Carnet de voyage

Camino Del Norte 2019

10 étapes
6 commentaires
De Irùn à Celerio (Espagne)
Du 5 août au 4 septembre 2019
31 jours
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Après une journée de voyage depuis Paris, je suis arrivée à l'auberge d'Irun où j'ai récupéré une nouvelle crédentiale (le "passeport" du pélerin) qui retracera les étapes du Camino del Norte...

Je reprends assez vite mes habitudes de pèlerine ! L'espagnol revient lui aussi, même si c'est encore balbutiant (¿ PUEDE HABLAR MENOS RAPIDO POR FAVOR ?).

Je rencontre beaucoup de jeunes à l'auberge mais aussi davantage de pèlerins "expérimentés". On est pas mal à être d'abord passés par le Francés avant d'atterrir ici.

Tout le monde s'accorde pour dire qu'une fois qu'on a attrapé le virus il est difficile de ne pas y retourner.

Ci-dessous, ma tronche de "j'ai dormi 5h" et mon doux Gregory, le quai du train qui m'a conduit de Hendaye à Irun et mes 2 crédentiales sur fond de jambes en l'air. Ultreïa !

En bas ma Crédentiale du Francès avec les deux périodes 2011 et 2016
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Second baptême du feu

Lever 6h ce matin pour un départ à 7h vers San Sebastián ! Nuit troublée par mon voisin de dortoir dont la sympathie égale le volume sonore nocturne.

Dès 5 minutes de marche à la sortie d'Irun, j'en ai pris plein la vue. Un paysage verdoyant, entre mer et montagne...

Mes jambes aussi ont apprécié le voyage. Je m'attendais à commencer par une étape de 26 km, longue, mais pas aussi corsée.

Un peu plus d'une heure après mon départ et déjà une montée ardue, je croise un basque qui me demande quel itinéraire je vais prendre : la mer ou la piste. Par réflexe, je réponds la mer, mais en réalité il m'apprend qu'il y a deux itinéraires pour cette étape.

500m plus loin j'arrive au croisement en question. Tout droit, la route (le chemin plus plat), à droite, un espèce de "chemin" qui consiste en fait à escalader le flanc d'une montagne, qui ressemble à un mur, avec seulement quelques racines et pierres pour poser les pieds. Ils préviennent sur le panneau qu'il vaut mieux être chevronné mais que la vue sur la mer est magnifique et puis, c'est la voie officielle.

Alpiniste chevronnée ? J'ai bien mérité mon chamois en carton

Forte de ma connaissance du documentaire que j'ai regardé sur arte en 2013 sur l'alpinisme, je me lance. Au bout de 3 minutes, solidement accrochée à un arbre et regardant derrière moi, je finis par me demander si c'est bien raisonnable. Je suis de toute façon perchée trop haut et la descente m'effraie plus que la montée, je poursuis mon ascension !

Plus tard, en consultant mon guide / appli (j'utilise Buen Camino) j'apprends que j'ai effectivement grimpé 300m d'altitude en une demie heure, l'image du mur est donc à peine exagérée. Le guide déconseille cette voie, réservée aux pèlerins "alpinistes" chevronnés. Pour l'avoir fait, je proteste fermement, à condition d'avoir la condition physique et un penchant pour le risque ça reste faisable et cela vaut l'effort.

Arrivée en haut de la crête, les vues panoramiques sur Irun, l'océan, la vallée, depuis les différentes "tours" en pierre, sont juste incroyables.

Mes photos ne rendent pas suffisamment honneur à la réalité, c'était magique et j'étais fin heureuse, perchée sur ma montagne. Après LA montagne il y en a eu une autre, une autre montée, une autre descente, une autre... Ce fut long ! Et intense. Peu de répit sur cette étape. J'ai redécouvert plein de muscles de mes cuisses et de mes fesses ainsi que l'utilité de mes genoux, particulièrement en descente.

Le chemin passait aussi par de grandes pâtures où je marchais au milieu des vaches et chevaux, avant de se poursuivre en forêt (cette fois une longue descente vers Pasaia).

23 km plus tard, vers midi, j'arrive enfin à Pasaïa où je m'arrête pour manger et reposer mes pieds... Il me reste encore 4 km pour arriver à San Sebastián. Je prends un petit bateau pour rejoindre l'autre rive et poursuis ma route... Jusqu'à la mer.

Je tenais à arriver dès aujourd'hui à San Sebastián pour pouvoir enfin me baigner dans cet océan que j'observais de loin jusqu'ici. La baignade fut salutaire pour mon corps, les vertus régénératrices d'un bain de mer (dans l'eau un peu fraîche) sont vraiment idéales après une telle journée.

Cette voie très difficile m'a fait le même effet que Roncevaux (cf. "itinéraires"). Je me dis que si j'ai pu dès le premier jour venir à bout de ces montagnes sans plus de bobo qu'une petite ampoule au pied, j'irai loin !

Une super journée en résumé, j'ai rencontré au petit déj et sur la route des pèlerins vraiment chouettes (beaucoup de français, un catalan, pas mal d'espagnols) dont beaucoup démarraient aussi d'Irun, c'était encourageant.

Avec 27 km de montagne dans les pattes et des boules quies en poche, rien ne saura troubler mon sommeil. Ultreïa !

Vu à San Sebastián #CiudadLibre
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Holà,

Petite étape hier, 16 km (+ 3km pour aller à la playa). J'ai passé la nuit à Orio dans une super albergue (San Martin). Diner partagé avec deux français gilets jaunes : on a parlé "Macron Démission" et corruption des élus, le repas était animé !

Grande baignade hier dans l'océan, les vagues sont parfaites pour vite se mouiller malgré la température pas très caliente, de beaux rouleaux qui donnent envie de faire du surf.

Sur le chemin vers Orio

Aujourd'hui je marche le long de la mer, un peu moins de montagne (j'espère) car jusqu'ici je n'ai quasiment eu que ça !

Je dois dire que c'est la grande forme, seulement une ampoule au compteur et pas franchement handicapante. Il fait plus chaud qu'à l'arrivée, je m'adapte...

Me suis réveillée avec une magnifique vue sur la montagne et prends mon petit déj devant la mer à Zarautz : Le pied.

Chocolate con churros, zumo y... Mare
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Je vous écris de l'auberge d'Ibiri (après Deba). Le soleil se couche sur les montagnes...

Je sors d'un excellent dîner partagé avec d'autres pèlerins : poulet, pommes de terres et petits piments. La marche exacerbe mon appétit, qui étonne toujours au regard de ma corpulence. C'est agréable de partager un copieux repas chaud !

A Zumaia, la nuit dernière, j'ai dormi dans un ancien couvent après un dîner en ville avec un irlandais et une suissesse, c'était intéressant d'avoir leur point de vue notamment sur le brexit et l'Europe, mon fédéralisme était encore loin de faire l'unanimité mais nous avons passé un très bon moment. On a pas seulement parlé brexit, je vous rassure. Et c'est toujours plus drôle de parler politique internationale après 3 verres de vin espagnol.

Il fait de plus en plus chaud, ce qui me pousse à partir plus tôt le matin, demain lever 5h pour un départ à 6h !

Lever de soleil ce matin après Zumaia

Aujourd'hui, sur la route qui menait à Deba, j'ai choisi le GR qui longeait la mer plutôt que le chemin officiel qui traverse les montagnes. J'ai pu y observer l'hypostratotype de la transition Crétacé Tertiaire (si, si, je vous assure ! Voir la rubrique géologie de cette page pour les curieux), ce sont les strates que vous pouvez observer sur la photo ci-dessous. C'est très impressionnant. Je quitte l'océan pendant quelques jours jusqu'à Bilbao... Pour mieux le retrouver.

Crétacé ! dit la baleine.

Le Camino del Norte est décidément très montagneux (et plus difficile que le Francés), il met nos corps à rude épreuve mais j'ai bien pris le rythme. La principale difficulté est de trouver des hébergements, pris d'assaut et insuffisants au regard du nombre de pèlerins, je ne m'attendais pas à une telle affluence sur ce chemin.

Mon franco-espagnanglais est de nouveau maîtrisé et me permet de parler avec beaucoup de monde, et même de faire des blagues douteuses en 3 langues différentes. J'ai bien sympathisé avec une flamande et une autre suissesse, qui a du s'arrêter de marcher pour la journée au regard de l'état de ses pieds.

Espérons que les miens me portent encore très loin... Ultreïa !

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Ces 2 journées ont été assez pluvieuses sur le Camino et ça continue mais ce n'est pas désagréable, il continue de faire bon et cela me permet de faire de plus longues distances sans trop souffrir de la chaleur.

2 X 27 km ces deux derniers jours ce qui me fait donc largement passer le cap des 100 km !

Samedi j'ai passé la nuit dans un magnifique monastère près de Zenarruza (monasterio de Ziortza), nous avons été accueillis gracieusement par des moines et l'ambiance était très chaleureuse.

On commence à bien se connaître entre pèlerins même si je rencontre chaque jour de nouvelles personnes, hier un italien très sympa que je vais retrouver à Bilbao. J'essaie de dérouiller mon italien mais heureusement il parle aussi anglais et espagnol (et football).

Monasterio de Ziortza

Après un passage à Guernica, très bonne soirée hier à Pozueta dans une petite albergue familiale. J'ai joué aux dominos avec 3 basques et on a passé quelque chose comme deux heures à essayer de faire entrer des palets dans la bouche d'une grenouille (en métal, inutile de prévenir la SPA) avec la team de pelgrinos de toutes nationalités, c'était drôle.

Le Camino ce n'est pas juste marcher c'est aussi un mode de vie à part avec ses rituels, ses moments de convivialité, son rythme... Il y a quelques chose d'assez utopique avec des valeurs très fortes de respect, de solidarité. C'est aussi une communauté qui se forme et cela donne quelque chose de très fort à vivre.


A Guernica

La religion est moins présente je trouve que sur le Francés, il y a moins d'églises et de chapelles ouvertes par exemple, et moins de messes. J'ai fait ma première messe au monastère, on a chanté en espagnol, l'office était tenue par pas moins de 8 hommes. Cela me fait toujours bizarre. J'aimerais que l’Église évolue au même rythme que la société. Il y a je trouve quelque chose d'anachronique dans cette non mixité, le célibat des prêtres qui pousse aux abus, on le sait envers les enfants, mais aussi les femmes religieuses (cf. l'excellent documentaire d'arte à ce sujet diffusé en mars 2019).

Si j'aime le fait de se retrouver ensemble pour se recueillir, chanter, et un certain nombre de valeurs portées par le catholicisme, j'ai toujours autant de mal à me reconnaître dans l'institution que je trouve archaïque et profondément sexiste.

J'ai lu un très bon article hier dans El correo sur le phénomène des "Manadas", des abus sexuel collectifs perpétrés le plus souvent sur des mineures par de jeunes espagnols. Je vous partage l'article en espagnol mais je prendrai peut être le temps d'y revenir à mon retour. L'article met en évidence, en s'appuyant sur le témoignage d'experts, que ces comportements ne sont pas le fait de "malades mentaux" comme on l'entend beaucoup, mais la conséquence d'une éducation et d'une culture profondément misogyne qui conduit à percevoir la femme comme inférieure, et donc à la disposition de l'homme.

C'est intéressant de voir comment le sujet est appréhendé ici en Espagne. Sur le Camino, je n'ai pas souvenir d'avoir jamais reçu de marque d'irrespect ou été l'objet de comportements sexistes entre pelegrinos. On est pèlerins, point barre.

Je rencontre de nombreux (plus) jeunes sur le chemin, hier une lyonnaise orthophoniste, et je suis heureuse de voir que nous partageons des préoccupations communes. Beaucoup cherchent à voyager moins loin pour réduire leur impact écologique (avion...) et privilégient des voyages "alternatifs" qui répondent à leur quête de sens. En échangeant avec ces jeunes qui viennent de partout et partagent des valeurs fortes et une "conscience" civique et environnementale, je me dis qu'il y a peut être encore un espoir qu'on arrive à rectifier le tir. Ultreïa !

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Alors que je quittais une jolie Albergue perdue en pleine montagne avec des poules lâchées en liberté, le retour à la "civilisation" à été particulièrement difficile.

Avant d'arriver à Bilbao, depuis Lezema, le Camino del Norte prévoit un itinéraire longeant une 3 voies sur plusieurs km dans une espèce de zone industrielle avec avions qui frôlent les bâtiments, odeur de caoutchouc brûlé, pots d'échappement, niveau sonore particulièrement élevé, et même passage près d'une décharge / feraillerie juste avant de retrouver la montagne (non sans passer au dessus d'une autoroute).

Tout ce que l'homme a fait de meilleur.

Autant dire que cela m'a passablement mise de mauvaise humeur et que mes pieds boudaient autant que le reste.

Heureusement, je venais de publier le dernier article sur la route dans un café en mangeant mon deuxième desayuno de la journée (mon appétit ne connait plus aucune limite) et vos commentaires m'ont fait très plaisir et redonné du courage !

Ça, c'est moi de meilleure humeur le lendemain matin (Bilbao)

Une fois à Bilbao, j'ai découvert une grande ville vivante et agréable.

A peine le temps d'une douche et je partais à la conquête du musée Guggenheim que je découvrais pour la première fois. J'y suis allée avec Alessandro l'italien, on a parlé épanouissement au travail et choix de vie. Il a quitté son emploi de "lawyer" (avocat) il y a 3 ans et ses 12h de travail journalier pour ouvrir un Bed and Breakfast avec sa sœur, à Rome. Et il est heureux, malgré ses vilaines ampoules.

J'ai trouvé ça inspirant.

A l'entrée du musée, à Bilbao

A Guggenheim, je me suis sentie à la fois petite, face à des œuvres souvent monumentales, et comme une enfant face à ces artistes qui repoussent les limites de l'art, provoquent et font appel à chacun de nos sens. Ce musée est un peu pour moi un grand terrain de jeux et "d'éveil".

J'ai aimé la façon dont Michel Serrât joue avec l'espace avec de colossales formes découpées dans le métal dans lesquelles ont est appelés à circuler comme dans un labyrinthe.

Touchée surtout par le travail de Anselm Kieffer que je trouve particulièrement expressif.

Ça rend mieux en vrai (sans blague)


Mon dernier coup de cœur c'est l'araignée qui trône devant le musée, impressionnante et comme "vivante", je m'attendais presque à ce qu'elle se mette à bouger.

Ce que j'aime dans l'art moderne, c'est aussi la possibilité qui nous est donnée de toucher certaines œuvres, c'est ce qui me frustre parfois dans les musées. J'aimerais passer mon doigt pour sentir le relief de la peinture, les matériaux utilisés... Ce qui est le plus souvent impossible pour préserver les œuvres.

Arachnophobes, s'abstenir.

Guggenheim c'est aussi deux salles complètes dédiées à des natures mortes (d'un italien donc j'ai oublié le nom) qui nous a laissés dubitatifs voire franchement moqueurs. Une rétrospective dédiée à Fontana était aussi exposée. Certaines de ses œuvres pourraient, à mon sens, être attribuées à Wolverine.

Il s'est pas foulé Wolvie.

Je suis arrivée vers midi à Portugalete, à une quinzaine de kilomètres de Bilbao. Je n'ai pas voulu aller plus loin, mon corps avait besoin d'une pause. La ville est portuaire et industrielle mais moins laide que ce que l'on me décrivait.

Si tout va bien, je prendrai la route demain pour Castro Urdiales où j'ai très envie de prendre un long bain (loin des gros bateaux et des usines), la mer me manque. Ultreïa !

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Je vous écris de Guemes, l'albergue la plus emblématique du Camino del Norte.

Guemes

Cet endroit est non seulement un refuge, un lieu communautaire, mais aussi un endroit propice à la réflexion.

J'ai passé beaucoup de temps ce matin à la bibliothèque, à lire et écrire. Un bureau rempli de souvenirs du Père Ernesto qui nous reçoit. Tout est ouvert, le lieu regorge de trésors laissés à la portée de chacun en toute confiance. Des livres, de vieux appareils photos, des milliers de photos sur diapositives de ses voyages partout dans le monde et des centaines et milliers de pèlerins qu'il a pu rencontrer ou se sont succédés dans cette albergue. Un bureau, du papier, des stylos, de vieux postes radios comme je les aime, et du bazar précieux.

Un véritable sanctuaire.

Mon nouveau QG

Tout est fait pour que chacun se sente chez lui et s'approprie le lieu. Il est peu question de catholicisme. Le lieu est ouvert à toutes les religions, toutes les cultures et fait appel aux valeurs communes. La vie et l'amour sont célébrés en dehors de tout dogme.

L'atmosphère est sereine, légère.

Je crois que j'aimerais rester longtemps ici ou y revenir. L'auberge est gérée par le père et plusieurs bénévoles, dont plusieurs pèlerins qui s'arrêtent parceque leurs pieds ne leur permettent plus d'avancer, et d'autres passés par ce lieu les années précédentes et qui ont souhaité contribuer à le faire vivre. L'auberge fonctionne au donativo (don responsable en fonction de ses moyens). Nous sommes nourris, accueillis, soignés.

Padre Ernesto

Sur les murs de l'ermitage où je me trouve, une grande fresque décrit des personnes usées et lassées par la société de consommation et l'individualisme, qui prennent le chemin de Compostelle.

Elles re-apprennent à regarder, à ouvrir les yeux vers la nature, vers les autres. Elles re-apprennent à marcher, à avancer. Se laissent guider par les flèches jaunes et coquilles qui jonchent le chemin.

À travers la difficulté du chemin, pour le corps, parfois pour l'esprit, elles re-découvrent l'entraide et la fraternité.

Le partage, avec des inconnus qui ne le restent pas longtemps. L'éveil, la libération.


Cela fait exactement deux semaines que je marche sur le Chemin del Norte et cette étape marque pour moi un tournant.

Je me sens bien. Apaisée. À ma place.

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Les chemins sont aussi fait de détours et d'imprévus...

Arrivée à Santander après Guemes, j'ai décidé de quitter le littoral pour me perdre dans les montagnes, dans le petit village de Potes (à une cinquante de kilomètres de la côte).

Le village, traversé par une rivière, est composé de jolies maisons en pierre et de petits restaurants très agréables. Il se situe à l'entrée du parc naturel "Picos de Europa", très prisé par les randonneurs. C'est ici que j'ai posé mon sac pendant quelque jours avec Alessandro (qui ne pouvait plus marcher à cause de grosses ampoules aux pieds), avant son retour à Rome.

Potes

Après deux jours passés dans la (très) grande ville de Santander, j'y ai passé de merveilleux moments au milieu des montagnes.

Depuis Potes, nous nous sommes rendus à Fuente De où nous avons pu accéder grâce au périphérique à un superbe point de vue sur les montagnes, à 850m d'altitude.

Fuente De

Alessandro retourne à Rome, ses pieds refusant de cicatriser.

Avant de reprendre seule le Camino del Norte, je me suis arrêtée à Urdon pour grimper jusqu'à Tresviso, une randonnée mythique de montagne qui nous a été recommandée par le Père Ernesto à Guemes. Dans le village de Tresviso, il est d'ailleurs bien connu tout comme son albergue de Guemes.

850m de dénivelé pour 12 km aller-retour dans des paysages grandioses... Du Rio Urdon jusqu'au dessus des nuages, la montée est aussi impressionnante que difficile. Je ne sais pas si j'aurais pu le faire avec autant d'aisance et de confiance en mon corps il y a 10 jours.

C'est bon de se sentir forte et de pouvoir relever de nouveaux défis.

Urdon - Tresviso

Je reprends le chemin depuis Santander après cette jolie parenthèse en montagne dont je garde de merveilleux souvenirs.

Ultreïa !

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Ces derniers jours, j'étais partagée entre nostalgie et bonheur de marcher de nouveau (seule) plusieurs heures par jour.

En cette dernière semaine de route, je pense à la suite, à ce que ce Camino m'a appris et apporté, et quelle empreinte il laissera sur ma vie une fois que je serai rentrée en France.

Le chemin depuis Santander me semble plus facile, mon corps s'est habitué au poids de mon sac et mes pieds ne me font plus souffrir, si ce n'est mon tendon d'Achille gauche un peu fatigué qui m'empêche de marcher plus de 20km par jour (mais c'est déjà une bonne moyenne).

Petite pause bien méritée

Après Santander, à Requejada (une halte très moche mais j'étais trop fatiguée pour continuer...), j'ai passé la soirée avec Anaëlle, une Sud-africaine de 36 ans.

Nous étions seules dans le refuge. Dans un petit bar rempli d'habitués, on a beaucoup discuté de nos vies, se trouvant de nombreux points communs, rigolant souvent et abordant aussi des sujets plus intimes. On a toutes les deux passé une excellente soirée, c'est étonnant de pouvoir partager des moments aussi forts avec quelqu'un qu'on vient tout juste de rencontrer, dans une langue qui n'est pas notre langue natale (en anglais).

Elle m'a parlé de son quotidien difficile en Afrique du Sud et des conséquences de l'apartheid. Je découvrais une situation que je ne mesurais pas, plus de 20 ans après le décès de Nelson Mandela.

Depuis Santander, j'ai marché jusqu'au petit village de Santillana del Mar, très pittoresque.

Santillana Del Mar

Comme son nom ne l'indique pas, on ne trouve pas la mer à Santillana del Mar .

J'ai pu en profiter les jours suivants : à Comillas, puis juste avant San Vicente où je me suis arrêtée sur une plage de surf avec de magnifiques vagues...

Je ne pouvais pas résister plus longtemps à l'envie de me procurer un bodyboard pour défier à mon tour l'océan (à mon modeste niveau, la dernière fois que j'ai essayé de monter sur une planche de surf j'ai fini par la prendre sur la tête, mais je compte bien m'y remettre !).

Anaïs de... Vicente

Les paysages étaient très agréables ces derniers jours, beaucoup de petits villages loin des agglomérations. Avant San Vicente, j'ai notamment traversé le parc naturel de Oyande qui est juste superbe. Sur la route, j'ai trouvé du Mimosa qui m'a fait penser à la fois à ma maman, dont c'est la fleur préférée, ainsi qu'à une certaine escapade bretonne.

La température, clémente, me permet de prendre mon temps et de marcher plus tard dans la journée, jusque 16h environ. Je vous écris depuis La Franca, dans un petit camping près de la mer. Demain je prendrai la route vers Llanes, profitant au maximum de mes derniers jours.

Oyande et San Vicente

Mes proches commencent à me manquer, je pense au moment où je les retrouverai pour adoucir l'idée de mon départ qui approche.

J'ai toujours plaisir à lire vos messages, y compris venant de personnes que je ne connais pas personnellement qui me disent que ces aventures partagées les font "rêver"... Je suis heureuse de continuer à partager ce rêve en dehors du temps, de la vie quotidienne et quelque part aussi de la société, que j'ai la chance de vivre. Ultreïa !

*Passion vaches*
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Raining cats and dogs !

Derniers jours de mon périple, le temps est très changeant et les paysages sont plus beaux que jamais.

Sur la côte Asturienne, la falaise apparait comme sculptée par le vent et la mer se déchaine. De cavités dans lesquelles s'engouffre l'eau de mer apparaissent dans un bruit sourd des geysers spectaculaires.

Aux environs de Llanes 

Après Llanes, les pèlerins se font rares. Je sens que la fin du chemin approche. J'ai du mal à le quitter mais m'y résout après quelques heures à marcher sous une pluie torrentielle. Je rebrousse donc chemin jusque Celerio. Mes chaussures de randonnée mettront littéralement 3 jours à sécher !

C'est à Oviedo que je passe ma dernière journée à admirer la Cathédrale et à découvrir cette très belle ville au croisement du Camino del Norte et du Camino Primitivo. J'ai quitté le chemin sereine, me promettant de revenir un jour pour le poursuivre à travers les Asturies et jusqu'en Galice.

Oviedo et l'incontournable "claquettes - chaussettes" (cf. chaussures mouillées) 

Le chemin continue

Cette évasion sur les terres espagnoles, qui me sont désormais familières, m'a donné envie de continuer de voyager et en particulier de découvrir l'Europe. Un voyage peut ouvrir sur un autre, aussi j'ai décidé de partir en Italie pour découvrir Rome mais aussi... Les Dolomites (sublime région montagneuse au Nord de l'Italie).

Mon excursion de plusieurs jours à Picos de Europa, dans les montagnes et l'ascension du Monte Tresviso m'a beaucoup marqué. J'ai très envie de me perdre (ou me trouver ?) une nouvelle fois dans les hauteurs. La montagne, c'est quelque chose de nouveau pour moi et une réelle découverte. A Picos de Europa, je suis tombée amoureuse.

Amoureuse de l'adrénaline que procure la perspective d'une ascension difficile. Amoureuse de la diversité du paysage qui évolue, de la rivière qui coule à son pied aux virages qui sillonnent ses flancs jusqu'au sommet vertigineux. Amoureuse de l'impression qu'on atteindra peut-être jamais sa cime, de la satisfaction quand enfin on l’aperçoit puis qu'on la foule. Amoureuse de cette sensation d'être vraiment toute petite face aux éléments naturels à la fois gigantesques et millénaires.

Je reviens du Camino ressourcée, pleine d'énergie, créative et prête à gravir de "nouveaux sommets". Merci d'avoir suivi cette aventure, souri poliment en lisant mes blagues nulles, vibré à l'écho des mes envolées lyriques, accompagné mes révoltes féministes et anticléricales ou partagé mes réflexions sur l'art.

Ce partage vous donnera peut-être aussi envie de partir...

Marcher sur les chemins de Compostelle est une expérience à part. Elle est pour moi une façon de s'éloigner de sa vie de tous les jours pendant un temps.

Si je pars, c'est toujours pour "mieux revenir". Et ce n'est pas une formule.

Partir permet d'apprécier les petites choses du quotidien qui ont pu nous manquer, de retrouver les gens qu'on aime. Partir permet aussi de prendre du recul.

Qu'est-ce que j'aimerais changer dans ma vie de tous les jours ? Qu'est-ce qui me rendait si heureuse pendant ce voyage, et comment pourrais-je faire en sorte de le retrouver au quotidien ?

Partir permet enfin et surtout de se souvenir (ou de réaliser) ce qui est important et ce qui vaut la peine d'être défendu.

C'est avec ces questionnements et un certain nombre de réponses que je suis revenue en France, avant d'entreprendre en octobre, un nouveau voyage en Italie. Ultreïa !