les messes se succèdent toutes les heures et pour que le croyant n'en perde pas une miette, des écrans géants retransmettent l'homélie du curé sur tous les piliers.

Des mendiants, des vendeurs de glace, de fruits ou de papier toilette (ne cherchez pas de lien entre eux...) prient ardemment que sortent catéchumènes et communiants.

En attendant l'ite missa est, les rues, les places et les ruelles se font désertes.

Il y en a bien certains qui sèchent mais ils forment une minorité.

Les cloches sonnent, la vie reprend.

Un peu, beaucoup, passionnément...

Les fidèles retrouvent maintenant leur monture et regagnent leur foyer.

La fameuse église de la compagnie de Jésus reste cependant toujours fermée aux visiteurs.Si nous allions nous promener au parc Itchimbia pour patienter ?

Un escalier, deux escaliers, trois escaliers...Ça grimpe !

La ville de Quito est entourée de collines et le parc se situe au sommet de l'une d'elle.

Un lieu idéal pour promener son chien ou admirer la vue.

Les estomacs commencent à gargouiller et pas de pique nique dans le sac à dos. Il faut donc retourner à la civilisation pour déjeuner.

Pas mauvais ce riz aux crevettes accompagné de sa banane plantain. Un peu copieux peut-être...

Personnellement, je n'ai plus de place pour le dessert mais je vous laisse volontiers le temps d'en tenter l'expérience...

L'église jésuite est désormais ouverte. Nous payons nos entrées et pénétrons dans le monument.

Fermez les yeux et imaginez vous dans une église romane dépouillée de ses peintures originelles. Sobriété, blancheur immaculée. Rien ne dissipe le fidèle dans sa rencontre avec son dieu, rien ne choque le bon goût du voyageur.

Ouvrez maintenant les yeux et oubliez tout ce qui a été écrit précédemment... Les murs dégoulinent de dorures, de colonnettes torsadées, de peintures, de sculptures jusqu'à l'écoeurement. Les yeux ne savent où se tourner pour trouver quelque repos, les neurones calculent le coût d'une telle débauche d'ornements. Le but ne semble pas de faire réfléchir le croyant- qui pourrait se recueillir dans un tel décor- mais de l'écraser du poids de la splendeur divine...

L'éblouissement de la rétine est proche, fuyons !

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Un bus bondé nous ramène maintenant dans la ville moderne et nous décidons de terminer cette journée au parc de La Carolina. Nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée...

Le public mange, regarde des exhibitions de roller ; les enfants mangent, font des tours de manège ; les amoureux mangent, font du pédalo ; les sportifs mangent, jouent au foot ou joggent.

Les animaux mangent et courent après leurs maîtres...

Si vous avez, vous aussi, une petite faim, n'hésitez pas ! Y a tout ce qu'il faut....

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Un dernier dîner, une dernière nuit et voilà déjà le moment de quitter Quito.

Pour rejoindre le terminal des bus de Quitumbe, deux possibilités s'offrent à nous : 15 dollars pour 35 minutes de taxi ou 0.5 pour plus d'une heure de bus façon sardine en boîte. Je regarde les valises, je me souviens que le trajet jusqu'à notre prochaine étape prendra plus de 8 heures, j'opte pour le taxi.

La gare routière est plutôt grande mais pas immense, nous trouvons rapidement le guichet de la compagnie des transports Baños.

Le prochain autocar part dans à peine une heure et il est presque vide. Parfait !

Nous patientons maintenant sur le quai où, comme partout ailleurs en ce pays, il est impossible de tomber d'inanition sans le vouloir. Chips, gâteaux, fruits, boissons mais pas de chocolat...

Ahhhh ! Voilà notre bus qui s'approche !

L'engin est quasi flambant neuf et nous promet monts et merveilles. Même les dieux sont appelés à la rescousse !

Mais, je ne sais vraiment pas pourquoi, c'est ce petit détail,

Qui me rassurera sur le bon déroulé de ce trajet...Les bagages sont tous dans la soute ? Les passagers, à leur place ? Le chauffeur s'installe à son poste, son assistant procède aux dernières vérifications. Les portes intérieures et extérieures se ferment, nous démarrons.

Le chauffeur passe la seconde puis freine brusquement. 4 retardataires prennent place dans l'habitacle.

Nous sortons maintenant du terminal terrestre et l'engin se faufile dans la circulation.

Un kilomètre, un arrêt, de nouveaux passagers. 500 mètres, un arrêt, un autre siège occupé. Quelques tours et détours, quelques nouvelles haltes, deux heures dans la banlieue de Quito... Le bus est certes deluxe mais il a oublié d'être express !

La dernière maison, le dernier carrefour sont passés, nous prenons un peu de vitesse. Enfin, pas trop...

3000, 3500, 4000 mètres d'altitude, ça grimpe !

La route passe en effet par un col avant de serpenter vers l'Amazonie. Le paysage a l'air magnifique mais seul un petit rectangle de vitre teintée nous permet de l'admirer. Sans compter qu'il bruine...

Heureusement que nous repasserons par là en voiture dans quelques jours !

L'assistant, brandissant une télécommande, ouvre alors la porte qui sépare le poste de conduite des passagers. Il allume l'écran plat et trifouille les boutons.

Premier film, un drame brésilien que je regarde aussi distraitement que les autres voyageurs. Il faut dire que mon espagnol est limité...

Deux heures plus tard, c'est l'entracte et la pause déjeuner.

Deuxième séance, l'acteur qui apparaît me rappelle quelque chose... José Garcia, Florence Foresti et André Dussolier font les pitres réveillant le bus qui rit aux éclats. Le cinéma français s'exporte bien...

4000, 3500, 3000, 2500, 2000, 1500, 1000, 500 mètres. Les habits des villageois ont changé. Plus de Tshirts, plus de jambes nues, oubliés les ponchos et les bonnets.

Les tournants ont fait place à une ligne presque droite, je pense que nous devrions bientôt arriver !

300 mètres, Lago Agrio, tout le monde descend ! Après 8 heures de bus, nous ne sommes pas fâchés de marcher un peu...

L'atmosphère est tiède et humide, la ville ne semble pas être le lieu de tous les dangers décrit dans le guide.

L'hôtel est plutôt simple mais propre, le dîner oubliable sans être mauvais.

Rendez vous demain matin à 09 30 à la réception où débute notre excursion de quatre jours dans la réserve de Cuyabeno !

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09 45, un minibus blanc s'approche de l'hôtel, un homme en bondit. Siona lodge ?

Oui !

Ça me surprend toujours que des réservations faites par échanges de courriels d'un bout du monde à un autre et sans versement d'aucun acompte fonctionnent aussi bien.

Deux jeunes ont déjà pris place. Des provisions occupent d'autres sièges. Nous nous installons. Le chauffeur sort une liste, coche nos noms et nous demande de payer. 600 dollars en espèce changent alors de main. Soit 100 dollars par personne et par nuit tout compris (logement, repas, eau potable, excursions), dans la moyenne basse pour ce genre de virée amazonienne.

La navette charge bientôt d'autres voyageurs dans différents lieux de la ville puis file vers la réserve.

J'observe les autres participants, des germaniques et des américains, et je m'aperçois que je serai sans conteste l'ancêtre du groupe...

Deux heures plus tard, 100 kilomètres plus loin, nous nous arrêtons au bord d'une rivière où quelques pirogues à moteur attendent leurs passagers.

Un repas chaud et des boissons sont servis à notre groupe, d'autres devront se contenter d'un panier pique nique.Le guide nous explique maintenant le programme de la journée : une balade sur le rio Cuyabeno jusqu'à notre lodge puis une seconde sur la lagune au coucher du soleil.

Tout le monde a enfilé son gilet de sauvetage ? C'est parti pour trois heures de "croisière" !

Revoir Aguirre, la colère de Dieu, et comprendre que la vie au bord de l'Amazone n'est pas un long fleuve tranquille... L'enfer vert, même d'après certains ! Et pour être vert, ça l'est ...

Les plantes se cannibalisent entre elles cherchant le soleil dont les rayons peinent à percer la canopée. Difficile de distinguer quoi que ce soit pour un oeil non habitué.

Quelques cris, quelques chants nous indiquent cependant que notre présence ne passe pas inaperçue. Le moteur, peut-être...

Le timonier, petit bien que rouge, aperçoit bientôt quelque chose dans les frondaisons. Notre premier serpent !

Nous comprendrons par la suite que boas et anacondas sont à Cuyabeno ce que les impalas sont à la savane. Du tout venant !

D'ailleurs, en voilà un autre :

Personne n'est ophiophobe, j'espère !

Le plus du serpent pour le photographe est qu'il se dore la pilule au soleil sans bouger une écaille . Il est donc relativement facile à mettre en boîte une fois repéré.

Ce qui ne sera pas le cas des autres animaux observés...Comment voulez-vous faire une mise au point correcte entre les trépidations continuelles du moteur et la perpétuelle agitation du sujet ? Arghhh ! Encore raté !

Le guide nous signale alors la présence d'un paresseux. Bon, celui-là, vu sa réputation, je devrais m'en sortir.

C'est sans compter que les animaux préfèrent se nicher au sommet des arbres, loin, loin, loin de mon objectif plutôt qu'à portée de vue.

N'oubliez donc pas de prévoir une bonne paire de jumelles...

Nous nous dirigeons maintenant droit sur la forêt. Au dernier moment, je découvre l'entrée du lodge, bien dissimulée par la végétation.

Quelques cabanes en planche au toit de chaume abritent les chambres, nous nous voyons attribuer la Toucan.

Pas le temps de prendre une douche ou de se prélasser sur le hamac, nous repartons dans un quart d'heure !

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La balade en canoë se déroule tout d'abord sous le signe des ornithologues.

Quelques singes se balancent d'arbres en arbres, nous nous rapprochons de la forêt.Tellement près, qu'une passagère clandestine se faufile dans la pirogue puis sous le gilet de sauvetage de sa victime...

Les couleurs changent, l'horizon se dore. C'est l'heure de la baignade pour les courageux, baignade que je déclinerais les trois fins de journée...

Le soleil est désormais sur le point de s'éteindre,

Les barboteurs remontent dans leurs esquifs qui filent vers la rive à la découverte du monde de la nuit amazonien.

Le caïman se cache, nous n'en verrons que l'oeil luisant. Un, deux, trois serpents n'échappent pas à la sagacité du guide.

Et pour finir, nous dégotterons notre dîner...

Ah non, je me suis trompée ! Ce soir, c'est spaghetti bolognaise ! Bon appétit !

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Bien dormi sous la moustiquaire ? L'eau de la douche n'était pas trop froide ?

Dans une heure, nous nous enfoncerons un peu plus dans la jungle jusqu'au village des indiens Siona.

N'oubliez ni les bottes ni un billet de 10 dollars !

Ben oui quoi, faut pas croire que les indiens vont vous accepter juste pour le plaisir de vous rencontrer !

Faut pas croire non plus qu'ils vivent bien différemment de nous!

Les missionnaires, les marchands de pétrole et de bois, les amateurs de viande de brousse sont venus avant vous. Ils ont échangé les richesses spirituelles ou réelles de l'Amazonie contre de l'argent, du confort, une autre langue. Tout ceci, les indiens y ont pris goût et ne veulent absolument pas retourner en arrière. Certains même voudraient que le gouvernement construise une route jusqu'à leur hameau. Z'en ont marre des trois heures de pirogue avec le bruit du moteur dans les oreilles !

Pour qu'ils tirent des revenus autre que de l'abattage du bois ou de la vente d' animaux protégés, il est logique de leur offrir une compensation financière. L'accueil des touristes permet ainsi la préservation de la forêt et la préservation de leur niveau de vie. Un échange gagnant-gagnant.

Notre guide est cash. Bien loin de ceux qui enjolivent la réalité ou inventent de belles histoires pour faire rêver les voyageurs...

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Nous revoici donc dans la pirogue suivant le rio et ses bras-raccourcis.

D'autres lodges se nichent dans la végétation, tous bâtis à peu près sur le même modèle et avec les mêmes matériaux.

Les singes continuent leur sarabande et s'avèrent toujours aussi difficiles à photographier comme à observer.

Tiens, elle est bizarre cette branche ! Ah non, c'est une chouette...

Une heure, deux heures passent ainsi au rythme des observations puis nous apercevons un quai et une clairière.

Nous débarquons alors au village, il est temps de chausser les bottes en caoutchouc...

Comme indiqué par le guide, nous ne sommes pas trop dépaysés : tri sélectif, terrain de foot, salle de sport, jeux pour enfants, école, oeuvres d'art...

Une ondulation nous rappelle cependant que nous ne sommes pas à Clermont-Ferrand mais à quelques milliers de kilomètres de là...

Quelqu'un veut toucher ?

Nous sommes maintenant conviés à une leçon de cuisine : le pain de yuca.

Ustensiles :

Une machette, une râpe, une tresse végétale, un tamis, un feu de bois, un disque de fonte (Une billig à la rigueur mais là la tradition fout le camp !) et un bol

Ingrédient :

Quelques racines de yuca.

La recette :

Aller dans le jardin puis couper les branches du yuca. Déterrer les racines de l'arbuste puis les éplucher à l'aide de la machette.

Laver et râper le manioc .

Remplir la tresse végétale avec la mixture obtenue . Arrimer le tout solidement et tordre la tresse pour extirper toute l'eau de la préparation. (Ndlr : cette opération remplace avantageusement toute séance de musculation...)

Tamiser la farine ainsi extraite puis la disposer sans autre ingrédient sur le disque de fonte préalablement chauffé.

Presser la pâte avec le bol. Attendre quelques minutes. Retourner le pain. Laisser cuire l'autre face.

Et voilà le résultat !

Avec une petite salade et du poulet rôti, c'est pas mauvais...

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Pour digérer le pain de yuca, quoi de mieux qu'une petite promenade dans la forêt ?

Le port des bottes prend enfin tout son sens. Le sol est boueux, spongieux, détrempé. Une atmosphère propice aux plantes, aux fleurs et aux pitreries...

Nous nous arrêtons un instant pour contempler le roi de la jungle, un géant fragile qui s'arrime au sol en délicats drapés puis nous partons à la recherche du plus dangereux tueur des sous-bois, la grenouille venimeuse.

Ne vous fiez pas à sa taille, elle est redoutable !

Si votre sang entre en contact avec les sécrétions toxiques qui huilent sa peau, vous ne connaîtrez pas la suite de ce voyage.

Les indiens imbibaient la pointe de leurs traits avec ce poison pour chasser. Pas évident comme technique vu la longueur et le poids de la sarbacane ! Quelqu'un veut essayer ?

Les visiteurs se révèleront de bien piètres viseurs. L'une sauvera pourtant l'honneur de la tribu des occidentaux qui pourront ainsi regagner leurs foyers...

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Il s'en est fallu de peu pour que la baignade vespérale ne tombe à l'eau. La pluie épargne le lac et, combinée aux reflets d'un soleil couchant, offre le spectacle d'un bel arc en ciel. Les pirogues se vident, les nageurs se lancent des défis.

Ça chahute gentiment puis c'est l'heure du retour au lodge.

Rendez vous après dîner pour une balade à pied !

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Et nous voilà au milieu des serpents, des cafards géants, des scorpions, des phasmes et des araignées...

Je crois bien que je vais regarder attentivement sous mon lit avant de me coucher !

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Au matin, nous rechaussons les bottes, non sans les avoir tournées, retournées, secouées... La pirogue nous dépose en effet à quelques minutes du lodge que nous regagnerons à pied.

Le chemin est tout d'abord aménagé, la progression est facile. Mais cela ne durera pas...

Nous testons notre équilibre sur des troncs d'arbres transformés en pont, nous testons la force de nos cuisses en essayant de soulever nos bottes engluées dans la boue. Personne ne tombera, même pas drôle !

L'ombre des arbres nous protège du soleil mais il n'en fait pas moins un peu chaud.

Humide surtout... Le caoutchouc colle à mes mollets, la sueur dégouline de mon front. Un petit coup de spray pour éviter les bestioles qui voltigent autour de moi et je persévère !

Le guide nous renseigne sur les insectes et les plantes que nous croisons. C'est plutôt intéressant à défaut d'être animalier.

Nous apprendrons ainsi que le kapotier était autrefois utilisé pour confectionner les canoës et que pour réparer les embarcations d'époque, d'habiles découpes sont pratiquées dans les drapés de l'arbre protégé.

Deux heures de progression plus tard, nous apercevons un toit de chaume puis notre bungalow.Je quitte mes bottes sans regret et bulle sur le hamac...---/---

Dans l'après midi, nous repartons pour une dernière escapade au fil des rios, du lac et des forêts inondées.

Un ultime singe, un ultime oiseau,

Un dernier coucher de soleil, un dernier repas.

Demain, nous quittons l'Amazonie pour les volcans et les montagnes.

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Et c'est parti pour une journée marathon !

Un réveil aux aurores pour une promenade ornithologique, un petit déjeuner, deux heures de pirogue pour gagner le goudron.

Un déjeuner léger, une heure de minibus, un bouchon. Que se passe-t-il ?

Les orages de la nuit ont provoqué une coulée de boue qui coupe la route rendant la circulation impossible. Heureusement, la DDE locale intervient rapidement et, à grands coups de pelleteuse, rétablit un passage. Il faut dire qu'ils ont l'habitude de ce genre de situation...

Une autre heure de minibus, nous arrivons à Lago Agrio.

La navette touristique part dans quelques instants pour Quito et des places sont libres. Vous pouvez nous déposer à Baeza ?

Oui ! Le billet coûte 10 dollars.

Nous abandonnons donc l'idée de reprendre le bus public en espérant que celui-ci sera un peu plus rapide...

Le car démarre bientôt avec sa cargaison de voyageurs, voyageurs qui ne pensent qu'à manger et à regarder leur smartphone. A croire que la famine règne en Europe, aux Etats Unis ou en Colombie...A croire que les images défilant sur le petit écran sont plus intéressantes que les paysages équatoriens.

A chaque halte, c'est la razzia sur les étals,

A chaque halte, c'est la ruée sur les toilettes...

La pluie commence alors à tomber, la nuit aussi. 300, 500, 800, 1000, 1500, 1800 mètres. Nous revoilà en altitude, au pied de la cordillère.

18 45, le bus stoppe et nous dépose au carrefour pour Baeza. Pas de taxi en vue, nous marcherons les 2 kilomètres qui nous sépare de l'hôtel.

Le portail est fermé, il n'y a pas une lumière. Nous frappons sur le bois de la barrière, quelqu'un vient nous ouvrir. La chambre est froide et un peu humide, le restaurant fermé le soir. Dommage car la situation et le jardin ne sont pas sans charme.

Nous enfilons une polaire et allons dîner un peu plus loin.

Truite et pommes de terre pour moi. Roboratif et très bon.

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Une bonne nuit de sommeil et un excellent petit déjeuner plus tard, nous attendons avec impatience la livraison du véhicule que nous avons réservé pour les 8 prochains jours.

Nous avions envoyé plusieurs demandes de devis et deux agences ont répondu. Notre requête était un peu particulière avec une prise en charge à Baeza et un retour du véhicule sur Cuenca dans un pays où le réseau des grands loueurs ne comprend généralement que trois villes (Quito, Guayaquil, Cuenca) et celui des petits est inexistant....

Nous ferons finalement affaire avec Nazcar en quelques mails pour environ 600 dollars dont 180 de livraison et 100 de supplément pour paiement en carte de crédit.

Comme pour le séjour en Amazonie, nous n'avons rien réglé à l'avance et ne connaissons l'agence ni d'Eve, ni d'Adam. Viendront, viendront pas ? Telle est la question que nous nous posons en bouclant la valise.

Toc, toc, toc ! Votre voiture est là ! Nous accourons...

La voiture de ville commandée s'est transformée en une chevrolet double cab 2x4. Pas terrible pour les bagages qui finiront sur la banquette arrière mais nettement préférable pour la conduite vu l'état de certaines routes !

Nous remplissons les papiers, prenons des photos des rayures diverses et variées, payons notre écot via un coup de fil à la maison mère et le numéro de notre carte, réglons la caution à l'ancienne avec une facturette et un sabot (Je crains qu'ici les moins de 45 ans ne soient un peu perdus...).

L'employé de l'agence ne parle qu'espagnol mais nous arrivons à comprendre l'essentiel et nous lui proposons de le rapprocher de Quito puisque nous passerons non loin de la ville en chemin.

10 00 du matin. C'est maintenant l'heure de tester le D-max sur les routes équatoriennes !

1 800, 2 000, 2 500, fais gaffe aux ours !

2 700, 3 000, 3 500, 4 000. Sauf moyens financiers limités, faut vraiment être fou pour préférer voyager en bus qu'en voiture...

4 000, 3 500, 3 000, 2 670 mètre d'altitude. Nous déposons le gars de chez Nazcar au rond point de Pifo.

2 500, nous abandonnons la belle nationale pour quelques ruelles qui se transforment rapidement en une piste mal pavée.

Un rallye automobile est organisé dans la région sans aucune déviation pour les autres véhicules. Nous partageons donc l'étroite chaussée avec des voitures de courses déboulant droit sur nous... Heureusement, nous sommes en fin de parcours et la plupart roulent sur des pneus crevés donc à puissance réduite.

Ouf, je crois que c'était le dernier ! Nous pouvons maintenant profiter tranquillement des derniers kilomètres qui nous séparent de notre but.

2 800, 3 000, 3 400 . Il n'a pas l'air de faire bien chaud...

3 460 mètres d'altitude, nous sommes arrivés. Le maître des lieux nous accueille joyeusement puis nous fait visiter notre logis, le Chilcabamba mountain lodge, la perle de ce voyage.

Nous sommes ici au pied des volcans, volcans, qui contrairement à la chaîne des Puys, sont toujours très actifs !

Dites moi, il ne serait pas l'heure d'un déjeuner tardif, là ? A plus tard...

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Le réservoir est un peu vide, notre armoire à provisions pour les pique-niques aussi. Nous décidons donc de faire un petit tour à la ville la plus proche.

Une bonne demi-heure de pavé plus tard, nous découvrons que le budget prévu pour le carburant pourra être largement revu à la baisse... A même pas 0.30 $ le litre, le gazole peut couler à flots !

L'eau achetée ultérieurement s'avèrera d'ailleurs plus chère...

Le temps de revenir, la bruine s'arrête, les nuages se dissipent un peu, le soleil commence à pointer son nez.

Dans les champs, les animaux s'apprêtent à dîner, nous semblons les déranger...

Nous dépassons bientôt le lodge et continuons jusqu'à l'entrée du parc national du Cotopaxi. Il paraît que les couchers et les aurores sont les meilleurs heures pour espérer l'admirer.

Bingo !

L'écharpe nuageuse protège les flancs du volcan mais laisse un bleu éclatant nimber son sommet.

Nous sommes déjà ravis du spectacle mais le meilleur reste à venir...

L'après midi touche maintenant à sa fin. Nous abandonnons la Chevrolet pour une promenade apéritive. Le Cotopaxi s'est entièrement déshabillé pour la nuit faisant rougir le timide horizon.

Une couleur douce et chaude illumine l'atmosphère puis se meurt.

Rentrons au logis avant la nuit !

Le feu chauffe dans l'âtre, il fait bon dans la salle commune. Nous prenons place à table pour déguster un excellent dîner.

Douce nuit...

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Bien dormi ? Pas trop de migraines à cause de l'altitude ? Aucun symptôme du mal aigu des montagnes ?

Mine de rien, nous sommes quand même à 3500 mètres et nous allons bientôt dépasser les 4800 !

Il serait idiot de finir là votre voyage car vous n'avez pas su tenir compte des signaux que votre corps vous envoyait...

Il aurait été préférable de se promener dans l'allée des volcans juste après Quito mais difficile de rejoindre ensuite l'Amazonie sans faire des tours et détours...

Comme hier soir, le ciel est dégagé. L'effet du vent violent qui souffle aujourd'hui ?

Nous prenons le D-Max, franchissons l'entrée nord du parc et empruntons la piste qui grimpe sur les flancs du Cotopaxi. Les scories ne sont pas le meilleur revêtement pour un chemin et la Chevrolet chasse un peu, beaucoup, presque trop au fur et à mesure que nous nous rapprochons du parking.

Au retour, nous croiserons d'ailleurs beaucoup de voitures de ville abandonnées en cours de route par leurs propriétaires pour poursuivre à pied...

En parlant de pieds, il va maintenant falloir se servir des nôtres. La piste s'arrête en effet à 4630 mètres et si vous voulez vous rapprocher du sommet, il faudra emprunter le sentier qui mène au refuge.

Premiers pas, premier manque de souffle. J'ai l'impression d'avoir les jambes en plomb et le coeur qui éclate.

Ma respiration se fait haletante, chaque enjambée est une lutte. Il faut dire qu'en plus de l'altitude, il fait plutôt froid, un horrible vent souffle pleine face et la pente est très raide !

10 mètres, 20, 50, 80. J'en peux plus, j'abandonne !

Quelques minutes de repos, je revis. Allez, on va jusqu'au rocher là-bas !

5, 15, 25 mètres. Je crache mes poumons.Une nouvelle envie d'abandon, une nouvelle pause, un nouvel objectif.

On est à combien là ?

4795 mètres !

Gast ! Ça serait ballot de rebrousser chemin maintenant alors que nous serons bientôt plus haut que le Mont-Blanc !

Le refuge est désormais bien visible, plus qu'un dernier effort, et nous y voilà !

4864 mètres au dessus du Pacifique, 1000 mètres en dessous du cratère.

Moi, je n'irai pas plus loin mais, si vous en avez le courage, vous pouvez poursuivre sans guide jusqu'aux premières neiges. Je vous attends bien au chaud dans la voiture, tout en bas !

Nous redescendons au niveau du plancher des vaches, soit à 3850 mètres d'altitude au Cotopaxi, tandis que le ciel passe du bleu au gris.

Le pique nique ne dure donc que le temps d'un sandwich puis nous nous baladons autour de la lagune de Limpiopungo. Un jeu d'enfant par rapport à la randonnée matinale, le terrain est plat !

Des chevaux et des troupeaux broutent la maigre herbe de cet altiplano où poussent cependant de superbes fleurs.

On devrait peut-être presser le pas, il commence à pleuvoir !

Nous retrouvons l'abri de la Chevrolet avant le gros de l'averse et poursuivons notre exploration du parc. Prends la direction de Manantiales, il y a des ruines pré-colombiennes indiquées par là !

La piste correcte au premier abord se détériore peu à peu.

Un premier obstacle, un second...Une pente, des grosses pierres, des trous, des ravines...

Une roue du D-Max joue l'équilibriste, les autres sont plus ou moins noyées dans le gravier. Nous sommes coincés...

Quelle idée de ne pas avoir indiqué "Piste réservée aux 4x4" sur la pancarte !

Un Hilux arrive, son chauffeur nous propose son aide. En quelques essais, il sort la Chevrolet du mauvais pas où nous l'avons fourrée et nous retrouvons un sol plus carrossable.

La mauvaise nouvelle est que nous sommes désormais après le passage délicat. Nous sommes donc condamnés à poursuivre notre route...

Je m'empare du smartphone pour étudier les échappatoires sur une carte. Va à gauche, on devrait rejoindre la piste de ce matin dans quelques mètres !

Un gué infranchissable... Il va falloir trouver une autre sortie.

Le conducteur et sa copilote sont maintenant puissamment concentrés sur le ruban de terre et de cailloux oubliant d'admirer le paysage.

C'est mieux à droite, c'est pas mal à gauche. Le chemin principal devrait être tout droit dans une poignée de kilomètres !

Nous voyons alors notre but, une vraie piste pour 2x4, apparaître au loin, juste après la prairie.

Mais, c'est quoi ça ??? Un ravin de quelques tout petits mètres de large et de quelques petits mètres de haut...

Un étroit pont fait de trois barres de béton mal jointes permet le passage d'un véhicule mais il faut viser juste !

Une dernière sueur froide, un dernier coup d'adrénaline. J'en oublie de prendre des photos...

La Chevrolet joue un instant les funambules et retrouve enfin la terre ferme.

Assez d'émotions pour aujourd'hui, nous regagnons le lodge où nous attend un étonnant concert de cloches sous nos fenêtres...

Le jour décline, le soleil revient. Un dernier regard sur le volcan,

Et nous achevons cette belle journée devant un steak aussi tendre que savoureux !

7

Nous quittons à regret le Cotopaxi pour Quilotoa.L'étape est courte mais toujours aussi tourmentée en altitude... Les dénivelés ne sont pas si importantes que cela mais ça n'arrête pas de monter et de descendre ! 3500 -2900- 3500- 2700- 3850...

Nous empruntons d'abord la piste pavée qui rejoint l'autoroute Quito-Latacunga.

Un choc d'arriver sur ce large ruban de goudron bordé de villes et villages après toutes ces journées loin de la civilisation !

Heureusement, nous bifurquons rapidement sur un réseau secondaire nettement moins animé et nettement plus intéressant au niveau des paysages.

Les champs sont à l'image du terrain, en pente... Parfois très raide, si raide qu'on ne peut que se demander comment il est possible de cultiver quoique ce soit sur de tels lopins. Les équatoriens seraient-ils des dahuts ?

Nous passons maintenant le village de Sigchos et c'est la plongée dans l'inconnu.

Le Lonely Planet parle d'une piste carrossable, nous nous attendons donc à mettre un peu de temps pour parcourir les dernières dizaines de kilomètres. Ben, il date ce guide...

Un ruban de bitume tout neuf a remplacé les pavés, la terre et les éboulis !Nous nous amusons bientôt à compter les panneaux indicateurs. Un tournant, 10 panneaux. Une épingle à cheveux, 50... Du jaune et noir, partout sur les bas côtés !

Cette accumulation finit par être contreproductive car, comme la moindre courbe fait l'objet d'un traitement, le conducteur ne sait plus s'il doit ou non ralentir...

Les kilomètres défilent, nous atteignons notre but et sommes accueillis par un péage. 3 dollars pour pénétrer dans le village. Et quel village...

Je crois bien que j'ai rarement vu un lieu aussi moche et déprimant !

Les maisons poussent comme des champignons sans aucun plan d'ensemble évident et ne parlons pas des finitions... Toutes ces constructions n'ont qu'un but : le tourisme. Des restaurants, des magasins de souvenirs, des hôtels, des guesthouses. Et pas dans une version charme.

Dis, Agnès, t'es sûre qu'on doit dormir ici ???

Bon, si nous allions voir ce pourquoi nous sommes venus ?

Nous traversons le village en omettant de nous signaler à un nouveau péage puis grimpons sur une passerelle aménagée au bord de la caldeira.

La laideur des maisons qui se trouvent derrière nous est vite oubliée devant le spectacle de ce lac aux eaux changeantes, un joyau serti par les parois déchiquetées d'un volcan éteint.

Le soleil se montre timidement, nous décidons de marcher un peu.

Deux possibilités : descendre au fond du cratère 300 mètres plus bas ou emprunter partiellement le sentier qui suit la ligne de crête.

Les vues sur la lagune devraient être plus belles en plongée et nous évitons la rude remontée : l'option 2 est retenue à l'unanimité !

La randonnée est plutôt facile sauf quand quelques raidillons nous rappellent rapidement que nous sommes à 4 000 mètres d'altitude...

Les points de vue se succèdent sur la lagune tandis que le soleil joue à cache cache avec les nuages.

Polaire, pas polaire. Pull, pas pull. Coupe vent, pas coupe vent. Gants, mains nues...

De temps en temps, la piste quitte l'arête pour plonger sur les flancs extérieurs du volcan offrant quelques perspectives sur les rudes travaux des champs.

Puis au détour d'un tournant, le bleu et le vert réapparaissent.

Nous sommes seuls, ou presque... Nous traversons successivement une forêt de pins, un désert de sable blanc, des prairies en fleurs.

Du brouillard à couper au couteau, un ciel bleu, quelques gouttes, trois saisons en quelques heures. Pas de neige heureusement !

Nous sommes désormais à un peu plus du tiers du chemin,

Il est temps de faire demi-tour via une variante qui serpente à mi-pente, variante escarpée que je ne conseille ni aux randonneurs en herbe, ni aux voyageurs sujets au vertige...

Nous sommes presque revenus à notre point de départ quand j'entends des clochettes puis un grand bruit sourd derrière moi.

Je me retourne et qu'aperçois-je ? Un âne en fuite qui, jouant les alpinistes, dévale la paroi avant que d'atterrir sans finesse au milieu du sentier.

Adieu moutons, cochons, mulets, lagune, nous retrouvons maintenant le village où nous nous réchauffons autour d'un poêle et d'un chocolat chaud !

19 00, le dîner est servi dans une salle glaciale. 20 00, le feu ne brûle plus dans le poêle de la chambre, il ne reste plus qu'à s'enfouir sous les couvertures...

La nuit fut entrecoupée de rêves, le sommeil s'emmêlait de maux de tête. Pas facile de trouver le repos à cette altitude !

8

Nous quittons au matin sans regret (et sans douche...) ce village aussi frigidaire que disgracieux.

Nous longeons alors de très beaux paysages de patchworks de champs sur colline avant de récupérer une autoroute légèrement surdimensionnée.

nc

Une immense agglomération plus tard, nous plongeons sur Baños, petite bourgade pas si tranquille que cela du fait de sa situation au pied du turbulent volcan Tungurahua.

Nous ne sommes plus qu'à 1800 mètres d'altitude. Les températures se sont améliorées, nous respirons normalement et l'ambiance du village promet une soirée un peu plus animée que celle d'hier...

Une bonne douche bouillante, un encas et nous partons à la découverte des environs.

Les montagnes qui encerclent Baños sont noyées sous les nuages, peut-être qu'en montant, nous dépasserons ce plafond brumeux ?

Les pentes sont couvertes de serres, quel fruit est la spécialité des lieux ? Une sorte de tomate oblongue, le Tamarillo.

Les plantations laissent place à une végétation luxuriante, signe que l'eau ne manque pas par ici...La route grimpe en lacets vigoureux, le brouillard nous enveloppe, nous persévérons.

Volcan, où te caches-tu ????

2 600 mètres d'altitude, le goudron s'achève, nos espoirs s'envolent, nous regagnons Baños.

Le rio Pastaza s'écoule à gros bouillons aux pieds de la ville offrant aux téméraires l'occasion de tester leurs limites.

Le casque ? Le harnais de sécurité ? L'élastique ? Quand faut y aller, faut y aller...

Euhhhh...Sans moi !

Un promenade dans les ruelles de la localité, un peu de lecture et sonne l'heure du repas.

Si vous voulez un digestif, c'est par là, moi, je vais profiter du lit douillet !

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Dans la soirée, le loueur nous a contacté pour récupérer la Chevrolet contre le véhicule que nous avions loué. Bêtement, nous acceptons que l'échange se fasse vers midi au lieu de le fixer en fin d'après-midi...

Nous voilà donc un peu coincés à Baños en cette belle matinée.

Nous décidons de patienter en enfilant les chaussures de randonnée. Et c'est parti pour une courte virée vers l'un des points de vue aménagé autour de la ville !

Chut...Nous sommes suivis...

Nous semons rapidement ces trois terreurs et entamons la grimpette.

Quelques marches, un sentier, un aperçu sur la campagne.

D'autres marches, encore des marches...

Toujours des marches... Je crois bien que je préfère un chemin en lacets que tous ces escaliers.

Allez, plus qu'une et nous toucherons au but ! La plus immonde des statues de vierge à l'enfant que j'ai jamais vu...

Euhhh, Agnès, tu t'es trompée ! Ce n'est pas pour prier la vierge que ce chemin a été tracé mais pour pouvoir se rendre à ce troquet juste un peu plus haut !

Pas mal la vue depuis la terrasse...

Et, en plus, nous sommes aux premières loges pour suivre les premières passes des futurs champions du monde !

Je profite de cet instant pour vous présenter le mot du jour : But. 3 petites lettres mais attention à leur prononciation !

Si ce sont les argentins qui marquent contre la France, but se dit

GOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO

OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOL

Si ce sont les français qui marquent contre l'Uruguay, il faut sobrement prononcer ce même mot ainsi :

gol

Étonnant, non ?

Ne vous trompez pas car vu la passion des équatoriens pour le foot en ce mois de coupe du monde, vous pourriez le regretter...

Fin de l'interlude et retour à l'hôtel en espérant que l'employé de Nazcar soit à l'heure !

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Le rendez vous pour le changement de véhicule est finalement reporté. Nous pouvons donc empaqueter le pique nique et effectuer la plus fameuse excursion au départ de Baños , la célèbre route des cascades qui, serpentant le long de la rivière, s'achève à Puyo aux portes de l'Amazonie.

Les sportifs effectuent la balade en VTT, 60 kilomètres, 900 mètres de dénivelé en la faveur des cyclistes, un retour en camion mais aussi un pédalage au milieu des semi-remorques, des bus et des véhicules et, même si la descente s'avère la norme, quelques montées hors de portée de mes mollets ! Les moins sportifs prendront les navettes ou leur voiture. C'est cette dernière option que nous retiendrons...

Une cascade, deux cascades,

La promenade semble ne pas avoir usurpé son nom !

Des tyroliennes permettent aux téméraires de passer d'une rive à l'autre. Pour les autres, pas de panique, vive le télécabine !

Nous stoppons maintenant à l'entrée du chaudron du diable, la plus impressionnante des cascades du coin. Le sentier, parfaitement aménagé, descend jusqu'à la passerelle que vous apercevez là bas,

Au dessus des eaux tumultueuses.

C'est solide j'espère ! Parce que ça tremble quand même un peu...

Nous pouvons désormais avoir un petit aperçu de la chute qui se meurt à grand fracas dans la fameuse marmite.

L'abondante bruine qui revient sur les spectateurs n'est pas sans me rappeler ma visite aux chutes Victoria. Je suis trempée...

Nous poursuivons ensuite notre route jusqu'à la plaine .

Où nous attendent de surprenantes installations...

(Je ne sais pas ce qu'ils fument en Amazonie, mais c'est de la bonne ! )

Le ciel vire au bleu, les nuages restent accrochés aux montagnes, bienvenue à Puyo !

Un demi tour et retour à notre point de départ où notre nouveau carrosse nous attend.

Cette journée s'achèvera un peu plus tard comme elle a commencé,

Aux pieds d'une vierge à l'enfant...

Bon appétit !

9

L'étape du jour sera courte : 110 kilomètres de petites routes en direction du Chimborazo.

Nous évitons soigneusement la trop fréquentée Carretera Panamericana et longeons quelques volcans en espérant les apercevoir. Autant dire que ce n'est pas gagné...

A la faveur d'une éclaircie, nous tenterons tout de même la montée jusqu'au petit village de La Candelaria d'où partent les randonnées vers El Altar et son lac glaciaire.

Malheureusement, le plafond nuageux restera bas et, à défaut de pics enneigés, nous devrons nous contenter du cul d'un âne et de quelques jolies vues plongeantes sur un paysage verdoyant.

Ce cheval penserait-il à son prochain combat ?

Nous ne le saurons jamais, poursuivant notre chemin.

Riobamba traversée, notre but s'avère à portée de roues.

D'ailleurs, ne serait-ce pas lui qui joue à cache cache avec la grisaille ?

Nous sommes maintenant à 3 200 mètres d'altitude et nous continuons inexorablement à grimper.

3 900 mètres. Nous dépassons le petit sentier qui mène à notre hôtel et décidons de pousser jusqu'à l'entrée du parc, quasi 500 mètres plus haut.

Le cône volcanique se refuse même si le soleil illumine le plateau.

Tu as noté les horaires d'ouverture ? Redescendons !

Comme souvent dans ce pays, tout a été prévu pour le bonheur des cyclistes même si les chemins pour VTT ne me semblent pas conseillés aux sportifs non préparés à un effort à si haute altitude.

J'espère que les coureurs du Tour d'Equateur ne confondront pas leurs freins avec un peu d'EPO... Il serait dommage de jouer aux quilles avec ces peu farouches vigognes !

Nous évitons habilement toutes les tentatives de suicide des charmants camélidés et bifurquons vers l'entrée de notre logis.

Je vais chercher la clé de notre chambre, à plus tard !

Le Chimborazo Lodge a pour créateur un célèbre guide de haute montagne équatorien, Marco Cruz, qui y a rassemblé les souvenirs d'une vie bien remplie mais légèrement monomaniaque...

Une maisonnette abrite 4 chambres avec salle de bain privée, deux autres des chambres plus simples avec commodités à partager. Nous avons cassé un peu la tirelire, nous dormirons dans les premières.

J'ouvre la porte et me voilà projetée 40 ans en arrière quand, petite fille, j'observais mes parents se préparer à gravir un sommet. Toute la décoration est tournée vers la montagne : des photos d'ascensions, du matériel d'alpinisme, le portrait des gloires d'hier du piolet.

Rien ne manque pour tenter demain d'atteindre le toit du monde - enfin, par rapport au centre de la terre...-, le Chimborazo.

L'ambiance est franchement unique et, cerise sur le gâteau, nous sommes ce soir maîtres des lieux étant les seuls clients attendus.

Chaque chambre a été baptisée du nom d'un des Conquérants de l'inutile, et comme nous sommes français, c'est bien évidemment la suite Lionel Terray qui nous a été attribuée.

Je crois que je vais bien me plaire ici ! C'est douillet, il y a une histoire et la vue ne gâte rien...

Ce n'est pas la tête d'un alpaga qui dépasse des herbes là-bas ?

L'animal semble un peu surpris de nous voir mais ne s'enfuit pas.

Nous nous apercevons bientôt de la présence de tout un troupeau que nous décidons de prendre à revers.

Les frileux pourront ramener d'Equateur une couverture confectionnée avec cette abondante toison. Je me serais bien servie sur la bête mais nous sommes attentivement surveillés...

De retour au lodge, le soleil se décide à briller avant que de s'éteindre. Je me retourne alors en espérant un miracle.

En vain...

L'atmosphère déjà fraîche s'est brutalement refroidie et nous nous réfugions au coin du feu.

L'unique cheminée allumée dans l'immense salle à manger ne suffira guère à remonter la température.

Le délicieux et fumant potage au quinoa servi s'avèrera donc une excellente idée pour réchauffer les corps transis. Nous finirons notre dîner sur une production locale - vous vous souvenez des arbres fruitiers photographiés à Baños-, le tamarillo au sirop.

Bonne nuit emmitouflé sous la couette !

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Le sommeil ne fut pas au rendez-vous autant qu'espéré. L'altitude sans aucun doute. Ça ira certainement mieux en prenant un grand bol d'air !

Sous la grisaille...

Arghh ! Voilà qu'il y a du grésil maintenant ! Manquerait plus qu'il neige...

Nous évitons les gros flocons de justesse et parvenons sans difficultés au parking du refuge Carrel, au pied du Chimborazo. Nous sommes déjà à quasi l'altitude du Mont Blanc et n'allons pas nous arrêter là...

Le but du jour : le refuge Whymper voire la lagune Condorcocha si les conditions météorologiques le permettent. Si notre corps tient le coup aussi...

Le sentier est beaucoup plus facile que le chemin emprunté au Cotopaxi. Ça grimpe doucement en larges boucles et la poussière volcanique ne bille pas sous nos pas. De plus, comme il n'y a pas de vent, nous progressons plus aisément et sans être transpercés par le froid.

Nous atteignons bientôt les tombes de malchanceux montagnards qui, comme Lionel Terray, n'ont pas survécu à leurs tentatives de conquête de l'inutile mais ont au moins pleinement vécu leur passion.

Je ne suis pas assez téméraire pour finir comme eux, enfin j'espère...

Ça va toi ? Pas de nausées ? Pas de maux de têtes ? Pas de sensations inhabituelles ? Continuons...

Pour la vue, la randonnée risque d'être un peu ratée. Mais, comme les addicts des machines à sous, les enchaînés à la cigarette, les grignoteurs compulsifs, un pas après l'autre, nous persévérons.

Allez, encore un petit effort, nous sommes presque arrivés ! Tu te sens toujours bien ?

On va jusqu'à la lagune ?

Nous apercevons alors la silhouette d'une jeune fille épuisée.

Je n'arrive plus à respirer, chaque pas me pèse, je redescends !

Nous lui signalons que, d'après notre suivi gps, nous ne sommes qu'à quelques enjambées du lac, qu'il devrait être là, juste derrière la petite butte.

Revigorée par notre présence, à moins que cela ne soit celle du jeune colombien rencontré un peu plus bas..., elle décide de nous accompagner.

Et nous voilà maintenant à 5 100 mètres.

4 petites silhouettes perdues dans le blanc, puis 2 qui se rapprochent de plus en plus...Laissons les...

Mon compagnon commence à ressentir les effets de l'altitude, nous décidons sagement de ne pas poursuivre plus avant.

La brume se dissipe au fur et à mesure que nous nous redescendons.

Nous retrouvons rapidement la voiture, la piste puis le goudron.

J'ai faim, moi ! On trouve un bel endroit pour pique niquer ?

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Nous avons regagné la route principale et pris la direction opposée à celle du lodge. Un petite piste, un rayon de soleil, une vue sur le volcan embrumé, un sandwich au fromage, quelques bananes aussi naines que parfumées.

Après cette pause revigorante, nous reprenons le goudron en direction de Salinas de Guaranda à quarante kilomètres de là. Le guide nous promet de magnifiques vues, nous verrons bien...

Ben, c'est tout vu, il pleut dès que nous passons sous les 3 700 mètres ! Pas un petit crachin normand ou breton - je ne voudrais vexer personne- mais des seaux ! Je vois à peine la route ce qui n'est pas bien pratique vu les tournants...

Le village est juste à la limite pluie-temps sec à défaut d'être bleu. Les environs sont bouchés, la grisaille ne donne pas envie d'en découvrir plus. Je crains que nous n'ayons roulé pour rien...

Nous décidons donc de rentrer au lodge.

Problème, il faut reprendre la même route sous les trombes d'eau ou tenter un raccourci par une piste dont je ne connais pas l'état... La piste gagne, nous allons voir ce que la Hyundai a dans le ventre !

Nous grimpons, nous grimpons, le temps s'éclaircit. Voilà même qu'on entrevoit le volcan.

La gravel se révèle tout à fait carrossable et traverse une jolie campagne. Le tourisme balbutie en ces lieux qui pourtant s'avèreront une superbe surprise.


Quelques villages rompent la monotonie des déclinaisons de vert et d'ocre. Quelques animaux profitent des goûteuses prairies.

Un col à franchir, une descente en lacets et se dessine le ruban de bitume qui nous ramènera au logis.

Un bol de soupe, une bonne douche chaude et au lit !

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Ce n'est pas aujourd'hui que je vais sortir la mini jupe mais je reste optimiste pour les lunettes de soleil...

Pleins d'espoir, nous sirotons notre café. Allez, petit nuage, décale toi un peu à droite !

Le ciel semble farceur en Amérique Latine car une tartine plus tard, rideau le Chimborazo...

Têtus, nous décidons tout de même de tenter d'apercevoir enfin le cône enneigé en passant au dessus de la couverture nuageuse. Quelques kilomètres de bitume engloutis, quelques centaines de mètres plus haut, le pari n'est pas tout à fait gagné.

Mais, le spectacle du cache cache des nuées avec les flancs du volcan n'en reste pas moins magique.

Nous faisons maintenant nos adieux à la neige et aux vigognes et prenons la direction du sud !

10

L'autoroute n'est pas encore construite ni même ne semble en projet. C'est donc une campagne plutôt tranquille que nous traversons.

Nous arrivons bientôt à la fameuse bourgade d'Alausi qui semble l'étape idéale pour se dégourdir un peu les jambes.

C'est d'ici que part le très touristique petit train des Andes.

La promenade dans le village n'est pas sans charme grâce à la petite fête organisée en notre honneur.

Quoi ??? Ce n'est pour nous souhaiter la bienvenue ce défilé ? Ce bal ? Cette collection de chapeaux ?

Nous arrivons péniblement à nous extraire du village en liesse et filons vers Cuenca où je vous retrouverais dans quelques temps....

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Nous trouvons facilement notre hôtel, l'employé de Nazcar chargé de venir récupérer le véhicule aussi.Pas de rayures, pas de bosses, pas d'éclats au pare brise, juste un nettoyage à payer. 10 dollars et une paire de clés changent donc de mains, nous voilà désormais piétons.

La vie nocturne de Cuenca s'offre alors à nous. Un bon dîner et au lit !

Demain, visite de la ville au programme...

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Nous passons tout d'abord devant un marché couvert où nous décidons d'entrer. 3 niveaux, tout ce qu'il faut pour préparer un repas mais aussi quelques stands pour étancher sa soif ou une petite faim. Je vous laisse déambuler parmi les étals et vous rejoins à la sortie !

L'ambiance est décontractée, il n'y a aucun touriste et les photographes sont les bienvenus ce qui n'est pas le cas partout en Amérique Latine. Malgré une présentation qui ferait pâlir d'effroi un inspecteur des services d'hygiène, l'odeur au rayon viande comme poisson reste raisonnable tandis qu'on ne sait plus où donner de la narine à celui des fruits et légumes.

Un autre style de marché nous attend un peu plus loin. Si les premiers stands ne sont pas sans rapport avec les alléchantes victuailles précédemment admirées, d'autres me laissent nettement dubitative...

J'hésite entre le berger allemand et l'homme araignée. Vous pouvez me conseiller ?

L'homme araignée coûtait trop cher, le berger allemand ne rentrait pas dans la valise, je repars donc les mains vides à travers les rues de la ville.

Nous longeons bientôt un parc qui abrite les maigres vestiges du Cuenca inca mais aussi une triste volière.

Les lamas sont heureusement mieux traités et gambadent librement dans la verdure.

En contrebas, une longue piste cyclable plutôt fréquentée longe agréablement les rives du rio Tomebamba. Nous la suivons quelques temps avant de nous enfoncer dans les rues, places et venelles du quartier colonial.

Une belle demeure vient d'être restaurée et ouvre largement ses portes aux visiteurs.

On ne vivait pas si mal au début du siècle dernier à Cuenca. Enfin, une petite partie de la population...

Nous pénétrons ensuite dans un magasin de chapeaux, les fameux panamas dont l'origine n'a rien à voir avec le nom, Panama n'étant qu'une halte commerciale de ce couvre chef entre l'Equateur et le reste du monde... Très touristique, mais toujours intéressant de découvrir un peu l'envers du décor.

Les estomacs commencent maintenant à crier famine. Si nous dégustions une spécialité locale ?

Euhhh...Sans moi !

Je vais plutôt goûter ce petit gâteau à la farine de maïs et aux raisins secs, le quimbolito. Pas mauvais mais un peu pâteux et surtout destiné aux grosses faims.

Avantage, aucun risque de finir sur cette chaise en croquant dedans...

Notre déambulation post déjeuner nous entraîne dans le coeur colonial de la ville, coeur actuellement en plein travaux. Cuenca se montrera sous son meilleur jour aux visiteurs de demain. Reste l'imagination pour ceux d'aujourd'hui...

Le ripolinage semble terminé par ici. Et en plus, ça sent bon !

Une messe débute alors dans la cathédrale, l'animation urbaine décline. Nous nous posons sur un banc de cet agréable petit square et observons le manège de quelques dealers de glace...

Je vous laisse deviner où ces affreux personnages se cachent sur les photos. L'un n'est pas très discret avec sa glacière bleue et coule sa boutique en dégustant son fond de commerce. L'autre s'avèrera beaucoup mieux placé à l'heure de sortie de l'office.

Les clients en manque dévalent maintenant les marches du perron de l'église et se précipitent sur leur fournisseur favori. Enfin, sur le fournisseur le plus proche...

Infidèles, gourmands, ça ne m'étonne plus que les équatoriens passent leur temps à se confesser !

Nous ne cautionnerons pas une minute de plus cette orgie et partons nous réfugier dans le musée le plus proche, l'ancienne cathédrale de la ville à présent désacralisée.

Je me mets quelques instants dans la peau d'un Jean-Paul, d'un Benoît ou d'un François, avant que de moi-même succomber à la tentation...

Un petit tour à la gare routière pour connaître les horaires des bus pour le parc national Cajas mais aussi ceux pour Guayaquil, quelques courses pour le pique-nique du lendemain, un peu de repos et il est déjà l'heure de dîner.

Ce soir, nous faisons confiance aux adresses du guide et tombons dans un repaire international de voyageurs. La truite n'est pas mauvaise mais on pourrait se croire dans un aéroport. Ça braille en français, en allemand, en anglais.Certains ont adopté une tenue qu'ils pensent locale mais qui se révèle plutôt un gloubi boulga baba écolo cheap. D'autres, valises aux pieds, squattent les lieux en attendant l'heure du départ vers leur prochaine destination. Economes mais pas très futés, ils se partagent un coca ou une bière facturés ici trois fois plus cher qu'ailleurs...

Le spectacle est rigolo un temps mais nous retrouvons avec joie les rues de Cuenca puis notre lit.

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Nous n'attendons plus que le chauffeur pour partir à l'assaut des sentiers du parc Cajas dont l'une des entrées se situe à une petite heure de bus de Cuenca.

Quelques épingles à cheveux plus tard, nous voilà de nouveau à 4 000 mètres d'altitude au milieu des lacs et des montagnes.

Nous nous inscrivons auprès du bureau du parc et l'employée nous renseigne sur les randonnées à notre portée. Nous choisissons de faire d'abord le tour du lac situé en contrebas puis de prendre le sentier qui nous ramènera au goudron quelques centaines de mètres plus bas.

La végétation hésite entre toundra, forêts,

Cactus et bouquets fleuris.

Les rares personnes présentes au départ se sont maintenant éparpillées dans les quelques 28500 hectares de verdure et d'eau. Nous sommes donc seuls sous un beau ciel bleu avec la crête des montagnes pour unique et magistral horizon.

La marche est plutôt aisée et suit le fil des ruisseaux et des lagunes.

Echelles, escaliers, pontons, tout est prévu pour contourner l'obstacle. Le promeneur pourrait quasi évoluer les yeux fermés mais quel dommage...

Une petite faim, un arrêt pique nique, nous progressons.

Les lacs continuent à se succéder et toujours pas âme qui vive.


Les prémices de la civilisation se devinent alors en fond de vallée, plus que quelques enjambées avant le goudron!

Il ne nous reste plus qu'à attendre que passe le bus du retour!

11

Une dernière soirée à Cuenca et adieu l'Altiplano ! Nous quittons définitivement les sommets pour nous (re)poser au bord du Pacifique.

La journée sera longue : un premier bus pour Guayaquil, un peu d'attente dans l'immense gare routière de cette ville -l'aéroport s'avèrera lilliputien à côté-, un second bus pour Puerto Lopez et, en bout de course, quelques kilomètres dans un dernier moyen de transport qui ne sera pas sans me rappeler l'Inde ou la Thaïlande...

L'ambiance a complètement changé : une végétation luxuriante, une douceur de l'air mais aussi des villages assez déglingués et plutôt sales.

J'ouvre mon guide : Puerto Lopez, un petit village de pêcheurs aussi tranquille que poussiéreux.

Pour la poussière, je pourrais être d'accord dès qu'on s'éloigne du tout nouveau mais inachevé Malecon mais pour la tranquillité, je ne dois pas avoir la même définition de ce concept...

Les bars ont poussé comme des champignons sur le front de mer et cherchent désespérément à attirer le chaland en poussant à fond la sono. Notre logement est heureusement situé à l'autre bout de la promenade mais malheureusement tellement à l'écart que son emplacement attire amoureux et fêtards désireux de s'isoler aux petites heures de la nuit...

C'est bien dommage car la vue est absolument superbe même par temps gris.

Il ne me reste donc qu'à prendre un somnifère puissant pour bien dormir, un grand verre de caïpirinha ! Peut-être deux, d'ailleurs, je ne m'en souviens plus...

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Aujourd'hui, notre activité principale sera de ne rien faire ou si peu... Un petit tour dans une agence pour réserver l'excursion phare des lieux, un combiné baleines- Isla de la Plata, et un grand tour sur la plage dont la grève semble plus réservée aux pêcheurs qu'aux baigneurs.

L'économie de Puerto Lopez ne semble pas dépendre que du tourisme et tout un petit monde gravite autour des bateaux.

Qui dit poisson, dit citron. Vous avez déjà cuisiné du ceviche, vous, sans un trait de lime ???

Et qui dit animation, dit petite soif...

Une partie de la production s'essaimera dans tout le pays, alors qu'une autre finira dans l'assiette des gens du cru ou des touristes.

L'heure du rush est maintenant passée. Les petits vendeurs se replient, les camions chargés jusqu'à la gueule démarrent. Une autre journée commence pour les pacifiques marins, il faut reprendre les filets.

De la pêche au péché, il n'y a qu'un ban de sable à franchir...

Ce soir, peut-être ?

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Cette nouvelle journée débute sous un ciel toujours aussi maussade et gris. L'été est en effet la saison de la garúa, une bruine persistante qui cède rarement la place au bleu.

J'enfile tout de même le maillot de bain et glisse une serviette et de la crème solaire dans mon sac. J'ajoute un gilet et un kway pour faire bonne mesure...

Nous rejoignons alors le point de rendez vous fixé la veille. Un premier bateau part, un second le suit. C'est à nous !

Nous filons sur les eaux, ça ballotte un peu, beaucoup, quelques teints verdissent. Le guide, le pilote et les biens portants fixent l'horizon à la recherche du cétacé géant.

Nous croiserons le chemin de la baleine à multiple reprise mais aucune ne daignera nous offrir le spectacle impressionnant de ses sauts.

La silhouette de l'île se découpe maintenant à l'horizon. Des tortues et une multitude de crabes rouges nous souhaitent la bienvenue, quelques pélicans cherchent à voler la vedette à la star des lieux, le fou à pieds bleus.

Les groupes débarquent et s'essaiment bientôt sur les sentiers de l'île, espérant apercevoir l'oiseau mythique. Croisons les doigts !

Nous nous apercevrons rapidement qu'il faut être aveugle pour repartir bredouille...

Monsieur et Madame se font la cour, puis attendent patiemment et de conserve, un heureux évènement.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le résultat de cette union n'est pas très choucard. Après, les parents ne le sont guère non plus...

La randonnée s'achève sur une falaise inhospitalière.

Puis, après un déjeuner, une heure de snorkeling dans une eau bien fraîche, et quelques nouvelles furtives rencontres,

Nous regagnons le continent.

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L'antépénultième réveil de ce voyage n'interrompt pas la longue nuit entamée depuis quelques jours par l'étoile censée illuminer et réchauffer notre quotidien. C'est donc toujours dans la grisaille que le bus nous dépose à l'entrée du Parque Nacional Machalilla.

Nous décidons tout de même de tenter la randonnée qui, de plages en plages, nous amènera à la plus belle de toutes, Los Frailes.

L'absence de soleil n'a pas que des désavantages. Malgré une marche d'un bon pas, nous avons presque frais... Et surtout, il n'y a quasi personne !

Je vous laisse chercher et compter les baigneurs.

Nous finissons par trouver un petit coin de sable libre pour étaler notre serviette. Qui restera aussi sèche que nos maillots !

Je vous laisse découvrir ici les lieux à la belle saison. Pas mal, non ?

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Je vous ai présenté les spécialités touristiques des lieux, je vous invite maintenant à en découvrir les merveilles culinaires : le fameux ceviche et les surprenantes patacones, chips de banane plantain, en version colombienne accompagnées de crevettes dans cette assiette.

Bon appétit !

12

Nous quittons le Pacifique en matinée pour retrouver le réjouissant espace offert par une cabine de bus. Heureusement les fenêtres latérales seront pour une fois larges et propres et nous pourrons profiter un peu du paysage défilant à nos côtés... L'engin nous dépose quelques heures plus tard à la gare routière de Guayaquil où, pour une poignée de dollars, un chauffeur de taxi se fera un plaisir de nous conduire à notre hôtel, le Continental.

Nous ne sommes maintenant qu'à quelques pas du coeur de l'action de la ville, la promenade aménagée le long du rio Guayas.

Le Malecon est protégé par de larges grilles et surveillé comme le lait sur le feu.On y déambule ainsi paisiblement entre fleuve et attractions.

Nous nous apercevrons rapidement que tous ces murs et ces agents de sécurité ne sont plus là pour accomplir leur mission originelle, la ville n'ayant pas bonne presse autrefois, mais plutôt pour empêcher la concurrence déloyale des petits vendeurs à la sauvette qui, avec leurs tarifs cassés, font de l'ombre aux grands noms de la restauration ayant payé leur obole pour s'installer ici...

La chasse aux pommes d'amour, aux bouteilles d'eau, aux chips et aux petits souvenirs est donc impitoyable. A peine un marchand ambulant fait-il le mur avec sa cargaison que le promeneur voit déferler sur lui les garants de la société de consommation prévenus d'un coup de caméra et d'oreillette.Quelques billets changent alors de mains et l'homme poursuit son chemin. D'autres seront reconduits à la porte et retenterons l'aventure dix mètres plus loin.

Nous observons un moment ce manège, cet éternel jeu du chat et de la souris puis regagnons le centre ville,

Jusqu'au petit square justement nommé parque de las iguanas, iguanes qui ne semblent guère troublés par toute l'attention dont ils sont l'objet...

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Le voyage touche à sa fin. Dans quelques heures, l'avion décollera pour nous ramener à la maison.Nous occupons nos derniers instants en une ultime promenade urbaine.

Dis, Agnès, toi qui cherches une voiture, que penses-tu de celle-ci ?

J'sais pas, j'hésite...

Réfléchissons en grimpant en haut de la colline où s'accroche le plus ancien quartier de la ville, Las Peñas. Les ruelles ont été rénovées, la plupart des maisons toilettées.

Le rapport avec la réalité du passé reste assez lointain mais la balade est très agréable.

Une dernière volée de marches et s'ouvre devant nous un panorama à 360 degrés sur la ville.

Nous engloutissons maintenant nos derniers dollars et notre dernier ceviche, au crabe, un véritable délice !

Pas comme les plateaux repas de KLM...

Une ultime descente et se dessine un paysage familier, d'autres volcans, plus paisibles ceux là...

Bon retour à Clermont-Ferrand !