Carnet de voyage

L'Iran dans le viseur

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Pétries d'aventures et amoureuses de rencontres insolites, ma sœur jumelle et moi-même avons décidé de partir à la découverte d'un pays méconnu et laissé à l'écart des circuits classiques : l'Iran.
Juillet 2016
19 jours
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Depuis toute petite, ma sœur jumelle a toujours été la partenaire parfaite de mes rêves d’aventure. Lorsque nous étions enfants et que nous improvisions des explorations de grottes obscures, c’était elle qui portait la lampe de poche tandis que je montrais le chemin. Quand nous étions adolescentes et que nos amis préféraient rester sur le bas-côté, c’était elle qui m’accompagnait faire du saut à l’élastique. Aujourd’hui, en tant que jeunes femmes, c’est elle qui prend la route avec moi pour découvrir le monde loin des sentiers battus. Stop jusqu’à Turin, randonnée parmi les tribus vietnamiennes, traversée du désert iranien malgré un pneu crevé… Elle est toujours partante pour une nouvelle aventure ! (même quand on ne sait pas où nous allons passer la nuit).

La Mosquée Bleue d'Ispahan (c) Claire Barthet 

L’été dernier, fatiguées d’entendre les commentaires négatifs des médias à l’égard du Moyen-Orient, nous avons décidé de partir pour l’Iran afin de nous faire notre propre opinion sur le sujet. Lorsque je l’ai annoncé à mes amis, leurs réactions étaient mitigées. Certains avaient des doutes quant à notre destination, mais étaient curieux et encourageants. D’autres ne comprenaient pas notre choix et pensaient que nous nous mettions encore une fois en danger. J’ai écouté tous les « Je ne sais même pas pourquoi je te demande où tu vas, vous choisissez toujours des endroits chelous ! », les « Tu vas devoir porter le voile tu sais… ça ne te dérange pas ? » et les « J’espère que vous reviendrez en vie… » ; et je me suis dit qu’il fallait absolument que je profite de ce voyage pour mettre à mal les idées reçues que la plupart des Occidentaux ont sur ce pays. Comment ? En leur montrant mes photos (une photo vaut milles mots, n’est-ce pas ?) et en racontant l’histoire des personnes rencontrées sur la route.

Nous avons alors quitté l’hexagone sans visa, sans avoir réservé d’hôtels, avec une vague idée des endroits que nous voulions visiter, quelques contacts obtenus par le biais du couchsurfing et nos appareils photos.

Un père et son fils lors d'un mariage sur les toits du village de Gazor Khan au pied de la vallée Alamut (c) Claire Barthet 

C'est vrai que deux tiers du pays sont exclusivement couverts de sable, et que le point le plus chaud du monde se trouve en Iran. En effet, la température du désert Dash-e Loot peut atteindre jusqu'à 75°C. Il est d'ailleurs possible de faire cuir un œuf dans ces conditions, sans casserole, sans eau, sans feu, sans rien ! Cependant l'Iran est bien plus qu'un immense désert. Les régions du Nord et de l'Ouest du pays regorgent de vallées et de chaînes montagneuses offrant un climat plus doux, voire pluvieux selon la saison, ce qui les rend très prisées des Iraniens à la recherche d'un peu de fraîcheur, mais méconnu des touristes qui préfèrent les circuits classiques vers le désert.

Si vous aimez voyager hors des sentiers battus, les villages reculés des montagnes sont faits pour vous !

Village de Masuleh au Nord du pays (c) Claire Barthet 

Par exemple, nous avons fait un détour par le village de Masuleh au Nord du pays, non loin de la mer Caspienne. Ce village se différencie des villes traditionnelles par sa structure en terrasse et ses ruelles sinueuses reliant les centaines de maisonnettes en terre jaune entre elles. Une autre spécificité est la disposition de la cour et du jardin de chaque habitation sur le toit de l'habitation inférieure.

Certes, 9h de bus le sépare de Téhéran, mais c'est un endroit méconnu des voyageurs occidentaux qui vaut vraiment la peine d'être vu ! Nous y avons passé notre premier jour, et avons très rapidement fait l'expérience de la bienveillance et de l'hospitalité du peuple iranien. En quelques heures nous avons collectionné les sourires, les numéros de téléphone et les invitations à venir boire le thé à Masuleh ou ailleurs !

Vieil homme fumant une cigarette, Masuleh (c) Claire Barthet 

Contrairement aux idées reçues, l'Iran n'est pas un pays arabe. Les Iraniens sont perses et sont très fiers de leur héritage millénaire.

Maison traditionnelle Tabatabaei à Kashan (c) Claire Barthet 

Comme la plupart des pays du Moyen-Orient, les Arabes ont envahi l'Iran au cours de l'histoire, et ont tenté d'y introduire leur langue et leur religion. S'ils ont réussi à convertir le pays à l'Islam (un Islam chiite et non sunnite cependant), ils ne sont jamais parvenu à y imposer la langue arabe, ce qui rend le pays d'autant plus fier. Lors d'un voyage dans le désert Maranjab, notre guide nous a d'ailleurs dit quelque chose allant de le sens de ce désir de différenciation permanente avec la culture arabe :

"Vous devez vous souvenir de 3 choses sur l'Iran. 1) Nous sommes Perses. Nous avons été envahis par les Arabes. 2) S'il vous plaît, envahissez-nous ! (au sens de "venez visiter l'Iran pour arrêter de confondre Iraniens et Arabes"). 3) Ecoutez vos grands-parents !"

Coucher de soleil sur le jardin botanique du désert de Kerman (c) Claire Barthet 

Comme précisé plus haut, les Iraniens sont perses et sont très fiers de leur héritage historique. Ils ont d’ailleurs tendance à mépriser les Arabes en raison de leurs visions de leurs homologues féminins. Certes, les femmes doivent porter le hijab, mais la réglementation est en réalité plutôt lâche sur le sujet. La plupart porte des vêtements près du corps surmontés d’un léger manteau, et arbore un voile de manière négligée, dévoilant ainsi leur chevelure teinte. Dans cet environnement soigné, ce sont les voyageurs occidentaux qui semblent passés de mode !

Jeunes Téhéranaises rencontrées dans le village de Masuleh (c) Claire Barthet

En Iran, les femmes peuvent conduire, poursuivre des études universitaires, sortir avec leurs amis masculins (bien que le contact physique soit encore prohibé), rester célibataire aussi longtemps qu’elles le souhaitent et vivre seules dans leur propre appartement. Bien sûr, il y a des exceptions, mais dans quel pays n’y en a-t-il pas ?

Leila, une jeune Iranienne de 16 ans qui nous a accueillies lors de notre séjour à Kerman (c) Claire Barthet

A Masuleh par exemple, nous avons rencontré Sahar, une jeune femme d'une vingtaine d'années entièrement habillée de noir. C'est l'une des rares femmes du pays à porter à la fois le hijab et le tchador. Quand elle nous a invitées à rester chez elle et sa famille lors de notre futur passage dans la ville de Shiraz, nous étions surexcitée à l'idée d'avoir l'occasion de passer de l'autre côté de la barrière et d'entrer ainsi dans la sphère privée d'une famille d'apparence traditionnelle et conservatrice. Nous voulions absolument faire l'expérience de leur quotidien et en apprendre davantage sur leur vision du gouvernement et de la religion. Nous sommes restées 3 jours chez eux et ça valait vraiment la peine !

S'il y a une chose que nous avons apprise en Iran, c'est de ne jamais se fier aux apparences.

Sahar et son père devand la Mosquée Rose de Shiraz (c) Claire Barthet 

Sahar nous a rapidement fait part de son regret de ne pas pouvoir faire d'études dans certains pays Occidentaux du fait de l'interdiction du port du voile dans l'enceinte des universités. En effet, elle souhaite devenir médecin, et bien qu'elle rêve d'étudier à l'étranger, elle croit davantage aux valeurs associées à son hijab qu'à la qualité de l'éducation occidentale. Elle est très pieuse, pleine d'ambition et de fierté, mais surtout, elle jouit du soutien inconditionnel de son père dans tout ce qu'elle entreprend. Et c'est hors de question qu'elle ne se marie avant d'avoir atteint son rêve et d'être devenue médecin. (Soit dans 8 ans !)

Kosar, 12 ans, l'une des jeunes sœurs de Leila, Kerman (c) Claire Barthet 

Lorsque nous étions à Kashan, nous avons rencontré une famille originaire de l’Azerbaïdjan iranien. Le père nous a alors dit quelque chose de tristement vrai : "En dehors de l'Iran, le monde entier pense que nous sommes des terroristes..." Frappées par l'écart entre les idées véhiculées par les médias occidentaux et la réalité, nous lui avons demandé si nous pouvions prendre une photo de lui et de son adorable famille, afin de montrer aux gens à quoi ressemble réellement les gens qu'ils imaginent être des Islamistes radicaux.

Famille originaire de l'Azerbaïdjan iranien, Kashan (c) Claire Barthet 

Non seulement les Iraniens ne sont pas des terroristes, mais, qu'ils soient pieux ou non, ils sont extrêmement accueillants. Ils sont toujours prêts à venir vous donner un coup de main, à vous offrir le thé ou à vous proposer un lit pour la nuit ! Pouvons-nous en dire autant des Français ?

Quand nous avons quitté Paris, nous n'avions pas de visa et nous n'avions réservé aucun hôtel. Nous avions juste une vague idée des endroits que nous voulions visiter, quelques contacts obtenus par le biais du couchsurfing et nos appareils photos.

Comme évoqué plus haut, nous avons rapidement été enveloppées par la bienveillance du peuple iranien. Avant même de partir, nous avions des dizaines de réponses à nos recherches de couchsurfing, des centaines de conseils avisés et même une invitation à un mariage ! A dire vrai, nous sommes ravies de ne rien avoir préparé à l'avance. Cela nous a permis de faire des rencontres inoubliables et de vivre des expériences incongrues. Les Iraniens nous ont non seulement ouvert leurs portes, fait partager leurs repas, montré leur pays, aidé à obtenir une carte sim (entreprise fastidieuse en farsi !), tiré du sable lorsque notre voiture y était bloquée et ont recousu nos chaussures usées par la route, mais ils ont aussi négocié le prix des taxis pour nous et s'assuraient ensuite que nous étions arrivées à bon port saines et sauves en nous passant un coup de fil.

 Famille que nous avons rencontrée à Masuleh (c) Claire Barthet

Après avoir vécu une telle expérience, c'est notre devoir d'inciter les voyageurs, les baroudeurs et les curieux, à venir visiter ce pays magnifique, et à remettre en question les messages véhiculés par les médias sur ce pays, au nom d'un dissension politique et religieuse. Il serait injuste de réduire un peuple entier à son leader politique...

Comme l'a si bien dit notre guide dans le désert Maranjab : s'il vous plaît, venez envahir l'Iran !


Claire Barthet


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(c) Claire et Cécile Barthet 

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