Carnet de voyage

Le défi du GR20

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Dernière étape postée il y a 1110 jours
J'ai rêvé marcher sur ce mythique sentier de 180 km qui traverse la Corse. Et me voici enfin sur place pour réaliser ce projet ! Y a plus qu'à !
Septembre 2019
2 semaines
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Publié le 19 septembre 2019

Connu comme étant le « GR le plus dur d’Europe », j'avais envie de vérifier par moi-même ce titre ! Est-il vraiment plus dur que l'ascension du Mont-Blanc ou que toute autre randonnée alpine ? Vais-je devenir une « GR20tiste » ? Vais-je souffrir, galérer, avoir des courbatures, mal au dos, aux jambes... ? Vais-je préférer la tente aux ronflements des refuges ? Vais-je rencontrer de belles personnes comme tous ceux qui l'ont déjà fait semblent le souligner ? Ce trek, sera-t-il un challenge de plus ou une expérience inédite ?

Un seul moyen de le savoir : le vivre !

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Publié le 19 septembre 2019

Le GR20 ne s’improvise pas, il se prépare et s'organise.

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L'aspect physique

A moi les séances de gainage pour muscler mon dos, le running à Montmartre pour parfaire mes genoux, les heures quotidiennes de vélo pour limiter les dégâts au niveau de mes rotules, le yoga etc.

J'ai adoré cette période d'entraînement malgré qu'elle fut trop courte selon moi. J'avais l'impression de faire partie d'un projet unique. Je ne suis évidemment pas la seule à le faire mais c'était assez spécial pour moi. Voilà déjà quelques années que j'y pensais, que j'en avais envie mais que je n'osais pas me lancer.

Après l'ascension du Kilimandjaro, du col de Thorong-La au Népal, de nombreux treks fatiguants, voire même épuisants mais toujours extraordinaires, j'ai voulu profiter de mon année sabbatique pour réaliser ce défi sportif.


L'équipement

Me voilà donc entraînée, il faut maintenant optimiser le sac à dos que je vais porter pendant 15 jours. Plus il sera léger, mieux ce sera !

  • 1ère tentative : 10,4 kg sans la nourriture ni les 2L d'eau par jour. Beaucoup trop lourd ! Commence alors une longue réflexion pour alléger le sac et optimiser la place à l'intérieur.
  • 2ème tentative : je change de sac de couchage et gagne ainsi 380g, en espérant que j'aurais autant chaud la nuit ! Je retire également des choses qui, je l'espère, ne me seront pas utiles à 100%. Résultat : 8,4kg. C'est 1,9 kg de moins mais c'est toujours trop lourd. Car à ce poids, je dois ajouter l'eau et la nourriture, soit environ 4 kg. Or mon objectif est de ne pas dépasser les 10 kg au total.
  • 3ème tentative : allez, j'enlève 2 tee-shirts, 1 pantalon plus épais que les autres, le bonnet que je remplace par un tour de cou, la protection de mon chargeur externe (je gagne encore quelques centaines de grammes), les tennis légères du soir que je remplace par des petites tongs...). Résultat : 8 kg. C'est mieux mais pas encore assez. J'aimerais bien enlever encore 2kg mais là, je suis face à un dilemme. Toutes les choses essentielles sont dans le sac. Si j'enlève quelque chose, je risque d'avoir froid, d'être trempée s'il pleut, d'être malade, de brûler au soleil... Il me reste une seule solution pour enlever encore quelques grammes...
  • ... 4ème tentative : j'enlève quelques pansements, je coupe mon savon en 2 et n'en garde qu'une moitié, je retire 1 paquet de mouchoirs, je jette les boîtes des médicaments (certains ressemblent à des grosses pilules blanches sans leur boîte - #drogue - j'espère ne pas me faire arrêter à l'aéroport lol), je retire également le petit ciseau qui m'aurait été bien utile tout de même mais tant pis... Je repèse le sac en me disant que malheureusement, je ne peux vraiment pas faire moins donc il faudra que je fasse avec ! Poids final et définitif : 7,8 kg. En ajoutant 2L d'eau et 1kg de nourriture par jour, je voyagerai donc avec environ 11 kg au total sur le dos pendant 2 semaines. Ça va le faire... #jememarre #jenesaispassimesepaulestiendront #memepaspeur #quoique...

Voici la liste de mon équipement : que les meilleurs trekkeurs me disent comment j'aurais pu faire moins SVP 😀 (pour le savon multi-tâches qui aurait pu servir de shampooing+gel douche+lessive+vaisselle, j'avais déjà testé mais j'avais été vraiment déçue, ça ne lave pas grand chose donc j'ai préféré prendre un petit tube de shampooing + 1/2 savon + 1 tube vaisselle/lessive. Vous allez me parler de savon d'Alep mais vous ne connaissez pas mes cheveux, this is IMPOSSIBLE with curly hair lol !)

Au final, j'aurais tout utilisé à l'exception d'un tee-shirt et des lingettes car nous avons pu nous doucher tous les soirs aux refuges/gîtes et ça, c'était la bonne surprise du GR ! Que ce soit à l'eau froide (que dis-je : gelée / vivifiante) ou chaude (2€), le plaisir de se laver était bien là !

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Publié le 19 septembre 2019

Je ne vais pas vous décrire jour par jour ni heure par heure ce que j'ai vécu car vous finiriez par ne plus jamais revenir sur mon blog tellement j'ai de choses à raconter 😀 ! Sachez simplement que j'ai vécu une aventure incroyable, unique. Ce GR a été une belle parenthèse sportive mais aussi émotionnelle. J'ai rencontré de très belles personnes, j'ai beaucoup ri, mangé, marché, peu dormi. Les galères étaient au rendez-vous mais en équipe, elles sont toujours plus faciles et surmontables !


L'ambiance sur le GR20

Elle était particulière, très conviviale. Je n'ai pas connu d'atmosphère semblable à celle-ci durant un autre trek. Le GR20 est spécial. On aime croiser les gens sur le chemin, les retrouver le midi sur un sommet, débriefer de notre journée le soir au refuge, se conseiller pour le jour d'après, se réveiller très tôt le matin pour partir ensemble à la lampe frontale, s'entraider, passer de longs moments à parler de notre équipement etc.

D'ailleurs, hors contexte, on s'est souvent dit que les gens pourraient croire que l'on faisait partie d'une secte : "combien pèse ton sac ? Qu'as-tu mis dedans ? T'as combien de dessous et de tenues au total ? Tu prends combien de litres d'eau pour la journée ? Par où tu passes ? Vous faîtes une variante ? Est-ce que tu doubles ? A quelle heure tu pars ? Vous avez vu la météo pour demain ? Vous avez fait combien de dénivelés aujourd'hui ? Quel est le profil du terrain ? Roulant ? Est-ce que ce sont des toilettes sèches ? La douche est froide ou gelée ?..." Bref, c'est un autre monde et c'était génial de découvrir ça 😀


Quelques photos pour illustrer ce "crazyyyyy trip" !

L'équipe constante 
Le duo : mêmes cheveux, même bandeau, mêmes envies, même ville, même kiff de s'être rencontrées #coeurcoeur 
Nos boys 
Séance d'étirements en bas à gauche. Dès que l'on voyait une zone hélicoptère, on allait dessus 😀
Nos moments sunrise / sunset ensemble #encoredescoeurs 

Le profil des randonneurs rencontrés pendant le trek

Beaucoup sont des trailers, des fous de la performance mais il y a également des randonneurs "normaux" qui viennent défier les montagnes corses. Seul, en couple ou entre amis, tous ont un état d'esprit de "warrior" et j'ai adoré me retrouver au milieu d'eux ! Personne ne râle, tout le monde est là pour la même chose : réussir son GR20 en s'amusant. Le positivisme est la base même de cette randonnée si folle.

Tous sont affûtés comme jamais, ils ont le bon matériel, avancent comme des machines, ont leur propre tente, leur réchaud, préfèrent dîner au froid avec tout le monde plutôt qu'à l'intérieur de leur tente seuls... C'est assez impressionnant d'assister à ça.

Après, il y a aussi d'autres profils que j'ai souvent trouvés inconscients... Certains doublaient les étapes sur une même journée, ce qui représentait en moyenne 10 à 11h de marche par jour, avec un rythme effréné pour arriver le plus vite possible au refuge afin d'avoir de la place pour mettre sa tente. D'autres pouvaient même tripler les étapes !! J'aime marcher mais à un moment donné, il faut pouvoir aussi contempler les paysages ! Marcher pour marcher, très peu pour moi.

On a aussi entendu des histoires pas très cools : la semaine avant qu'on arrive, un randonneur s'est noyé dans des pozzines, un homme est mort dans sa tente d'un malaise cardiaque, 4 jeunes filles sont montées au sommet d'une montagne vers minuit et n'ont pas réussi à en redescendre. Il a fallu que les secours aillent les chercher à pied car il y avait trop de vent pour l'hélicoptère. Apparemment, 1h de plus et elles mouraient de froid... La nature ne pardonne pas. Les conditions de sécurité et de prudence étaient le mot d'ordre. Car sur le GR20, le terrain est propice pour se faire mal à chaque seconde. Beaucoup de cailloux, de rochers glissants, d'endroits techniques, d'escalade etc. Beaucoup de raidillons, de descentes pointues, très peu de plat (et même quand il y en a, il y a de gros cailloux). Le GR20, c'est une pyramide. On monte pour redescendre et vice-versa.

Mes chevilles ont pas mal souffert. Certains d'entre vous connaissent mon équilibre légendaire. Eh bien, je vous confirme : je suis toujours aussi instable lol. Ce qui m'a sauvé d'une grosse blessure, ce sont mes chaussures de randonnée montantes, une genouillère et un sac qui englobait parfaitement mon dos.


Nos journées types ressemblaient à ça :

  • réveil très tôt pour partir entre 6 et 7h du matin (le départ le plus tôt que l'on ait fait a été à 5h30 avec la lampe frontale)
  • marche toute la matinée jusqu'à 12h/13h environ puis déjeuner
  • marche l'après-midi en essayant d'arriver entre 14h30 et 16h au refuge
  • recherche d'une tente / douche / lessive à la main (la base) / séance d'étirements (le kiff du soir) / ravitaillement pour le lendemain / apéro
  • 18h30 : dîner
  • dodo vers 21h : on se lève tôt oui !


L'itinéraire :

  • Ajaccio - Ascu - Vallone - Verghio - Manganu - Petra Piana - Onda - Vizzavona - Capanelle - Col de Verde - Usciolu - Croci - Asinau - Paliri - Conca


En vrac :

En venant de la pointe des Éboulis (2607 m), vue sur le Lac du Cinto à gauche
Des pozzines autour du Lac de Nino : certains s'y sont noyés 😥
La brêche de Capitello 
Lever de soleil au refuge de Pietra Piana 


Nos amis les animaux


Pour résumer mon GR20 en quelques chiffres :

  • 180 km parcourus du Nord au Sud
  • 14 jours
  • une super team
  • 7 nuits sous tente
  • 7 nuits en refuge
  • 3 belles chutes : la première était évidente. Je l'ai vu arriver de très loin ! Simple : une rivière à traverser, 2 cailloux pour poser les pieds. Il me suffisait d'enjamber correctement et au bon moment. Mais ça aurait été trop facile. Je n'ai pas été assez sûre de moi : j'ai mis un pied sur le premier caillou sans vraiment y croire. Au final, je suis tombée le pied dans la rivière et les fesses en arrière. Rien de grave mais je crois que c'est à ce moment-là que j'ai été cataloguée comme la fille ayant le moins d'équilibre au Monde !

La deuxième est arrivée après des heures de descentes compliquées au milieu des rochers glissants. Les genoux commençaient à rendre l'âme et ma concentration diminuait car on s'approchait du spot pour déjeuner lol. Et hop, une cheville retournée, je glisse, j'essaye de me rattraper en appuyant fort sur mon bras droit mais le poids du sac m'entraîne vers l'avant -> résultat : j'ai dû abîmer un tendon à mon épaule droite. Heureusement, l'arnica était de sortie grâce à mon super binôme Laura (médecin dans la vie, ça peut aider !). Ça allait déjà mieux le lendemain. Plus de peur que de mal !

La troisième chute fut un peu plus douloureuse. Je n'ai pas fait attention à une branche quand nous trekkions dans la forêt, je l'ai prise en pleine face, ça m'a déséquilibré (il m'en faut tellement peu), je suis tombée la tête la 1ère. Heureusement que j'avais mes lunettes de soleil car c'est elles qui ont pris le 1er coup. J'ai voulu me rattraper avec mes mains mais mon genou a pris cher aussi. Quelques secondes sans respirer, les amis qui viennent me relever, du désinfectant et c'est reparti. En vrai, j'ai eu mal pendant quelques heures au genou et au nez. Résultat : une petite bosse sur le nez, quelques égratignures sur la main, une rotule qui fait de nouveau mal et beaucoup de solidarité 😀

  • 1 nez, des lunettes de soleil et 1 paume de main égratignés
  • 2 jambes éraflées par les rochers et griffées par les ronces #glamour
  • de multiples bobos superficiels. On remercie nos sponsors officiels : les désinfectants et les pansements !
  • 3 jours en genouillère pour que le genou tienne jusqu'au bout...
  • 3 ongles de pieds bleus (de vrais bleus, c'était trop drôle... et trop moche). Je vous épargne la photo...
  • je n'ai pas compté les ampoules sur les pieds, ce serait trop long #piedsderandonneuse
  • 1 gros coup de soleil sur les jambes
  • un bronzage en forme d'escalier au niveau des chaussettes, de la genouillère, du short, du legging, du tee-shirt, du cou #beautéfatale
  • 0 mal de dos !
  • 1 nuit dans une chambre avec 30 personnes sur 3 étages : chaleur et ronflements assurés !
  • 1 désinfection de puces de lit : un plaisir partagé ! Ma binôme de choc a tout pris pour moi. J'ai eu beaucoup de chance mais on a dû tout lavé pour s'assurer de ne rien ramener avec nous... #stress
  • 1 douche par jour dont 2 ultra gelées
  • 3 lavages de cheveux sur 15 jours
  • 1 tempête de vent
  • 1 journée et demi dans le brouillard
  • de magnifiques levers et couchers de soleil
  • 2 à 3L d'eau par jour
  • 3 barres de céréales par jour : je peux vous dire que sans ça, mon corps était beaucoup plus au ralenti et mon cerveau aussi
  • 1 tablette de chocolat au lait par jour, pour fêter chaque étape avec l'équipe
  • de la pietra #beerpower
  • des kilos de fromage et de pain avalés midi et soir
  • 1 dernière soirée avec un corse à la guitare #emotion
  • beaucoup de satisfaction après chaque étape
  • de nombreuses rencontres pendant tout le trek
  • ...

Plein d'autres choses en tête mais la liste est déjà pas mal 😉

Encore quelques photos pour partager ce beau voyage avec vous :

Collector 
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Publié le 19 septembre 2019

La plus grande difficulté a été de tenir sur la durée car c'est un trek physique et long. Le secret, c'est de savoir s'économiser aux bons moments, de partir tôt le matin pour arriver tôt en refuge, de bien manger, de boire très souvent, de s'étirer tous les soirs et surtout d'avoir un sac qui épouse son dos. Au début on le sent et les épaules en prennent un coup mais après quelques jours, il fait partie intégrante de notre corps et ça, c'était la bonne surprise !

Au final, c'est un GR de montagne atypique et exigeant mais pas si terrible que ça si on s'y prépare bien et que l'on suit les consignes de sécurité en haute montagne.

Alors oui, on marche beaucoup, on grimpe, on descend non stop, on se réveille très tôt, on a les jambes lourdes, des bobos, des courbatures, on se fait mal au corps mais tellement de bien à la tête ! Quel plaisir de partager tout ça avec des gens qui sont dans le même "mood" que soi !

La vie, c'est partager, rire, découvrir, être surpris, tomber pour mieux se relever, être ensemble... C'est tout ce que j'ai vécu sur ce GR20 et ça me ravit 😀 !