Carnet de voyage

Direction Compostelle

68 étapes
146 commentaires
4
Il y a 2 ans, nous partions de Vézelay avec nos sacs, sur la via Lemovicensis, l'un des principaux chemins vers St Jacques de Compostelle. Nous reprenons à présent notre Chemin à Bourges.
Août 2016
10 semaines
Partager ce carnet de voyage

Tout a commencé en août 2014 !

Nous avons décidé de nous lancer sur l'une des voies du Chemin de Compostelle : la voie Lemovicensis. Après 6 jours de marche au départ de Vézelay, nous étions arrivés à Bourges.

Une seule hâte : poursuivre...

Deux ans après avoir interrompu notre Chemin, nous serons bientôt de nouveau prêt à reprendre là où nous nous étions arrêtés : au pied de la cathédrale St-Étienne de Bourges.

Départ prévu pour le jeudi 04 août au matin !

J1

Un premier jour sur le chemin de Santiago ne serait pas un vrai premier jour pour nous... Sans la pluie. Il y a 2 ans, nous quittions Vézelay sous une averse, aujourd'hui, ce fut une petite pluie fine bien vicieuse, de celles qui s'infiltrent jusqu'à vos os, dégoulinent le long des jambes et imbibent vos chaussettes, avant d'inévitablement humidifier vos chaussures. La cathédrale qui nous avait accueillis sous un grand soleil il y a deux ans, semblait bien triste sous ce crachin. Le paysage de zone industrielle et de route départementale n'a guère contribué à nous remonter le moral... Le premier quidam venu dirait que c'est vraiment pas de bol ma pauvre Lucotte, mais le pèlerin est superstitieux, alors on s'est quand même demandé ce qu'on avait bien pu faire dans nos vies antérieures pour mériter cette mise à l'épreuve divine !

Heureusement, plusieurs rayons de soleil ont éclairci notre journée : le petit déjeuner chez Sophie, qui a eu la gentillesse de nous héberger à Bourges, ainsi que la pause midi dans un petit restau à Morthomiers, avec entrée-plat-fromage-dessert-vin-café au prix imbattable de 13€ ! Nous ne nous laissons pas abattre ! Mais aussi quelques apparitions sur notre chemin : hérons, chevreuils, écureuils...

J2

Une deuxième journée cette fois-ci sous le soleil !

29 km qui nous ont fait découvrir Issoudun, et quitter le Cher pour entrer dans l'Indre. Concrètement encore beaucoup de terres agricoles, mais... Sous le soleil c'est nettement mieux !

Thizay

Détail important pour nous pèlerins : changement de chaussures pour Antoine après seulement deux jours... Trop montantes, les anciennes ont gagné un retour maison pour ne pas aggraver une tendinite débutante ! Et comme le chemin donne au pèlerin ce dont il a besoin quand il en a besoin, *pouf* : un magasin de sport dès l'entrée dans Issoudun... Merci St Jacques !

J3

Hier soir nous étions hébergés chez une particulière fort sympathique qui a vraiment bien pris soin de nous.

Mais aujourd'hui... Étape franchement peu réjouissante : chemin (très) mal balisé, du bitume sur la plus grosse partie, et une entrée dans Châteauroux plus que pénible par sa longueur et sa tristesse. Le tout couronné par un hôtel miteux où la présence de mignons et innocents petits cafards nous a vite faite reprendre la route ! Heureusement d'anciens pèlerins ont bien voulu nous ouvrir leur porte pour nous accueillir, enfin une bonne nouvelle qui remonte le moral.

Demain réveil prévu très matinal pour une très grosse étape : 35km au programme !

Église St André - Châteauroux
J4

Aujourd'hui, départ de Châteauroux à 6h30 en direction d'Argenton sur Creuse, étape longue de plus de 35km avec température extérieure prévue de 28 degrés ! Nous sommes si matinaux que nous devançons le soleil, qui se lève pour nous saluer à la sortie de Châteauroux. Partie bien plus agréable que les jours précédents, avec traversée de la forêt domaniale et pause déjeuner à Velles, où nous tombons sur Serge. Serge, puisqu'on en parle, et un pèlerin retraité, originaire de Toulouse qui est parti de Vézelay avec une petite "charrette" qu'il tire derrière lui. Serge, nous le croisons tous les jours depuis la nuit partagée dans le gîte pèlerin de charost. Serge est en passe de devenir notre super pote.

Bref... Après le déjeuner, nous repartons, direction Argenton sur Creuse, avec une température qui s'est quelque peu élevée depuis le matin : un four ! Et peu de points d'eau en vue. Nous remplissons nos gourdes chez l'habitant à plusieurs reprises (une dame nous a souhaité une "bonne promenade", ah ah !) mais la soif et les courbatures rendent la fin de cette journée très difficile !

Nous arrivons finalement à destination, et profitons de la terrasse d'un bar pour nous rehydrater comme il se doit !

Un donjon... Oui en effet, nous n'en savons pas plus car il était hors chemin et trop haut pour nous !
J5

Étape ce jour théoriquement plus courte, donc plus facile que celle d'hier avec 24km annoncés. Cependant le dénivelé n'est plus le même qu'il y a quelques jours ! Ça monte et ça descend dans la vallée de la Creuse... Heureusement, nous profitons du paysage qui accompagne le relief, et en prenons plein les yeux (bon, nos articulations ne sont pas en reste il faut quand même le dire !) Gargilesse, village classé parmi les plus beaux de France, et réputé pour avoir accueilli George Sand, est particulièrement joli.

Gargilesse

Nous arrivons finalement à Eguzon pour le soir, avec nuit prévue à l'hôtel, faute de place ailleurs.

J6

Étape d'Eguzon à la Souterraine...

Quelle dure étape !

En effet je (Antoine) suis gêné depuis l'arrivée à Argenton par une douleur à la jambe, début de tendinite. Malgré des soins réguliers elle me suit, s'est accentuée hier dans la vallée de la Creuse notamment à Gargilesse. Aujourd'hui départ très matinal avant le lever du soleil, mais rapidement la douleur revient et le relief qui s'accentue n'est pas la pour aider... Ni la pluie ! A 9h30 la résolution tombe : impossible d'avancer plus loin, on arrête notre étape après seulement 16km sur la trentaine prévue. Vu qu'il n'y a rien à proximité pour passer la nuit (welcome in Creuse !), de bien sympathiques habitants du hameau où nous nous trouvons nous déposent à notre étape suivante : la Souterraine.

Après une belle soupe à la grimace, deux cafés, un sandwich et du babybel (grande histoire d'amour entre le Bab' et nous... On vous racontera plus tard !) ét deux heures de "on fait quoi ?!", tombe enfin le second couperet : on y retourne (oui, le pèlerin est aussi masochiste).

On va la faire courte : taxi, retour arrière, poursuite de l'étape sur une partie de ce qu'on n'avait pas fait, arrivée a la Souterraine, bis !

On verra bien ce que donneront les jours prochains... On va ralentir un peu le rythme !

Ah oui, sinon... Oui on a encore retrouvé Serge hier et aujourd'hui !


Église : Notre Dame de La Souterraine

Vu les petit soucis des deux dernières étapes : jour de repos à la Souterraine.

Dommage nous perdons du coup Serge, mais nous retrouverons ce soir un autre couple de pèlerins rencontrés à Châteauroux.

J7

Reprise ce jour de notre expédition dans la bonne humeur sous le soleil, avec pour objectif d'arriver à Bénévent l'Abbaye, à 21 km. Nous croisons à plusieurs reprises Jean Louis et Françoise, couple de pèlerins rencontrés à Châteauroux et avec qui nous avons logé hier soir. Ces derniers pensent aller jusqu'à Marsac, étape de 26 km.

La journée se déroule plutôt bien, et nous progressons à bonne allure au gré des routes de campagne, saluant les vaches limousines, ainsi qu'une loutre (ou un ragondin. Ou autre chose. En tout cas, c'était gros et ça nageait) : plus de bêtes que d'êtres humains dans ces parages ! En parlant d'êtres humains, notre couple pèlerin n'est pas en reste, et nous passons la journée à nous croiser les uns les autres, nous engageant dans une course poursuite bon enfant.

A la pause déjeuner à Chamborand, Antoine se sent suffisamment en forme pour pousser un peu plus loin et aller également jusque Marsac. Où nous retrouvons comme de juste, Jean Louis et Françoise, qui arrivent 15 petites minutes après nous !

Pour fêter ça, grands seigneurs, on paye l'apéro ! Ils nous le rendent bien en agrémentant le reste du dîner.

Église de Bénévent l'Abbaye
J8

Départ ce matin de Marsac, après une bonne nuit réparatrice.

Fait intéressant du jour : passage à St Goussaud, point culminant de la voie Lemovicensis (donc entre Vézelay et St Jean Pied de Port). Eh bien on peut dire que l'on s'en est rendus compte : après 2h à grimper, a suivi 1h30 de descente. Mais dans de magnifiques paysages.

En haut à droite : pas de doute, on nous fait bien comprendre que nous sommes sur le bon chemin ! En bas : Chatelus-le-Marcheix. A...

Et ce midi, petite halte bien méritée où nous avons eu le grand plaisir de pic-niquer avec Pierre (NDLR: le frère d'Antoine), Anne-Cha et Martin, qui étaient de passage pas (trop) loin de notre route. Très bonne et agréable surprise.

Ce soir, dîner et nuit dans une ferme auberge, où nous avons de nouveau retrouvé le sympathique couple de pèlerins avec qui nous nous suivons depuis quelques jours.

À partir de demain, nous craignons un peu l'arrivée de grosses chaleurs...

J9
Saint Léonard de Noblat

Étape de ce jour avec 24 km au compteur au départ de La Besse, direction St Léonard de Noblat sous les fortes chaleurs. Nous reprenons la route avec notre éternelle course poursuite avec Jean Louis et Francoise (Jean Louis dit d'ailleurs et je cite : "bonjour de la part des vieux Bordelais")

Petite pause commune à Chatenet en Dognon, où, après l'habituelle visite de l'église locale, nous prenons un café au bar du coin (l'Eglise et le bar, les deux piliers de la France)

Après 5h de marche, nous arrivons finalement à St Léonard de Noblat, magnifique ville médiévale, mais hélas, nous ne sommes que 2e ! On se fera la belle demain pour l'arrivée sur Limoges.

Autrement, le gîte communal nous a de nouveau forcé à trouver une solution de repli en urgence : pas de cafards cette fois, mais une couche de crasse et une literie peu engageantes ! Petit gîte trouvé juste à côté, avec 4 places, quasi grand luxe à côté de ce que nous quittions. Encore une fois St Jacques (à moins que ce ne soit St Léonard ?) nous a donné un bon coup de pouce.

Pont du Dognon
J10

Aujourd'hui l'étape a été courte, et tant mieux !

Seulement 23 km dans une bonne partie dans une zone commerciale / industrielle, et sous un soleil de plomb... De quoi faire vaciller les plus farouches volontés ! Heureusement le départ matinal a permis une arrivée avant 13h, et pourtant déjà un bon 32/33 degrés.

Encore deux jours de prévus à ces températures... Nous avons choisi de couper deux étapes pour en faire trois à la place, et ainsi marcher à la "fraîche" les jours qui viennent.

Cathédrale St Etienne de Limoges

Sinon dernière soirée avec Jean-Louis et Francoise que nous aurons aurons donc suivis depuis Châteauroux avec plus ou moins de régularité. Nous dormons ce soir chez les sœurs franciscaines, face à la magnifique cathédrale de Limoges où nous avons d'ailleurs eu droit à un concert d'orgue, sympa pour le repos (physique) du pèlerin !

J11

Devant les fortes chaleurs annoncées pour ces prochains jours et notre fatigue qui commence à se faire sentir (même les blonds ont leurs limites. Oui, on sait, un mythe s'effondre) nous faisons une petite étape ce jour de 21 km jusque St Martin le Vieux. Nous disons au revoir à Limoges avec une sortie d'agglomération moins difficile que l'arrivée !

Notre départ matinal nous permet une arrivée en début d'après midi, et nous en profitons pour glander un peu, pour changer !

Pont d'Aixe sur Vienne
J12

Le pèlerin, par définition, se doit d'être motivé ; un Lucotte pèlerin, lui, est au mieux obstiné, au pire implacable une fois son objectif fixé ! Ce jour en est un assez bon exemple.

Départ donc de St Martin au petit matin (ça rime en plus) un poil grognons tout de même : notre hôtesse n'a pas daigné se lever pour le petit déjeuner, donc marche à jeun toujours de bon matin (et toujours la rime donc).

Lever de soleil sur St Martin le Vieux

A l'aise, on arrive après 17km à Chalus, notre étape normalement prévue... A 11:30 !

Réflexion et concertation intense (chez des blonds, ça veut quand même dire quelque chose)... On a peur de s'ennuyer tout l'aprem tout de même (d'autant qu'Alex n'a plus rien à lire, alors c'est le drame), alors hop ! On repart pour 12 km parce que sinon, c'est trop facile.

On vous le disait, le Lucotte pèlerin est inarretable !

Arrivée finalement a St Pierre de Frugie où Edith et Patrick, les parents d'Antoine nous retrouvent pour passer quelques jours dans le Périgord.

Donc au final quand même 29 km pour une étape qui était supposée être courte... Et un jour de gagné !

À demain...


PS : Bon anniversaire chère marraine ! (Antoine)

J13

Ce matin après un départ assez matinal dans le brouillard (météorologiquement parlant n'est-ce pas, pas nous bien sûr !) passage en début de matinée à La Coquille, ça ne s'invente pas sur le Chemin !

Une bonne petite journée de marche menée tambour battant semble-t-il car nous arrivons a Thiviers après les 26 km du jour, avec une bonne heure d'avance... Oups !

On a quitté la Haute-Vienne pour rejoindre cette fois la Dordogne.

Thiviers. Vous apprécierez le mètre carré accordé au pèlerin sur un banc de pierre entre trois murs et une barrière. Merci, fallai...

Pour répondre à une question qu'on ne nous a pas posé, mais qui nous sommes persuadés vous brûle les lèvres : pour s'orienter, comment fait-on ? On suit les balises portant la coquille symbolisant le chemin, plus ou moins bien placées (souvent moins que plus, generalement placées en ligne droite, rarement aux intersections...) Ces balises nous les guettons donc en permanence et les retrouvons sur les arbres, poteaux et pylônes, ponts, souches, bennes à ordures (ce qui est génial quand la benne est tournée...), etc...

Il existe aussi un tracé de GR (grande randonnée, deux traits blanc et rouge) mais qui s'il fait approximativement les mêmes étapes, n'emprunte pas les mêmes chemins. Au total le GR fait 200km de plus de Vézelay à l'Espagne, soit une dizaine de jours, donc... Non !

Et quand on a de la chance, certaines villes mettent des coquilles en cuivre sur les trottoirs !
J14

Notre périple dans le Périgord se poursuit avec départ de Thiviers un peu tardif vers 10h en raison d'une petite pluie fine qui tombait de bon matin, peu motivante pour le pèlerin.

Étape du jour peu palpitante jusqu'à Negrondes, mais très agréable tout de même !

A Négrondes, nous accueillons parmi notre groupe de marcheurs (oui, bon, on est 2, on va dire que ça fait un petit groupe quoi) un Illustre Invité en la personne de Patrick, le papa d'Antoine (notez, Patrick que j'ai même mis des majuscules) ! Nous faisons ensemble le reste du chemin jusqu'à Sorges, laissant le soin à notre pèlerin honoraire de nous guider via les fameuses balises jaune et bleu, ce dont il s'acquitte avec mention.

Paysage à la sortie de Négrondes, statue de St Jacques et Vitrail de l'église St Germain de Sorges

On fait par ailleurs tamponner nos crédentiales au musée de la truffe, or noir du Périgord.

PS : pour information, on vous a calculé quelques stats (histoire de vous en boucher un coin - et de se la péter un peu) :

  • depuis le départ : 355 km parcourus
  • Distance moyenne journalière : 25,3 km

À demain ! Merci de nous lire tous les jours, vos commentaires sont un baume indispensable pour notre petit cœur de marcheurs !

J15

Cette journée a conduit nos pas à Périgueux, chef lieu de la Dordogne. La journée s'est déroulée quasi sans accroc, avec de nombreux petits chemins qui serpentaient autour des routes principales et nous laissaient beaucoup de tranquillité !

Fait notable du jour : Alex, qui s'était faite piquer par une guêpe hier soir s'est vue gratifiée d'une cuisse doublée de volume ce jour qui l'a un peu ralentie ; on vous rassure, elle se soigne (un peu) !

Périgueux, au delà des éternelles zones de banlieue qui signent l'entrée dans une agglomération, est une ville agréable : petites ruelles anciennes, nombreuses places animées et cathédrale magnifique qui a fait regretter à Antoine son appareil photo !

Cathédrale Saint Front sous toutes les coutures

Ce qui nous a un peu perturbé par contre, sans qu'on sache bien définir pourquoi, c'est les sans abri qui font la manche en se faisant passer pour des pèlerins (bâton et coquille St Jacques à l'appui)...

On a oublié certains éléments dans les statistiques d'hier au fait :

Nombre total d'ampoules à déplorer : 4

Nombre de piqûres de guêpe : 1

Nombre de piqures de moustiques : innombrable (le mollet gauche d'Antoine en ayant compté 21 à lui seul, et en une nuit !)

Nombre de jours sans apéro : 2 (c'est bon les copains, on ne se laisse pas abattre)

Nombre de pèlerins rencontrés : 10 (on se sent un peu seuls)

J16

Nous quittons Périgueux ce matin après une belle après-midi et soirée à découvrir la ville : un glacier, un pub et un restau (sushi, met typiquement périgourdin)... Le tourisme pélerin serait-il guidé par une priorité élémentaire ? Bon la vieille ville et la cathédrale nous ont quand même bien plus occupés, soyons honnête !

Nous laissons donc notre refuge pèlerin et notre charmant hospitalier québécois, et quittons Perigueux, poncho sur le dos à cause d'une vicieuse petite pluie fine.

Quand on disait que les indications sont parfois hasardeuses... Alex semble toute déboussolée !

Chemin agréable malgré tout, la pluie s'arrête rapidement et ce sont deux heures de marche en forêt, avec de bons dénivelés, que nous avalons presque avec plaisir dans la douceur matinale.

Tout va bien, jusqu'à la pause déjeuner vers 13h, à peine à 4/5km de notre destination. "Ils sont moches ces nuages" ... "Ça sent franchement la pluie" ... "On file, on finira de manger plus tard !"

... Ah, ah, pauvres petits jacquets : trop tard ! 30 secondes auront suffit à nous rincer intégralement malgré notre super abri derrière un mur... Et oui quand il n'y a que ça on prend ce qui se présente. Dix minutes passent, on retire les chaussures car ce sont elles les plus importantes, elles doivent être sèches demain, et c'est en sandales, les orteils pataugeant joyeusement entre les gouttes que l'on finit les quinze minutes qui restaient à faire. Foutu pic nique quand même !

Ce soir, on se fait un gros burger puisque c'est comme ça, et toc.

Antoine sur le pont sur l'Isle, et vues de Saint Astier
J17

On vous avoue : on a pas mal râlé aujourd'hui. Ensemble bien sûr, pas l'un contre l'autre !

Ça faisait plusieurs jours qu'on s'en plaignait, de ces balises, pas toujours là quand il en faut, pas toujours en nombre suffisant, pas toujours visibles, avec une mention spéciale pour le petit piquet enfoui sous des buissons d'orties... Mais aujourd'hui, ô rage, ô desespoir, non seulement on a battu des records de pauvreté en matière d'indication, mais ils ont osé (et on pèse nos mots : OSÉ) changer le tracé l'année dernière pour le rallonger de plusieurs kilomètres, dans les coteaux, et vas-y mon petit pote que ça monte et ça descend, et tout ça pour quoi ? Ben pour le faire passer devant un château qui fait gîte pèlerin, pardi et à des prix prohibitifs pour le Jaquet, que diable, nous sommes dans un château ne nous refusons rien. (alors que c'est bien connu, le pélerin est radin) !

Bref, pas contents !

Pour la peine, aujourd'hui, on a fait ce que le marcheur ne fait jamais : on a boudé les balises (faut pas pousser mémé dans les orties) et on a suivi une piste cyclable sur un bon tiers du trajet, et toc !

On a repris le chemin au niveau de Sourzac pour visiter une belle église, avant d'arriver finalement à Mussidan après 6h30 de marche !

Sourzac
J18

33.

C'est le chiffre du jour, oui.

Non pas pour "dites 33", on vous a dit qu'on était en vacances, pas la peine d'insister !

Mais bien pour les 33 kilomètres au programme aujourd'hui.

Sous 33 degrés , première journée de grosse chaleur d'une grosse série.

Pour une arrivée (presque) dans le 33, en Gironde.

Petites pensées sur le chemin, et vue de Sainte Foy la Grande (Gironde) depuis Port Sainte Foy (Dordogne).

Mais dans l'ensemble ce fut plutôt une bonne journée. Le paysage se modifie de jour en jour, c'est très agréable.

Demain journée un peu plus courte au programme avec 27km. En attendant nous passons la nuit dans un gîte pèlerin avec deux acolytes : Guillaume un belge d'une trentaine d'années qu'on a déjà croisé à trois reprises depuis une semaine (qu'on appelait Le Belge jusqu'à ce matin vu qu'on avait oublié son prénom...), et Angela une allemande qui a re-débuté son chemin ce matin, dure première journée pour une reprise.

En haut d'une côte bien difficile : la récompense.
J19

Comme de coutume en période de forte chaleur, nous partons de bonne heure, et profitons au départ de Port Sainte Foy du lever de soleil sur la Dordogne, spectacle qui nous met du baume au cœur pour la journée !

Lever de soleil sur la Dordogne

Et heureusement car il fait encore et toujours chaud, très chaud... 35 degrés dans l'après midi. Blonds ou pas on a transpiré quand même (mais comme on est blonds, ça sent toujours bon !)

Petite pause midi à Pellegrue avec ravitaillement en crème solaire et en vache qui rit (d'ailleurs il va falloir qu'on parle un jour de notre grand amour récent pour la vache qui rit, en remplacement du susnommé Babybel. J'y reviendrai plus tard).

Pellegrue, village charmant qui à l'honneur douteux d'être le premier village où une habitante a refusé de nous donner de l'eau. Oui. 35 degrés au thermomètre, 2 litres d'eau à donner à deux malheureux pèlerins desséchés, et une mégère ne se fend pas de l'effort de remplir nos gourdes. Sûrement qu'à Pellegrue l'eau coûte cher (on est un peu amers, certes, mais en 15 ans de scoutisme, c'est la première fois qu'Alex voit ça !

Mais bon, on a dégoté une source d'eau plus loin, et nous voilà repartis. Et on ne priera pas pour elle à Compostelle, et toc !

Arrivée finalement à Saint Ferme, où nous dormons dans un refuge pèlerin géré par une écossaise, en compagnie d'Angela, notre homologue allemande rencontrée la veille. Étonnamment, on a parlé Brexit à table !

We are Warriors ! Autrement, vue sur le village des Lèves et Thoumeyragues et son église, et abbaye de St Ferme
J20

Après une nuit passée dans une étuve, avec un coq très en avance, nous prenons la route assez tôt.

Seulement une vingtaine de kilomètres sont prévus aujourd'hui, mais les grosses chaleurs nous motivent à être matinaux.

A peine 5h de marche nous mènent donc à La Réole, sur les rives de la Garonne.

Étant donné le peu d'intérêt de l'étape du jour, on va vous raconter un peu cette histoire de Vache qui rit et de Babybel, dont on a parlé hier !

L'histoire commence il y a deux ans, lors du Vézelay-Bourges : il nous faut transporter de la nourriture qui se conserve facilement et longtemps dans les sacs à dos, et le pain seul, c'est quand même triste, alors que mettre dessus ? Du Babybel pardi ! Ça se garde pas mal à température ambiante, ça cale bien, et l'emballage en cire rouge permet de le transporter partout ! Notre Baby-addiction est née !

Forcément, en reprenant la route il y a 3 semaines (et oui, déjà 3 semaines) on a repris du Babybel.

Et puis, rencontre avec Jean Louis et Francoise, membres de la team Vache qui rit ! On vous laisse imaginer le débat... Mais avec les fortes chaleurs, on a découvert que non, le Babybel ne se conserve pas siiiii bien que ça... Alors que la Vache qui rit se tient très bien ! Surtout que le tartinage à ce petit côté régressif qui nous plait bien !

Et voilà comment on est converti à la Vache qui rit...


C'était la minute culinaire du pélerin !

A demain pour de nouvelles aventures !

La Réole : château des quatre sos, abbaye des bénédictins, église Saint Pierre
J21

Et voilà, cela fait à présent trois semaines que nous gambadons gaiement sur ce petit chemin qui sent la noisette... Enfin probablement quelque chose de bien moins rapide et aérien nous concernant, et sans noisettes pour Alex, mais ce ne sont que détails dont l'histoire ne s'embarrassera probablement pas !

Passage de la Garonne embrumée au petit matin, à La Réole.

En vérité : journée difficile pour tout dire. Le trajet de 24km en faisait en fait un peu plus de 30, et là ça change tout. Départ un peu avant 7h, c'est déjà tard mais hélas l'été approchant de son terme, nous sommes obligés de suivre le bon vouloir de cette grande pastille lumineuse qui décide de prolonger ses nuits. On pourrait marcher avec une lampe frontale, mais vu qu'on n'en a pas, c'est plus compliqué !

Bref... Dès notre départ on a rapidement des sujets de grogne, principalement un "léger" détour qui nous fait passer devant un gîte pèlerin, mais rallonge de presque une demi-heure ; en début de journée c'est dur à digérer, on a peur pour la suite.

Décidément, nous avons fréquemment à redire des balisages, mais la Gironde ne nous fait aucune grâce de ce côté-là. Les belles balises dont nous vous parlions il y a quelques jours ont disparu en Gironde. A leur place un "balisage européen", car oui même pour ça il semble y avoir des normes (même si elles sont absentes partout ailleurs !). Ce beau balisage consiste en un poteau avec le dessus bleu (mais pas toujours) et une coquille dessus (mais pas toujours) et sans flèche surtout (ça oui, toujours !). Un seul vous tournez sur la route qui est du côté où se trouve le poteau, et deux vous allez tout droit... Sauf que vraisemblablement des fois ça semble être l'inverse, sinon c'est bien moins drôle.

En gros aujourd'hui arrivés à notre mi-étape avec une demi-heure de retard malgré une allure forcée, on réunit le conseil extraordinaire : à l'unanimité de nos deux voix, c'est décidé on boycotte une seconde fois le tracé pour suivre celui de notre bouquin.

Au final 7h de marche pour en gros 30km alors qu'on était supposés en faire 20% de moins.

L'arrivée à Bazas à 14h30 nous réconforte avec la visite de sa belle cathédrale, au son de l'orgue et d'une chorale répétant pour un mariage imminent... Ça rappelle de beaux souvenirs !


Petites statistiques après 21 jours :

  • Distance totale : 545 km parcourus
  • Distance quotidienne : 26 km / jour en moyenne
  • Poids : - 2 et - 3,5 kg perdus.
  • Nombre de départements traversés : 6 (Cher, Indre, Creuse, Haute-Vienne, Dordogne, Gironde... Et bientôt 7 avec les Landes !)
  • Poids des sacs à dos : environ 7kg pour Alex et 8,5kg pour Antoine (sans eau ni repas, donc +1,5kg chacun environ)
  • Nombre de pèlerins croisés : 13 depuis Bourges. Actuellement nous sommes 6 à progresser quasi en même temps.
J22

On ne vous a pas encore raconté : le chemin nous fait faire parfois de belles rencontres... Parfois des bizarres. Eh bien figurez vous qu'un jour, on a rencontré Jésus.

Non, rassurez vous, nous n'avons pas eu de subites hallucinations, non. Un après midi, alors que nous faisions une pause "barre de céréales-fruits secs" sur un banc, nous entendimes un tak! Tak! Tak! régulier, rapide, annonciateur de l'arrivée d'un confrère pèlerin... Qui arrivait à vive allure. Là surgit devant nous un grand type, cheveux longs et bouclés, roux flamboyant , barbu, un sac à dos aussi énorme que le crucifix doré qu'il portait autour du cou ! L'apparition.

Il nous demande : "C'est à vous ce chapeau ?" Et de fait, il agitait le chapeau d'Alex, qu'elle avait dû perdre sur la route plus tôt ! L'apparition a fait un miracle ! "Oh vous savez, je sais que je marche plus vite que tout le monde, alors je me doutais que j'allais rattraper son propriétaire !" Avec un sac de 17 kg sur le dos le mec ! Bon, il était un peu en nage quand même, c'était bien un homme, pas un envoyé céleste, c'est bon.

Total respect.

St Jacques, c'est tout droit ! Reflet de la nef dans le bénitier de la cathédrale St Jean Baptiste de Bazas

Pour en revenir à nos moutons (et chevreuils, et loutres, et buses...) l'étape du jour s'est plutôt bien déroulée, 21 km qui suivaient une ancienne voie ferrée, à l'ombre, en ligne droite, un peu monotone mais propice à la réflexion. Arrivée à midi trente à Captieux où nous pique niquons avec Denis et Hubert, qui partagent avec nous le gîte municipal ce soir.

Ah et sinon, Jésus s'appelle en réalité Franck !

Captieux. Non il ne fait pas si chaud...
J23

Aujourd'hui grosse journée annoncée avec une distance de 35km au menu... Mais revenons un peu en arrière !

Hier soir nous étions au gîte pèlerin de Captieux, en compagnie de 4 autres pèlerins (Guillaume notre jeune belge lève-tard que nous retrouvons régulièrement depuis notre 12ème jour, Denis et Hubert que nous croisons aussi régulièrement depuis une semaine, et Peter, géant hollandais que nous ne devrions à priori plus revoir vu les courtes étapes auxquelles il est habitué). Après un bon dîner partagé tous les six, fort sympathique, la nuit s'est avérée plus compliquée à cause de la chaleur, et de fêtards plus que bruyants dans le village...

Fêtards qui étaient d'ailleurs toujours en train de beugler pour discuter et couvrir la musique, lorsque notre réveil a sonné à 5h15. Dur !

Mais c'est comme ça aussi le Chemin, on alterne l'agréable et les moments plus pénibles.

Petit déjeuner pris à la lumière de la frontale d'un de nos acolytes, sac bouclé dans une obscurité quasi totale ; oui notre ami Guillaume dort encore. Il ne sacrifie pas son sommeil, jamais, quitte à fondre, se dessécher, brûler, chaque après-midi depuis une semaine.

5h45, nous partons, il fait encore nuit noire. Ah non, faux-départ : nombreux éclairs dans le ciel et une averse débute rapidement. On attend un peu, pas trop pressé de vivre un orage dans les interminables forêts de pin des Landes. Finalement nous sommes épargnés, départ à la lampe torche à 6h15. C'est décidé, dès que possible on s'achète des frontales !

Lever de soleil dans les forêts de pins... Juste magique ! Cela récompense si bien les efforts, efface les stigmates d'une nuit pitoyable.

Un homme sage me disait souvent : "ça, c'est un ciel de peintre !"

Mais cette forêt gigantesque que nous traversons depuis hier, prémices des grandes forêts de pins, typique des Landes, plate, sablonneuse, d'une rectitude à faire pâlir d'envie un maniaque obsessionnel, ses cigales, son odeur incomparable, etc... Cette forêt-là, si belle soit elle, est tout sauf simple, surtout lorsque le mercure frôle la barre des 40 degrés.

Chapelle de Lugaut

C'est parti pour un petite course contre la montre, de 35 kilomètres expédiés en 7h30 mais pas sans difficultés. Je dois avouer que la ténacité d'Alex est remarquable, malgré le rythme infernal, la chaleur, et la soif (due aux très rares points de ravitaillement possible dans ce désert humain qui sent pourtant si bon le sud !)

Ce soir première nuit dans notre septième et avant-dernier département français, les Landes. D'ailleurs dès la frontière avec la Gironde passée nous avons retrouvé avec bonheur nos balises préférées ! Youpidou !

Nous sommes arrivés ce soir dans la belle ville de Roquefort-de-Marsan, pour un repos bien mérité au gîte pèlerin tenu par une hospitalière (donc demi-pension, chouette pas besoin de s'occuper du repas !)

On y a d'ailleurs retrouvé Denis et Hubert, ainsi que Guillaume, encore une fois.

Roquefort de Marsan
J24

Après une bonne soirée entre pèlerins hier soir, où nous avons enfin pu manger un confit de canard bien de chez nous, la journée d'aujourd'hui nous a permis d'éliminer avec ses 28 km.

Eglise de Bostens

A chacun son tour ; après la tendinite d'Antoine, c'est au tour du genou d'Alex de faire des siennes... Ça tiraille sévère ! Heureusement, on peut se permettre de prendre un peu notre temps, étant donné que la température s'est améliorée, avec "seulement" 28 degrés déclarés...

On est passés sous la barre des 1000 km !

Nous terminons notre étape à Mont de Marsan, triste et morne en ce dimanche après midi en dehors des adeptes de Pokémon qui squattent les marches de la mairie...

Passage un peu difficile sur le "Que fait-on demain ?" Journée de pause or not journée de pause ? Ce sera la surprise de demain matin !

Autrement, on s'est rendus compte qu'on vous avait parlé de nos crédentiales, mais on n'est pas sûrs que tout le monde sache de quoi il s'agit ! L'explication est simple : pour un pélerin, sa crédentiale, c'est sa vie ! On exagère à peine. La crédentiale est un grand morceau de carton plié en accordéon, sur lequel le pélerin fait imprimer chaque jour le tampon de la ville qu'il traverse. Elle sert à attester, arrivé à Santiago, qu'il a bien réalisé le pèlerinage et pouvoir recevoir sa compostella. C'est aussi la preuve physique de son statut de pélerin et une source de fierté et de souvenirs !

Bref, on les aime nos crédentiales !

Petit aperçu d'une de nos crédentiales !
J25

Ce matin, après une bonne nuit de sommeil, réveil en douceur ce matin avec un genou un peu mieux qu'hier pour Alex : allez on y va !

32 kilomètres jusqu'à Hagetmau, c'est un beau morceau ! Nous prenons notre temps, faisons des pauses, on y va doucement !

Pause déjeuner à St Sever (du nom d'un type du IXe siècle qui s'appelait Severus - comme le Rogue de Harry Potter, oui oui) où nous découvrons l'église et l'abbaye bénédictine, puis poursuivons pour encore 12 km jusqu'à notre ville étape...


Église d'Audignon

Enfin. Antoine poursuit jusqu'à notre ville étape, car à environ 3 km de l'arrivée, alors qu'Alex commencait à peiner (euphémisme) et qu'elle se disait que ce serait vraiment génial qu'une bonne âme s'arrête en voiture pour les emmener à Hagetmau... S'arrête une bonne âme, en twingo s'il vous plaît, qui propose de nous emmener quelque part !!!

Ni une, ni deux, Alex embarque, alors qu'Antoine préfère décliner (c'est un guerrier, un vrai) et finit l'étape pour nous deux.


Nous nous retrouvons tout de même pour le dernier kilomètre juqu'à l'hôtel avec piscine, réservé pour fêter nos noces de coton !

J26

Après une bonne nuit de sommeil à l'hôtel, loin des ronflements de nos confrères pèlerins, nous voilà partis d'Hagetmau pour Orthez, 28 kilomètres pour la journée !

On sent que l'on quitte les Landes pour entrer dans les Pyrénées atlantiques : le paysage se vallonne lentement mais sûrement, et les longues allées de pins ont disparu au profit de bocages verdoyants.

Nous croisons nos deux dandys, Hubert et Denis à mi étape. C'est que l'on commence à avoir l'habitude de les croiser plusieurs fois chaque jour, y compris pour trinquer en terrasse pour un petit rafraîchissement bien mérité en fin de journée !


Chose très gratifiante depuis hier, la plupart des villages que l'on traverse s'affichent clairement comme étant lieux de passage de la voie de Vézelay (qui s'appelle d'ailleurs très logiquement voie du Limousin, via Lemovicensis en latin dans l'texte... Ok c'est vrai, aucune logique). Jusqu'à présent au mieux l'on se contentait d'une vague allusion au pèlerinage dans les églises/cathédrale, au pire une ignorance totale. Notamment à Limoges, dommage.

Ça me fait penser à ces personnes bienveillantes que l'on croise parfois et qui, aussitôt nous reconnaissant comme étant des pelerins (il paraîtrait que l'on aurait une allure assez équivoque... Tant que ce n'est pas l'odeur c'est déjà ça ! Même si ce n'est pas l'avis de Mr J.C. Rufin, mais trêve de digression !) nous proposent à manger, à boire, de l'ombre, voire leur piscine (si, si ! D'ailleurs on se demande encore pourquoi on a refusé... Idiots). Aujourd'hui nous sommes passés dans un petit hameau où une maison affichait devant son jardin une petite pancarte avec une coquille St Jacques, annonçant : "pèlerins, eau potable à votre disposition derrière le mur !" Croyez-nous, après des kilomètres et des kilomètres à grimper et dévaler des routes bitumées, on est prêts à prier pour ce brave homme à Santiago ! Nous voulions leur laisser un petit mot pour remercier de cette bonne intention. Pas de papier. Dommage. Merci beaucoup, dit-on en partant au jardin désert. Une voiture arrive, c'était justement le propriétaire, que nous avons pu remercier de vive voix avec grand plaisir ! On vous a déjà dit que St Jacques mettait sur le Chemin ce dont le pélerin a besoin quand il en a besoin ? Repensez au deus ex machina qui a permis à Alex d'achever plus vite son étape.

Merci St Jacques !

Orthez : Eglise et refuge de la Lune (si, c'est son nom) où nous logeons ce soir

Ce soir arrivée à Orthez. La journée ayant été courte (... Ou pas) avec seulement 28km, Antoine décidé de ne pas en rester là se motive pour grimper les 150 marches d'une tour médiévale surplombant la ville pour profiter d'un panorama hors norme à 360 degrés, et premières vues sur la chaîne des Pyrénées.

La Tour Moncade et la vue depuis sa terrasse.

Ah si un aveu pour terminer... On est passés aujourd'hui à Sallespisse. On a rit ; c'est vilain on sait. Mais qu'est-ce qu'on a rit ! Sûrement un léger pré-requis carabin qui a resurgit, nous facilitant l'usage de blagues trop faciles... Désolés.

Ça fait plusieurs jours qu'on l'évoquait. La morosité de certaines villes traversées ne nous y avait pas encouragé, mais ça y est on a décidé hier soir : ce dernier jour du mois d'août sera une journée de repos, à Orthez !

Vous noterez d'ailleurs pourquoi nous n'avons pas fait carrière dans le cinéma !


Orthez, son vieux pont sur le gave de Pau. Les arènes d'Orthez. Et l'hôtel de la Lune où nous logeons !

L'hôtel de la Lune est une tour des XIIIè et XVè siècle, qui est aujourd'hui un refuge pour pèlerins de Compostelle.

Plutôt chouette n'est-il pas ?

J27

Non, soyez rassurés ! Nous ne parlons pas de la fin de notre Chemin ; encore moins de notre mariage !

Mais c'est bientôt la fin de notre sérénité et notre isolement de pèlerin. Je m'explique : il existe en France quatre voies principales pour le pèlerinage de Compostelle vers lesquelles convergent généralement les jacquets à partir de chez eux. Il y a notre voie limousine qui débute à Vézelay (qui par extension peut même débuter en Belgique à Namur, en passant ensuite par Reims !), mais aussi la voie de Tours, celle d'Arles (via Tolosana) et la plus connue la via Podiensis qui débute au Puy-en-Velay. Pour ne rien vous cacher, notre choix de la voie de Vézelay était en partie motivé par son départ de Bourgogne (cocorico, pour Antoine !) mais aussi sa faible fréquentation, contrairement à la voie du Puy.

Sauf que voilà, demain à la mi-journée nous allons nous trouver au croisement de trois de ces quatre Chemins (Puy, Tours, Vézelay). Donc le nombre de pèlerins croisés va brusquement augmenter, et bien plus encore dans 48h lorsque nous aurons gagné St Jean Pied de Port, ville départ du "Camino Francès", le chemin emprunté par les pèlerins français en Espagne.

L'experience n'en sera pas moins belle c'est évident, mais très differente c'est sûr ! Au revoir les petits gîtes paroissiaux ou municipaux de 4/6 places, à moitié pleins, et bonjour les grandes "albergues" en Espagne dont certaines comptent des dortoirs de plus de cent places ! Même pas peur : on a nos boules Quies, rien ne nous arrêtera !

St Jacques et Ste Alex ?

Sinon aujourd'hui reprise en douceur... Enfin au sens béarnais de la chose, c'est à dire qu'on a passé notre journée à grimper et descendre ! Alex suit plutôt bien rassurez-vous, sauf dans les montées mais ça ce n'est pas nouveau.

Arrivé assez époustouflante à Sauveterre de Béarn, que nous avons légèrement dépassé pour passer la nuit quelques kilomètres plus loin. Le genou d'Alex va plutôt mieux, en espérant que cette amélioration perdure !

Eglise St André à Sauveterre de Béarn, son vieux pont fortifié, et la tour Monréal. Zoomez à fond sur l'entrée de l'église 😉

Petite pointe d'émotion ce matin en disant au revoir à Guillaume, notre collègue belge, qui bifurquait dans la journée pour rejoindre une autre voie en Espagne, le long de la côte.

Nous voilà donc un peu esseulés avant d'attaquer les Pyrénées, tous nos collègues ayant arrêté (Serge, les Bordelais Jean-Louis et Francoise), bifurqué comme l'a fait Guillaume, partis devant comme Denis et Hubert, ou un peu en arrière notamment l'allemande Angela, Peter le hollandais (non volant). Mine de rien nous aimions bien faire ce petit coup de "radio Compostelle" le soir en arrivant dans des gîtes, où avec les hospitaliers et compères du soir nous nous donnions des nouvelles d'autres pèlerins croisés ces derniers jours, et où nous nous suivions tous les uns les autres...

Vivement d'autres belles rencontres, ce sont elles qui façonnent le Chemin !

J28

Ça y est c'est officiel, on a rejoint l'autoroute...

Journée avec des hauts et des bas aujourd'hui : au niveau du relief bien sûr, avec les Pyrénées qui se précisent petit à petit et un dénivelé de 700m de grimpette (et presque autant de descente, dommage) ; au niveau du genou d'Alex qui n'arrive pas à se décider à s'améliorer ; et au niveau fréquentation.

Aucun copain pélerin croisé ce matin (en dehors d'une quadra qui rentrait chez elle en sens inverse). Nous avons traversé Saint Palais sans histoire, pause à la Poste pour renvoyer un colis avec le Nième bouquin terminé par Alex, ainsi que notre guide sur la voie de Vézelay. Ensuite nous avons parcouru les chemins de terre jusqu'à la Stèle de Gibraltar sans voir Jaquet qui vive.

Et là : des gens ! Des tas et des tas de marcheurs qui grimpaient jusqu'à La Chapelle de Soyartz (bon, on dit des tas, il y en avait une dizaine, mais imaginez notre choc, ça fait plus de la moitié de tous ceux rencontrés sur la voie de Vézelay en vingt-huit jours !)

Et ce soir, à l'auberge, c'est pareil ! Quelques 27 pèlerins dans le gîte où nous couchons ce soir.

Ostabat et son Eglise. Vue panoramique depuis La Chapelle Soyarts. Stèle de Gibraltar marque la rencontre des 3 voies françaises.


Quelques statistiques pour la 4e semaine :

  • 748 kilomètres au total
  • 26,7 km par jour en moyenne
  • Au total 16 pèlerins rencontrés sur la voie de Vézelay jusqu'à la stèle de Gibraltar (qui n'a rien à voir avec le détroit !)
  • 8€ : le prix du refuge pèlerin le moins cher où nous ayons dormi. Et loin d'être le plus spartiate d'ailleurs.
J29

Hier soir : repas typiquement basque à Ostabat dans notre ferme auberge, où nous avons fait connaissance avec un petit groupe international, dont Suzy, jeune allemande partie à pied de chez elle à l'est de l'Allemagne et qui fêtait la fin de son quatrième mois sur le chemin...

Notre grande attirance pour les fortes densités de population n'est pas un secret pour grand monde.

Pour ceux qui l'ignorent, nous avons tous deux ce besoin récurrent et irrépressible d'être "ailleurs" que là où il y a "tout le monde".

Nous l'avons encore constaté aujourd'hui : réveil avec le lever du soleil dans notre grand gîte. Pendant que certains se lèvent une demi-heure avant nous pour se pomponner, masser, étirer, sécher les cheveux (si, si on a croisé nos premiers pèlerins pourvus de sèche cheveux), etc... Nous bouclons sac à dos et petit déjeuner en une petite demi-heure et nous filons discrètement, à la lumière de notre frontale !

Nouveau lever de soleil... toujours aussi magique, au dessus des premiers contreforts des Pyrénées. Pour nous c'est en partie là que résident la beauté et l'esprit de ce Chemin : des merveilles et des rencontres.

Mais en parlant de rencontres... Nous sommes arrivés ce midi à Saint-Jean-Pied-de-Port. Ouch ! Si depuis hier nous avons croisé pas mal de pèlerins et randonneurs, le choc est ÉNORME aujourd'hui : des dizaines et des dizaines de pèlerins qui faisaient la queue dans la rue, devant le bureau de l'association locale des amis de St Jacques pour récupérer des informations, un tampon sur leur crédentiale, voire même une crédentiale toute neuve... Mais surtout : autrichiens, canadiens, brésiliens, américains, japonais, coréens, scandinaves, ... Quand nous sommes passés à ce bureau, faire tamponner notre crédentiale, la bénévole qui s'est occupé de nous nous a gratifié d'un "oh des français, c'est rare !" Effectivement sur la bonne trentaine de pèlerins qu'elle avait noté nous étions seulement les deuxième et troisième français ! Alors en plus nous avions déjà un mois dans les pattes, et sur une voie peu empruntée, un peu plus et elle nous serrait dans ses bras !

Saint-Jean-Pied-de-Port

St-Jean-Pied-de-Port (SJPP pour les intimes) très jolie petite ville médiévale, départ historique du Camino Francès, le chemin pris en Espagne par les français. Mais bondée de touristes, en plus des pèlerins. Aujourd'hui jour de chance : la Vuelta (équivalent du Tour de France espagnol) était de passage à SJPP, donc moins de monde lors de notre arrivée, ils étaient tous massés au bord de la route ! D'ailleurs Antoine en bon fan du Tour était ravi de voir passer les coureurs... On ne le refera pas celui-là.

Du monde, du monde... On continue ? On continue !

Et c'est parti pour 6 km non prévus au programme du jour, on file dormir à Honto, démarrant l'ascension du col qui nous fera franchir les Pyrénées et la frontière demain. Quelques km de grimpette, une paille à côté de ce qui reste demain mais c'est toujours ça de plus en moins !

Voilà chers tous, merci de nous avoir suivi sur cette première partie du Chemin, en France.

Nous espérons de tout cœur pouvoir aller au terme de notre voyage, même si le genou d'Alex reste une cause d'inquiétude encore aujourd'hui.

Demain nous dormirons à Roncevaux côté espagnol... Croiserons-nous Roland sur son cheval, le cor à la main ?

Nous vous donnerons des nouvelles dès que possible en Espagne, promis !


PS : on a rajouté des photos sur l'article d'hier

J30

C'est avec une grande joie et une certaine émotion que nous pouvons vous l'annoncer (merci le wifi de Roncevaux) : ça y est, on est en Espagne ! On a passé les Pyrénées à pied ! Joie, bonheur et youpidou ! On est à la moitié du chemin.

L'ascension s'est plutôt bien passée ; ça grimpe - beaucoup - les premiers kilomètres mais il suffit de trouver son rythme (façon maillot blanc à pois rouges pour Antoine) et en avant !

On en a pris plein les pattes, mais également plein les yeux, avec un soleil qui grimpe lui aussi doucement derrière les montagnes pour les découper en ombres chinoises... Du bonheur. On se paye même le luxe de doubler quelques pèlerins, en les gratifiant évidement d'un 'hello !' Et on échange quelques paroles avec ceux qui nous répondent, le plus souvent en anglais.

Nous sommes également accompagnés par les troupeaux de moutons et des chevaux, en liberté dans les alpages et qui paissent tranquillement, nullement dérangés par les dizaines de marcheurs qui passent sous leur nez...

On redescend finalement sur quelques kilomètres, histoire de rendre les choses un peu difficiles, avant d'arriver à Roncevaux. On n'a pas vu Roland par contre, déception !

Le refuge pèlerin est IMMENSE. Capables d'accueillir plus de 180 personnes, l'organisation y est, Saint Jacques merci, parfaitement rodée et le confort pensé pour le pèlerin !

J31

Très honnêtement, passer une nuit à Roncevaux pour un pèlerin vaut le coup d'être vécu.

Le refuge est tout simplement l'ancien hôpital (non médical, entendons-nous, juste hospitalité !) du monastère fondé au onzième siècle, accolé à sa magnifique collégiale. Beaucoup de touristes, encore davantage de pèlerins ! Hier, le refuge pèlerin était plein... On a entendu parler de quelques 385 pèlerins présents hier sur Roncevaux : c'est juste 25 fois plus que notre premier mois !

Malgré tout l'équipe de bénévoles est d'une efficacité redoutable : ça dépote, comme qui dirait ! Les dortoirs sont tout neufs, des cases de 4 personnes en lits superposés, on croirait presque être dans un wagon-lit ! Le "repas-pèlerin" est servi dans les deux restaurants avec une rapidité rarement observées.

Mais le plus émouvant hier soir reste la messe, dite quotidiennement dans la collégiale, et surtout la bénédiction des pèlerins, qui est la même depuis le Moyen-Âge, où les trois officiants après nous avoir invités à les rejoindre devant le chœur, et avoir énoncé tous les pays représentés ce jour (plus d'une trentaine, dont Afrique du Sud, Brésil, USA, Canada, Japon, Colombie, Corée, Islande, etc...) et prononcé la bénédiction dans une dizaine de langues, nous ont accompagné dans une prière à la Vierge Marie des plus émouvantes. "Pray for us in Santiago !" a conclu l'un des prêtres.

Petite vue panoramique lors du lever de soleil dans l'ascension des Pyrénées !

Aujourd'hui est un nouveau jour. C'est reparti de bonne heure. Nous avions décidé de partir ventre vide : 7h le petit-déj au restaurant ? Trop tard, pas le temps pour une grasse matinée ! Démarrage à 6:15, à la frontale, sur un Camino qui semblait moucheté des dizaines de nos congénères matinaux cherchant les balises au gré du balayage de leur lampe. Un nouveau très bon moment lors du lever du soleil, suivi d'un petit déjeuner bien mérité dans un café d'un village voisin.

Petit moment émotion au passage d'une stèle en mémoire d'un pèlerin japonais, décédé il y a quelques années sur cette étape quelques heures après son départ de Roncevaux, "de le part de tes amis du Chemin". Insensibilité impossible !

Le reste de la journée correspond une sorte de folle course poursuite à travers la Navarre, avec un nombre important de pèlerins que nous doublons et revoyons passer de multiples fois. Nous avons notre objectif : Larrasoaña, seconde ville relativement importante depuis Roncevaux, à 27km. Nous avons choisi d'avancer pour semer un peu la plus grosse partie des autres, s'arrêtant 5km plus tôt à Zubiri, mais aussi pour nous permettre de passer Pampelune sur la journée de demain, sans devoir y passer la nuit.


Gauche : Eglise de Espinal. Droite : arrivée à Larrasoaña, pont sur le rio Arga.

Nous arrivons tôt, 13h30 environ. Journée idéale, cela nous laisse tout le temps pour les activités de l'aprem : douche, lessive à la main (même Antoine s'y est mis !), courses, ballade de dérouillage, étirements (merci Vincent !), préparation des jours suivants, sieste (parfois siesteS pour Alex)

Frais, et prêts pour repartir demain !

PS: on me dit dans l'oreillette que les photos sont pas forcément dans le même ordre chez nous et chez vous ... Et bien, jouez aux devinettes ! Pour vous aider pour aujourd'hui : une église a un clocher, un pont médiéval non ! A votre service, votre dévoué serviteur, Antoine.

J32

Cette journée aura été marquée principalement par le passage de Pampelune. Et aussi par la dégustation de notre première "tortilla con patatas" en guise de petit déjeuner, car comme vous l'avez compris à présent, notre Chemin prend régulièrement un aspect culinaire assez marqué !

Pampelune, cathédrale Santa Maria

Début d'étape de nouveau matinal, d'ailleurs on en a profité pour investir dans une seconde frontale vu qu'on devient adepte de la marche nocturne. Et arrivée en milieu de matinée dans la belle Pampelune, cœur de Navarre, ville fortifiée aux façades multicolores, tout simplement superbe ! Nous n'avons hélas pas assez de temps pour visiter en profondeur tout ce qui aurait mérité, mais nous décidons de nous intéresser à la cathédrale Santa Marie la Réal, véritable joyau, avec notamment en son centre le mausolée en albâtre de Charles III et un cloître gothique somptueux. Dommage que nous ne soyons pas dans les meilleures dispositions pour visiter, c'est sur qu'avec un semi-remorque de 10kg sur le dos et un bâton à la main, ça complique !

Mairie de Pampelune.

Après deux petites heures dans Pampelune nous décidons de poursuivre la route, sentant la chaleur arriver... A nouveau plus de 35 degrés cette après-midi, et si depuis deux jours nous cheminions dans les bois, c'est dans un décor bien plus aride que nous continuons notre route.

Malgré le flot impressionnant de pèlerins, nous rencontrons régulièrement les mêmes, notamment Anna une jeune canadienne, ainsi qu'une allemande et son fils que nous retrouvons pour la troisième fois dans le même gîte que nous, en trois soirs.

J33

Après avoir passé une bonne soirée en compagnie de Boris et Ruth, les deux allemands qui font le chemin en duo mère-fils, notre nuit s'est révélée difficile ; en effet nous avons eu la malchance de tomber sur un de ses fameux "roncador olympico" (ronfleur olympique) que l'ont rencontre également sur le chemin...

Réveil assez tôt, comme à notre habitude, avec un objectif précis : pouvoir admirer le lever de soleil du sommet del alto del perdon, point culminant de l'étape du jour où se trouve également des sculptures métalliques représentant de pèlerins du Moyen Âge...

Nous redescendons ensuite jusqu'à Puente la Reina, ville emblématique du pèlerinage qui doit son nom à la reine Doña Mayor qui, attristée de voir les pèlerins se noyer dans la rivière, fit construire un pont exprès pour eux... C'est sympa, on apprécie le geste !

Puente la Reina

Nous arrivons finalement à Lorca vers 13h30, affamés, et faisons le test culinaire du jour, vanté par Alix de St André dans son livre et amélioré par nos soins : le sandwich vache qui rit-jambon-banane ! Encore une grande avancée culinaire, soyez-en assurés (ne faites pas ces mines écœurées, on vous jure que c'est bon !) Antoine affirme que ça vaut presque le sandwich brie/Nutella, c'est dire !

Pour demain, la journée prévue sera plus longue (ooooh...) mais moins chaude (aaaaah !)

J34

Étape assez calme aujourd'hui entre Lorca que nous quittons avant 6h00 ce matin, et Los Arcos toujours en Navarre. Trente et un kilomètres au programme par un temps nuageux plutôt agréable, contrastant avec les chaleurs de ces derniers jours... Vous me direz que l'on commence à s'habituer au >35 degrés à force !

Estella

Passage par Estella ("étoile" en français dans le texte), jolie ville typique de Navarre. Mais notre arrivée matinale à 8h ne nous permets guère d'autres visites que celle d'un café où nous poursuivons dans notre habitude de la tortilla matinale ! Aucun monument n'ouvrant avant 10h, nous reprenons notre chemin, et bien nous en a pris car nous rattrapons et doublons des dizaines et des dizaines de randonneurs et de pèlerins. On est comme ça nous, des moteurs diesels : un peu lent à démarrer mais endurants et rapides une fois la machine échauffée !

¡Hombre!

A noter tout de même : à Irache petit village vinicole à la sortie d'Estella, nous découvrons avec plaisir une fontaine à vin, une vraie bénédiction pour pèlerins. Bizarrement sur les deux robinets "vino" et "agua", pour le second personne ne fait la queue. Nous goûtons le doux breuvage pour marquer le coup, mais à 9h à peine on passe notre tour pour carrément remplir la gourde... Par sûr que ça nous aide à trotter !

Et glou, et glou, et glou...

Nous arrivons au terme de notre journée de marche à 13h et nous dirigeons d'office vers le plus gros des deux refuges de la ville, avant même de déjeuner (dans notre cas c'est dire la priorité que nous donnons au logement !). Moins d'une heure après, le gîte a rempli ses 70 places, notre dortoir de 36 lits parle au moins 7 langues différentes. La nuit risque d'être... On verra bien !


Petite photo bonus, d'un champ croisé hier sur notre route et qui résume bien ce qu'est ce Camino !
J35

Aujourd'hui nous quittons la Navarre que nous avons parcourue amplement, pour entrer dans la province de la Rioja avec une arrivée dans sa capitale : Logroño.

Une colonne de pèlerins à l'assaut de Viana (Navarre), son arène et son Eglise San Pedro... Enfin ce qu'il en reste.

Un réveil plus matinal que prévu nous a amené à partir vers 5h30 ce matin... Et oui quand la moitié du dortoir trifouille dans son sac prêt à partir, autant suivre le mouvement.


Petite journée de quelques 29km que nous avalons rapidement, sans réel point marquant dans son déroulement. Petit-déjeuner à Viana, dernière ville que nous traverserons en Navarre. Petite anecdote : toutes les entrées d'échoppes, d'immeubles, bar, etc... Étaient pourvues de lourdes grilles en fer, ainsi que les places de la ville. Viana était en effet parée pour un lâcher de taureaux en bonne et due forme dans ses rues. Non, pas un lâcher de pèlerins, je vous vois venir...


La situation est un peu difficile ces jours-ci avec une grosse affluence dans les refuges. Des pèlerins mais aussi des randonneurs qui arrivent tard mais réservent des places (y compris quand l'albergue /refuge/auberge-pèlerins ne prend pas à priori de réservation comme il est de coutume sur le Camino... Passons !).

Il est donc courant d'arriver tôt en début d'après-midi et de découvrir tous les refuges de la ville pleins, laissant les pauvres jaquets qui ont voulu prendre un peu leur temps, au mieux, à la rue au pire condamnés à marcher quelques kilomètres de plus jusqu'à la prochaine ville (notez notre sens des priorités, pour nous, chaque kilomètre compte). Jusque là, on a toujours eu de la chance (sans doute un sixième sens de blond) mais cela engendre néanmoins un fond de stress assez désagréable et peu compatible avec l'esprit du Chemin qui nous plait tant...

Pour un peu de calme et de sérénité aujourd'hui, nous avons opté pour un nuit dans une chambre d'hôte sur Logroño, donc pas de ronfleurs en vue cette nuit ! On va pouvoir se reposer un peu !

Logroño... Vous constaterez que l'on fait honneur à la viticulture locale !

Petite déception néanmoins : nous n'avons croisé qu'un seul de ces fidèles compagnons du pélerin d'antan, j'ai nommé : el burro, l'âne, parfois plus familièrement Pompon, Cadichon, Bourriquot, etc... Très pratique pour porter ses affaires, voire même un peu plus, il a été remplacé par des moyens qui s'arrêtent moins fréquemment pour brouter et probablement moins bruyant et moins salissant, par exemple les petites charrettes comme utilisait le tout premier pèlerin rencontré à notre départ de Vézelay (Serge, pour ceux qui suivent !). Nous en avons croisé quelques autres depuis la frontière, bien à la peine dans les chemins cabossés par contre... Sinon il existe aussi sa version XXIème siècle, l'express-bourricot (si, si, ce nom existe, cherchez, vous verrez !) qui fait de la livraison de sac d'étape en étape et même de personnes. Mais trêve de digressions, voici notre fameux petit âne croisé il y a quelques jours à Roncevaux !

Quelques chiffres en vrac pour cette fin de 5ème semaine de marche :

  • 937 kilomètres parcourus
  • 26,8km de moyenne par jour
  • Ronfleurs étouffés sous un oreiller : 0 ! Self-control, yoga, tai-chi, et boules Quies sont nos amis.
  • Prix moyen de la caña (bière pression) 1,20€. Parfait pour les pèlerins assoiffés !
J36

La soirée d'hier fut des plus reposantes : verre de Rioja en terrasse en compagnie d'un allemand qui avait vu Bienvenue chez les ch'tis (il croyait d'ailleurs que l'accent du chnord n'existait pas vraiment, mais Alex lui a fait une démonstration qui l'a vite détrompé - et fait rire, évidemment) suivi d'un Resto avec spécialités locales et surtout : on a bien dormi !

L'étape du jour ne présente hélas que peu d'intérêt narratif (on ne peut pas toujours être au top, désolés) mais heureusement, chaque lever de soleil le matin est un spectacle dont il est impossible de se lasser. Le paysage affiche de plus des vignes à perte de vue et des collines d'un rouge étonnant.

Arrivée à Navarrette, et pré-lever de soleil sur le lac de Logroño. Le Chemin de Santiago se fait par... Étapes/tapas ?

Nous arrivons à Nàjera avant l'horaire d'ouverture de l'albergue municipale et découvrons à cette occasion de quelle manière le pélerin fait la queue : avec son sac à dos, évidemment ! Petite pause avec un sandwich chorizo/vache qui rit, nouvelle belle innovation culinaire, approuvée par A&A.

Petite partie de la file d'attente... Il y a bien le double derrière !

Record battu pour le nombre de lits dans le dortoir : 90 lits ! Et là pas de cloisons ni de box. Il y a d'une certaine manière deux mondes, l'un au sol, l'autre dans les airs ! Mieux vaut aimer son voisin...

Et ce n'est que la partie émergée du dortoir-berg !
J37

Après plusieurs jours à parcourir d'assez longues distances, aujourd'hui est une petite journée de seulement 21 kilomètres, parcourus le ventre vide par un mauvais concours de circonstances.

Nàjera son pont et son monastère (J36 à retardement)

Si le paysage de la veille était vraiment agréable, entre les vignes et les collines rougeoyantes, cette journée est bien plus monotone.

Nous faisons halte à Santo Domingo de la Calzada, ce qui littéralement donne : St Dominique de la Chaussée, référence à l'ermite qui fit construire une route et un pont pour les pèlerins au onzième siècle, marquant la fondation de la ville. Une histoire qui n'est pas sans rappeler celle de Puente la Reina que nous avons traversée il y a quelques jours !

Clocher de la cathédrale avec sa vue. Ici l'histoire est empreinte du passage des pèlerins : ils ont même une expo Playmobil !

Nous avons trouvé une place dans l'un des deux refuges de la ville, ancien monastère cistercien, au confort très spartiate. Mais tant qu'on trouve un lit c'est bon !

Nous profitons de notre arrivée en fin de matinée pour visiter un peu la ville : clocher de la cathédrale avec ses 132 marches (on est des fous) et cathédrale Santo Domingo de la Calzada, célèbre pour posséder un poulailler baroque, avec une poule et un coq blancs à l'intérieur, des vrais ! Vestiges d'un miracle local où un pendu innocent aurait été ressuscité et où le maître des lieux, ne croyant pas à l'histoire, aurait déclaré que l'homme était aussi mort que le coq et la poule grillés dans son assiette... Avant que ces derniers ne se mettent à chanter !


La course aux refuges est assez pénible il faut l'avouer, le Camino semble presque victime de sa popularité, ce qui hélas retire un peu de cet "esprit" qui nous plaisait tant auparavant... Espérons que ça s'améliore un peu dans les jours à venir !

J38

Nous quittons au petit matin notre refuge dans le monastère cistercien, après une bonne nuit de sommeil. Il semblerait que l'on s'habitue plutôt bien aux dortoirs et leurs petits désagréments !

Nous sommes arrivés à Grañon pour un désormais habituel petit déjeuner à base de café, tortilla et jus d'orange pressé... Un régal !

Lever de soleil sur Grañon, puis arrivée à Redecilla avec un panneau légèrement amélioré !

Puis passage de la fameuse... Que dis-je la mythique Redecilla del Camino ! Non... Vous ne connaissez pas ? Vraiment ?!

Je vous rassure c'est normal. Néanmoins village à la double importance pour nous car il signe l'entrée dans la région autonome de Castilla y León, après avoir fait nos adieux à la Rioja. La Castille, plus grande région autonome d'Espagne, nous allons amplement l'arpenter car sur les 750km du Camino Francès, plus de la moitié sont dans cette région, troisième que l'on traverse depuis le passage de la frontière.

Le second fait notable de Redecilla del Camino, est un peu plus personnel : c'est d'être le point où nous avons passé le cap symbolique des 1000 km parcourus depuis notre départ ! Youpidou !

Castille droit devant !

Mis à part cela... Le paysage s'aplatit de plus en plus, finis les montagnes et vallons de Navarre, finis là coteaux hérissés de vignes de la Rioja, voici les plaines agricoles de Castille qui pointent le bout de leur nez. Même le Camino se met au diapason, avec une longue portion de chemin terreux en bordure d'une grande route nationale d'une rectitude désespérante...

Dans deux jours nous passerons Burgos et aborderons la Meseta. Région douloureusement célèbre parmi les pèlerins, nous aurons amplement le temps de vous en reparler. Mais sachez que tout pèlerin qui se respecte appréhende cette Meseta, nous ne dérogeons pas à la règle !

Belorado

Ce soir étape à Belorado, pour une fois sans trop de doutes sur la possibilité de se loger vu le nombre assez important de refuges. En plus il y a une piscine dans le notre, quel luxe ! Nous avons fais connaissance d'André et Odile alors que nous étions en train de savourer notre caña quotidienne ; lui, ancien aumônier orthodoxe en est à son seizième chemin, et à tenu pendant une dizaine d'années un gîte pèlerins, chez eux sur la voie du Puy-en-Velay. Rencontre belle, riche et réellement passionnante ! On en a presque oublié d'aller préparer notre dîner.


Pour répondre à une question récurrente : oui la jambe d'Alex va mieux. Pas complètement guérie, il lui reste quelques rappels à l'ordre mais dans l'ensemble c'est bien, ouf !


Pour vous donner une petite idée, voici une journée type sur le Camino :

  • lever entre 5h et 6h, selon la distance à parcourir ou la chaleur prévue.
  • Départ 15 minutes après (on est a priori parmi les plus rapides à décoller)
  • Petit déjeuner après le lever du soleil, en fonction des villages traversés (entre 8h et 10h)
  • Arrivée entre 11h et 12h, parfois un peu plus si l'étape est longue.
  • Déjeuner en attendant l'ouverture de l'albergue !
  • 12h30/13h ouverture des albergues
  • Douche, lessive à la main, etc...
  • Puis petite visite de la ville étape
  • Sieste (plusieurs heures si possible, n'est-ce pas Alex)
  • 18h : apéro ! Oui il faut garder ses classiques, et cela semble assez international visiblement. Dans un sens c'est aussi un temps de partage et de rencontre, par exemple celle de ce couple rencontré aujourd'hui !
  • 19h dîner, soit en restaurant où l'on trouve des menus pèlerins complets pour 10-12€, ou sinon dans la plupart des refuges il est possible de cuisiner soi même.
  • 21h30, tout le monde converge vers les dortoirs
  • 22h, extinction des feux !

Et on recommence ! À demain, bonne nuit.

J39

Ante-scriptum : pas d'Internet au refuge hier soir... Nous nous rattrapons ce matin !


Sur le Chemin, il y a des jours on et des jours off, des hauts et des bas, des jours avec et des jours sans. Il est probable qu'en lisant nos petits textes quotidiens, vous vous rendez compte, sur une échelle de zéro à dix de la bonne humeur (dite également EBH) si on est dans la béatitude bouddhiste ou la morositude absolue.

Bref. Aujourd'hui fut... Mitigé.

La journée a parfaitement commencée ; tout d'abord, étant donné que nous avions réservé notre logement du soir, nous pouvions pour une fois prendre notre temps, tranquillou pépouze ; ensuite nous avons pu profiter de ces levers de soleil que nous aimons tant.

Matin voilé sur la Castille.

Cependant, le temps jouait un peu à cache cache, avec un orage lointain mais un ciel dégagé au dessus de nos têtes. Nous nous arrêtons au premier café du premier village venu, nous apprêtant à commander quand soudain (roulement de tambour, le suspense est à son comble) une drache (oui enfin une averse quoi pour les gens non nordistes) monumentale s'abat, détrempant tous les pèlerins des environs.

Et nous, bien à l'abri au bon moment, blonds que nous sommes, on se congratule pour notre parfait timing, mais oui madame !

San Juan de Ortega

Nous terminons notre petit déjeuner, et reprenons la route alors qu'il ne pleut presque plus. Le temps poursuit sa partie de cache cache (pleuvra ? Pleuvra pas ?) jusqu'à San Juan de Ortega (En francais St Jean des Orties, ça ne s'invente pas) où nous déjeunons notre fameux sandwich vache qui rit-jambon-banane (d'ailleurs Antoine a testé hier la version chorizo-banane, mais il est moins convaincu).

Devinez quel orage n'a pas eu la bonne idée de nous contourner ?

Un peu plus loin, 5km avant notre lieu d'arrivée, le vent se lève et le tonnerre gronde. Nous n'avons que le temps d'enfiler nos ponchos avant que la tempête ne nous tombe dessus. On a tout eu : la pluie à torrent, le vent à faire s'envoler un pèlerin, la grêle, la foudre, bref : la prochaine fois qu'on se dit que quand même, notre timing est bon et qu'on a de la chance, et ben on ne le dira plus, ou seulement après être arrivés...


Enfin, au moins, ce soir c'est chambre double et comble du luxe, le sèche cheveux est fourni ! On a de quoi faire sécher nos chaussures (bah non, on va pas s'en servir pour se sécher les cheveux, trop banal voyons)

Atapuerca

Petite pensée pour Guiseppe, jeune pèlerin italien qui marchait lentement, le visage serré par la douleur, pour qui nous nous sommes suffisamment inquiétés au point de faire demi tour pour lui (re)proposer de l'aide : début de tendinite achiléenne, mais fin prévue pour demain à Burgos... Le pauvre devait se trouver au milieu des bois lorsque l'orage a éclaté.

J40

Aujourd'hui nous arrivons à l'une des plus grosses villes traversées dans notre Chemin : Burgos. Celle-là même que tous les espagnols prennent pour notre ville de départ lorsqu'on nous pose la question : "D'où êtes vous partis ? - Bourges, Francia. - ¿ Burgos ?" Je vous laisse imaginer leur tête en nous imaginant faire le chemin à l'envers !

Pas d'orage ce jour, pas même de pluie malgré un ciel menaçant mais un petit 6 degrés ce matin assorti d'un vent bien incisif. Ajoutez à cela une entrée de ville des plus industrielle. Ma, qué...¡hombre! Heureusement que l'Espagne a le secret de la tortilla en guise de potion magique !

Cathédrale Santa Maria de Burgos. 

Burgos la magnifique... Il nous a fallu près de deux heures pour faire le tour de la cathédrale, et cela ne nous a pas semblé suffisant ! Les amateurs de vieilles pierres et d'histoire que nous sommes se sont sentis frutrés de ne pas avoir le temps d'explorer chaque recoin du centre historique... On ne peut pas tout faire hélas !

Surtout lorsque qu'une retrouvaille inopinée avec Odile et André (l'aumônier orthodoxe) nous a fait de nouveau passer l'après-midi en un battement de cils, sur une terrasse à se réchauffer tant bien que mal sous les rares rayons de soleil face à cette sublime cathédrale gothique.

Vue panoramique de Burgos 

Petit ravitaillement matériel, on profite quand même d'être dans une grosse ville : nouvelles chaussures pour Antoine (oui, encore... Un trou est en formation depuis les Pyrénées, et la météo incite à la prudence !), écharpes, leggings, coupe-vent... Winter is coming, mais on est prêts !


Demain nous attaquerons la Meseta, grande terre aride, désolée, vaste, brûlante... Enfin ca c'est la théorie ! Nous on devrait être dans le froid et le vent à priori, au moins pour la première partie de ce grand plateau.

J41

Aujourd'hui nous fait quitter Burgos de bon matin pour entrer dans cette fameuse Meseta dont nous vous avions déjà parlé. Mais alors, qu'est donc cette si terrible Meseta me demanderez vous ?

C'est une région de Castille située sur un plateau, qui s'étire sur une bonne centaine de kilomètres. Plusieurs pèlerins et hospitaliers nous en avait déjà parlé comme un passage difficile, plat, avec des champs à perte de vue (jusque là, ça ressemble pas mal à la Champagne) une chaleur atroce (là c'est sur, ce n'est pas la Champagne) sans l'ombre d'un arbre ni un souffle de vent. Le tout pendant 3-4 jours.

Nous, on ne sait pas, on ne sait pas faire comme tout le monde : des températures polaires et un vent glacial nous ont accompagnés pour la journée ! Ça ne ressemblait pas trop aux descriptions qu'on nous en avait faites, mais cela n'en a pas été moins difficile ; heureusement que nous nous sommes équipés en conséquence !

 Il fait chaud sur la Meseta... Ou pas !

Le paysage, bien que plat, ne nous a cependant pas déplu : imaginez des champs de blé fauchés s'étirant jusqu'à l'horizon, agrémentés de petites collines ça et là, où les buissons serpentent, le tout sous un ciel aux cinquante nuances de gris (aucune référence "littéraire" à trouver)... Bon, pas sûr que comme ça, vous ayez envie de rêver, mais on vous promet que c'est beau !

Les grandes étendues de la Meseta. 

Seule ombre au tableau ce jour, un triste spectacle qui s'est imposé à nous, juste sous nos yeux. Nous marchions tranquillement profitant de la grande tranquillité du Camino sur cette portion ; un panneau "Hontaras, 5km" venait de ponctuer la route, quand un grand bus rouge flamboyant, rutilant traverse la plaine, et s'arrête face à nous à moins d'un demi kilomètre.

- "Ah, ah, tu vas voir, il va déposer des touristes qui veulent uniquement arriver à l'étape, sans marcher !"

Ah, ah, ah ... C'est exactement ça... Vu la tête dépitée des autres pèlerins qui nous entouraient de loin en loin et les bras levés au ciel, personne n'y croit. Heureusement, l'habitude de marcher aidant, nous doublons ce beau petit monde, agacés. Des crédentiales sortent des poches ; ces mêmes crédentiales qui donnent accès aux refuges, dont les places sont limitées et dans lesquels nous avons vu plusieurs pèlerins avec qui nous avions pu sympathiser, se faire refouler et devant parfois faire 10km de plus, même s'ils en avaient déjà trente dans les jambes.

Ne nous méprenons pas : nous n'avons rien contre les touristes et les randonneurs. Il nous semble normal que des personnes d'un âge certain, ou souffrant de problèmes de santé, fassent transporter leurs sacs pour pouvoir marcher sur le Chemin (pas pour emporter peignoir, sèche cheveux et cafetière !). De la même manière qu'il nous semble évident que chacun n'a pas la chance de pouvoir faire le Chemin d'une seule traite, et qu'ils faille pour certains fractionner sur plusieurs périodes, en fonction de ses congés. Tout cela nous semble normal et compréhensible. Mais pourquoi faire semblant de marcher et d'arriver aux étapes, et prendre cinquante places dans des refuges nécessaires à ceux qui marchent des heures et jours durant, cela nous l'acceptons mal. "Turistas" sonne dans la bouche de nombreux pèlerins en constatant de telles pratiques. Cela nous déçoit car là n'est pas là l'âme du Camino, cet esprit du Chemin que, vous avez dû comprendre, nous aimons par dessus tout.

Il faut d'ailleurs savoir que la Compostela, certificat de réalisation du pèlerinage de St Jacques, peut s'obtenir dès les cent derniers kilomètres parcourus à pied ! Solution idéale pour les personnes à la santé fragiles, et autres.

Ce si beau Chemin souffre de la main mise touristique et mercantile, fruit de son propre succès. Mais malgré tout, nous savons très bien où trouver le plus beau de ce qu'il a à nous montrer : dans les rencontres qu'il nous offre, la spiritualité qui se dégage tout du long du Chemin dans ses églises, cathédrales et chapelles mais tout autant dans ces paysages chargés de poésie et d'histoire que nous prenons le temps de découvrir, jour après jour, etc... Et ceci, rien ne pourra le ternir !


Petit cadeau pour finir : une chanson du Chemin, bien connue des pèlerins, interprétée ici par un basque, chez qui nous avons logé à Ostabat !

J42

On nous avait dit qu'entre Burgos et León, il y aurait moins de monde... La Meseta n'intéresse il semblerait, que peu de monde, et beaucoup prennent un bus pour passer quelques cents, cent cinquante kilomètres, voire aller jusqu'à León directement, faute de temps.

Les pauvres, s'ils savaient !

Notre journée de marche fut des plus plaisantes, avec une absence notoire de pluie, de vent, et un soleil timide qui pointait le bout de son nez en fin de matinée, nous réchauffant juste ce qu'il faut. Les paysages sont semblables à ceux d'hier et nous plaisent beaucoup.

La Meseta, avec l'arrivée à Castrojeriz dans le (tout) petit matin.

Nous sommes notamment passés devant un ermitage géré par des italien et qui fait de l'accueil pèlerin... On se serait bien laissé tenter, mais à seulement 18 km de marche, la journée aurait été trop courte...

On aime aussi croiser les copains que nous nous sommes faits au fil des jours, que l'on voit par intermittence mais que l'on est toujours heureux de retrouver : Jan, le néerlandais avec qui on a partagé un box à Roncevaux et qui nous fait des High Five quand on le retrouve dans les refuges ; Suzie l'allemande et Denis le québécois, avec qui on avait chanté des chants Basques à Ostabat ; Hannah, jeune canadienne adorable que l'on croise presque tous les jours ; Darian et Mickaël, couple d'australiens qui sont en quelque sorte les alter ego des antipodes de Françoise et Jean Louis, les si symparhiques Bordelais rencontrés en début de la voie de Vézelay... C'est aussi cela le chemin : des gens de tout âge, nationalité, niveau social qui se retrouvent, s'interpellent et s'entraident à coups de "How was your day ?" "Je peux te passer un Compeed si tu veux" "Il y a une épicerie au bout du village si tu as besoin." "Come on, beer's on me, have a seat !" "Tire toi donc une bûche mon ami qu'on cause un coup"

Ah, et il y a eu aussi César. "My name's César, like salad." Le ton est donné. Sympathique jeune homme, très spirituel, ce Suédois d'origine palestinienne avec ses trois prénoms latin, hispanique et arabe (César León Amar) représente à lui seul une partie de cette diversité culturelle du Chemin.

Fait notable du jour : Alex a fait demi tour pour aller récupérer son bâton adoré oublié sur le chemin - 20 minutes de perdues, on peut applaudir la gagnante ! Et Antoine, en pleine période bouddhiste, est resté de marbre, impassible face à tant de talent.

Il faut dire que nos "compagnons de route" nous sont bien utiles pour rythmer la marche, soulager une douleur tenace à la jambe, s'équilibrer dans les chemins caillouteux, repousser les chiens errants... Voire frapper un(e) conjoint(e) trop casse pied ! (On rigole !)

Celui d'Alex se prénomme Pikabrochette de par sa forme... De pic à brochette (wahouh, le truc de MALADE). Surnoms : Pika, Pika pika, pikachu...

Celui d'Antoine s'est appelé Nestor sur la partie française. Comme le majordome de Tintin, oui. Pour la partie espagnole, il a été renommé Pedro (pas trop de rapport avec Nestor, on l'accorde). Seul souci, il se raccourcit avec le temps, espérons qu'il fasse la fin du chemin !


Pour finir l'article du jour, voici les

statistiques de cette 6e semaine :

  • kilométrage total : 1128 km
  • Distance journalière moyenne : 26,8 km
  • Nombre de pinces à linge prises dans les refuges parce que 4 pour 2, ça n'était pas assez : 4 (vol de pinces à linge, ça va vous coûter cher !)
  • Quantité d'eau absorbée par nos chaussures lors de l'orage : au moins 3 litres ! Comment ça j'exagère ?
  • Prix moyen par jour et par personne en Espagne : 25 €
J43

Petite étape ce jour, de seulement 26 kilomètres, avec marche nocturne une fois encore (ce qui est beau sur le camino, c'est que personne n'a besoin de réveil, le premier à se lever est le plus souvent le plus bruyant... La grasse matinée n'existe pas pour le pèlerin  !)

On vous avait déjà parlé de notre vitesse de moteur diesel, avec un temps de chauffe le matin et une marche quasi sans pause après le petit déjeuner ; ce matin, cela nous a beaucoup servi : doublés par un quatuor de coréens qui courraient plus qu'ils ne marchaient, devinez qui est arrivé en premier au village suivant, car dans leur hâte, ils avaient loupé une balise ?

On s'est demandé s'ils connaissaient Jean de la Fontaine, en Corée...


Ermita San Miguel et Eglise de Villamentero de Campos, avec ses locataires

Nous traversons Fromista de nuit, où nous faisons halte pour le petit déjeuner, comme toujours, et enchaînons sur Villalcazar de Sirga, qui présente une magnifique Eglise cistercienne, mi-romane mi-gothique.

Eglise Santa Maria la Blanca de Villalcazar 

Le chemin aujourd'hui est un peu plus monotone, en longue ligne droite qui s'étire juste à côté de la route nationale où passent les pèlerins à vélo (on ne sait pas trop quoi leur répondre d'ailleurs quand ils nous souhaitent un "buen camino !" - buen cyclando ?)

C'est tout droit ! Si, je vous jure ! 

L'anecdote du jour, c'est qu'aujourd'hui nous sommes officieusement à la moitié du camino Francès ! Officieusement, car la moitié "officielle" est à Sahagun, étant mesuré par les espagnols à partir de Puente la Reina, car eux ne franchissent pas les Pyrénées !


La nuit s'annonce plutôt bonne, nous sommes dans un refuge grand luxe, chez les sœurs, dans une chambre immense avec 12 lits, non superposés, là où l'on aurait pu avoir jusque 30 places dans d'autres refuges. La cuisine à disposition étant spacieuse aussi, ce soir on se met aux gamelles, pour dîner avec Denis, pèlerin québécois qui marche depuis le même temps que nous, parti du Puy-en-Velay.

J44

Nous avons passé une agréable après-midi et soirée à Carrión de los Condés, avec ballade dans la vieille ville notamment. Déception malgré tout car de nombreuses églises se trouvent être fermées, ou payantes en Espagne ; payantes, pourquoi pas après tout, mais le plus souvent il faut payer pour illuminer et pouvoir observer chaque retable... Il devient plus cher de visiter une église que de trouver un hébergement pour la nuit ! C'est dommage, mais fort heureusement ce n'est pas le cas de toutes les églises.

Dîner partagé hier soir avec Tristan et Denis, deux québécois, avec notre spécialité : le fameux sandwich jambon-vache qui rit-banane ! Mais non on plaisante : pâtes aux légumes et lardons, idéal pour les pèlerins.

Carrión de Los Condés (hier J43)

Départ : matinal, ça va sans dire, le premier levé dans une chambre étant toujours le plus bruyant, ce matin il s'agissait d'un maniaque qui a fait, défait et refait son sac pendant 40 minutes, à grand coup de bruits de sacs plastiques chiffonés et de balayage de la chambre avec la lumière de sa frontale... A 5h du matin, on se félicite d'être trop fatigués pour convertir nos bâtons de marche en sagaies !

Marche matinale dans les montagn... Sur la matinée. 

Mais rapidement la magie d'un nouveau lever de soleil nous fait oublier ce rustre, et le bonheur du Camino reprend le dessus.

Comble du luxe aujourd'hui : nous avons même pu ranger nos vestes, coupes-vent et leggings en milieu de matinée ! Le soleil revient enfin malgré les quatre petits degrés au démarrage.

Ledigos, église St Jacques 

Arrivés à 11h30 à Ledigos, seulement 3km avant notre fin d'étape, petite pause dans un bar pour demander si l'église est ouverte (oui, vu qu'elle est en haut d'une côte, nous faisons jouer la flemme, plutôt demander que rallonger inutilement la route... On avoue, c'est moche, mais on assume). Pas de chance, fermée jusque midi... Ah, l'un des clients vient nous voir : "Venez, je vais vous l'ouvrir." Et nous voilà partis avec ce brave homme, visite privée y compris du clocher avec la vue sur le village et la campagne environnante, quel privilège !

Vos dévoués serviteurs : Alex, la cloche (au milieu, ne vous trompez pas) et Antoine 

Arrivée à Terradillos del Templario, place trouvée dans une albergue, tout se présente bien, et nous sommes encore avec Denis (le québécois, pas celui d'Hubert et Denis) avec qui nous nous mettons d'accord le matin sur le logement du soir, histoire de retrouver des têtes connues !

J45

La soirée d'hier a été aussi improbable qu'une rencontre sur le chemin : on s'est retrouvés à partager le dîner avec une canadienne, un anglais, un québécois et un italien... Ça ressemblerait presque au début d'un blague, et il se trouve qu'on s'est bien amusés tous les six !

Autrement, journée toujours très longiligne aujourd'hui ; on commence à comprendre ce que les gens disaient à propos de la Meseta ; 3 jours, ça va, 5 bonjour les dégâts ! Enfin, bonjour la lassitude surtout !

Heureusement, il y a régulièrement des petits villages, des petites églises, des petites chapelles pour égailler notre journée !

Une petite chapelle... Navrés, on n'en sait pas plus ! Mais Alex est contente !

Pause en milieu de matinée à Sahagùn, où nous faisons la tournée des églises ; nous sommes cette fois à la moitié officielle du chemin français, décompté à partir de Puente la Reina ! Nous en sommes nous plutôt aux 2/3 bien tassés !

Sahagùn 

Nous nous arrêtons aujourd'hui après 32 km, dans un refuge privé dans lequel on avait réservé - oui, on a craqué, on en a eu assez de courir après les lits... Notre hospitalier italien a un caractère... Particulier disons ! Il est rare de voir autant de pèlerins se faire enguirlander de la sorte !

J46

Oui ! Nous t'avons aimé, Meseta, malgré nos appréhensions... En tous cas au début.

Les deux premiers jours après Burgos ont été rudes malgré le froid, en dépit du vent, mais quel ravissement. Seulement, ça c'était la province de Burgos.

Depuis que nous avons passé l'Ermita San Nicolas il y a quelques jours (note d'Antoine : rappelez-vous, c'est là que ma talentueuse épouse avait égaré son bâton !) nous sommes passé de la province de Burgos (une province équivaut à nos départements, neuf provinces dans la région de Castilla y León) à celle de Palencia, et là c'est le drame : les vallons et les collines, sont devenus des plaines immenses à perte de vue. Il y a peu après Carrión, nous quittions à son tour la province de Palencia pour celle de León : encore pire, à présent il n'y a plus que de rares cultures... Les chemins dans ces deux provinces ne sont que des voies parallèles aux routes, souvent juste à côté de celles-ci, avec un platane tous les 9,20 mètres. Pendant plus de 50 kilomètres, je vous assure que ça laisse à méditer sur une nouvelle définition du mot "monotonie" pour le dictionnaire ! Pour la science : 9,20 mètres font environ 12 pas de pèlerin.

Bref : vivement que le paysage change un peu !

Coucher de soleil hier soir. Heureusement qu'on peut compter sur le ciel quand la terre est désespérément plate !

Après une drôle de soirée dans notre dernière albergue, où nous avions presque peur de se faire enguirlander par Vicente, hospitalier totalement... Atypique ? Non, cinglé, soyons honnête. Petit homme grisonnant, des pics d'adolescents en guise de coiffure, aboyant au lieu de parler, et ne passant pas plus de quelques minutes sans s'emporter sur quelqu'un. Dommage le gîte était agréable, mais nous n'avons jamais été si pressés d'en partir ! Ça ne nous a néanmoins pas empêché de passer une bonne soirée, en partageant un repas préparé par nos soins avec notre compagnon québécois Denis, avec qui on se suit depuis quelques jours.


Étape hautement inintéressante aujourd'hui, visuellement parlant en tous cas. Les fameuses routes et ces ombres longilignes tous les 9,20 mètres, et... C'est tout, pour faire simple ! Mis à part une petite ville relativement vivante, avec son marché qui nous a permis de refaire le plein de chorizo et de fromage pour nos sandwiches, parce qu'un pèlerin le ventre plein est un pèlerin heureux !

Seule réelle satisfaction du jour : nous nous sommes rapprochés davantage de León, notre prochaine grosse halte, ce qui va nous permettre une très courte étape demain et donc davantage de temps pour visiter et profiter de la ville.

On dirait que l'on rentre bientôt à la maison ! 

Déjà 46 jours... On a l'impression que le temps oscille entre course folle et lenteur exaspérante, mais des rencontres et anecdotes des premiers jours nous semblent s'être produites hier. Beaucoup de compagnons de chemin ont disparu de notre entourage : sont-ils derrière ou devant ? À quelques kilomètres d'ici ou à trois jours de nous ? Et surtout : vont-ils bien ?

Avec ce petit plaisir quand on croise tout sourire à une terrasse, ce type ou cette fille qui boitait au matin ou la veille. Hier et ce matin, c'était un Américain, très rapide pendant dix jours, boitant et luttant depuis. Mais il s'accroche, et nous remercie quand on prend le temps de s'attarder un peu à ses côtés. La veille c'était notre couple australien d'être taquiné par des douleurs les forçant à ralentir...

Ca rappelle de douloureux souvenirs, nous sommes tous égaux sur ce sacré Camino !

J47
J47

Comme prévu, ce fut aujourd'hui une micro-étape, seulement douze petits kilomètres que nous mangeons avant la rituelle tortilla du petit déjeuner !

L'arrivée à León n'a rien d'agréable, comme toutes les grandes villes ; mais ce passage obligé s'estompe bien vite dès le passage des remparts et l'entrée dans le cœur historique, et notamment sa cathédrale, véritable chef d'œuvre gothique.

Cathédrale Santa Maria de León. 

Nous posons nos sacs dans notre albergue, tenue par les sœurs du couvent de Santa Maria de Carvajal, et allons directement arpenter les petites rues du centre. La visite de la cathédrale est magnifique, mais là encore la transformation du lieu de culte en marchandise touristique nous déçoit : pas même de tarif pèlerin, et nous avons la sensation de payer pour un audioguide obligatoire qui se contente de débiter l'histoire d'un monument et de ses multiples rénovations bien davantage qu'expliquer ses retables, vitraux, etc... Ah si à la fin de la visite, on peut faire une donation complémentaire, même par carte bancaire... Financièrement rien à dire, ils ont tout compris !

Nous avons retrouvé notre américain dont on parlait hier, il allait mieux et était si content de retrouver ses amis français qui s'étaient inquiétés de son état. Il a même tenu à nous prendre en photo, sympa !

Nous passons tout le début d'après-midi à nous balader et assistons le soir à un concert d'orgue dans une cathédrale comble, au programme : Bach, Liszt, mais nous avons dû partir avant les œuvres de Wagner... Et oui couvre-feu à 22h/22h30 dans les albergue, ca ne rigole pas !

León by night, cathédrale Santa Maria
J48

L'air de rien, on sent une différence physique entre nos premiers jours de marche, et actuellement, et cela au delà de la perte de poids (on n'a pas retrouvé de balance, mais on est sûrs de ne pas être à la hausse de ce côté là), des cals aux pieds, de la diminution des courbatures, etc, etc... Mais surtout les grosses distances comme aujourd'hui, soit 36 km, sont plus rapidement parcourues que, par exemple, à notre 4e jour entre Châteauroux et Argenton sur Creuse : départ à 5:30 et arrivée à 13:30 ce jour, contre 6:30 et 17:00 le 7 août ! On vous laisse faire le calcul, parce que même si on marche plus vite et avec moins de pauses, on est un peu crevés (et puis vous êtes des grands enfants) !

C'est un peu notre faute aussi ; deux chemins proposés, un qui longe la route nationale de 33 km, et une variante qui passe par des petits chemins de terre, à l'écart des gros axes routiers, plus agréable et moins empruntée, mais plus longue de 3 km... Devinez lequel on a pris ? Bravo, vous passez par la case départ et vous recevez 1000 chocobons !

 Lever de soleil sur les champs de Castilla y León. 

Comme on le disait ce matin à un couple de suédois qui prenait la même route que nous, qu'est-ce donc que 3 kilomètres quand on en a déjà marché tant et tant !

Bizarrement, nous étions assez seuls sur ce chemin là... Ce qui n'était pas pour nous déplaire. Les paysages sont un peu moins monotones que les jours précédents et nous marchons donc d'un bon pas.

Fresque à l'entrée de Villar de Mazarife ; le pont sur le rio Orbigo avec en fond notre ville étape, Hospital de Orbigo. 

Certes, les dix derniers kilomètres sont difficiles, mais l'arrivée à Hospital de Orbigo en vaut la peine, avec son immense pont en pierre à l'intention des pèlerins, et son albergue paroissiale très agréable. Comme de juste, nous retrouvons Denis le québécois, qui a également pris la variante plus longue, sans regret.

Albergue paroissiale Karl Leisner, Hospital de Orbigo. 



PS : on vous a mis à jour l'article précédent avec photos et texte en plus (de la lecture en plus, vous êtes contents on espère ?)

J49

Hier après la traditionnelle "caña" (bière) de fin d'étape partagée avec Denis notre compagnon québécois et Thomas, pèlerin allemand rencontré deux jours après le passage des Pyrénées, nous avons profité de la cuisine de notre albergue pour se faire un petit repas maison. Ayant achevé tôt le dîner, nous avons eu l'idée d'aller à la messe à 20h... Arrivés à 20h12, c'était déjà l'heure de la communion, 20h19 nous étions sortis ! Il ne fallait pas arriver plus tard, ouf !

Coucher de soleil hier soir sur Hospital de Orbigo. 

Ce matin, grasse matinée ! Nous avions réservé pour ce soir, donc rien ne presse, on s'accorde un réveil à 6h30, quel luxe !

Les premiers kilomètres ne nous montrent rien de bien fou, mais, ô suprise : ça monte ! Et oui, les plaines infinies semblent enfin devoir s'effacer petit à petit et toute notre journée nous a fait passer par des vallons ; l'horizon s'élève, c'est bon signe !

Arrêt dans le second village que nous traversons, pour un petit déjeuner. Qu'elle ne fut pas notre tristesse en constatant qu'ils n'y faisaient pas de tortilla... Parce qu'une bonne omelette aux patates de cinq centimètres d'épaisseur ça vous cale l'estomac et comble l'esprit d'un pèlerin frigorifié et mal réveillé... Tant pis on fait sans notre carburant habituel.

San Justo de la Vega. 

Nous passons assez rapidement San Justo de la Vega où un vieux clocher nous offre la grande surprise de visiter une belle église tout ce qu'il y a de plus moderne. Une gentille petite dame nous a même illuminé l'intérieur, et proposé de tamponner nos crédentiales : ça ne se refuse pas !

Astorga : Palais épiscopal réalisé par A. Gaudí, et la cathédrale Santa Maria avec son retable majeur.

Quelques kilomètres seulement nous amènent à Astorga, point fort de notre étape du jour. Outre la belle Cathédrale Santa Maria (malgré une nouvelle désapprobation d'un ordre que vous devinerez) nous profitons d'une merveille architecturale avec le palais épiscopal construit par Antoni Gaudí au début du XXème ; il est aujourd'hui reconverti en musée que nous n'avons hélas pas le temps de visiter.

Arrivée sur Santa Catalina de Somoza - vos deux fidèles serviteurs.  

Arrivée assez "tardive" vers 15h aujourd'hui à El Ganso après un faux-plat montant de près de huit kilomètres pour bien finir.

Nous sommes dans une petite albergue privée, en compagnie d'un bon nombre de connaissances notamment Denis, québécois avec qui nous nous arrangeons pour nous retrouver chaque jour depuis une bonne semaine et qui devrait, si tout va bien, nous accompagner jusqu'au terme du Camino.


Ce jour marque la fin de notre septième semaine de marche, quelques chiffres plus ou moins inutiles :

  • 1319 kilomètres parcourus
  • 26,90 km de moyenne par jour
  • Les étapes extrêmes : de 12,8 à 35,7 km, les deux réalisés cette dernière semaine.
  • 3... Le nombre de paires de chaussures d'Antoine : une première renvoyée à la maison après 2 jours, une usée et épuisée sur le Chemin, espérons que la dernière sera la bonne.
  • Nombre de jours de marche restant... Mystère !
J50

Après d'innombrables jours sans relief dans la Meseta, nous attendions presque avec impatience le retour des dénivelés. Et aujourd'hui, enfin, ça grimpait !

Montée en douceur cependant, tranquillement, jusqu'à la Cruz de Hierro (croix de fer) où nous n'avons pas dérogé à la tradition de déposer à son pied une pierre (enfin, un caillou ; le but n'est pas de se surcharger).

Cette pierre, que le pèlerin ramasse chez lui ou sur la route, symbolise les soucis, préoccupations et péchés que ce dernier emporte avec lui sur le chemin, et dont il se déleste afin d'arriver "libéré" à Santiago. Il suffit de voir la montagne de pierres, voire de pavés pour certains (on n'ose imaginer la taille de leurs problèmes si elle est proportionnelle au choix de caillou !) au pied de la croix pour imaginer les centaines de milliers de pèlerins qui sont passés avant nous...

Nous avons été très surpris de retrouver moult touristes, totalement absents du chemin depuis plusieurs jours, et tous présents pour prendre leur photo souvenir au pied de la croix, les uns après les autres... On les soupçonne d'avoir eu recours à un dopage mécanique pour arriver là ! Mais qu'importe, on fait confiance à l'agence mondiale anti-dopage pour faire lumière là-dessus.

La descente est plus raide que la montée, avec des cailloux vicieux qui guettent la moindre erreur pour nous tordre les chevilles !

A signaler : une rencontre atypique avec le dernier des templiers ! Le tenancier du bar de Manjardin est un original, ancien homme d'affaire madrilène qui a tout quitté pour ce refuge, casaque blanche à croix rouge et épée à l'appui, qui nous a empêché l'accès à son domaine afin de procéder à son oraison du matin à la Vierge Marie. Il a même trouvé deux porte bannières pour l'encadrer ! Improbable.

L'arrivée à El Acebo se fait entourée de touristes ; l'albergue paroissiale, cependant est déserte à notre arrivée à midi. Pas de confrère pèlerin en vue mis à part Denis, qui comme d'habitude arrive avant nous. Nous retrouvons un peu après Michael et Dariane, le couple d'australien qui nous accompagne depuis quasi le début du camino francès.

Le confort est très sommaire, repas végétarien, pas de couverture, etc... Mais ce n'est que pour une nuit, nous ferons avec !

J51

Ce matin départ tardif de notre refuge à El Acebo pour deux raisons : les 500 mètres de dénivelé à descendre sur les petits cailloux, dans le noir après une nuit de pluie, ce n'était sûrement pas une très bonne idée. Mais aussi le refuge ne permettait pas un départ avant 6h30 et servait le petit déjeuner à 7h. Chose rarissime depuis notre arrivée nous prenons le petit déjeuner, et partons (quasiment) de jour.

La descente se fait en douceur, la pluie nocturne a fait du bien et les odeurs de pins, d'herbes et de rosée nous ravissent presque autant que le paysage !

Molinaseca 

Nous passons à 9h00 la petite ville de Molinaseca, où nous aurions bien fait une pause... Mais il est un peu tôt pour le second petit-déjeuner et encore davantage pour prendre une caña !

Ponferrada  

Comme une triste habitude, l'entrée dans Ponferrada est assez... Moche. Le centre de la ville est beau, avec un château fort bâti par les Templiers, une belle basilique (gratuite, ô miracle !) et quelques jolies places. Bien sûr on est en Espagne donc elles sont quasi désertes et le resteront jusqu'à 20h passées. Il est enfin l'heure du second petit-déjeuner : café con leche (café au lait), tortilla, empenada (sorte de tourte à la viande) et muffin... Oui il faut bien nous rempoter un peu tous nos habits nous sont à présent trop grands ! Alex a même du mal à attacher son sac.

Alerte info : ça y est, Alex, qui avait oublié son chapeau il y quelques jours dans un refuge (on ne la changera pas) est parvenue à en trouver un nouveau, certes aussi laid que le premier, mais c'est mieux que rien !

Petite pause avec notre compagnon québécois, pour refaire le plein d'énergie ! 

Nous poursuivons après Ponferrada, encore une dizaine de kilomètres, pour arriver à Camponaraya. Les vingt derniers kilomètres du jour sur du bitume sont bien tristes après les 8/9 premiers dans les petits chemins de montagne, mais c'est aussi ça le Chemin, comment profiter des merveilles sans quelques platitudes et laideurs pour les mettre en exergue.

J52

Notre départ se fait une nouvelle fois dans la nuit, ce qui nous permet, et d'une de faire une collection magnifique de levers de soleil depuis une vingtaine de jour et de deux, d'étudier avec attention le cycle lunaire, la lune étant par moment notre seul éclairage en marchant (nouvelle lune imminente, alors peu de lumière nocturne en perspective - je vous laisse par ailleurs méditer sur ce superbe oxymore).

Les photos parlent d'elles mêmes : c'est magnifique. Le Bierzo, région que nous traversons, est également une région viticole, avec des coteaux de vignes à perte de vue, et, hélas pour nos narines délicates, il y règne par endroits une acre odeur de raisin fermenté qui gâche un peu le plaisir de nos yeux - dans la vie on ne peut pas tout avoir. Cacabelos, premier village traversé, baigne dans cette odeur, et malheur ! Notre guide nous prévenait d'une fontaine à vin à la sortie de la ville, mais impossible de la trouver (alors que cette fois, on avait bien prévu la bouteille plastique de 1.5 litres pour faire le plein) ! Comme l'a poétiquement fait remarquer Denis, Cacabelos porte bien son nom...

Lever de soleil sur la vallée de Ponferrada (et sa beeeeelle centrale), et de l'autre sur les vallons du Bierzo.  

Nous poursuivons conséquemment notre route parmi les vignes, et prenons un peu de hauteur jusqu'à Villafranca del Bierzo. Son église Santiago (qui était fermée) possède une porte dite puerta del perdon, destinée au Moyen âge aux pèlerins blessés ou handicapés, dans l'incapacité d'atteindre Compostelle pour qu'ils puissent y obtenir l'indulgence plénière.

A défaut de pouvoir avoir celle-ci, nous nous trouvons un café pour y prendre une part de tortilla !

Villafranca de Bierzo. 

La sortie de Villafranca nous fait faire une étonnante rencontre : un chevreuil, en train lui aussi de prendre son petit déjeuner, à une dizaine de mètres de nous, qui nous a fixé pendant une bonne minute sans bouger, nous permettant de le prendre en photo... On se serait presque excusés de le déranger !

Le reste de la route fut hélas d'une tristesse à pleurer, coincée entre une autoroute et une route nationale... Il y avait bien une variante, encore une fois plus belle mais plus longue et plus vallonnée, mais 31 km nous suffisaient pour aujourd'hui... On vous avoue qu'après coup on l'a bien regretté !

Arrivée finalement à Vega de Valcarce, au pied du Mont Cebreiro, que nous franchirons demain.

J53

Pour notre grand plaisir, il y avait du dénivelé au menu de cette journée : passage du Cebreiro et par la même, changement de région. Après une quinzaine de jours en Castilla y León, nous la quittons pour rejoindre la dernière région espagnole de notre Camino : la Galice !

Le début de l'étape s'annonçait très bien avec des températures très convenables, un ciel nuageux mais pas de pluie et même quelques éclaircies. Nous avons réservé pour la nuit à venir, donc rien ne presse, on va pouvoir profiter du paysage !

On attaque donc gaiement les premières pentes ; d'autant plus joyeusement que les grimpettes, c'est loin d'être un de nos points faibles...

Pendant la montée du Cebreiro. 

Sauf que le plafond a été placé un peu plus bas que prévu : rapidement nous entrons dans le brouillard avec cette minuscule pluie fine qui bien loin de nous déplaire nous oblige malgré tout à réaliser quelques ajustements vestimentaires. Coupe-vent de rigueur !

Nous passons vers 10h30 une grande stèle dont la signification est assez limpide : Galicia ! Merci à la jeune allemande qui nous a proposé de nous prendre en photo ; nous l'avions déjà croisée hier matin, perdue en pleine nuit après avoir marché plus d'une heure en pleine forêt en tous sens... Elle nous a avoué aujourd'hui avoir été très reconnaissante de nous trouver sur sa route.

Quelques papotages plus loin, nous arrivions tous les trois à O Cebreiro, premier village de Galice, et lieu touristique assez connu ; merci le brouillard nous avions le village pour nous seuls ! Décidément après le tour cycliste d'Espagne qui nous avait privatisé St Jean Pied de Port, il semblerait que St Jacques nous donne des coups de pouce pour éloigner les foules.

Après une part d'empenada (désolé Pierre, pas de tortilla aujourd'hui, il n'y en avait pas...) nous reprenons la route.

La statue de pèlerin à l'Alto de San Roque et son panorama, les rues brumeuses de O Cebreiro, et borne kilométrique galicienne.

Encore un peu de montée et nous passons deux cols : Alto de San Roque et Alto de Poio qui sera notre point culminant du jour à 1337 mètres.

Nous nous arrêtons quelques kilomètres plus loin à Fonfria, alors que la descente ne fait que s'amorcer. Ce fut une petite journée de 24km, mais nous ne souhaitions pas faire davantage en raison du dénivelé !

D'ailleurs nous ne sommes pas franchement pressés... Notre arrivée à Santiago se profile pour lundi, et nous ne voudrions surtout pas gagner un jour et nous y trouver en plein week-end (je suis sûr que ça ne vous surprend pas de notre part !)

Un peu après notre arrivée au superbe refuge, pendant que nous savourons la caña quotidienne, le ciel se découvre peu à peu pour nous laisser profiter du panorama sublime ! Comme quoi la caña dissipe toutes les brumes... La journaliste Alix de St André écrivait (en citant ses co-pèlerins) que "le bière est la preuve de l'existence de Dieu", et que "le vin de Rioja est celle que Dieu est bon."

Nous vous laissons méditer sur ce sujet, de notre côté nous avons déjà arrêté notre avis !

J54

Nous avons passée hier une excellente soirée, accompagnée d'un bon repas servi sous la palloza du village, maison typique de Galice, ronde à tout de chaume. La grande tablée de pèlerins permet encore de nouvelles rencontres de tous horizons...

 Dîner collectif à l'Albergue de Fonfria (hier soir, J53)

Départ ce matin un peu après 7h, avec une fois n'est pas coutume une part de tortilla prise avant même le début de la marche ! La vallée en contrebas est remplie de brume, nous donnant l'impression de flotter au dessus d'une mer de nuages... Mais il faut bien en redescendre !

Arrivée à Triacastela en fin de matinée après une dizaine de kilomètres de descente, village qui porte son nom d'après les trois châteaux qui l'entouraient... Mais qui aujourd'hui n'existent plus !

Palloza avant Triacastela, et maison à l'entrée de Ramil...

Après une pause pour un second petit déjeuner (oui, on mange comme des hobbits) un choix cornélien s'impose à nous : choisir la variante plus longue de 5 km mais plus belle, ou rester sur le chemin "officiel" et choisir la facilité... Nous optons pour la version longue (avec scènes supplémentaires) et ne sommes pas déçus par les paysages offerts, qui rappellent par endroits la Nouvelle Zélande, ses arbres immenses et ses vertes contrées dignes de la Comté dépeinte par J.R.R Tolkien !

Non ce n'est pas Gandalf avec le sac à dos. 

A Samos, pause Bocadillo (Sandwich quoi - on mange tout le temps aujourd'hui ; des hobbits on vous dit) après avoir vu le Monastère. Il paraît qu'il fait accueil pèlerin, mais malheureusement la journée aurait été un peu courte !

Monastère de Samos 

Les douze derniers kilomètres jusqu'à Sarria se font plus difficilement le long d'une route assez fréquentée. Sarria, ville de départ d'un grand nombre de marcheurs, celle-ci étant la dernière ville à plus de 100 km de Santiago - distance minimale obligatoire pour obtenir la fameuse Compostela et valider son pèlerinage. La ville compte à elle seule plus d'une trentaine albergues, un record ! Celle que nous avons élue pour passer la nuit est petite, mais comfortable.

C'est donc une journée de 31 kilomètres qui nous en aura mis plein les yeux, malgré une fin plus laborieuse !


Petites suggestions de lectures ou films sur le Chemin :

  • The Way - film de 2010, par Emilio Estevez
  • En avant, route ! - livre d'Alix de St André. (2010)
  • Immortelle randonnée - livre de Jean-Christophe Rufin (2013)
  • Le vestibule des causes perdues - livre de Manon Moreau
  • Saint-Jacques... La Mecque - comédie, de Coline Serreau (2005)
  • Le pèlerin de Compostelle - Paulo Coelho (1987)
  • Etc ! Il y a beaucoup d'autre références, n'hésitez pas à nous les faire connaître !
J55

Ce matin nous quittons Sarria sans aucun regret, entourés de davantage de marcheurs que lors de ces trois dernières semaines. Les taxis sont nombreux, les camionnettes remplies de sac encore plus.

Qu'importe ! La frontale bien en place, nous faisons un début de marche assez surréaliste dans le brouillard, rendu très opaque par nos deux faisceaux lumineux.

Rencontre bizarre quelques minutes après Sarria, on double une femme à l'arrêt dans le noir complet qui répond à peine à notre bonjour. Assez agacés par contre qu'elle nous emboîte le pas aussitôt sans rien dire et nous colle de près, jusqu'à s'arrêter avec nous quand je retire une chaussure pour en extraire un petit caillou venu se loger dedans. Être mal équipé, ça peut arriver, mais ca n'empêche pas d'être sympathique ! On s'est surtout demandé comment elle était arrivée jusqu'ici sans rien, car quand on dit obscurité, c'était la grande noirceur comme disent nos cousins outre-Atlantique !

On sort rapidement du brouillard, la suite de la matinée est vraiment très belle, sur de petits chemins bien tracés dans la verdoyante Galice.

Petit-déjeuner à Morgade, où Alex a fait copain-copain avec un chien (même si tel Joey dans Friends, elle refuse de partager... Alex don't share food !)

Là où nous nous étions habitués aux nombreux pèlerins égrainés tout le long du chemin, ce sont à présent des troupeaux de marcheurs qui passent devant nous, bruyants, certains écoutant même de la (mauvaise) musique sur leur téléphone. Pas grave nous les doublons pour retrouver un peu de calme !

Nous avions prévu une étape de 31km aujourd'hui et une petite demain... Mais finalement un peu de fatigue, ainsi qu'un faible nombre de places disponibles à notre objectif de ce soir, nous changeons d'avis ! Un tout petit 23km aujourd'hui, et demain sera une plus longue journée ; ce n'est pas grave nous avons réservé pour demain, donc nous pourrons prendre tout notre temps.

Arrivée à Portomarin, avec un dernier petit effort pour terminer ! 

Nous nous arrêtons donc à Portomarin, avec ses deux ponts sur le Rio Miño et son église fortifiée San Nicolás.

J56

Nous quittons Portomarin de bon matin, après avoir passé la nuit dans le dortoir de l'albergue, où a dormi l'un des plus jeunes pèlerins que nous ayons croisé sur le Camino : un jeune australien d'une dizaine d'années, réveillé vers 6h30 par les bruits divers de préparation des marcheurs (ou des conversations à voix haute des espagnoles, bavardes comme des pies dès le saut du lit). Le jeune garçon chuchotait à son père, sur le lit du dessous et encore à moitié endormi que c'est bon, il était près à partir, alors quel est l'intérêt d'attendre ? Tant d'enthousiasme fait chaud au cœur (enfin, question de point de vue, le paternel n'avait pas l'air très heureux d'être ainsi réveillé) !

Il faut d'ailleurs reconnaître que la population se modifie depuis le passage du Cebreiro et surtout après Sarria : en plus des habituels retraités et étudiants, on commence à voir des familles avec enfants, parfois très jeunes (avec papa qui porte, et son sac à dos, et la poussette) ! Le nombre de touristes explose également. Difficile en effet de qualifier de pèlerins ces groupes de gens parachutés par mini-bus au premier café, et récupérés 5km plus loin, juste après le beau point de vue du jour ! Sandalettes et sac-pas-à-dos, jeans, tout y est. La marche, certes, mais pas plus de 10 kilomètres par jour... En faisant tamponner la crédentiale bien sûr !

Chacun son Chemin après tout. Nous préférons le nôtre, ça tombe bien.

De fait, on passe le premier café à touristes (surnommés "les aéroportés" pour l'occasion) et nous arrêtons à celui d'après, désert comme prévu : la malédiction éternelle du 2e café du village : toujours vide, tous les pèlerins s'écroulant sur la première chaise venue pour se commander son sacro-saint "cafe con leche" !

La tortilla se faisant rare en Galice, on commande une part d'empañada, tourte salée espagnole avec une pâte au safran.

Le reste de la route ne présente que peu d'intérêt majeur, mais la Galice et ses vertes prairies et forêts continuent de nous plaire !

Pour ceux qui en douteraient encore, la réputation de poisseux d'Antoine continue à se vérifier, même sur le Chemin. On passerait presque sous silence les douches froides à répétition parce qu'il choisit la mauvaise quand il a le choix entre deux ou simplement parce que pendant 5 minutes il n'y a plus d'eau chaude... Aujourd'hui à un petit kilomètre de l'arrivée nous croisons un troupeau de vaches, mené par un brave homme ; nous nous arrêtons pour les regarder passer (aussi parce qu'il n'y avait pas trop d'autre choix), devinez qui se retrouve les jambes éclaboussées d'une substance semi-liquide de nature hélas bien identifiée... "Et m***e", comme on dit ! On ne se refait pas, même sur le camino... Poisseux un jour, poisseux toujours, heureusement c'était la jambe gauche. Ça porte chance ?


Nous arrivons finalement à Ponte Canpaña, dans une albergue tout en bois très agréable. On approche tout doucement de Compostelle, mais les "vrais" pèlerins se font de plus en plus rares... Heureusement qu'il y a toujours des têtes connues à saluer tous les jours !


Pour terminer, aujourd'hui étant le dernier jour de notre 8ème semaine, nos traditionnelles petites statistiques :

  • 1517 kilomètres au total depuis Bourges.
  • 27,10 km par jour en moyenne (oui on augmente un peu ces derniers temps !)
  • Températures extrêmes pour marcher : de +3 à 39 degrés.
  • Nombre de nuits sans couvertures disponibles : 3, hélas (brrrrrr !)
  • Nombre de kilomètres restants jusqu'à Santiago : 65 km seulement...

Bientôt la fin de pèlerinage, mais le bout du chemin n'est-il pas simplement le début d'un autre ?

J57

Ce début de matinée a été très particulier.

Déjà depuis environ deux semaines on sent que la "course aux lits" s'essouffle, à notre plus grand plaisir ! Les raisons en sont multiples : davantage d'hébergements sur ces parties, moins de monde aussi car les vacances estivales sont terminées et que la météo est moins clémente, et la fatigue s'est installée chez beaucoup de pèlerins, voire les blessures pour certains. Ce matin quand le réveil a sonné à 6h45, quasiment tout le monde dormait encore, alors qu'on avait déjà vu des furieux se lever à 03h30 ! On a même pu s'accorder une rallonge de quinze minutes, au chaud dans les couvertures, grand luxe !

Dès le réveil, constat implacable : il fait froid ce matin. Nous avions élu domicile hier dans une toute petite albergue perdue en campagne, très sympathique dans une vieille ferme toute chauffée au bois... Mais dortoir non chauffé pour le moment ! Ca vous explique aussi pourquoi tout le monde restait au chaud.

Une fois n'est pas coutume nous petit-déjeunons dans notre albergue, et partons avec tout notre attirail le plus chaud sur le dos. Un brouillard dense et humide nous accompagne, et ne nous laissera pas de répit jusqu'à presque midi.

Mais quelle beauté ! On a l'impression de se retrouver dans un petit cocon, les bruits sont étouffés, et les silhouettes gigantesques des eucalyptus nous accompagnent toute la matinée.

À Melide, premier village traversé après une dizaine de kilomètres, nous hésitons : pause ou non ? Finalement sur les conseils d'un couple américain, nous choisissons un café : le poêle à bois qui ronfle joyeusement dans la salle a achevé de nous convaincre. Ajoutez à cela l'une des meilleures tortilla que nous ayons mangé depuis notre départ, c'est donc l'esprit léger, le ventre plein et le dos réchauffé que nous reprenons notre chemin avec notre cher Denis à qui nous n'avons pas manqué d'indiquer cette excellente halte. En plus nous croisons beaucoup de cars de touristes aujourd'hui, ca calme retrouvé nous convient très bien.

Santiago-pèlerin du retable de l'église vouée au même saint (Castañeda) - la campagne Galicienne

La suite de la journée se poursuit sans grande surprise, les forêts de chênes et d'eucalyptus se succèdent, ainsi que les villages de vieilles pierres. Cette Galice a décidément un petit air de Bretagne, paraît-il même d'Irlande même si nous ne pouvons pas encore le confirmer. D'ailleurs, la musique locale est d'inspiration très celtique et l'instrument roi : la cornemuse.

Le brouillard laisse finalement place à un beau soleil qui nous réchauffe rapidement ; nous finissons notre étape du jour dans un autre tout petit village, mais dans une albergue bien moderne cette fois, où nous serons également très bien !


À la dernière borne aperçue sur notre chemin, il était indiqué le compte-à-rebours habituel : 34 kilomètres...

Ca se précise !

J58

Demain, on sera à Compostelle... Cette phrase a trotté dans notre tête une bonne partie de la journée : demain, après deux mois de marche, demain nous atteignons le but de notre voyage ! Nom d'un p'ti bonhomme !

On le sent venir depuis plusieurs jours : on se lève moins tôt, on cherche un peu moins à discuter avec les autres, d'une part parce que la plupart sont des touristes aéroportés, d'autre part parce que les nouvelles rencontres ont moins de saveur qu'aux premiers jours...

L'étape du jour, de 30 kilomètres, nous a de ce fait semblée looooongue, très longue : beaucoup de chemin en bord de route, heureusement entrecoupé de passages en forêt au milieu des eucalyptus et leur odeur inimitable !

On a par ailleurs craint de ne pas avoir de petit déjeuner (le drame) : pas de café à l'horizon avant 11h ! Du coup, on a brunché.

Nos tous derniers kilomètres ont également pu être égayés par un pèlerin qui jouait de la guitare en marchant, une première sur le chemin ! Ça nous a changé des gens qui chantent, souvent faux, alors qu'ils marchent avec leurs écouteurs sur les oreilles... Et qui nous emm... Embêtent !

Russel, lui chantait bien et on s'est demandé s'il avait plus de cals aux pieds ou aux doigts !

Avant d'arriver demain à Santiago, et que ne prenne fin notre chemin de pèlerinage, un petit retour en quelques mots sur l'histoire de ce pèlerinage pourrait rafraîchir la mémoire.

L'origine de ce pèlerinage remonte initialement à l'apôtre Jacques le Majeur, décapité en 44 après JC sur ordre du roi de Judée, Hérode Agrippa. Il fut l'un des premiers martyrs chrétiens, et deux de ses disciples récupérèrent sa dépouille pour l'amener là où il avait prêché le christianisme dans la péninsule ibérique, qui était alors l'Hispanie romaine. Ces deux disciples, Athanase et Théodore traversèrent la mer Méditerranée et longèrent les côtes atlantiques pour débarquer à Padrón et ensevelir sur le mont Libradón la dépouille de St Jacques.

C'est le 25 juillet 813 qu'un ermite fit la découverte de cette sépulture oubliée. Dans la foulée le roi d'Asturies, Alphonse II fait élever une église sur ce lieu. 25 juillet, date de la saint Jacques dans notre calendrier !

Le tombeau devint un lieu de pèlerinage. On convergeait vers celui-ci en suivant la Voie Lactée... Le chemin des étoiles, "campus stellae", devenu Compostelle. Cette explication n'est pas la seule évoquée, mais c'est celle que nous adoptons pour notre part !

Ce pèlerinage s'inscrit également dans un contexte historique de reconquista dans l'Espagne du neuvième siècle, reconquête par les rois d'Asturies sur les Maures.

Le roi Alphonse II et ses descendants font de l’apôtre le symbole de leur combat contre l’islam et les maures. En l’an 859, le roi Ordoño des Asturies, affirme avoir gagné la Bataille de Clavijo contre les musulmans parce que Jacques, le « Santiago Matamoros », est apparu à ses côtés pendant le combat. Cette intervention miraculeuse fait que Santiago devient le patron de la Reconquista et de l’Espagne. Cette image de ce Santiago guerrier, sur son cheval, épée à la main, va se répandre tout au long du Chemin. Voir notamment la fresque de Ledigos (J44) présentant un magnifique Santiago Matamore.

Le pèlerinage à Saint Jacques a connu des cycles de popularité et de déclin : très pratiqué du Xème au XIVème siècle, il décline progressivement notamment en raison des épidémies de peste qui ravagent l'Europe, puis deux siècles plus tard Luther s'oppose ouvertement au pèlerinage à Santiago mettant en doute la véracité de ces reliques. Ce n'est qu'à la fin du XIXème que le pèlerinage est remis à jour, et surtout après la seconde moitié du XXème siècle ; depuis une vingtaine d'année il connaît une popularité croissante, et internationale.

Les voies sont multiples, par son essence même qui fait du lieu d'habitation de chacun, le départ du Chemin. De grandes voies principales existent, nous en avons empruntée deux : la voie Lemovicensis au départ de Vézelay jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port et la plus empruntée de toutes, le Camino Francès. Mais nombreuses sont les autres : depuis Tours, Arles, le Puy-en-Velay pour les voies françaises, mais aussi Séville (via de la Plata) Oviedo (Camino Primitivo, celui-là même qu'aurait réalisé le roi Alphonse II dont nous parlions plus haut), Porto, etc !


Il n'y a pas un Chemin, chacun trace le sien !

J59

Que dire...

Cela fait maintenant 59 jours que nous marchons, et voilà que nous arrivons au terme de notre Chemin de pèlerinage. Cette idée est difficile à comprendre lorsqu'on a marché si longtemps, traversé tant de villes et de paysages si différents, jour après jour, pas après pas.

Hier soir nous avions reculé pour mieux sauter cette grande étape ! Nous avons dormi à Monte do Gozo, immense albergue construite en 1989 à l'occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse : plus de 400 places dans 30 baraquements. Hier nous y étions si nombreux qu'un seul d'entre eux était ouvert ! Tranquillité assurée.

Santiago... Borne du kilomètre 0, sur le parvis de la cathédrale Santiago. 

Nous arrivons au lever du jour dans la ville de Santiago, et profitons des abords de la cathédrale sans ses hordes de touristes... Nous avions tout prévu ! Oui tout, sauf les travaux, mais on s'incline c'était plus compliqué à éviter.

Madame Bleue et Monsieur Rouge semblent être bien arrivés ! 

La suite est un enchaînement d'impératifs : aller au Bureau des Pèlerins récupérer notre Compostella, certificat de réalisation du pèlerinage, mais nous demandons aussi un Certificat de distance, qui apparaît bien plus juste à nos yeux. Ensuite... Tortilla, bien sûr, après ces cinq longs kilomètres du matin, nous étions affamés ! Visite de la cathédrale, partagé entre admiration et émotion, mais aussi une rude mise à l'épreuve de notre patience face aux multiples hordes suivant l'une un parapluie rose ou l'autre la pancarte "3" avec écouteurs sur les oreilles et smartphone greffé devant les yeux... Nous faisons petit à petit notre tour, allant comme le veut la tradition tour à tour saluer la statue de l'apôtre, se recueillir dans la crypte devant son tombeau, etc.

Enfin la messe des pèlerins à midi. Là encore, on regrette de voir une bonne vingtaine des premiers rangs réservés pour des non-pèlerins... À une messe des pèlerins, c'est dommage. Mais bon pas de soucis, nous avons une place et pouvons profiter pleinement de l'office. Belle messe, néanmoins pas aussi émouvante que la messe de Roncevaux, mais si gratifiante par son côté... Libératoire ?

Nous profitons avec bonheur de la mise en action du Botafumero, énorme encensoir de laiton et d'argent, pesant plus de 50kg, actionné par pas moins de huit hommes, les tiraboleiros, qui lui impriment un mouvement impressionnant. Il n'est pas actionné à chaque messe des pèlerins, aussi avons-nous été ravis de cette bonne surprise !

Nous avons le plaisir de retrouver quelques têtes connues, même si cela nous semble si peu par rapport à toutes ces rencontres. Bien sûr, nous sommes toujours en compagnie de notre ami québécois Denis, mais nous retrouvons également ce couple d'Australien Dariane et Mickaël, et Thomas notre collègue allemand, que nous revoyons tous trois très régulièrement depuis les premiers jours en Navarre.


Oui, cette journée représente la fin de notre pèlerinage vers Santiago de Compostelle, mais c'est aussi le début d'un autre Chemin.

Chemin de vie personnelle bien sûr car au fond de nous il y aura forcément quelque chose de changé, dans notre vision du Monde, dans notre rapport à l'autre, dans notre matérialisme qui en a pris un bon coup, dans notre retour à l'essentiel, etc... Beaucoup de petites choses, profondes, spirituelles dont on ne peut pas vraiment parler mais que l'on sent différentes.

Mais si nous parlons du début d'un autre Chemin, c'est aussi car si le Camino Francès s'est terminé lorsqu'on a serré dans nos bras la statue de l'apôtre, notre Chemin à nous ne s'arrête pas ici aujourd'hui. Nous continuons demain, et pendant quelques jours, suivant la Voie Lactée, ainsi que le faisaient les pèlerins du Moyen-Âge, jusqu'au bout du monde connu de l'époque, là où plonge le soleil : Finisterre !

Vous aurez donc, si vous le désirez, encore de nos nouvelles jusqu'en fin de semaine !


Bonus : ces choses que nous avons (ré)apprises avec le Chemin :

  • Il faut apprendre à ne garder que l'essentiel... Mais aussi savoir garder l'essentiel (exemple édifiant du rachat de leggings et écharpes à Burgos)
  • Rien ne sert de courir, il faut marcher à son rythme - celui qui marche le plus vite n'arrive pas forcément le premier ! C'est même rare !
  • Il y a toujours plus fort et plus rapide, qui marche depuis plus longtemps que toi. Ca force l'humilité... Exemple de Suzy, allemande sur le Chemin depuis 5 mois.
  • Apprends à écouter ce que te dit ton corps, mais sans non plus s'écouter constamment. Faire preuve de discernement est essentiel pour avancer correctement.
  • Se faire plaisir est essentiel. Profiter des bons moments qu'offrent le Chemin, de la beauté architecturale d'une église, la sympathie d'un compagnon de route, la fraîcheur d'une caña ardemment désirée ou le son puissant des grandes orgues vous plongeant dans votre intériorité. Tous les bons moments de la vie s'offrent les uns après les autres, il suffit de les cueillir.


Merci pour tous vos messages, encouragements, et tout le reste, vous nous avez accompagnés de la meilleure des manières durant ces deux mois.


À demain pour la suite, jusqu'au bout du monde !

J60

Notre fin de journée sur Santiago n'aura pas été des plus déplaisantes, c'est le moins que l'on puisse dire ! Déjeuner dans une "pulperia", restaurant spécialisé dans les fruits de mer, avec découverte de la spécialité locale, le poulpe à la galicienne, en compagnie de Mickaël et Darian sur qui nous sommes tombés par hasard. Puis, à partir de la fin d'après-midi, caña bien sûr, suivie de tapas (y vino), en compagnie de Denis ! Une bonne soirée pour fêter comme il se doit notre arrivée à Compostelle !

Tout va bien ! 

Le départ du refuge ce matin se fait un peu tardif, vers 8h, et nous profitons des rues désertes de touristes pour aller saluer St Jacques dans sa cathédrale avant de reprendre la route. Le début de la marche a comme un parfum de vacances, on prend son temps, on salue les autres pèlerins qui comme nous, ont voulu faire durer le plaisir (tiens, pas de parachutés aujourd'hui ! Bizarre)

Tout le monde semble zen et détendu, comme si la frénésie de Santiago s'était subitement évaporée dans la nuit...


Le balisage reste le même, mais le kilométrage est différent !  

Nous n'avons qu'une vingtaine de kilomètres à faire, mais nous avons l'impression de marcher plus lentement que de coutume ! La sortie de ville est laborieuse, mais heureusement, il reste encore quelques portions de forêts d'eucalyptus et de chênes dont nous pouvons profiter.

Hélas ! S'installe dès le début de matinée une petite pluie fine, presque brumeuse, qui nous incite à faire une pause café dans le bar le plus proche. Sans mouiller vraiment, elle reste suffisamment persistante pour nous gêner tout le reste de la matinée - et nous ne sommes pas les seuls : les ponchos sortent de toutes parts, faisant ressembler certains pèlerins que nous croisons à des sacs poubelles géants ! Mais nous, blonds que nous sommes, nous avons la classe en toutes circonstances (Alex semble soudain oublieuse de son innommable poncho jaune pétant qui lui donne l'allure d'un poussin géant)...

Un blond ne fond pas sous le crachin galicien ! 

La fin de journée est plutôt laborieuse, mais nous arrivons finalement à Negreira, dans un refuge des plus luxueux : les draps et serviettes sont fournis ! Du jamais vu pour des pèlerins ! Oui, on se réjouit de peu - je vous laisse imaginer notre réaction à notre retour devant une baignoire et un sèche-cheveux...

Comme pour nous narguer, le soleil se pointe peu après notre arrivée. On s'en fiche, on est allés se faire un bon burger pour nous réchauffer !

" Le Mordor Gandalf, c'est à gauche ou à droite ? "
J61

Aujourd'hui était supposé être une belle journée. Pas le temps, car cette fois pas de pluie à déclarer... Mais les paysages étaient très quelconques, avec de (trop) longues portions de routes.

Tant pis, on se console autrement dans ce cas-là !

Déjà un beau lever de soleil dans la forêt, entre les chênes, les châtaigniers et les eucalyptus. C'est toujours aussi savoureux !

La journée alterne vraiment entre ces sympathiques forêts, et des champs de maïs, tous coupés bien entendu. Pas de bol, c'est la saison des épandages, certaines traversées de champs nous paraissent un peu longuettes. Mais c'est toujours mieux que des routes, et l'on sait que les deux prochains jours nous feront tout oublier.

Mais concrètement le plus fort de notre journée n'était pas dû au paysage.

Vous vous rappelez de Franck ? Là c'est le test pour voir ceux qui nous suivent assidûment !

Notre quatrième jour de marche, nous avions rencontré Jésus dans la Creuse. Pour vous aider on ne vous en a parlé que J22 (sûrement le temps de nous remettre de cette rencontre)

Ce matin nous marchions sur un bord de route assez calme quand une silhouette arrive en sens inverse. Regarde on dirait...

  • Ola ! Franck ?
  • Euh oui, je m'appelle Franck.
  • On se connaît, rappelle toi, entre Châteauroux et Limoges, tu avais ramassé mon chapeau  !

Bien sûr qu'il se rappelait. D'ailleurs, le dit chapeau, Alex l'a oublié une semaine avant notre arrivée à Santiago dans une albergue où il séchait gentiment dans son coin sur un fil à linge... Sa destinée n'était pas de nous accompagner jusqu'au bout !

Franck quant à lui était tout content de nous revoir, nous a affirmé que nos rondeurs de citadins avaient disparu sous l'effet du Chemin. Un compliment dans sa bouche, c'est certain ! Il était donc sur le retour de Finisterre et nous a avoué avoir fait une pause de dix jours... Je vous laisse imaginer la vitesse de l'homme ! Et là il remontait par la même voie jusqu'à son départ... On n'a pas osé demander où !

Une vraie rencontre aussi surprenante que plaisante, quel personnage !

Un "horreo", grenier traditionnel galicien.

Étape de 34 km ce jour, un peu dans l'âme de ces longues étape "de transition" du tour de France. Rien de fou ou programme, mais une personne peut la rendre mémorable !


Demain... Miam !

J62

Comme souvent ces derniers jours, nous partons dans la nuit et la brume, après avoir pris un solide petit déjeuner. La nuit a été très humide, notre linge n'a pas séché du tout, et même le linge présumé sec... ne l'est plus. Même si le brouillard est dense, peu de temps après il est dissipé par le soleil, nous offrant un de nos derniers levers de soleil espagnols... Spectacle dont on ne se lasse décidément pas !

Les vingts premiers kilomètres ont des allures celtiques, évoquant parfois l'Irlande (enfin, on suppose, on n'a pas - encore - mis les pieds en Irlande). Antoine met un peu de musique de circonstance pour l'occasion avec son portable : on approche du bout du monde, c'est la fête ! Le comptage des bornes kilométriques progresse lentement mais sûrement jusqu'à ce que, enfin, on aperçoive la mer au loin. Enfin !

Une nouvelle pause à Corcubion après une descente abrupte jusqu'au bord de la mer, et on repart, plus lentement, car l'air marin est bon, et nous enivre (pourtant, on n'avait encore rien bu, promis).

Aucun de nous n'a très envie d'arriver au bout du monde...

Vue de Corcubion ; Antoine et Denis qui trinquent avec une caña imaginaire en préparation de la vraie ! 

La deuxième descente, vers Fisterra, nous amène à la plage de Lagosteira, magnifique qui nous rappelle un peu celles de Nouvelle Zélande cette fois (après l'Irlande, on fait le tour du monde avant d'arriver au bout de la terre). Nous retrouvons, excellente surprise, le trio franco-néo-zélandais que nous avions perdu de vue depuis Burgos ! Quelques heures plus tard c'est d'ailleurs Steven, notre ami américain boitant que nous retrouvons ainsi, perdu de vue depuis León.

À croire que le chemin nous fait revoir une dernière fois tous les amis que l'on s'est fait en Espagne...

La mer, la mer ! 

Arrivée finalement à Fisterra, avec la triplette habituelle : douche-lessive-bière avant de monter avec quelques provisions au phare de Finisterre pour un pique-nique devant le coucher de soleil : spectacle magnifique ! Il est étrange d'imaginer ce qu'on pu ressentir les pèlerins du Moyen Âge, alors qu'ils pensaient atteindre la fin du monde...

Phare de Finisterre : borne kilométrique zéro ! (Encore)

Demain nous serons à Muxia, nous remonterons vers le nord, et amorcerons de notre voyage retour...

J63

Séquence émotion : ça y est, nous sommes arrivés au terme de notre Chemin !

Nous voici arrivés cette après-midi à Muxía, qui se situe sur la pointe nord de la Costa de la Muerte (pas très accueillant comme nom, mais rassurez-vous nous sommes sains et saufs).

La Costa de la Muerte. 

Pourquoi être montés là, tandis que nous avions atteint ce qui était considéré comme le bout du monde par les pèlerins d'antan ? Plein de raisons nous y ont poussé à vrai dire, notamment de visiter un magnifique sanctuaire marial, mais aussi de nous affranchir des touristes - encore très présents à Fisterra hier mais bien moins ici.

Sur notre route du jour. 

Dire que cette journée fut merveilleuse car c'était la dernière serait très exagéré ! Oui après tous ces jours nous avons encore ce lot de petites douleurs quotidiennes, absentes la veille et disparues le lendemain, et oui malgré la mer qui joue à cache-cache il y eut quand même des sections ennuyeuses. Et surtout cette lassitude qui nous prend depuis une semaine environ, comme si notre corps anticipait la fin et que la tête n'y était déjà plus tout à fait. Le retour approche, on le sent !

¡ Muxía ! 

Nous profitons de la quiétude et du doux soleil de Muxía en cette dernière journée. Il y a ce sentiment étrange entre contentement car, oui, c'est terminé, nous sommes allés au bout de notre objectif, mais aussi cette impression que cela va quand même nous manquer.

La légende veut que ce soit ici à Muxía que St Jacques alors qu'il était en train de tenter d'évangéliser l'Hispanie, eu la visite de la Vierge qui lui apparut sur une barque de pierre afin de lui redonner courage.

Une histoire bien plus regrettable a rendu célèbre ce petit village de pêcheur : lors de la marée noire qui frappa la Galice en 2002 (le Prestige), ce fut le premier village à voir ses côtes souillées par des nappes de pétrole. Il n'y a fort heureusement plus de traces visibles à ce jour !

Coucher de soleil sur Muxía 

Demain... Nous rentrons en bus à Santiago, pour une dernière journée, sans marche, et dimanche nous nous envolerons pour rentrer à la maison !


En ce tout dernier jour de marche, nous avons aussi achevé notre neuvième semaine. Comme d'habitude, quelques chiffres :

  • 1700 kilomètres parcourus !
  • 27 km par jour en moyenne.
  • Entre 2,2 et 2,3 millions de pas effectués.

Voilà, nous sommes rentrés ce matin de Santiago...


Nous allons faire progressivement notre retour à la vie "normale". Par certains côtés nous sommes ravis de retrouver tout cela après être allés au bout de ce projet qui nous tenait à cœur depuis un moment, mais mine de rien... oui, ça risque de nous manquer !

Merci mille fois pour tous vos commentaires, vos messages, et vos encouragements tout au long de ces neuf semaines, vous nous avez aidé à avancer, merci.


Ultreia !