Par Alou
Le Sulawesi, c'est un peu comme un roman de Bukowski, un joyeux bazar !
Juillet 2014
3 semaines
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Le Sulawesi est un archipel indonésien assez éloigné de Java. Il faut commencer l'aventure par deux jours d'avion sur diverses compagnies au confort et à la sécurité très variés pour arriver à Manado...

A peine avons nous posé le pied à l'aéroport que nous nous rendons dans un fast-food à la rencontre de jeunes du coin. Nous leur expliquons que nous cherchons un volcan en éruption dans le secteur en ce moment, si possible le plus en colère, celui où l'on peut voir rouge ! Ni une ni deux, les voilà qui contactent pour nous le centre de vulcanologie du secteur. Quelques minutes plus tard, nous ouvrons la carte et les voyons tracer une croix au milieu de l'océan au nord de l'île sur laquelle nous venons d’atterrir. Un caillou perdu à quatre heures de bateau. Nous remercions pour l'aide apportée et nous voilà partis pour le port.

Une fois au port, il faut attendre un peu pour embarquer dans le seul bateau qui part chaque jour sur l'île de Siau. L'attente est longue, nous sommes épuisés et devons malgré tout faire le show. Il est rare de voir des personnes à la peau si claire dans les environs semble t-il. Les gens viennent nous saluer, certains jeunes enfants se mettent à pleurer car c'est la première fois qu'ils voient des être si pâles, des femmes enceintes viennent me toucher le nez, cela pour souhaiter que leur enfant ait un nez pointu et devienne donc riche puisque c'est bien connu, les gens riches sont ceux qui ont le nez pointu...

Puis on commence à charger les poules, les sacs de riz, les fruits, les motos dans le bateau qui s'avèrera plutôt confortable. Je réalise que les personnes autour de moi vivent à plus de vingt-quatre heures de trajet de la capitale de leur pays et qu'une fois sur l'île, l'hôpital le plus proche sera sans doute celui de Singapour. J'ai une impression de bout du monde. Sans doute la première que j'ai jamais ressenti malgré mes quelques périples antérieurs.

Nous débarquons quatre heures plus tard sur l'île de Siau. Apparemment, il nous faut contacter un certain Dominique, le seul de l'île avec qui nous n'aurons pas trop de mal pour dialoguer. En effet, nous avons passé le début du séjour à dessiner des choses diverses et variées sur un petit carnet ; c'est avec le mime, un des moyens de communication les plus efficaces ...

Une fois Dominique trouvé, nos plans pour les prochains jours prennent un peu forme. Nous avons même une chambre ou dormir ... chez l'habitant, une vieille dame bien sympathique mais peu causante. J'ai lu à quelques part, que l'anthropophagie n'avait réellement cessé dans cette région peuplée par les bugis que dans les années 1970 ! Cette vieille dame aurait donc peut être encore un peu chair humaine coincée entre les dents ?!

Après deux jours de transport, nous ne dormirons encore pas cette nuit ... non pas que j'ai peur d'être mangée par la grand mère durant mon sommeil, mais parce que l'occasion de voir le tarsier se présente et qu'il est difficile de refuser !

Après deux heures de marche dans la jungle, nous voilà face à face avec ce petit animal nocturne :

• • •

De retour à notre chambre, il est trois heures du matin, je m'endors sans lutter, grand-mère cannibale ou pas ...

Le lendemain, après un petit déjeuner indonésien fait de riz et de fruits rigolos, les choses sérieuses commencent. Nous étudions nos possibilités d’ascension du Karengateng. Il est du genre explosif et on ne sait pas encore très bien de quel côté les scories peuvent retomber ... Décision est prise de se rendre le soir au centre d'observation basé sur le flan du volcan et de voir avec les scientifiques sur place pour la suite.


Nous passons une nouvelle nuit blanche, cette fois pour observer cette merveille du bout du monde qu'est le Karengatang en éruption. Nous ne pourrons malheureusement pas beaucoup nous éloigner du centre d'observation, le volcan passe la nuit à projeter des blocs de pierres en tous sens, cependant la coulée de lave est contenue sur un seul flanc du volcan ... on se dit que çà pourrait se jouer de jour en ayant une pleine visibilité sur les projections ...

Le sismographe, la grosse tâche noire indique que c'est plutôt actif ...  

A part çà, sachez que les vulcanologues indonésiens aiment beaucoup le Toblerone et les Mentos et que mes stocks de survie y sont passés en une seule soirée ... Du coup, les trois prochaines semaines ce sera riz, oeufs, fruits et puis riz, oeufs, fruits ...

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De retour sur l'île principale du Sulawesi, nous prenons le temps de nous balader aux alentours d'autres volcans sympathiques et de découvrir des animaux auxquels nous ne nous attendions pas.

On commence avec le Lokon, ascension facile pour accéder à un petit cratère rempli d'acide bouillonnant. Ça fait peur dit comme çà, mais çà ne semble pas pire qu'un coca-cola bouilli... après ai-je envie de tomber dans du coca-cola bouillant ? C'est une autre question à laquelle je vais songer sur le rebord de la marmite.

L'odeur de souffre est assez désagréable. Il faut s'imaginer un œuf pourri. Mais les couleurs de ce petit cratère, vert, bleu, jaune, aident à faire oublier ce désagrément.

On enchaîne avec le Soputan. Alors celui-là me laisse des souvenirs impérissables. On commence par se rendre à la campagne ... la vraie de vraie du fin fond de l'Indonésie. L'indonésien qui a bien voulu jouer les chauffeurs pour nous y déposer ne voulait pas comprendre que l'on souhaitais descendre ici, un petit village, pas de magasin, pas d'hôtel, pas de restaurant ... rien pour deux touristes en goguette. On le rassure en lui expliquant qu'on veut réaliser l’ascension du volcan qu'il voit en face de lui ... mais c'est pire, il essaie de nous convaincre de renoncer ...

Souvent, en Indonésie, les volcans font peur aux populations locales. En effet, les plus isolés ne disposent pas de centres de recherche, ce qui rend les éruptions imprévisibles et les populations qui profitent des terres riches au pied de ces volcans très vulnérables. Nous parvenons malgré tout à nous séparer de notre chauffeur. Et c'est parti pour une traversée de village mémorable... On contourne les poules, les cochons qui squattent la route principale. J'ai la chance de parler un peu l'indonésien et tente d'expliquer aux jeunes qui squattent les marches de l'église que l'on cherche un guide pour nous conduire au Soputan. Malheureusement, je parle la langue officielle, le bahasa indonesia, appris à Java près de la capitale et du pouvoir central, mais les sulawesiens parlent encore en majorité des dialectes locaux. C'est donc reparti pour le mime, les dessins ... Tous les jeunes s'activent interpellent des gens dans la rue. Nous sommes entraînés d'une maison à l'autre pour être exhibés à la sœur, au père, au cousin, on veut nous offrir le thé ...

Et enfin nous tombons, sur la bonne maison, une dame nous fait entrer. Nous expliquons que nous souhaitons réaliser l'ascension cette nuit mais qu'un guide est nécessaire. Elle sort un instant pour revenir avec son mari, le Mike Horn du coin, botte en plastique et machette, on sait déjà qu'il sera parfait pour nous guider jusqu'au cratère. On discute prix, mais aussi repas. Ce n'est pas avec nos deux barres de céréales que l'on va tenir. Voilà notre Mike Horn qui nous désigne du doigt une poule qui traverse le salon pour passer de la rue à l'arrière cour. Nous faisons mine de ne pas comprendre ... mais le voilà prêt à faire sa fête à la cocotte pour que nous ayons de quoi dîner. On tombera finalement d'accord sur du riz et des œufs. La mission sauvetage de la cocotte a réussi !

Et donc, nous voilà parti de nuit. L'ascension est longue. Nous dormirons un peu en chemin mais avec seulement des couvertures d'avion pour se tenir chaud. La fin de l'ascension est démoralisante car on s'enfonce dans la cendre jusqu'au mollet et chaque pas est terriblement éprouvant. Arrivé au premier cratère, nos deux guides (Mike et un jeune du village) refusent de nous conduire au cratère sommital. Leurs croyances les en empêchent et rien ne les fera changer d'avis. Ce n'est pas très grave, le brouillard, le vent et la cendre sous nos pieds nous auraient sans doute fait renoncer malgré tout.

La descente se fait de jour et nous pouvons profiter d'un jungle luxuriante et du village qui s'éveille.

Ne dirait-on pas un Turner ?! Ahah ! 


Même si les animaux nous intéressent moins que les volcans, on ne pouvait pas passer à côté des macaques à crête noire et du couscous qui n'a rien à voir avec la gastronomie ... enfin tant qu'on ne décide pas de plumer ce fabuleux oiseau aux mille couleurs. Pour agrémenter le tout, nous avons même eu droit à un cobra du Sulawesi !

Ça a l'air dur la vie ! 
Très difficile à photographier, une vraie diva ! 

Et puis, c'est la fin du voyage, je passe sur les petites haltes dans des endroits fabuleux, les échanges avec des personnes sympathiques et toujours prêtes à rendre service à ces drôles d'énergumènes obsédés de volcans, les plongées avec des poissons colorées ... l'Indonésie a une fois de plus ravit mon cœur.