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Prof l'année - Voyageur dès que possible. J'essaye à travers ces carnets de transcrire les différentes facettes rencontrées lors de mes escapades.

La Patagonie - Le Sud du Sud

Boucle de 2 semaines en fin d'hiver austral pour découvrir les plaines, les lacs et les sommets de la région la plus au sud du monde. Paysages magiques et rafales de vent glaciales seront au programme
Septembre 2017
17 jours
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Après quelques jours passés sur l'île de Pâques, il est temps de s'envoler pour le "Grand Sud". La Patagonie est la région habitée la plus australe de la planète à cheval sur l'Argentine et le Chili, les deux pays étant d'ailleurs délimités naturellement par la Cordillère des Andes. Cependant les frontières ne sont toujours pas définitivement établies entre les deux pays. Ici on trouve plusieurs types de paysages : montagnes, glaciers, volcans, îles, archipels, pampas, forêts etc... On trouve en tout 8 régions administratives qui la composent ( 3 chiliennes et 5 argentines). Je suis seulement allé dans la province de " Magallanes et de l'Antarctique chilien" coté Chili et dans la partie Argentine dans les provinces de "Santa Cruz" et " Terre de Feu".

La Patagonie en quelques chiffres :

  • Superficie : 1 140 532 km2 dont 786 983 km² en Argentine et 353 549 km² au Chili
  • Population : 4 296 239 habitants
  • Densité : 3,8 h/km²
  • Villes principales : Punta Arenas, Ushuaia, Neuquén, Rio Gallegos, Puerto Natales
  • Point culminant : Volcan Domuyo (4 709 m)
  • Langue(s) : Espagnol
  • Première découverte par un Européen : Fernand de Magellan en 1520
  • Principales économies : élevage de bovins, pétrole, gaz naturel, pêche, tourisme

Les premiers habitants arrivèrent dans la région de la Terre de Feu il y a environ 10 000 ans, une époque où la Terre de Feu n'était pas encore une île. Il y avait quatre principales ethnies : les Selknams, les Yamanas, les Alakalufs et les Haush.

C'est Magellan qui découvrit en 1520 la région mais la colonisation ne commença vraiment que dans la seconde moitié du XIX ème siècle. Les maladies importées par les colons comme la variole ou la tuberculose ainsi que les persécutions aboutiront à la quasi extinction des peuples indigènes. Leur population était estimée à environ 12 000 avant la colonisation mais chuta pour atteindre 250 en 1920.

Ces peuples qui avaient un mode de vie très primitif, similaire à l'âge de pierre, se nourrissaient grâce à la chasse et à la cueillette. Ils se protégeaient du froid grâce aux peaux des guanacos tués et vivaient comme des nomades en construisant des cabanes toutes simples sur lesquelles de la fourrure était posée pour s'isoler du froid. Ils ne rivalisèrent pas au choc culturel engendré par la colonisation et ne purent résister très longtemps face à "l'Homme blanc".

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Pour commencer ce périple, je dois prendre un vol au départ de Santiago pour Punta Arenas, qui est la porte d'entrée aérienne de la Patagonie et principale ville de la région .

Je passe la nuit à dormir sur un banc d'aéroport en compagnie d'une vingtaine de personnes. Les places sont chères car étonnamment l'aéroport de Santiago n'est pas très étendu. Vers 3 heures du matin, et ayant très mal dormi, je me dirige vers la zone d'enregistrement et la première bonne nouvelle de la journée me parvient : je suis introuvable sur la liste d'enregistrement ! Un bon quart d'heure après, l'employé arrive enfin à imprimer mes billets. Je passe la sécurité et en me rhabillant j'arrive à exploser ma ceinture. Me voilà donc en quête d'une nouvelle, mais 35 € la pauvre ceinture ça me fait quand même mal. J'hésite mais l'idée de trimbaler mon gros sac à dos dans une région froide et venteuse avec un pantalon ayant tendance à tomber, merci la gravité, ne me plaît pas tant que ça alors... Retour pour une quarantaine de minutes sur un nouveau banc spacieux et j'arrive enfin à finir ma nuit. Le luxe !

Il faut environ 3 heures de vol pour rejoindre Punta Arenas. Malgré la pénombre et grâce à la lune et à une altitude peu élevée, j'arrive à voir les sommets enneigés des Andes que l'on longe parfaitement.

Malgré ce qui avait été annoncé, l’atterrissage se passe très bien, l'avion n'est même pas secoué. En sortant de l'aéroport, la première chose à faire est de trouver un moyen de transport pour rallier Puerto Natales situé à environ 250 kilomètres au Nord. De cette ville je devrais prendre un autre bus pour aller jusqu'à El Calafate en Argentine, située à 5 heures de route. Des bus font la liaison plusieurs fois par jour entre les deux villes chiliennes mais j'ai loupé le passage à 10 minutes près. Il faut donc attendre une bonne heure pour voir le bus arriver. Le tarif est correct car il faut savoir que dans cette région la vie est plutôt chère. Avec le bus, les premiers paysages de pampa apparaissent ainsi que les premiers sommets andins .

J'avais lu sur Internet qu'il y avait un départ pour El Calafate à 13h et comme il est 12h50 lorsque le bus arrive, je me précipite au guichet de la petite gare routière pour acheter un billet, oubliant au passage de récupérer mon sac en soute. Et là c'est la douche froide... Il n'y a qu'un départ tous les deux jours à 7h30 du matin pour cette destination. On m'explique également que le site de la compagnie n'a pas été mis à jour, et que par conséquent, j'ai consulté les horaires pour l'été dernier. C'est vrai que c'est compliqué et surfait de mettre à jour un site web...

Je me retrouve dans une ville où je n'avais pas prévu de rester avant plusieurs jours et je me lance à la recherche d'une auberge pour passer la nuit. C'est à ce moment précis que je vois mon sac par terre au milieu des autres bus qui chargent ou déchargent les passagers. Rien ne manque cependant à l'appel et c'est avec mon billet en poche pour le lendemain matin que je sors de la gare en direction du centre ville.

Je fais plusieurs établissements mais ils sont complets ou alors bien trop chers pour mon budget d'une nuit. Je finis par arriver devant une maison où la propriétaire des lieux me fait comprendre que c'est en réalité une auberge et me propose une chambre complète pour 10 €. Je suis bien placé, pas très loin du bord du fjord et du centre ville. Je vais dans un premier temps me renseigner pour savoir si des excursions sur le fjord sont possibles mais vu qu'il est déjà tard et que le temps ne le permet pas, la seule disponible est annulée. Je fais donc un rapide tour de la ville, petite ville champignon, pittoresque et très colorée mais avec peu de monde dans les rues.

Le lendemain, départ donc à 7h du matin aux premières lueurs du jour. Nous ne sommes qu'une dizaine dans tout le bus et il est donc possible de s’étendre de tout son long sur les banquettes. Cela signifie également que le passage de la frontière va être écourté. Avant d'y parvenir, on longe les eaux du fjord et les sommets enneigés jusqu'à arriver à une route barrée. Quelques minutes plus tard, la frontière est derrière nous et le bus se lance pour deux bonnes heures de route sur des pistes en terre où la vitesse ne peut dépasser les 70km/h. Il faut plus de 5 heures pour faire les 270 km séparant les deux villes... C'est avec mes écouteurs vissés sur les oreilles que je m'occupe pour passer le temps à regarder par la fenêtre les troupeaux sauvages de guanacos présents le long de la route.

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J'arrive à El Calafate vers 13h avec une journée de retard donc. Ayant un vol le lendemain matin pour Ushuaïa, je n'ai que l'après midi pour trouver un moyen de me rendre à l'une des attractions les plus célèbres de la Patagonie et même de l'Argentine : le glacier Perito Moreno. Je vais directement au guichet de la gare routière pour me renseigner sur les transports pour y accéder. Le glacier est à 80 km à l'ouest de la ville et il faut environ une heure en bus pour s'y rendre. Malheureusement, encore une fois, il n'y a des départs que dans la matinée. C'est bien simple, en haute saison, il y a des départs le matin, l'après-midi et le soir alors qu'en basse saison les gares routières n'ont plus d'activités passé midi et demie...

Je n'ai pas le choix, il faut que je loue une voiture pour l'après-midi. Aucune des trois premières agences de location n'a de voiture disponible. Je tente ma chance dans une dernière : il y a une voiture de disponible mais .... il faut que je la ramène dans 5h, donc pour le soir même à 19h. J'accepte mais le loueur me signale que c'est une voiture de luxe et que je dois payer la location pour 24h, soit environ 140 €. Je refuse et essaye de marchander mais la seule réponse que j'obtiens est d'être mis à la porte. Je suis dépité et décide d'aller à ma chambre, peut-être que mon hôte pourra me proposer une solution à laquelle je n'ai pas pensé.

J'avais initialement réservé deux nuits, via une plateforme sur Internet, dans un gîte mais en arrivant le patron me dit que comme je ne m'étais pas présenté la nuit dernière et que je l'avais prévenu, il a annulé la réservation en totalité et ne me compte seulement cette nuit. Vu sa gentillesse, j'en profite pour lui demander s'il ne connaît pas une solution pour aller jusqu'au glacier. Il m'indique une petite cabane en bois qui fait office de station de taxi. J'y vais rapidement et me met d'accord avec l'unique chauffeur du lieu pour qu'il m'emmène le reste de l'après midi pour la modique somme de 40 €. Ouf ça y est, après avoir douté fortement, je vais enfin voir le monstre glacé !

Avant d'arriver à l'entrée du Parc National Los Glaciares, il faut longer pendant de longs kilomètres le Lago Argentino. C'est le plus grand lac de la région et c'est d'ailleurs dans une branche de celui-ci que se déverse le glacier. Sur la route nous croisons très peu de voitures. Il faut dire que la densité de population dans le coin flirte avec celle de la Mongolie. Pendant le trajet, j'en profite pour faire plus ample connaissance avec mon chauffeur. Ce dernier vient d'une province désertique du nord de l'Argentine et est venu là pour profiter du calme et du cadre qu'offre la région. Il est également officiellement retraité mais me confie que rester seul chez lui avec sa femme, qui est apparemment toujours sur son dos, l'insupporte alors il préfère conduire.

On arrive à l'entrée du parc où plusieurs tarifs sont proposés. Pour les locaux seul le prix du véhicule est compté mais ils peuvent aller autant de fois qu'ils le souhaitent dans le parc car l'entrée leur est offerte. Pour le touriste non argentin, il faudra débourser environ 20 € pour pouvoir continuer dans le parc. Tout le long de la route sont installés des miradors et c'est à partir de l'un d'eux que j'aperçois enfin le glacier. Même de loin il impressionne par sa taille. Je suis apparemment chanceux selon les dires du chauffeur car des journées avec un ciel bleu sans nuage comme celle-ci à cette période de l'année, se comptent sur les doigts d'une main.

Vue depuis les miradors 

Après une dizaine de kilomètres, nous arrivons sur un parking quasiment désert. Bonne nouvelle donc, le site ne sera pas surchargé en touristes. Moins bonne nouvelle pour moi, le seul restaurant/snack sur le parking n'est pas ouvert pour la même raison et je crève de faim car je n'ai pas pris le temps de manger depuis mon départ matinal. Avant de partir, le chauffeur me dit de surtout prendre mon temps et d'en profiter sans me soucier de lui car il a la radio et le journal et qu'il pourrait même passer la nuit à s'occuper juste avec ça.

Depuis les hauteurs, on aperçoit tout un réseau de passerelles partant des deux côtés du glacier et longeant celui-ci. Le glacier apparaît par intermittence entre les arbres. Il y a cinq parcours proposés, j'en ferai quatre mais je laisserai tomber une partie de celui qui part vers le bas sur la gauche. Je me trouve encore assez loin mais je peux constater la hauteur du front glaciaire. Ce n'est pas évident à remarquer sur les photos mais pour une fois j'avoue être très content qu'il y ait des personnes sur l'une d'elles pour que l'on puisse vraiment se rendre compte de sa hauteur.

Ce glacier, comme 47 autres, est alimenté par le champ de glace du Sud de la Patagonie qui est la 3ème calotte glacière en taille au monde, avec une superficie de près de 17 000 km², après celle de l'Antarctique et du Groenland . Le Perito Moreno fait quant à lui "seulement" 250 km² pour une longueur de 30 km. C'est l'un des rares glaciers au monde à ne pas être en recul car ce dernier avance rapidement, gagnant parfois jusqu'à deux mètres par jour. Lorsque le front arrive au niveau de la rive, il va former un barrage naturel entre le Lago Argentino et l'un de ses bras, entraînant ainsi une augmentation du niveau de l'eau dans ce dernier d'environ 30 mètres. L'eau va alors entailler le glacier et va se frayer un passage créant une arche qui va finir par se rompre en même temps que le front du glacier. C'est un phénomène cyclique et la dernière fois qu'il s'est produit c'était en 2016. Mais il y a encore de la marge avant que le phénomène ne se reproduise à nouveau.

Le front du glacier fait approximativement 5 000 mètres de longueur, sa hauteur maximale est de 160 mètres dont 74 mètres émergés, le reste se trouvant sous les eaux du lago Argentino. Cependant à certains endroits plus en amont, son épaisseur peut atteindre 700 mètres.

De temps en temps, j'entends un bruit très sourd. Il s'agit en réalité du vêlage du glacier. De gros blocs de glace tombent dans le lac et vont former des icebergs. Il est possible d'effectuer une croisière pour s’approcher au plus près du front du glacier mais également de faire une randonnée avec des guides sur le glacier avec des crampons. Selon le chauffeur c'est une superbe expérience mais qui se solde souvent par des fractures pour les gens insuffisamment préparés. De toute façon en Septembre, ni l'un ni l'autre n'était proposé alors je n'ai pas de regrets à avoir. Ceci dit, cela m' importe peu vu que même assis devant, je reste subjugué par les différentes teintes de bleu, et pas seulement celles sur la glace mais l'ensemble avec le ciel et la couleur de l'eau. C'est aussi ça la Patagonie, se faire une déchirure à la pupille à cause de paysages féeriques comme celui-là. On est plusieurs sur les passerelles mais personne n'ose parler, nous sommes trop occupés à regarder le glacier pour le graver dans nos mémoires mais aussi à attendre qu'un bloc de glace se détache et atterrisse dans l'eau avec fracas.

Je finis mon tour sur les passerelles et voit quelques icebergs flottant sur le chemin du retour. Ces icebergs peuvent se retrouver dans la totalité du lac à des dizaines de kilomètres de leur lieu d'origine. Il est temps de rentrer. Après avoir passé plus de deux heures à contempler de la glace, je ne me suis même pas rendu compte du temps passé ici, et malgré toutes les galères pour y parvenir ainsi que la température flirtant avec le 0°C, je ne regrette en rien toutes ces conditions pour pouvoir admirer ce lieu unique. Toutes les bonnes choses ont une fin et je rentre me poser dans ma chambre pour attaquer la prochaine étape du voyage : la mythique ville d'Ushuaïa.

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Ici l'atterrissage est mouvementé, t'es à 900 km de l'Antarctique et à 13 000 km de la France, il fait froid, il vente énormément , on ne fabrique pas de savon et surtout on aime pas les anglais. Bref, c'est ça Ushuaïa.

Certes c'est un peu cliché de le dire de cette façon mais c'est quand même la vérité. Pour le découvrir j'ai pris un vol matinal d'El Calafate, certainement l'un des plus petits aéroports où je suis allé, pour rallier Ushuaïa avec une bonne heure et demie de vol au programme. J'aurais pu voyager en bus mais ce dernier met pratiquement vingt heures avec un double passage de frontière avec le Chili et la traversée en "ferry" du détroit de Magellan. Le choix a donc été facile à faire vu que je n'avais pas une envie débordante de perdre une journée entière à rouler dans un bus.

La piste de décollage étant parallèle à la rive du Lago Argentino, la vue pendant le décollage est tout simplement splendide, notamment lorsque l'on survole le Rio Santa Cruz avec ses méandres d'un bleu turquoise. Ce fut d'ailleurs un des plus beau vol au niveau des paysage que j'ai pu faire jusqu'à présent.

L'arrivée sur Ushuaïa est elle aussi autant majestueuse qu'impressionnante. On survole les montagnes enneigées jusqu'à arriver au dessus du canal de Beagle. A partir du moment où la descente est amorcée, l'avion est progressivement secoué par les turbulences. Lorsque que je regarde par le hublot, j'aperçois l'aéroport se trouvant juste en face de moi. Problème ! Etant donné que nous allons dans le mauvais sens, cela signifie qu'il va falloir faire un 180 ° à basse altitude au dessus du relief et de l'eau, le tout en étant assez durement secoué. Je n'ai jamais vraiment eu peur en avion mais je dois avouer que cet atterrissage a été quand même légèrement stressant - sentiment partagé par la majorité des passagers vu le silence de cathédrale qu'il régnait à ce moment là. Bref, après cette expérience fort sympathique, je débarque et pose le pied dans la ville du bout du monde (terme que je vais lire et entendre un très grand nombre de fois).

La vue depuis l'aéroport est saisissante, la ville est littéralement construite à flanc des Andes Fuégiennes. Elle est assez étirée mais pas très large car les pentes plongent directement dans les eaux du canal. Elle ne compte que 60 000 habitants, mais c'est la ville la plus importante de la province. Je prends un taxi pour me rendre directement à mon logement, une chambre dans une maisonnette sur les hauteurs de la ville avec en prime une vue sur les montagnes et le canal. Le cadre est idyllique mais ici les nuages sont omniprésents et le vent est toujours important, ce qui peut avoir comme conséquence une instabilité climatique. Ici il n'est pas rare qu'en un quart d'heure la météo change du tout au tout.

Je me dirige directement vers l'office du tourisme pour avoir des renseignements sur les différentes activités à faire au départ de la ville. C'est également aussi ici que l'on peut faire tamponner son passeport gratuitement. La première après midi sera consacrée à la découverte de la ville même, le lendemain ce sera une croisière sur le canal et le dernier jour sera l'occasion d'aller explorer en randonnant le Parc national de la Terre de Feu.

En se baladant, la première chose qui saute aux yeux est l'épisode très douloureux pour les argentins de la perte des Malouines. Les Malouines c'est un bout de caillou peuplé de 3000 habitants situé au large des côtes argentines dans l'Atlantique Sud. L'Argentique contestant la souveraineté britannique sur les îles lança ses troupes en 1982 dans le but de les conquérir. S'en suivit une guerre d'environ deux mois se soldant par la victoire britannique. Depuis des revendications ou des slogans anti-britannique ont fait leur apparition sur le territoire argentin et même sur certains billets de banque.

Ushuaïa n'est pas une belle ville. C'est juste un carrefour touristique important notamment pour les départs des croisières vers l'Antarctique et les îles de l'Atlantique Sud ou pour les gens qui veulent faire un tour dans la ville la plus australe de la planète (dont je fais partie). C'est également une ville portuaire très importante ce qui ne l'a rend pas, d'un point de vue esthétique ou architecturale, vraiment agréable. Néanmoins, elle reste assez atypique et en marchant dans le centre, on s'aperçoit que la modernité et les bâtiments plus anciens s'accordent plutôt bien.

Le véritable point fort de la ville c'est la promenade le long du port et du canal, là où le cadre environnant prend le dessus sur la ville. Bon il faut relativiser parce que sur les trois jours, je n'ai vraiment réussi à profiter qu'une seule fois de cette promenade, à cause du vent qui compliquait un peu les déplacements à pied. Dans le port se trouve l'épave du St Christopher qui a notamment appartenu à l'US Navy puis à la Royal Navy avant d'être cédé à un promoteur argentin. Lors d'une opération de remorquage, il s'échoua et plutôt que d'essayer de le sortir de ce mauvais pas, il fut décidé de l'abandonner. Maintenant c'est une attraction touristique pour les curieux. C'est également le long du port que se situe le célèbre panneau indiquant que l'on se trouve au bout du monde.

Je m'aperçois que je n'ai pas beaucoup écrit sur la ville elle-même mais je ne vois pas quoi ajouter d'autre. Je dirai juste que si l'occasion se présente, il ne faut pas hésiter à y aller mais pas au détriment d'autres destinations dans son voyage. Malgré ce que j'ai pu dire, je n'ai pourtant pas vraiment de regrets à m'être aventurer jusqu'ici notamment à cause de l'atmosphère qui s'en dégage - j'arbore toujours fièrement mon t-shirt Hard Rock Café acheté ici - mais après coup je pense qu'être resté trois jours ici, et de ce fait, de ne pas avoir eu le temps d'aller à El Chalten et randonner autour du Fitz Roy à la place, a été une belle erreur.

Le côté "Je prends le touriste pour un pigeon" m'a aussi beaucoup refroidi mais bon, l'économie de la région repose là dessus. Il est donc difficile d'en vouloir aux gens qui essayent de te vendre "la croisière du bout du monde", "la bière du bout du monde", "l'hôtel du bout du monde", "l'araignée de mer du bout du monde" etc. Je trouve que c'est déjà super lourd à lire alors imaginez entendre ça continuellement...

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Une des activités incontournables du coin est la naviagation en catamaran sur le canal de Beagle. Découvert en 1830 par les Britanniques à bord du navire HMS Beagle, il relie le Pacifique à l’Atlantique et se situe à 150 km au nord du Cap Horn. Sa rive nord est argentine, tandis que la sud est chilienne. C'est d'ailleurs durant une de ces expéditions que Charles Darwin fera ses preuves en tant que naturaliste.

Je me rends au port de plaisance afin de réserver une croisière pour la demi-journée. Il y a l'embarras du choix puisque environ une dizaine de petits cabanons vendent des excursions aux touristes. Après en avoir comparé trois, je me rends compte que celles proposées pour la demi-journée sont a peu près semblables et je me rends dans la première cabane. Selon le vendeur c'est mon jour de chance et comme j'ai une bonne tête ( sûrement de vainqueur - juste malade comme il faut à cause des températures et du vent omniprésent) il me fait 10 % de réduction si je réserve une excursion pour aujourd'hui. J'ai le choix entre un départ à 12h ou un autre à 13h30. Le ciel n'étant pas très dégagé j'opte pour la seconde en espérant que sur le chemin du retour je puisse profiter du coucher de soleil sur les montagnes vu qu'ici la nuit tombe vers 17h...

13h30. J'embarque sur un catamaran, le vent souffle fortement et il fait super froid sur le pont. Même amarrer le bateau le fait tanguer ce qui promet un après midi mouvementé ! Evidemment il n'y a plus de places à l'intérieur, je m'installe donc sur le pont supérieur à l'arrière du bateau, en espérant être un peu à l'abri des rafales.

Le tour consiste à faire dans un premier temps une petite boucle dans le port de plaisance pour avoir un point de vue sur la ville et les montagnes, puis à aller vers des îles pour voir les colonies de cormorans et de lions de mer, à se diriger ensuite pour voir le Phare des Eclaireurs et enfin, si la houle le permet, à aller dans un endroit plus reculé du canal pour apercevoir des épaves échouées. La première partie est donc dédiée à voir Ushuaïa depuis le milieu du port, position idéale pour faire quelques photos souvenirs, d'autant plus que les nuages sont un peu moins présents. Oui mais voilà, un groupe de japonais a embarqué et mitraille dans tous les sens et sans interruption. On passe de quelques photos en guise de souvenirs à plusieurs centaines... On arrive après quelques minutes de navigation à la Isla de los Lobos, île servant de refuge pour toute une colonie de lions de mer. Apparemment c'est l'heure de la sieste et ils sont majoritairement recroquevillés les uns contre les autres. La chose la plus surprenante est le bruit qu'ils font, un véritable concert, couvrant même le bruit des moteurs.

Après cette petite pause fortement mélodieuse, le bateau se dirige vers le Phare des Eclaireurs. Ce phare est considéré comme le phare du bout du monde (et oui encore) mais c'est faux. Il existe plus au sud et surtout à l'Est de la Terre de Feu un phare habité surnommé, à juste titre cette fois, "le phare du bout du monde". En approchant du phare, le bateau ralentit et se met à l'arrêt, se laissant donc secouer par la houle. C'est cette houle qui sera responsable de l'annulation de la fin du trajet car jugée "trop dangereuse" par le capitaine. Le phare n'est pas vraiment impressionnant mais il représente apparemment l'un des incontournables de la région.

Je suis toujours sur le pont supérieur et je commence à avoir vraiment froid, mais toujours pas de place à l'intérieur. Je relativise car ma nouvelle voisine a l'air totalement frigorifiée. Il faut dire qu’apparemment être en t-shirt ne protège pas super bien du vent... Bon je suis quand même mauvaise langue car elle arborait une gigantesque chapka ! Ouf, la pneumonie la guette mais le principal c'est que ses oreilles ne seront pas sujettes aux gelures !

La dernière heure de navigation avant de rentrer au port se fait avec le soleil se couchant derrière les sommets environnants. Il fait de plus en plus froid et maintenant que les rayons du soleil ne sont plus là, le ressenti a l'air d'être négatif - le dernier quart d'heure est vraiment difficile à supporter.

Panorama depuis le catamaran sur le Canal de Beagle 

Le lendemain matin, je dois prendre un bus à 11h qui m'amènera dans le parc national de la Terre de Feu situé à 10 kilomètres de la ville. Je vais vers le port où sont stationnés sur un terrain vague plusieurs minibus. Je suis le seul à bord et le trajet dure une vingtaine de minutes. Le plus gros de l'hiver étant passé, la route est défoncée et parfois recouverte de boue à cause des importantes averses qui balayent régulièrement la région. On s'arrête seulement pour payer l'entrée du parc et déclarer ma nationalité. Le chauffeur me dépose à une intersection et me dit qu'il sera de retour dans 3h et dans 5h, mais que le point de rendez vous sera au pied d'un hôtel que nous avons dépassé. Il me fournit également un plan avec tous les chemins ouverts à la rando. Malheureusement, les balades phares menant jusqu'à la frontière chilienne et au Cerro Guanaco sont fermées.

Pour commencer je pars dans un sous-bois direction la Laguna Negra. Dans le parc, il est interdit de s'écarter des sentiers car la préservation de la flore et de l'environnement d'origine est le mot d'ordre. Il commence à neiger puis à pleuvoir, si bien que j'imagine déjà la bonne vieille journée galère qui se profile... J'arrive au lac et l'eau est vraiment très sombre et contraste avec les sommets enneigés en arrière plan. Cette couleur qui a donné le nom au lac est due aux nombreuses tourbières que l'on trouve dans les environs de la lagune. Demi-tour car il est seulement possible d'atteindre un promontoire autour de ce lac. Je me dirige vers le mirador de la Baie de Lapataia, qui offre le point de vue le plus célèbre du parc. Pour ça il faut que je prenne un chemin boueux emprunté par les voitures avant d'atteindre le sentier. Seulement le problème c'est que la boue l'ayant rendu très glissant et je marche comme si j'étais sur un lac gelé.

Les routes semi-praticables du Parc 

Petite montée pendant environ 600 mètres et me voilà surplombant la fameuse baie. Le nom de la baie vient de l'amérindien et signifie "la baie du bon bois". C'est dommage que le ciel ne soit pas plus dégagé mais au moins il a arrêté de pleuvoir. Cette baie est célèbre pour être le point d'arrivé de la Ruta 3, la route la plus au sud de l'Argentine, mais surtout la fin de la Transaméricaine. Cette route permet de relier cet endroit avec le nord de l'Alaska, en ne s'arrêtant qu'à un seul moment lorsqu'il faut franchir le canal de Panama.

Je descends ensuite du mirador vers la plage bordant la baie et continue sur un chemin permettant d'aller tout au fond de celle-ci. Il faut compter environ 5 kilomètres pour l'aller-retour. Cette partie est très variée car on traverse tour à tour une forêt australe, puis des prairies pour enfin se retrouver sur une plage de galets. Je suis totalement seul car il y a deux sentiers possibles. Celui que j'ai pris est peu balisé et plutôt laissé à l'état sauvage alors que le second est composé d'un système de passerelles et fait une boucle tout en restant sur le bord de la baie. Tout au long du sentier on peut apercevoir des mouettes de Magellan souvent par couple, le mâle étant blanc alors que la femelle à un plumage qui tend vers le marron. Lorsque j'ai traversé le sous-bois, il m'a semblé apercevoir un renard de Magellan mais le temps d'essayer de m'en approcher il avait pris la fuite.

Arrivé à la limite du sentier, je me pose quelques minutes sur la plage et en profite enfin pour me m'asseoir sur des rochers au bord de l'eau. Malheureusement j'aperçois derrière moi un tas de déchets... C'est dommage que l'être humain ne soit pas plus responsable, mais j'avoue ne pas en avoir vu ailleurs dans le parc, alors est-ce que ce sont des déchets jetés par les promeneurs ou proviennent-ils de l'eau rejetés par l'océan ? Mis à part cela, comme il n'y a pas âme qui vive le long du sentier on se croirait presque dans un reportage diffusé à la télé, seul face à la nature sans aucune trace d'activités humaines. Je rebrousse chemin et remarque qu'il manque parfois quelques arbres ici et là. Cette impression s'intensifie jusqu'à arriver au début d'un sentier appelé Castorera.

Le castor n'est pas un animal qui se trouvait à l'état sauvage dans la région. En 1946, 25 couples de castors ont été introduit afin de "produire" de la fourrure. Mais ces derniers se sont retrouvés sans prédateurs naturels et dans des conditions de développement idéales pour la prolifération de l'espèce, si bien qu'ils ont fini par coloniser tous les écosystèmes de la région faisant des ravages et réduisant certaines zones en cimetière d'arbres. C'est d'ailleurs ce type de paysage que l'on aperçoit depuis le sentier. Il y a des dizaines de troncs d'arbres morts et au milieu se trouvent les barrages et les tanières des responsables. Je suis resté quelques minutes silencieux afin d'espérer en voir un sortir mais rien ne se produisit. Ceci dit, une famille arrivant avec ses enfants courant partout n'a sans doute pas vraiment aidé ! L'heure tourne et je suis encore à une bonne heure et demie de marche pour revenir au point de rendez-vous du bus.

Sur le chemin, toujours aussi boueux, je passe à proximité de la Laguna Verde, qui tient elle aussi son nom de la couleur de l'eau. Comme le vent s'est calmé, la réflexion sur l'eau des alentours est quasi parfaite. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'avec le retour du soleil, il commençait à faire chaud, mais je pense que les trois personnes en train de se baigner plus bas n'étaient pas de mon avis. J'arrive à l’hôtel avec 20 minutes d'avance sur l'horaire prévu et profite pour commander de quoi me réchauffer. Perdu, ils ne servent plus que des boissons fraîches !

Je m'installe en terrasse et profite une dernière fois des paysages sauvages du parc. J'ai connu pire comme vue pour récupérer d'un effort. Les petites montagnes au fond avec au premier plan les eaux du Rio Lapataia sont les bienvenues après une quinzaine de kilomètres de marche. Cependant à part la petite montée pour aller à un mirador, je n'ai rencontré aucune difficulté aujourd'hui si ce n'est de rester debout dans les petites descentes remplies de boue. Le bus arrive, nous ramasse pour nous redéposer dans le centre ville. Ce qui devait finir par arriver arriva, et on finit embourbé sur un bas-côté après avoir croisé un autre bus dans le sens inverse. Le chauffeur tape au maximum dans le moteur du vieux minibus, qui se met à fumer, pour s'arracher et rejoindre la "route". S'en est donc terminé de la Terre de Feu car mon vol retour pour El Calafate est programmé le lendemain midi.

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Décollage vers midi par un temps -enfin- clair. Je sais qu'en arrivant à destination je ne pourrai pas rejoindre Puerto Natales comme je l'avais initialement prévu car pas de bus. Je vais donc devoir aller dans l'après-midi à la gare routière pour réserver un billet pour le lendemain et profiter du temps restant pour faire un tour à la lagune de Nimez au bord du Lago Argentino.

En sortant de l'aéroport, je prends un taxi et le chauffeur d'à peine 19 ans me raconte qu'il vient du nord et qu'il est venu ici parce qu'il n'y avait pas de travail à Rosario. La ville me fait penser à un célèbre argentin qu'est Marcelo Bielsa, et à partir de ce moment-là je ne pouvais plus en placer une, le gars était lancé et intarissable. Le billet de bus en poche, je décide de retourner dans le même hôtel qu'il y a quelques jours. C'est en marchant dans cette direction que j'aperçois une empreinte de dinosaure collée sur le trottoir indiquant qu'un musée d' Interprétation Historique se trouvait dans le coin, juste derrière l'hôtel en fait ! Il y a des squelettes de dinosaures présentés donc je n'hésite pas longtemps et j'y vais.

Il faut savoir que l'Argentine, et plus spécifiquement la Patagonie, est un des haut lieux pour la mise à jour des squelettes d'animaux préhistoriques. C'est d'ailleurs ici qu'a été découvert le plus grand dinosaure à ce jour au nom très original d'Argentinosaurus. Le musée est composé de trois pièces : la principale avec quatre squelettes de dinosaures tous retrouvés en Argentine, une deuxième avec des squelettes de mammifères géants et une dernière avec une exposition sur les peuples qui vivaient dans la région autrefois et qui ont subit un génocide de la part des premiers colons européens mais aussi des différents gouvernements argentins par la suite. N'ayant pas trop de temps je n'ai pas pu rester longtemps dans le musée vu que le soleil commençait à décliner.

source : teratophoneus.deviantart.com  & http://parody.wikia.com
  • Austroraptor appartenait à la famille du Velociraptor à la différence près qu'il mesure presque 6 mètres de long pour un poids de 400 kg. Ces mesures en font l'un des plus grands appartenant à cette famille. Ce qui fait qu'il est remarquable d'avoir les restes devant les yeux, c'est que seulement deux squelettes très fragmentaires de ce dinosaure ont été retrouvés.
  • Carnotaurus, rendu célèbre par le film Disney "Dinosaure", était un dinosaure carnivore et qui doit son nom de "taureau carnivore" aux deux excroissances osseuses sur le dessus de son crâne dont on ignore encore la réelle utilité car peu de crânes ont été découverts. Il mesurait 7 mètres de long pour un poids estimé à environ une tonne.
sources : sites.google.com/site/luniverdesdinosaures & http://dinosaur-world.com/ 
  • Herrerasaurus, nommé d'après celui qui l'a découvert, était un petit dinosaure carnivore long d'environ 2,5 mètres. Vivant il y a 230 millions d'années, il fait partie des plus anciens dinosaures découverts et présente des caractères propres aux dinosaures mais également des caractères se retrouvant chez des reptiles non dinosauriens, faisant de lui un potentiel "chaînon manquant".
  • Talenkauen, signifiant "petit crâne", était un petit dinosaure herbivore appartenant à la famille de l'Iguanodon. Il présente la particularité d'avoir des plaques osseuses minéralisées qui entourent sa cage thoracique et qui auraient probablement servi à une meilleure expiration et inspiration. Les restes de ce dinosaure furent découverts à seulement une quarantaine kilomètres au nord d'El Calafate.

En sortant du musée il me faut environ 15 minutes pour arriver sur le bord du lac. J'ai deux solutions : marcher le long du rivage ou rentrer dans un petit parc protégé où il est possible d'apercevoir plusieurs espèces d'oiseaux et pour une bonne heure de balade. Je choisis d'aller dans cette lagune mais je vois que l'entrée est payante et je n'ai plus de Pesos Argentins mais seulement des dollars. Je le signale à l'entrée et il me dit qu'ils prennent aussi les dollars, à condition que les billets soient neufs, ce qui n'est évidemment pas mon cas. J'abandonne donc l'idée d'aller dans la lagune car il me faudrait aller retirer dans un distributeur du centre ville situé à au moins 25 minutes de marche et revenir ensuite. Contre toute attente, l'homme à l'entrée me dit que ce n'est pas grave et me donne tout sourire un dépliant dans la langue de Cervantes en m'ouvrant le portique donnant sur le sentier. Là aussi, il est strictement interdit d'en sortir pour préserver un maximum les écosystèmes.

Dans cette réserve il y a seulement quelques marres entrecoupées d'herbes hautes avec en toile de fond la ville étendue d'El Calafate d'un côté et le lac de l'autre. Il y a également un spot où, bien caché, il est possible d'observer les flamands roses en train de se nourrir. C'est d'ailleurs à cet endroit que je rencontre un groupe de huit jeunes habitant tous le coin qui m'invitent le soir à aller boire un verre dans un des (relativement) nombreux bars du centre.

J'apprends que certains d'entre eux vivent toujours ici et exercent en tant que guides alors que les autres finissent leurs études notamment à Buenos Aires et ne sont ici que pour les vacances. C'est sur cette dernière soirée que mon séjour en Argentine se termine et je rejoins dès le lendemain le Chili voisin pour la dernière semaine de mon séjour sud-américain.

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Sur la route pour retourner au Chili il faut, avant de franchir la frontière, passer ses bagages au scanner car les autorités chiliennes vérifient que l'on ne transporte pas de fruits ou de produits frais. Il est 13h lorsque l'on arrive à Puerto Natales. Je file directement poser mes affaires à l'hôtel un peu excentré du centre ville et pars à la recherche d'un restaurant parce qu'une semaine de pâtes ou de repas mangés sur le pouce ça use... Le gérant de l'hôtel me conseille un restaurant local mais clairement j'ai juste envie d'une bonne grosse pizza pour récupérer des différents trajets en avion et surtout en bus.

J'avais déjà eu l’occasion de faire un tour dans la ville le jour de mon arrivée mais je ne m'étais concentré seulement sur le quartier de l'hôtel et le bord du fjord Ultima Esperanza. Je peux toujours aller me renseigner pour faire une excursion en bateau sur le fjord et voir des glaciers, mais après avoir naviguer sur le canal Beagle et surtout avoir vu le Perito Moreno, je pense que je ne serai pas vraiment émerveillé par cette journée. Je la consacrerai au Parc National Torres del Paine voisin et apparemment l'un des plus beaux d'Amérique du Sud. Je dois récupérer la voiture en début de soirée pour une durée de trois jours. Je profite donc des quelques heures me restant pour faire un nouveau tour dans la ville.

Puerto Natales est une toute petite ville de la province de Magallanes puisqu'elle ne compte que 15 000 habitants vivant de l'élevage et du tourisme. C'est surtout une base et un lieu de passage pour découvrir le parc national. Je retourne sur les rives du fjord et marche jusqu'au bord de la jetée. Des bateaux de toutes tailles sont au mouillage dans la baie, et une fois n'est pas coutume le vent s'est soudainement et violemment levé. Néanmoins le temps est "dégagé" selon un homme qui promène son chien et il faut en profiter. Ses paroles ne me rassurent pas puisque j'ai prévu deux jours de randonnée à Torres del Paine et si le temps est couvert, l'expérience risque de pas être terrible car toute la beauté des paysages résulte d'une parfaire visibilité.

En marchant dans les rues menant au centre, je remarque que les maisons sont plus colorées les unes que les autres, et ça me rappelle un peu les village de pêcheurs de Scandinavie ou du Groenland. Ici tout est bon pour construire sa maison ou au moins faire les finitions. Il est pas rare de voir des tôles peintes servant d'abris voire de toits. Pour certaines maisons, des morceaux entiers de bateaux font office de murs ou de garages. Certaines maisons ne sont pas droites, tout comme leurs fenêtres. Tout ce chaos architectural donne un côté intriguant à la ville et chaque rue offre son lot d'originalité.

Je continue ma marche dans le centre ville pour finalement arriver de l'autre côté de la jetée, et en bord de "mer" puisque des plages sont présentes tout le long. Alors quand je dis "plage", je ne sous-entends pas sable blanc, mais un endroit où il est possible d'aller directement dans l'eau sans escalader des rochers. Au loin, j'aperçois de nombreux points noirs à la surface de l'eau. Intrigué, je m'avance jusqu'à m'apercevoir qu'il s'agit en fait de de cygnes à cou noir, une espèce ne vivant que dans cette partie de l'Amérique du Sud. Ils sont nombreux à attendre, ballottés par les vagues. Je tourne les talons direction l'agence de location parce que de gros nuages arrivent et que le vent redouble d'intensité et je n'ai pas spécialement envie de retraverser toute la ville sous la pluie.

La voiture bien en main, c'est une première pour moi vu qu'elle est automatique, je roule en direction de l'hôtel. Je passe devant le nom de la ville qui fait office de bienvenue, un gros "Puerto Natales" surmonté d'une statue d'un Mylodon. Le Mylodon était un animal préhistorique, sorte de paresseux géant qui vivait dans la région jusqu'à sa disparition il y a 8 000 ans. Non loin de là, il y a une sculpture qui représente les cinq doigts d'une main émergeant du sol et qui fait face aux eaux du fjord. La journée ne fut pas la plus chargée mais il faut avouer que ça fait du bien de pouvoir prendre le temps de se poser et juste récupérer des jours passés.

Malgré tout la nuit sera courte car le vent est devenu extrêmement violent dans la soirée et ma fenêtre claquera toutes les 3 secondes...

Le lendemain matin, je prévois de me réveiller assez tôt pour profiter de la journée et sillonner le parc Torres del Paine en voiture et m'arrêter aux différents points d’intérêt. Au moment où je regarde par la fenêtre je comprends que ça ne sera pas la journée idéale car la visibilité n'est pas bonne du tout et il pleut énormément. J'ai même du mal à voir le bout de la ville pourtant pas très étendue. Je décide donc de me recoucher pour une petite heure en espérant que les choses se calment. A mon réveil il ne pleut plus mais on ne voit toujours pas grand chose. Je descends pour parler au gérant et savoir s'il connaît la météo au parc, et coup de bol, il appelle un ami qui est garde là bas. Ce dernier lui dit que pour l'instant ce n'est pas dégagé. Je prends mon mal en patience mais à midi je dois libérer la chambre d'hôtel. Entre temps je me renseigne sur les choses à faire par ce temps dans les alentours : une randonnée au sommet d'une petite montagne pour admirer un panorama sur le fjord ou la visite d'une grotte où l'on a retrouvé les restes du fameux Mylodon. A cause des conditions climatiques j'opte évidemment pour la seconde solution et me voici parti à 20 kilomètres de la ville pour trouver l'entrée de la grotte.

La formation de la grotte débuta il y a 18 000 ans. A cette époque l'entrée de la grotte était en contact avec un glacier qui commença à éroder la colline. Puis lorsque la glace fondit, l'action du vent et des vagues accéléra l'érosion et creusa une profonde cavité dans la colline. Il y a 13 000 ans, le niveau de l'eau baissa et la cavité fut en contact avec l'extérieur et donc avec la faune de l'époque. Lorsque les premiers habitants arrivèrent dans la région ils côtoyèrent les animaux constituant la mégafaune, à savoir le fameux Mylodon, Macrauchenia ou le Smilodon.

Mylodon - Macrauchenia et Smilodon et les panneaux à l'entrée de la grotte. 

En réalité même si la cavité est impressionnante, la grotte est composée d'une seule salle. Ce qui la rend célèbre c'est la découverte d'ossements d'animaux préhistoriques. Les ossements en question sont d'ailleurs visibles dans une petite salle près de l'endroit où l'on prend les billets. Je profite pour demander encore une fois s'ils ont des informations sur la météo dans le parc. Nouveau coup de chance, eux aussi ont un ami qui travaille là bas ! En fait c'est simple, apparement ici tout le monde a un pote qui est garde dans un parc. Toujours est-il que le Mr Météo lui dit qu'il est toujours difficile de distinguer quelque chose. Tant pis, je décide quand même d'y faire un tour, de toute façon je n'ai pas grand chose à perdre, et puis au moins je connaîtrai la route à prendre le lendemain matin pour m'y rendre de nouveau.

En repartant, je passe devant l'aéroport "international" de Puerto Natales. Bon par aéroport, j'entends plutôt hangar servant de terminal et tour de contrôle haute comme une maison à deux étages. La taille des aéroports patagons m'amuse de plus en plus, ça a un charme fou je trouve ! On ne voit pas très bien sur la photo de la piste atterrissage mais derrière cet épais brouillard, il y a à droite comme à gauche des montagnes. Mieux vaut donc ne pas se louper lors du décollage ! Cependant cet aéroport est essentiellement utilisé par des compagnies charters et des tours-opérateurs pendant la saison estivale pour déposer leurs clients au plus près du Parc National.

Au bout de 30 kilomètres j'arrive au village de Cerro Castillo, là où je dois passer la nuit dans une estancia. Mais je continue encore 50 kilomètres pour arriver aux abords du Parc. Je passe devant la Laguna Amarga, dernière étendue d'eau avant l'entrée officielle dans le parc. Comme il est possible de le voir sur la photo, la visibilité est complètement réduite. En temps normal, en arrière plan du lac apparaîssent les trois dolomites, qui sont l'emblème du parc. Or ici il n'y a que du brouillard et la pluie fait à son tour son apparition. Je conduis quand même jusqu'à l'entrée du parc pour acheter mon ticket d'entrée pour ne pas perdre de temps le lendemain étant donné que j'ai prévu de faire la longue et célèbre randonnée jusqu'à la base des tours. Je rebrousse chemin, me frayant un passage entre les troupeaux de guanacos et arrive à Cerro Castillo juste avant la tombée de la nuit.

Cerro Castillo est un petit village d'environ 500 habitants mais c'est surtout la seule commune avec Puerto Natales de la province d'Ultima Esperanza. La commune de Cerro Castillo fait donc office de chef lieu de la sous province (l'équivalent de nos départements) de Torres del Paine. Avec une superficie de 6 500 km², sa densité de population est de 0,028 hab/km², autrement dit c'est un désert rural. Toujours est-il que le peu d'hôtel dans les environs, souvent assez luxueux, sont surbookés pendant l'été. J'ai d'ailleurs réservé une nuit pour 100 € dans l'un d'entre eux et cela constituera la seule grosse dépense pour le logement de mon voyage. Je suis le seul client de l'estancia mais je voulais être relativement proche pour pouvoir débuter la randonnée le plus tôt possible sans avoir à trop conduire le matin. Les patrons m'annoncent que la météo sera très difficile le lendemain et me déconseillent d'entreprendre l'ascension jusqu'aux tours. Je suis dépité mais les deux principales attractions qui m'ont poussé à venir jusqu'à l'autre bout du monde sont le Perito Moreno et cette fameuse randonnée classée au patrimoine mondial de l'Unesco. Alors c'est décidé, peu importe qu'il vente, pleuve ou neige je ferai cette randonnée. Et de la neige, je ne le savais pas encore, mais j'allais en manger en grande quantité ! 😀

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Durant 4 mois en 2013, le site VirtualTouristproposait un sondage permettant d'élire la 8ème merveille du monde parmi 330 lieux sélectionnés. L'heureuse élue est chilienne et je m’apprête à faire sa connaissance !

Réveil à 6h30. Mon premier réflexe est de regarder par la fenêtre et surprise... j'aperçois les étoiles signe que le ciel est dégagé. C'est avec beaucoup d'espoir et de baume au cœur que je me prépare et m'habille chaudement pour lutter contre le froid annoncé. Départ à 7h30 en pleine nuit et la route est toujours aussi défoncée par endroit et je mets environ une heure à atteindre l'entrée du parc. Pendant le trajet, le jour se lève et le soleil fait enfin son apparition et embrase le ciel. Tout de suite les montagnes et plaines de Patagonie retrouvent leur splendeur.

Je repasse devant la Laguna Amarga et contrairement à hier, j'arrive à distinguer les tours au loin malgré la présence de quelques nuages. Il ne faut pas crier victoire trop vite car ici le ciel peut se couvrir en moins d'une demi-heure. Il est d'ailleurs connu qu'à l'intérieur du parc, il est possible de connaître les quatre saisons en une seule journée. J'arrive à l'entrée et me présente aux gardes pour qu'ils me valident le ticket et me passe les consignes de sécurité. C'est à ce moment que j'apprends que l’ascension va être plus compliquée car il a neigé toute la nuit là haut et environ 30 centimètres de neige recouvrent les sentiers. Tant qu'il ne neige pas pendant la journée, ça me va car les rafales glaciales me refroidissent déjà même a travers mon équipement de montagne.

J'arrive au parking de l'hôtel "Las Torres" point de départ de la randonnée. Le ciel s'est encore dégagé et maintenant le soleil éclaire directement les tours de granite. Mais de l'autre côté de gros nuages s'avancent vers le massif. Sachant qu'il faut environ quatre heures pour atteindre le lac où se situe le mirador, il ne faut pas que je traîne. Sauf qu’après à peine 300 mètres parcourus, les premiers flocons se mettent déjà à tomber...

Source : www.pygmy-elephant.com & daveandjackierun.wordpress.com 

La randonnée n'est en principe pas considérée comme vraiment difficile mais elle est longue, environ 9h selon les guides, et certains passages sont bien raides. Le départ se fait à 125 mètres d'altitude pour arriver à une altitude maximale de 886 mètres. Cela fait un dénivelé de 760 mètres sur 9.5 kilomètres ce qui n'est pas excessif. Sauf que le profil est tout autre et que deux passages vont concentrer l'essentiel du dénivelé, le début de la randonnée et surtout les derniers 1,3 kilomètre qui vont permettre de s'élever de plus de 300 mètres pour atteindre le lac. Je me suis blessé au pied voilà quatre semaines en Equateur et j'espère à ce moment-là de tout cœur que ça va tenir.

C'est donc une première montée qui m'attend pour ouvrir la journée. La mise en route est difficile et les presque 3 km pour atteindre le haut de la côte ne se font pas à un rythme soutenu. Peu importe, il est encore tôt et j'essaye de profiter des paysages environnants malgré les nuages. Il faut suivre le sentier qui se transforme à certains moments en ruisseau. La neige redouble d'intensité mais se calme lorsque j'atteins le haut de la butte. Je rattrape un groupe avec un guide et des porteurs qui ont l'air de bien galérer, et le guide me donne des conseils utiles pour la dernière partie de l’ascension en me disant de ne jamais m'écarter des bâtons oranges sous peine de glisser sur des rochers cachés par la neige.

S'ensuit une partie légèrement vallonnée qui longe un ravin où coule en contrebas une petite rivière. Lorsque je regarde au loin je m'aperçois que plus le chemin s'enfonce entre les montagnes plus il semble se rapprocher de la neige, mais pour l'instant tout semble dégagé et j'avance pour atteindre le premier point de repère de la randonnée qu'est le Refuge Chilien.

Arrivé au refuge, après avoir marché sur un vieux pont en bois rempli de verglas, je croise un couple d'Autrichiens qui se repose. Je leur demande s'ils veulent faire la suite de la montée avec moi mais comme ils viennent d'arriver, ils préfèrent rester encore quelques minutes ici. Je repars et rapidement après le refuge, il faut traverser à pied une rivière. Je cherche un endroit peu profond et m'engage quand une personne me fait signe que le sentier ne continue pas de l'autre coté. J'ai donc les pieds trempés et frigorifiés pour rien... En continuant quelques minutes j'arrive à l'orée d'une forêt et c'est à partir de ce moment là que la neige ne me quittera plus de la journée. Je rattrape deux Américains et un Brésilien et me lie d'amitié avec eux parce que vu ce qui s'annonce, marcher à plusieurs sera plus motivant et agréable que de le faire en solo. Sauf que les Américains s'arrêtent et je me retrouve seul avec le Brésilien.

Jefferson vient de Florianopolis, une ville apparemment importante au Brésil et comme il va changer de travail dans quelques semaines, il a décidé de faire le tour de l'Argentine, du Chili et de l'Uruguay en voiture. Il s'arrête régulièrement pour sortir son portable et se filmer devant les différents paysages pour alimenter sa page Facebook. Peu à peu, la forêt devient moins dense et l'on arrive au campement Torres. Ce campement marque le début de la montée finale. En regardant au dessus, je vois que des nuages englobent le sommet mais ce n'est pas le moment de faire demi-tour, et au pire on pourra toujours attendre que ça se dégage une fois en haut. La première partie de cette montée n'est pas très difficile, on distingue encore le sentier, mais rapidement, lorsque l'on sort de la forêt, la tâche se complique un peu.

Sur les photos nos traces de pas sont visibles, car prises en arrière. Mais lorsque l'on se retrouve face à une étendue de neige et seulement des bâtons oranges plantés loin les uns des autres, on marche à l'aveugle. La seule chose que l'on voit depuis maintenant quelques temps sont les traces de pas d'un renard qui vont en direction du sommet. Du coup il n'est pas rare de glisser sur les rochers, mais le point positif c'est que la neige amortit les chutes. Evidemment, on se trompe de chemin et on fait demi-tour plusieurs fois parce que sinon ça ne serait pas assez dur ou même drôle. On se relaye également parce que marcher avec de la neige jusqu'en haut du mollet nous bouffe toute notre énergie restante. Enfin on arrive vers le sommet et le ciel bleu apparaît, ce qui me donne la motivation de tout envoyer pour ne pas rater la peut-être unique fenêtre de visibilité avant longtemps.

Ça y est je suis en haut et le spectacle est à la hauteur de l'effort enduré depuis ce matin. Bien sûr j'avais déjà vu des photos de l'endroit, mais être là en face, c'est juste incroyable. La lumière associée à la neige rend le lieu magique. Il m'est impossible de décrire la sensation de sérénité qui se dégage de l'endroit et que je ressens à ce moment précis. Il n'y a que le vent qui soulève la neige lors des fortes rafales qui arrivent à troubler cette sensation. Je me rends compte maintenant que les photos ne font pas pleinement honneur à ce paysage.

Jefferson profite d'être en haut pour ressortir son portable et faire une nouvelle vidéo où il remercie tout le monde y compris Dieu et moi-même. J'aurais préféré passer avant Dieu mais bon c'est quand même compliqué de rivaliser avec ce gars-là ! C'est à ce moment que le groupe avec le guide arrive suivi de près par le couple d'Autrichiens.

C'est également à ce moment là qu'une agréable surprise se produit : un renard de Magellan pointe le bout de son museau et fait un photobomb sur la photo où je pose. Loin d'être effrayé par la présence d'humains, il s'installe sur un rocher et prend à son tour la pose, plutôt majestueusement je dois l'avouer. Rapidement, il devient la star de la journée, reléguant le lac et les tours derrière lui. Il doit avoir faim parce qu'il ne détourne pas les yeux de notre nourriture mais garde quand même une petite distance de sécurité. Finalement, quelqu'un lui balance un bout de sandwich qu'il s'empresse d'avaler. J'en profite pour essayer de m'avancer un peu plus sur le coté du lac mais le guide me le déconseille car il y a de gros rochers invisibles et une chute peut s'avérer douloureuse surtout avec la descente qui s'annonce.

Le vent souffle de plus en plus fort et avec de la neige qui rentre dans les chaussures ou dans les habits, il devient de plus en plus inconfortable de rester là haut. C'est donc après une quarantaine de minutes que l'on se décide avec Jefferson et les Autrichiens d'entamer la descente. C'était d'autant plus le moment de partir car les nuages revinrent et commencèrent à masquer les tours. Elles n’apparaîtront d'ailleurs plus de la journée, ce qui sera surement un crève cœur pour les nombreuses personnes que nous avons croisées lors de notre descente. Le retour permit de (re)voir certains paysages qui étaient cachés le matin même. La randonnée se termine après 19 kilomètres de marche et une descente interminable. Il est 17h et on a une heure et demie d'avance sur le temps indiqué. C'est le moment de nous séparer, les Autrichiens vont camper, Jefferson veut dormir dans sa voiture et prendre la route d'El Calafate dès le lendemain matin. Quand à moi je dois retourner à Puerto Natales rendre la voiture, acheter un billet de bus pour Punta Arenas et trouver une chambre d'hôtel pour récupérer de cette fatigante journée.

Le Parc Torres del Paine est également connu pour abriter une faune qu'il est facile d'apercevoir. Au cours de cette journée j'ai pu voir des condors, qu'il est difficile cependant de prendre en photo mais également une moufette de Patagonie. Cette dernière n'était pas difficile à photographier mais je n'avais pas trop envie de tenter de m'en approcher. Va savoir pourquoi...

Le guanaco est l'animal que l'on rencontre le plus facilement dans le parc. Ce cousin du lama ressemble énormément à la vigogne, que j'ai pu voir en Equateur, mais en plus robuste. Il est élevé pour sa viande et sa fourrure mais évidemment ceux à l'intérieur du parc sont sauvages.

Pour finir, j'ai également pu voir des nandous qui se déplaçaient en groupe. C'est le plus gros oiseau de continent américain et il fut découvert par Charles Darwin en personne lors de son tour du monde. Il n'a pas été facile de les photographier car ce sont des oiseaux très peureux et rien que le bruit de la voiture provoquait leur fuite. Il y a également des pumas dans le parc mais je n'ai malheureusement pas pu en voir.

Au final, cette journée bien qu'épuisante fut la meilleure de mon séjour. Dès que je parle ou je pense à ces 15 jours, c'est l'image du lac avec las Torres derrière qui me vient instantanément à l'esprit. La neige, qui pouvait être problématique au début, a au final sublimé cette randonnée et donc les souvenirs que j'en ai. Une autre image qui résume bien cette partie du monde, c'est cette grande ligne droite déserte qui ne semble jamais finir.

Il est temps de penser au retour en France, mais avant j'ai encore du temps pour profiter d'une journée pour découvrir Punta Arenas qui est la grosse ville du sud de la Patagonie et d'une escale à Santiago avant mon départ.

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Et c'est reparti pour un petit tour de trois heures en bus pour rallier Punta Arenas qui est la plus grande ville du sud de la Patagonie avec ses 130 000 habitants. C'est également la ville la plus cosmopolite de la région car les habitants sont majoritairement des descendants de colons européens mais la moitié d'entre eux auraient des origines croates. Située au bord du détroit de Magellan, elle était avant l'ouverture du canal de Panama, le principal port où transitaient les navires pour passer d'un océan à un autre. Je vais à l'office de tourisme pour savoir ce qu'il est jouable de faire ici en une après midi. On me conseille d'aller au musée Nao Victoria qui expose des répliques de navires, également d'aller au Cerro de la Cruz pour avoir un panorama complet sur la ville et le détroit et pour finir on me conseille d'aller faire un petit tour dans le cimetière.

Le musée est à l'autre bout de la ville et l'idée de voir des répliques de bateaux ne m'enchante pas plus que ça, donc j'opte pour un tour sur le Cerro de la Cruz. Il faut environ dix minutes de marche depuis le centre pour y accéder. Comme sa petite sœur Puerto Natales, la ville est très colorée et aucune maison ne semble s'accorder au niveau des couleurs avec ses voisines. Depuis le sommet de la petite colline, je m'apercevois que la ville est vraiment vaste et plutôt organisée contrairement aux autres que j'ai visitées qui faisaient plus chaotiques. Le lendemain de mon départ pour la France, c'est la fête nationale chilienne et les derniers préparatifs vont bon train ce qui amène de l'animation sur la place principale avec une scène partiellement montée et une sono diffusant de la musique électro.

En redescendant vers le détroit, je passe devant la statue de Bernardo O'Higgins, personnage important dans l'histoire du Chili. Fils d'un soldat irlandais au service de la couronne d'Espagne et d'une Chilienne, il fut l'une des figures militaires fondamentales de l'indépendance et le premier chef d'État du Chili indépendant. Il est considéré comme l'un des pères du Chili.

En continuant à déambuler au hasard dans les rues, je tombe souvent sur des œuvres de street art. Alors ici il n'est pas vraiment question de graffiti mais plutôt de portrait de la vie quotidienne d'autrefois dans la ville. La plupart d'entre eux ont un rapport avec la pêche ou en tout cas avec l'océan, que ce soit pour représenter un bateau échoué, un quai ou même deux personnes en train de nettoyer une carcasse de baleines sur une plage dans un petit village du littoral. Majoritairement, ces œuvres se trouvent sur des bâtiments abandonnés le long de la grande avenue longeant le détroit.

En traversant l'avenue j'arrive sur une sorte d'esplanade avec la Costanera des Estrecho , la sculpture en plein nettoyage d'un navire entouré de sirènes. Le long de cette promenade il doit être possible en été de louer des vélos pour se déplacer. Mais avec le vent qu'il y a lorsque je m'y trouve, dont les bourrasques commencent à être presque une habitude jour après jour, je ne pense pas que cela soit une excellente idée en cette saison. Ville moderne oblige, plusieurs luxueux hôtels ont élu résidence près du détroit et un casino a même ouvert ses portes.

Je me dirige maintenant vers le cimetière recommandé vivement par l'office du tourisme. Etant donné le passif européen de la ville, le cimetière n'est pas très différent de ce que l'on peut trouver chez nous sauf que certains monuments sortent du lot. Parmi ceux-ci, on peut trouver celui rendant hommage à la marine nationale, une chapelle de style orthodoxe rendant hommage aux membres venant d'Europe de l'Est et de Russie et le monument dédié aux victimes de la dictature.

Punta Arenas propose plusieurs possibilités d'excursions dans les alentours, mais je n'ai pu les réaliser par manque de temps ou d’intérêt. Il est possible d'aller sur la Isla Magdalena pour voir une immense colonie de manchots, mais ce parc n'ouvrait qu'un peu plus tard dans la saison. Il est aussi possible de prendre un bateau pour observer des baleines ou de se rendre à 90 kilomètres à la frontière avec l'Argentine dans le Parc National Pali Aike qui présente des paysages et des formations géologiques d'origine volcanique.



Avant de regagner mon l'hôtel, je m'arrête dans un restaurant "local" pour me réchauffer. On me propose à ce moment là de goûter du guanaco. J'hésite un peu, mais le serveur me dit que c'est véritablement délicieux. Evidemment le gars est là pour refourguer ses plats et il va pas me dire que c'est affreux au niveau du palais. Bon néanmoins j'accepte ! Après le renne en Finlande, l'élan et l'ours en Estonie c'est parti pour le gibier local. J'ai le choix entre deux plats : un burger de guanaco badigeonné d'une sauce à l'avocat ou alors sous forme d'escalope. J'opte pour la seconde et pour faire passer le temps je commande une bière locale "Austral". Rien d'exceptionnel mais il en existe toute une gamme alors peut être que certaines valent davantage le coup. Le plat arrive et j'en recommande une deuxième, cette fois ci une "Hernando de Magallanes" vraiment pas terrible. Bon la bière ne semble pas être une spécialité très réussie alors j'espère qu'au moins la nourriture le sera. Clairement ça a le goût de veau voire de bœuf si bien que si on ne m'avait pas dit ce que c'était, je n'aurais rien remarqué. Mais le plus important c'est que ce n'est pas mauvais, alors le pari est gagné. Je retourne à l’hôtel pour la dernière nuit dans ces contrées australes avant de m'envoler et de rester environ vingt-quatre heures dans la capitale du Chili.

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Me voilà à Santiago pour à peu près vingt-quatre heures. J'ai rapidement cherché les sites essentiels à faire et à voir. Une fois descendu de l'avion, je rate le bus pour quelques minutes donc je dois patienter une demi heure avant de prendre le suivant, si bien que lorsque j'arrive à l'auberge, la nuit commence à tomber. C'est raté pour aller faire une première balade dans le centre ville. Mon vol pour rentrer est à 22 h donc en me levant tôt j'aurais quand même quelques heures pour voir une petite partie de la ville. Grâce au métro, se déplacer dans les différents quartiers est un jeu d'enfant. J'avais "oublié" comment ça pouvait être si rapide de voyager d'un point A à un B dans une même ville...

Le lendemain à 9h, je suis debout et je sors en direction du parc Santa Lucia où une énorme fontaine à la gloire de Neptune fait office d'entrée. Ici il faut s'enregistrer quand on rentre dans certains parcs pour les statistiques sur les visiteurs de la ville. Au milieu du parc trône une petite colline au sommet de laquelle on distingue les ruines bien conservées d'un château. De là haut j'ai un point de vue sur les quartiers centraux de Santiago qui ressemble aux grandes capitales mondiales avec des buildings modernes. Il y a une sorte de brume qui devrait se lever au fur et à mesure de la journée.

Je redescends de la colline pour rejoindre en quelques minutes la Plaza de Armas, qui est la place principale de la ville. C’est ici que Pedro de Valdivia fonda la ville de Santiago en 1541. À l’origine, l’armée y avait ses quartiers, d’où le nom. Autour de la place se trouvent la cathédrale à l'architecture très européenne du XVIIIème et à côté, l’hôtel de ville. C’est le cœur de la ville, toujours animé avec des marchands ambulants, des cireurs de chaussures tous les 30 mètres. La place faite aux arbres et à la verdure est importante si bien que les bancs pour s’asseoir sont limités seulement au carré central, ce qui provoque une véritable course entre les personnes voulant s'asseoir lorsqu'une place se libère.

Je me dirige après cela vers la colline San Cristobal qui a une statue de la vierge à son sommet. Il y a deux façons d'atteindre le sommet : un funiculaire et la bonne vieille méthode traditionnelle qui consiste à monter à pied. Vu la longue file d'attente devant la petite gare, je décide de faire l’ascension à pied. Et bien mine de rien, ça monte quand même pas mal, et la température (enfin assez élevée) n'aide pas vraiment à récupérer. L'heure tourne et arrivé au trois quart de la montée, je bifurque sur un petit sentier à l'opposé de celui qui mène à la statue. Je me retrouve donc seul au beau milieu de la forêt et je longe la colline par le coté tout en ayant une vue dégagée sur la métropole. Je fais demi tour et doit repartir à l'autre bout de la ville pour aller dans deux musées.

Je compte aller faire un petit tour au musée d'Histoire Naturelle du Chili et surtout la visite du Musée de la Mémoire et des Droits de l'Homme traitant du Chili sous la dictature de Pinochet. J'avais la veille regardé les horaires pour être sûr de pouvoir y aller mais ce qui n'était pas indiqué sur Internet c'est qu'en cette veille de fête Nationale, les musées ferment à 15h et il est 14h45. Quand j'apprends la nouvelle en me présentant au deuxième musée, je suis littéralement dégoûté. Mon après-midi vient d'en prendre un coup et maintenant je ne sais pas comment je vais occuper les cinq heures qui me restent avant mon départ pour l'aéroport. Je vais faire un tour dans le parc où sont situés les deux musées mais sans grande conviction.

Je décide quand même d'aller dans le quartier ultra moderne et le parc de los Reyes bordant un canal pour profiter du soleil. Cette architecture n'est pas ce que je préfère mais la Gran Torre de Santiago, plus haut gratte-ciel de la ville de 300 mètres de haut, est réellement impressionnante. Il est possible d'aller sur la terrasse en haut pour avoir une vue panoramique permettant de voir jusqu'à 50 kilomètres autour. Etant déjà monté sur la colline non loin de là, je n'ai pas vraiment envie de payer pour avoir une vue juste légèrement différente.

Je décide donc de rentrer à pied jusqu'à mon hôtel situé juste à coté de l'énorme gare routière. Me voilà donc parti pour l'aéroport, un long voyage d'environ 31 heures m'attend pour atterrir à Paris deux jours plus tard, décalage horaire oblige.

Sweet Auburn : Le quartier où a grandi Martin Luther King  - Skyline d'Atlanta - Georgia State Capitol

Dix heures trente de vol pour rallier Atlanta puis onze heures trente d'escale et en fin un vol de neuf heures entre la capitale de l'état de Géorgie et Paris. Je me dis à ce moment-là que ça va être sans fin mais au final, le retour se fera sans encombre et je m'offrirai même une escapade de quelques heures dans la ville de Martin Luther King, de CNN, de The Walking Dead et du Coca-Cola.

11

Que retenir de ces deux semaines dans le sud de la Patagonie ? Tout d'abord des paysages remarquables et bien plus variés que je ne l'imaginais. Je pensais trouver juste une énorme plaine ou steppe mais les sommets, même peu élevés permettent une variation des paysages.

Ensuite des rencontres sympathiques que ce soit avec des compagnons de randos, des gérants d'hôtels toujours de bons conseils et surtout les gens très avenants qui n'ont pas un rapport rigide à l'argent. J'ai par exemple eu une réduction pour la voiture louée parce que je l'ai rendu quelques heures avant l'heure annoncée.

Je ne dirai pas que je connais le Chili ou l'Argentine ni même la Patagonie, mais ces 15 jours dans l’extrême sud du continent m'ont fortement dépaysé et j'aimerais vraiment à l'avenir comparer cette atmosphère avec le nord de ces deux pays, désertiques et beaucoup moins enneigés. Curieux pays où au Sud on gèle et au Nord on grille... Partir d'ici me donne juste l'envie d'y revenir. Être ici c'est un peu comme un retour aux sources, on est seul face à la nature et c'est là que l'on s'aperçoit qu'en fin de compte nous ne sommes que peu de chose.

Au final, ces vacances d'été m'ont permis de voyager durant quasiment 9 semaines à travers la Pologne, l'Ukraine, l'Italie, l'Equateur, l'Argentine et le Chili. Je reviens complètement épuisé de ce périple mais tellement enrichi et avec des souvenirs plein la tête grâce aux différentes cultures, rencontres, galères et expériences que j'ai eues la chance de vivre. Bon ce n'est pas tout maintenant mais... Quand est ce que je repars et surtout où ?